{"id":10317,"date":"2026-05-18T12:26:08","date_gmt":"2026-05-18T16:26:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/?page_id=10317"},"modified":"2026-05-18T12:38:34","modified_gmt":"2026-05-18T16:38:34","slug":"les-philanthropes-ne-creent-plus-rien","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/les-philanthropes-ne-creent-plus-rien\/","title":{"rendered":"Pourquoi les philanthropes ne cr\u00e9ent-ils plus rien ?"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les \u00c9tats-Unis vivent actuellement un deuxi\u00e8me \u00c2ge d\u2019or. Mais contrairement aux magnats d\u2019autrefois, les milliardaires d\u2019aujourd\u2019hui pr\u00e9f\u00e8rent faire des dons \u00e0 des organisations existantes. Ils devraient plut\u00f4t cr\u00e9er des institutions durables.<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Traduction de <a href=\"https:\/\/ssir.org\/articles\/entry\/philanthropy-new-gilded-age?\">Why Don\u2019t Philanthropists Build Anymore? <\/a>par <a href=\"https:\/\/ssir.org\/bios\/sarah-cone\">Sarah Cone<\/a> sur Stanford Social Innovation Review, \u00e9t\u00e9 2026. <\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"592\" height=\"592\" src=\"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Philanth_1.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-10318\" srcset=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Philanth_1.webp 592w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Philanth_1-420x420.webp 420w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Philanth_1-100x100.webp 100w\" sizes=\"auto, (max-width: 592px) 100vw, 592px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">(Illustration de Ross MacDonald)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1891, Leland Stanford avait 61 ans et une fortune qui \u00e9quivaudrait aujourd\u2019hui \u00e0 environ 1,9 milliard de dollars. Il aurait pu financer une chaire \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Harvard, construire une aile d\u2019h\u00f4pital ou faire de g\u00e9n\u00e9reux dons aux associations caritatives de son \u00e9poque. Au lieu de cela, lui et sa femme, Jane, ont consacr\u00e9 8 180 acres de leur domaine \u00e9questre de Palo Alto \u00e0 la fondation d\u2019une universit\u00e9 portant le nom de leur fils d\u00e9c\u00e9d\u00e9. Pas un b\u00e2timent ni un programme, mais une universit\u00e9 \u00e0 part enti\u00e8re qui, au cours du si\u00e8cle suivant, allait devenir le moteur intellectuel de la Silicon Valley et peut-\u00eatre le plus important incubateur d\u2019innovation technologique de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9. Stanford n\u2019a pas fait de don \u00e0 une institution. Il en a cr\u00e9\u00e9 une.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce comportement n\u2019\u00e9tait pas inhabituel pour un magnat de son \u00e9poque, mais il constituait une impulsion caract\u00e9ristique de la philanthropie de l\u2019\u00c2ge d\u2019or. La p\u00e9riode comprise entre 1870 et 1920 environ a vu une concentration stup\u00e9fiante de richesses entre les mains d\u2019industriels \u2014 notamment Andrew Carnegie, John D. Rockefeller, John Pierpont Morgan, Andrew Mellon et Cornelius Vanderbilt \u2014 qui, malgr\u00e9 toute leur impitoyabilit\u00e9 en affaires, ont canalis\u00e9 leurs fortunes vers la cr\u00e9ation d\u2019institutions qui ont profond\u00e9ment remodel\u00e9 la vie am\u00e9ricaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019expression \u00ab \u00c2ge d\u2019or \u00bb a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9e de mani\u00e8re ironique par Mark Twain et Charles Dudley Warner dans leur roman de 1873,<em> The Gilded Age: A Tale of Today<\/em>. Leur propos n\u2019\u00e9tait pas de dire que cette \u00e9poque \u00e9tait v\u00e9ritablement dor\u00e9e, mais qu\u2019elle \u00e9tait plaqu\u00e9e or\u00a0: scintillante en surface, corrompue et instable en dessous. Utiliser ce terme aujourd\u2019hui ne revient pas \u00e0 id\u00e9aliser le premier \u00c2ge d\u2019or, dont les fortunes se sont souvent b\u00e2ties sur le monopole, l\u2019exploitation de la main-d\u2019\u0153uvre, le client\u00e9lisme politique et la coercition violente. Il s\u2019agit plut\u00f4t de souligner une ressemblance structurelle : une richesse priv\u00e9e extraordinaire amass\u00e9e au milieu de tensions sociales, et une question correspondante sur ce que cette richesse doit, le cas \u00e9ch\u00e9ant, \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 dont elle a \u00e9t\u00e9 extraite.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e2ge d\u2019or d\u2019aujourd\u2019hui rivalise avec le premier en termes de concentration de la richesse, d\u2019ampleur des in\u00e9galit\u00e9s et de volume pur de capital philanthropique disponible. Pourtant, l\u2019ambition des philanthropes de l\u2019\u00e2ge d\u2019or d\u2019origine de b\u00e2tir des institutions semble s\u2019\u00eatre estomp\u00e9e. Les personnes les plus riches d\u2019Am\u00e9rique aujourd\u2019hui sont bien plus enclines \u00e0 signer des ch\u00e8ques \u00e0 des organisations fond\u00e9es par Carnegie ou Rockefeller qu\u2019\u00e0 cr\u00e9er quoi que ce soit de comparablement nouveau. Le r\u00e9sultat n\u2019est pas seulement un \u00e9chec philanthropique ; c\u2019est un \u00e9chec civilisationnel. Nous vivons une \u00e8re de fragilit\u00e9 institutionnelle, et la r\u00e9ticence de la classe des milliardaires d\u2019aujourd\u2019hui \u00e0 b\u00e2tir des institutions durables en est \u00e0 la fois un sympt\u00f4me et une cause.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une ironie singuli\u00e8re se trouve au c\u0153ur de la philanthropie moderne : la g\u00e9n\u00e9ration la plus riche de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9, qui d\u00e9tient plus de richesses que les pharaons, les M\u00e9dicis et les Carnegie r\u00e9unis, s\u2019est montr\u00e9e \u00e9tonnamment peu dispos\u00e9e \u00e0 convertir cette richesse en institutions civiques nouvelles et durables. Les magnats d\u2019aujourd\u2019hui b\u00e2tissent des entreprises d\u2019une complexit\u00e9 et d\u2019une envergure extraordinaires \u2014 des plateformes qui relient des milliards de personnes, des algorithmes capables de g\u00e9n\u00e9rer une prose semblable \u00e0 celle des humains, des fus\u00e9es qui se posent toutes seules sur des barges en mer \u2014 mais quand vient le moment de redonner \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, ils signent un ch\u00e8que \u00e0 une universit\u00e9 fond\u00e9e avant m\u00eame que l\u2019automobile n\u2019existe. Ils n\u2019utilisent pas leur g\u00e9nie organisationnel pour cr\u00e9er du bien public \u00e0 une \u00e9chelle \u00e0 la hauteur de leurs ambitions priv\u00e9es. Ils savent construire, mais ils ne construisent pas les infrastructures civiques dont la soci\u00e9t\u00e9 a besoin \u00e0 un moment o\u00f9 ces besoins sont criants.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le nouvel \u00e2ge d\u2019or<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les parall\u00e8les entre le premier \u00e2ge d\u2019or et notre \u00e9poque ne sont pas seulement rh\u00e9toriques. En 1890, les 1 % des m\u00e9nages am\u00e9ricains les plus riches contr\u00f4laient environ <a href=\"https:\/\/courses.lumenlearning.com\/suny-ushistory2ay\/chapter\/the-rise-of-inequality-2\/\">un quart de la richesse nationale<\/a>. Au milieu du XXe si\u00e8cle, ce chiffre avait chut\u00e9 de mani\u00e8re spectaculaire, atteignant son niveau le plus bas, environ 23 %, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970. Aujourd\u2019hui, elle est remont\u00e9e \u00e0 environ 32 %, et la concentration au sommet \u2013 les 0,01 % les plus riches \u2013 a atteint des niveaux jamais vus depuis l\u2019\u00e9poque des barons voleurs. En 1982, la liste Forbes 400 exigeait une fortune nette de 75 millions de dollars pour y figurer, soit environ 230 millions de dollars actuels. En 2025, le seuil <a href=\"https:\/\/www.forbes.com\/sites\/forbes-spotlights\/2025\/09\/09\/forbes-unveils-2025-forbes-400-ranking-of-richest-americans\/\">\u00e9tait de 3,8 milliards de dollars<\/a>. La fortune combin\u00e9e des 400 <em>Forbes<\/em> a atteint 6 600 milliards de dollars \u2014 soit plus que le PIB de tous les pays de la plan\u00e8te \u00e0 l\u2019exception des \u00c9tats-Unis et de la Chine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La concentration g\u00e9ographique de cette richesse refl\u00e8te \u00e9galement l\u2019\u00e9poque d\u2019origine. Tout comme les fortunes des ann\u00e9es 1890 se concentraient \u00e0 New York, Pittsburgh et dans les n\u0153uds ferroviaires, la richesse d\u2019aujourd\u2019hui se concentre \u00e0 San Francisco, Seattle et dans les couloirs de la Big Tech. Les villes d\u2019entreprise du premier \u00c2ge d\u2019or \u2014 Pullman, dans l\u2019Illinois ; Hershey, en Pennsylvanie \u2014 trouvent leurs \u00e9quivalents modernes dans les campus de Google, Apple et Meta, o\u00f9 les employeurs priv\u00e9s fournissent des soins de sant\u00e9, des transports, des repas et m\u00eame des logements, cr\u00e9ant ainsi des \u00c9tats-providence miniatures au sein m\u00eame de l\u2019\u00c9tat-providence public.