{"id":11399,"date":"2026-08-31T19:40:18","date_gmt":"2026-08-31T23:40:18","guid":{"rendered":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/?page_id=11399"},"modified":"2026-10-18T19:40:33","modified_gmt":"2026-10-18T23:40:33","slug":"leviathan-de-silicium-un-ordre-policier","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/trad\/leviathan-de-silicium-un-ordre-policier\/","title":{"rendered":"L\u00e9viathan de silicium &#8211; un ordre policier"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Traduction de <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/1600910X.2026.2698718\">Silicon Leviathan \u2013 a police order<\/a> par Erdogan H. Sima, dans <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/journals\/rdis20\">Distinktion: Journal of Social Theory<\/a>, le 10 juillet 2026. [r\u00e9f. The Syllabus]<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9sum\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il s\u2019agit ici d\u2019une \u00e9tude sur la datafication. Bien qu\u2019elle se concentre sur la datafication de l\u2019\u00c9tat, cette \u00e9tude s\u2019attache \u00e0 mettre en avant l\u2019ordre perceptuel qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Si la datafication en est venue \u00e0 pr\u00e9valoir, je sugg\u00e8re que cette pr\u00e9valence ne peut \u00eatre comprise en soi. La datafication de l\u2019\u00c9tat doit \u00eatre prise au s\u00e9rieux, mais pas \u00e0 premi\u00e8re vue. En m\u2019appuyant sur le concept d\u2019ordre policier de Jacques Ranci\u00e8re, je propose d\u2019analyser comment la d\u00e9centralisation de la bureaucratie centr\u00e9e sur l\u2019\u00c9tat entra\u00eene le d\u00e9placement de l\u2019action politique. Dans le cadre de la datafaction, soutiens-je, la pr\u00e9tention t\u00e9l\u00e9ologique visant \u00e0 d\u00e9politiser la politique est indissociable de la surveillance constante de l\u2019hybridit\u00e9 agentielle en tant que franchissement de fronti\u00e8res sans friction sur le plan technopolitique. La technopolitique d\u00e9signe le d\u00e9ploiement de cette pr\u00e9tention m\u00eame \u00e0 une action d\u00e9politis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La pr\u00e9sente \u00e9tude porte sur la \u00ab datafication \u00bb. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, elle s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la datafication de l\u2019\u00c9tat. Si la datafication est devenue omnipr\u00e9sente, partant du principe que cette omnipr\u00e9sence ne peut \u00eatre comprise en soi. Je propose donc de prendre au s\u00e9rieux la datafication de l\u2019\u00c9tat, tout en \u00e9vitant d\u2019accepter ses pr\u00e9misses telles quelles. Parmi celles-ci figure notamment la pr\u00e9misse t\u00e9l\u00e9ologique d\u2019une disruption in\u00e9vitable (cf. Levina 2017). La \u00ab datafication \u00bb de l\u2019\u00c9tat est cens\u00e9e se nourrir ind\u00e9finiment du \u00ab pouvoir perturbateur des donn\u00e9es \u00bb (Schaetz et al., p. 1158). Et, en ces termes, elle est per\u00e7ue comme une \u00ab concentration du pouvoir \u00bb in\u00e9vitable (McFarland, Galliott et Cappuccio 2020, p. 191) . Autrement dit, la \u00ab datafication \u00bb de l\u2019\u00c9tat n\u2019est pas une fatalit\u00e9; l\u2019\u00ab \u00c9tat dataifi\u00e9 \u00bb d\u00e9signe plut\u00f4t la t\u00e9l\u00e9ologie qui soutient la concentration \u2013 autrement insoutenable \u2013 du pouvoir (\u00ab dataifi\u00e9 \u00bb). D\u2019o\u00f9 l\u2019insistance : \u00ab la \u201crh\u00e9torique prometteuse et ambivalente\u201d de la disruption technologique et de l\u2019in\u00e9vitabilit\u00e9 politique \u00bb (Geiger 2020, 169) doit \u00eatre prise au s\u00e9rieux, mais pas au pied de la lettre. L\u2019affirmation selon laquelle \u00ab les initiatives de l\u2019\u00c9tat datafi\u00e9 supplantent plut\u00f4t qu\u2019elles ne remplacent \u00bb l\u2019\u00c9tat bureaucratique (Raso et Adelmant, p. 39) ne fait pas de l\u2019\u00ab \u00c9tat datafi\u00e9 \u00bb une in\u00e9vitabilit\u00e9. Au contraire, cette proposition est pr\u00e9cieuse pour la pr\u00e9sente \u00e9tude, dans laquelle elle est d\u00e9cortiqu\u00e9e afin d\u2019illustrer la pr\u00e9misse t\u00e9l\u00e9ologique de la datafication. Il suffit de dire que la datafication repose sur son caract\u00e8re ouvert; elle se d\u00e9ploie en privil\u00e9giant, sur le plan perceptuel, le \u00ab d\u00e9placement \u00bb plut\u00f4t que le \u00ab remplacement \u00bb. L\u2019ordre perceptuel en jeu, soutiens-je, est crucial pour la pr\u00e9valence de la datification : il affecte non seulement l\u2019action bureaucratique, mais surtout la politique d\u2019action de la \u00ab vie quotidienne \u00bb (Mennicken et Espeland 2019, 237; Torpey 2020, 761).