{"id":11064,"date":"2026-07-28T10:49:43","date_gmt":"2026-07-28T14:49:43","guid":{"rendered":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/?page_id=11064"},"modified":"2026-09-18T11:49:10","modified_gmt":"2026-09-18T15:49:10","slug":"communs-et-gestion-des-communs","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/communs\/communs-et-gestion-des-communs\/","title":{"rendered":"Les communs et la gestion des communs"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Traduction de <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">The commons and commoning<\/a> par Andrea J. Nightingale &amp; Cristhian Paris Gonz\u00e1lez paru dans <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/journals\/fjps20\">The Journal of Peasant Studies<\/a> le 18 juillet 2026. [R\u00e9f. <a href=\"https:\/\/www.the-syllabus.com\/\">The Syllabus<\/a>]<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9sum\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cet article de la s\u00e9rie \u00ab Key Concepts \u00bb s\u2019appuie sur un cadre th\u00e9orique qui consid\u00e8re les biens communs comme multiples et \u00ab plus qu\u2019humains \u00bb, refl\u00e9tant la r\u00e9sistance, la vie communautaire et la discorde, tout en tenant compte de la conception traditionnelle des biens communs en tant que ressources ou terres utilis\u00e9es collectivement. L\u2019article pr\u00e9sente une revue s\u00e9lective des travaux universitaires sur les biens communs, en commen\u00e7ant par les enclosures des XVIIIe et XIXe si\u00e8cles en Europe, en mettant l\u2019accent sur l\u2019expansion coloniale, avant de passer \u00e0 des travaux plus r\u00e9cents sur les ressources en pool commun et les relations de mise en commun. Cinq d\u00e9bats principaux sont mis en lumi\u00e8re : la relation entre les biens communs et le capitalisme, les biens communs en tant qu\u2019institutions, les r\u00f4les du pouvoir et de la politique, l\u2019affect et l\u2019\u00e9motion, ainsi que l\u2019activisme au sein des biens communs. La conclusion \u00e9value les promesses contre-h\u00e9g\u00e9moniques des biens communs et leurs limites. Dans l\u2019ensemble, nous soulignons l\u2019importance d\u2019une enqu\u00eate empirique rigoureuse, consistant \u00e0 ancrer la recherche sur les biens communs dans des histoires, des lieux et des relations sp\u00e9cifiques, et \u00e0 adopter une approche fondamentalement relationnelle de la mani\u00e8re dont la mise en commun \u00e9merge et persiste au fil du temps.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 quoi ressemblent les biens communs? Peut-on entendre le son de la r\u00e9sistance \u00e0 la privatisation de la terre et \u00e0 la gouvernance des ressources? Nous sugg\u00e9rons qu\u2019il n\u2019y a pas une seule r\u00e9sonance, mais que les biens communs sont multiples et \u00ab plus qu\u2019humains \u00bb. Dans l\u2019ouest du N\u00e9pal, le vent souffle \u00e0 travers les pins en produisant un <em>shiss<\/em> \u00e9vocateur. Sur la c\u00f4te ouest de l\u2019\u00c9cosse, <em>plonk!<\/em>, une ligne de nasses jet\u00e9e \u00e0 l\u2019eau peut \u00eatre entendue \u00e0 un kilom\u00e8tre de distance les jours de calme. Les autres jours, le vent et les vagues forment une cacophonie constante de sons, \u00e0 la fois rythm\u00e9e et al\u00e9atoire : une houle, une \u00e9l\u00e9vation, une vague d\u00e9ferlante qui peut prendre au d\u00e9pourvu les imprudents. Sur le plan politique, les biens communs refl\u00e8tent et amplifient ces sons. Le chant des manifestants r\u00e9clamant des ressources, un acc\u00e8s ou des droits; le silence impos\u00e9 aux bulldozers lorsque les usagers des biens communs utilisent leur propre corps pour bloquer l\u2019extraction. Des murmures de d\u00e9saccord et d\u2019accord s\u2019\u00e9chappent de la porte d\u2019un centre communautaire alors que les usagers se rassemblent pour d\u00e9cider de la r\u00e9partition de leurs ressources. Ces sons refl\u00e8tent nos propres exp\u00e9riences, mais ils parviennent aussi assez bien \u00e0 d\u00e9crire les biens communs qui ont fait l\u2019objet de d\u00e9bats li\u00e9s aux \u00e9tudes agraires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les \u00e9tudes agraires, le terme \u00ab biens communs \u00bb d\u00e9signe le plus souvent des ressources ou des terres utilis\u00e9es collectivement (Turner <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2017<\/a>), bien qu\u2019il puisse \u00e9galement faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une grande vari\u00e9t\u00e9 de ressources et de pratiques qu\u2019un collectif s\u2019engage \u00e0 g\u00e9rer et \u00e0 r\u00e9partir en commun (De Angelis <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2019<\/a>; Montenegro de Wit <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2017<\/a>). Ces biens communs ont une longue histoire qui remonte \u00e0 plusieurs si\u00e8cles et se retrouvent partout dans le monde (Linebaugh <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2010<\/a>). L\u2019int\u00e9r\u00eat pour les biens communs a \u00e9t\u00e9 stimul\u00e9 par les travaux d\u2019Elinor Ostrom (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">1990<\/a>) sur ce qu\u2019elle appelait les \u00ab ressources en pool commun \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire ces ressources naturelles difficiles \u00e0 cl\u00f4turer ou \u00e0 d\u00e9limiter et qui avaient historiquement \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9es en commun (par des groupes villageois, etc.), notamment les p\u00e2turages, les for\u00eats, les sources d\u2019eau et les zones de p\u00eache.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parall\u00e8lement \u00e0 cette mise en avant des ressources, nombreux sont ceux qui ont soulign\u00e9 le potentiel \u00e9mancipateur des biens communs (De Angelis <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2013<\/a>; Federici <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2019<\/a>; Harvey <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2004<\/a>; Linebaugh <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2010<\/a>; Montenegro de Wit <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2019<\/a>) . Des chercheurs ont montr\u00e9 comment les biens communs s\u2019organisent autour de l\u2019usage collectif et de la prise de d\u00e9cision collective, et soutiennent la reproduction sociale, en faisant valoir qu\u2019ils s\u2019opposent \u00e0 l\u2019extraction capitaliste des ressources et \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e (Federici <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2019<\/a>). D\u2019autres, quant \u00e0 eux, voient dans les biens communs le potentiel de g\u00e9n\u00e9rer des pratiques \u00e9conomiques postcapitalistes qui r\u00e9inventent, plut\u00f4t que de rejeter, l\u2019investissement capitaliste (Gibson-Graham, Cameron et Healy <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2016<\/a>). Les biens communs ne se limitent donc plus, sur le plan conceptuel, \u00e0 l\u2019acc\u00e8s et \u00e0 la distribution des ressources naturelles essentielles \u00e0 la subsistance quotidienne ou aux besoins de conservation; leur d\u00e9finition s\u2019est plut\u00f4t \u00e9largie pour inclure les biens communs num\u00e9riques, les connaissances, la biodiversit\u00e9 et les stocks de semences, les espaces de quartier, les collectifs artistiques, ainsi que d\u2019autres pratiques qui rassemblent les gens pour partager et distribuer des ressources, qu\u2019elles soient mat\u00e9rielles ou abstraites (comme Internet) (Bollier et Helfrich <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">r\u00e9f. 2015<\/a>; De Angelis <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">r\u00e9f. 2019<\/a>) . Ces derniers d\u00e9bats, en particulier, fa\u00e7onnent aujourd\u2019hui la recherche sur les changements agraires en mati\u00e8re de biens communs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces d\u00e9bats sont travers\u00e9s par une divergence conceptuelle quant \u00e0 savoir si les biens communs constituent un espace au sein duquel s\u2019\u00e9tablissent des relations sociales, ou s\u2019ils \u00e9mergent de la coproduction de ressources, d\u2019espaces communs et de pratiques de mise en commun. C\u2019est cette derni\u00e8re approche que nous qualifions d\u2019\u00ab approche relationnelle \u00bb, et elle marque un lien conceptuel entre la dimension mat\u00e9rielle et la dimension sociale des pratiques de mise en commun. Nous d\u00e9velopperons ces id\u00e9es ci-dessous. Cette diff\u00e9rence conceptuelle entre les biens communs en tant que gouvernance des ressources mat\u00e9rielles et les biens communs en tant que pratiques socio-naturelles relationnelles persiste dans les d\u00e9bats sur les changements agraires. Pourtant, quelle que soit la mani\u00e8re dont on conceptualise les dynamiques des biens communs, ceux-ci d\u00e9signent pour beaucoup \u00e0 la fois des ressources (au sens large) utilis\u00e9es par des collectifs, et un engagement \u00e9thique et politique envers des fa\u00e7ons de travailler ensemble et avec le \u00ab plus-que-humain \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans cet article, apr\u00e8s un bref historique des attaques coloniales et capitalistes contre les biens communs, nous dressons un aper\u00e7u des travaux universitaires actuels en partant des interventions d\u2019Ostrom et, \u00e0 la mani\u00e8re des v\u00e9ritables d\u00e9fenseurs des biens communs, nous retra\u00e7ons le fil des travaux qui nous ont inspir\u00e9s. \u00c0 travers cet historique abr\u00e9g\u00e9, nous soutenons que l\u2019insistance sur le caract\u00e8re militant et \u00e9mancipateur des biens communs, bien que mobilisatrice, est \u00e9galement probl\u00e9matique. Comme beaucoup l\u2019ont soulign\u00e9, ce ne sont pas les arrangements des biens communs en eux-m\u00eames qui garantissent la lib\u00e9ration (Federici et Caffentzis <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2019<\/a>). C\u2019est dans les processus et les pratiques de gouvernance que r\u00e9side la lib\u00e9ration, et la mesure dans laquelle ceux-ci refl\u00e8tent une conception socionaturelle et ax\u00e9e sur la justice des biens communs fa\u00e7onne les r\u00e9sultats politiques et mat\u00e9riels. Ce type d\u2019approche d\u00e9coloniale du commun doit veiller \u00e0 ne pas perdre de vue les lieux et la mat\u00e9rialit\u00e9 des biens