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019ampleur des fortunes individuelles d\u2019aujourd\u2019hui rivalise d\u00e9sormais avec celle que les barons voleurs d\u00e9tenaient par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9conomie nationale. La fortune maximale de John D. Rockefeller en 1913 repr\u00e9sentait environ 2,3 % du PIB am\u00e9ricain. La vente de Carnegie Steel par Andrew Carnegie en 1901 s\u2019\u00e9levait \u00e0 environ 2,1 %. Aujourd\u2019hui, aucune fortune individuelle n\u2019atteint tout \u00e0 fait ces proportions, mais la classe des milliardaires est immense : le classement <em>Forbes<\/em> 400 d\u00e9tient environ 3,6 % de la valeur nette totale des m\u00e9nages am\u00e9ricains. Et si la fortune d\u2019Elon Musk atteint 1 000 milliards de dollars, comme le sugg\u00e8rent certaines projections, il d\u00e9tiendra environ 3,2 % du PIB \u2014 un chiffre qui ferait de lui, en termes proportionnels, l\u2019Am\u00e9ricain le plus riche depuis Rockefeller lui-m\u00eame. Le secteur technologique a produit des fortunes qui auraient stup\u00e9fi\u00e9 les barons du chemin de fer : la fortune de Musk a parfois d\u00e9pass\u00e9 les 250 milliards de dollars ; Jeff Bezos s\u2019est constitu\u00e9 une fortune de plus de 200 milliards de dollars ; Mark Zuckerberg, Larry Ellison, Bill Gates, Larry Page et Sergey Brin disposent chacun de ressources d\u2019une ampleur sans pr\u00e9c\u00e9dent depuis l\u2019\u00e2ge d\u2019or am\u00e9ricain.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les b\u00e2tisseurs<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">N\u00e9anmoins, les titans de notre \u00e9poque n\u2019ont pas l\u2019instinct cr\u00e9atif dont faisaient preuve les magnats d\u2019autrefois. Ce qui distinguait les premiers philanthropes, ce n\u2019\u00e9tait pas l\u2019ampleur de leurs dons, aussi colossaux fussent-ils, mais la nature de ce qu\u2019ils ont b\u00e2ti. Ils ne se sont pas content\u00e9s de financer des organisations existantes ; ils ont con\u00e7u, \u00e9labor\u00e9 et dot\u00e9 de nouvelles institutions, dont beaucoup sont devenues les pierres angulaires de la vie publique am\u00e9ricaine. Ils ont fond\u00e9 des h\u00f4pitaux, des biblioth\u00e8ques, des universit\u00e9s, des instituts de recherche, des mus\u00e9es et des fondations \u2014 non pas comme des projets de prestige, mais comme des infrastructures permanentes pour une civilisation qu\u2019ils croyaient pouvoir am\u00e9liorer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019histoire d\u2019Andrew Carnegie est instructive. En tant qu\u2019immigrant \u00e9cossais pauvre, Carnegie avait \u00e9norm\u00e9ment b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l\u2019aide d\u2019un homme d\u2019affaires local (le colonel James Anderson) qui avait ouvert sa biblioth\u00e8que priv\u00e9e aux jeunes ouvriers de Pittsburgh. Carnegie attribuait \u00e0 cet acc\u00e8s le m\u00e9rite d\u2019avoir transform\u00e9 sa vie, et il passa le reste de celle-ci \u00e0 essayer de reproduire cette opportunit\u00e9 pour les autres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entre 1883 et 1929, Carnegie a financ\u00e9 la construction de <a href=\"https:\/\/www.newworldencyclopedia.org\/entry\/Carnegie_library\">2 509 biblioth\u00e8ques publiques<\/a> \u00e0 travers le monde anglophone, dont 1 689 aux \u00c9tats-Unis, 660 en Grande-Bretagne et en Irlande, 156 au Canada, et d\u2019autres en Australie, en Nouvelle-Z\u00e9lande, en Serbie, dans les Cara\u00efbes, en Afrique du Sud, en Belgique, en France, \u00e0 Maurice, en Malaisie et aux Fidji. Il ne s\u2019agissait pas de dons \u00e0 des r\u00e9seaux de biblioth\u00e8ques existants. Dans la plupart des cas, il n\u2019y avait pas de biblioth\u00e8que \u00e0 laquelle faire un don. Carnegie a cr\u00e9\u00e9 de toutes pi\u00e8ces l\u2019infrastructure physique du savoir public, exigeant seulement que la communaut\u00e9 d\u2019accueil s\u2019engage \u00e0 financer le fonctionnement continu de la biblioth\u00e8que, un m\u00e9canisme qui garantissait l\u2019appropriation locale et la p\u00e9rennit\u00e9 bien apr\u00e8s que l\u2019argent de Carnegie eut \u00e9t\u00e9 d\u00e9pens\u00e9. Il a \u00e9galement fond\u00e9 l\u2019universit\u00e9 Carnegie Mellon, la Carnegie Institution for Science (aujourd\u2019hui Carnegie Science), le Carnegie Hall et la Fondation Carnegie pour la paix internationale. Chacune de ces entit\u00e9s \u00e9tait une nouvelle structure, sp\u00e9cialement con\u00e7ue pour combler une lacune que Carnegie avait identifi\u00e9e dans le paysage existant. Toutes existent encore aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">John D. Rockefeller a op\u00e9r\u00e9 \u00e0 une \u00e9chelle institutionnelle similaire. En 1901, il a fond\u00e9 le Rockefeller Institute for Medical Research (aujourd\u2019hui l\u2019universit\u00e9 Rockefeller), le premier institut de recherche biom\u00e9dicale aux \u00c9tats-Unis. Il ne s\u2019agissait pas d\u2019un don \u00e0 une facult\u00e9 de m\u00e9decine existante, mais de la cr\u00e9ation d\u2019un mod\u00e8le enti\u00e8rement nouveau d\u2019organisation de la recherche scientifique \u2014 ind\u00e9pendant des responsabilit\u00e9s d\u2019enseignement et ax\u00e9 uniquement sur la d\u00e9couverte. Les chercheurs de Rockefeller allaient ensuite apporter des contributions fondamentales \u00e0 la virologie, \u00e0 la biologie cellulaire et \u00e0 l\u2019immunologie. Rockefeller fonda l\u2019Universit\u00e9 de Chicago en 1890 avec un don initial de 600 000 dollars, pour finalement investir plus de 80 millions de dollars \u2014 soit plus de 2 milliards de dollars actuels \u2014 dans cette institution. Et en 1913, il cr\u00e9a la Fondation Rockefeller, pionni\u00e8re du mod\u00e8le moderne de philanthropie strat\u00e9gique, qui finan\u00e7a le d\u00e9veloppement de la p\u00e9nicilline ; la R\u00e9volution verte dans l\u2019agriculture, qui augmenta consid\u00e9rablement les rendements agricoles mondiaux dans l\u2019apr\u00e8s-guerre ; et des campagnes de sant\u00e9 publique qui \u00e9radiqu\u00e8rent l\u2019ankylostomiase dans tout le sud des \u00c9tats-Unis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Andrew Mellon a fond\u00e9 la National Gallery of Art en 1937, faisant don non seulement de sa collection d\u2019art personnelle \u2014 l\u2019une des plus belles entre des mains priv\u00e9es \u2014 mais aussi du b\u00e2timent n\u00e9oclassique destin\u00e9 \u00e0 l\u2019abriter. Il a stipul\u00e9 que la galerie devait porter le nom de la nation, et non le sien, car il souhaitait que d\u2019autres collectionneurs puissent contribuer sans avoir l\u2019impression d\u2019embellir le monument de quelqu\u2019un d\u2019autre. La strat\u00e9gie a fonctionn\u00e9 : la National Gallery est devenue un p\u00f4le d\u2019attraction pour les dons ult\u00e9rieurs provenant des collections Widener, Kress et Dale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Johns Hopkins, un marchand de Baltimore qui avait fait fortune dans les chemins de fer, a l\u00e9gu\u00e9 7 millions de dollars \u2014 le plus important don philanthropique de l\u2019histoire am\u00e9ricaine \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u2014 pour cr\u00e9er de toutes pi\u00e8ces \u00e0 la fois un h\u00f4pital et une universit\u00e9. L\u2019h\u00f4pital Johns Hopkins, qui a ouvert ses portes en 1889, a d\u00e9velopp\u00e9 le mod\u00e8le de formation en