{"id":11250,"date":"2026-08-19T15:26:58","date_gmt":"2026-08-19T19:26:58","guid":{"rendered":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/?page_id=11250"},"modified":"2026-10-18T19:58:19","modified_gmt":"2026-10-18T23:58:19","slug":"rente-et-monopole-intellectuel","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/trad\/rente-et-monopole-intellectuel\/","title":{"rendered":"La rente et le monopole intellectuel dans le capitalisme contemporain : d\u00e9fis conceptuels et possibilit\u00e9s empiriques"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Traduction de <a href=\"https:\/\/academic.oup.com\/ser\/article\/23\/4\/1705\/7916613\">Rentiership and intellectual monopoly in contemporary capitalism: conceptual challenges and empirical possibilities<\/a> par Joseph Baines et Sandy Brian Hager. Socio-Economic Review, volume 23, num\u00e9ro 4, octobre 2025.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>R\u00e9sum\u00e9 : <\/strong>Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, les concepts de \u00ab renti\u00e9risme \u00bb et de \u00ab monopole intellectuel \u00bb ont pris une place pr\u00e9pond\u00e9rante dans les d\u00e9bats sur l\u2019affaiblissement du lien entre la rentabilit\u00e9 des entreprises et l\u2019investissement en capital dans les pays \u00e0 revenu \u00e9lev\u00e9. Cependant, rares sont les tentatives, voire aucune, visant \u00e0 \u00e9laborer des mesures du renti\u00e9risme et du monopole intellectuel \u00e0 partir de donn\u00e9es financi\u00e8res au niveau des entreprises. L\u2019absence de tels travaux, selon nous, est r\u00e9v\u00e9latrice des difficult\u00e9s rencontr\u00e9es pour d\u00e9finir ce qui constitue une rente, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une rente intangible ou autre. Au lieu de conceptions statiques de la rente et du monopole intellectuel, nous \u00e9laborons un cadre permettant d\u2019analyser la \u00ab renti\u00e9risation \u00bb et la \u00ab monopolisation intellectuelle \u00bb comme des processus dynamiques et vari\u00e9s, \u00e9troitement li\u00e9s \u00e0 la financiarisation. Nous appliquons ce cadre \u00e0 l\u2019analyse de la transformation des entreprises non financi\u00e8res aux \u00c9tats-Unis depuis le milieu du XXe si\u00e8cle et montrons comment il aide \u00e0 clarifier les liens entre les dynamiques au niveau des entreprises et les tendances associ\u00e9es \u00e0 l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des m\u00e9nages, \u00e0 la stratification des entreprises et \u00e0 la stagnation s\u00e9culaire.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1. Introduction : la rente, une th\u00e9matique remise au go\u00fbt du jour<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la bo\u00eete \u00e0 outils de l\u2019\u00e9conomie politique h\u00e9t\u00e9rodoxe, le concept de \u00ab financiarisation \u00bb a \u00e9t\u00e9 largement utilis\u00e9 pour rendre compte des transformations du capitalisme contemporain au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies (Epstein, 2005; Stockhammer, 2008). Plus r\u00e9cemment, un autre concept a pris une place pr\u00e9pond\u00e9rante : celui de \u00ab rentiership \u00bb (Mazzucato, 2019; Christophers, 2020). Bien s\u00fbr, l\u2019analyse de la rente n\u2019a rien de nouveau. Elle remonte aux \u00e9conomistes politiques classiques de la fin du XVIIIe et du d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle. Mais ce concept est largement tomb\u00e9 en d\u00e9su\u00e9tude apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale (Piketty, 2014; Sayer, 2023). Qu\u2019est-ce qui explique alors ce regain d\u2019int\u00e9r\u00eat r\u00e9cent? L\u2019une des raisons est que le concept de rente met en avant la concurrence et le pouvoir monopolistique de mani\u00e8re plus syst\u00e9matique que celui de la financiarisation. L\u2019accent mis sur le pouvoir monopolistique inh\u00e9rent \u00e0 la rente est crucial, car il aide \u00e0 expliquer l\u2019une des principales \u00e9nigmes empiriques de la litt\u00e9rature sur la financiarisation : l\u2019affaiblissement du lien entre la rentabilit\u00e9 et l\u2019investissement int\u00e9rieur dans les pays \u00e0 revenu \u00e9lev\u00e9 (Guti\u00e9rrez et Philippon, 2016; Durand et Gueuder, 2018; Orhangazi, 2019). Le concept de rente promet \u00e9galement d\u2019\u00e9clairer les dynamiques au niveau des entreprises dans la litt\u00e9rature \u00e9troitement li\u00e9e aux monopoles intellectuels (Pagano, 2014; Durand et Milberg, 2020; Rikap, 2021). En effet, le ph\u00e9nom\u00e8ne de rente s\u2019observe de la mani\u00e8re la plus flagrante dans l\u2019\u00e9conomie du savoir, \u00e9tant donn\u00e9 que les actifs incorporels tels que les brevets et d\u2019autres types de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle permettent aux g\u00e9ants de la technologie de g\u00e9n\u00e9rer des rentes d\u2019information ou de savoir simplement gr\u00e2ce \u00e0 leur droit l\u00e9gal d\u2019emp\u00eacher autrui d\u2019utiliser ces actifs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malgr\u00e9 les liens qui unissent le r\u00e9gime de rente \u00e0 la fois \u00e0 la financiarisation et au monopole intellectuel, la relation entre ces ph\u00e9nom\u00e8nes reste peu explor\u00e9e. L\u2019un des probl\u00e8mes r\u00e9side dans le fait que, alors que les chercheurs ont mis au point toute une gamme de mesures sophistiqu\u00e9es pour \u00e9valuer les processus de financiarisation des entreprises, peu de travaux, voire aucun, ont r\u00e9ussi \u00e0 mesurer les rentes, immat\u00e9rielles ou autres, au niveau de l\u2019entreprise. Relever ce d\u00e9fi de la mesure des rentes, nous soutenons qu\u2019il est essentiel de mieux comprendre l\u2019articulation entre la financiarisation, le statut de rentier et le monopole intellectuel au sein du capitalisme contemporain. Notre th\u00e8se principale est que le manque de mesures des rentes d\u2019entreprise d\u00e9coule d\u2019un probl\u00e8me d\u2019op\u00e9rationnalisation empirique : plus pr\u00e9cis\u00e9ment, comme l\u2019a soulign\u00e9 Beth Stratford (2024, p. 41) : \u00ab il n\u2019existe aucun moyen pratique de distinguer la composante de rente au sein d\u2019un revenu donn\u00e9 \u00bb. Sans moyen de distinguer la rente des revenus non li\u00e9s \u00e0 la rente, il est impossible de mesurer avec certitude la renti\u00e8re au niveau des entreprises.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la premi\u00e8re section de cet article, nous abordons ce probl\u00e8me en proposant un aper\u00e7u de la g\u00e9n\u00e9alogie de la rente dans l\u2019histoire de la pens\u00e9e \u00e9conomique, depuis les \u00e9conomistes politiques classiques jusqu\u2019aux analyses contemporaines. Dans la deuxi\u00e8me section, nous soutenons que rendre la cat\u00e9gorie de la rente susceptible d\u2019une op\u00e9rationnalisation empirique \u00e0 l\u2019aide de donn\u00e9es financi\u00e8res d\u2019entreprise n\u00e9cessite un changement fondamental. Plut\u00f4t que d\u2019essayer de diff\u00e9rencier empiriquement les rentes pures des profits purs, nous avons besoin d\u2019une approche dynamique qui appr\u00e9hende la renti\u00e9risation comme un processus. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, nous soutenons que la renti\u00e9risation est \u00e0 l\u2019\u0153uvre lorsque la rentabilit\u00e9 d\u2019une entreprise est accrue au service des rendements financiers plut\u00f4t que de l\u2019investissement productif. En d\u2019autres termes, il s\u2019agit d\u2019une forme particuli\u00e8re de financiarisation au niveau de l\u2019entreprise, qui se manifeste lorsque les distributions aux actionnaires augmentent par rapport aux d\u00e9penses en immobilisations et lorsque les revenus augmentent par rapport aux co\u00fbts. Par extension, dans notre cadre analytique, on peut discerner une monopolisation intellectuelle lorsque ce processus de renti\u00e9risation est combin\u00e9 \u00e0 une accumulation d\u2019actifs incorporels.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l\u2019aide de ce sch\u00e9ma, dans la troisi\u00e8me section, nous explorons les dynamiques de la renti\u00e9risation et de la monopolisation intellectuelle au sein des entreprises non financi\u00e8res aux \u00c9tats-Unis de 1950 \u00e0 2019. Nous pr\u00e9sentons trois constatations cl\u00e9s. Premi\u00e8rement, la renti\u00e9risation et la monopolisation intellectuelle au sein de la structure des entreprises am\u00e9ricaines ont pris de plus en plus d\u2019importance depuis les ann\u00e9es 2000. Deuxi\u00e8mement, au niveau sectoriel, alors que la rentabilit\u00e9 sectorielle et les ratios de distribution par rapport aux investissements pr\u00e9sentaient une faible corr\u00e9lation n\u00e9gative au milieu du XXe si\u00e8cle, ils affichent d\u00e9sormais une forte corr\u00e9lation positive; et alors que l\u2019intensit\u00e9 en actifs incorporels et la capitalisation boursi\u00e8re au niveau sectoriel \u00e9taient autrefois fortement corr\u00e9l\u00e9es n\u00e9gativement, elles pr\u00e9sentent d\u00e9sormais une faible corr\u00e9lation positive. Troisi\u00e8mement, les secteurs qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019avant-garde des processus de monopolisation intellectuelle \u2014 le secteur pharmaceutique et, plus r\u00e9cemment, le secteur technologique \u2014 comptent parmi les plus in\u00e9galitaires en termes de profits au niveau des entreprises, une tranche importante de petites entreprises non rentables mais innovantes \u00e9tant subordonn\u00e9es aux entreprises dominantes de ces deux secteurs. Dans la derni\u00e8re section de l\u2019article, nous expliquons comment ces constatations nous aident \u00e0 mieux comprendre les m\u00e9canismes pr\u00e9cis qui sous-tendent l\u2019\u00e9cart entre profits et investissements ainsi que les in\u00e9galit\u00e9s persistantes entre les m\u00e9nages dans les pays \u00e0 revenu \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2. O\u00f9 se trouve la rente? La morphologie d\u2019un concept<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous ne pouvons rendre justice \u00e0 la complexit\u00e9 et \u00e0 la sophistication de la litt\u00e9rature sur la rente dans cette br\u00e8ve revue. Notre objectif dans cette section est plut\u00f4t d\u2019aborder l\u2019\u00e9volution de l\u2019analyse de la rente strictement sous l\u2019angle des d\u00e9fis li\u00e9s \u00e0 sa d\u00e9limitation et \u00e0 sa mesure. Les th\u00e9ories existantes sur la rente, depuis l\u2019\u00e9poque de l\u2019\u00e9conomie politique classique, nous permettent-elles de distinguer la rente des revenus non li\u00e9s \u00e0 la rente au niveau des donn\u00e9es financi\u00e8res des entreprises? Et ces th\u00e9ories nous permettent-elles, par extension, de quantifier la rente? Nous soutenons que la r\u00e9ponse est n\u00e9gative sur ces deux points. Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un probl\u00e8me conceptuel au sein de la th\u00e9orie de la rente ou simplement d\u2019une question m\u00e9thodologique d\u00e9pend du point de vue de chacun. Les th\u00e9ories existantes sur la rente ont certes guid\u00e9 des recherches qui ont g\u00e9n\u00e9r\u00e9 des perspectives enrichissantes, mais qui ne tentent pas de mesurer syst\u00e9matiquement les rentes \u00e0 l\u2019aide des donn\u00e9es financi\u00e8res des entreprises (p. ex. Harvey, 2012; Purcell <em>et al.<\/em>, 2020). Dans cette perspective, la valeur conceptuelle de la th\u00e9orie de la rente et les d\u00e9fis li\u00e9s \u00e0 son op\u00e9rationnalisation empirique peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des questions tout \u00e0 fait distinctes. Cependant, si l\u2019on adopte la vision empiriste rigoureuse selon laquelle toute th\u00e9orisation de la rente devrait nous permettre de d\u00e9limiter et de mesurer avec pr\u00e9cision le montant de la rente accumul\u00e9e, et que ces mesures s\u2019appliquent de pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019architecture quantitative du capital lui-m\u00eame \u2014 les \u00e9tats financiers des entreprises \u2014, alors la question m\u00e9thodologique devient un probl\u00e8me conceptuel (voir Nitzan et Bichler, 2009). Compte tenu de nos propres a priori analytiques, nous penchons pour cette derni\u00e8re perspective. Toutefois, cela n\u2019invalide bien s\u00fbr pas le point de vue pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les \u00e9crits d\u2019Adam Smith, la rente est consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019une des trois cat\u00e9gories fonctionnelles de revenu correspondant aux trois grandes classes de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste. Alors que les salaires sont gagn\u00e9s par le travail et que les profits reviennent aux capitalistes, la rente est vers\u00e9e aux propri\u00e9taires fonciers. Du point de vue de Smith, la rente est essentiellement une rente fonci\u00e8re, et dans sa th\u00e9orie de l\u2019addition des valeurs d\u2019\u00e9change, les \u00ab prix naturels \u00bb autour desquels gravitent les prix r\u00e9els du march\u00e9 correspondent \u00e0 la somme des salaires, des profits et de la rente. En explorant l\u2019id\u00e9e selon laquelle le travail est la seule condition pr\u00e9alable \u00e0 la valeur, Smith (1977\/1776, p. 76\u201377) a \u00e9galement soutenu que tant la rente <em>que<\/em> le profit constituent des d\u00e9ductions sur ce qui est produit par le travail :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La valeur r\u00e9elle de toutes les diff\u00e9rentes composantes du prix, il faut le noter, se mesure par la quantit\u00e9 de travail que chacune d\u2019elles peut acheter ou commander. Le travail mesure la valeur, non seulement de la partie du prix qui se r\u00e9sume au travail, mais aussi de celle qui se r\u00e9sume \u00e0 la rente, et de celle qui se r\u00e9sume au profit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces arguments anticipaient une id\u00e9e qui est par la suite devenue centrale dans une grande partie de la litt\u00e9rature sur la rente : celle selon laquelle la rente est un revenu non gagn\u00e9 impliquant un transfert de fonds des producteurs plut\u00f4t qu\u2019une contribution \u00e0 la richesse globale (Mazzucato <em>et al.