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comment donc saisir la signification politique de la datification, pr\u00e9cis\u00e9ment dans la mesure o\u00f9 elle d\u00e9pend de l\u2019ordre perceptuel? \u00c0 cette fin, je m\u2019appuie sur le concept d\u2019ordre policier de Jacques Ranci\u00e8re. Tout comme \u00ab le pouvoir de l\u2019ordre policier r\u00e9side dans son apparente naturalit\u00e9 \u00bb (Caiazzo 2022, 75), le d\u00e9centrement presque naturel de la bureaucratie centr\u00e9e sur l\u2019\u00c9tat entra\u00eene le d\u00e9placement de l\u2019action politique. Alors que l\u2019\u00ab \u00c9tat datifi\u00e9 \u00bb est encore \u00e0 venir, les \u00ab initiatives hybrides \u00bb sont bien r\u00e9elles et pr\u00e9sentes (Uribe 2026, 60). Le concept d\u2019\u00ab ordre policier \u00bb implique de s\u2019engager face aux implications concr\u00e8tes de la datafication de l\u2019\u00c9tat, en prenant ses distances par rapport \u00e0 l\u2019\u00ab \u00c9tat dataifi\u00e9 \u00bb. \u00c0 ce titre, il sugg\u00e8re de s\u2019engager \u00e0 mettre en avant la \u00ab pure contingence de tout ordre \u00e9tabli \u00bb (Dike\u00e7, 2012, 673). Sur le plan m\u00e9thodologique, le pr\u00e9sent article s\u2019attache \u00e0 mettre en \u00e9vidence l\u2019ordonnancement perceptuel \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la \u00ab datafication \u00bb technopolitique et contingente de l\u2019\u00c9tat. Il s\u2019agit ainsi de souligner que la \u00ab datafication \u00bb n\u2019est jamais achev\u00e9e. La datafication de l\u2019\u00c9tat s\u2019op\u00e8re dans la \u00ab reconfiguration ouverte des formes perceptuelles donn\u00e9es \u00bb (Ranci\u00e8re 2013, 63, 85). Dans le cadre de la datafication, la souverainet\u00e9 politique constitue un obstacle perceptuel que la disruption technopolitique implicite \u00e0 la mont\u00e9e des \u00ab acteurs quasi-souverains \u00bb est appel\u00e9e \u00e0 surmonter (cf. Atal et al. 2026). On attribue g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 la Vall\u00e9e du Silicium la pr\u00e9f\u00e9rence accord\u00e9e \u00e0 la disruption plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 la durabilit\u00e9 (Levina et Hasinoff 2017, 491). Mais en r\u00e9alit\u00e9, l\u2019argument rh\u00e9torique en faveur de \u00ab solutions technologiques et [\u2026] disruptives aux probl\u00e8mes sociaux \u00bb repose sur notre suspension d\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 avant m\u00eame que l\u2019on puisse en examiner les \u00ab cons\u00e9quences impr\u00e9vues \u00bb (Levina et Hasinoff 2017, 494). Cela revient \u00e0 sugg\u00e9rer que la disruption in\u00e9vitable de l\u2019\u00c9tat est d\u00e9j\u00e0 \u00e0 nos portes. Si la d\u00e9centralisation de l\u2019ordre des choses centr\u00e9 sur l\u2019\u00c9tat est un fait acquis, je soutiens que \u00ab l\u2019\u00c9tat datifi\u00e9 \u00bb invoque effectivement la disruption in\u00e9vitable de l\u2019action politique. La datification est un processus ouvert, mais l\u2019ordonnancement perceptuel est d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le caract\u00e8re apparemment naturel de la d\u00e9limitation entre \u00ab le visible et l\u2019invisible \u00bb (Ranci\u00e8re 2013, 13). L\u2019aspect visible de la \u00ab datafication \u00bb est \u00ab le pouvoir des grandes entreprises technologiques \u00bb (Torpey 2020, 751). De mani\u00e8re invisible, cependant, le \u00ab pouvoir \u00bb d\u00e9centr\u00e9 des donn\u00e9es prosp\u00e8re en naturalisant, au nom de tous, le d\u00e9placement de la conception politique de l\u2019action par l\u2019hybridit\u00e9 technopolitique. La revendication politique de la \u00ab souverainet\u00e9 \u00bb est visiblement d\u00e9plac\u00e9e (plut\u00f4t que remplac\u00e9e) par des \u00ab initiatives hybrides \u00bb d\u00e9centr\u00e9es sur le plan de l\u2019agentivit\u00e9. La d\u00e9centralisation de l\u2019agentivit\u00e9 est bien s\u00fbr une t\u00e9l\u00e9ologie; c\u2019est pourquoi \u00ab l\u2019hybridit\u00e9 du public et du priv\u00e9 \u00bb (Uribe 2026, 48) ne signifie pas la fin de la datafication. Au contraire, \u00ab l\u2019hybridation humain-IA \u00bb (Rella et al. 2025, 152) signifie que le d\u00e9roulement t\u00e9l\u00e9ologique de la datafication n\u2019emp\u00eache pas le d\u00e9placement de la conception anthropocentrique de l\u2019agentivit\u00e9 (Schreiber 2024) \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire de mani\u00e8re presque naturelle, dans une logique de continuit\u00e9 agentive. C\u2019est en ce sens que la datafication va de pair avec l\u2019imposition de son propre caract\u00e8re in\u00e9vitable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De toute \u00e9vidence, le d\u00e9roulement t\u00e9l\u00e9ologique de la datafication d\u00e9passe un cadre \u00e9troit tel que \u00ab rendre le gouvernement intelligent \u00bb (Lepage-Richer et McKelvey 2022, 2). De m\u00eame, elle ne peut pas non plus se r\u00e9duire \u00e0 la quantification (cf. Kopper et Knox 2024). Peut-\u00eatre la datafication a-t-elle sa place dans la longue histoire de l\u2019ordonnancement politique par les \u00ab chiffres \u00bb (Kopper et Knox 2024, 2) \u2013 m\u00eame si les origines de ce dernier remontent \u00e0 la \u00ab construction d\u2019un \u00c9tat fort et centralis\u00e9 et aux diverses fa\u00e7ons de d\u00e9crire \u00e0 la fois l\u2019\u00c9tat et la soci\u00e9t\u00e9 qui lui est associ\u00e9e \u00bb (Desrosi\u00e8res 1998, 26). Toutefois, une g\u00e9n\u00e9alogie de la datafication d\u00e9passe le cadre de la pr\u00e9sente \u00e9tude. Ici, l\u2019objectif