r\u00e9sidence qui est devenu la norme de l\u2019enseignement m\u00e9dical am\u00e9ricain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il ne faut pas id\u00e9aliser ces hommes. Ceux-l\u00e0 m\u00eames qui ont financ\u00e9 des biblioth\u00e8ques, des laboratoires et des universit\u00e9s ont \u00e9galement tir\u00e9 profit de syst\u00e8mes industriels marqu\u00e9s par la coercition, la r\u00e9pression du travail et la distorsion d\u00e9mocratique ; leurs dons pouvaient remplir une double fonction : celle d\u2019une v\u00e9ritable construction civique et celle de gestion de la r\u00e9putation, de discipline sociale ou de conversion de la richesse priv\u00e9e en autorit\u00e9 morale. Dire que Carnegie et Rockefeller ont b\u00e2ti des institutions ne revient pas \u00e0 dire que leur pouvoir \u00e9tait l\u00e9gitime \u00e0 tous \u00e9gards. C\u2019est insister sur une distinction qu\u2019il est devenu difficile d\u2019ignorer : aussi compromis que fussent leurs motifs, ils ont souvent transform\u00e9 leur fortune priv\u00e9e en infrastructures durables et tourn\u00e9es vers le public, plut\u00f4t que de se contenter de redistribuer l\u2019argent \u00e0 travers les circuits de prestige des organisations \u00e9litistes existantes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette impulsion s\u2019\u00e9tendait au-del\u00e0 des ultra-riches. Julius Rosenwald, pr\u00e9sident de Sears, Roebuck and Company, s\u2019est associ\u00e9 \u00e0 Booker T. Washington pour construire plus de 5 300 \u00e9coles destin\u00e9es aux enfants noirs dans le Sud s\u00e9gr\u00e9gationniste entre 1912 et 1932. Ces \u00e9coles Rosenwald ont form\u00e9 une g\u00e9n\u00e9ration d\u2019Afro-Am\u00e9ricains qui avaient \u00e9t\u00e9 syst\u00e9matiquement exclus de l\u2019enseignement public. J. P. Morgan a en effet cr\u00e9\u00e9 le Metropolitan Museum of Art (The Met) moderne, le transformant d\u2019une modeste collection en l\u2019un des plus grands mus\u00e9es encyclop\u00e9diques du monde. En 1907, Margaret Olivia Sage, \u00e9pouse de l\u2019industriel Russell Sage, a fond\u00e9 la Fondation Russell Sage, qui a \u00e9t\u00e9 pionni\u00e8re dans le domaine de la recherche en sciences sociales et a influenc\u00e9 tous les domaines, de l\u2019urbanisme au droit du travail.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le fil conducteur est ind\u00e9niable : les philanthropes de l\u2019\u00c2ge d\u2019or consid\u00e9raient la cr\u00e9ation d\u2019institutions comme une mission centrale. Ils ne se contentaient pas simplement d\u2019am\u00e9liorer ce qui existait d\u00e9j\u00e0. Ils ont identifi\u00e9 des lacunes structurelles dans la vie civique am\u00e9ricaine \u2014 le manque de biblioth\u00e8ques publiques, d\u2019universit\u00e9s de recherche, d\u2019instituts de recherche m\u00e9dicale, de mus\u00e9es d\u2019art et de fondations scientifiques \u2014 et ont tent\u00e9 de combler ces lacunes en cr\u00e9ant de nouvelles organisations permanentes et autonomes, con\u00e7ues pour leur survivre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les donateurs<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les milliardaires philanthropes d\u2019aujourd\u2019hui op\u00e8rent selon un mode diff\u00e9rent. Plut\u00f4t que de cr\u00e9er de nouvelles institutions, ils font massivement des dons \u00e0 celles qui existent d\u00e9j\u00e0, y compris celles construites par les philanthropes de l\u2019\u00c2ge d\u2019or il y a plus d\u2019un si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le drame, c\u2019est que ces milliardaires donnent de mani\u00e8re passive \u2014 en transf\u00e9rant leur fortune \u00e0 des organisations que d\u2019autres ont construites.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Consid\u00e9rons le paysage des dons majeurs \u00e0 l\u2019enseignement sup\u00e9rieur. En 2018, Michael Bloomberg a donn\u00e9 1,8 milliard de dollars \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Johns Hopkins, son alma mater. Kenneth Griffin a donn\u00e9 des centaines de millions \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Harvard, fond\u00e9e en 1636. Phil Knight a donn\u00e9 500 millions de dollars \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Stanford, cr\u00e9\u00e9e par Leland Stanford. David Geffen a donn\u00e9 100 millions de dollars au Lincoln Center for the Performing Arts \u2014 construit gr\u00e2ce aux efforts de John D. Rockefeller III \u2014 et 150 millions de dollars au Museum of Modern Art. Stephen Schwarzman a donn\u00e9 150 millions de dollars \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Yale, 100 millions de dollars \u00e0 la New York Public Library \u2014 construite \u00e0 l\u2019origine gr\u00e2ce aux fonds d\u2019Andrew Carnegie et d\u2019autres \u2014 et 350 millions de dollars au MIT.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces dons g\u00e9n\u00e9reux sont vers\u00e9s \u00e0 des institutions qui comptent d\u00e9j\u00e0 parmi les plus riches et les mieux \u00e9tablies au monde. La dotation de Harvard d\u00e9passe les 50 milliards de dollars, celle de Stanford les 36 milliards et celle du MIT les 27 milliards. Elles sont l\u2019\u00e9quivalent philanthropique des actions de premier ordre : s\u00fbres, prestigieuses et peu susceptibles d\u2019\u00e9chouer. Un b\u00e2timent portant le nom d\u2019une personne \u00e0 Harvard conf\u00e8re une sorte d\u2019immortalit\u00e9 sociale, mais cela ne comble pas une lacune structurelle de la vie am\u00e9ricaine. Cela ajoute une aile \u00e0 un manoir qui compte d\u00e9j\u00e0 200 pi\u00e8ces.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le contraste avec l\u2019\u00e2ge d\u2019or est saisissant. Lorsque John D. Rockefeller a fond\u00e9 l\u2019universit\u00e9 de Chicago, la ville ne disposait d\u2019aucune universit\u00e9 de recherche de classe mondiale. La cr\u00e9ation d\u2019une telle institution a transform\u00e9 la vie intellectuelle et sociale de la r\u00e9gion. Lorsque Carnegie a construit ses biblioth\u00e8ques, la plupart des villes am\u00e9ricaines n\u2019avaient aucune biblioth\u00e8que publique. Avant que Rosenwald ne construise ses \u00e9coles, les enfants noirs du Sud n\u2019avaient pratiquement aucun lieu d\u00e9di\u00e9 \u00e0 leur \u00e9ducation. <strong>Les lacunes \u00e9quivalentes d\u2019aujourd\u2019hui sont omnipr\u00e9sentes \u2014 dans les soins de sant\u00e9 en milieu rural, la formation de la main-d\u2019\u0153uvre, les infrastructures civiques pour l\u2019\u00e8re num\u00e9rique, le logement et la sant\u00e9 mentale <\/strong>\u2014 pourtant, <strong>les fonds philanthropiques affluent, encore et encore, vers la m\u00eame poign\u00e9e d\u2019institutions d\u2019\u00e9lite<\/strong> qui accumulent des dons depuis plus d\u2019un si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dire cela ne revient pas \u00e0 affirmer qu\u2019aucun donateur fortun\u00e9 ne fonde aujourd\u2019hui quoi que ce soit de nouveau. La philanthropie contemporaine donne effectivement naissance \u00e0 de nouveaux think tanks, r\u00e9seaux d\u2019\u00e9coles \u00e0 charte, entreprises biom\u00e9dicales, m\u00e9dias \u00e0 but non lucratif, programmes de bourses, laboratoires d\u2019id\u00e9es et entreprises sociales de type start-up. Mais une part relativement faible de cette activit\u00e9 correspond \u00e0 ce que les philanthropes d\u2019autrefois s\u2019effor\u00e7aient plus volontiers de cr\u00e9er : des infrastructures civiques vastes et durables destin\u00e9es \u00e0 servir un public plus large que l\u2019id\u00e9ologie, le secteur, l\u2019alma mater ou la tribu professionnelle du donateur. Le probl\u00e8me n\u2019est pas une absence totale de nouveaut\u00e9. C\u2019est la relative raret\u00e9 de nouvelles institutions ayant l\u2019envergure, la permanence et l\u2019orientation publique de celles cr\u00e9\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e2ge d\u2019or.