<\/em>, 2023, p. 509). Mais comme Smith consid\u00e9rait le profit comme faisant partie de ce transfert de fonds, la distinction fondamentale entre le profit et la rente ne r\u00e9sidait pas, selon Smith que le profit \u00e9tait une forme de revenu d\u00e9coulant d\u2019une activit\u00e9 productive et que la rente \u00e9tait une forme de revenu d\u00e9coulant d\u2019une activit\u00e9 non productive, mais plut\u00f4t que le profit revenait aux d\u00e9tenteurs de capital et la rente aux propri\u00e9taires fonciers. Du point de vue de Smith, il n\u2019y avait donc aucun probl\u00e8me \u00e0 d\u00e9terminer ce qu\u2019est la rente : il s\u2019agissait simplement de mesurer le revenu per\u00e7u par les propri\u00e9taires fonciers. Cependant, d\u2019un point de vue contemporain, o\u00f9 la rente est consid\u00e9r\u00e9e comme faisant partie du revenu que les soci\u00e9t\u00e9s tirent d\u2019activit\u00e9s qui vont bien au-del\u00e0 de la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re, la question de savoir ce qui rel\u00e8ve pr\u00e9cis\u00e9ment de la rente devient plus \u00e9pineuse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">David Ricardo a d\u00e9velopp\u00e9 la th\u00e9orie de la rente avec son concept de rente diff\u00e9rentielle, selon lequel l\u2019ampleur de la rente \u00e9tait d\u00e9termin\u00e9e par la diff\u00e9rence entre le co\u00fbt de production sur un site donn\u00e9 et le co\u00fbt de production de la terre la plus marginale mise en culture (Stratford, 2023). Avec cette conceptualisation, Ricardo soutenait que la rente est un surplus d\u00e9coulant de la productivit\u00e9 diff\u00e9rentielle de la terre plut\u00f4t qu\u2019une simple composante du prix naturel des biens, comme le sugg\u00e9rait Smith. Karl Marx s\u2019est appuy\u00e9 sur l\u2019analyse de Ricardo concernant la rente diff\u00e9rentielle pour d\u00e9velopper sa conception de ce qu\u2019Anwar Shaikh (2016, p. 265) appelle le \u00ab capital r\u00e9gulateur \u00bb : ce sont les conditions de production les moins co\u00fbteuses, reproductibles par d\u2019autres pour satisfaire la demande dans un secteur donn\u00e9. Du point de vue de Marx, les prix du march\u00e9 tendent vers la somme des co\u00fbts du capital r\u00e9gulateur et du taux de profit moyen. Par cons\u00e9quent, lorsque les producteurs \u00e0 moindre co\u00fbt disposent de conditions de production non reproductibles, le propri\u00e9taire foncier per\u00e7oit des rentes sous forme de profit exc\u00e9dentaire (Shaikh, 2016, p. 265-266). En d\u00e9veloppant sa th\u00e9orie, Marx a compl\u00e9t\u00e9 cette notion de rente diff\u00e9rentielle par deux conceptualisations suppl\u00e9mentaires : la rente de monopole, qui d\u00e9coule du contr\u00f4le d\u2019une caract\u00e9ristique non substituable d\u2019une marchandise, et la rente absolue, qui revient \u00e0 une classe de propri\u00e9taires simplement en vertu du droit d\u2019exclure les non-propri\u00e9taires par le biais de l\u2019institution de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e (Purcell <em>et al.<\/em>, 2020) .<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La sophistication de la th\u00e9orie de Marx est confirm\u00e9e par les recherches prodigieuses qu\u2019elle a contribu\u00e9 \u00e0 inspirer. De plus, \u00e9tant donn\u00e9 que Marx \u00e9crivait \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 le syst\u00e8me comptable moderne n\u2019en \u00e9tait qu\u2019\u00e0 ses balbutiements, on peut lui pardonner d\u2019avoir \u00e9labor\u00e9 des cat\u00e9gories analytiques qui ne se pr\u00eatent pas facilement \u00e0 la recherche empirique utilisant des donn\u00e9es financi\u00e8res d\u2019entreprise. Cela dit, dans la conception marxiste des rentes diff\u00e9rentielles, les probl\u00e8mes de d\u00e9limitation et de mesure persistent. Comme l\u2019admet Erik Swyngedouw (2012, p. 311), l\u2019un des principaux th\u00e9oriciens marxistes de la rente : \u00ab d\u00e9terminer l\u2019ampleur de la rente [\u2026] demeure th\u00e9oriquement complexe et empiriquement insoluble \u00bb. Il n\u2019existe pas de moyen simple d\u2019identifier quelles entreprises constituent des \u00ab capitaux r\u00e9gulateurs \u00bb, car au-del\u00e0 de quelques secteurs bien pr\u00e9cis o\u00f9 la production est relativement homog\u00e8ne \u2014 comme l\u2019exploitation mini\u00e8re et la production p\u00e9troli\u00e8re \u2014, il est impossible de construire des courbes de co\u00fbts avec une quelconque pr\u00e9cision. Les concepts de monopole et de rente absolue sont tout aussi difficiles \u00e0 cerner, car, dans la pratique, il est impossible de d\u00e9terminer quelle part du revenu provient de l\u2019\u00e9l\u00e9ment non substituable d\u2019une marchandise particuli\u00e8re et quelle part d\u00e9coule des conditions de base du pouvoir de classe dont jouissent tous les propri\u00e9taires. Dans une analyse qui examine la typologie marxiste des rentes dans le contexte du secteur immobilier, Ward et Aalbers (2016, p. 1764) reconnaissent ces d\u00e9fis : \u00ab il faut pr\u00e9ciser que les diff\u00e9rentes formes de rente peuvent \u00eatre \u00e0 l\u2019\u0153uvre simultan\u00e9ment et sont empiriquement indiscernables, car la rente r\u00e9elle n\u2019est vers\u00e9e qu\u2019en une somme forfaitaire \u00bb. En dehors du secteur immobilier, o\u00f9 la rente ne se pr\u00e9sente m\u00eame pas sous la forme d\u2019un \u00ab montant forfaitaire \u00bb, les probl\u00e8mes d\u2019identification et de mesure deviennent \u00e9videmment encore plus \u00e9pineux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les \u00e9conomistes qui ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire apr\u00e8s la r\u00e9volution marginaliste ont cherch\u00e9 \u00e0 \u00e9tablir une base de r\u00e9f\u00e9rence pour mesurer la rente en \u00e9tendant la th\u00e9orie de la rente diff\u00e9rentielle de Ricardo \u00e0 tous les facteurs de production et en rompant de mani\u00e8re d\u00e9cisive avec la perspective d\u2019analyse de classe de Marx. Dans des conditions d\u2019\u00e9quilibre, le revenu marginal \u00e9tait compris par les marginalistes comme le \u00ab prix de r\u00e9serve \u00bb exempt de rente pour chaque facteur de production. Ces prix refl\u00e8tent \u00e0 la fois la contribution marginale de chaque facteur et constituent le minimum n\u00e9cessaire pour les soustraire \u00e0 l\u2019oisivet\u00e9 ou \u00e0 une utilisation alternative (Stratford, 2023, p. 352\u2013355). Tout revenu sup\u00e9rieur \u00e0 ce prix de r\u00e9serve est d\u00e9fini comme de la rente. Cependant, cette th\u00e9orisation a elle-m\u00eame soulev\u00e9 des probl\u00e8mes. La th\u00e9orie de la rente diff\u00e9rentielle de Ricardo semblait convaincante lorsque la base de r\u00e9f\u00e9rence \u00e9tait la terre, pour laquelle il n\u2019existait aucune autre utilisation. Mais dans le cas du capital, il peut exister une myriade d\u2019utilisations alternatives dont la rentabilit\u00e9 n\u2019est que infinit\u00e9simale par rapport \u00e0 l\u2019utilisation qui en est faite. Cela rend la rente tir\u00e9e d\u2019une utilisation donn\u00e9e elle-m\u00eame infinit\u00e9simale. \u00c0 un niveau plus fondamental, cela suppose \u00e9galement que les profits tir\u00e9s des utilisations alternatives soient eux-m\u00eames d\u00e9termin\u00e9s dans des conditions de concurrence et soient donc exempts de rente. En pratique, les prix d\u00e9coulant des utilisations alternatives ne doivent pas n\u00e9cessairement \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme exempts de rente, car chacun refl\u00e8te l\u2019\u00e9quilibre des pouvoirs entre les parties impliqu\u00e9es dans l\u2019\u00e9change (voir Hale, 1923). Dans cette perspective relationnelle, comme l\u2019affirme Beth Stratford (2023, p. 353) : \u00ab il est absurde d\u2019utiliser des prix d\u00e9j\u00e0 fauss\u00e9s par le contr\u00f4le in\u00e9gal sur des actifs rares et monopolis\u00e9s comme r\u00e9f\u00e9rence pour estimer quelle proportion des revenus provient de cette in\u00e9galit\u00e9 m\u00eame \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le concept marxiste de rente absolue aborde, au moins sur le plan analytique, le r\u00f4le jou\u00e9 par les in\u00e9galit\u00e9s pr\u00e9existantes de pouvoir de classe dans la formation de la rente. Les \u00e9conomistes marginalistes n\u2019ont d\u00e9velopp\u00e9 ni le vocabulaire conceptuel ni les moyens empiriques permettant d\u2019appr\u00e9hender le r\u00f4le jou\u00e9 par les relations in\u00e9gales de pouvoir de classe dans la g\u00e9n\u00e9ration de la rente. La formulation que les \u00e9conomistes n\u00e9oclassiques en sont venus \u00e0 adopter \u2014 selon laquelle la rente \u00e9tait un \u00ab paiement exc\u00e9dant le prix concurrentiel \u00bb (Stratford, 2023, p. 355) \u2014 supposait simplement que les prix concurrentiels existaient dans la r\u00e9alit\u00e9 et \u00e9taient empiriquement discernables. Or, comme l\u2019a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la controverse de Cambridge, il est impossible pour les \u00e9conomistes n\u00e9oclassiques de d\u00e9terminer la productivit\u00e9 marginale du capital, puisque les biens d\u2019\u00e9quipement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes ne peuvent \u00eatre agr\u00e9g\u00e9s ind\u00e9pendamment des prix qu\u2019ils sont cens\u00e9s expliquer. Il n\u2019existe donc aucun moyen d\u2019\u00e9tablir ce qui constituerait pr\u00e9cis\u00e9ment le produit marginal ou la rente (Nitzan et Bichler, 2009, p. 77\u201383). Anticipant cette controverse, Thorstein Veblen \u2014 \u00e9crivant au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle \u2014 a tout simplement \u00e9vit\u00e9 d\u2019utiliser le concept de rente en r\u00e9f\u00e9rence aux soci\u00e9t\u00e9s modernes; il a d\u2019ailleurs rejet\u00e9 les tentatives de ses contemporains, comme Alfred Marshall, d\u2019appliquer ce concept aux entreprises commerciales, qualifiant ces travaux de \u00ab trop volumineux, peu maniables et sans cons\u00e9quence \u00bb (Veblen 1900, p. 264). Veblen soutenait qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9, bon nombre des processus associ\u00e9s \u00e0 ce concept font partie des activit\u00e9s courantes des entreprises, au sein desquelles l\u2019obtention d\u2019un \u00ab avantage diff\u00e9rentiel \u00bb par rapport aux autres soci\u00e9t\u00e9s \u00e9tait devenue la principale force motrice du capitalisme (Veblen, 2013\/1904, p. 201, n. 6). Point crucial : pour Veblen, le profit d\u00e9coulant de cet avantage diff\u00e9rentiel provient du pouvoir de <em>restreindre<\/em> la productivit\u00e9 industrielle, plut\u00f4t que d\u2019une contribution r\u00e9elle \u00e0 celle-ci (Nitzan et Bichler, 2009; Veblen, 2013\/1904). Dans la mesure o\u00f9 Veblen fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la rente dans son \u0153uvre, c\u2019est sp\u00e9cifiquement en rapport avec la rente fonci\u00e8re, tout comme c\u2019\u00e9tait le cas dans les travaux des premiers \u00e9conomistes politiques classiques tels qu\u2019Adam Smith.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Contrairement \u00e0 Veblen, Joseph Schumpeter ne consid\u00e9rait pas que la capacit\u00e9 restrictive des entreprises allait n\u00e9cessairement \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019industrie. Tout comme les freins permettent aux automobilistes d\u2019\u00e9viter les accidents et, en fin de compte, de rouler plus vite, Schumpeter (2003\/1943, p. 88\u201389) a fait valoir que la capacit\u00e9 des entreprises \u00e0 restreindre l\u2019activit\u00e9 industrielle en p\u00e9riode de perturbations potentielles leur permet d\u2019\u00e9viter l\u2019effondrement et d\u2019accro\u00eetre la production \u00e0 long terme. En toile de fond de sa th\u00e9orisation des profits capitalistes, Schumpeter a propos\u00e9 un \u00ab mod\u00e8le de flux circulaire \u00bb dans lequel l\u2019\u00e9conomie se trouve dans un \u00e9tat d\u2019\u00e9quilibre g\u00e9n\u00e9ral. Dans ces conditions stationnaires, le profit capitaliste tendrait vers z\u00e9ro et il n\u2019y aurait pas de d\u00e9veloppement \u00e9conomique. Un tel mod\u00e8le n\u2019avait aucune valeur descriptive ou prescriptive pour Schumpeter, mais il lui fournissait un contrepoint utile pour son analyse du fonctionnement r\u00e9el du capitalisme en tant que syst\u00e8me \u00e9volutif. Pour Schumpeter, le d\u00e9veloppement capitaliste se produit lorsque des innovateurs r\u00e9alisent des perc\u00e9es technologiques qui g\u00e9n\u00e8rent des \u00ab profits entrepreneuriaux \u00bb; \u00e0 mesure que les imitateurs rattrapent leur retard, la nouvelle technologie se diffuse, ce qui m\u00e8ne \u00e0 une p\u00e9riode de \u00ab calme relatif \u00bb durant laquelle les profits reviennent \u00e0 la normale, avant que le cycle ne recommence (Schumpeter, 2003\/1943, p. 83). Ces profits entrepreneuriaux, pour Schumpeter (1983\/1934, p. 184), n\u2019ont rien \u00e0 voir avec la productivit\u00e9 marginale :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">le probl\u00e8me du profit r\u00e9side pr\u00e9cis\u00e9ment dans le fait que les lois du co\u00fbt et de la productivit\u00e9 marginale semblent l\u2019exclure. Et ce que re\u00e7oit l\u2019\u00ab entrepreneur marginal \u00bb est tout \u00e0 fait indiff\u00e9rent au succ\u00e8s des autres.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M\u00eame si, \u00e0 notre avis, Schumpeter a exag\u00e9r\u00e9 les retomb\u00e9es positives des grandes entreprises, son approche \u00e9volutive a le m\u00e9rite d\u2019avoir d\u00e9finitivement dissoci\u00e9 la question du profit du concept de productivit\u00e9 marginale. Il est important de noter que Schumpeter n\u2019a pas assimil\u00e9 la rente au profit entrepreneurial. En effet, \u00e0 l\u2019instar de Veblen, il se montrait r\u00e9ticent \u00e0 utiliser ce terme au-del\u00e0 de son application \u00e0 la terre \u2014 ou \u00e0 ce qu\u2019il appelait les \u00ab agents naturels \u00bb (Schumpeter, 1939, p. 575) . Dans les rares occasions o\u00f9 il applique le concept de rente \u00e0 l\u2019entreprise, celui-ci d\u00e9crit la \u00ab plus-value non m\u00e9rit\u00e9e \u00bb qui d\u00e9coule de la perc\u00e9e entrepreneuriale initiale. Schumpeter (2002\/1911, p. 111) pr\u00e9cise clairement que ce \u00ab revenu marginal non m\u00e9rit\u00e9 n\u2019est pas une r\u00e9compense pour la performance \u00bb. Cependant, dans la mesure o\u00f9 les strat\u00e9gies restrictives agissent comme des freins dans une auto \u2014 facilitant ce que Schumpeter (2003\/1943, p. 87) appelle une \u00ab avanc\u00e9e \u00e9quilibr\u00e9e \u00bb dans la promotion du progr\u00e8s \u00e9conomique \u2014, dans quelle mesure le revenu tir\u00e9 de telles strat\u00e9gies peut-il v\u00e9ritablement \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab non m\u00e9rit\u00e9 \u00bb ? Schumpeter minimise \u00e0 juste titre l\u2019importance de la productivit\u00e9 marginale dans son analyse, mais il ne fournit aucun moyen de distinguer concr\u00e8tement la \u00ab plus-value non m\u00e9rit\u00e9e \u00bb du \u00ab profit entrepreneurial \u00bb, pas plus qu\u2019il ne nous indique en quoi consisterait une \u00ab r\u00e9compense pour la performance \u00bb appropri\u00e9e. Dans les annales de la th\u00e9orie de la rente, Schumpeter nous laisse donc des id\u00e9es fructueuses, mais aucun moyen d\u2019appr\u00e9hender et d\u2019\u00e9valuer la rente en tant que fait \u00e9conomique d\u00e9termin\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au sein de la litt\u00e9rature h\u00e9t\u00e9rodoxe contemporaine sur la rente, les contributions les plus importantes proviennent de chercheurs largement influenc\u00e9s, \u00e0 des degr\u00e9s divers, par Marx, Veblen et Schumpeter. L\u2019un des principaux th\u00e9oriciens contemporains de la rente est Brett Christophers (2019), qui conteste les chercheurs qui conceptualisent la rente en termes de \u00ab revenu non m\u00e9rit\u00e9 \u00bb (voir p. ex. Sayer, 2015; Mazzucato, 2019). Nous avons d\u00e9j\u00e0 exprim\u00e9 nos propres doutes quant \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 analytique de la distinction entre revenu gagn\u00e9 et revenu non gagn\u00e9. Christophers (2019) le fait dans une perspective r\u00e9solument marxiste, en soutenant que tout profit est non gagn\u00e9 dans la mesure o\u00f9 le travail est la seule source de valeur, et que c\u2019est le surplus extrait du travail, plut\u00f4t que quoi que ce soit de \u00ab gagn\u00e9 \u00bb par les capitalistes, qui constitue la base du profit. Il reconna\u00eet que, dans le cas d\u2019Andrew Sayer, il y a une tentative de s\u2019attaquer \u00e0 ce probl\u00e8me par le biais de la notion de \u00ab capitalistes actifs \u00bb dont le profit est <em>en partie<\/em> m\u00e9rit\u00e9 dans la mesure o\u00f9 ils contribuent \u00e0 organiser le travail, ou du moins dans la mesure o\u00f9 ce profit \u00ab d\u00e9pend du soutien \u00e0 l\u2019activit\u00e9 productive \u00bb (Sayer 2015, p. 87). Mais comme le demande avec pertinence Christophers (2019, p. 315) : \u00ab o\u00f9 [\u2026] la \u201csoutien\u201d \u00e0 l\u2019activit\u00e9 productive prend-elle fin et o\u00f9 commence le fait de l\u2019\u201cexercer\u201d r\u00e9ellement? \u00bb Dans le prolongement de la question de Christophers, nous pourrions nous demander : comment d\u00e9terminer quelle part du profit provient du <em>soutien<\/em> \u00e0 l\u2019activit\u00e9 productive et quelle part d\u00e9coule de sa <em>restriction<\/em>, au sens o\u00f9 l\u2019entend l\u2019analyse de Veblen? Tout comme nous l\u2019avons fait valoir \u00e0 propos des contributions historiques \u00e0 l\u2019analyse de la rente, les th\u00e9oriciens contemporains sont confront\u00e9s \u00e0 un d\u00e9fi de taille lorsqu\u2019il s\u2019agit de tracer des lignes claires sur lesquelles toute d\u00e9finition viable de la rente devrait reposer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La tentative de Christophers pour relever le d\u00e9fi de la d\u00e9limitation de la rente consiste \u00e0 soutenir que celle-ci r\u00e9sulte de la conjonction de deux conditions. Premi\u00e8rement, qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un \u00ab revenu tir\u00e9 de la propri\u00e9t\u00e9, de la possession ou du contr\u00f4le d\u2019actifs rares \u00bb; et deuxi\u00e8mement, que ce revenu est g\u00e9n\u00e9r\u00e9 \u00ab dans des conditions de concurrence limit\u00e9e ou inexistante \u00bb (Christophers, 2019, p. 308\u2013309) . Cette d\u00e9finition est utile en ce qu\u2019elle \u00e9vite la question apparemment insoluble de la quantification des parts du revenu capitaliste qui sont \u00ab gagn\u00e9es \u00bb et \u00ab non gagn\u00e9es \u00bb. Cependant, en r\u00e9solvant un probl\u00e8me de d\u00e9limitation, elle en cr\u00e9e deux nouveaux. Le premier consiste \u00e0 distinguer les actifs rares des actifs non rares. Comme Marx l\u2019avait lui-m\u00eame anticip\u00e9 dans son concept de rentes absolues, tous les actifs sont rares dans la mesure o\u00f9 ils sont ancr\u00e9s dans le droit l\u00e9gal d\u2019exclusion (voir aussi Nitzan et Bichler 2009, p. 228). Au-del\u00e0 de ce fait fondamental concernant les conditions de base de l\u2019exclusion telles qu\u2019elles sont codifi\u00e9es par la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, on pourrait \u00e9galement consid\u00e9rer la raret\u00e9 en termes relatifs. Cependant, m\u00eame si l\u2019on trouvait un moyen d\u2019\u00e9valuer la raret\u00e9 relative d\u2019un bien, il n\u2019existe aucun moyen objectif de d\u00e9terminer, sur ce continuum entre les deux p\u00f4les que sont la raret\u00e9 totale et l\u2019abondance totale, le point \u00e0 partir duquel les biens peuvent \u00eatre qualifi\u00e9s de \u00ab rares \u00bb. De m\u00eame, se pose la question de d\u00e9finir ce qui constitue une \u00ab concurrence limit\u00e9e ou inexistante \u00bb. Lorsque l\u2019on reconna\u00eet que, dans le capitalisme tel qu\u2019il existe r\u00e9ellement, la concurrence parfaite est rare, voire inexistante, il devient \u00e9vident que, dans presque toutes les situations, la concurrence est, \u00e0 des degr\u00e9s divers, \u00ab limit\u00e9e \u00bb. Plut\u00f4t que d\u2019observer une ligne de d\u00e9marcation nette entre les march\u00e9s parfaitement concurrentiels et ceux o\u00f9 la concurrence est totalement absente, ces deux formes de march\u00e9 se fondent l\u2019une dans l\u2019autre. Par cons\u00e9quent, bien que Christophers (2019, p. 315) ait certainement raison de demander \u00e0 Sayer o\u00f9 s\u2019arr\u00eate le fait de \u00ab soutenir \u00bb l\u2019activit\u00e9 productive et o\u00f9 commence le fait de \u00ab l\u2019exercer \u00bb celle-ci commence, pour que sa d\u00e9finition alternative de la rente soit analysable, nous devrions nous demander o\u00f9 la concurrence est suffisamment \u00ab limit\u00e9e \u00bb pour \u00eatre d\u00e9finie comme telle? Et d\u2019ailleurs, o\u00f9 la \u00ab raret\u00e9 \u00bb prend-elle fin et o\u00f9 commence la \u00ab non-raret\u00e9 \u00bb?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est int\u00e9ressant de noter que les th\u00e9oriciens contemporains de la rente, dont Christophers (2019, p. 321\u2013322), invoquent le concept de Micha\u0142 Kalecki (1971) comme moyen de mettre en \u00e9vidence une mont\u00e9e du pouvoir monopolistique inh\u00e9rente au renti\u00e9risme. Faisant \u00e9cho \u00e0 nos pr\u00e9occupations concernant la d\u00e9limitation, Sayer (2023, p. 1473) fait \u00e9galement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Kalecki en termes \u00e9logieux lorsqu\u2019il affirme que \u00ab [l]e monopole ne doit pas n\u00e9cessairement \u00eatre une question de tout ou rien : il peut y avoir des degr\u00e9s de monopole\u00bb. Cependant, le recours aux travaux de Kalecki soul\u00e8ve des questions d\u00e9licates quant \u00e0 l\u2019approche de ces chercheurs en mati\u00e8re de renti\u00e9risme. S\u2019il existe des degr\u00e9s de monopole, cela signifie-t-il qu\u2019il existe \u00e9galement des \u00ab degr\u00e9s de rentes \u00bb? Et si la rente elle-m\u00eame peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une question de degr\u00e9, cela ne rend-il pas le concept intenable en raison de son caract\u00e8re amorphe? Sayer (2023, p. 1473) \u00e9voque cette possibilit\u00e9, mais s\u2019empresse ensuite de la rejeter :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il existe in\u00e9vitablement souvent une certaine incertitude ou un flou quant \u00e0 \u00ab o\u00f9 tracer la ligne \u00bb, car il peut \u00eatre difficile d\u2019estimer quels seraient les prix en l\u2019absence de monopole. Ici, nous devons \u00e9viter le sophisme du continuum, selon lequel l\u2019absence d\u2019une ligne de d\u00e9marcation claire signifierait l\u2019absence de toute diff\u00e9rence, comme si l\u2019existence de certains cas peu clairs impliquait l\u2019absence de tout cas clair. Ce sont les formes les plus flagrantes qui devraient nous pr\u00e9occuper le plus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce passage va au c\u0153ur de ce qui est en jeu dans la conceptualisation de la rente. Tracons-nous des lignes nettes ou pensons-nous en termes de continuum? \u00c0 notre avis, les arguments de Sayer en faveur de lignes nettes ne sont pas convaincants. La ligne entre la rente et le profit n\u2019est ni \u00ab incertaine \u00bb ni \u00ab floue \u00bb; elle est ind\u00e9finissable parce que les dualismes qui sous-tendent la th\u00e9orie de la rente sont impossibles \u00e0 op\u00e9rationnaliser au niveau des donn\u00e9es des entreprises. Comme nous l\u2019avons vu dans cette analyse, ces dualismes comprennent les revenus gagn\u00e9s et non gagn\u00e9s, les actifs rares par opposition aux actifs non rares, la concurrence par opposition au monopole, et bien d\u2019autres encore.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En tentant de concilier le dualisme rente\/profit avec le degr\u00e9 de monopole, Sayer est contraint de faire une concession majeure. Comme les fronti\u00e8res entre la rente et le profit sont floues, il soutient que nous devrions nous concentrer sur les \u00ab cas les plus flagrants \u00bb de renti\u00e9risme. Mais si nous devons limiter notre analyse aux seuls cas les plus extr\u00eames de renti\u00e9risme, quel est alors l\u2019int\u00e9r\u00eat de recourir \u00e0 ce concept? L\u2019une des raisons essentielles pour lesquelles le concept de renti\u00e9risme a pris tant d\u2019importance est qu\u2019il vise \u00e0 saisir un aspect g\u00e9n\u00e9ral de la nature du capitalisme contemporain (Christophers, 2020; Baglioni <em>et al.<\/em>, 2023). Limiter l\u2019\u00e9tude de la rente \u00e0 ses formes les plus flagrantes nous semble inutilement restrictif, surtout pour ceux qui souhaitent utiliser le concept de rente afin d\u2019analyser les transformations structurelles plus larges de l\u2019\u00e9conomie capitaliste. Cela ne signifie pas pour autant que les apports de la recherche historique et contemporaine sur la rente doivent \u00eatre totalement ignor\u00e9s. Comme le montre la section suivante, nous pouvons et devons tirer de nombreux enseignements de ces travaux. Mais pour rendre le concept de rente manipulable tant sur le plan analytique qu\u2019empirique, nous devons adopter une nouvelle approche.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">3. Vers un nouveau cadre : financiarisation, renti\u00e9risation et monopolisation intellectuelle<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme nous l\u2019avons fait valoir jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, la litt\u00e9rature sur la rente a rencontr\u00e9 des d\u00e9fis importants pour d\u00e9finir ce concept par opposition \u00e0 d\u2019autres formes de revenu, et c\u2019est en grande partie pour cette raison les \u00e9tudes visant \u00e0 quantifier la rente au niveau de l\u2019entreprise se sont faites rares. Selon nous, la voie pour sortir de cette impasse consiste \u00e0 r\u00e9orienter fondamentalement notre approche. Plut\u00f4t que de chercher \u00e0 appr\u00e9hender la rente en termes statiques \u2014 comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un type de revenu pouvant \u00eatre d\u00e9limit\u00e9 \u00e0 un moment donn\u00e9 \u2014, nous devrions plut\u00f4t nous concentrer sur la <em>renti\u00e9risation<\/em> en tant que processus dynamique, ouvert et vari\u00e9. Pour des raisons qui deviendront claires dans cette section, nous d\u00e9finissons la renti\u00e9risation comme l\u2019<em>augmentation des marges b\u00e9n\u00e9ficiaires au profit des rendements financiers plut\u00f4t que de l\u2019 <\/em>. Pour d\u00e9velopper cette conception de la renti\u00e9risation, nous nous appuyons sur des courants de pens\u00e9e h\u00e9t\u00e9rodoxes issus tant des \u00e9tudes sur la rente que d\u2019autres domaines : le premier est la litt\u00e9rature post-keyn\u00e9sienne sur le pouvoir de march\u00e9; le deuxi\u00e8me est la recherche critique sur la financiarisation des entreprises; et le troisi\u00e8me est l\u2019analyse de la pr\u00e9dation et du monopole intellectuel inspir\u00e9e \u00e0 la fois par Marx et Veblen. En \u00e9laborant notre cadre alternatif, nous passons en revue tour \u00e0 tour chacun de ces \u00e9l\u00e9ments constitutifs de notre approche, d\u2019abord en pr\u00e9cisant la relation entre la renti\u00e9risation et la financiarisation, puis en pr\u00e9cisant la relation entre la renti\u00e9risation et la mont\u00e9e des monopoles intellectuels.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">3.1 La relation entre la renti\u00e9risation et la financiarisation<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le point de d\u00e9part de la litt\u00e9rature post-keyn\u00e9sienne sur le pouvoir de march\u00e9 est le concept susmentionn\u00e9 de Kalecki relatif au \u00ab degr\u00e9 de monopole \u00bb, qui mod\u00e9lisait le niveau de concurrence au sein du capitalisme en termes de majoration de prix (Melmi\u00e8s, 2023). Sur la base de cet indicateur, Kalecki a postul\u00e9 que plus le degr\u00e9 de monopole est \u00e9lev\u00e9, plus la part globale du revenu revenant au capital est importante. Une branche ult\u00e9rieure du post- keyn\u00e9sianisme, connue sous le nom de th\u00e9orie du financement de l\u2019investissement, a d\u00e9velopp\u00e9 une vision plus nuanc\u00e9e des marges b\u00e9n\u00e9ficiaires et de leur relation avec la concurrence (Wood, 1975; Eichner, 1976). Selon cette approche, des marges \u00e9lev\u00e9es ne refl\u00e8tent pas n\u00e9cessairement un pouvoir de monopole, mais plut\u00f4t le besoin de l\u2019entreprise de financer sa croissance de fa\u00e7on interne, ce qui pourrait s\u2019expliquer par des pressions concurrentielles accrues. Cela peut \u00eatre particuli\u00e8rement le cas pour les entreprises \u00e0 forte intensit\u00e9 de capital, \u00e9tant donn\u00e9 que les d\u00e9penses en immobilisations sont, par d\u00e9finition, capitalis\u00e9es plut\u00f4t que d\u00e9duites \u00e0 titre de charges d\u2019exploitation, et qu\u2019elles ne font donc pas baisser les marges de profit nettes. Une marge \u00e9lev\u00e9e peut donc aller dans deux sens diff\u00e9rents. D\u2019une part, elle peut indiquer un pouvoir de march\u00e9 croissant. D\u2019autre part, elle peut \u00eatre le signe de besoins de financement interne induits par la concurrence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour saisir ad\u00e9quatement le pouvoir de monopole au c\u0153ur de la \u00ab renti\u00e9risation \u00bb, la th\u00e9orie du financement des investissements nous oblige non seulement \u00e0 consid\u00e9rer la marge, mais aussi l\u2019orientation strat\u00e9gique de l\u2019entreprise. \u00c0 cet \u00e9gard, les travaux critiques sur la financiarisation des entreprises sont indispensables, car ils retracent une \u00e9volution de la gouvernance d\u2019entreprise, en particulier dans le contexte am\u00e9ricain, qui s\u2019\u00e9loigne d\u2019un mod\u00e8le de r\u00e9tention et de r\u00e9investissement des b\u00e9n\u00e9fices pour s\u2019orienter vers un mod\u00e8le de r\u00e9duction des activit\u00e9s et de distribution des gains aux actionnaires (Lazonick et O\u2019Sullivan, 2000) . De plus, contrairement \u00e0 la litt\u00e9rature sur le renti\u00e9risme, qui propose peu d\u2019indicateurs permettant d\u2019\u00e9valuer les rentes au niveau des entreprises, la litt\u00e9rature sur la financiarisation offre un large \u00e9ventail de mesures utiles pour analyser le glissement de l\u2019orientation des entreprises, qui s\u2019\u00e9loignent de l\u2019investissement \u00e0 long terme au profit des rendements \u00e0 court terme pour les actionnaires (Rabinovich, 2019). Dans la pr\u00e9sente \u00e9tude, nous nous concentrons sur un indicateur mis au point dans nos travaux ant\u00e9rieurs : le rapport entre les rachats d\u2019actions et les dividendes, d\u2019une part, et les d\u00e9penses en immobilisations, d\u2019autre part (ci-apr\u00e8s le \u00ab ratio de distribution par rapport \u00e0 l\u2019investissement \u00bb) (Hager et Baines, 2020; Baines et Hager, 2021). Nous estimons que cet indicateur est particuli\u00e8rement instructif, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il mesure l\u2019\u00e9quilibre entre les priorit\u00e9s d\u2019une entreprise en mati\u00e8re d\u2019augmentation des distributions aux actionnaires et d\u2019investissement dans la croissance future. L\u2019augmentation des versements de dividendes et des rachats d\u2019actions, ainsi que la baisse des d\u00e9penses en immobilisations, ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9es comme des aspects cl\u00e9s de la financiarisation (Lazonick, 2010; Palladino, 2021). Or, il refl\u00e8te \u00e9galement le processus de renti\u00e9risation \u00e0 deux \u00e9gards importants. Premi\u00e8rement, une baisse des d\u00e9penses en immobilisations (le d\u00e9nominateur) peut servir d\u2019indicateur du ralentissement de l\u2019investissement et de la surcapacit\u00e9 qui caract\u00e9risent le renforcement du pouvoir monopolistique (Guti\u00e9rrez et Philippon, 2016; Durand et Gueuder, 2018). Deuxi\u00e8mement, une augmentation des versements financiers aux actionnaires (le num\u00e9rateur) est g\u00e9n\u00e9ralement associ\u00e9e \u00e0 la puissance d\u2019une classe renti\u00e8re en plein essor (Mazzucato, <em>et al.