est de cerner la datafication en fonction de l\u2019ordre technopolitique des choses qu\u2019elle nous pr\u00e9sente, c\u2019est-\u00e0-dire dans sa pr\u00e9tention \u00e0 une perturbation agentielle. En bref, la datafication sugg\u00e8re la \u00ab une reconfiguration des personnes selon de nouveaux mod\u00e8les \u00bb (Mennicken et Espeland 2019, 237). Nous pouvons garder nos distances par rapport aux \u00ab chiffres \u00bb pr\u00e9cis\u00e9ment en tant que chiffres. En revanche, la datafication fait de la \u00ab d\u00e9politisation de la politique \u00bb une revendication presque naturelle (cf. Mennicken et Espeland 2019, 231). La datafication de l\u2019\u00c9tat affecte la politique de la vie quotidienne, notamment avec l\u2019\u00e9mergence d\u2019un \u00ab nouveau groupe d\u2019acteurs, tels que les entreprises technologiques et les technologues civiques \u00bb, qui est indissociable de la pr\u00e9valence de \u00ab nouvelles techniques, comme l\u2019apprentissage automatique, dans la gouvernance \u00bb (Baykurt 2025, 2797). En effet, ces \u00ab nouveaux acteurs \u00bb t\u00e9moignent de la perturbation in\u00e9vitable du champ d\u2019action des possibilit\u00e9s. Contrairement aux \u00ab chiffres \u00bb, l\u2019\u00c9tat dataifi\u00e9 \u00e0 venir nous implique l\u00e0 o\u00f9 nous tenons pour acquises les \u00ab [toujours] nouvelles formes de souverainet\u00e9 \u00bb qu\u2019il prescrit (cf. Csernatoni et al. 2025, 1) . En ces termes, la datification nous conf\u00e8re le droit technopolitique de chevaucher les deux c\u00f4t\u00e9s du clivage technologique\/politique \u2013 ce qui est r\u00e9v\u00e9lateur d\u2019un d\u00e9saccord avec le postulat de la quantification selon lequel \u00ab [l]es chiffres sont des \u00e9l\u00e9ments essentiels de la vie politique \u00bb (Kopper et Knox 2024, 1; italiques ajout\u00e9s). Ici, la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ce qui est \u00ab technologique \u00bb implique non pas tant l\u2019instrumentalit\u00e9 que l\u2019intentionnalit\u00e9 (Dean 1996, 57). La conception de la technologie qui sous-tend l\u2019extension t\u00e9l\u00e9ologique de la \u00ab pratique de la gouvernementalit\u00e9 des \u00c9tats aux entreprises technologiques et aux infrastructures num\u00e9riques \u00bb (Aradau 2023, 18; Kopper et Knox 2024, 10) n\u2019est pas tant instrumentale qu\u2019intentionnelle. \u00c0 ce titre, l\u2019intentionnalit\u00e9 de la datafaction culmine dans la croyance en une \u00ab collecte de donn\u00e9es immanente qui se produit comme un sous-produit de la vie quotidienne \u00bb (McSorley 2021, 44), ou plut\u00f4t, dans notre suspension d\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 face \u00e0 la technologie sous-jacente \u2013 pr\u00e9cis\u00e9ment en tant que \u00ab [pr\u00e9]condition de formes de vie particuli\u00e8res \u00bb (cf. Dean 1996, 58).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On peut soutenir que c\u2019est l\u2019ordonnancement perceptuel qui sous-tend la pr\u00e9tention t\u00e9l\u00e9ologique visant \u00e0 d\u00e9politiser la politique. L\u2019affirmation selon laquelle \u00ab l\u2019autorit\u00e9 s\u2019exprime de plus en plus de mani\u00e8re algorithmique \u00bb (Pasquale, cit\u00e9 dans Mennicken et Espeland 2019, 237) est valable, mais dans la perspective d\u2019un \u00ab \u00c9tat dataifi\u00e9 \u00bb \u00e0 venir. En effet, la datafication peut se r\u00e9sumer \u00e0 un imp\u00e9ratif perceptuel : personne ne peut se permettre d\u2019\u00eatre laiss\u00e9 pour compte par le pouvoir technopolitique des donn\u00e9es. Comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 sugg\u00e9r\u00e9, ce \u00ab pouvoir \u00bb d\u00e9ploy\u00e9 sur le plan perceptuel doit \u00eatre pris au s\u00e9rieux \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire comme une modification du \u00ab champ de possibilit\u00e9s esth\u00e9tico-politique \u00bb (Ranci\u00e8re 2013, 3). D\u2019o\u00f9 la mise en garde qui s\u2019ensuit : l\u2019ordonnancement perceptuel implicite \u00e0 la datafication ne peut \u00eatre pris au pied de la lettre. La datafication de l\u2019\u00c9tat appartient t\u00e9l\u00e9ologiquement \u00e0 l\u2019 \u00ab futur \u00bb. Mais le pouvoir technopolitique qu\u2019elle d\u00e9ploie sur le plan perceptuel est d\u00e9j\u00e0 parmi nous \u2013 ici et maintenant, sous la forme d\u2019un \u00ab champ d\u2019actions possibles \u00bb modifi\u00e9 (Dean 1996, 61). Le revers du telos qu\u2019est l\u2019\u00ab \u00c9tat datifi\u00e9 \u00bb est l\u2019ordonnancement perceptuel tr\u00e8s pr\u00e9sent dans lequel l\u2019hybridit\u00e9 ontologique \u00e9merge comme une possibilit\u00e9 agentiale. L\u2019agence technopolitique compos\u00e9e de \u00ab des configurations hybrides de personnes, de donn\u00e9es, de machines et d\u2019organisations, charg\u00e9es de r\u00e9pondre \u00e0 des exigences op\u00e9rationnelles et strat\u00e9giques sp\u00e9cifiques \u00bb (Stevens, 2020, 167) incarne \u00e9galement une in\u00e9vitabilit\u00e9 naturalis\u00e9e. Ainsi, presque naturellement, \u00ab l\u2019adoption de la technopolitique comme sch\u00e9ma [t\u00e9l\u00e9ologique] \u00bb est \u00e9tay\u00e9e par la plausibilit\u00e9 des \u00ab formes hybrides de pouvoir \u00bb (M\u00fcller et Richmond, 2023, 4) . La datafication nous pr\u00e9sente de \u00ab nouvelles \u00bb formes de souverainet\u00e9 dans lesquelles nous sommes investis en tant qu\u2019agents. Compte tenu de \u00ab l\u2019autonomisation technologique \u00bb (Ta\u015fkale 2025, 2), ceux qui sont ainsi autonomis\u00e9s se trouvent impliqu\u00e9s dans la conception technopolitique du pouvoir. Ainsi, la plausibilit\u00e9 du telos agentif qu\u2019est l\u2019\u00ab hybridit\u00e9 \u00bb refl\u00e8te l\u2019efficacit\u00e9 t\u00e9l\u00e9ologique de la fermeture de la politique au sein de la technopolitique. L\u2019imp\u00e9ratif perceptuel qui en est venu \u00e0 miner la gouvernance politique est, en ce sens, plus qu\u2019une proph\u00e9tie auto-r\u00e9alisatrice dont nous pourrions simplement nous d\u00e9barrasser. C\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire, une perception d\u00e9politis\u00e9e des donn\u00e9es nous oblige \u00e0 nous identifier \u00e0 la conception \u00ab datafi\u00e9e \u00bb de la politique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00ab \u00c9tat datafi\u00e9 \u00bb : la pr\u00e9tention \u00e0 d\u00e9politiser la politique<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourquoi \u00ab \u00c9tat datafi\u00e9 \u00bb? La datafisation de l\u2019\u00c9tat bouleverse la sensibilit\u00e9 \u00e9tablie de la gouvernance politique, mais uniquement pour en donner un sens nouvellement \u00e9tabli, \u00e0 savoir celui d\u2019\u00ab \u00c9tat datafi\u00e9 \u00bb (Baykurt 2025; Burrell et Singh 2024; Smith, Vajdic et Stephenson 2023). Il s\u2019agit d\u2019un mode de bouleversement consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab un [technopolitique] lieu de construction du futur \u00bb (cf. Van Den Meerssche 2022, 201). Ce qui est donc crucial dans la \u00ab datafication \u00bb de l\u2019\u00c9tat, ce n\u2019est pas seulement la \u00ab conviction que les donn\u00e9es peuvent favoriser un appareil social meilleur, plus efficace, et plus \u00ab objectif \u00bb \u00bb; cette croyance t\u00e9l\u00e9ologique s\u2019accompagne de la possibilit\u00e9 technopolitique de \u00ab fa\u00e7onner ce qui est pensable et les pratiques par lesquelles les acteurs remplissent leurs r\u00f4les \u00bb, pr\u00e9cis\u00e9ment dans et par \u00ab la coproduction de la technologie, de la soci\u00e9t\u00e9 et de la politique \u00bb (Reutter 2022, 905\u2013906; Knorr et Pentzold 2025). La nouvelle sensibilit\u00e9 v\u00e9hicul\u00e9e par l\u2019\u00ab \u00c9tat datafi\u00e9 \u00bb se pr\u00e9sente comme un ordre perceptuel qui s\u2019\u00e9tend ind\u00e9finiment au-del\u00e0 de l\u2019\u00c9tat. En cela, la datafication ne se contente pas de d\u00e9placer le jeu entre anticipation et actualisation que sugg\u00e8re le \u00ab d\u00e9terminisme des donn\u00e9es \u00bb (Kitchin, 2024, 62), mais elle \u00e9tablit \u00e9galement une \u00e9quivalence perceptuelle entre l\u2019anticipation et l\u2019actualisation. Du point de vue de la datafaction, l\u2019\u00c9tat est toujours d\u00e9j\u00e0 un \u00ab \u00c9tat datafi\u00e9 \u00bb, non pas en soi, mais au regard de sa reconfiguration in\u00e9vitable en tant que tel. Note de bas de page1 L\u2019\u00ab \u00c9tat datifi\u00e9 \u00bb qui fait toujours d\u00e9faut (IA militaire, police pr\u00e9dictive, autosuivi, etc.) doit donc \u00eatre pris au s\u00e9rieux \u00ab comme un d\u00e9veloppement politique plut\u00f4t que technologique \u00bb (Dencik et Kaun 2020, 3). L\u2019orientation technopolitique des donn\u00e9es ne signifie pas qu\u2019elles pourraient \u00e9chapper \u00e0 leurs fondements politiques bien r\u00e9els. Comme nous le rappelle le concept d\u2019ordre policier, \u00ab l\u2019ordre \u00e9tabli reste ouvert aux br\u00e8ches [pr\u00e9cis\u00e9ment] dans sa logique \u201cnaturelle\u201d \u00bb (Knorr et Pentzold 2025; Ranci\u00e8re 2013, 89). Ainsi, plut\u00f4t que la qu\u00eate d\u2019un \u00ab salut technologique \u00bb (Atal et al. 2026, 19), l\u2019\u00ab \u00c9tat dataifi\u00e9 \u00bb refl\u00e8te l\u2019effort perp\u00e9tuel visant \u00e0 naturaliser la datafaction comme \u00e9tant d\u00e9tach\u00e9e de ses fondements politiques. Ce qu\u2019il faut prendre au s\u00e9rieux, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette perp\u00e9tuit\u00e9 perceptuelle : la datafaction de l\u2019\u00c9tat implique une fuite sans limite face \u00e0 l\u2019in\u00e9vitable (le pr\u00e9sent politique) en nous imposant de nous soumettre \u00e0 la technopolitique in\u00e9vitable \u00e0 venir. Cela peut tout aussi bien \u00eatre une reconnaissance de soi : le caract\u00e8re perturbateur de la datafication entretient une relation de d\u00e9pendance avec son in\u00e9vitabilit\u00e9 t\u00e9l\u00e9ologique \u2013 ou plut\u00f4t, avec notre suspension de l\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 \u00e0 son \u00e9gard. Ainsi, l\u2019\u00ab \u00c9tat datafi\u00e9 \u00bb naturalise la possibilit\u00e9 de mettre fin \u00e0 l\u2019action politique, pr\u00e9cis\u00e9ment dans l\u2019in\u00e9vitabilit\u00e9 d\u2019une action technopolitique \u00e0 