communs, ni les luttes internes pour l\u2019autorit\u00e9 et l\u2019acc\u00e8s \u00e0 ces ressources qui tourmentent toujours les communistes les plus engag\u00e9s (Nightingale <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2019<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce qui suit, nous pr\u00e9sentons un bref aper\u00e7u des enclosures qui ont aliment\u00e9 l\u2019accumulation capitaliste aux XVIIIe et XIXe si\u00e8cles (De Angelis <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2001<\/a>). De l\u00e0, nous faisons un bond en avant vers les travaux d\u2019Ostrom, qui ont permis de r\u00e9tablir la l\u00e9gitimit\u00e9 des biens communs en d\u00e9duisant, de mani\u00e8re empirique et conceptuelle, les principes n\u00e9cessaires \u00e0 leur bon fonctionnement (Ostrom <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">1990<\/a>). Nous retracerons ensuite plusieurs divergences dans la litt\u00e9rature sur les biens communs : la relation au capital, aux institutions, au pouvoir et \u00e0 la politique, \u00e0 l\u2019affect, \u00e0 l\u2019activisme et \u00e0 la \u00ab d\u00e9scommunisation \u00bb. Nous conclurons en mettant en \u00e9vidence ce que nous consid\u00e9rons comme des fils conducteurs et des orientations communes pour la recherche sur les biens communs en lien avec les changements agraires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Les biens communs et l\u2019essor du capitalisme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les biens communs occupent une place particuli\u00e8re dans l\u2019histoire du capitalisme. Les enclosures des terres communes ont repr\u00e9sent\u00e9 un investissement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 dans la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e et ont \u00e9t\u00e9 essentielles \u00e0 l\u2019essor du capitalisme industriel (De Angelis <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2001<\/a>; Federici <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2019<\/a>). Bien que la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e ne f\u00fbt pas un concept nouveau, la logique de gouvernance et les droits de propri\u00e9t\u00e9 sous-jacents \u00e0 la possession des terres ont radicalement chang\u00e9 \u00e0 partir du XVe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De nombreux syst\u00e8mes f\u00e9odaux et pr\u00e9capitalistes de propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re permettaient aux paysans d\u2019acc\u00e9der \u00e0 des for\u00eats et \u00e0 des p\u00e2turages appel\u00e9s \u00ab biens communs \u00bb, \u00ab terres ext\u00e9rieures \u00bb ou \u00ab terres incultes \u00bb afin de compl\u00e9ter leurs petites parcelles agricoles (Federici <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2019<\/a>; Linebaugh <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2010<\/a>) . En Europe des XVIIIe et XIXe si\u00e8cles, les propri\u00e9taires fonciers ont fait enregistrer les terres communes comme des biens priv\u00e9s, en interdisant ainsi l\u2019acc\u00e8s aux paysans, et ont cl\u00f4tur\u00e9 les biens communs afin d\u2019accro\u00eetre la production agricole, en particulier l\u2019\u00e9levage (Scrutton <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2022<\/a>). L\u2019enclosure a \u00e9galement permis aux propri\u00e9taires fonciers de prendre le contr\u00f4le de la main-d\u2019\u0153uvre paysanne, car les gens ne pouvaient plus subsister uniquement gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019agriculture, ce qui a entra\u00een\u00e9 des crises de reproduction sociale (Federici <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2019<\/a>). Certains propri\u00e9taires fonciers poss\u00e9daient les usines o\u00f9 finissaient par se retrouver les paysans appauvris (Hunter <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">&nbsp;1976<\/a>). Marx a qualifi\u00e9 ce processus d\u2019\u00ab accumulation primitive \u00bb et a soutenu qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une \u00e9tape n\u00e9cessaire sur la voie de l\u2019industrialisation et du communisme (De Angelis <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">&nbsp;2001<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019expansion coloniale a \u00e9galement radicalement perturb\u00e9 l\u2019acc\u00e8s des populations aux terres communes \u00e0 travers les Am\u00e9riques, l\u2019Afrique, l\u2019Asie, l\u2019Australie et la Nouvelle-Z\u00e9lande, les colonisateurs s\u2019emparant des terres \u00e0 des fins agricoles et d\u2019extraction des ressources (Federici <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">&nbsp;2019<\/a>). Les terres acquises par d\u00e9possession \u00e9taient souvent exploit\u00e9es par de la main-d\u2019\u0153uvre autochtone ou import\u00e9e \u2013 d\u2019Europe ou d\u2019autres colonies \u2013, ce qui privait encore davantage les populations locales et autochtones de la s\u00e9curit\u00e9 de leurs moyens de subsistance (Alonso-Fradejas <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2015<\/a>). Les cadres juridiques des colonies \u00e9taient con\u00e7us pour remplacer les lois coutumi\u00e8res, faciliter l\u2019extraction et commercialiser les ressources. Par exemple, les politiques coloniales canadiennes (1850\u20131900) relatives au territoire mohawk de Kahnaw\u00e1:ke ont activement d\u00e9mantel\u00e9 les terres communes autochtones pour les transformer en propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e (Rueck <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2014<\/a>). Ces efforts visaient \u00e0 rendre le territoire lisible pour une administration \u00e9loign\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 la cartographie (Braun <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2000<\/a>), r\u00e9duisant ainsi les paysages vivants \u00e0 de simples dessins bidimensionnels.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les enclosures ont caus\u00e9 d\u2019extr\u00eames difficult\u00e9s \u00e0 la paysannerie en Europe et dans les colonies, notamment parce que les biens communs \u00e9taient essentiels \u00e0 la reproduction sociale (Federici <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2019<\/a>). En \u00c9cosse, la famine a pouss\u00e9 les gens \u00e0 \u00e9migrer vers l\u2019Am\u00e9rique du Nord et l\u2019Australie, souvent avec l\u2019aide des propri\u00e9taires fonciers; plus de 16 000 personnes ont quitt\u00e9 le pays dans les ann\u00e9es 1850 (Hunter <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">1976<\/a>). Les m\u00e9lodies de la musique traditionnelle d\u2019aujourd\u2019hui, sur plusieurs continents, font \u00e9cho aux cris de d\u00e9tresse lanc\u00e9s alors que des \u00eatres chers partaient outre-mer, souvent pour toujours.<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">Note de bas de page<sup>1<\/sup><\/a> Les Highlands et les \u00eeles \u00e9cossaises continuent de lutter contre le d\u00e9peuplement et la perte de leur culture, le manque d\u2019acc\u00e8s \u00e0 des terres abordables constituant un obstacle majeur au maintien des jeunes sur place. La r\u00e9forme fonci\u00e8re de 2001 en \u00c9cosse offre aux collectivit\u00e9s la possibilit\u00e9 d\u2019acheter collectivement leurs terres (Mackenzie et Dalby <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">&nbsp;2003<\/a>), et cette renaissance des biens communs est souvent cit\u00e9e comme un exemple moderne de remise en commun des terres traditionnelles (Mackenzie <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">&nbsp;2002<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces histoires montrent que les biens communs ont traditionnellement constitu\u00e9 un espace \u00e0 part du capitalisme. Des espaces o\u00f9 les gens partageaient des ressources, cueillaient et chassaient, et o\u00f9 les moyens de subsistance agraires, \u00e0 d\u00e9faut de prosp\u00e9rer, pouvaient au moins perdurer (Federici <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">&nbsp;2019<\/a>). La d\u00e9possession de ces espaces a entra\u00een\u00e9 une fragmentation des communaut\u00e9s, des migrations diasporiques et une perte d\u2019appartenance et de culture. Ces r\u00e9percussions se r\u00e9percutent \u00e0 travers les g\u00e9n\u00e9rations et les continents, comme l\u2019ont soulign\u00e9 les chercheurs d\u00e9coloniaux (Escobar <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2015<\/a>; Ranjan <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2023<\/a>; Whyte <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2020<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les enclosures occupaient une place centrale dans les th\u00e9ories de Marx sur l\u2019accumulation du capital, par le contr\u00f4le des moyens de production et l\u2019extraction de la plus-value des m\u00e9tayers et des travailleurs (De Angelis <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2001<\/a>; Federici et Caffentzis <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2019<\/a>; Harvey <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2018<\/a>). Mais l\u2019histoire des enclosures ne s\u2019est pas arr\u00eat\u00e9e au XIXe si\u00e8cle. L\u2019accumulation primitive, ou \u00ab accumulation par d\u00e9possession \u00bb (Harvey <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2004<\/a>), se poursuit encore aujourd\u2019hui. Les chercheurs actuels sur les biens communs s\u2019\u00e9cartent de Marx en rejetant sa th\u00e9orie des formations sociales progressives (du f\u00e9odalisme au capitalisme puis au communisme), d\u00e9montrant que les enclosures ne sont pas caract\u00e9ristiques d\u2019une \u00e9poque r\u00e9volue, mais qu\u2019elles sont au c\u0153ur m\u00eame du fonctionnement du capitalisme (De Angelis <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2001<\/a>; Federici et Caffentzis <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2019<\/a>; Harvey <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2004<\/a>). Que ce soit sous la forme de guerres pour les ressources, de l\u2019accaparement souvent violent de terres publiques au profit du capital priv\u00e9, de la biopiraterie, de la destruction des biens communs environnementaux mondiaux ou de l\u2019offensive revanchiste contre les services publics dans l\u2019ensemble du Nord global, le capitalisme d\u00e9pend de la conversion et de la d\u00e9molition de diverses formes d\u2019espace public (Jeffrey, McFarlane et Vasudevan <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">r\u00e9f. 2012<\/a>, 1247\u20131248).