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une partie de l\u2019explication est d\u2019ordre social : faire un don \u00e0 Harvard, au Met ou \u00e0 la Biblioth\u00e8que publique de New York conf\u00e8re un statut d\u2019une mani\u00e8re que l\u2019incertitude li\u00e9e \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019une nouvelle institution ne permet pas. Les institutions existantes disposent de services de d\u00e9veloppement professionnel, de m\u00e9canismes sophistiqu\u00e9s de collecte de fonds et de la capacit\u00e9 de donner un nom \u00e0 des b\u00e2timents, de financer des chaires et d\u2019organiser des galas. Elles rendent le don facile et prestigieux. Une nouvelle institution, en revanche, exige une vision, une prise de risque, une implication op\u00e9rationnelle et la volont\u00e9 d\u2019\u00eatre associ\u00e9 \u00e0 quelque chose qui pourrait \u00e9chouer. Les philanthropes de l\u2019\u00c2ge d\u2019or avaient le courage de prendre ce genre de risque. Ceux d\u2019aujourd\u2019hui, dans l\u2019ensemble, ne l\u2019ont pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une partie de l\u2019explication est \u00e9galement id\u00e9ologique. La philosophie dominante de la philanthropie moderne, fa\u00e7onn\u00e9e par le mouvement de l\u2019altruisme efficace et <strong>les cabinets de conseil au service des ultra-riches, privil\u00e9gie l\u2019impact, la mesurabilit\u00e9 et l\u2019efficacit\u00e9 par-dessus tout<\/strong>. L\u2019approche de la Fondation Bill et Melinda Gates en mati\u00e8re de sant\u00e9 mondiale \u2014 ciblant des maladies sp\u00e9cifiques avec des indicateurs quantifiables, finan\u00e7ant des campagnes de distribution de vaccins o\u00f9 le co\u00fbt par vie sauv\u00e9e peut \u00eatre calcul\u00e9 \u00e0 deux d\u00e9cimales pr\u00e8s \u2014 incarne cette philosophie dans ce qu\u2019elle a de plus rigoureux. Mais <strong>ce qui se mesure le plus clairement n\u2019est pas toujours ce qui importe le plus \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9.<\/strong> Une culture philanthropique form\u00e9e \u00e0 privil\u00e9gier les interventions faciles \u00e0 g\u00e9rer, les boucles de r\u00e9troaction courtes et les r\u00e9sultats quantifiables aura tendance, au fil du temps, \u00e0 sous-investir dans des institutions dont les b\u00e9n\u00e9fices sont diffus, cumulatifs et ne deviennent lisibles qu\u2019au bout de plusieurs d\u00e9cennies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le probl\u00e8me n\u2019est pas que la mesure soit mauvaise ; c\u2019est qu\u2019<strong>une civilisation ne peut \u00eatre reconstruite sur la seule base d\u2019indicateurs<\/strong>, et que le renforcement des institutions r\u00e9siste \u00e0 la quantification. Lorsque Rockefeller a fond\u00e9 l\u2019universit\u00e9 de Chicago, il n\u2019aurait pas pu mesurer son \u00ab impact \u00bb de mani\u00e8re significative avant des d\u00e9cennies. Les d\u00e9couvertes qui \u00e9mergeraient de ses laboratoires, les leaders qui sortiraient de ses salles de cours et les id\u00e9es d\u00e9battues dans ses s\u00e9minaires \u00e9taient <strong>impr\u00e9visibles au moment de sa fondation<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une \u00e8re de d\u00e9clin institutionnel<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il ne fait aucun doute que les institutions cr\u00e9\u00e9es par les philanthropes de l\u2019\u00e2ge d\u2019or ont connu un immense succ\u00e8s. Mais cela ne signifie pas pour autant que les philanthropes d\u2019aujourd\u2019hui doivent adh\u00e9rer au m\u00eame mod\u00e8le. On pourrait soutenir que, au contraire, nous devons simplement maintenir ou revitaliser ces institutions, plut\u00f4t que d\u2019en cr\u00e9er de nouvelles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/ssir.org\/images\/articles\/summer-2026-feature-philanthropists-build1-article-tall-592x771.jpg\"><\/a><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"592\" height=\"711\" src=\"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Philanth_2.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-10319\" srcset=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Philanth_2.webp 592w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Philanth_2-420x504.webp 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 592px) 100vw, 592px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">(Illustration de Ross MacDonald)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les faits sugg\u00e8rent toutefois le contraire. Non seulement nous ne parvenons pas \u00e0 cr\u00e9er de nouvelles institutions, mais de nombreuses institutions plus anciennes se d\u00e9t\u00e9riorent d\u2019une mani\u00e8re qu\u2019aucun droit de nommer une institution ne peut r\u00e9parer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce d\u00e9clin est mesurable dans pratiquement tous les domaines. La confiance du public dans les institutions am\u00e9ricaines s\u2019est effondr\u00e9e pour atteindre des niveaux historiquement bas. La <a href=\"https:\/\/news.gallup.com\/poll\/1597\/confidence-institutions.aspx\">longue s\u00e9rie de sondages Gallup sur la confiance<\/a> montre que la confiance moyenne des Am\u00e9ricains envers les principales institutions \u2014 notamment l\u2019\u00c9glise, l\u2019arm\u00e9e, la Cour supr\u00eame, les banques, les \u00e9coles publiques, les journaux, le Congr\u00e8s, les syndicats et les grandes entreprises \u2014 <a href=\"https:\/\/news.gallup.com\/poll\/692633\/democrats-confidence-institutions-sinks-new-low.aspx\">s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 seulement 28 %<\/a>, restant pour la quatri\u00e8me ann\u00e9e cons\u00e9cutive en dessous de 30 % et proche du point le plus bas enregistr\u00e9 en 46 ans de mesures. Seuls 17 % des Am\u00e9ricains font confiance au gouvernement f\u00e9d\u00e9ral pour faire ce qui est juste la plupart du temps. La confiance dans les m\u00e9dias de masse est tomb\u00e9e \u00e0 28 %, et 70 % des Am\u00e9ricains d\u00e9clarent ne pas faire \u00ab beaucoup \u00bb ou \u00ab pas du tout \u00bb confiance aux m\u00e9dias. Ce ne sont pas l\u00e0 des indicateurs anodins. Ils traduisent une perte de confiance g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et durable dans l\u2019architecture institutionnelle de la vie am\u00e9ricaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019enseignement sup\u00e9rieur \u2014 joyau de la philanthropie de l\u2019\u00e2ge d\u2019or \u2014 illustre cette tendance avec une clart\u00e9 douloureuse. La dette \u00e9tudiante am\u00e9ricaine a atteint 1 660 milliards de dollars \u00e0 la fin de 2025, et 9,6 % des soldes affichaient un retard de paiement de 90 jours ou plus. <strong>Les institutions cr\u00e9\u00e9es pour d\u00e9mocratiser le savoir sont devenues des moteurs d\u2019endettement pour des millions d\u2019Am\u00e9ricains. <\/strong>La confiance du public s&rsquo;est \u00e9rod\u00e9e en cons\u00e9quence : selon Gallup, seuls 36 % des Am\u00e9ricains avaient \u00ab beaucoup \u00bb ou \u00ab assez \u00bb confiance dans l&rsquo;enseignement sup\u00e9rieur en 2024, contre 57 % en 2015. Les universit\u00e9s ne fonctionnent pas non plus comme les usines \u00e0 innovation que leurs d\u00e9fenseurs pr\u00e9tendent qu\u2019elles sont : malgr\u00e9 plus de <a href=\"https:\/\/autm.net\/about-tech-transfer\/autm-insight\/autm-updates\/the-numbers-behind-innovation\">109 milliards de dollars de financement de la recherche au cours de l\u2019exercice 2024, les revenus bruts de licences ont chut\u00e9 de 24 % et les redevances courantes ont baiss\u00e9 de 41 %<\/a> \u2014 un ralentissement de la commercialisation alors m\u00eame que les investissements augmentent. Et une <a href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/s41586-022-05543-x\"><em>analyse de Nature<\/em><\/a> largement cit\u00e9e, qui constate que les articles et les brevets deviennent de moins en moins disruptifs au fil du temps dans tous les domaines, sugg\u00e8re que la recherche elle-m\u00eame produit moins de perc\u00e9es par dollar investi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les h\u00f4pitaux, autre produit phare de la philanthropie de l\u2019\u00e2ge d\u2019or, croulent sous le poids de la \u00ab maladie des co\u00fbts \u00bb de Baumol : les soins de sant\u00e9 sont le type de travail \u00e0 forte intensit\u00e9 de main-d\u2019\u0153uvre qui r\u00e9siste aux gains de productivit\u00e9 et est soumis \u00e0 une hausse des co\u00fbts. Une infirmi\u00e8re a toujours besoin d\u2019\u00e0 peu pr\u00e8s autant de temps pour s\u2019occuper d\u2019un patient qu\u2019en 1970, mais les salaires doivent augmenter pour rivaliser avec des secteurs o\u00f9 la productivit\u00e9 s\u2019am\u00e9liore. Il en r\u00e9sulte