{"id":11232,"date":"2026-08-13T06:41:45","date_gmt":"2026-08-13T10:41:45","guid":{"rendered":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/?page_id=11232"},"modified":"2026-10-18T19:58:22","modified_gmt":"2026-10-18T23:58:22","slug":"quelle-civilisation-touche-a-sa-fin","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/trad\/quelle-civilisation-touche-a-sa-fin\/","title":{"rendered":"Quelle civilisation touche \u00e0 sa fin?"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u00c0 propos de <em>L\u2019Odyss\u00e9e<\/em> de Nolan<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Traduction de <a href=\"https:\/\/alextglee.substack.com\/p\/whose-civilisation-ends\">Whose Civilisation Ends?<\/a> par Alex Taek-Gwang Lee\u00a0sur Substack, le 13 ao\u00fbt. <\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"900\" src=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Odissey.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-11233\" srcset=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Odissey.webp 1200w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Odissey-744x558.webp 744w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Odissey-420x315.webp 420w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Odissey-768x576.webp 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 706px) 89vw, (max-width: 767px) 82vw, 740px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En regardant <em>L\u2019Odyss\u00e9e<\/em> de Christopher Nolan, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 moins frapp\u00e9 par l\u2019ampleur du film que par son insistance sur le fait qu\u2019Ulysse revient vers une civilisation dont les fondements moraux se sont d\u00e9j\u00e0 effondr\u00e9s. C\u2019est pourquoi je dirais que l\u2019Ulysse de Nolan n\u2019a pas simplement perdu le souvenir d\u2019Ithaque. Plus fondamentalement, il a perdu la motivation de rentrer chez lui. Ithaque demeure peut-\u00eatre quelque part dans sa m\u00e9moire, mais elle ne fait plus office d\u2019objet de d\u00e9sir qui donne un sens \u00e0 son p\u00e9riple. En ce sens, Ulysse devient un hors-la-loi : non pas simplement quelqu\u2019un qui a enfreint la loi, mais quelqu\u2019un pour qui la loi n\u2019offre plus ni place, ni identit\u00e9, ni raison de revenir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Son amn\u00e9sie apparente s\u2019explique donc mieux comme un sympt\u00f4me de traumatisme que comme un simple d\u00e9faut de m\u00e9moire. Le traumatisme ne se contente pas d\u2019effacer un \u00e9v\u00e9nement de la conscience. Il s\u00e9pare l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019intelligibilit\u00e9, laissant le sujet incapable de reconna\u00eetre la cause de la souffrance qui continue de fa\u00e7onner ses actions. Ulysse peut se souvenir de fragments de cette vie pass\u00e9e sans comprendre pourquoi ils n\u2019ont plus de sens pour lui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsqu\u2019il d\u00e9cide enfin de retourner \u00e0 Ithaque, cela ne signifie pas le r\u00e9tablissement d\u2019une m\u00e9moire intacte ni la r\u00e9solution de son oubli. Sa d\u00e9cision n\u2019est pas la fin du traumatisme, mais une r\u00e9ponse \u00e0 celui-ci. Incapable d\u2019identifier la v\u00e9ritable source de sa souffrance, Ulysse se forge une raison d\u2019agir : il doit rentrer parce qu\u2019Ithaque est son royaume et parce que P\u00e9n\u00e9lope et T\u00e9l\u00e9maque l\u2019attendent. Cette justification n\u2019est pas n\u00e9cessairement fausse, mais elle est \u00e9labor\u00e9e r\u00e9trospectivement pour donner un sens \u00e0 un voyage dont la motivation initiale a disparu. La maison devient moins une destination dont il se souvient qu\u2019un r\u00e9cit qu\u2019il invente pour rendre l\u2019action \u00e0 nouveau possible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ulysse revient parce qu\u2019il a besoin d\u2019Ithaque pour rassembler les fragments d\u2019un moi bris\u00e9 par la guerre. Pourtant, le foyer qu\u2019il imagine ne peut restaurer ce qui a \u00e9t\u00e9 perdu, puisque la violence de Troie s\u2019est d\u00e9j\u00e0 immisc\u00e9e