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les travaux de Harvey sur l\u2019accumulation par d\u00e9possession (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2004<\/a>) ont \u00e9galement mis en \u00e9vidence un probl\u00e8me d\u2019\u00e9chelle insuffisamment analys\u00e9 : les solutions propos\u00e9es par de petits groupes pour les biens communs sont efficaces \u00e0 l\u2019\u00e9chelle locale, mais pas n\u00e9cessairement aux \u00e9chelles r\u00e9gionale, nationale ou mondiale. Certains ont fait valoir que les biens communs mondiaux constituent une contradiction dans les termes, non seulement en raison de l\u2019absence d\u2019un groupe d\u2019utilisateurs bien d\u00e9fini \u2014 ce qu\u2019Ostrom consid\u00e9rait comme essentiel (voir ci-dessous) \u2014, mais aussi parce que la \u00ab communaut\u00e9 mondiale \u00bb est trop diffuse pour permettre la formation des types de relations indispensables \u00e0 la gestion des biens communs (Federici et Caffentzis <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2019<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faut donc \u00e9largir la notion d\u2019enclosure au-del\u00e0 de ses origines marxistes (Federici <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2019<\/a>), afin de comprendre comment l\u2019espace des biens communs est restreint par la promotion d\u2019une gouvernance \u00e0 des \u00e9chelles particuli\u00e8res, l\u2019articulation des normes n\u00e9olib\u00e9rales et la r\u00e9surgence de formes violentes de g\u00e9opolitique (Jeffrey, McFarlane et Vasudevan <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2012<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Les biens communs en tant qu\u2019institution sociale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les biens communs ont perdur\u00e9 malgr\u00e9 les vagues de privatisation qui ont marqu\u00e9 les XIXe et XXe si\u00e8cles (Federici <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2019<\/a>). L\u2019int\u00e9r\u00eat acad\u00e9mique \u00e0 leur \u00e9gard a connu un essor dans les ann\u00e9es 1980 et 1990, en partie en raison des efforts de d\u00e9colonisation en Afrique, des revendications en faveur des droits des peuples autochtones et du mouvement environnementaliste en plein essor (Federici <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2019<\/a>; McCay et Acheson <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">1996<\/a>). Dans l\u2019imaginaire populaire, les biens communs avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9nigr\u00e9s comme \u00e9tant non viables et responsables de la d\u00e9gradation des ressources, alors que de nouvelles recherches pr\u00e9sentaient une r\u00e9alit\u00e9 diff\u00e9rente. Nous nous penchons ici sur des travaux qui mettent en lumi\u00e8re les biens communs en tant qu\u2019institutions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019une des chercheuses les plus influentes de cette p\u00e9riode est Elinor Ostrom, \u00e9conomiste institutionnelle laur\u00e9ate du prix Nobel. Ostrom a form\u00e9 une \u00e9quipe pour d\u00e9terminer les facteurs de r\u00e9ussite des biens communs, en utilisant une approche qualitative fond\u00e9e sur la th\u00e9orie ancr\u00e9e afin de d\u00e9gager un ensemble de principes de conception \u00e0 partir d\u2019\u00e9tudes recueillies \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale sur un large \u00e9ventail de ressources en pool commun (Ostrom <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">1992<\/a>). Ces principes de conception sont \u00e9num\u00e9r\u00e9s dans l\u2019<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577#box01\">encadr\u00e9 1<\/a>; parmi ceux qui m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre soulign\u00e9s, on trouve : un ensemble d\u00e9fini d\u2019utilisateurs (\u00ab groupes d\u2019utilisateurs \u00bb), le droit d\u2019\u00e9tablir des r\u00e8gles et le droit de faire respecter ces r\u00e8gles. Son groupe a constat\u00e9 que l\u2019acc\u00e8s aux ressources en pool commun et leur r\u00e9partition refl\u00e9taient une vari\u00e9t\u00e9 d\u2019arrangements institutionnels, mais que ce qui en fait des \u00ab biens communs \u00bb, c\u2019est une forme de gouvernance collective (Ostrom <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">1992<\/a>). Les travaux d\u2019Ostrom ont d\u00e9plac\u00e9 l\u2019attention de la question de savoir si les ressources \u00e9taient <em>pr\u00e9serv\u00e9es<\/em> ou utilis\u00e9es correctement vers celle des <em>institutions<\/em> n\u00e9cessaires pour parvenir \u00e0 une gouvernance durable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Encadr\u00e9 1. Huit principes de conception pour des biens communs performants \u2013 Elinor Ostrom (Ostrom <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2015<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table><thead><tr><th><strong>Des limites clairement d\u00e9finies<\/strong><\/th><th><strong>Les particuliers et les m\u00e9nages, ainsi que la ressource commune (CPR \u2013 <em>common pool resource<\/em>) elle-m\u00eame.<\/strong><\/th><\/tr><\/thead><tbody><tr><td><\/td><td><\/td><\/tr><tr><td><strong>Ad\u00e9quation entre les r\u00e8gles d\u2019appropriation et d\u2019octroi et les conditions locales<\/strong><\/td><td>Les r\u00e8gles d\u2019appropriation qui restreignent le moment, le lieu, la technologie et\/ou la quantit\u00e9 d\u2019unit\u00e9s de la ressource sont li\u00e9es aux conditions locales et aux r\u00e8gles de mise \u00e0 disposition exigeant de la main-d\u2019\u0153uvre, du mat\u00e9riel et\/ou de l\u2019argent.<\/td><\/tr><tr><td><strong>M\u00e9canismes de choix collectif<\/strong><\/td><td>La plupart des personnes concern\u00e9es par les droits d\u2019exploitation peuvent participer \u00e0 leur modification.<\/td><\/tr><tr><td><strong>Suivi<\/strong><\/td><td>Les appropriateurs assurent activement la surveillance de la CPR et en rendent compte.<\/td><\/tr><tr><td><strong>Sanctions progressives<\/strong><\/td><td>Les utilisateurs qui enfreignent les r\u00e8gles d\u2019exploitation sont susceptibles de se voir imposer des sanctions progressives par les responsables, les utilisateurs eux-m\u00eames ou les deux.<\/td><\/tr><tr><td><strong>M\u00e9canismes de r\u00e9solution des conflits<\/strong><\/td><td>Les utilisateurs et les responsables ont rapidement acc\u00e8s \u00e0 des instances locales peu co\u00fbteuses pour r\u00e9soudre les conflits entre utilisateurs ou entre ces derniers et les responsables.<\/td><\/tr><tr><td><strong>Reconnaissance minimale du droit d\u2019organisation<\/strong><\/td><td>Le droit des utilisateurs de mettre en place leurs propres institutions n\u2019est pas remis en cause par des autorit\u00e9s gouvernementales externes.<\/td><\/tr><tr><td><strong>Entreprises imbriqu\u00e9es<\/strong><\/td><td>Les activit\u00e9s d\u2019appropriation, de mise \u00e0 disposition, de surveillance, d\u2019application, de r\u00e9solution des conflits et de gouvernance sont organis\u00e9es en plusieurs niveaux d\u2019entit\u00e9s imbriqu\u00e9es.<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur le plan th\u00e9orique, Ostrom et ses coll\u00e8gues font la distinction entre les biens communs en tant qu\u2019institution sociale (McCay et Acheson <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">&nbsp;1996<\/a>) et les ressources en pool commun (RPC) r\u00e9gies par ces institutions. Ils \u00e9valuent si les ressources sont pr\u00e9serv\u00e9es au sein des biens communs et d\u00e9montrent que les causes de la d\u00e9gradation tiennent davantage \u00e0 des d\u00e9faillances institutionnelles qu\u2019\u00e0 une surexploitation (Agrawal <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">&nbsp;2001<\/a>). Cette approche analytique permet aux chercheurs de distinguer les questions de gouvernance des questions \u00e9cologiques, bien que, dans bien des cas, ils le fassent en soutenant qu\u2019une connaissance approfondie des ressources et une relation \u00e9troite avec celles-ci sont essentielles \u00e0 la r\u00e9ussite de ces institutions (McCay et Acheson <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">1996<\/a>). Il convient de noter que cette s\u00e9paration entre la mat\u00e9rialit\u00e9 des biens communs et leurs m\u00e9canismes de gouvernance signifie que, d\u2019un point de vue ontologique, ce type de travaux ne consid\u00e8re pas les biens communs comme relationnels. Dans ce d\u00e9bat, la question des biens communs porte plut\u00f4t sur la mani\u00e8re dont l\u2019institution des biens communs <em>fonctionne<\/em> et moins sur les <em>utilisations<\/em> des ressources ou des terres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les travaux sur les institutions soulignent \u00e9galement comment la gouvernance communautaire et la r\u00e9glementation \u00e9tatique sont souvent en conflit (Wilson et McCay <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">1998<\/a>). Par exemple, dans le secteur de la p\u00eache, les r\u00e8glements impos\u00e9s par l\u2019\u00c9tat, comme la Politique commune des p\u00eaches de l\u2019Union europ\u00e9enne, peuvent nuire aux efforts de conservation entrepris par les p\u00eacheurs locaux pour att\u00e9nuer la surp\u00eache (Brennan <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2022<\/a>). Dans les \u00eeles Shetland, les communications radio par lesquelles les p\u00eacheurs signalaient des bancs de jeunes poissons afin que d\u2019autres \u00e9vitent ces zones ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9es ill\u00e9gales en vertu de la Politique commune des p\u00eaches (Kevin Crean <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2000<\/a>). Cette m\u00eame d\u00e9cision a r\u00e9duit \u00e0 n\u00e9ant les efforts d\u00e9ploy\u00e9s par l\u2019administration municipale locale pour soutenir les p\u00eacheurs de la r\u00e9gion qui se lan\u00e7aient dans le secteur. Ces d\u00e9cisions juridiques et politiques sont en contradiction directe avec la th\u00e9orie des biens communs d\u2019Ostrom, qui d\u00e9montre que l\u2019attachement \u00e0 la ressource et les ententes collectives visant \u00e0 fixer des limites d\u2019exploitation par les utilisateurs sont essentiels \u00e0 la r\u00e9ussite (Becky Mansfield <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2004<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les