<\/em>, 2023). En d\u2019autres termes, le ratio versements aux actionnaires\/investissements nous permet de d\u00e9terminer dans quelle mesure une entreprise se concentre sur ce que Sayer (2015, p. 87) appelle \u00ab le soutien \u00e0 l\u2019activit\u00e9 productive \u00bb plut\u00f4t que sur la simple extraction de valeur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est essentiel de noter qu\u2019un ratio de distribution par rapport \u00e0 l\u2019investissement en hausse n\u2019indique pas en soi une renti\u00e9risation. Si tel \u00e9tait le cas, la renti\u00e9risation serait pratiquement synonyme de la financiarisation elle-m\u00eame, et n\u2019aurait donc que peu de valeur analytique. Pour revenir au concept de Kalecki du \u00ab degr\u00e9 de monopole \u00bb, nous pr\u00e9cisons que la renti\u00e9risation n\u2019est observable que lorsque ce processus d\u2019augmentation des rendements vers\u00e9s aux actionnaires par rapport \u00e0 l\u2019investissement en capital s\u2019accompagne d\u2019une majoration croissante. Si une entreprise augmente son ratio de distribution par rapport \u00e0 l\u2019investissement sans augmenter sa marge b\u00e9n\u00e9ficiaire, elle ne fait pas preuve de ce pouvoir de march\u00e9 croissant que nous consid\u00e9rons comme indissociable du processus de renti\u00e9risation. Si, au contraire, une entreprise augmente sa marge b\u00e9n\u00e9ficiaire sans pour autant augmenter son ratio de distribution par rapport \u00e0 l\u2019investissement, elle s\u2019apparente alors davantage aux entreprises identifi\u00e9es dans la th\u00e9orie de la finance d\u2019investissement qui augmentent leur marge b\u00e9n\u00e9ficiaire pour financer de mani\u00e8re interne leur croissance future dans un contexte de forte concurrence (Wood, 1975; Eichner, 1976).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 notre connaissance, aucune \u00e9tude n\u2019a cherch\u00e9 \u00e0 \u00e9tablir un lien empirique entre la rente et le degr\u00e9 de monopole. Comment alors s\u2019y prendre pour d\u00e9terminer le degr\u00e9 de monopole \u00e0 partir des \u00e9tats financiers des entreprises? Kalecki concevait le degr\u00e9 de monopole en termes de pouvoir de fixation des prix au niveau des unit\u00e9s de production, tel qu\u2019il s\u2019exprime dans la marge b\u00e9n\u00e9ficiaire (prix de vente unitaire moins co\u00fbt unitaire de vente). Or, cette d\u00e9finition de la marge de prix ne se pr\u00eate pas facilement \u00e0 une cartographie empirique, car les \u00e9tats financiers des entreprises ne font pas \u00e9tat des prix et des co\u00fbts au niveau unitaire. Compte tenu de ces limites empiriques li\u00e9es \u00e0 la marge de prix au niveau unitaire, nous nous appuyons sur les travaux existants pour cartographier le degr\u00e9 de monopole au niveau de l\u2019entreprise au niveau de l\u2019entreprise en nous r\u00e9f\u00e9rant aux marges b\u00e9n\u00e9ficiaires (Nitzan et Bichler, 2009; Baines et Hager, 2021; Melmi\u00e8s, 2023). Une strat\u00e9gie empirique courante dans la litt\u00e9rature consiste \u00e0 estimer le degr\u00e9 de monopole comme le rapport entre les ventes et le co\u00fbt des marchandises vendues (CMV). Ce rapport se calcule simplement comme suit : (Ventes \u2013 CMV)\/CMV, et il refl\u00e8te globalement les marges b\u00e9n\u00e9ficiaires brutes d\u2019une entreprise (Davis et Orhangazi, 2021, p. 27). Notre approche se concentre sur les marges b\u00e9n\u00e9ficiaires nettes (b\u00e9n\u00e9fices nets exprim\u00e9s en pourcentage des ventes) comme indicateur du degr\u00e9 de monopole (Nitzan et Bichler, 2009). En d\u00e9pla\u00e7ant notre attention des unit\u00e9s de production vers l\u2019entreprise elle-m\u00eame, nous obtenons une meilleure perception de la soci\u00e9t\u00e9 en tant qu\u2019ensemble global de pouvoir. Et en d\u00e9pla\u00e7ant notre attention de la marge brute vers la marge b\u00e9n\u00e9ficiaire nette, nous pouvons mieux cerner la capacit\u00e9 d\u2019une entreprise non seulement \u00e0 r\u00e9duire ses co\u00fbts de production directs (repr\u00e9sent\u00e9s par le COGS) et \u00e0 augmenter son volume de ventes (mesur\u00e9 par les revenus), mais aussi \u00e0 contr\u00f4ler d\u2019autres flux financiers, notamment les frais d\u2019int\u00e9r\u00eats, les frais de vente, les frais g\u00e9n\u00e9raux et administratifs, ainsi que les paiements d\u2019imp\u00f4ts. En d\u2019autres termes, en \u00e9largissant notre champ de vision (de l\u2019unit\u00e9 \u00e0 l\u2019entreprise et des co\u00fbts de production \u00e0 l\u2019ensemble des co\u00fbts), nous acqu\u00e9rons une meilleure compr\u00e9hension du pouvoir de l\u2019entreprise non seulement par rapport aux fournisseurs et \u00e0 la main-d\u2019\u0153uvre, d\u2019une part, et aux clients, d\u2019autre part, mais aussi sur la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble, par le biais de ses relations avec les autorit\u00e9s fiscales, les cr\u00e9anciers et bien d\u2019autres acteurs encore.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En examinant ces deux param\u00e8tres que sont les marges b\u00e9n\u00e9ficiaires nettes et le ratio de redistribution par rapport \u00e0 l\u2019investissement, nous pouvons formuler un sch\u00e9ma dynamique de l\u2019\u00e9volution au niveau de l\u2019entreprise, pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la figure 1. Ce sch\u00e9ma fait ressortir quatre trajectoires id\u00e9ales-typiques (voir \u00e9galement Durand et Baud, 2024, p. 323). Les entreprises engag\u00e9es dans ce que nous appelons l\u2019expansion du capital sont celles mises en avant dans la th\u00e9orie du financement des investissements : elles affichent des marges b\u00e9n\u00e9ficiaires \u00e9lev\u00e9es, mais r\u00e9investissent leurs b\u00e9n\u00e9fices non r\u00e9partis pour financer en interne l\u2019expansion de leur stock physique, afin de maintenir des \u00e9conomies d\u2019\u00e9chelle et un avantage concurrentiel sur leurs rivales. Elles sont, en d\u2019autres termes, les protagonistes de l\u2019\u00ab avanc\u00e9e \u00e9quilibr\u00e9e \u00bb que Schumpeter (2003\/1943, p. 87) observait avec approbation dans les grandes soci\u00e9t\u00e9s au milieu du XXe si\u00e8cle. \u00c0 l\u2019inverse, les entreprises engag\u00e9es dans une trajectoire de r\u00e9investissement contractif connaissent soit un d\u00e9clin \u00e0 long terme, bien qu\u2019\u00e0 partir d\u2019un niveau \u00e9lev\u00e9 de rentabilit\u00e9, et deviennent de plus en plus p\u00e9riph\u00e9riques dans l\u2019\u00e9conomie capitaliste, soit elles rel\u00e8vent de la cat\u00e9gorie des \u00ab actions de croissance \u00bb qui sacrifient les marges \u00e0 court terme et les distributions aux actionnaires au profit d\u2019une expansion du march\u00e9 \u00e0 long terme. Les entreprises engag\u00e9es dans ce que nous appelons l\u2019extraction financi\u00e8re sont g\u00e9n\u00e9ralement celles qui succombent aux pressions financi\u00e8res alors m\u00eame que les fondements de leur rentabilit\u00e9 \u00e0 long terme s\u2019\u00e9rodent. Au mieux, elles peuvent \u00eatre qualifi\u00e9es de soci\u00e9t\u00e9s dites \u00ab \u00e0 rendement \u00bb matures. Au pire, elles risquent de se d\u00e9truire par l\u2019int\u00e9rieur dans des conditions de subordination. La trajectoire la plus importante pour notre \u00e9tude est la renti\u00e9risation, que nous avons d\u00e9finie pr\u00e9c\u00e9demment comme l\u2019augmentation des marges b\u00e9n\u00e9ficiaires au service des rendements financiers. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne correspond \u00e9troitement \u00e0 ce que Durand et Baud (2024, p. 324), en s\u2019inspirant de Veblen, de \u00ab pr\u00e9dation \u00bb, dont l\u2019effet n\u2019est pas de g\u00e9n\u00e9rer de la nouvelle richesse, mais plut\u00f4t de redistribuer la richesse existante. Cela signifie d\u2019abord que les niveaux \u00e9lev\u00e9s de rentabilit\u00e9 dont b\u00e9n\u00e9ficie l\u2019entreprise en question vont de pair avec une compression des revenus d\u2019autres entreprises, ainsi que des travailleurs. Deuxi\u00e8mement, cela signifie que les niveaux relativement faibles d\u2019investissement en capital de l\u2019entreprise sont partiellement compens\u00e9s par d\u2019autres entreprises \u00e0 plus forte intensit\u00e9 capitalistique qui n\u2019offrent peut-\u00eatre pas des rendements aussi \u00e9lev\u00e9s aux actionnaires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Figure 1.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"520\" height=\"292\" src=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig1.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11251\" srcset=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig1.jpeg 520w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig1-420x236.jpeg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 520px) 100vw, 520px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Figure 1. <\/strong>Un mod\u00e8le dynamique de l\u2019\u00e9volution au niveau de l\u2019entreprise : degr\u00e9s de monopole et de financiarisation. <em>Source<\/em> : \u00c9laboration des auteurs.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">3.2 La relation entre la renti\u00e9risation et la monopolisation intellectuelle<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Concevoir la renti\u00e9risation comme un processus attire notre attention sur ses fluctuations potentielles dans le temps et l\u2019espace. Comment rendre compte de ces dynamiques vari\u00e9es et comment les relier \u00e0 la mont\u00e9e du capitalisme de monopole intellectuel, qui fait l\u2019objet d\u2019analyses de plus en plus nombreuses ces derni\u00e8res ann\u00e9es (Pagano, 2014; Rikap, 2021)? Dans cette litt\u00e9rature, certains chercheurs soulignent l\u2019importance des effets de r\u00e9seau au sein des plateformes num\u00e9riques, qui stimulent les dynamiques de monopolisation (Durand et Milberg, 2020). D\u2019autres s\u2019int\u00e9ressent de pr\u00e8s \u00e0 la mani\u00e8re dont la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle permet aux entreprises de centraliser le contr\u00f4le des actifs incorporels, tout en externalisant les activit\u00e9s corporelles moins rentables \u00e0 des fournisseurs qui, ce faisant, se retrouvent soumis \u00e0 une concurrence accrue. Ces travaux mettent l\u2019accent sur l\u2019interaction dialectique entre les actifs incorporels et la normalisation pour expliquer les strat\u00e9gies des entreprises chefs de file au sein des cha\u00eenes de valeur mondiales. Les entreprises chefs de file utilisent les normes pour contr\u00f4ler comment et ce que leurs fournisseurs produisent et \u00e9changent, assurant ainsi l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des produits qu\u2019elles ach\u00e8tent, et elles utilisent les actifs incorporels pour diff\u00e9rencier les produits qu\u2019elles vendent, afin de renforcer leur position dominante au sein de la cha\u00eene de valeur (Baglioni et al., 2023). Cette position dominante se traduit par une \u00ab courbe en sourire \u00bb exag\u00e9r\u00e9e (Durand et Milberg, 2020, p. 409). Aux deux extr\u00e9mit\u00e9s de la cha\u00eene de valeur se trouvent les activit\u00e9s \u00e0 forte intensit\u00e9 d\u2019actifs incorporels des entreprises chefs de file, qui captent d\u2019importantes quantit\u00e9s de valeur (p. ex., la R-D \u00e0 une extr\u00e9mit\u00e9, le marketing et l\u2019image de marque \u00e0 l\u2019autre), tandis qu\u2019au milieu de la cha\u00eene se situent les activit\u00e9s \u00e0 forte intensit\u00e9 de capital des entreprises subordonn\u00e9es, soumises \u00e0 des pressions concurrentielles qui r\u00e9duisent leur part de valeur. Bien que ces dynamiques aient \u00e9t\u00e9 principalement identifi\u00e9es dans le cadre de l\u2019externalisation et de la d\u00e9localisation de la fabrication au sein de cha\u00eenes de valeur mondiales ax\u00e9es sur les acheteurs, des processus similaires sont \u00e0 l\u2019\u0153uvre chez les entreprises chefs de file du secteur de l\u2019h\u00f4tellerie, qui externalisent les processus \u00e0 forte intensit\u00e9 de main-d\u2019\u0153uvre et \u00e0 faible valeur ajout\u00e9e par le biais du syst\u00e8me de franchise (Schwartz, 2022).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cependant, une observation importante soulign\u00e9e par Cecilia Rikap (2021) est que les entreprises qui consacrent des sommes importantes \u00e0 la R-D ne seront pas n\u00e9cessairement plus rentables que celles qui se consacrent \u00e0 des activit\u00e9s mat\u00e9rielles. En effet, elles peuvent m\u00eame s\u2019av\u00e9rer moins rentables compte tenu des risques consid\u00e9rables inh\u00e9rents aux activit\u00e9s \u00e0 forte intensit\u00e9 de R-D en phase de d\u00e9marrage. Dans ce contexte, les monopoles intellectuels peuvent sous-traiter certaines des activit\u00e9s \u00e0 forte intensit\u00e9 de R-D les plus risqu\u00e9es \u00e0 des entreprises plus petites et plus innovantes, tout en int\u00e9grant les innovations qui en d\u00e9coulent dans leur propre portefeuille d\u2019actifs incorporels par le biais d\u2019acquisitions et d\u2019autres m\u00e9thodes (Rikap, 2021).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Compte tenu de ces consid\u00e9rations, il est n\u00e9cessaire non seulement d\u2019examiner le poids relatif des actifs incorporels par rapport aux actifs corporels dans la structure de l\u2019actif d\u2019une entreprise, mais aussi de d\u00e9terminer dans quelle mesure celle-ci parvient \u00e0 <em>mon\u00e9tiser<\/em> ces actifs sous la forme d\u2019une valeur marchande accrue (c\u2019est-\u00e0-dire par des b\u00e9n\u00e9fices attendus plus \u00e9lev\u00e9s et un risque associ\u00e9 plus faible) (Nitzan et Bichler, 2009) .<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aux fins de notre analyse, nous consid\u00e9rons qu\u2019il y a accumulation d\u2019actifs incorporels lorsque la valeur des actifs incorporels d\u2019une entreprise augmente par rapport \u00e0 celle de ses actifs corporels et lorsque la capitalisation boursi\u00e8re de l\u2019entreprise augmente par rapport au PIB. Nous mesurons la capitalisation boursi\u00e8re par rapport au PIB, car nous souhaitons \u00e9valuer la capacit\u00e9 d\u2019une entreprise \u00e0 convaincre les investisseurs que ses b\u00e9n\u00e9fices futurs pr\u00e9vus (actualis\u00e9s \u00e0 leur valeur actuelle et ajust\u00e9s en fonction du risque) cro\u00eetront \u00e0 un rythme plus rapide que l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique actuelle du pays o\u00f9 se trouve son si\u00e8ge social. Notre cadre d\u2019analyse de l\u2019accumulation d\u2019actifs incorporels donne lieu \u00e0 un autre mod\u00e8le dynamique et stylis\u00e9 de l\u2019\u00e9volution au niveau de l\u2019entreprise, pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la figure 2. Tout comme les soci\u00e9t\u00e9s engag\u00e9es dans une trajectoire d\u2019expansion du capital d\u00e9crites ci-dessus, les entreprises suivant une trajectoire \u00e0 long terme d\u2019accumulation d\u2019actifs corporels sont susceptibles de pr\u00e9sider \u00e0 des cha\u00eenes de valeur int\u00e9gr\u00e9es verticalement et ax\u00e9es sur les producteurs, et de g\u00e9n\u00e9rer des b\u00e9n\u00e9fices gr\u00e2ce au contr\u00f4le du capital physique propre \u00e0 leurs actifs (Schwartz, 2021). Les entreprises qui suivent une trajectoire de d\u00e9saccumulation des actifs corporels risquent fort de subir le sort des entreprises \u00ab \u00e0 la tra\u00eene \u00bb ou \u00ab conformistes \u00bb (Rikap, 2021, p. 34-37). \u00c0 mesure qu\u2019elles se concentrent davantage sur le d\u00e9veloppement de leurs immobilisations corporelles, elles deviennent plus subordonn\u00e9es aux exigences des entreprises chefs de file et, dans le pire des cas, se transforment en fournisseurs de produits g\u00e9n\u00e9riques et facilement substituables. De m\u00eame, les entreprises engag\u00e9es dans une trajectoire de d\u00e9saccumulation des actifs incorporels pr\u00e9sentent les caract\u00e9ristiques de subordination propres aux entreprises \u00ab \u00e0 la tra\u00eene \u00bb ou \u00ab conformistes \u00bb, mais contrairement \u00e0 ces derni\u00e8res, elles s\u2019engagent dans des projets de R-D risqu\u00e9s que les entreprises de pointe \u00e9vitent. Enfin, les entreprises engag\u00e9es dans une trajectoire \u00e0 long terme d\u2019accumulation d\u2019actifs incorporels deviendront probablement des entreprises de pointe \u00e0 forte intensit\u00e9 d\u2019actifs incorporels, qui domineront les cha\u00eenes de valeur ax\u00e9es sur l\u2019acheteur qui ont pr\u00e9domin\u00e9 dans une grande partie de l\u2019\u00e9conomie mondiale au cours des trois derni\u00e8res d\u00e9cennies. Ces entreprises concentrent le contr\u00f4le sur les actifs incorporels essentiels, tout en sous-traitant les activit\u00e9s de R-D plus risqu\u00e9es \u00e0 de plus petits innovateurs et les activit\u00e9s corporelles moins rentables \u00e0 des entreprises \u00e0 forte intensit\u00e9 de capital (Rikap, 2021).