tant dans sa psych\u00e9 que dans son foyer. Son retour est une tentative de dissimuler cet ab\u00eeme sous le langage de la famille, du devoir et de l\u2019appartenance. Ulysse ne se souvient pas du chemin du retour; il invente le foyer comme raison pour laquelle il doit continuer \u00e0 vivre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nolan fait de la \u00ab xenia \u00bb, cette relation sacr\u00e9e entre l\u2019h\u00f4te et l\u2019invit\u00e9, la derni\u00e8re barri\u00e8re s\u00e9parant la civilisation de la violence incontr\u00f4l\u00e9e. Le cheval de Troie est donc plus qu\u2019une ruse militaire. En pr\u00e9sentant un instrument d\u2019invasion comme un cadeau, Ulysse viole ce que le film appelle la \u00ab loi de Zeus \u00bb et d\u00e9truit la confiance mutuelle dont d\u00e9pend le monde civilis\u00e9. La violence revient alors par la mer avec les arm\u00e9es grecques et finit par atteindre la maison de celui-l\u00e0 m\u00eame qui a con\u00e7u la supercherie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ulysse ne se contente pas de lutter contre des monstres et les forces de la nature; il erre parmi les ruines engendr\u00e9es par sa propre ruse. Pourtant, plus je r\u00e9fl\u00e9chissais \u00e0 l\u2019id\u00e9e de Nolan concernant l\u2019effondrement de la civilisation, plus je me sentais pouss\u00e9 \u00e0 poser une question fondamentale : quelle civilisation a atteint sa fin, et pour qui sa destruction appara\u00eet-elle comme la fin du monde? Consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re de la situation politique actuelle, le film peut facilement \u00eatre lu comme une all\u00e9gorie des \u00c9tats-Unis, qui d\u00e9truisent syst\u00e9matiquement le principe de x\u00e9nia : l\u2019obligation d\u2019accueillir et de prot\u00e9ger l\u2019\u00e9tranger.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cependant, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 que je trouve l\u2019interpr\u00e9tation de Nolan probl\u00e9matique, car elle reste confin\u00e9e dans un cadre territorial centr\u00e9 sur la terre qui confond l\u2019effondrement d\u2019un ordre palatial avec la fin de la civilisation elle-m\u00eame. Il assimile discr\u00e8tement la civilisation \u00e0 un ordre politique particulier. L\u2019\u00e9l\u00e9gie de Nolan pr\u00e9sente la fin de cet ordre comme la fin de la civilisation elle-m\u00eame. Ce qui dispara\u00eet, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, c\u2019est un ordre hi\u00e9rarchique aristocratique, fond\u00e9 sur la terre et s\u00e9dentaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les <strong>Peuples de la Mer<\/strong> occupent une place ambigu\u00eb au sein de cette vision. La r\u00e9v\u00e9lation de Nolan selon laquelle ils ne sont pas simplement de myst\u00e9rieux envahisseurs \u00e9trangers, mais les Grecs eux-m\u00eames de retour, emp\u00eache le film d\u2019\u00e9tablir une opposition grossi\u00e8re entre les Grecs civilis\u00e9s et les barbares ext\u00e9rieurs. La violence vient de l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019appr\u00e9cie ce renversement, car il oblige les Grecs \u00e0 faire face \u00e0 la barbarie de leur propre victoire. Cette perspective offre une puissante critique all\u00e9gorique de ce qui se passe aujourd\u2019hui aux \u00c9tats-Unis, alors que le pays abandonne le principe de xenia et succombe de plus en plus \u00e0 la x\u00e9nophobie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourtant, je ne pense pas que Nolan pousse ce renversement assez loin. L\u2019existence maritime reste lisible uniquement en termes de d\u00e9placement, de piraterie et de d\u00e9composition. La mer est le lieu o\u00f9 la civilisation perd ses lois; elle n\u2019est jamais le lieu o\u00f9 un autre ordre politique pourrait na\u00eetre. Nolan conf\u00e8re \u00e0 la mer une immense pr\u00e9sence visuelle, mais aucune voix politique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En regardant le film, je revenais sans cesse sur <strong>la m\u00e9fiance de Platon \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la vie maritime<\/strong>. L\u2019argumentation de Platon fournit la grammaire philosophique gr\u00e2ce \u00e0 laquelle le monde maritime de Nolan devient intelligible. L\u2019\u00c9tranger ath\u00e9nien qualifie la mer de voisine agr\u00e9able, mais \u00ab sal\u00e9e et am\u00e8re \u00bb.