une escalade incessante des co\u00fbts. <a href=\"https:\/\/www.cms.gov\/research-statistics-data-and-systems\/research\/healthcarefinancingreview\/list-of-past-articles-items\/cms1191799\">Les d\u00e9penses hospitali\u00e8res par habitant<\/a> sont pass\u00e9es d\u2019environ 1 674 dollars en 1980 \u00e0 plus de 4 807 dollars aujourd\u2019hui, en termes corrig\u00e9s de l\u2019inflation. Les soins hospitaliers repr\u00e9sentent \u00e0 eux seuls environ 31 % de l\u2019ensemble des d\u00e9penses nationales de sant\u00e9, soit environ 1 500 milliards de dollars par an. Et la crise des co\u00fbts ne se contente pas de rendre les h\u00f4pitaux on\u00e9reux ; elle les fait dispara\u00eetre. <strong>Plus de 150 h\u00f4pitaux ruraux ont ferm\u00e9 leurs portes depuis 2010<\/strong>, et environ 600 autres \u2014 pr\u00e8s de 30 % de l\u2019ensemble des h\u00f4pitaux ruraux \u2014 sont consid\u00e9r\u00e9s comme financi\u00e8rement fragiles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le journalisme local a subi un effondrement que Carnegie aurait qualifi\u00e9 d\u2019urgence structurelle. Entre 2005 et 2024, environ <strong>2 900 journaux aux \u00c9tats-Unis ont ferm\u00e9 ou fusionn\u00e9, cr\u00e9ant de vastes d\u00e9serts m\u00e9diatiques<\/strong> o\u00f9 aucun m\u00e9dia local ne couvre les r\u00e9unions du conseil municipal, les d\u00e9cisions du conseil scolaire ou le comportement de la police. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment le genre d\u2019absence qu\u2019un philanthrope de l\u2019\u00c2ge d\u2019or aurait pu reconna\u00eetre comme n\u00e9cessitant une nouvelle infrastructure \u2014 non pas en rachetant un journal fond\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c2ge d\u2019or, comme l\u2019a fait Jeff Bezos avec le <em>Washington Post<\/em>, mais en cr\u00e9ant une institution con\u00e7ue pour soutenir le journalisme local \u00e0 l\u2019\u00e8re num\u00e9rique. <strong>Carnegie a constat\u00e9 que les villes am\u00e9ricaines n\u2019avaient pas de biblioth\u00e8ques et a construit une infrastructure nationale pour les leur fournir.<\/strong> Les villes d\u2019aujourd\u2019hui manquent de salles de r\u00e9daction, mais presque personne ne construit quoi que ce soit pour les remplacer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le sch\u00e9ma se r\u00e9p\u00e8te dans tous les domaines. Les \u00c9tats-Unis auraient d\u00fb depuis longtemps conna\u00eetre une vague de cr\u00e9ation d\u2019institutions aussi ambitieuse que tout ce que l\u2019\u00e2ge d\u2019or a produit. Consid\u00e9rez l\u2019\u00e9tendue de ce qui ne fonctionne pas et les incitations perverses qui pr\u00e9servent le statu quo : des prisons r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es \u00e0 la journ\u00e9e-d\u00e9tention, sans aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 emp\u00eacher les anciens d\u00e9tenus de r\u00e9cidiver ; des soins psychiatriques qui entassent les malades mentaux graves dans des prisons parce que les asiles ont ferm\u00e9 et que rien ne les a remplac\u00e9s ; des programmes de d\u00e9sintoxication pay\u00e9s \u00e0 l\u2019admission plut\u00f4t qu\u2019au r\u00e9tablissement durable ; des refuges pour sans-abri financ\u00e9s par nuit\u00e9e, cr\u00e9ant une industrie permanente sans aucune incitation \u00e0 mettre fin au sans-abrisme ; <strong>des agences de protection de l\u2019enfance financ\u00e9es en fonction du nombre d\u2019enfants pris en charge, ce qui les incite de mani\u00e8re perverse \u00e0 retirer les enfants de leur famille<\/strong> et \u00e0 maintenir les dossiers ouverts ; des avocats commis d\u2019office tellement surcharg\u00e9s qu\u2019ils ne rencontrent leurs clients qu\u2019au moment de la comparution initiale ; des communaut\u00e9s rurales sans soins de sant\u00e9 primaires et sans structure con\u00e7ue pour les fournir ; des \u00e9coles qui enseignent au niveau moyen et sont r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es en fonction de l\u2019assiduit\u00e9, et non selon la capacit\u00e9 des \u00e9l\u00e8ves en difficult\u00e9 \u00e0 trouver leur voie ; des programmes de formation professionnelle sans aucune obligation de rendre compte de l\u2019insertion professionnelle des dipl\u00f4m\u00e9s ; des programmes de r\u00e9insertion si maigres que les personnes sortent de prison avec 40 dollars et sans aucun soutien ; des syst\u00e8mes d\u2019\u00e9ducation sp\u00e9cialis\u00e9e qui r\u00e9mun\u00e8rent les \u00e9coles pour qu\u2019elles \u00e9tiquettent les enfants, plut\u00f4t que de les int\u00e9grer ; des centres de contr\u00f4le des maladies sans capacit\u00e9 op\u00e9rationnelle de pointe et sans responsabilit\u00e9 claire quant aux r\u00e9sultats en mati\u00e8re de sant\u00e9 publique ; un syst\u00e8me de la petite enfance qui traite les soins pr\u00e9nataux, la p\u00e9diatrie et la maternelle comme des probl\u00e8mes sans lien entre eux ; un syst\u00e8me de justice civile dans lequel 86 % des besoins juridiques des Am\u00e9ricains \u00e0 faibles revenus ne sont absolument pas satisfaits ; et un \u00e9cosyst\u00e8me de l\u2019information locale tellement d\u00e9grad\u00e9 que des communaut\u00e9s enti\u00e8res ont perdu tout m\u00e9canisme institutionnel de responsabilit\u00e9 civique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans chacun de ces domaines, <strong>l\u2019\u00e9chec n\u2019est pas principalement une question de financement, mais de conception des incitations.<\/strong> Les institutions dont nous disposons ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7ues pour une autre \u00e9poque et <strong>r\u00e9compensent les moyens mis en \u0153uvre plut\u00f4t que les r\u00e9sultats<\/strong> ; les processus plut\u00f4t que les r\u00e9sultats ; et la survie plut\u00f4t que la transformation. Les philanthropes de l\u2019\u00e2ge d\u2019or ne se contentaient pas d\u2019am\u00e9liorer ce qui existait ; ils construisaient de nouvelles structures \u00e0 partir de z\u00e9ro lorsqu\u2019ils identifiaient une lacune. Aujourd\u2019hui, les lacunes ne sont pas difficiles \u00e0 trouver. De nombreux domaines de la vie civique sont d\u00e9faillants et gagneraient \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier de nouvelles institutions sp\u00e9cialement con\u00e7ues \u00e0 cet effet. Au lieu de relever ces d\u00e9fis en imaginant une architecture ambitieuse, la classe philanthropique se contente pour l\u2019essentiel de signer des ch\u00e8ques \u00e0 des institutions en difficult\u00e9, offrant de l\u2019argent l\u00e0 o\u00f9 l\u2019imagination institutionnelle est n\u00e9cessaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La question est de savoir si ces immenses fortunes priv\u00e9es continueront \u00e0 embellir les institutions prestigieuses survivantes d\u2019une Am\u00e9rique d\u2019antan, ou si elles contribueront \u00e0 construire de nouvelles formes organisationnelles dans les espaces o\u00f9 tant le march\u00e9 que l\u2019\u00c9tat ont manifestement \u00e9chou\u00e9. Le probl\u00e8me n\u2019est pas que les milliardaires exercent une trop grande influence sur la vie publique ; c\u2019est que <strong>l\u2019influence qu\u2019ils exercent est si souvent prudente, imitative et contrainte par les signaux sociaux de l\u2019\u00e9lite,<\/strong> et non orient\u00e9e vers la construction d\u2019institutions audacieuses et durables.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019obligation du b\u00e2tisseur<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comparez cela \u00e0 la mentalit\u00e9 d\u2019Andrew Carnegie. Son essai \u00ab L\u2019\u00c9vangile de la richesse \u00bb, publi\u00e9 en 1889, est encore lu aujourd\u2019hui, mais son argumentation est presque universellement mal comprise. Son argument central n\u2019\u00e9tait pas simplement que les riches devaient donner leur argent \u2014 c\u2019\u00e9tait la partie facile. Il soutenait que les hommes qui avaient d\u00e9montr\u00e9 leur capacit\u00e9 \u00e0 organiser de vastes entreprises, \u00e0 g\u00e9rer la complexit\u00e9 et \u00e0 construire des choses fonctionnant \u00e0 grande \u00e9chelle avaient l\u2019obligation d\u2019appliquer ces m\u00eames comp\u00e9tences aux probl\u00e8mes publics. <strong>L\u2019argent n\u2019\u00e9tait qu\u2019un catalyseur. La v\u00e9ritable ressource philanthropique \u00e9tait le g\u00e9nie organisationnel.