<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"520\" height=\"362\" src=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig2.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11252\" srcset=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig2.jpeg 520w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig2-420x292.jpeg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 520px) 100vw, 520px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Figure 2.<\/strong> Un mod\u00e8le dynamique de l\u2019\u00e9volution au niveau de l\u2019entreprise : capitalisation boursi\u00e8re et intensit\u00e9 en actifs incorporels. <em>Source<\/em> : \u00c9laboration des auteurs.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malheureusement, l\u2019obtention de donn\u00e9es sur les actifs incorporels n\u2019est pas ais\u00e9e (voir Haskel et Westlake, 2017). Certains actifs incorporels sont inscrits au bilan des entreprises, mais pas par toutes (par exemple, Apple Inc. n\u2019a inscrit aucun actif incorporel dans ses comptes depuis 2017). D\u2019autres actifs incorporels ne sont inscrits par aucune entreprise, car ils sont d\u00e9velopp\u00e9s \u00e0 l\u2019interne et ne font donc pas l\u2019objet de transactions de march\u00e9 sans lien de d\u00e9pendance. Les seuls actifs incorporels pouvant \u00eatre comptabilis\u00e9s avec certitude sont ceux qu\u2019une entreprise ach\u00e8te directement sur le march\u00e9 (p. ex. les licences, les marques de commerce, les droits d\u2019auteur, etc.) et le \u00ab goodwill \u00bb g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par une fusion (c\u2019est-\u00e0-dire la diff\u00e9rence entre la valeur comptable d\u2019une entreprise acquise et le prix auquel elle a \u00e9t\u00e9 achet\u00e9e) (Nitzan et Bichler, 2009). Dans ce contexte, le mieux que l\u2019on puisse faire est d\u2019\u00e9laborer des mesures de substitution. \u00c0 cette fin, Peters et Taylor (2017) ont reconstitu\u00e9 la valeur des actifs incorporels des entreprises en utilisant des donn\u00e9es sur leurs d\u00e9penses totales de R-D et une fraction (30 %) de leurs frais de vente, g\u00e9n\u00e9raux et administratifs (SG&amp;A) (afin de tenir compte des efforts en marketing, en image de marque et en conception), puis en les amortissant selon des taux d\u2019amortissement de R-D sp\u00e9cifiques \u00e0 chaque secteur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l\u2019instar d\u2019autres chercheurs (p. ex. Auvray <em>et al.<\/em>, 2021; Rabinovich, 2023), nous utilisons l\u2019ensemble de donn\u00e9es de Peters et Taylor pour estimer les actifs incorporels. Ces donn\u00e9es pr\u00e9sentent bien s\u00fbr des limites. Le pourcentage de 30 % des frais de vente, g\u00e9n\u00e9raux et administratifs (SG&amp;A) affect\u00e9 \u00e0 l\u2019investissement dans les actifs incorporels constitue une estimation raisonnable pour les entreprises cot\u00e9es aux \u00c9tats-Unis en g\u00e9n\u00e9ral et peut ne pas correspondre \u00e9troitement aux pratiques r\u00e9elles de chaque entreprise. De plus, les estimations sectorielles de l\u2019amortissement peuvent ne pas refl\u00e9ter avec pr\u00e9cision les dur\u00e9es de vie et les taux de remplacement sp\u00e9cifiques de l\u2019ensemble unique et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne d\u2019actifs d\u00e9ploy\u00e9s dans les programmes de R&amp;D, de marketing, de strat\u00e9gie de marque et de conception de chaque entreprise (Penman, 2023, p. 9). Malgr\u00e9 ces limites, les estimations de Peters et Taylor constituent les donn\u00e9es les plus facilement accessibles sur les actifs incorporels au niveau des entreprises, celles qui sont les plus largement utilis\u00e9es et, comme le sugg\u00e8re une analyse de r\u00e9f\u00e9rence, \u00ab elles sont sans doute les meilleures disponibles \u00bb (Ayyagari <em>et al.<\/em>, 2024). Pour ces raisons, nous utilisons cet ensemble de donn\u00e9es pour notre analyse.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">3.3 Le lien entre financiarisation, renti\u00e9risation et monopolisation intellectuelle<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En combinant les sch\u00e9mas dynamiques de la renti\u00e9risation et de l\u2019accumulation d\u2019actifs incorporels, notre analyse s\u2019appuie sur le mod\u00e8le conceptuel illustr\u00e9 \u00e0 la figure 3. Les principaux points de cette figure peuvent \u00eatre r\u00e9sum\u00e9s comme suit. La renti\u00e9risation se produit lorsque les entreprises accroissent leur rentabilit\u00e9 au profit des rendements pour les actionnaires plut\u00f4t que de l\u2019investissement en capital. En d\u2019autres termes, la renti\u00e9risation se produit lorsque les entreprises augmentent leurs revenus par rapport \u00e0 leurs co\u00fbts, et accroissent les dividendes et les rachats d\u2019actions au profit des actionnaires par rapport \u00e0 l\u2019investissement en capital. L\u2019accumulation d\u2019actifs incorporels se produit lorsque les entreprises parviennent \u00e0 tirer profit de l\u2019intensit\u00e9 croissante des actifs incorporels. En d\u2019autres termes, l\u2019accumulation d\u2019actifs incorporels se produit lorsque les entreprises augmentent leurs actifs incorporels par rapport \u00e0 leurs actifs corporels, et lorsque leur capitalisation boursi\u00e8re cro\u00eet plus rapidement que l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique sous-jacente. La monopolisation intellectuelle se produit lorsque les entreprises combinent la renti\u00e9risation et l\u2019accumulation d\u2019actifs incorporels.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"520\" height=\"257\" src=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig3.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11253\" srcset=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig3.jpeg 520w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig3-420x208.jpeg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 520px) 100vw, 520px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Figure 3. <\/strong>Un cadre heuristique pour cartographier la renti\u00e9risation, l\u2019accumulation d\u2019actifs incorporels et la monopolisation intellectuelle. <em>Source<\/em> : \u00c9laboration des auteurs.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la suite de cette analyse, nous montrons comment ce cadre s\u2019applique \u00e0 l\u2019ensemble des soci\u00e9t\u00e9s cot\u00e9es aux \u00c9tats-Unis; nous proc\u00e9dons ensuite \u00e0 une d\u00e9sagr\u00e9gation par secteur, puis par taille. Notre exploration s\u2019articule autour des questions suivantes. \u00c0 quel moment, au cours des sept derni\u00e8res d\u00e9cennies, la renti\u00e9risation est-elle devenue une tendance dominante au sein du capitalisme am\u00e9ricain? Quel est son lien avec l\u2019accumulation d\u2019actifs incorporels? Les secteurs les plus rentables sont-ils les plus financiaris\u00e9s, et comment la relation entre la rentabilit\u00e9 sectorielle et la financiarisation a-t-elle \u00e9volu\u00e9 au fil du temps? De m\u00eame, les secteurs \u00e0 forte intensit\u00e9 d\u2019actifs incorporels sont-ils les plus fortement capitalis\u00e9s, et comment la relation entre l\u2019intensit\u00e9 des actifs incorporels et la capitalisation boursi\u00e8re a-t-elle \u00e9volu\u00e9? Quels secteurs pr\u00e9sentent la polarisation la plus marqu\u00e9e de la rentabilit\u00e9 et de la capitalisation boursi\u00e8re entre les grandes et les petites entreprises, et dans quels secteurs les petites entreprises ont-elles une intensit\u00e9 d\u2019actifs incorporels plus \u00e9lev\u00e9e plut\u00f4t que plus faible que celle des grandes? Enfin, quelles sont les implications macro\u00e9conomiques des transformations au niveau des entreprises que nous mettons en \u00e9vidence dans notre analyse?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">4. Cartographie de la renti\u00e9risation et de la monopolisation intellectuelle aux \u00c9tats-Unis<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous entamons notre analyse empirique dans une perspective g\u00e9n\u00e9rale, en cartographiant les processus de renti\u00e9risation et de monopolisation intellectuelle pour toutes les entreprises non financi\u00e8res cot\u00e9es en bourse dont le si\u00e8ge social est situ\u00e9 aux \u00c9tats-Unis. Il est important de noter que, pour l\u2019application pratique de ces indicateurs, nous utilisons des moyennes mobiles sur 10 ans afin de saisir les \u00e9volutions \u00e0 long terme, plut\u00f4t que les \u00ab b\u00e9n\u00e9fices entrepreneuriaux \u00bb transitoires sur lesquels Schumpeter met l\u2019accent dans son analyse de l\u2019innovation. Nous observons dans le graphique de gauche de la figure 4 que, dans les ann\u00e9es 1950, l\u2019entreprise moyenne \u00e9tait \u00e0 forte intensit\u00e9 d\u2019actifs corporels et tr\u00e8s rentable, mais qu\u2019une grande partie de ces b\u00e9n\u00e9fices \u00e9tait r\u00e9affect\u00e9e au financement interne, comme le r\u00e9v\u00e8lent les faibles niveaux de dividendes et de rachats d\u2019actions par rapport aux investissements en capital. Cependant, \u00e0 partir de ce sommet de l\u2019expansion du capital, nous observons trois changements successifs qui nous ont men\u00e9s \u00e0 la situation actuelle. Le premier se produit entre les ann\u00e9es 1950 et la fin des ann\u00e9es 1970. Au cours de cette p\u00e9riode, les soci\u00e9t\u00e9s am\u00e9ricaines, dans leur ensemble, subissent un processus de r\u00e9investissement contractif : elles augmentent leurs d\u00e9penses en immobilisations par rapport \u00e0 leurs distributions aux actionnaires, alors m\u00eame que leur rentabilit\u00e9 diminuait. Ces changements s\u2019expliquent en partie par la mani\u00e8re dont l\u2019entreprise \u00ab chandlerienne \u00bb a r\u00e9agi \u00e0 la fois aux pressions de la concurrence \u00e9trang\u00e8re et au pouvoir des syndicats au pays (Glyn, 2007). Tant la concurrence internationale que le pouvoir de n\u00e9gociation d\u2019une grande partie des travailleurs ont contraint les entreprises \u00e0 r\u00e9duire le montant des b\u00e9n\u00e9fices qu\u2019elles pouvaient tirer de leurs activit\u00e9s et \u00e0 continuer de r\u00e9investir leurs b\u00e9n\u00e9fices dans l\u2019expansion de leur capacit\u00e9 de production. \u00c0 la fin des ann\u00e9es 1970, le ratio moyen distributions\/investissements a atteint son niveau le plus bas sur l\u2019ensemble de notre p\u00e9riode d\u2019analyse.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"520\" height=\"253\" src=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig4.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11254\" srcset=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig4.jpeg 520w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig4-420x204.jpeg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 520px) 100vw, 520px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Figure 4.<\/strong> Renti\u00e9risation et accumulation d\u2019actifs incorporels pour l\u2019ensemble des entreprises non financi\u00e8res am\u00e9ricaines, 1950-2019. <em>Source<\/em> : Compustat et s\u00e9rie \u00ab Total Q \u00bb de Peters et Taylor via WRDS. <br><em>Remarque<\/em> : Chaque point de donn\u00e9es correspond \u00e0 la valeur moyenne sur une p\u00e9riode de dix ans.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le deuxi\u00e8me tournant s\u2019est produit entre les ann\u00e9es 1980 et 1990. Alors que les marges b\u00e9n\u00e9ficiaires continuaient de baisser, le ratio de distribution par rapport \u00e0 l\u2019investissement a commenc\u00e9 \u00e0 augmenter \u2014 indiquant que l\u2019extraction financi\u00e8re devenait une force cl\u00e9 au sein du capitalisme am\u00e9ricain dans son ensemble. Cette p\u00e9riode a \u00e9t\u00e9 judicieusement qualifi\u00e9e par Auvray <em>et al.<\/em> (2021) comme la \u00ab financiarisation Mark I \u00bb. Dans ce r\u00e9gime de financiarisation, plusieurs faits stylis\u00e9s peuvent \u00eatre discern\u00e9s. Les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9lev\u00e9s ont contribu\u00e9 \u00e0 augmenter les taux de rendement minimaux requis pour les investissements productifs, \u00e0 r\u00e9duire les marges b\u00e9n\u00e9ficiaires des entreprises et \u00e0 diminuer leur capacit\u00e9 \u00e0 financer leurs investissements de mani\u00e8re externe par le recours \u00e0 l\u2019endettement. La concurrence internationale a encore r\u00e9duit la rentabilit\u00e9, exacerbant les difficult\u00e9s des entreprises \u00e0 financer leurs investissements de mani\u00e8re interne par le biais des b\u00e9n\u00e9fices non r\u00e9partis. Enfin, les changements apport\u00e9s \u00e0 la gouvernance d\u2019entreprise ont align\u00e9 les int\u00e9r\u00eats des dirigeants sur ceux des actionnaires, tandis que les modifications juridiques et r\u00e9glementaires ont sap\u00e9 le pouvoir de n\u00e9gociation des travailleurs dans la prise de d\u00e9cision au sein des entreprises, de sorte que les rendements \u00e0 court terme pour les d\u00e9tenteurs de capitaux ont pris de plus en plus le pas sur l\u2019investissement \u00e0 long terme (Auvray <em>et al.<\/em>, 2021; Schwartz, 2022).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le troisi\u00e8me changement s\u2019est op\u00e9r\u00e9 \u00e0 partir des ann\u00e9es 2000. Le ratio de distribution des b\u00e9n\u00e9fices par rapport \u00e0 l\u2019investissement a augment\u00e9 \u00e0 un rythme plus soutenu qu\u2019auparavant et, apr\u00e8s l\u2019\u00e9clatement de la bulle des points-com, la rentabilit\u00e9 moyenne a commenc\u00e9 \u00e0 augmenter de mani\u00e8re significative. Cela a marqu\u00e9 le d\u00e9but de la p\u00e9riode que Auvray <em>et al.<\/em> (2021) qualifient de \u00ab financiarisation Mark II \u00bb. Dans ce r\u00e9gime de financiarisation, l\u2019approfondissement des cha\u00eenes de valeur mondiales et la baisse continue du pouvoir de n\u00e9gociation de la main-d\u2019\u0153uvre ont exerc\u00e9 une pression \u00e0 la baisse sur la demande des consommateurs et ont encore affaibli l\u2019investissement. La monopolisation du capital a conduit \u00e0 une concentration des profits entre les mains des plus grandes entreprises, qui pr\u00e9sentent une propension marginale \u00e0 investir plus faible. De plus, le renforcement des protections de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle a entrav\u00e9 la capacit\u00e9 des petites entreprises, tant aux \u00c9tats-Unis qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tranger, \u00e0 se r\u00e9orienter vers des activit\u00e9s \u00e0 plus forte valeur ajout\u00e9e (Durand et Milberg, 2020). Enfin, l\u2019\u00e9mergence d\u2019actionnaires universels permanents, tels que BlackRock, d\u00e9tenant des participations crois\u00e9es dans une myriade d\u2019entreprises, a d\u00e9courag\u00e9 les investissements susceptibles d\u2019engendrer une concurrence destructrice de profits sur de multiples march\u00e9s de produits (Azar <em>et al.