<sup id=\"mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-1\" class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"00000000000008600000000000000000_11232\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-1\">1<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">Platon,\u00a0<em>Les Lois<\/em>, trad. R. G. Bury (Harvard University Press, 1926), 257.<\/span> Elle remplit la ville de marchands et de marchandises \u00e9trang\u00e8res, engendrant des habitudes incertaines et affaiblissant la stabilit\u00e9 civique. Plus r\u00e9v\u00e9lateur encore, Platon objecte que la puissance navale rend la ville d\u00e9pendante des pilotes, des capitaines et des rameurs, des personnes qu\u2019il juge insuffisamment respectables pour recevoir des honneurs politiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui m\u2019int\u00e9resse ici, c\u2019est que l\u2019inqui\u00e9tude de Platon ne porte pas vraiment sur la violence seule. Elle concerne <strong>la r\u00e9partition de l\u2019honneur.<\/strong> La terre soutient une hi\u00e9rarchie visible de propri\u00e9taires fonciers, de guerriers et de dirigeants. Un navire, en revanche, survit gr\u00e2ce au travail coordonn\u00e9 de <strong>personnes que l\u2019ordre foncier consid\u00e8re comme inf\u00e9rieures<\/strong>. La s\u00e9curit\u00e9 de la cit\u00e9 en vient \u00e0 d\u00e9pendre des rameurs, y compris des citoyens les plus pauvres qui ne poss\u00e8dent ni terre ni rang aristocratique. La mer bouleverse la hi\u00e9rarchie, car elle r\u00e9v\u00e8le que <strong>la survie collective repose sur ceux que l\u2019ordre \u00e9tabli exclut de l\u2019honneur<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est en ce sens que nous pouvons d\u00e9crire <strong>les peuples de la mer comme une force d\u00e9mocratique<\/strong>. Je ne pr\u00e9tends pas que les Peuples de la mer historiques \u00e9taient des d\u00e9mocrates, et je ne souhaite pas non plus id\u00e9aliser les marins en les pr\u00e9sentant comme naturellement pacifiques ou \u00e9galitaires. La puissance navale ath\u00e9nienne elle-m\u00eame est devenue un instrument de l\u2019empire. Par \u00ab d\u00e9mocratique \u00bb, j\u2019entends une tendance structurelle plut\u00f4t qu\u2019une identit\u00e9 morale. Le mouvement maritime rel\u00e2che le lien suppos\u00e9ment naturel entre le territoire, la propri\u00e9t\u00e9, la lign\u00e9e et l\u2019autorit\u00e9 politique. Il rassemble des personnes h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes et fait d\u00e9pendre le pouvoir de la coordination collective. Les peuples de la mer menacent la loi du pays parce qu\u2019ils r\u00e9v\u00e8lent que cette loi n\u2019est pas universelle. C\u2019est la loi d\u2019une hi\u00e9rarchie particuli\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est pour cette raison que je me suis retrouv\u00e9 \u00e0 revenir \u00e0 la <strong><em>Dialectique de la raison<\/em> d\u2019Adorno<\/strong>. La lecture qu\u2019Adorno fait d\u2019Hom\u00e8re demeure indispensable, car il con\u00e7oit <strong>Ulysse comme le prototype du sujet bourgeois<\/strong>, qui survit gr\u00e2ce au calcul, au renoncement et \u00e0 la ruse. Le voyage ne transporte pas un individu d\u00e9j\u00e0 form\u00e9 \u00e0 travers un monde dangereux. Il produit le moi souverain en apprenant \u00e0 Ulysse \u00e0 <strong>ma\u00eetriser \u00e0 la fois la nature ext\u00e9rieure et ses propres d\u00e9sirs<\/strong>. Ithaque, la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re et le foyer patriarcal ne sont donc pas des destinations neutres. Ils constituent la forme mat\u00e9rielle de l\u2019identit\u00e9 qu\u2019Ulysse s\u2019efforce de pr\u00e9server.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Adorno remarque \u00e9galement un aspect que le film de Nolan laisse largement inexplor\u00e9. Il rappelle que des interpr\u00e8tes r\u00e9actionnaires ont condamn\u00e9 Hom\u00e8re parce qu\u2019ils y d\u00e9celaient un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9mocratique et qualifiaient l\u2019\u00e9pop\u00e9e de produit des \u00ab marins et des marchands \u00bb.