venir. Ainsi, face \u00e0 cette pr\u00e9tention presque naturelle de d\u00e9politiser la politique, j\u2019esp\u00e8re contribuer \u00e0 sa d\u00e9-naturalisation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le fait que \u00ab de plus en plus de capteurs produiront davantage de donn\u00e9es, puis que davantage d\u2019IA aidera \u00e0 transformer ces donn\u00e9es en davantage d\u2019information \u00bb (Wright, Miklaucic et Veazie 2025, 18) n\u2019est pas un argument politique, mais une t\u00e9l\u00e9ologie technopolitique : cela refl\u00e8te le \u00ab d\u00e9centrement \u00bb irr\u00e9sistible du sujet politique de la production de connaissances (cf. Jarke et al. 2024, 7) . Le glissement du sujet pol\u00e9mique de la connaissance vers le \u00ab lien entre l\u2019humain et la technologie \u00bb (Wright, Miklaucic et Veazie 2025, 21), qui s\u2019impose sur le plan technopolitique, peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une d\u00e9sillusion \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la politique. Or, en r\u00e9alit\u00e9, ce glissement refl\u00e8te l\u2019approche exp\u00e9rimentale dominante en mati\u00e8re de formation du sujet. En gros, ce que l\u2019on peut conna\u00eetre de la technologie et ce que l\u2019on peut en faire est de plus en plus per\u00e7u comme une question d\u2019\u00ab exp\u00e9rimentation technologique [\u2026] en tant que pratique interventionnelle qui r\u00e9git les probl\u00e8mes sociopolitiques \u00bb (Csernatoni et al. 2025, 7). Dans ce cadre de perception, le sujet politique du savoir est peut-\u00eatre reconfigur\u00e9 en un probl\u00e8me technopolitique qui attend sa solution in\u00e9vitable. D\u2019un point de vue perceptuel, nous sommes incapables de d\u00e9terminer si le telos de \u00ab l\u2019\u00c9tat datifi\u00e9 \u00bb d\u00e9coule du pouvoir politique des entreprises technologiques, ou s\u2019il s\u2019agit d\u2019une cons\u00e9quence perceptuelle de la qu\u00eate dominante du pouvoir exp\u00e9rimental. Cette ambivalence, selon moi, met en \u00e9vidence la suspension t\u00e9l\u00e9ologique de l\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 qui est immanente \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience technologique d\u2019une politique \u00ab apolitique \u00bb (cf. K\u00f6nig 2020, 468) . En cons\u00e9quence, le fait que \u00ab les r\u00e8gles ne sont pas d\u00e9lib\u00e9r\u00e9es mais d\u00e9couvertes, non pas \u00e9labor\u00e9es mais induites par l\u2019analyse adaptative des donn\u00e9es \u00bb (Van Den Meerssche 2022, 200) reste dans l\u2019ensemble invisible. Ces \u00ab effets de pouvoir \u00bb intrins\u00e8ques \u00e0 la datafaction sont \u00ab souvent rendus invisibles \u00bb (Mejias et Couldry 2019, 4). Pourtant, le revers de ce pouvoir invisible est une t\u00e9l\u00e9ologie visible : l\u2019\u00ab \u00c9tat datifi\u00e9 \u00bb \u00e0 venir est \u00e0 l\u2019\u00e9coute des \u00ab publics dont le lien avec l\u2019\u00c9tat est en pleine transformation \u00bb (Smith, Vajdic et Stephenson 2023, 10), mais dans le but d\u2019exp\u00e9rimenter les fa\u00e7ons dont \u00ab les services publics s\u2019organisent autour des activit\u00e9s disruptives des entreprises technologiques \u00bb (Dencik et Kaun 2020, 5). Ainsi, alors que \u00ab l\u2019\u00c9tat datifi\u00e9 \u00bb s\u2019\u00e9chappe commod\u00e9ment vers l\u2019avenir, le d\u00e9placement actuel de la politique par la technopolitique, notamment par la plausibilit\u00e9 exp\u00e9rimentale de \u00ab formes hybrides de pouvoir \u00bb, nous \u00e9chappe tout simplement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sous la \u00ab transformation technologique de la vie quotidienne \u00bb (Torpey 2020, 758) se cachent ces effets de pouvoir qui nous \u00e9chappent. D\u2019une part, la t\u00e9l\u00e9ologie technopolitique de la datafication exclut la multiplicit\u00e9 politique que d\u00e9signe le \u00ab nous \u00bb \u2014 on peut le dire, presque naturellement. Il s\u2019agit ici de souligner la d\u00e9valorisation perceptuelle de la politique qui op\u00e8re en prenant la technopolitique de la datafication comme un fait acquis. La production de \u00ab nouvelles connaissances \u00bb est cruciale pour la datafication de l\u2019\u00c9tat; elle ne renvoie pas \u00e0 une capacit\u00e9 \u00e9pist\u00e9mique, mais \u00e0 l\u2019attrait t\u00e9l\u00e9ologique de la reconfiguration de \u00ab la nature de l\u2019\u00c9tat \u00bb (Smith, Vajdic et Stephenson 2023, 10). La conception reconfigur\u00e9e de la bureaucratie \u2013 pr\u00e9cis\u00e9ment en tant qu\u2019appareil dont \u00ab les technologies ont toujours fait partie int\u00e9grante \u00bb (Raso et Adelmant 2024, 36) \u2013 ne sugg\u00e8re pas simplement \u00ab la mainmise de l\u2019industrie technologique sur l\u2019\u00c9tat datifi\u00e9 \u00bb (Baykurt 2025, 2807). Au contraire, l\u2019\u00ab \u00c9tat datifi\u00e9 \u00bb fait r\u00e9f\u00e9rence au cadre perceptuel dans lequel l\u2019\u00c9tat et les entreprises priv\u00e9es peuvent \u00eatre per\u00e7us comme \u00ab s\u2019associant dans un alignement plus profond \u00bb (Burrell et Singh 2024, 25). La \u00ab mainmise \u00bb d\u00e9fie en effet