<\/em>,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2018). Contrairement \u00e0 la \u00ab financiarisation de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration \u00bb, le moteur principal de la financiarisation r\u00e9side moins dans les contraintes li\u00e9es au financement externe (taux d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9lev\u00e9s) et au financement interne (faibles b\u00e9n\u00e9fices non r\u00e9partis) que dans l\u2019ass\u00e8chement des occasions d\u2019investissement rentables dans un contexte de r\u00e9duction croissante de la main-d\u2019\u0153uvre, de monopolisation des entreprises et de centralisation de l\u2019actionnariat (Auvray <em>et al.<\/em>, 2021) . \u00c0 la fin des ann\u00e9es 2010, les soci\u00e9t\u00e9s non financi\u00e8res affichaient des marges b\u00e9n\u00e9ficiaires qui n\u2019avaient plus \u00e9t\u00e9 atteintes depuis les ann\u00e9es 1950. Mais contrairement aux ann\u00e9es 1950, au cours des ann\u00e9es 2010, ces entreprises ont consacr\u00e9 autant de ressources aux distributions aux actionnaires qu\u2019aux investissements en capital, ce qui t\u00e9moigne de l\u2019importance de la renti\u00e9risation dans l\u2019\u00e9conomie am\u00e9ricaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comment les donn\u00e9es pr\u00e9sent\u00e9es dans le graphique de droite de la figure 4, portant sur l\u2019intensit\u00e9 des actifs incorporels et la capitalisation boursi\u00e8re, s\u2019inscrivent-elles dans cette p\u00e9riodisation? L\u2019intensit\u00e9 des actifs incorporels semble augmenter tout au long de la p\u00e9riode, \u00e0 l\u2019exception des ann\u00e9es 1970. Cependant, cette d\u00e9cennie de renversement apparent r\u00e9sulte uniquement de l\u2019ajout, dans l\u2019ensemble de donn\u00e9es, d\u2019un grand nombre d\u2019entreprises de services publics pr\u00e9sentant d\u2019importantes empreintes corporelles (voir <a href=\"https:\/\/oup.silverchair-cdn.com\/oup\/backfile\/Content_public\/Journal\/ser\/23\/4\/10.1093_ser_mwae076\/3\/mwae076_supplementary_data.docx?Expires=1789561448&amp;Signature=JznEzuzBenVB0h-KC8tMUjsbB-VtXk-~nBGzezttpbKl~0KS~KWPFag3tegZBUNqFi-ILcD6LT04QXS232zt5g4NP3hGnI1UGqaSKSOKUk97zr1wCAEwWNGKOb-CEkUdxBk8VP8gMR97HyOmM9I~O0UWWSWKxNkyoUfy6bys9X2niHOy0Se3yy-o~yXyG~ppb1aKi22smBk2i7m0c7cGYxJW-R2t8bNQ7WQMy9teFGGz3E5apSnhll6xzVC4wW1Hp1SpN2T9iOsBwA4eryifqRHNZeik5XDKRBFH892ECWvDNSb2p1TBUvbWv2j~ziHXsMJfRIuw0oQA7Iui-v-XHw__&amp;Key-Pair-Id=APKAIE5G5CRDK6RD3PGA\">fichier suppl\u00e9mentaire<\/a>). En faisant abstraction des effets de ces entreprises de services publics et en nous concentrant sur le taux de variation de l\u2019intensit\u00e9 des actifs incorporels plut\u00f4t que sur ses niveaux, on constate une rupture structurelle dans la dynamique au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980. Au cours des trois d\u00e9cennies pr\u00e9c\u00e9dentes, le taux de croissance de l\u2019intensification des actifs incorporels \u00e9tait en baisse, mais du milieu des ann\u00e9es 1980 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 2000, cette intensification s\u2019est poursuivie \u00e0 un rythme croissant. La hausse rapide de la valeur des actifs incorporels par rapport aux immobilisations corporelles a co\u00efncid\u00e9 avec l\u2019ancrage de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle aux \u00c9tats-Unis \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980, puis \u00e0 l\u2019\u00e9tranger gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019Accord de 1995 sur les aspects des droits de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle qui touchent au commerce et aux accords commerciaux qui ont suivi (Orsi et Coriat, 2006; Durand et Milberg, 2020). Bien que les taux de croissance de l\u2019intensit\u00e9 des actifs incorporels aient depuis ralenti, ils ne sont pas retomb\u00e9s aux niveaux atteints au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980. L\u2019essor de l\u2019intensification des actifs incorporels des soci\u00e9t\u00e9s cot\u00e9es aux \u00c9tats-Unis \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980 va de pair avec l\u2019essor des march\u00e9s boursiers et le d\u00e9clin concomitant des syst\u00e8mes bancaires. Les actifs incorporels constituant des garanties peu int\u00e9ressantes pour les banques, les entreprises se sont de plus en plus tourn\u00e9es, \u00e0 partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, vers les march\u00e9s boursiers pour se financer (Baines et Hager, 2021) . Et \u00e0 mesure que les capitaux propres prenaient une place pr\u00e9pond\u00e9rante dans leur structure de capital, les entreprises ont de plus en plus investi dans des actifs incorporels hautement sp\u00e9cifiques, plut\u00f4t que dans des actifs corporels relativement g\u00e9n\u00e9riques et pouvant servir de garantie, afin de satisfaire les exigences des actionnaires en mati\u00e8re d\u2019am\u00e9lioration de la performance relative (Pagano, 2019).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">4.1 Ventilation par secteur<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019analyse qui pr\u00e9c\u00e8de offre un tableau global saisissant de la dynamique du capitalisme am\u00e9ricain, mais il nous reste \u00e0 d\u00e9terminer comment les processus de renti\u00e9risation et d\u2019accumulation d\u2019actifs incorporels varient selon les secteurs et la taille des entreprises. Nous commen\u00e7ons par ventiler les donn\u00e9es par secteur, en classant les entreprises dans dix secteurs diff\u00e9rents qui repr\u00e9sentent 70 % de la capitalisation boursi\u00e8re de l\u2019ensemble des soci\u00e9t\u00e9s figurant dans notre base de donn\u00e9es de 1950 \u00e0 2019 : v\u00eatements et souliers (mode); constructeurs automobiles; d\u00e9fense et a\u00e9rospatiale; aliments et boissons; industrie lourde; h\u00f4tels et restaurants (h\u00f4tellerie); combustibles fossiles et mines (secteur extractif); produits pharmaceutiques; commerce de d\u00e9tail; et technologie (voir <a href=\"https:\/\/oup.silverchair-cdn.com\/oup\/backfile\/Content_public\/Journal\/ser\/23\/4\/10.1093_ser_mwae076\/3\/mwae076_supplementary_data.docx?Expires=1789561448&amp;Signature=JznEzuzBenVB0h-KC8tMUjsbB-VtXk-~nBGzezttpbKl~0KS~KWPFag3tegZBUNqFi-ILcD6LT04QXS232zt5g4NP3hGnI1UGqaSKSOKUk97zr1wCAEwWNGKOb-CEkUdxBk8VP8gMR97HyOmM9I~O0UWWSWKxNkyoUfy6bys9X2niHOy0Se3yy-o~yXyG~ppb1aKi22smBk2i7m0c7cGYxJW-R2t8bNQ7WQMy9teFGGz3E5apSnhll6xzVC4wW1Hp1SpN2T9iOsBwA4eryifqRHNZeik5XDKRBFH892ECWvDNSb2p1TBUvbWv2j~ziHXsMJfRIuw0oQA7Iui-v-XHw__&amp;Key-Pair-Id=APKAIE5G5CRDK6RD3PGA\">le mat\u00e9riel suppl\u00e9mentaire<\/a> pour plus de d\u00e9tails). La figure 5 compare les dix groupes sectoriels en fonction des quatre principaux param\u00e8tres de cette \u00e9tude : les marges b\u00e9n\u00e9ficiaires nettes, le ratio de distribution par rapport \u00e0 l\u2019investissement, le ratio d\u2019intensit\u00e9 des actifs incorporels et la capitalisation boursi\u00e8re. Afin de retracer l\u2019\u00e9volution de ces param\u00e8tres au cours de la p\u00e9riode d\u2019apr\u00e8s-guerre, la figure pr\u00e9sente des aper\u00e7us pour les ann\u00e9es 1950 (les deux premiers graphiques) et les ann\u00e9es 1980 (les deux derniers graphiques).<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"520\" height=\"502\" src=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig5.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11255\" srcset=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig5.jpeg 520w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig5-420x405.jpeg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 520px) 100vw, 520px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Figure 5.<\/strong> Degr\u00e9 de rentierisation et d\u2019accumulation d\u2019actifs incorporels par secteur, ann\u00e9es 1950 et 1980. <em>Source<\/em> : Compustat et s\u00e9rie Total Q de Peters et Taylor via WRDS.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La figure 5 montre clairement que, dans les ann\u00e9es 1950, il existait une corr\u00e9lation n\u00e9gative, bien que faible, entre les marges b\u00e9n\u00e9ficiaires des secteurs et leur ratio de distribution par rapport \u00e0 l\u2019investissement. Les secteurs les plus rentables, tels que les secteurs de la technologie et des industries extractives, avaient tendance \u00e0 offrir des distributions aux actionnaires relativement faibles. De m\u00eame, on constate que les secteurs qui affichaient les valorisations boursi\u00e8res globales les plus \u00e9lev\u00e9es avaient tendance \u00e0 \u00eatre \u00e0 forte intensit\u00e9 d\u2019actifs corporels. Dans les ann\u00e9es 1980, un changement s\u2019est clairement op\u00e9r\u00e9 : les entreprises les plus rentables n\u2019\u00e9taient plus celles qui avaient tendance \u00e0 afficher le ratio de distribution par rapport \u00e0 l\u2019investissement le plus faible, mais plut\u00f4t celui le plus \u00e9lev\u00e9 . De plus, avec le d\u00e9clin de la capitalisation relative des secteurs \u00e0 forte intensit\u00e9 en actifs corporels, tels que les industries extractives, l\u2019automobile et l\u2019industrie lourde, et l\u2019essor du secteur pharmaceutique \u00e0 forte intensit\u00e9 en actifs incorporels, la corr\u00e9lation n\u00e9gative entre l\u2019intensit\u00e9 en actifs incorporels et la capitalisation boursi\u00e8re s\u2019affaiblissait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La figure 6 compl\u00e8te ce tableau sur la dynamique sectorielle en pr\u00e9sentant des indicateurs de \u00ab renti\u00e9risation \u00bb et d\u2019accumulation d\u2019actifs incorporels pour les ann\u00e9es 2010 (les deux premiers graphiques), ainsi qu\u2019une illustration de l\u2019\u00e9volution, au cours de chaque d\u00e9cennie depuis les ann\u00e9es 1950, des corr\u00e9lations entre les marges b\u00e9n\u00e9ficiaires nettes sectorielles et les ratios de distribution par rapport \u00e0 l\u2019investissement, d\u2019une part, et la capitalisation boursi\u00e8re et l\u2019intensit\u00e9 en actifs incorporels, d\u2019autre part (les deux derniers graphiques). Les tendances qui se sont manifest\u00e9es pour la premi\u00e8re fois dans les ann\u00e9es 1980 n\u2019ont fait que s\u2019accentuer. Dans les ann\u00e9es 2010, les secteurs les plus rentables sont g\u00e9n\u00e9ralement aussi ceux qui affichent le ratio de distribution par rapport \u00e0 l\u2019investissement le plus \u00e9lev\u00e9, tandis que les secteurs qui dominaient autrefois l\u2019industrie am\u00e9ricaine et qui ont fa\u00e7onn\u00e9 les n\u00e9gociations salariales d\u2019apr\u00e8s-guerre \u2014 l\u2019automobile, l\u2019industrie lourde et les secteurs extractifs \u2014 comptent parmi les moins rentables. Bien que les corr\u00e9lations que nous pr\u00e9sentons doivent \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9es avec une grande prudence compte tenu du nombre limit\u00e9 d\u2019observations, elles sugg\u00e8rent une transformation manifeste au sein du capitalisme am\u00e9ricain au cours des sept derni\u00e8res d\u00e9cennies. Ce qui \u00e9tait autrefois une faible corr\u00e9lation n\u00e9gative entre les marges b\u00e9n\u00e9ficiaires sectorielles et le ratio de distribution des b\u00e9n\u00e9fices par rapport \u00e0 l\u2019investissement s\u2019est transform\u00e9 en une forte corr\u00e9lation positive; et ce qui \u00e9tait autrefois une corr\u00e9lation n\u00e9gative relativement forte entre la capitalisation sectorielle et l\u2019intensit\u00e9 des actifs incorporels s\u2019est transform\u00e9 en une faible corr\u00e9lation positive. Pour mieux cerner ces changements et leurs implications macro\u00e9conomiques, nous devons d\u00e9sagr\u00e9ger les donn\u00e9es selon la taille des entreprises. Il s\u2019agit de la derni\u00e8re \u00e9tape de notre analyse.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"520\" height=\"500\" src=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig6.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11256\" srcset=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig6.jpeg 520w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig6-420x404.jpeg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 520px) 100vw, 520px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Figure 6.<\/strong> Degr\u00e9 de renti\u00e9risation et d\u2019accumulation d\u2019actifs incorporels par secteur dans les ann\u00e9es 2010, et corr\u00e9lation entre les variables \u00e0 partir des ann\u00e9es 1950. <em>Source<\/em> : Compustat (2022) et s\u00e9rie Total Q de Peters et Taylor via WRDS.<br><br><em>Remarque<\/em> : ** et * indiquent respectivement une significativit\u00e9 \u00e0 99 % (<em>P<\/em>\u2009>\u20090,1) et \u00e0 95 % (<em>P<\/em>\u2009>\u20090,05)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">4.2 Ventilation par taille<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La figure 7 r\u00e9v\u00e8le les tendances in\u00e9gales de la rentierisation et de la monopolisation intellectuelle dans nos dix secteurs, selon les quatre param\u00e8tres d\u2019int\u00e9r\u00eat, en fonction de la taille des entreprises. Les entreprises sont class\u00e9es selon leur chiffre d\u2019affaires au sein de chaque secteur et stratifi\u00e9es en trois groupes : les 10 % sup\u00e9rieurs, les d\u00e9ciles 5 \u00e0 9 et les 50 % inf\u00e9rieurs. On constate que, dans les ann\u00e9es 2010, les 10 % sup\u00e9rieurs affichaient des marges b\u00e9n\u00e9ficiaires plus \u00e9lev\u00e9es que les entreprises des 5e au 9e d\u00e9ciles et des 50 % inf\u00e9rieurs dans chaque secteur, et que, de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, dans les ann\u00e9es 2010, l\u2019\u00e9cart entre les marges b\u00e9n\u00e9ficiaires des 10 % sup\u00e9rieurs et des 50 % inf\u00e9rieurs pour chaque secteur \u00e9tait plus important que durant n\u2019importe laquelle des six d\u00e9cennies pr\u00e9c\u00e9dentes. En effet, dans les ann\u00e9es 1950, la diff\u00e9rence entre les marges b\u00e9n\u00e9ficiaires des plus grandes et des plus petites entreprises \u00e9tait relativement faible. Bien qu\u2019il soit vrai que l\u2019\u00e9chantillon pour cette d\u00e9cennie soit plus restreint que pour les d\u00e9cennies suivantes (voir le <a href=\"https:\/\/oup.silverchair-cdn.com\/oup\/backfile\/Content_public\/Journal\/ser\/23\/4\/10.1093_ser_mwae076\/3\/mwae076_supplementary_data.docx?Expires=1789561448&amp;Signature=JznEzuzBenVB0h-KC8tMUjsbB-VtXk-~nBGzezttpbKl~0KS~KWPFag3tegZBUNqFi-ILcD6LT04QXS232zt5g4NP3hGnI1UGqaSKSOKUk97zr1wCAEwWNGKOb-CEkUdxBk8VP8gMR97HyOmM9I~O0UWWSWKxNkyoUfy6bys9X2niHOy0Se3yy-o~yXyG~ppb1aKi22smBk2i7m0c7cGYxJW-R2t8bNQ7WQMy9teFGGz3E5apSnhll6xzVC4wW1Hp1SpN2T9iOsBwA4eryifqRHNZeik5XDKRBFH892ECWvDNSb2p1TBUvbWv2j~ziHXsMJfRIuw0oQA7Iui-v-XHw__&amp;Key-Pair-Id=APKAIE5G5CRDK6RD3PGA\">tableau A3<\/a> dans le <a href=\"https:\/\/oup.silverchair-cdn.com\/oup\/backfile\/Content_public\/Journal\/ser\/23\/4\/10.1093_ser_mwae076\/3\/mwae076_supplementary_data.docx?Expires=1789561448&amp;Signature=JznEzuzBenVB0h-KC8tMUjsbB-VtXk-~nBGzezttpbKl~0KS~KWPFag3tegZBUNqFi-ILcD6LT04QXS232zt5g4NP3hGnI1UGqaSKSOKUk97zr1wCAEwWNGKOb-CEkUdxBk8VP8gMR97HyOmM9I~O0UWWSWKxNkyoUfy6bys9X2niHOy0Se3yy-o~yXyG~ppb1aKi22smBk2i7m0c7cGYxJW-R2t8bNQ7WQMy9teFGGz3E5apSnhll6xzVC4wW1Hp1SpN2T9iOsBwA4eryifqRHNZeik5XDKRBFH892ECWvDNSb2p1TBUvbWv2j~ziHXsMJfRIuw0oQA7Iui-v-XHw__&amp;Key-Pair-Id=APKAIE5G5CRDK6RD3PGA\">mat\u00e9riel suppl\u00e9mentaire<\/a>), ces faibles \u00e9carts observ\u00e9s dans les ann\u00e9es 1950 illustrent le fait que les plus grandes entreprises avaient tendance \u00e0 poursuivre leur expansion par la diversification et l\u2019int\u00e9gration horizontale et verticale plut\u00f4t que par la maximisation des profits (Chandler, 1990) ; et qu\u2019au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, on a observ\u00e9 une polarisation marqu\u00e9e de la rentabilit\u00e9 entre les grandes et les petites entreprises aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"520\" height=\"775\" src=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig7.