<sup id=\"mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-2\" class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"00000000000008600000000000000000_11232\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-2\">2<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">Max Horkheimer et Theodor W. Adorno,\u00a0<em><em>Dialectic of Enlightenment: Philosophical Fragments<\/em><\/em>, \u00e9d. Gunzelin Schmid Noerr, trad. Edmund Jephcott (Stanford University Press, 2002), p. 36.<\/span> Ils sugg\u00e8rent que l\u2019apparente impuissance du navigateur, qui traverse et arpente des eaux inconnues, peut \u00e9branler les pouvoirs dominants \u00e9tablis.<sup id=\"mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-3\" class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"00000000000008600000000000000000_11232\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-3\">3<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\">Ibid., p. 38.<\/span> M\u00eame la x\u00e9nia \u00e9merge de cette condition maritime. Le don d\u2019hospitalit\u00e9 se situe entre le sacrifice et l\u2019\u00e9change. Il fait office de tr\u00eave entre \u00e9trangers face aux dangers du voyage, de l\u2019\u00e9tablissement et de la piraterie. En ce sens, \u00ab m\u00eame le sacrifice que Pos\u00e9idon accepte volontiers comporte une supercherie \u00bb.<sup id=\"mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-4\" class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"00000000000008600000000000000000_11232\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-4\">4<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\">Ibid., p. 40.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019hospitalit\u00e9 ne doit pas n\u00e9cessairement \u00eatre comprise comme un commandement divin descendant d\u2019en haut. Elle peut \u00e9galement \u00eatre comprise comme une pratique d\u00e9velopp\u00e9e de mani\u00e8re lat\u00e9rale parmi des personnes mobiles et mutuellement vuln\u00e9rables. Si la x\u00e9nia n\u2019est que le commandement d\u2019une autorit\u00e9 transcendante, sa violation appara\u00eet comme la destruction d\u2019une civilisation auparavant unifi\u00e9e. Mais si <strong>l\u2019hospitalit\u00e9<\/strong> na\u00eet de la confrontation pratique des \u00e9trangers les uns avec les autres, elle ne pr\u00e9suppose pas l\u2019unit\u00e9. Elle devient n\u00e9cessaire pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019<strong>il n\u2019existe pas de territoire, de souverain ou d\u2019identit\u00e9 unique capable de contenir tout le monde<\/strong>. L\u2019hospitalit\u00e9 appartient \u00e0 la mer avant d\u2019appartenir au palais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour Derrida, en ce sens, l\u2019hospitalit\u00e9 n\u2019est jamais une possession innocente. L\u2019h\u00f4te ne peut accueillir autrui que parce qu\u2019il revendique la souverainet\u00e9 sur un foyer. Il choisit qui peut entrer, identifie l\u2019invit\u00e9 et se r\u00e9serve le pouvoir d\u2019exclusion. Il n\u2019y a <strong>\u00ab pas d\u2019hospitalit\u00e9 \u00bb sans souverainet\u00e9 sur son foyer<\/strong>, soutient Derrida, mais cette souverainet\u00e9 op\u00e8re par le filtrage et l\u2019exclusion.<sup id=\"mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-5\" class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"00000000000008600000000000000000_11232\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-5\">5<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\">Jacques Derrida et Anne Dufourmantelle,\u00a0<em><em>Of Hospitality<\/em><\/em>, trad. Rachel Bowlby (Stanford University Press, 2000), p. 53-55.<\/span> En ce sens, <strong>l\u2019hostilit\u00e9<\/strong> que Nolan pr\u00e9sente comme la cons\u00e9quence de l\u2019effondrement de l\u2019hospitalit\u00e9 <strong>est donc d\u00e9j\u00e0 inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019hospitalit\u00e9 elle-m\u00eame.