travaux d\u2019Ostrom ont domin\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat acad\u00e9mique pour les biens communs pendant plus de trois d\u00e9cennies. Elle a inspir\u00e9 des recherches approfondies d\u00e9montrant que des biens communs fonctionnant avec succ\u00e8s sont non seulement possibles, mais qu\u2019ils existent partout dans le monde, r\u00e9gissant un large \u00e9ventail de ressources. Ses travaux d\u00e9finissent \u00e9galement les architectures de gouvernance n\u00e9cessaires \u00e0 une gestion collective r\u00e9ussie (encadr\u00e9 1). Jusqu\u2019\u00e0 plus de 80 ans, elle est rest\u00e9e pleinement attach\u00e9e aux Principes de conception. Un coll\u00e8gue n\u00e9palais de Nightingale lui a demand\u00e9 lors d\u2019une conf\u00e9rence en 2009 : \u00ab Cela fait plus de vingt ans que vous avez publi\u00e9 les Principes de conception, qu\u2019en pensez-vous aujourd\u2019hui? \u00bb Elle a r\u00e9pondu avec entrain : \u00ab Eh bien, ils semblent fonctionner! \u00bb Pourtant, dans bon nombre des pr\u00e9sentations, les Principes de conception ont pris le pas sur les interpr\u00e9tations locales des institutions; il esp\u00e9rait donc une r\u00e9flexion plus critique de sa part. De m\u00eame, dans la litt\u00e9rature, les Principes de conception ont progressivement commenc\u00e9 \u00e0 <em>se substituer<\/em> \u00e0 l\u2019attention minutieuse port\u00e9e aux <em>\u00e9pist\u00e9mologies et pratiques<\/em> sociales et culturelles locales qui caract\u00e9risaient les premi\u00e8res recherches qualitatives sur les biens communs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La gestion des biens communs au-del\u00e0 des ressources<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les travaux inspir\u00e9s d\u2019Ostrom sur les biens communs en lien avec les changements agraires ont clairement \u00e9tabli que les biens communs ne sont pas des ressources en soi, mais plut\u00f4t des ensembles de relations sociales et culturelles et d\u2019arrangements institutionnels. La normalisation des pratiques observ\u00e9es \u00e0 travers le monde en \u00ab principes de conception \u00bb a contribu\u00e9 \u00e0 l\u00e9gitimer les arrangements relatifs aux biens communs face \u00e0 la privatisation, et \u00e0 susciter un int\u00e9r\u00eat pour leur potentiel \u00e0 offrir un contrepoint \u00e0 la logique \u00e9conomique n\u00e9olib\u00e9rale qui dominait de plus en plus l\u2019\u00c9tat et le d\u00e9veloppement \u00e9conomique (Bollier et Helfrich <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2015<\/a>). Mais peut-\u00eatre en raison de la r\u00e9duction de pratiques diverses \u00e0 des principes, les travaux sur les biens communs ont pris des directions divergentes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Trois axes traversent la recherche empirique amorc\u00e9e vers l\u2019an 2000 : les biens communs en tant qu\u2019institutions, l\u2019accent mis sur le pouvoir et la politique, et l\u2019importance des relations affectives au sein des biens communs. Ces trois axes demeurent des \u00e9l\u00e9ments importants de la litt\u00e9rature sur les biens communs dans le contexte des changements agraires, et bien qu\u2019ils ne soient pas toujours parfaitement distincts, ils repr\u00e9sentent n\u00e9anmoins des engagements envers diff\u00e9rentes ontologies du changement socio-naturel. Nous les aborderons tour \u00e0 tour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les biens communs en tant qu\u2019institutions s\u2019inscrivent dans la lign\u00e9e d\u2019Ostrom et tendent \u00e0 abstraire les biens communs de leur contexte, en pla\u00e7ant l\u2019agentivit\u00e9 du changement au sein des architectures de gouvernance. La surexploitation des biens communs ne se produit que lorsqu\u2019il y a une d\u00e9faillance de l\u2019institution (Agrawal <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2001<\/a>), plut\u00f4t que lorsque la nature et la qualit\u00e9 des ressources ou les relations entre les personnes sont th\u00e9oris\u00e9es comme d\u00e9terminantes pour le succ\u00e8s. Les institutions sont d\u00e9finies comme des manifestations de r\u00e8gles et de normes, tandis que les organisations sont des groupes de personnes travaillant ensemble. Les institutions elles-m\u00eames rev\u00eatent souvent une forme physique dans les registres \u00e9crits et les r\u00e8gles de fonctionnement (Hansen et Stepputat <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2001<\/a>), mais elles se d\u00e9finissent par un ensemble partag\u00e9 de normes r\u00e9gissant l\u2019application des r\u00e8gles. Une organisation peut changer tout en conservant les m\u00eames principes institutionnels, tandis qu\u2019un changement au niveau de l\u2019institution peut se produire au sein d\u2019une organisation. Cette distinction entre organisations et institutions met en lumi\u00e8re <em>comment<\/em> les biens communs sont gouvern\u00e9s et accorde moins d\u2019importance \u00e0 <em>qui<\/em> les gouverne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le deuxi\u00e8me volet, en revanche, porte sur la mani\u00e8re dont le pouvoir et la politique op\u00e8rent au sein des biens communs, ainsi que sur les dynamiques par lesquelles les normes et les r\u00e8gles \u00e9mergent et sont contest\u00e9es tant de l\u2019ext\u00e9rieur que de l\u2019int\u00e9rieur. Bien qu\u2019elles soient rarement abord\u00e9es dans une seule \u00e9tude, les relations pertinentes s\u2019\u00e9tendent du niveau g\u00e9opolitique au niveau communautaire. Nous passons ici en revue plusieurs contributions importantes issues de ces travaux \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9chelles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sous les r\u00e9gimes coloniaux, l\u2019\u00c9tat a pris de force les terres et les ressources aux populations locales, et aujourd\u2019hui, de nombreuses lois sur la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e continuent de saper les efforts de mise en commun. Des chercheurs s\u2019appuyant sur une compr\u00e9hension historique de la d\u00e9possession et de l\u2019extraction coloniale ont cherch\u00e9 \u00e0 mettre en \u00e9vidence ces dynamiques (Federici <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2019<\/a>), tout comme ceux qui se sont int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 la mani\u00e8re dont les relations actuelles d\u2019accumulation primitive et de capitalisme n\u00e9olib\u00e9ral fa\u00e7onnent l\u2019\u00e9conomie politique de l\u2019extraction des ressources (Boelens et al. <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2023<\/a>; Harvey <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2004<\/a>). Les recherches men\u00e9es dans cette veine amplifient souvent la voix des groupes militants et de leurs revendications concr\u00e8tes, et les relient \u00e0 des processus assez abstraits et \u00e0 grande \u00e9chelle d\u2019investissement en capital et d\u2019extraction (De Angelis <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2014a<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une dimension similaire du pouvoir et de la politique a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9e par les premiers \u00e9cologistes politiques tels que Richard Peet et Michael Watts (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">1996<\/a>), Nancy Peluso (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">1995<\/a>) et Anna Tsing (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2005<\/a>) qui, aux c\u00f4t\u00e9s de penseurs d\u00e9coloniaux comme Arturo Escobar (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">1995<\/a>), ont jet\u00e9 les bases conceptuelles permettant de relier les int\u00e9r\u00eats g\u00e9opolitiques et la circulation politico-\u00e9conomique \u00e0 l\u2019utilisation des terres \u00e0 l\u2019\u00e9chelle locale. S\u2019appuyant sur le mat\u00e9rialisme historique, les \u00e9cologistes politiques d\u00e9montrent que l\u2019utilisation locale des ressources ne peut jamais \u00eatre dissoci\u00e9e des dynamiques politico-\u00e9conomiques plus larges qui d\u00e9terminent quelles ressources sont recherch\u00e9es et par qui, ainsi que les technologies et les pratiques de gouvernance mises en \u0153uvre pour les extraire (Turner <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2017<\/a>). La surexploitation des ressources est donc li\u00e9e aux relations entre les utilisateurs au niveau local et les circulations plus larges du capital, du d\u00e9veloppement et des ambitions de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourtant, le r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat dans les biens communs est d\u00e9licat, car il peut \u00eatre \u00e0 la fois restrictif et facilitateur. Les personnes qui g\u00e8rent les ressources locales font souvent entendre leur voix en vain lors de r\u00e9unions avec des repr\u00e9sentants de l\u2019\u00c9tat (Turner <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2017<\/a>), ou r\u00e9priment leur musique traditionnelle par crainte d\u2019\u00eatre mal per\u00e7ues par l\u2019\u00c9tat (Peluso <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2009<\/a>),<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">Note de bas de page<sup>2<\/sup><\/a>, alors que, dans le m\u00eame temps, elles d\u00e9pendent \u00e9galement des acteurs de l\u2019\u00c9tat pour que leurs droits soient reconnus et prot\u00e9g\u00e9s (Nightingale <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2018<\/a>; Ostrom <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">1992<\/a>). Les travaux de Peluso, par exemple, montrent comment l\u2019\u00e9volution de la promotion par l\u2019\u00c9tat du caoutchouc et de l\u2019huile de palme d\u00e9termine quels groupes ethniques ont acc\u00e8s \u00e0 quels types de ressources foresti\u00e8res, ce qui a des cons\u00e9quences importantes sur les relations entre les sexes et entre les groupes ethniques au fil du temps (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\"> 2009<\/a>). D\u2019apr\u00e8s ses conclusions, l\u2019\u00c9tat est \u00e0 la fois protecteur et arbitre pour les populations locales, tout en se rendant complice de l\u2019octroi de concessions aux grandes entreprises foresti\u00e8res. Les ententes de biens communs entrent \u00e9galement en conflit avec les r\u00e8glements de l\u2019\u00c9tat lorsqu\u2019il est difficile