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11257\" srcset=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig7.jpeg 520w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig7-420x626.jpeg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 520px) 100vw, 520px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Figure 7.<\/strong> Renti\u00e9risation et accumulation d\u2019actifs incorporels des entreprises am\u00e9ricaines par secteur. <em>Source<\/em> : Compustat et s\u00e9ries Total Q de Peters et Taylor via WRDS. <br><br><em>Remarque<\/em> : Chaque point de donn\u00e9es correspond \u00e0 la valeur moyenne sur une p\u00e9riode de dix ans.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"520\" height=\"516\" src=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig7a.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11258\" srcset=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig7a.jpeg 520w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig7a-420x417.jpeg 420w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig7a-100x100.jpeg 100w\" sizes=\"auto, (max-width: 520px) 100vw, 520px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Figure 7.<\/strong> Suite.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019ensemble, nous constatons que les secteurs peuvent d\u00e9sormais \u00eatre class\u00e9s en deux groupes principaux. Le premier groupe comprend les secteurs o\u00f9 les plus grandes entreprises ont tendance \u00e0 \u00eatre nettement plus rentables et plus financiaris\u00e9es que les petites entreprises du m\u00eame secteur, mais <em>moins<\/em> ax\u00e9es sur les actifs incorporels. La disparit\u00e9 des marges b\u00e9n\u00e9ficiaires est particuli\u00e8rement marqu\u00e9e dans les secteurs pharmaceutique et technologique, o\u00f9 l\u2019on observe une concentration extraordinaire des profits au profit des plus grandes entreprises, ainsi qu\u2019un transfert des co\u00fbts et des risques vers les entreprises plus petites, davantage ax\u00e9es sur les actifs incorporels, qui assument une grande partie de la R-D. Compte tenu de l\u2019ampleur de la baisse des marges b\u00e9n\u00e9ficiaires pour les groupes de plus petite taille, nous avons cr\u00e9\u00e9 des encarts afin que ces baisses puissent \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9chelle appropri\u00e9e sur l\u2019axe. Des dynamiques similaires, mais beaucoup moins marqu\u00e9es, entre les grandes et les petites entreprises sont \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le commerce de d\u00e9tail ainsi que dans les secteurs du v\u00eatement et de la chaussure. Le deuxi\u00e8me groupe comprend les secteurs de l\u2019h\u00f4tellerie, de l\u2019alimentation et des boissons, de la d\u00e9fense, de l\u2019industrie lourde et des industries extractives, dans lesquels \u2014 \u00e0 l\u2019instar des secteurs du premier groupe \u2014 les plus grandes entreprises ont tendance \u00e0 \u00eatre nettement plus rentables et plus financiaris\u00e9es que les petites entreprises du secteur, mais \u2014 contrairement aux secteurs du premier groupe \u2014<em>plus<\/em> \u00e0 forte intensit\u00e9 d\u2019actifs incorporels.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le premier groupe, l\u2019externalisation par les grandes entreprises d\u2019activit\u00e9s de R-D risqu\u00e9es semble particuli\u00e8rement marqu\u00e9e, surtout pour les entreprises pharmaceutiques et technologiques \u2014 tandis que pour les plus petites entreprises des secteurs de l\u2019habillement, de la chaussure et du commerce de d\u00e9tail, la n\u00e9cessit\u00e9 de miser sur le d\u00e9veloppement de la marque et la conception innovante sur des march\u00e9s d\u00e9j\u00e0 satur\u00e9s accro\u00eet leur intensit\u00e9 en actifs incorporels par rapport \u00e0 leurs homologues de grande taille (Soener, 2015; Rabinovich, 2023) . Quant au deuxi\u00e8me groupe, le recours massif \u00e0 la franchise par les plus grandes entreprises du secteur de l\u2019h\u00f4tellerie et la sous-traitance g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de la production mat\u00e9rielle par les plus grandes entreprises de l\u2019industrie lourde, de la d\u00e9fense et du secteur des aliments et des boissons constituent des pratiques pr\u00e9dominantes \u2014 ce qui augmente ainsi l\u2019intensit\u00e9 en actifs incorporels des plus grandes entreprises de ces secteurs par rapport \u00e0 leurs homologues de plus petite taille (voir Schwartz, 2022). Il nous reste donc un cas particulier : le secteur de l\u2019automobile. Ce secteur se distingue par le fait que \u2014 contrairement \u00e0 tous les autres secteurs de la pr\u00e9sente \u00e9tude \u2014 ses plus grandes entreprises affichent des ratios de distribution sur l\u2019investissement inf\u00e9rieurs \u00e0 ceux de leurs homologues de plus petite taille. Cela sugg\u00e8re que, malgr\u00e9 l\u2019essor des cha\u00eenes de valeur ax\u00e9es sur l\u2019acheteur, caract\u00e9ris\u00e9es par la dispersion des activit\u00e9s de production mat\u00e9rielle vers une myriade de fournisseurs, le secteur de l\u2019automobile reste principalement structur\u00e9 par des cha\u00eenes ax\u00e9es sur le producteur, men\u00e9es par des entreprises \u00e0 forte intensit\u00e9 de capital pour lesquelles l\u2019externalisation des activit\u00e9s essentielles d\u2019assemblage final est limit\u00e9e (Sturgeon <em>et al.<\/em>, 2008).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comment assembler ces donn\u00e9es et reconstituer nos r\u00e9sultats \u00e0 la lumi\u00e8re de notre cadre conceptuel concernant la renti\u00e9risation et la monopolisation intellectuelle? Les figures 8 \u00e0 10 indiquent, \u00e0 l\u2019aide d\u2019un code de couleurs, si les entreprises de chaque secteur et de chaque cat\u00e9gorie de taille ont connu une hausse ou une baisse selon les param\u00e8tres d\u2019int\u00e9r\u00eat \u2014 marges b\u00e9n\u00e9ficiaires, les versements financiers par rapport \u00e0 l\u2019investissement en capital, la capitalisation boursi\u00e8re par rapport au PIB et l\u2019intensit\u00e9 des actifs incorporels \u2014 pour chaque d\u00e9cennie par rapport \u00e0 la pr\u00e9c\u00e9dente. Les cellules bleues indiquent une hausse du param\u00e8tre en question, tandis que les cellules rouges indiquent une baisse. La seule exception \u00e0 cette r\u00e8gle concerne les marges b\u00e9n\u00e9ficiaires : <em>partout o\u00f9<\/em> la marge b\u00e9n\u00e9ficiaire est n\u00e9gative, elle est cod\u00e9e en rouge, quelle que soit la direction du changement. Pour faciliter l\u2019identification, lorsque les entreprises affichent en moyenne une augmentation tant de leur rentabilit\u00e9 que de leurs versements financiers par rapport \u00e0 l\u2019investissement en capital, elles sont color\u00e9es en turquoise clair pour indiquer la renti\u00e9risation; lorsqu\u2019elles affichent une intensit\u00e9 des actifs incorporels et une valeur boursi\u00e8re accrues par rapport au PIB, les deux cellules correspondant \u00e0 ces param\u00e8tres sont color\u00e9es en bleu clair pour indiquer l\u2019accumulation d\u2019actifs incorporels; et lorsqu\u2019elles affichent des augmentations pour les quatre param\u00e8tres, les quatre cellules sont ombr\u00e9es d\u2019un bleu plus fonc\u00e9 pour indiquer la monopolisation intellectuelle.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"520\" height=\"231\" src=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig8.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11259\" srcset=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig8.jpeg 520w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig8-420x187.jpeg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 520px) 100vw, 520px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Figure 8.<\/strong> Synth\u00e8se des changements observ\u00e9s chez les 10 % des entreprises les plus performantes au cours des six derni\u00e8res d\u00e9cennies. <em>Source<\/em> : \u00c9laboration des auteurs.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"520\" height=\"231\" src=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig9.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11260\" srcset=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig9.jpeg 520w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig9-420x187.jpeg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 520px) 100vw, 520px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Figure 9.<\/strong> Synth\u00e8se des changements observ\u00e9s chez les entreprises des 5e au 9e d\u00e9ciles au cours des six derni\u00e8res d\u00e9cennies. <em>Source<\/em> : \u00c9laboration des auteurs.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"520\" height=\"231\" src=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig10.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11261\" srcset=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig10.jpeg 520w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Fig10-420x187.jpeg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 520px) 100vw, 520px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Figure 10.<\/strong> Synth\u00e8se des changements observ\u00e9s chez les entreprises du 50 % inf\u00e9rieur au cours des six derni\u00e8res d\u00e9cennies. <em>Source<\/em> : \u00c9laboration des auteurs.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les figures montrent qu\u2019avant les ann\u00e9es 1980, seules les 10 % des entreprises pharmaceutiques les plus performantes pr\u00e9sentaient des tendances soutenues vers la monopolisation intellectuelle selon notre heuristique. Mais depuis cette d\u00e9cennie, la monopolisation intellectuelle s\u2019est relativement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e aux \u00c9tats-Unis. Elle reste toutefois concentr\u00e9e parmi les 10 % des entreprises les plus performantes. Chose peut-\u00eatre surprenante, les 10 % des entreprises technologiques les plus performantes ne correspondent \u00e0 notre heuristique de monopolisation intellectuelle que dans les ann\u00e9es 2010. L\u2019\u00e9mergence tardive de ces entreprises en tant que monopolistes intellectuels en pleine ascension d\u00e9coule en grande partie non seulement de l\u2019effondrement de la bulle au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, mais aussi d\u2019autres \u00e9v\u00e9nements de cette d\u00e9cennie qui ont \u00e9rod\u00e9 les marges b\u00e9n\u00e9ficiaires. Parmi ceux-ci, mentionnons la banalisation continue des ordinateurs personnels et de leurs composantes, ainsi que la concurrence exerc\u00e9e par des entreprises \u00e9trang\u00e8res de premier plan qui ont mieux r\u00e9ussi, comme Nokia et Research in Motion (le fabricant du BlackBerry). Les tendances au sein du secteur technologique ont brusquement chang\u00e9 avec l\u2019expansion rapide des plateformes et des m\u00e9dias sociaux \u00e0 la fin des ann\u00e9es 2000. Cela a d\u00e9clench\u00e9 une dynamique autour de la centralisation des donn\u00e9es et des des effets de r\u00e9seau, qui ont propuls\u00e9 certaines des plus grandes entreprises technologiques am\u00e9ricaines au sommet de la hi\u00e9rarchie des entreprises (Durand et Milberg, 2020; Birch <em>et al.<\/em>, 2021).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">5. Les implications macro\u00e9conomiques d\u2019une monopolisation intellectuelle h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme nous l\u2019avons soulign\u00e9 au d\u00e9but de cet article, les travaux de recherche sur le renti\u00e9risme et la monopolisation intellectuelle se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s inestimables pour aborder une \u00e9nigme centrale de la litt\u00e9rature sur la financiarisation au niveau des entreprises : la co\u00efncidence entre de faibles investissements en capital et une forte rentabilit\u00e9 dans les pays \u00e0 revenu \u00e9lev\u00e9. Nous soutenons que le cadre que nous d\u00e9veloppons nous permet de pr\u00e9ciser empiriquement les m\u00e9canismes \u00e0 l\u2019origine de l\u2019\u00e9cart entre profits et investissements dans les pays \u00e0 revenu \u00e9lev\u00e9 tels que les \u00c9tats-Unis. Le tableau 1 r\u00e9sume certaines des principales conclusions de notre analyse. Les secteurs \u00e0 forte intensit\u00e9 de capital immobilis\u00e9, qui \u00e9taient au c\u0153ur du pacte social n\u00e9 aux \u00c9tats-Unis dans la p\u00e9riode d\u2019apr\u00e8s-guerre \u2014 l\u2019automobile et l\u2019industrie lourde \u2014 sont les seuls \u00e0 avoir connu une baisse de leur capitalisation globale par rapport au PIB au cours des sept d\u00e9cennies suivantes. \u00c0 leur apog\u00e9e, au milieu du XXe si\u00e8cle, les grandes entreprises de ces secteurs comptaient un effectif important et s\u2019engageaient fortement en mati\u00e8re d\u2019investissement en capital. Cet arrangement faisait partie int\u00e9grante de l\u2019accord industriel d\u2019apr\u00e8s-guerre, d\u2019un \u00e9quilibre pr\u00e9caire, dans lequel les gains de la production \u00e9conomique \u00e9taient r\u00e9partis de mani\u00e8re relativement large entre le capital et un segment privil\u00e9gi\u00e9 de la main-d\u2019\u0153uvre gr\u00e2ce \u00e0 des n\u00e9gociations salariales sectorielles et par mod\u00e8le, o\u00f9 les ententes conclues avec les travailleurs des plus grandes entreprises profitaient \u00e9galement aux travailleurs des petites entreprises (Schwartz, 2022).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"1464\" src=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Tableau_1-1200x1464.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-11262\" srcset=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Tableau_1-1200x1464.png 1200w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Tableau_1-744x908.png 744w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Tableau_1-420x513.png 420w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Tableau_1-768x937.png 768w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Tableau_1-1259x1536.png 1259w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Tableau_1-1678x2048.png 1678w\" sizes=\"auto, (max-width: 706px) 89vw, (max-width: 767px) 82vw, 740px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Tableau 1. <\/strong>Synth\u00e8se des r\u00e9sultats.