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Cheval de Troie radicalise certes cette contradiction en <strong>transformant le don en arme.<\/strong> Mais je ne dirais pas qu\u2019il introduit la violence dans une loi auparavant pacifique. Au contraire, il met \u00e0 nu la violence dissimul\u00e9e dans la souverainet\u00e9 de l\u2019h\u00f4te et dans la reconnaissance conditionnelle de l\u2019invit\u00e9. La question d\u00e9cisive n\u2019est pas simplement de savoir si un invit\u00e9 ob\u00e9it \u00e0 la loi. Il faut \u00e9galement se demander qui poss\u00e8de la maison, qui \u00e9tablit les conditions d\u2019entr\u00e9e, et qui est reconnu comme invit\u00e9 plut\u00f4t que rejet\u00e9 comme un barbare anonyme. L\u2019\u00e9tranger de Derrida importe parce que l\u2019inconnu remet en question le logos paternel, le p\u00e8re et le ma\u00eetre de maison.<sup id=\"mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-6\" class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"00000000000008600000000000000000_11232\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-6\">6<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"6\">Ibid., p. 3-5.<\/span> Les Peuples de la mer de Nolan auraient pu remplir cette fonction critique. Ils demeurent plut\u00f4t avant tout le nom de la catastrophe qui commence lorsque la loi du ma\u00eetre perd son autorit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ses <em>Conf\u00e9rences sur la philosophie politique de Kant<\/em>, Arendt soutient que le <em>sensus communis<\/em> ne signifie pas la conformit\u00e9 \u00e0 une coutume h\u00e9rit\u00e9e. C\u2019est la facult\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 laquelle les \u00eatres terrestres habitent un monde avec les autres. Les \u00eatres humains ont besoin de la compagnie les uns des autres, ne serait-ce que pour penser.<sup id=\"mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-7\" class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"7\" data-mfn-post-scope=\"00000000000008600000000000000000_11232\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-7\">7<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"7\">Hannah Arendt,\u00a0<em><em>Lectures on Kant\u2019s Political Philosophy<\/em><\/em>, \u00e9d. Ronald Beiner (University of Chicago Press, 1982), p. 27.<\/span> Le jugement exige donc une mentalit\u00e9 \u00e9largie, l\u2019effort de consid\u00e9rer un \u00e9v\u00e9nement <strong>\u00e0 partir de points de vue autres que le sien<\/strong>.<sup id=\"mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-8\" class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"8\" data-mfn-post-scope=\"00000000000008600000000000000000_11232\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-8\">8<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"8\">Ibid., p. 42.<\/span> La <strong>perte du sens commun<\/strong> n\u2019est pas simplement la disparition des r\u00e8gles sociales. C\u2019est la <strong>perte d\u2019un monde partag\u00e9<\/strong> dans lequel diff\u00e9rentes perspectives peuvent \u00e9merger et \u00eatre jug\u00e9es ensemble.<sup id=\"mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-9\" class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"9\" data-mfn-post-scope=\"00000000000008600000000000000000_11232\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-9\">9<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"9\">Ibid., p. 70.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La \u00ab loi de Zeus \u00bb de Nolan s\u2019apparente \u00e0 ce sens commun, mais elle ne poss\u00e8de pas la pluralit\u00e9 d\u2019Arendt. L\u2019univers du film reste organis\u00e9 autour du point de vue des rois, des guerriers, des p\u00e8res et des chefs de famille. L\u2019\u00e9tranger venu de la mer appara\u00eet avant tout comme l\u2019objet de leur peur ou de leur culpabilit\u00e9. Nolan condamne peut-\u00eatre les actions d\u2019Ulysse, mais il laisse tout de m\u00eame la crise d\u2019Ulysse d\u00e9terminer le sens du monde historique. Pour moi, un jugement \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019Arendt