de d\u00e9terminer lesquels ont la priorit\u00e9 (Rigkos-Zitthen et Kapitsinis <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">&nbsp;2025<\/a>). L\u2019exploitation des ressources n\u2019est pas la seule cons\u00e9quence de ces luttes; les conflits, la violence ainsi que la suppression ou la perte des savoirs autochtones ont souvent des cons\u00e9quences plus imm\u00e9diates et visibles (Baviskar <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2020<\/a>). Et pourtant, le succ\u00e8s des biens communs peut d\u00e9pendre de l\u2019intervention de l\u2019\u00c9tat pour arbitrer les conflits qui surgissent (Ostrom <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2000<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les efforts de gestion des biens communs peuvent donc \u00eatre entrav\u00e9s par des luttes politiques et des rapports de force in\u00e9gaux entre les acteurs de l\u2019\u00c9tat et les populations locales. Les cons\u00e9quences de ces luttes se manifestent par une surexploitation des ressources \u00e0 mesure que les r\u00e8gles institutionnelles s\u2019effondrent et que des conflits surgissent entre les utilisateurs (Nightingale <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2005<\/a>). Il existe de nombreux exemples \u00e0 travers le monde, notamment au N\u00e9pal, o\u00f9 les premi\u00e8res tentatives de protection des for\u00eats par leur nationalisation ont conduit au grincement des scies et au fracas des arbres, les communaut\u00e9s les abattant. Ce n\u2019est qu\u2019une fois qu\u2019on a rendu aux communaut\u00e9s une grande partie de leur contr\u00f4le sur les for\u00eats que les arbres ont refait leur apparition (Gilmour et Fisher <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">1991<\/a>). Cet exemple pr\u00e9figure les travaux sur la \u00ab d\u00e9scommunalisation \u00bb, dans lesquels le destin \u00e9troitement li\u00e9 des communaut\u00e9s et des \u00e9cosyst\u00e8mes est primordial (Blaser et de la Cadena <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2017<\/a>), un sujet sur lequel nous reviendrons dans la section suivante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La derni\u00e8re dimension du pouvoir et de la politique dans les biens communs concerne les relations au niveau local. Les cris de col\u00e8re ou les silences effray\u00e9s des personnes marginalis\u00e9es qui tentent de faire valoir leurs droits l\u00e9gaux sur les ressources au sein de leurs propres collectivit\u00e9s ont suscit\u00e9 une pr\u00e9occupation particuli\u00e8re. Bina Agarwal a sugg\u00e9r\u00e9 que la propri\u00e9t\u00e9 collective des biens (agricoles) pourrait constituer une solution \u00e0 ce probl\u00e8me (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">1994<\/a>). Mais son argument a \u00e9t\u00e9 quelque peu remis en cause par d\u2019autres recherches men\u00e9es en Asie du Sud, qui montrent que la propri\u00e9t\u00e9 collective ne suffit pas \u00e0 emp\u00eacher les membres les plus puissants de la communaut\u00e9 de tenter de s\u2019approprier les ressources au sein de ces biens communs (Nightingale <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2005<\/a>). Dans les travaux de Nightingale, des groupes dalits marginalis\u00e9s ont cri\u00e9 en vain lorsque leurs petites parcelles foresti\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truites, faute de pouvoir emp\u00eacher les groupes de castes sup\u00e9rieures de s\u2019approprier les ressources. Pire encore, les responsables forestiers locaux ont suppos\u00e9 que c\u2019\u00e9tait leur propre n\u00e9gligence qui \u00e9tait en cause. Par cons\u00e9quent, nous concluons que <em>les r\u00e8gles et normes institutionnelles<\/em> sont peut-\u00eatre <em>n\u00e9cessaires<\/em>, mais qu\u2019elles ne sont <em>pas suffisantes<\/em> pour garantir que les ressources communes ne soient pas surexploit\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le pouvoir et la politique op\u00e8rent \u00e9galement au sein des groupes d\u2019usagers. La prise de d\u00e9cision consensuelle au sein des biens communs s\u2019inscrit dans des relations sociales in\u00e9gales. Les travaux de Nightingale montrent que les arguments convaincants des femmes au sein d\u2019un groupe d\u2019usagers influencent rarement les d\u00e9cisions prises. Ainsi, bien qu\u2019apparemment consensuelle, la gestion des biens communs est le r\u00e9sultat de dynamiques politiques internes, tout autant que d\u2019un consensus et d\u2019une coop\u00e9ration (Nightingale <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2018<\/a>) . De plus, la durabilit\u00e9 des ressources au sein des biens communs refl\u00e8te souvent la mani\u00e8re dont se d\u00e9roulent les luttes de pouvoir, ainsi que la mesure dans laquelle les personnes, qu\u2019elles soient au sein du groupe ou \u00e0 proximit\u00e9, estiment que les d\u00e9cisions prises respectent leurs propres besoins (Boelens et al. <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2023<\/a>). Ces constatations ouvrent la voie \u00e0 des travaux relationnels sur les biens communs qui se concentrent de plus en plus sur les liens entre les soci\u00e9t\u00e9s et le monde non humain comme fondement de la gestion des biens communs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019attention port\u00e9e au pouvoir et \u00e0 la politique est d\u2019ailleurs fondamentalement ancr\u00e9e dans les questions de justice (Swyngedouw <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2005<\/a>). Ici, nous ne confondons pas la perte des savoirs autochtones et la r\u00e9sistance des groupes marginalis\u00e9s d\u2019aujourd\u2019hui, due \u00e0 des si\u00e8cles de d\u00e9possession, avec les luttes de p\u00eacheurs blancs relativement privil\u00e9gi\u00e9s. Ces deux luttes sont l\u00e9gitimes, mais radicalement diff\u00e9rentes. Au contraire, une analyse du pouvoir et de la politique aide \u00e0 comprendre comment ceux-ci op\u00e8rent dans l\u2019espace et dans le temps pour g\u00e9n\u00e9rer des d\u00e9fis localement et empiriquement distincts pour les biens communs. Une importance excessive accord\u00e9e aux principes de conception passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ces menaces disparates, m\u00eame si les premi\u00e8res recherches visaient \u00e0 valoriser les savoirs et les pratiques autochtones (McCay et Acheson <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">1996<\/a>). Nous constatons \u00e9galement que les travaux plus r\u00e9cents p\u00e8chent par un caract\u00e8re trop abstrait dans leur accent mis sur des relations capitalistes d\u00e9sincarn\u00e9es (De Angelis <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2014a<\/a>; Federici et Caffentzis <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2019<\/a>). Il devient difficile d\u2019imaginer, \u00e0 la lumi\u00e8re de ces travaux, \u00e0 quoi ressemble le capitalisme mondial au sein des biens communs. Parall\u00e8lement, d\u2019autres travaux universitaires h\u00e9sitent \u00e0 laisser le lecteur percevoir les tensions internes issues des efforts de mise en commun (Garc\u00eda L\u00f3pez, Velicu et D\u2019Alisa <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2017<\/a>). Pourtant, nous soutenons que c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment au sein des rencontres concr\u00e8tes, quotidiennes et ancr\u00e9es localement de la mise en commun que les effets du pouvoir et de la politique peuvent \u00eatre observ\u00e9s. Ce volet th\u00e9orise donc le changement comme s\u2019inscrivant dans les luttes autour des histoires coloniales de d\u00e9possession et d\u2019enclosure, ainsi que dans les luttes g\u00e9opolitiques sur le partage des ressources, afin de comprendre <em>qui<\/em> d\u00e9tient l\u2019autorit\u00e9 de gouverner <em>quoi<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le troisi\u00e8me axe articule une approche relationnelle des biens communs en \u00e9laborant les enchev\u00eatrements entre le plus-que-humain, les institutions, les communaut\u00e9s et les corps \u00e0 travers l\u2019affect. L\u2019affect rend compte de la mani\u00e8re dont les \u00e9motions et les \u00e9changes se produisent lorsque les corps se rencontrent (Anderson 2018; Nightingale 2013). Bien que les th\u00e9ories de l\u2019affect soient souvent assez abstraites, lorsqu\u2019elles s\u2019appliquent aux biens communs, l\u2019affect \u00e9vite de s\u00e9parer les normes et les relations de pouvoir des ressources ou du \u00ab plus-que-humain \u00bb. L\u2019accent est souvent mis sur la fa\u00e7on dont les sentiments de joie et de connexion suscit\u00e9s par le <em>chirrr<\/em> strident des cigales et le chant des oiseaux contribuent \u00e0 motiver les actions de mise en commun des populations locales, ou sur le d\u00e9sespoir et la tristesse qui \u00e9manent du <em>shhhhuuu<\/em> de la poussi\u00e8re souffl\u00e9e sur les flancs d\u00e9nud\u00e9s des collines. Des \u00e9tudes se sont pench\u00e9es sur la mani\u00e8re dont les liens affectifs \u00e0 la terre et aux ressources jouent un r\u00f4le crucial dans la fa\u00e7on dont les gens s\u2019engagent dans les biens communs, ou, comme l\u2019a appel\u00e9 Neera Singh (2017), <em>l\u2019\u00eatre en commun<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces observations montrent que les r\u00e8gles et les normes ne fonctionnent jamais en dehors du pouvoir ni en dehors des affects \u00e9motionnels et incarn\u00e9s, ce qui remet en question la s\u00e9paration binaire entre les ressources et les institutions des biens communs, telle qu\u2019on la retrouve dans les travaux inspir\u00e9s d\u2019Ostrom. Les changements \u00e9motionnels au sein des biens communs sont profond\u00e9ment politiques et ont des implications importantes sur la mani\u00e8re dont les gens interagissent avec leurs r\u00e8gles et leurs normes. Les travaux de Nightingale, par exemple, ont examin\u00e9 comment les exp\u00e9riences \u00e9motionnelles des p\u00eacheurs diff\u00e9raient \u00e0 mesure qu\u2019ils se d\u00e9pla\u00e7aient dans les espaces de p\u00eache (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2011<\/a>). L\u2019attachement \u00e0 la mer est essentiel \u00e0 la subjectivit\u00e9 de nombreux p\u00eacheurs dans une industrie dangereuse. Un ancien p\u00eacheur sur le point de prendre sa retraite se qualifie lui-m\u00eame de \u00ab r\u00e9fugi\u00e9 de la p\u00eache \u00bb et consid\u00e8re que le travail sur les plateformes p\u00e9troli\u00e8res en mer n\u2019est qu\u2019un pi\u00e8tre substitut. Pourtant, cet attachement est ignor\u00e9 par les d\u00e9cideurs politiques qui reprochent aux p\u00eacheurs la surp\u00eache et ne reconnaissent pas la complicit\u00e9 de l\u2019architecture politique dans l\u2019exploitation. Faisant \u00e9cho aux principes d\u2019Ostrom, les r\u00e9sidents locaux se sont plaints des pratiques des p\u00eacheurs n\u2019ayant aucun attachement \u00e0 long terme aux zones de p\u00eache ou \u00e0 la communaut\u00e9 locale. Ainsi, la gestion commune engendre des relations affectives au sein des communaut\u00e9s et avec le \u00ab plus-que-humain \u00bb, influen\u00e7ant les r\u00e9sultats en mati\u00e8re de gouvernance (Bresnihan 2015; Gonz\u00e1lez-Hidalgo et Zografos 2020; Nightingale 2011; Singh 2013, 2017; Velicu et Garc\u00eda-L\u00f3pez 2018).