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9volution de la capitalisation sectorielle par rapport au PIB, ann\u00e9es 1950 par rapport aux ann\u00e9es 2010 (points de pourcentage) \u00c9cart de rentabilit\u00e9 entre les 10 % des entreprises les plus performantes et les 50 % les moins performantes, ann\u00e9es 2010 (points de pourcentage) \u00c9cart du ratio de distribution par rapport \u00e0 l\u2019investissement entre les 10 % des entreprises les plus performantes et les 50 % les moins performantes, ann\u00e9es 2010 (points de pourcentage) \u00c9cart de l\u2019intensit\u00e9 en actifs incorporels entre les 10 % des entreprises les plus performantes et les 50 % les moins performantes, ann\u00e9es 2010 (points de pourcentage)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Forte augmentation Les grandes entreprises sont beaucoup plus rentables Les grandes entreprises sont beaucoup plus financiaris\u00e9es Les grandes entreprises sont beaucoup moins \u00e0 forte intensit\u00e9 d\u2019actifs incorporels<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Technologie (+29,1) Industrie pharmaceutique (+4 397,5) Industrie pharmaceutique (+4,1) Industrie pharmaceutique (\u221233,5)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Industrie pharmaceutique (+9,2) Secteur extractif (+77,4)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Technologie (+53,6)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Augmentation mod\u00e9r\u00e9e Les grandes entreprises sont mod\u00e9r\u00e9ment plus rentables Les grandes entreprises sont mod\u00e9r\u00e9ment plus financiaris\u00e9es Les grandes entreprises sont mod\u00e9r\u00e9ment moins \u00e0 forte intensit\u00e9 d\u2019actifs incorporels<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Commerce de d\u00e9tail (+4,3) H\u00f4tellerie et restauration (+14,6) H\u00f4tellerie et restauration (+2,3) Technologie (\u22123,1)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alimentation et boissons (+3,0) Alimentation et boissons (+11,2) D\u00e9fense (+2,2) Automobile (\u22121,2)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Extraction (+1,9) Mode (+5,9) Aliments et boissons (+2,0) Commerce de d\u00e9tail (\u22121,1)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">H\u00f4tellerie et restauration (+1,9) Automobile (+5,4) Mode (+1,5) Mode (\u22120,9)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mode (+1,5)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e9fense (+1,4)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Recul : Les grandes entreprises sont l\u00e9g\u00e8rement plus rentables; Les grandes entreprises sont l\u00e9g\u00e8rement plus financiaris\u00e9es; Les grandes entreprises font davantage appel aux actifs incorporels<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Industrie lourde (\u22120,2) Industrie lourde (+4,8) Industrie lourde (+0,9) D\u00e9fense (+2,3)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Automobile (\u22121,8) D\u00e9fense (+2,2) Commerce de d\u00e9tail (+0,8) Alimentation et boissons (+1,4)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Commerce de d\u00e9tail (+1,7) Technologie (+0,6) Industrie lourde (+0,5)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Industrie extractive (+0,4) H\u00f4tellerie et restauration (+0,4)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Industrie extractive (+0,1)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les grandes entreprises sont moins financiaris\u00e9es<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Automobile (\u22120,4)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Source<\/em> : Compustat et Peters et Taylor, s\u00e9rie Total Q via WRDS.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les secteurs qui ont connu la plus forte hausse de leur capitalisation relative \u2014 le secteur pharmaceutique et le secteur des technologies \u2014 comptent parmi ceux qui font le plus appel aux actifs incorporels. Contrairement aux industries traditionnelles du milieu du XXe si\u00e8cle, les entreprises pharmaceutiques et technologiques sont beaucoup plus s\u00e9lectives dans le recrutement d\u2019employ\u00e9s dot\u00e9s d\u2019un \u00ab capital humain \u00bb \u00e9lev\u00e9 et beaucoup moins ax\u00e9es sur l\u2019augmentation des actifs corporels et de l\u2019effectif global (Schwartz, 2022). Cela a des r\u00e9percussions g\u00e9ographiques, car les entreprises technologiques et pharmaceutiques recherchent des synergies et des retomb\u00e9es en investissant dans des r\u00e9gions o\u00f9 il existe d\u00e9j\u00e0 une forte concentration de r\u00e9seaux \u00e9ducatifs, financiers et sociaux, comme la r\u00e9gion de la baie de San Francisco en Californie, Boston-Cambridge au Massachusetts et New York-New Jersey. Ces mod\u00e8les d\u2019investissement d\u00e9clenchent des dynamiques en mati\u00e8re d\u2019emploi et de prix des logements qui renforcent les in\u00e9galit\u00e9s r\u00e9gionales de richesse et de revenu \u00e0 travers les \u00c9tats-Unis (Haskel et Westlake, 2017, p. 136\u2013139). De plus, \u00e0 mesure que l\u2019intensit\u00e9 des actifs incorporels a augment\u00e9, la r\u00e9mun\u00e9ration des personnes hautement qualifi\u00e9es et bien connect\u00e9es travaillant dans le droit des soci\u00e9t\u00e9s, la finance, la consultation et le lobbying \u2014 et aidant les entreprises \u00e0 prot\u00e9ger, \u00e0 tirer parti et \u00e0 accro\u00eetre leurs actifs incorporels de diverses fa\u00e7ons \u2014 a \u00e9galement augment\u00e9, ce qui exacerbe encore davantage les in\u00e9galit\u00e9s entre les m\u00e9nages (Pistor, 2019; Christophers, 2021).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Notre analyse des dynamiques vari\u00e9es de la renti\u00e9risation et de la monopolisation intellectuelle <em>au sein<\/em> des secteurs a \u00e9galement d\u2019importantes implications macro\u00e9conomiques. Les secteurs les plus capitalis\u00e9s \u2014 l\u2019industrie pharmaceutique et les technologies \u2014 se caract\u00e9risent par des in\u00e9galit\u00e9s inter entre entreprises. Les chefs de file de ces deux secteurs ont non seulement r\u00e9ussi \u00e0 minimiser la fuite des connaissances en prot\u00e9geant continuellement leurs actifs incorporels au moyen de brevets et du secret d\u2019affaires, mais aussi \u00e0 maximiser l\u2019afflux de connaissances provenant d\u2019innovateurs subordonn\u00e9s au sein de syst\u00e8mes d\u2019innovation d\u2019entreprise organis\u00e9s hi\u00e9rarchiquement (Rikap, 2024). La capacit\u00e9 sup\u00e9rieure des grandes entreprises technologiques et pharmaceutiques \u00e0 s\u2019approprier les avantages des innovations d\u2019autres entreprises et \u00e0 restreindre ces avanc\u00e9es technologiques afin qu\u2019elles ne profitent pas \u00e0 d\u2019autres est au c\u0153ur de la dynamique actuelle de monopolisation intellectuelle et constitue un \u00e9l\u00e9ment central des tendances actuelles de sous-investissement (Rikap, 2021). Cette strat\u00e9gie consistant \u00e0 externaliser de mani\u00e8re s\u00e9lective certains des investissements incorporels les plus risqu\u00e9s vers des innovateurs subordonn\u00e9s est reproduite dans d\u2019autres secteurs, et s\u2019accompagne souvent d\u2019une autre strat\u00e9gie consistant \u00e0 externaliser certains des investissements corporels les moins rentables vers des fournisseurs nationaux et \u00e9trangers. Ensemble, ces pratiques s\u2019expliquent mieux par les processus de d\u00e9sint\u00e9gration verticale qui ont \u00e9merg\u00e9 \u00e0 la suite de la financiarisation et des normes de valeur pour les actionnaires, non seulement dans les secteurs de la technologie et de l\u2019industrie pharmaceutique, mais aussi dans tous les autres secteurs examin\u00e9s dans cet article. Au d\u00e9but de l\u2019apr\u00e8s-guerre, les in\u00e9galit\u00e9s entre entreprises \u00e9taient beaucoup plus limit\u00e9es qu\u2019aujourd\u2019hui, et la n\u00e9gociation sectorielle ainsi que les ententes salariales \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019\u00c9tat permettaient de limiter les r\u00e9percussions salariales diff\u00e9rentielles des in\u00e9galit\u00e9s entre entreprises qui existaient alors. La d\u00e9sint\u00e9gration verticale des entreprises chefs de file, l\u2019\u00e9rosion des institutions de n\u00e9gociation sectorielle et de n\u00e9gociation collective, ainsi que la polarisation de la rentabilit\u00e9 au sein des secteurs ont accru l\u2019effet des in\u00e9galit\u00e9s de profits entre entreprises sur les in\u00e9galit\u00e9s de richesse et de revenu des m\u00e9nages, engendrant une dynamique o\u00f9 \u00ab le gagnant emporte la majeure partie \u00bb et des tendances \u00e0 la stagnation (Auvray <em>et al.<\/em>, 2021; Schwartz, 2022).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">6. Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, les \u00e9conomistes politiques ont invoqu\u00e9 la rente et le monopole intellectuel pour diagnostiquer les maux du capitalisme contemporain. Mais ces concepts se sont av\u00e9r\u00e9s difficiles \u00e0 op\u00e9rationnaliser \u00e0 l\u2019aide de donn\u00e9es financi\u00e8res au niveau des entreprises. Afin d\u2019ouvrir de nouvelles perspectives empiriques, nous pr\u00e9conisons une analyse dynamique de la renti\u00e9risation et de la monopolisation intellectuelle. Notre analyse r\u00e9v\u00e8le qu\u2019aux \u00c9tats-Unis, loin de se limiter \u00e0 des cas flagrants, la renti\u00e9risation et la monopolisation intellectuelle sont devenues relativement r\u00e9pandues. Cela dit, les dynamiques varient consid\u00e9rablement d\u2019un secteur \u00e0 l\u2019autre. Les tendances que nous consid\u00e9rons comme conjointement suffisantes pour identifier la monopolisation intellectuelle sont les plus anciennes dans le secteur pharmaceutique. Mais ces derni\u00e8res ann\u00e9es, ces tendances sont devenues tout aussi marqu\u00e9es dans le secteur des technologies. Nous avons \u00e9galement constat\u00e9 que l\u2019intensit\u00e9 relative des actifs incorporels entre les grandes et les petites entreprises diff\u00e8re consid\u00e9rablement d\u2019un secteur \u00e0 l\u2019autre, en fonction des sp\u00e9cificit\u00e9s de l\u2019industrie et de leur relation particuli\u00e8re avec les dynamiques internationales ainsi qu\u2019avec les politiques gouvernementales. Bien que la courbe en sourire refl\u00e8te certainement des dimensions importantes des cha\u00eenes d\u2019approvisionnement qui relient les entreprises chefs de file \u00e0 des fournisseurs \u00e0 faible co\u00fbt exer\u00e7ant des activit\u00e9s tangibles \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, ce n\u2019est que dans certains secteurs qu\u2019elle pr\u00e9sente une valeur analytique aux \u00c9tats-Unis m\u00eames. En effet, nous constatons, en particulier dans les secteurs pharmaceutique et technologique \u2014 et dans une moindre mesure dans les secteurs du commerce de d\u00e9tail, de l\u2019habillement et de la chaussure \u2014 que ce sont les petites entreprises, plut\u00f4t que les leaders \u00e9tablis, qui sont les plus \u00ab \u00e0 forte intensit\u00e9 d\u2019actifs incorporels \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis ses origines m\u00eames, l\u2019accumulation de capital repose sur l\u2019\u00e9tablissement de fronti\u00e8res qui facilitent l\u2019exclusion totale de certains et l\u2019int\u00e9gration d\u2019autres dans des conditions de subordination. Les notions de \u00ab renti\u00e9risation \u00bb et de \u00ab monopolisation intellectuelle \u00bb sont utiles pour mettre en lumi\u00e8re la mani\u00e8re dont ces processus d\u2019enfermement \u2014 consistant \u00e0 la fois \u00e0 exclure et \u00e0 int\u00e9grer \u2014 s\u2019articulent dans le contexte contemporain. Nous proposons un ensemble d\u2019outils heuristiques permettant de cartographier comment ces processus peuvent \u00eatre identifi\u00e9s \u00e0 partir des donn\u00e9es financi\u00e8res au niveau des entreprises. L\u2019utilisation de ces outils heuristiques pour explorer les aspects comparatifs de la renti\u00e9risation et de la monopolisation intellectuelle constituera une prochaine \u00e9tape cruciale dans cette ligne de recherche. Notre analyse des \u00c9tats-Unis peut \u00eatre \u00e9tendue afin d\u2019explorer les tendances empiriques dans d\u2019autres pays au fil du temps, dans diff\u00e9rents secteurs et pour des entreprises de tailles vari\u00e9es. Dans quelle mesure d\u2019autres pays \u00e0 revenu \u00e9lev\u00e9 ont-ils connu des degr\u00e9s similaires de monopolisation intellectuelle ces derni\u00e8res ann\u00e9es? Et de quelles fa\u00e7ons ces processus interagissent-ils avec les configurations institutionnelles plus larges des diff\u00e9rentes vari\u00e9t\u00e9s de capitalisme (Hall et Soskice, 2001; Amable <em>et al.<\/em>, 2005; Landini et Pagano, 2020)? Dans la litt\u00e9rature sur l\u2019\u00e9conomie politique compar\u00e9e, la financiarisation et l\u2019accumulation d\u2019actifs incorporels sont souvent consid\u00e9r\u00e9es comme hostiles aux syst\u00e8mes financiers traditionnels fond\u00e9s sur les banques que l\u2019on retrouve dans les \u00e9conomies de march\u00e9 coordonn\u00e9es (Pagano, 2019). Cartographier ces processus pourrait nous aider \u00e0 mieux comprendre les pressions en faveur d\u2019une convergence vers des syst\u00e8mes financiers fond\u00e9s sur les capitaux propres. Ces outils heuristiques peuvent \u00e9galement servir \u00e0 analyser les dynamiques dans le Sud, qui sont fondamentalement diff\u00e9rentes des mod\u00e8les de pouvoir des grandes entreprises dans les pays \u00e0 revenu \u00e9lev\u00e9 \u2014 tout en \u00e9tant profond\u00e9ment conditionn\u00e9es par ceux-ci (Jackson, 2022).<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size wp-block-paragraph\">Fichier Excel des\u00a0<a href=\"https:\/\/1drv.ms\/x\/c\/52b2e58f9a01f490\/IQBNOTq3uISSRr4KrP9JoB-QAYl77ixhpKkjm1SZpu5-bUE?e=SAPhd3\">traductions<\/a> par\u00a0<em>Gilles en vrac<\/em> <br><a href=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/trad\/\">Fiches<\/a> avec les premi\u00e8res phrases (et non seulement les titres)<br>Les<strong>\u00a0caract\u00e8res gras<\/strong>\u00a0dans le texte sont de Gilles.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Rentiership-and-intellectual-monopoly-references.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 Rentiership and intellectual monopoly-references.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-0d727e2f-34a5-430c-bd5d-e1594066545c\" href=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Rentiership-and-intellectual-monopoly-references.pdf\">Rentiership and intellectual monopoly-references<\/a><a href=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Rentiership-and-intellectual-monopoly-references.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-0d727e2f-34a5-430c-bd5d-e1594066545c\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Traduction de Rentiership and intellectual monopoly in contemporary capitalism: conceptual challenges and empirical possibilities par Joseph Baines et Sandy Brian Hager. Socio-Economic Review, volume 23, num\u00e9ro 4, octobre 2025. R\u00e9sum\u00e9 : Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, les concepts de \u00ab renti\u00e9risme \u00bb et de \u00ab monopole intellectuel \u00bb ont pris une place pr\u00e9pond\u00e9rante dans les d\u00e9bats sur &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/trad\/rente-et-monopole-intellectuel\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;La rente et le monopole intellectuel dans le capitalisme contemporain : d\u00e9fis conceptuels et possibilit\u00e9s empiriques&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":11825,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-11250","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack-related-posts":[{"id":10918,"url":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/trad\/capitalisme-contemporain-impitoyable\/","url_meta":{"origin":11250,"position":0},"title":"Le capitalisme contemporain est d\u2019une concurrence impitoyable","author":"Gilles Beauchamp","date":"3 juillet 2026","format":false,"excerpt":"Traduction de Contemporary Capitalism Is Brutally Competitive par Stephen Maher et Scott Aquanno, sur Jacobin, le 26 juin 2026. 22 \u00e0 27 minutes. 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