exigerait <strong>que l\u2019histoire soit vue du point de vue du rameur<\/strong><sup id=\"mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-10\" class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"10\" data-mfn-post-scope=\"00000000000008600000000000000000_11232\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-10\">10<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"10\">GB : voir Fils de personne, de Yann Martel<\/span>, du voyageur d\u00e9plac\u00e9, de la femme asservie, du Troyen vaincu et de l\u2019\u00e9tranger \u00e0 qui l\u2019on refuse un nom. Sans ces points de vue, le \u00ab bon sens \u00bb risque de ne devenir rien de plus que la vision provinciale de l\u2019ordre dominant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019Odyss\u00e9e de Nolan peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme la catastrophe vue d\u2019en bas. Le palais est peut-\u00eatre en train de s\u2019effondrer, mais ceux qui lui sont subordonn\u00e9s ne vivent pas n\u00e9cessairement sa disparition de la m\u00eame mani\u00e8re. L\u2019effondrement de l\u2019autorit\u00e9 fonci\u00e8re peut donner libre cours \u00e0 la piraterie et \u00e0 la vengeance, mais il peut aussi \u00e9branler les r\u00e9partitions h\u00e9r\u00e9ditaires des rangs. La \u00ab tradition des opprim\u00e9s \u00bb de Walter Benjamin nous rappelle que <strong>ce qui appara\u00eet aux dirigeants comme une urgence exceptionnelle a peut-\u00eatre toujours \u00e9t\u00e9 la condition ordinaire de ceux qui se trouvent en dessous d\u2019eux<\/strong>.<sup id=\"mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-11\" class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"11\" data-mfn-post-scope=\"00000000000008600000000000000000_11232\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-11\">11<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"11\">Walter Benjamin, \u00ab On the Concept of History \u00bb, dans\u00a0<em><em>Selected Writings<\/em><\/em>, vol. 4,\u00a0<em>1938\u20131940<\/em>, \u00e9d. Howard Eiland et Michael W. Jennings (Cambridge, MA : Harvard University Press, 2003), 389\u2013400, 392<\/span> Pour les esclaves, les d\u00e9plac\u00e9s et les vaincus, la civilisation \u00e9tait peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 catastrophique bien avant l\u2019arriv\u00e9e des Peuples de la Mer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Adorno le souligne sans d\u00e9tour \u00e0 la fin de son analyse d\u2019Hom\u00e8re. Ulysse revient en juge implacable, et la violence de l\u2019ordre soi-disant civilis\u00e9 devient indissociable de la violence primitive qu\u2019il pr\u00e9tend surmonter. Il attire l\u2019attention sur la mutilation de M\u00e9lanthius et l\u2019ex\u00e9cution des femmes asservies, qui sont pouss\u00e9es vers la mort \u00ab sous l\u2019\u00e9gide de la justice et de la loi \u00bb.<sup id=\"mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-12\" class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"12\" data-mfn-post-scope=\"00000000000008600000000000000000_11232\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-12\">12<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"12\">Adorno,\u00a0<em><em>Dialectic of Enlightenment<\/em>, 61\u2013<\/em>62.<\/span> Nolan omet la pendaison des femmes, mais son massacre des pr\u00e9tendants conserve le probl\u00e8me central. <strong>La violence exerc\u00e9e au nom du r\u00e9tablissement du foyer ne peut prouver que la civilisation a vaincu la barbarie<\/strong>. Elle peut montrer que la civilisation a toujours servi le droit de qualifier sa propre violence de justice.