<\/strong> Carnegie a personnellement con\u00e7u la structure d\u2019incitation de son programme de biblioth\u00e8ques, exigeant que chaque communaut\u00e9 finance le fonctionnement courant avant qu\u2019il ne prenne en charge la construction \u2014 un m\u00e9canisme qui garantissait l\u2019appropriation locale et la durabilit\u00e9. Rockefeller a recrut\u00e9 Frederick T. Gates, puis Wickliffe Rose, pour faire de la Fondation Rockefeller une organisation capable d\u2019identifier les probl\u00e8mes, de recruter des talents et de mettre en \u0153uvre des strat\u00e9gies s\u2019\u00e9talant sur plusieurs d\u00e9cennies <strong>avec la m\u00eame rigueur qu\u2019il avait appliqu\u00e9e \u00e0 la Standard Oil<\/strong>. Julius Rosenwald a int\u00e9gr\u00e9 des conditions de subventions de contrepartie dans son programme de construction d\u2019\u00e9coles, exigeant que les communaut\u00e9s noires et les gouvernements locaux apportent des fonds et de la main-d\u2019\u0153uvre, cr\u00e9ant ainsi des enjeux politiques et financiers qui survivraient \u00e0 son implication. Ces hommes consid\u00e9raient la philanthropie comme un d\u00e9fi op\u00e9rationnel, et non comme une simple transaction financi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque <strong>les milliardaires d\u2019aujourd\u2019hui se contentent de signer des ch\u00e8ques \u00e0 neuf chiffres \u00e0 Harvard ou de donner leur nom \u00e0 une aile du Met<\/strong>, le public perd quelque chose de plus pr\u00e9cieux que l\u2019argent : il perd l\u2019application des comp\u00e9tences qui ont rendu ces fortunes possibles au d\u00e9part. Jeff Bezos a fait d\u2019Amazon le r\u00e9seau de logistique et de distribution le plus sophistiqu\u00e9 de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 \u2014 imaginez cet esprit op\u00e9rationnel appliqu\u00e9 \u00e0 la refonte de la prestation des soins de sant\u00e9 en milieu rural ou de l\u2019infrastructure de distribution des vaccins, non pas sous la forme d\u2019un don ponctuel, mais en tant que fondateur d\u2019une institution permanente cr\u00e9\u00e9e pour cette t\u00e2che. Elon Musk a d\u00e9montr\u00e9 chez SpaceX qu\u2019une organisation pouvait \u00eatre cr\u00e9\u00e9e de toutes pi\u00e8ces pour accomplir ce que seuls les gouvernements avaient r\u00e9ussi auparavant, et ce \u00e0 un co\u00fbt bien moindre, mais ses efforts philanthropiques ont \u00e9t\u00e9 n\u00e9gligeables par rapport \u00e0 sa fortune, et certainement rien qui s\u2019approche de la cr\u00e9ation d\u2019une nouvelle institution civique. La trag\u00e9die n\u2019est pas que ces milliardaires th\u00e9saurisent leur argent. Beaucoup donnent g\u00e9n\u00e9reusement, du moins selon les normes conventionnelles. La trag\u00e9die, c\u2019est qu\u2019ils donnent de mani\u00e8re passive \u2014 en transf\u00e9rant leur fortune \u00e0 des organisations cr\u00e9\u00e9es par d\u2019autres, au lieu d\u2019accomplir eux-m\u00eames le travail difficile, peu glamour et personnel que repr\u00e9sente la cr\u00e9ation de nouvelles institutions. Le public ne manque pas de fonds philanthropiques. Il manque de b\u00e2tisseurs philanthropiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entre la vente d\u2019Oculus \u00e0 Facebook en 2014 pour 2,7 milliards de dollars et la fondation d\u2019Anduril Industries, Palmer Luckey a pass\u00e9 du temps \u00e0 d\u00e9velopper un concept qui, s\u2019il l\u2019avait men\u00e9 \u00e0 bien, aurait figur\u00e9 parmi les actes philanthropiques les plus authentiquement \u00ab carn\u00e9giens \u00bb du XXIe si\u00e8cle : une cha\u00eene de prisons priv\u00e9es \u00e0 but non lucratif con\u00e7ue pour n\u2019\u00eatre r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e que si ses anciens d\u00e9tenus restaient hors de prison apr\u00e8s leur lib\u00e9ration. Cette id\u00e9e renversait la structure incitative de l\u2019incarc\u00e9ration am\u00e9ricaine, o\u00f9 les op\u00e9rateurs de prisons priv\u00e9es tirent profit de la r\u00e9cidive et n\u2019ont aucune raison financi\u00e8re de r\u00e9habiliter les d\u00e9tenus. Luckey a finalement abandonn\u00e9 le projet \u2014 il a conclu que cela n\u00e9cessiterait trop de travail de lobbying \u2014 et s\u2019est lanc\u00e9 dans la cr\u00e9ation d\u2019une entreprise de technologie de d\u00e9fense aujourd\u2019hui \u00e9valu\u00e9e \u00e0 des dizaines de milliards de dollars. Mais ce concept de prison abandonn\u00e9 correspond exactement au type de pens\u00e9e institutionnelle que cet essai pr\u00f4ne. Luckey ne proposait pas de faire un don \u00e0 une association \u00e0 but non lucratif existante \u0153uvrant pour la r\u00e9forme p\u00e9nitentiaire. Il envisageait un nouveau mod\u00e8le dot\u00e9 d\u2019une structure organisationnelle novatrice, d\u2019un m\u00e9canisme d\u2019incitation autocorrecteur et du potentiel de d\u00e9montrer, \u00e0 grande \u00e9chelle, que l\u2019incarc\u00e9ration pouvait \u00eatre repens\u00e9e. Les comp\u00e9tences qui ont permis \u00e0 Luckey de cr\u00e9er Anduril \u00e0 partir de rien \u2014 les m\u00eames qui lui avaient permis de fonder Oculus dans le garage de ses parents alors qu\u2019il \u00e9tait adolescent \u2014 sont pr\u00e9cis\u00e9ment celles que Carnegie estimait que les riches avaient le devoir de mettre au service du bien public. La prison \u00e0 but non lucratif aurait pu \u00eatre une nouvelle institution pour un syst\u00e8me d\u00e9faillant. Au lieu de cela, le syst\u00e8me reste d\u00e9faillant, et le b\u00e2tisseur est pass\u00e9 \u00e0 autre chose.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La mentalit\u00e9 du \u00ab tout d\u00e9penser \u00bb et la mort de la permanence<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cr\u00e9er de nouvelles institutions exige de la patience et une vision \u00e0 long terme. La diff\u00e9rence la plus r\u00e9v\u00e9latrice entre la philanthropie de l\u2019\u00e2ge d\u2019or et son \u00e9quivalent moderne r\u00e9side peut-\u00eatre dans son attitude face au temps. La Carnegie Corporation of New York, fond\u00e9e en 1911, est toujours en activit\u00e9 plus d\u2019un si\u00e8cle plus tard. La Fondation Rockefeller, fond\u00e9e en 1913, continue de financer la recherche et le d\u00e9veloppement dans le monde entier. L&rsquo;universit\u00e9 de Stanford, l&rsquo;universit\u00e9 de Chicago, le Met : ces institutions ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7ues comme des entit\u00e9s durables, des vecteurs gr\u00e2ce auxquels les ressources d&rsquo;un philanthrope pourraient g\u00e9n\u00e9rer de la valeur longtemps apr\u00e8s sa mort.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avons-nous perdu la capacit\u00e9 de construire ? Cette affirmation serait inexacte. Nous l&rsquo;avons plut\u00f4t simplement privatis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les philanthropes d\u2019aujourd\u2019hui rejettent de plus en plus ce mod\u00e8le au profit de ce qu\u2019on appelle la philanthropie \u00ab spend-down \u00bb, la pratique consistant \u00e0 d\u00e9penser les actifs d\u2019une fondation dans un d\u00e9lai d\u00e9termin\u00e9, g\u00e9n\u00e9ralement pendant la dur\u00e9e de vie du donateur ou dans un nombre d\u2019ann\u00e9es fixe apr\u00e8s son d\u00e9c\u00e8s. L\u2019argumentation intellectuelle en faveur du \u00ab spend-down \u00bb a \u00e9t\u00e9 formul\u00e9e de mani\u00e8re particuli\u00e8rement influente par Chuck Feeney, fondateur d\u2019Atlantic Philanthropies, qui avait donn\u00e9 l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de sa fortune de 8 milliards de dollars en 2020 et a ensuite dissous sa fondation. Julius Rosenwald lui-m\u00eame en \u00e9tait un d\u00e9fenseur de la premi\u00e8re heure, affirmant que chaque g\u00e9n\u00e9ration devait s\u2019attaquer \u00e0 ses propres probl\u00e8mes, plut\u00f4t que de s\u2019en remettre \u00e0 la mainmise des dotations perp\u00e9tuelles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le mouvement philanthropique compl\u00e9mentaire connu sous le nom de \u00ab dons bas\u00e9s sur la confiance \u00bb \u2014 dont la praticienne la plus en vue est MacKenzie Scott \u2014 repr\u00e9sente un v\u00e9ritable rem\u00e8de au paternalisme et aux frais administratifs des subventions traditionnelles des fondations, et son instinct de c\u00e9der le pouvoir