sa conception courante comme aboutissement d\u2019efforts de lobbying unilat\u00e9raux visant \u00e0 mettre en \u00e9vidence l\u2019exposition tant des entreprises que de l\u2019administration aux cons\u00e9quences impr\u00e9vues de la datafaction. En tant que contexte t\u00e9l\u00e9ologique de l\u2019ordonnancement perceptuel, \u00ab l\u2019\u00c9tat datafi\u00e9 \u00bb permet et impose \u00e0 la fois des modes de pouvoir technopolitiques tels que les \u00ab entreprises de mainmise \u00bb (Burrell et Singh 2024, 25). Ainsi, l\u2019alignement public-priv\u00e9 mentionn\u00e9 ci-dessus d\u00e9pend de notre suspension d\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 face \u00e0 un pouvoir qui transcende les oppositions public\u2013priv\u00e9, \u00e9tatique\u2013non \u00e9tatique \u00ab pour exercer une force et un contr\u00f4le sur la population \u00bb (cf. Burrell et Singh 2024, 25). Dans le m\u00eame sens, le privil\u00e8ge bureaucratique de \u00ab fa\u00e7onner l\u2019interpr\u00e9tation des donn\u00e9es publiques \u00bb peut d\u00e9sormais \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une \u00ab capacit\u00e9 \u00e9pist\u00e9mique \u00bb \u00e0 saisir (Baykurt 2025, 2805). De toute \u00e9vidence, \u00ab les ensembles de donn\u00e9es gouvernementaux se transforment en traces \u00e0 capturer \u00bb (Baykurt 2025, 2806). Cette visibilit\u00e9 comporte toutefois un aspect invisible : toutes les entreprises ne peuvent pas s\u2019approprier le pouvoir des donn\u00e9es. D\u2019un point de vue perceptuel, ce \u00ab pouvoir \u00bb \u00e0 la port\u00e9e de tous est en fait l\u2019apanage des \u00ab entreprises de technologie gouvernementale \u00bb (Baykurt 2025, 2806). Le pouvoir des donn\u00e9es est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019expression de l\u2019ordre perceptuel qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la d\u00e9politisation de la politique. Apr\u00e8s tout, les donn\u00e9es, apr\u00e8s tout, ne fonctionnent pas seulement comme \u00ab un outil pour dire la v\u00e9rit\u00e9 \u00bb, mais aussi comme \u00ab un outil pour raconter des histoires et pour la r\u00e9sistance populaire \u00bb (Olojo 2024, 171). En ce sens, la datafication peut \u00e9galement \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme le m\u00e9dium technopolitique dans lequel \u00ab les corps [sont] rendus lisibles et comparables en tant que \u201cdoubles de donn\u00e9es\u201d virtuels et d\u00e9sincarn\u00e9s qui apparaissent comme des fictions gouvernables \u00bb (Van Den Meerssche 2022, 182). L\u2019avenir de l\u2019\u00ab \u00c9tat datifi\u00e9 \u00bb rend \u00e0 la fois possible et n\u00e9cessaire une conception technopolitique de l\u2019action. Autrement dit, la technopolitique n\u2019exclut pas la r\u00e9sistance; celle-ci est plut\u00f4t reconfigur\u00e9e, in\u00e9vitablement en termes technopolitiques. En ce sens, le pouvoir des donn\u00e9es est \u00e0 la fois la cible de l\u2019activisme des donn\u00e9es et une ressource existentielle \u2013 en tant que \u00ab contre-donn\u00e9es \u00bb (cf. Olojo 2024, 171) \u2013 pour cette forme de r\u00e9sistance agentielle m\u00e9diatis\u00e9e par la technopolitique. On peut faire remonter le pouvoir perceptuel de \u00ab moduler les subjectivit\u00e9s, fa\u00e7onner les comportements et inciter \u00e0 l\u2019action \u00bb (Kitchin 2024, 92) aux \u00ab hi\u00e9rarchies de pouvoir ancr\u00e9es dans les ensembles de donn\u00e9es \u00bb (Olojo 2024, 180). N\u00e9anmoins, le concept de \u00ab donn\u00e9es manquantes \u00bb,note de bas de page2 bien qu\u2019il se rapporte \u00e0 ces m\u00eames ensembles de donn\u00e9es qui nous accablent, peut tout de m\u00eame \u00ab constituer un d\u00e9fi lanc\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 civile aux institutions officielles, notamment les gouvernements, les institutions religieuses et les entreprises \u00bb (Jungs de Almeida, Klein et D\u2019Ignazio 2024, 194). Ce dualisme visible sert en effet de m\u00e9diateur \u00e0 l\u2019ordre perceptuel invisible \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la d\u00e9politisation de la politique \u2014 et ce, \u00e0 tel point que \u00ab le pouvoir [semble] ne plus s\u2019opposer au sujet \u00bb (cf. Dean 1996, 53).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La datafication nous a d\u00e9j\u00e0 fait d\u00e9couvrir un \u00ab worlding \u00bb technopolitique, c\u2019est-\u00e0-dire la d\u00e9limitation bien trop naturelle de \u00ab ce qui peut \u00eatre connu et fait dans le monde \u00bb (cf. Amoore et al. 2024, 2). Fait remarquable, cette d\u00e9limitation est consid\u00e9r\u00e9e non seulement comme in\u00e9vitable dans son orientation technopolitique, mais aussi comme totale dans sa port\u00e9e \u00e9pist\u00e9mologique (cf. Knorr et Pentzold 2025, 3). \u00ab Ces architectures computationnelles des mod\u00e8les d\u2019IA g\u00e9n\u00e9rative p\u00e9n\u00e8trent de plus en plus les architectures politiques, non seulement au sens direct o\u00f9 elles sont d\u00e9ploy\u00e9es pour r\u00e9pondre \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements incertains \u2013 des d\u00e9cisions sur le champ de bataille aux pand\u00e9mies \u2013, mais aussi parce qu\u2019elles fa\u00e7onnent et d\u00e9limitent les fronti\u00e8res \u00e9thico-politiques de ce qui peut \u00eatre connu et fait dans le monde \u00bb (Amoore et al. r\u00e9f. 2024, 2). En effet, la d\u00e9limitation troublante de la production de connaissances est couramment remise en question en termes d\u2019ordre \u00e9pist\u00e9mique qui en d\u00e9coule \u2013 par exemple, le \u00ab d\u00e9centrage \u00bb de l\u2019action humaine dans la production de connaissances fond\u00e9e sur les donn\u00e9es (Jarke et al. r\u00e9f. 2024, 7), ou la \u00ab monopolisation par la d\u00e9centralisation \u00bb qui accompagne l\u2019expansion de l\u2019infrastructure de donn\u00e9es (cf. Blanke et Pybus 2020), sans parler des \u00ab entreprises technologiques qui, au fil du temps, en viennent \u00e0 dicter les arrangements soci\u00e9taux \u00bb (Dencik et Kaun 2020, 5). Mais l\u2019\u00ab ordre \u00bb lui-m\u00eame, cette domination perceptuelle qui explique de mani\u00e8re circulaire la d\u00e9limitation de la connaissance par la production de connaissance, reste presque naturellement invisible. Remettre en question l\u2019ordre perceptuel \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la d\u00e9politisation ouverte de l\u2019\u00c9tat politique commence par la reconnaissance que \u00ab [l\u2019ordre] ne repose pas sur des cat\u00e9gories pures ou des significations sans \u00e9quivoque, il est n\u00e9cessairement constitu\u00e9 d\u2019ambivalence \u00bb (Wydra 2011, 188) .<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors que la datafication de l\u2019\u00c9tat s\u2019\u00e9chappe constamment vers l\u2019avenir, \u00ab l\u2019\u00c9tat datafi\u00e9 \u00bb est ici et maintenant, en tant que marqueur de l\u2019ordonnancement perceptuel \u00e0 l\u2019\u0153uvre. \u00c0 premi\u00e8re vue, la perturbation in\u00e9vitable de l\u2019\u00c9tat semble suivre une trajectoire normative. Sur le plan normatif, la datafication perturbe par sa r\u00e9duction \u00e0 la port\u00e9e transgressive de l\u2019extraction de donn\u00e9es. Mais c\u2019est surtout dans la mani\u00e8re dont le d\u00e9placement est privil\u00e9gi\u00e9 par rapport au remplacement que le cadre t\u00e9l\u00e9ologique devient manifeste. Le d\u00e9roulement t\u00e9l\u00e9ologique de la datafication exclut le remplacement en tant qu\u2019entreprise \u00e0 enjeux \u00e9lev\u00e9s, et ce de mani\u00e8re plausible : l\u2019\u00e9chec \u00e0 remplacer la bureaucratie elle-m\u00eame signifierait autrement la fin de la datafication. En cons\u00e9quence, les \u00ab initiatives de l\u2019\u00c9tat datafi\u00e9 \u00bb sont jug\u00e9es in\u00e9vitables, car elles visent \u00e0 \u00ab d\u00e9placer plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 remplacer le travail humain n\u00e9cessaire au fonctionnement des bureaucraties \u00bb (Raso et Adelmant 2024, 38; italiques dans l\u2019original). Le remplacement est donc la norme, tandis que l\u2019effort ouvert visant \u00e0 supplanter la bureaucratie centr\u00e9e sur l\u2019\u00c9tat constitue une t\u00e9l\u00e9ologie. Ainsi, le caract\u00e8re in\u00e9vitable de l\u2019\u00ab \u00c9tat datafi\u00e9 \u00bb devrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un appel \u00e0 prendre au s\u00e9rieux la d\u00e9politisation en cours, en tant qu\u2019indicateur d\u2019un avenir incontournable, mais pas au premier abord \u2013 par exemple, comme un d\u00e9terminisme des donn\u00e9es. Le remplacement s\u00e9lectif de la base \u00ab humaine \u00bb de la bureaucratie constitue en effet un \u00e9clairage critique sur l\u2019attrait t\u00e9l\u00e9ologique de la datafication. \u00c0 ce titre, le fait que les \u00ab initiatives \u00e9tatiques datafi\u00e9es \u00bb mettent l\u2019accent sur les \u00ab concepteurs de syst\u00e8mes \u00bb (Raso et Adelmant 2024, 42) signifie que l\u2019objet du d\u00e9placement n\u2019est pas tant l\u2019\u00ab humain \u00bb qu\u2019une perception technopolitique de l\u2019agentivit\u00e9. Ainsi, \u00ab lorsque les logiciels participent \u00e0 la prise de d\u00e9cisions d\u2019admissibilit\u00e9, leurs concepteurs [\u2026] deviennent des acteurs bureaucratiques essentiels \u00bb (Raso et Adelmant 2024, 42). La datafication de l\u2019\u00c9tat peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un d\u00e9fi \u00e9pist\u00e9mique \u00e0 la gouvernance centr\u00e9e sur l\u2019\u00c9tat (Dencik et Kaun 2020, 1). Et pourtant, le glissement de l\u2019accent mis sur le \u00ab travail humain \u00bb vers la \u00ab conception de syst\u00e8mes \u00bb et \u00e0 la co-cr\u00e9ativit\u00e9 sugg\u00e8re un ordre perceptuel; la d\u00e9politisation de la politique est d\u2019autant plus convaincante lorsqu\u2019elle est envisag\u00e9e comme une formation subjective en cours qui n\u2019exclut pas les \u00ab hybrides homme-machine \u00bb (Rella et al. 2025, 145). Cette derni\u00e8re est fondamentale pour la datafication, car elle sert de m\u00e9diateur \u00e0 la modification du champ d\u2019action des possibilit\u00e9s. C\u2019est surtout lorsqu\u2019elle r\u00e9pond \u00e0 la \u00ab relation probl\u00e9matique entre les domaines