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pr\u00e9f\u00e9rerais donc lire <em>L\u2019Odyss\u00e9e<\/em> non pas comme le r\u00e9tablissement ou l\u2019extinction d\u2019une seule civilisation, mais comme un conflit archip\u00e9lagique entre diff\u00e9rentes fa\u00e7ons d\u2019organiser la vie. La terre fixe l\u2019identit\u00e9 par les fronti\u00e8res, l\u2019h\u00e9ritage et la propri\u00e9t\u00e9. La mer disperse l\u2019identit\u00e9 par le voyage, la rencontre et la d\u00e9pendance envers des \u00e9trangers. Aucun de ces deux termes n\u2019est innocent. La mobilit\u00e9 maritime peut engendrer la conqu\u00eate aussi facilement que la libert\u00e9. Pourtant, la mer emp\u00eache \u00e9galement la loi d\u2019un territoire de se pr\u00e9senter comme la loi universelle de la civilisation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malgr\u00e9 toute la grandeur oc\u00e9anique de ses images, Nolan reste finalement un penseur terrestre de la mer. Son film rend l\u2019eau sublime, dangereuse et historiquement destructrice, tout en orientant chaque voyage vers la reconqu\u00eate de la patrie souveraine. La mer est quelque chose qu\u2019Ulysse doit traverser, ma\u00eetriser ou fuir. Elle n\u2019est jamais autoris\u00e9e \u00e0 devenir un monde politique \u00e0 part enti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est pourquoi je souhaite inverser la question pos\u00e9e par le film de Nolan. Je ne veux pas me contenter de demander ce qui se passe lorsque la loi de Zeus s\u2019effondre. Je veux demander <strong>quelle maison cette loi prot\u00e8ge, quelle violence elle autorise<\/strong>, et quel mouvement elle d\u00e9finit comme hors-la-loi. Les gens de la mer sont d\u00e9mocratiques non pas parce qu\u2019ils sont intrins\u00e8quement vertueux, mais parce que leur mouvement conteste le monopole de la terre sur la loi, l\u2019honneur et l\u2019existence politique. Dans cette perspective, Nolan ne montre pas la fin de la civilisation. Il montre la fin d\u2019une hi\u00e9rarchie territoriale, et ses ruines ne signifient pas la fin de tous les mondes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour moi, le film de Nolan est particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9lateur pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 o\u00f9 son interpr\u00e9tation vacille. Il critique la transformation de la x\u00e9nia en x\u00e9nophobie aux \u00c9tats-Unis, tout en conservant la logique territoriale qui rend cette transformation possible. La question politique soulev\u00e9e par <em>L\u2019Odyss\u00e9e<\/em> n\u2019est donc pas de savoir comment la civilisation peut se d\u00e9fendre contre ceux qui arrivent par la mer. Il s\u2019agit plut\u00f4t de savoir comment nous pourrions imaginer <strong>une civilisation qui ne repose plus sur l\u2019opposition entre la terre et la mer, l\u2019h\u00f4te et l\u2019\u00e9tranger<\/strong>, le citoyen respectueux des lois et le hors-la-loi.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size wp-block-paragraph\">Fichier Excel des\u00a0<a href=\"https:\/\/1drv.ms\/x\/c\/52b2e58f9a01f490\/IQBNOTq3uISSRr4KrP9JoB-QAYl77ixhpKkjm1SZpu5-bUE?e=SAPhd3\">traductions<\/a> par\u00a0<em>Gilles en vrac<\/em> <br><a href=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/trad\/\">Fiches<\/a> avec les premi\u00e8res phrases (et non seulement les titres)<br>Les<strong>\u00a0caract\u00e8res gras<\/strong>\u00a0dans le texte sont de Gilles.<\/p>\n<h3 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes <\/h3><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li id=\"footnote-00000000000008600000000000000000_11232-1\"><span>1<\/span><div>Platon,\u00a0<em>Les Lois<\/em>, trad. R. G. Bury (Harvard University Press, 1926), 257. <a href=\"#mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-1\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 1 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000008600000000000000000_11232-2\"><span>2<\/span><div>Max Horkheimer et Theodor W. Adorno,\u00a0<em><em>Dialectic of Enlightenment: Philosophical Fragments<\/em><\/em>, \u00e9d. Gunzelin Schmid Noerr, trad. Edmund Jephcott (Stanford University Press, 2002), p. 36. <a href=\"#mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-2\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 2 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000008600000000000000000_11232-3\"><span>3<\/span><div>Ibid., p. 38. <a href=\"#mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-3\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 3 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000008600000000000000000_11232-4\"><span>4<\/span><div>Ibid., p. 