et les ressources aux communaut\u00e9s les plus proches des probl\u00e8mes n\u2019est pas erron\u00e9. Mais en tant que th\u00e9orie du changement, elle est incompl\u00e8te sur un point essentiel. Les subventions en esp\u00e8ces sans restriction peuvent soutenir et am\u00e9liorer des organisations qui fonctionnent d\u00e9j\u00e0 ; elles ne peuvent pas redessiner les structures d\u2019incitation qui font \u00e9chouer tant d\u2019organisations au d\u00e9part. <strong>Un refuge pour sans-abri b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019une subvention sans restriction dispose de meilleures ressources, mais il est toujours r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 \u00e0 la nuit pass\u00e9e. <\/strong>Un programme de d\u00e9sintoxication disposant d\u2019une plus grande marge de man\u0153uvre op\u00e9rationnelle est toujours r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019admission. <strong>La philanthropie fond\u00e9e sur la confiance s\u2019attaque aux sympt\u00f4mes de la d\u00e9faillance institutionnelle<\/strong> avec dignit\u00e9 et rapidit\u00e9, mais elle <strong>laisse intacte l\u2019architecture sous-jacente : les boucles de r\u00e9troaction d\u00e9faillantes, les structures de paiement perverses<\/strong>, les syst\u00e8mes de responsabilit\u00e9 mal align\u00e9s qui produisent les m\u00eames r\u00e9sultats g\u00e9n\u00e9ration apr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ration. Les grands b\u00e2tisseurs d\u2019institutions de l\u2019\u00e2ge d\u2019or ne se contentaient pas de transf\u00e9rer de l\u2019argent vers ceux qui en avaient besoin. Ils concevaient de nouveaux organismes : de nouvelles structures dot\u00e9es de nouvelles incitations, de nouveaux m\u00e9canismes de responsabilit\u00e9, de nouvelles th\u00e9ories sur la mani\u00e8re d\u2019organiser l\u2019effort humain en vue d\u2019un objectif public. C\u2019est plus difficile, plus lent et moins lisible que de signer un gros ch\u00e8que \u00e0 une organisation \u00e0 but non lucratif existante \u2014 mais c\u2019est le travail qui change r\u00e9ellement ce qui est possible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le vecteur le plus en vue est le <strong>Giving Pledge<\/strong>, lanc\u00e9 par Warren Buffett et Bill et Melinda Gates en 2010, qui demande aux milliardaires de s\u2019engager \u00e0 donner la majeure partie de leur fortune de leur vivant ou par testament. Plus de 240 personnes et familles ont sign\u00e9 cet engagement, repr\u00e9sentant plus de 600 milliards de dollars de dons promis. Cette philosophie est admirable \u00e0 un certain \u00e9gard : elle <strong>rejette l\u2019accumulation dynastique<\/strong> et insiste pour que les fortunes soient mises au service du bien public. Mais l\u2019accent mis sur le don rapide, plut\u00f4t que sur la construction de quelque chose de durable, r\u00e9v\u00e8le un manque fondamental d\u2019imagination institutionnelle. La Fondation Bill et Melinda Gates, la plus grande fondation priv\u00e9e au monde, a annonc\u00e9 en 2024 son intention de d\u00e9penser l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de sa dotation d\u2019environ 75 milliards de dollars dans les 25 ans suivant le d\u00e9c\u00e8s de ses fondateurs. John Arnold, ancien gestionnaire de fonds sp\u00e9culatifs devenu philanthrope, s\u2019est explicitement engag\u00e9 \u00e0 d\u00e9penser sa fortune et celle de son \u00e9pouse, Laura, de leur vivant, arguant que les fondations perp\u00e9tuelles deviennent scl\u00e9ros\u00e9es et perdent leur orientation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La philosophie de la liquidation des fonds repose effectivement sur un argument raisonnable. <strong>Les fondations perp\u00e9tuelles peuvent en effet devenir bureaucratiques, prudentes et d\u00e9connect\u00e9es<\/strong> des probl\u00e8mes qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es pour r\u00e9soudre. La Fondation Ford, cr\u00e9\u00e9e par Edsel Ford en 1936, est devenue un exemple canonique pour les critiques de la d\u00e9rive philanthropique lorsque Henry Ford II a d\u00e9missionn\u00e9 de son conseil d\u2019administration en 1976, se plaignant que sa mission \u00e9tait devenue diffuse et s\u2019\u00e9tait \u00e9loign\u00e9e du syst\u00e8me capitaliste qui l\u2019avait rendue possible. Et, comme l\u2019a d\u00e9montr\u00e9 cet essai, de nombreuses institutions cr\u00e9\u00e9es pendant l\u2019\u00e2ge d\u2019or ne servent plus leurs objectifs d\u2019origine. Mais l\u2019abandon total de la permanence repr\u00e9sente un \u00e9chec d\u2019un autre genre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La distinction pertinente ne se situe pas entre les fondations perp\u00e9tuelles et les fondations \u00e0 \u00e9puisement des fonds. Les deux formes peuvent sombrer dans l\u2019\u00e9gocentrisme ou la d\u00e9rive. La question est de savoir si la philanthropie cr\u00e9e une architecture durable porteuse d\u2019une mission \u2014 organisations, normes, fili\u00e8res de formation, organismes de recherche, plateformes civiques \u2014 capable de perdurer aussi longtemps qu\u2019un besoin public r\u00e9el persiste. Certains probl\u00e8mes exigent de l\u2019urgence ; d\u2019autres, de la patience ; beaucoup requi\u00e8rent les deux. <strong>Une culture philanthropique qui ne peut imaginer que le d\u00e9caissement imm\u00e9diat est aussi d\u00e9form\u00e9e que celle qui ne peut imaginer qu\u2019une dotation permanente. <\/strong>Ce qui manque aujourd\u2019hui, ce n\u2019est pas seulement la long\u00e9vit\u00e9, mais une forme institutionnelle \u00e0 la hauteur de l\u2019horizon temporel du probl\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La mentalit\u00e9 de la fondation \u00e0 capital \u00e9puisable, malgr\u00e9 toute son urgence, est fondamentalement pr\u00e9sentiste. Elle part du principe que les probl\u00e8mes les plus importants sont ceux que nous pouvons voir d\u00e8s maintenant ; que l\u2019utilisation la plus efficace du capital philanthropique consiste \u00e0 le d\u00e9ployer contre les crises d\u2019aujourd\u2019hui ; et que les g\u00e9n\u00e9rations futures produiront leurs propres milliardaires pour r\u00e9soudre leurs propres probl\u00e8mes. Ces hypoth\u00e8ses pourraient s\u2019av\u00e9rer spectaculairement erron\u00e9es. L\u2019investissement de la Fondation Rockefeller dans la recherche agricole de Norman Borlaug dans les ann\u00e9es 1940 n\u2019a donn\u00e9 naissance \u00e0 la R\u00e9volution verte qu\u2019au cours des ann\u00e9es 1960 \u2014 deux d\u00e9cennies de soutien institutionnel patient et peu glamour qui ont finalement sauv\u00e9 environ un milliard de vies de la famine. Aucune fondation \u00e0 capital \u00e9puisable fonctionnant sous une clause d\u2019extinction de 20 ans avec des mesures strictes des ann\u00e9es de vie ajust\u00e9es sur l\u2019incapacit\u00e9 n\u2019aurait soutenu ce pari. Les investissements pr\u00e9coces de la Carnegie Corporation dans la radiodiffusion publique ont port\u00e9 leurs fruits des d\u00e9cennies plus tard avec la cr\u00e9ation de PBS et de <em>Sesame Street<\/em>. Il ne s\u2019agissait pas de \u00ab\u00a0gains rapides\u00a0\u00bb ; c\u2019\u00e9taient des paris institutionnels \u00e0 long terme qui exigeaient le genre de patience que seule une dotation permanente peut offrir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La bonne r\u00e9ponse ne passe pas n\u00e9cessairement par la p\u00e9rennit\u00e9 : les organisations doivent exister tant qu\u2019elles remplissent leur mission, et nous avons besoin de nouvelles structures philanthropiques capables d\u2019incarner ce principe \u2014 des institutions con\u00e7ues avec des m\u00e9canismes int\u00e9gr\u00e9s de renouvellement, d\u2019auto-\u00e9valuation et, si n\u00e9cessaire, de fermeture en bonne et due forme. Ni la scl\u00e9rose de la Fondation Ford ni la disparition planifi\u00e9e de la Fondation Gates ne constituent un mod\u00e8le ad\u00e9quat. Ce dont nous avons besoin, ce sont des institutions con\u00e7ues pour durer tant qu\u2019elles atteignent leurs objectifs \u2014 et pas un jour de plus.