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Neera Singh (2018) a explicitement replac\u00e9 ces perspectives au c\u0153ur du lien entre les aspirations de l\u2019\u00c9tat en mati\u00e8re de conservation et les efforts des communaut\u00e9s autochtones pour prot\u00e9ger leur mode de vie. Elle a d\u00e9montr\u00e9 en quoi les relations de gestion communautaire sont plus importantes que les efforts visant \u00e0 r\u00e9partir \u00e9quitablement les ressources ou \u00e0 mettre en place une r\u00e9glementation efficace de l\u2019exploitation (Singh <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">&nbsp;2013<\/a>). D\u2019autres travaux se sont pench\u00e9s sur la mani\u00e8re dont les \u00e9motions fa\u00e7onnent la r\u00e9sistance collective face \u00e0 l\u2019enclosure des for\u00eats, avec les luttes contradictoires qui en d\u00e9coulent (Gonz\u00e1lez-Hidalgo et Zografos <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">&nbsp;2017<\/a>), ou favorisent l\u2019action collective autour de l\u2019adaptation aux changements climatiques (Gonda <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2019<\/a>). Le point th\u00e9orique est que le changement \u00e9merge dans les relations affectives plut\u00f4t que uniquement dans la politique ou dans la mise en place d\u2019institutions. Les chercheurs de ce courant s\u2019int\u00e9ressent donc aux <em>relations affectives et \u00e9motionnelles<\/em> entre les <em>membres des communaut\u00e9s de gestion en commun et le \u00ab plus-que-humain \u00bb<\/em>, relations qui \u00e0 la fois <em>sous-tendent<\/em> et <em>existent en dehors<\/em> des r\u00e8gles et des normes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La promesse anticapitaliste des biens communs<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les \u00e9tudes sur l\u2019affect dans les biens communs ne constituent pas les seules approches relationnelles appliqu\u00e9es au changement agraire. De nombreux d\u00e9bats sur la promesse des biens communs en tant qu\u2019alternative au capitalisme insistent \u00e9galement sur une compr\u00e9hension relationnelle des pratiques de mise en commun et de la mat\u00e9rialit\u00e9 des biens communs. Le lien entre les biens communs et la r\u00e9sistance nous am\u00e8ne alors \u00e0 nous demander si la mise en commun peut constituer une base productive et durable pour l\u2019action collective. Nous compl\u00e9tons notre discussion des concepts cl\u00e9s par les d\u00e9bats d\u00e9coloniaux relationnels \u2013 dits de \u00ab d\u00e9communisation \u00bb \u2013 qui remettent en cause les binaires socio-naturels pour montrer comment \u00eatre en commun. Deux th\u00e8mes se d\u00e9gagent ici : l\u2019importance de l\u2019<em>action<\/em> collective et le \u00ab plus-que-humain \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les groupes militants r\u00e9clament de plus en plus le contr\u00f4le des biens communs et les utilisent pour promouvoir et soutenir des alternatives au capitalisme et r\u00e9sister \u00e0 l\u2019exploitation (Bakker <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2007<\/a>; Garc\u00eda L\u00f3pez, Velicu et D\u2019Alisa <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2017<\/a>; Graham-Gibson <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2003<\/a>; Singh <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2017<\/a>; Velicu et Garc\u00eda-L\u00f3pez <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2018<\/a>). Les mouvements pour la justice en mati\u00e8re d\u2019eau et de territoire occupent une place particuli\u00e8rement importante dans la litt\u00e9rature sur les changements agraires (Boelens et al. <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2023<\/a>; Turner <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2017<\/a>). Dans ce d\u00e9bat, les biens communs sont d\u00e9finis de mani\u00e8re relationnelle comme un \u00ab terrain mat\u00e9riel et symbolique \u00bb o\u00f9 peuvent \u00e9merger des \u00ab configurations socio-\u00e9cologiques contre-h\u00e9g\u00e9moniques \u00bb (De Angelis <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2014b<\/a>; Garc\u00eda L\u00f3pez, Velicu et D\u2019Alisa <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2017<\/a>, 88) . Pourtant, la recherche empirique montre que les biens communs en eux-m\u00eames ne garantissent pas des r\u00e9sultats contre-h\u00e9g\u00e9moniques; au contraire, la mise en commun repose sur la mani\u00e8re dont les groupes \u00e9mergent et sur leurs r\u00e9alisations en mati\u00e8re de promotion de la d\u00e9mocratie. Ici, la d\u00e9mocratie ne se r\u00e9sume pas \u00e0 la politique \u00e9lectorale, mais concerne plut\u00f4t la mani\u00e8re dont une politique repr\u00e9sentative peut \u00e9merger de l\u2019<em>exercice<\/em> du pouvoir (Garc\u00eda L\u00f3pez, Velicu et D\u2019Alisa <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2017<\/a>, 95).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien qu\u2019elles ne soient pas toujours en dialogue, ces travaux s\u2019inscrivent dans la lign\u00e9e de recherches ant\u00e9rieures sur le pouvoir, la politique et l\u2019affect, montrant comment des histoires communes se cr\u00e9ent \u00e0 travers des pratiques qui g\u00e9n\u00e8rent un sentiment d\u2019appartenance \u00e0 une communaut\u00e9 (Gonz\u00e1lez-Hidalgo et Zografos <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2020<\/a>; Nightingale <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2005<\/a>; Singh <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2013<\/a>; Turner <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2017<\/a>) . L\u2019\u00e9coute des exp\u00e9riences \u00e9motionnelles de d\u00e9possession, d\u2019exclusion et d\u2019injustice devient le fondement d\u2019un objectif commun au sein de communaut\u00e9s et de groupes d\u2019utilisateurs caract\u00e9ris\u00e9s par des int\u00e9r\u00eats tr\u00e8s divergents (Garc\u00eda Lozano et al. <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2023<\/a>; Gonda <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2019<\/a>; Nightingale, Gonda et Eriksen <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2022<\/a>). Comme l\u2019ont formul\u00e9 Velicu et Garc\u00eda-L\u00f3pez en s\u2019appuyant sur Ranci\u00e8re et Swyngedouw, \u00ab le potentiel de la contre-h\u00e9g\u00e9monie commune n\u2019est pas seulement li\u00e9 \u00e0 la promotion de normes ou de subjectivit\u00e9s particuli\u00e8res, mais aussi \u00e0 la formulation d\u2019une revendication radicale d\u2019\u00e9galit\u00e9 politique \u00bb (Velicu et Garc\u00eda-L\u00f3pez <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2018<\/a>, 13) . Les chansons de protestation, les slogans de ceux qui r\u00e9clament le changement et les r\u00e9cits de d\u00e9possession contribuent \u00e9galement \u00e0 surmonter le probl\u00e8me d\u2019\u00e9chelle soulev\u00e9 par Harvey. Les groupes forgent des alliances au-del\u00e0 des contextes localis\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9coute et au partage, et sont en mesure de revendiquer un territoire, une histoire et une comp\u00e9tence en mati\u00e8re de gouvernance pr\u00e9cis\u00e9ment parce que leurs revendications sont reconnues avec succ\u00e8s par des acteurs ext\u00e9rieurs \u00e0 leur localit\u00e9 et \u00e0 l\u2019\u00c9tat, ou parce qu\u2019ils r\u00e9sistent \u00e0 l\u2019appropriation par des int\u00e9r\u00eats multinationaux et corporatifs \u00e0 toutes les \u00e9chelles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des recherches connexes soulignent que le changement dans les relations extractives ne peut \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 sans reconna\u00eetre la pluralit\u00e9 du monde et les relations des communiers avec le \u00ab plus-que-humain \u00bb. Des anthropologues travaillant en Am\u00e9rique latine ont r\u00e9cemment qualifi\u00e9 cette approche conceptuelle socionaturelle d\u2019\u00ab uncommoning \u00bb (Blaser et de la Cadena <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2017<\/a>) en r\u00e9ponse aux enjeux \u00e9mergeant des conflits n\u00e9o-extractifs en Am\u00e9rique du Sud. Blaser et de la Cadena (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2017<\/a>) soutiennent que les concepts traditionnels d\u2019\u00ab enclos \u00bb et de \u00ab biens communs \u00bb rec\u00e8lent des pr\u00e9suppos\u00e9s universels concernant une conception partag\u00e9e de la \u00ab gouvernance \u00bb, de la \u00ab nature \u00bb et des \u00ab ressources \u00bb . Le bien commun, malgr\u00e9 ses potentialit\u00e9s \u00e9mancipatrices, a fait partie du projet moderniste visant \u00e0 universaliser la nature et la connaissance de celle-ci, tandis que l\u2019\u00ab uncommons \u00bb met en avant d\u2019autres fa\u00e7ons de conna\u00eetre et d\u2019\u00eatre au monde. L\u2019\u00ab uncommoning \u00bb s\u2019engage dans une transformation mutuelle en mettant en \u0153uvre des mondes sp\u00e9cifiques compos\u00e9s d\u2019\u00eatres entrem\u00eal\u00e9s \u2014 humains et non humains, vivants et non vivants, mat\u00e9riels et spirituels (Escobar <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2015<\/a>, 348). Il faut garder \u00e0 l\u2019esprit les frictions th\u00e9oriques entre l\u2019\u00ab uncommoning \u00bb et le \u00ab commoning \u00bb afin de mettre en \u0153uvre une politique qui ne r\u00e9duise pas toutes les ontologies de la nature et de la communaut\u00e9 \u00e0 une ontologie moderniste h\u00e9g\u00e9monique. L\u2019\u00ab uncommoning \u00bb se constitue plut\u00f4t par la d\u00e9fense du territoire, de la vie et des biens communs (Blaser et de la Cadena <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2017<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Paris Gonz\u00e1lez a acquis une exp\u00e9rience de premi\u00e8re main de la mise en \u0153uvre de mondes diff\u00e9rents au sein des mouvements autochtones et afro-colombiens contre des projets miniers industriels entre 2016 et 2019. Ces groupes ont r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 l\u2019expansion des plantations ol\u00e9agineuses en monoculture et au rugissement m\u00e9canique des dragues d\u2019extraction d\u2019or en faisant entendre leur voix, forte de souvenirs ancestraux et de savoirs populaires, pour d\u00e9fendre leur propri\u00e9t\u00e9 collective : la terre et l\u2019eau qui coule au rythme des mar\u00e9es et au battement des rivi\u00e8res. Pour eux, la propri\u00e9t\u00e9 commune, c\u2019est le son d\u2019une marimba, la connaissance de l\u2019\u00e9corce ou de la feuille qui soulage diff\u00e9rentes affections, le rythme des tambours et les r\u00e9cits des a\u00een\u00e9s. Comme l\u2019a dit un ami autochtone,<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">Note de bas de page<sup>3<\/sup><\/a> : \u00ab Le territoire est vivant, il fait partie de nous et nous faisons partie de lui. C\u2019est l\u2019h\u00e9ritage de nos anc\u00eatres et notre bonheur\u2009\u2026\u2009L\u2019eau, la terre, les rivi\u00e8res sont reli\u00e9es entre elles et \u00e0 nous. Notre r\u00f4le est de prot\u00e9ger et de r\u00e9tablir ce lien\u00bb. Th\u00e9oriquement, le changement s\u2019op\u00e8re dans la pratique et passe par le r\u00e9ajustement des savoirs, l\u2019\u00e9largissement de la notion de parent\u00e9 pour y inclure le \u00ab plus-que-humain \u00bb et l\u2019int\u00e9gration des esprits dans les luttes politiques. L\u2019activisme du \u00ab commoning \u00bb et du \u00ab uncommoning \u00bb va donc bien au-del\u00e0 des principes de conception en mettant l\u2019accent sur les relations par lesquelles <em>les mondes se concr\u00e9tisent<\/em> plut\u00f4t que sur les simples relations de propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien que ces auteurs pr\u00e9cisent clairement que leurs id\u00e9es d\u00e9coulent d\u2019exp\u00e9riences latino-am\u00e9ricaines sp\u00e9cifiques, le concept de \u00ab non-commun \u00bb est n\u00e9anmoins devenu assez flottant et s\u2019applique (ironiquement) de mani\u00e8re plus universelle. Comme nous l\u2019expliquons ci-dessous, nous partageons l\u2019engagement envers les processus de (d\u00e9)communisation, mais insistons sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019ancrer ces engagements dans les dynamiques \u00e9cologiques, politico-\u00e9conomiques, historiques et sociales de lieux sp\u00e9cifiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Les fronti\u00e8res de la (d\u00e9)communisation<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 mesure que les biens communs prennent de l\u2019importance dans les d\u00e9bats sur les changements agraires, la mise en commun ne se limite plus \u00e0 de petites parcelles de terre dans les pays du Sud ou dans les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles. Nous constatons que les rythmes des biens communs sont nouveaux, tandis que le tempo est rest\u00e9 le m\u00eame. Les for\u00eats, les p\u00e2turages et les \u00ab friches \u00bb communales de l\u2019Europe m\u00e9di\u00e9vale ont peut-\u00eatre largement disparu, mais les biens communs persistent \u00e0 travers le monde et les gens se les r\u00e9approprient de fa\u00e7ons in\u00e9dites (Linebaugh <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2010<\/a>). Dans les r\u00e9gions rurales de l\u2019Angleterre et de l\u2019\u00c9cosse, les biens communs r\u00e9sonnent d\u00e9sormais de rires et d\u2019aboiements le long des sentiers de randonn\u00e9e, tandis que des murmures d\u2019accord et de d\u00e9saccord r\u00e9sonnent \u00e0 travers le temps et les continents dans le cadre des efforts communautaires de conservation foresti\u00e8re (Garc\u00eda Lozano et al. <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2023<\/a>; Mackenzie <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2002<\/a>; Nightingale <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2005<\/a>). Des voix en col\u00e8re s\u2019\u00e9chappent des centres communautaires alors que les gens ne s\u2019entendent pas sur la question de savoir si les parcs \u00e9oliens constituent un \u00ab paysage productif \u00bb (Jo Lee, Nightingale et Shucksmith <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2005<\/a>), et, obstin\u00e9ment persistants, les moutons \u00ab b\u00ealent \u00bb \u00e0 travers les p\u00e2turages communs en \u00c9cosse, en Norv\u00e8ge, dans les Alpes et dans de tr\u00e8s nombreux pays hors d\u2019Europe. Dans les pays du Sud, la musique et la danse se r\u00e9approprient le territoire, parfois en renouant avec une certaine gravit\u00e9 aux traditions et aux modes de vie ancestraux, parfois en r\u00e9sistant avec joie et en force aux \u00c9tats oppressifs et en r\u00e9imaginant des avenirs prosp\u00e8res qui respectent l\u2019histoire, le \u00ab plus-que-humain \u00bb et des avenirs sans extraction destructrice.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour conclure, nous souhaitons mettre en \u00e9vidence plusieurs aspects qui, selon nous, traversent tous les d\u00e9bats. Premi\u00e8rement, les biens communs garantissent l\u2019acc\u00e8s aux ressources \u00e0 des groupes de personnes qui disposent souvent d\u2019une propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e insuffisante ou qui r\u00e9sistent activement au capitalisme. Deuxi\u00e8mement, les biens communs n\u00e9cessitent une action collective pour fonctionner. L\u2019action collective peut varier : des principes de conception d\u2019Ostrom, qui abstraient les r\u00e8gles et les normes des ressources et des personnes, aux luttes pour le pouvoir et l\u2019autorit\u00e9 qui \u00e9mergent \u00e0 toutes les \u00e9chelles dans les \u00e9cologies politiques de la mise en commun, en passant par l\u2019insistance \u00e0 cr\u00e9er de nouveaux mondes en r\u00e9imaginant les relations socio-naturelles, le territoire et la justice dans les efforts visant \u00e0 mettre fin \u00e0 la privatisation. Bien qu\u2019ils reposent sur des fondements th\u00e9oriques et des points de d\u00e9part politiques diff\u00e9rents, chacun de ces approches offre n\u00e9anmoins des voies pour r\u00e9sister aux enclosures et aux subjectivit\u00e9s individualis\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur le plan ontologique, nous constatons que les diff\u00e9rentes litt\u00e9ratures sur les biens communs impliquent des th\u00e9ories bien distinctes du changement agraire. Les principes de conception insistent sur le fait que les architectures de gouvernance induisent le changement et, fondamentalement, ne remettent pas en cause la notion de propri\u00e9t\u00e9 en tant qu\u2019octroi de droits de propri\u00e9t\u00e9. En revanche, la plupart des \u00e9cologistes politiques consid\u00e8rent que le changement \u00e9merge des luttes pour le pouvoir et l\u2019autorit\u00e9, m\u00eame si les normes et les r\u00e8gles peuvent \u00eatre au c\u0153ur de ces luttes. La gouvernance elle-m\u00eame est un processus mis en \u0153uvre, le savoir est multiple et contest\u00e9, et de l\u00e0 d\u00e9coulent divers r\u00e9sultats possibles. Les \u00e9tudes qui adoptent une approche relationnelle mettent l\u2019accent sur la mani\u00e8re dont les relations affectives sous-tendent le changement et sur la n\u00e9cessit\u00e9 de repenser les relations entre les personnes, les structures de gouvernance plus larges et le \u00ab plus-que-humain \u00bb. Ces deux derni\u00e8res ontologies s\u2019inscrivent, en quelque sorte, dans les d\u00e9bats sur la \u00ab d\u00e9s-communalisation \u00bb, qui soutiennent que le changement se produit dans la pratique, que la gouvernance repose sur plusieurs fa\u00e7ons de savoir, que la notion de parent\u00e9 doit s\u2019\u00e9largir pour inclure le \u00ab plus-que-humain \u00bb, et que les luttes territoriales font partie int\u00e9grante de la politique de la mise en commun.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour nous, nous constatons que, bien qu\u2019il s\u2019agisse l\u00e0 de diff\u00e9rences th\u00e9oriques et ontologiques cruciales dans ces d\u00e9bats qu\u2019il ne faut pas \u00e9luder, il existe n\u00e9anmoins des points communs conceptuels qui indiquent la voie que peuvent emprunter l\u2019avenir du \u00ab commoning \u00bb et la recherche universitaire sur les biens communs. Mettre l\u2019accent sur les pratiques de \u00ab commoning \u00bb qui \u00e9mergent des biens communs affectifs et de l\u2019\u00ab uncommoning \u00bb permet de mettre en lumi\u00e8re le \u00ab faire \u00bb des institutions et des r\u00e9seaux. C\u2019est ainsi que s\u2019op\u00e8re le \u00ab commoning \u00bb : c\u2019est un verbe, \u00ab \u00eatre en commun \u00bb. Et bien qu\u2019une grande partie de la litt\u00e9rature tente de d\u00e9cortiquer la pratique de l\u2019activisme du commun (Boelens et al. <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2023<\/a>; Federici et Caffentzis <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2019<\/a>; Velicu et Garc\u00eda-L\u00f3pez <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2018<\/a>), et souligne que l\u2019activisme peut ne pas parvenir \u00e0 red\u00e9finir les relations (De Angelis <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2013<\/a>; Federici <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2019<\/a>; Turner <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2017<\/a>), on observe n\u00e9anmoins une tendance \u00e0 valoriser l\u2019activisme. Il faut se garder de supposer qu\u2019un groupe activiste se souciera automatiquement de la nature, m\u00eame s\u2019il est engag\u00e9 en faveur de l\u2019\u00e9quit\u00e9 et contre l\u2019accumulation. L\u2019activisme ne revient pas toujours \u00e0 (d\u00e9)communiser. Notre exp\u00e9rience montre que l\u2019action collective porte souvent pr\u00e9cis\u00e9ment sur l\u2019accumulation, un d\u00e9sir de contr\u00f4ler les ressources, de tirer profit de leur vente ou de leur conservation, ou m\u00eame simplement de s\u2019assurer que d\u2019autres parties ne puissent en tirer profit (Nightingale <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">2019<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Prendre soin de la nature et des biens communs est donc une d\u00e9marche qui n\u00e9cessite une <em>pratique<\/em> et un <em>renouvellement<\/em> continus. Il ne s\u2019agit pas de s\u00e9miotique ni de rh\u00e9torique. Il s\u2019agit d\u2019une pratique quotidienne difficile \u00e0 mettre en \u0153uvre dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui, de plus en plus interconnect\u00e9, o\u00f9 les pressions pour accepter les efforts de \u00ab durabilit\u00e9 \u00bb parrain\u00e9s par l\u2019\u00c9tat sont fortes et o\u00f9 les promesses de la technologie sont presque impossibles \u00e0 ignorer. Les races traditionnelles de vaches <em>mmmoooo<\/em> ne se font plus entendre, alors que les bergers sont remplac\u00e9s par les services de positionnement g\u00e9ographique (GPS) sur les <em>fjell<\/em> (montagne) de Norv\u00e8ge,<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/03066150.2026.2689577\">note de bas de page<sup>4<\/sup><\/a> tandis que les rassemblements communautaires visant \u00e0 g\u00e9rer collectivement les aires de p\u00e2turage se sont transform\u00e9s en randonn\u00e9es d\u2019une journ\u00e9e en petits groupes familiaux ou entre amis. Heureusement, les rires des enfants et la possibilit\u00e9 de promenades romantiques sur le <em>fjell<\/em> perdurent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mettre l\u2019accent sur les contradictions inh\u00e9rentes \u00e0 la gestion des biens communs peut contribuer \u00e0 favoriser des arrangements solides et durables. Ces contradictions ne sont pas le signe d\u2019un dysfonctionnement des biens communs; au contraire, c\u2019est en surmontant ces contradictions avec succ\u00e8s que les biens communs et leurs usagers peuvent survivre. Il est essentiel d\u2019\u00e9viter de supposer que les efforts de \u00ab d\u00e9-communalisation \u00bb en Am\u00e9rique latine, ou les d\u00e9fis li\u00e9s \u00e0 l\u2019extractivisme en Afrique, offrent automatiquement des le\u00e7ons et des perspectives pour d\u2019autres r\u00e9gions du monde. Les sons des paysages sont diff\u00e9rents, et chaque culture impr\u00e8gne ses actions de ses propres rythmes. Nous tirons plut\u00f4t la le\u00e7on contrefactuelle de la brillante intervention d\u2019Ostrom et \u00e9vitons de faire de la \u00ab d\u00e9scommunalisation \u00bb une nouvelle h\u00e9g\u00e9monie. Les histoires des soci\u00e9t\u00e9s coloniales de peuplement sont tr\u00e8s diff\u00e9rentes de celles des endroits o\u00f9 les puissances coloniales ont envahi, exploit\u00e9 puis quitt\u00e9, ou de celles de pays comme le N\u00e9pal qui n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 occup\u00e9s par des puissances coloniales. L\u2019\u00c9tat n\u2019est pas toujours l\u2019ennemi de la gestion des biens communs, mais doit souvent \u00eatre r\u00e9form\u00e9 pour devenir un alli\u00e9 capable de l\u00e9gitimer, de prot\u00e9ger et d\u2019arbitrer l\u2019acc\u00e8s aux biens communs. Apprendre \u00e0 mettre en \u0153uvre les biens communs exige que leur multiplicit\u00e9 reste au premier plan de la recherche et de la pratique, et que les actions de mise en commun soient ancr\u00e9es dans leur contexte. En bref, notre analyse souligne l\u2019importance d\u2019une enqu\u00eate empirique minutieuse, d\u2019ancrer la recherche sur les biens communs dans des histoires, des lieux et des relations sp\u00e9cifiques, et d\u2019adopter une approche fondamentalement relationnelle quant \u00e0 la mani\u00e8re dont la mise en commun \u00e9merge et persiste au fil du temps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Remerciements<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous tenons \u00e0 remercier les populations du N\u00e9pal, de l\u2019\u00c9cosse et de la Colombie qui ont particip\u00e9 \u00e0 notre recherche pendant de nombreuses ann\u00e9es. Ce sont vos pratiques qui \u00e9clairent notre compr\u00e9hension de la gestion des biens communs. La r\u00e9daction de cet article par Nightingale a \u00e9t\u00e9 financ\u00e9e par l\u2019Union europ\u00e9enne (ERC, UNRULY, 101142262). Les points de vue et opinions exprim\u00e9s n\u2019engagent toutefois que les chercheurs ou l\u2019auteur(s) et ne refl\u00e8tent pas n\u00e9cessairement ceux de l\u2019Union europ\u00e9enne ou de l\u2019Agence ex\u00e9cutive du Conseil europ\u00e9en de la recherche. Ni l\u2019Union europ\u00e9enne ni l\u2019organisme subventionnaire ne peuvent en \u00eatre tenus responsables.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>D\u00e9claration de divulgation<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aucun conflit d\u2019int\u00e9r\u00eats potentiel n\u2019a \u00e9t\u00e9 signal\u00e9 par l\u2019auteur (s).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Renseignements suppl\u00e9mentaires<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Financement<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce travail a \u00e9t\u00e9 soutenu par le Conseil europ\u00e9en de la recherche : [num\u00e9ro de subvention UNRULY, 101142262].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Notes sur les contributeurs<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Andrea J. Nightingale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Andrea Joslyn Nightingale<\/em><\/strong> est professeure de g\u00e9ographie humaine \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Oslo, en Norv\u00e8ge. Elle a travaill\u00e9 au N\u00e9pal, en \u00c9cosse, au Kenya, en Namibie, en Norv\u00e8ge et au Nicaragua, o\u00f9 elle a collabor\u00e9 \u00e0 des projets de recherche li\u00e9s aux biens communs. Son dernier ouvrage s\u2019intitule <em>Environment and Sustainability in a Globalizing World<\/em>, Routledge, 2019. Elle dirige le projet UNRULY financ\u00e9 par le CER : <em>Unruly entanglements of sociomaterial change, knowledge, and power in energy frontiers<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Cristhian Paris Gonz\u00e1lez<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Cristhian Paris Gonz\u00e1lez<\/em><\/strong> est \u00e9tudiant \u00e0 la ma\u00eetrise en g\u00e9ographie humaine \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Oslo. Il a auparavant travaill\u00e9 avec des ONG en Colombie dans les domaines de la consolidation de la paix, de l\u2019engagement civique, des droits de la personne et du suivi communautaire de la mise en \u0153uvre des accords de paix. Il est titulaire d\u2019un baccalaur\u00e9at en sociologie et d\u2019une ma\u00eetrise en d\u00e9veloppement mondial. Ses int\u00e9r\u00eats de recherche portent sur le d\u00e9colonialisme, l\u2019\u00e9cologie politique et la socio-nature.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1 Nous ne voulons pas laisser entendre ici que ces r\u00e9flexions ne s\u2019appliquent qu\u2019aux d\u00e9placements de populations, tant\u00f4t volontaires, tant\u00f4t forc\u00e9s, depuis l\u2019Europe. Le colonialisme a \u00e9galement chass\u00e9 les peuples autochtones de leurs terres \u00e0 travers le monde. La traite transatlantique des esclaves a eu des r\u00e9percussions majeures sur les biens communs en Afrique : des populations de tout le continent ont perdu l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019ensemble de leurs terres ancestrales, tandis que leurs communaut\u00e9s et leurs cultures ont \u00e9t\u00e9 radicalement boulevers\u00e9es et d\u00e9plac\u00e9es. Les \u00e9preuves du colonialisme et de l\u2019esclavage sont bien s\u00fbr \u00e9galement refl\u00e9t\u00e9es dans de multiples genres musicaux riches et vari\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2 Peluso raconte comment les gens ont modifi\u00e9 leur habillement ainsi que leurs pratiques d\u2019exploitation foresti\u00e8re et d\u2019utilisation des terres afin de \u00ab changer \u00bb leur appartenance ethnique aux yeux de l\u2019\u00c9tat. Ici, nous avons extrapol\u00e9 ces conclusions en une m\u00e9taphore musicale pour \u00e9voquer les sons avec lesquels nous avons commenc\u00e9 cet article.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3 Conversation tenue dans le cadre des recherches men\u00e9es par Paris Gonz\u00e1lez pour son projet de m\u00e9moire de ma\u00eetrise, 2021.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">4 Nightingale conna\u00eet une famille d\u2019agriculteurs norv\u00e9giens qui utilise un syst\u00e8me de suivi GPS pour leurs vaches, ce qui leur \u00e9vite d\u2019avoir \u00e0 faire r\u00e9sider quelqu\u2019un dans les p\u00e2turages pendant l\u2019\u00e9t\u00e9. Cela leur permet de continuer \u00e0 \u00e9lever du b\u00e9tail de mani\u00e8re traditionnelle dans un monde o\u00f9 les agriculteurs cumulent plusieurs emplois. Bien que ce ne soit pas n\u00e9cessairement n\u00e9gatif, cela r\u00e9duit n\u00e9anmoins le besoin de coop\u00e9ration entre les personnes qui partagent les terres de p\u00e2turage.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Agarwal, Bina. 1994. <em>A Field of One\u2019s Own: Gender and Land Rights in South Asia<\/em>. 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Nightingale &amp; Cristhian Paris Gonz\u00e1lez paru dans The Journal of Peasant Studies le 18 juillet 2026. [R\u00e9f. The Syllabus] R\u00e9sum\u00e9 Cet article de la s\u00e9rie \u00ab Key Concepts \u00bb s\u2019appuie sur un cadre th\u00e9orique qui consid\u00e8re les biens communs comme multiples et \u00ab plus qu\u2019humains \u00bb, &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/communs\/communs-et-gestion-des-communs\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Les communs et la gestion des communs&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":11601,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-11064","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack-related-posts":[{"id":8616,"url":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/economie-du-bien-commun\/","url_meta":{"origin":11064,"position":0},"title":"Gouverner l&rsquo;\u00e9conomie du bien commun : de la correction des d\u00e9faillances du march\u00e9 \u00e0 la d\u00e9finition d&rsquo;objectifs collectifs","author":"Gilles Beauchamp","date":"17 octobre 2025","format":false,"excerpt":"Par Mariana Mazzucato Traduction de l\u2019article Governing the economics of the common good: from correcting market failures to shaping collective goals (2023) 1. 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