40. <a href=\"#mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-4\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 4 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000008600000000000000000_11232-5\"><span>5<\/span><div>Jacques Derrida et Anne Dufourmantelle,\u00a0<em><em>Of Hospitality<\/em><\/em>, trad. Rachel Bowlby (Stanford University Press, 2000), p. 53-55. <a href=\"#mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-5\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 5 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000008600000000000000000_11232-6\"><span>6<\/span><div>Ibid., p. 3-5. <a href=\"#mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-6\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 6 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000008600000000000000000_11232-7\"><span>7<\/span><div>Hannah Arendt,\u00a0<em><em>Lectures on Kant\u2019s Political Philosophy<\/em><\/em>, \u00e9d. Ronald Beiner (University of Chicago Press, 1982), p. 27. <a href=\"#mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-7\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 7 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000008600000000000000000_11232-8\"><span>8<\/span><div>Ibid., p. 42. <a href=\"#mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-8\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 8 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000008600000000000000000_11232-9\"><span>9<\/span><div>Ibid., p. 70. <a href=\"#mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-9\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 9 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000008600000000000000000_11232-10\"><span>10<\/span><div>GB : voir Fils de personne, de Yann Martel <a href=\"#mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-10\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 10 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000008600000000000000000_11232-11\"><span>11<\/span><div>Walter Benjamin, \u00ab On the Concept of History \u00bb, dans\u00a0<em><em>Selected Writings<\/em><\/em>, vol. 4,\u00a0<em>1938\u20131940<\/em>, \u00e9d. Howard Eiland et Michael W. Jennings (Cambridge, MA : Harvard University Press, 2003), 389\u2013400, 392 <a href=\"#mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-11\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 11 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000008600000000000000000_11232-12\"><span>12<\/span><div>Adorno,\u00a0<em><em>Dialectic of Enlightenment<\/em>, 61\u2013<\/em>62. <a href=\"#mfn-content-00000000000008600000000000000000_11232-12\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 12 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 propos de L\u2019Odyss\u00e9e de Nolan Traduction de Whose Civilisation Ends? par Alex Taek-Gwang Lee\u00a0sur Substack, le 13 ao\u00fbt. En regardant L\u2019Odyss\u00e9e de Christopher Nolan, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 moins frapp\u00e9 par l\u2019ampleur du film que par son insistance sur le fait qu\u2019Ulysse revient vers une civilisation dont les fondements moraux se sont d\u00e9j\u00e0 effondr\u00e9s. C\u2019est pourquoi &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/trad\/quelle-civilisation-touche-a-sa-fin\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Quelle civilisation touche \u00e0 sa fin?&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":11825,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-11232","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack-related-posts":[{"id":9478,"url":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/trad\/effondrement-un-cadre\/","url_meta":{"origin":11232,"position":0},"title":"Effondrement : un cadre pour comprendre et appr\u00e9hender le d\u00e9clin de la civilisation industrielle","author":"Gilles Beauchamp","date":"1 mars 2026","format":false,"excerpt":"La civilisation industrielle mondiale est en train de s'effondrer et nous ne pouvons rien faire pour l'emp\u00eacher. 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