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le socle vide<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avons-nous, en fin de compte, perdu la capacit\u00e9 de construire ? Cette affirmation serait inexacte. Nous l\u2019avons plut\u00f4t simplement privatis\u00e9e. L\u2019\u00e9lite contemporaine continue de fonder des organisations, de recruter des talents, de r\u00e9soudre des probl\u00e8mes de coordination et de d\u00e9ployer des syst\u00e8mes \u00e0 l\u2019\u00e9chelle continentale. Mais elle exprime ces capacit\u00e9s <strong>\u00e0 travers des entreprises, et non des institutions civiques<\/strong>. Nous formons toujours des b\u00e2tisseurs. Mais, contrairement \u00e0 l\u2019\u00c2ge d\u2019or, nous n\u2019avons plus de b\u00e2tisseurs qui se forment sur les march\u00e9s priv\u00e9s, puis utilisent leurs comp\u00e9tences pour construire dans l\u2019int\u00e9r\u00eat public.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les philanthropes de l\u2019\u00c2ge d\u2019or avaient compris quelque chose que leurs successeurs ont largement oubli\u00e9 : <strong>la forme la plus \u00e9lev\u00e9e de philanthropie n\u2019est pas le transfert de richesse, mais la cr\u00e9ation de structures. <\/strong>Une biblioth\u00e8que n\u2019est pas un tas de livres. C\u2019est une institution \u2014 un ensemble de normes, de pratiques, de relations et d\u2019espaces physiques \u2014 qui organise le savoir et le met \u00e0 la disposition de quiconque franchit ses portes. Une universit\u00e9 n\u2019est pas un ensemble de salles de cours. C\u2019est une communaut\u00e9 de recherche qui se perp\u00e9tue d\u2019elle-m\u00eame, une machine \u00e0 produire des d\u00e9couvertes que personne ne peut pr\u00e9voir. Une fondation de recherche n\u2019est pas un ch\u00e9quier. C\u2019est une intelligence organisationnelle, capable d\u2019identifier les probl\u00e8mes, de recruter des talents et de soutenir des efforts pendant des d\u00e9cennies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce sont ces structures qui font la civilisation. Pas des actes individuels de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, aussi importants soient-ils, mais des institutions \u2014 durables, capables de se renouveler, capables de fonctionner longtemps apr\u00e8s que leurs fondateurs ont \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9s. <strong>Les aqueducs romains <\/strong>acheminent encore l\u2019eau ; <strong>les universit\u00e9s m\u00e9di\u00e9vales<\/strong> de Bologne et d\u2019Oxford produisent encore des travaux de recherche de pointe ; les biblioth\u00e8ques de Carnegie pr\u00eatent encore des livres. Ces structures perdurent parce qu\u2019elles <strong>ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7ues pour perdurer<\/strong>, parce que leurs cr\u00e9ateurs avaient compris que <strong>le cadeau le plus pr\u00e9cieux qu\u2019une g\u00e9n\u00e9ration puisse offrir \u00e0 la suivante n\u2019est pas l\u2019argent, mais des cadres durables au sein desquels l\u2019effort humain peut \u00eatre organis\u00e9 et soutenu.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019argent existe. La volont\u00e9 de construire, elle, fait d\u00e9faut. Le mod\u00e8le de \u00ab d\u00e9pense int\u00e9grale\u00a0\u00bb incite les philanthropes d\u2019aujourd\u2019hui \u00e0 d\u00e9ployer rapidement leur capital, pour r\u00e9soudre des probl\u00e8mes mesurables, de leur vivant. La dynamique sociale de <strong>la philanthropie d\u2019\u00e9lite<\/strong> leur dicte de donner <strong>l\u00e0 o\u00f9 leur nom sera vu <\/strong>par les bonnes personnes \u2014 sur la fa\u00e7ade d\u2019un b\u00e2timent de leur alma mater, sur un mur de galerie au Met, sur une salle de concert qui porte d\u00e9j\u00e0 les noms de trois autres donateurs. Ainsi, <strong>les ch\u00e8ques affluent vers les m\u00eames institutions<\/strong>, les dotations des riches s\u2019enrichissent, et les vides structurels de la vie am\u00e9ricaine \u2013 les institutions manquantes, les espaces non r\u00e9gis, les probl\u00e8mes pour lesquels personne n\u2019a cr\u00e9\u00e9 d\u2019organisation afin de les r\u00e9soudre \u2013 restent incombl\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce dont nous avons besoin aujourd\u2019hui, c\u2019est d\u2019un renouveau de l\u2019ambition institutionnelle dans des conditions plus r\u00e9actives, plus autocritiques et plus honn\u00eates sur le plan historique que celles du premier \u00c2ge d\u2019or. La t\u00e2che ne consiste pas \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer les oligarques pour leur comportement quasi souverain ; il s\u2019agit de se demander pourquoi, dans une soci\u00e9t\u00e9 si riche en talents techniques, en sophistication manag\u00e9riale et en capital priv\u00e9, si peu de ces capacit\u00e9s sont converties en structures durables pour la vie en commun.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous vivons de l\u2019h\u00e9ritage institutionnel de l\u2019\u00e2ge d\u2019or. Nous le d\u00e9pensons, et nous ne le renouvelons pas. Les biblioth\u00e8ques sont toujours ouvertes, les universit\u00e9s enseignent toujours, les mus\u00e9es exposent toujours leurs tableaux \u2014 mais ce sont l\u00e0 les cr\u00e9ations des morts, entretenues par les vivants, et auxquelles presque rien de nouveau ne vient s\u2019ajouter. Le socle est vide. <strong>Les hommes et les femmes qui ont construit les technologies qui d\u00e9finissent notre \u00e9poque<\/strong> \u2014 qui ont prouv\u00e9, sur le march\u00e9, qu\u2019ils pouvaient cr\u00e9er des organisations d\u2019une puissance et d\u2019une envergure \u00e9tonnantes \u2014 <strong>n\u2019ont pas encore mis ces capacit\u00e9s au service du bien public permanent<\/strong>. Les philanthropes de l\u2019\u00c2ge d\u2019or nous ont laiss\u00e9 l\u2019\u00e9chafaudage de la civilisation. Nous l\u2019avons laiss\u00e9 debout, mais nous n\u2019avons gu\u00e8re construit dessus. Et lorsque l\u2019\u00e9chafaudage finira par s\u2019effondrer, comme toutes les structures finissent par le faire, nous d\u00e9couvrirons que la g\u00e9n\u00e9ration la plus riche de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 n\u2019a l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 ses descendants que le souvenir de la fortune qu\u2019elle a poss\u00e9d\u00e9e, et du peu qui a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9 \u00e0 la construction de quoi que ce soit de durable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Lire d&rsquo;autres articles de <\/em><a href=\"https:\/\/ssir.org\/bios\/sarah-cone\"><em>Sarah Cone<\/em><\/a><em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sarah Cone est fondatrice et associ\u00e9e g\u00e9rante de Social Impact Capital. Elle est cr\u00e9atrice d&rsquo;entreprises, conseill\u00e8re en philanthropie, investisseuse en capital-risque et m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size wp-block-paragraph\">Liste \u00e9volutive des\u00a0<a href=\"https:\/\/1drv.ms\/x\/c\/52b2e58f9a01f490\/IQApkc2vwYtfTpsZ-j248N0MAUKIOl08sRQqs_6JWIhCmM4?e=YYS5CH\">traductions<\/a> par\u00a0<em>Gilles en vrac<\/em><br>Les<strong>\u00a0caract\u00e8res gras<\/strong>\u00a0dans le texte sont de Gilles.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les \u00c9tats-Unis vivent actuellement un deuxi\u00e8me \u00c2ge d\u2019or. Mais contrairement aux magnats d\u2019autrefois, les milliardaires d\u2019aujourd\u2019hui pr\u00e9f\u00e8rent faire des dons \u00e0 des organisations existantes. Ils devraient plut\u00f4t cr\u00e9er des institutions durables. Traduction de Why Don\u2019t Philanthropists Build Anymore? par Sarah Cone sur Stanford Social Innovation Review, \u00e9t\u00e9 2026. En 1891, Leland Stanford avait 61 ans &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/les-philanthropes-ne-creent-plus-rien\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Pourquoi les philanthropes ne cr\u00e9ent-ils plus rien ?&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-10317","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack-related-posts":[{"id":9888,"url":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/une-ia-cooperative\/","url_meta":{"origin":10317,"position":0},"title":"Une IA coop\u00e9rative ?","author":"Gilles Beauchamp","date":"8 avril 2026","format":false,"excerpt":"Hubert Guillaud, Dans les algorithmes, propose plusieurs sources int\u00e9ressantes sur cette question dans Pour une IA coop\u00e9rative, le 7 avril 2026 (3\u00a0600 mots). 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