scientifiques et les syst\u00e8mes de repr\u00e9sentation de l\u2019information \u00bb (Rella et al. 2025, 148) que l\u2019hybridit\u00e9 s\u2019inscrit naturellement dans la t\u00e9l\u00e9ologie de la datafication. Il est remarquable que l\u2019infrastructure des donn\u00e9es comprenne non seulement \u00ab les cr\u00e9ateurs et les gestionnaires de bases de donn\u00e9es num\u00e9riques \u00bb (Raso et Adelmant 2024, 42), mais aussi les grands mod\u00e8les linguistiques, ces architectures computationnelles qui constituent la base machinique de la datafication d\u00e9ploiement de la datafication. En ce sens, le d\u00e9fi \u00e9pist\u00e9mique qui semble caract\u00e9riser la datafication d\u2019une gouvernance centr\u00e9e sur l\u2019\u00c9tat se d\u00e9ploie \u00e9galement dans l\u2019effort t\u00e9l\u00e9ologique visant \u00e0 saturer le domaine centr\u00e9 sur l\u2019humain de la contingence politique. En effet, on peut trouver un \u00e9clairage sur l\u2019effort douteux visant \u00e0 d\u00e9politiser la politique en perp\u00e9tuel d\u00e9ploiement dans le \u00ab principe de saturation \u00bb, car celui-ci explique le statut t\u00e9l\u00e9ologique de l\u2019ordre policier (Ranci\u00e8re et Panagia 2000, 124). L\u2019hybridit\u00e9, en tant que forme d\u2019action privil\u00e9gi\u00e9e sur le plan technopolitique qui s\u2019articule autour de la fusion t\u00e9l\u00e9ologique du politique dans le technologique (ou vice versa), traduit efficacement cet effort douteux de s\u2019adapter aux contingences. Le<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">fait que l\u2019hybridit\u00e9 s\u2019articule \u00ab \u00e0 l\u2019intersection entre la politique et les technologies \u00bb (Rella et al., 2025, 145) explique \u00e9galement son efficacit\u00e9 technopolitique, c\u2019est-\u00e0-dire son caract\u00e8re \u00e0 la fois transversal et partie prenante \u00e0 la distinction entre politique et technologies. Notamment dans la \u00ab gov-tech \u00bb, l\u2019hybridit\u00e9 implique moins une transgression qu\u2019une position interm\u00e9diaire : elle renvoie toujours \u00e0 \u00ab quelque chose d\u2019au-del\u00e0 \u00bb (Wydra 2011, 191). M\u00eame si nous avons tendance \u00e0 appr\u00e9hender l\u2019hybridit\u00e9 de mani\u00e8re instrumentale, par exemple comme \u00ab un moyen conceptuel d\u2019expliquer les modes de travail, de d\u00e9cision, d\u2019organisation et peut-\u00eatre m\u00eame d\u2019existence dans des soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 forte intensit\u00e9 technologique \u00bb (Rella et al. 2025, 151), les syst\u00e8mes algorithmiques se caract\u00e9risent presque naturellement comme des \u00ab formes d\u2019action t\u00e9l\u00e9ologiques qui d\u00e9passent la conception d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e \u00bb (Rella et al. 2025, 145). L\u2019action hybride \u00ab gov-tech \u00bb s\u2019articule autour du telos technopolitique de la \u00ab prise de d\u00e9cision fond\u00e9e sur les donn\u00e9es \u00bb (Baykurt 2025, 2796) ; ni politique ni technologique, sa mat\u00e9rialit\u00e9 r\u00e9side dans l\u2019in\u00e9vitabilit\u00e9 perceptuelle d\u2019aboutir \u00e0 cet \u00ab au-del\u00e0 \u00bb fond\u00e9 sur les donn\u00e9es. L\u2019hybridit\u00e9 est toujours \u00e0 venir. Mais, ici et maintenant, elle \u00ab dissimule et att\u00e9nue les frictions sociales, politiques et mat\u00e9rielles \u00bb (Rella et al. 2025, 151). Cet \u00ab au-del\u00e0 \u00bb sans friction de l\u2019hybridit\u00e9 constitue \u00e9galement la justification du contr\u00f4le de l\u2019hybridation technologique des cat\u00e9gories politiques, avant tout celle de la cat\u00e9gorie \u00ab vie \u00bb . Alors que les infrastructures technologiques sont perp\u00e9tuellement sur le point d\u2019impr\u00e9gner \u00ab les aspects les plus intimes de la vie humaine \u00bb (Pybus et al. 2025, 1851), l\u2019imperm\u00e9abilit\u00e9 de la vie politiquement contingente devient ici et maintenant un objet de contr\u00f4le. Et, parall\u00e8lement, les infrastructures \u00e9ternellement insaisissables \u00ab deviennent visibles et accessibles \u00e0 l\u2019analyse sociale et au d\u00e9bat soci\u00e9tal \u00bb (Pybus et al. 2025, 1865). \u00c0 ce titre, la t\u00e9l\u00e9ologie de l\u2019hybridit\u00e9 semble reproduire le principe \u00ab policier \u00bb de saturation. M\u00eame si la surveillance polici\u00e8re rec\u00e8le \u00ab une violence mena\u00e7ant d\u2019intervenir n\u2019importe o\u00f9 et n\u2019importe quand \u00bb, ce que Walter Benjamin appelle la \u00ab pr\u00e9sence fantomatique de la police \u00bbNote de bas de page3 ne sert pas tant \u00e0 exclure des corps qu\u2019\u00e0 favoriser intentionnellement la formation des sujets. Ainsi, l\u2019hybridation polici\u00e8re op\u00e8re de mani\u00e8re t\u00e9l\u00e9ologique, comme un \u00ab syst\u00e8me de coordonn\u00e9es \u00bb technopolitique qui promet de saturer les modes d\u2019\u00eatre politiquement contingents (cf. Ranci\u00e8re 2013, 89) . Dans le cas des \u00ab hybrides humain-IA\/apprentissage automatique \u00bb (Rella et al., r\u00e9f\u00e9rence 2025, 147), \u00ab les donn\u00e9es synth\u00e9tiques incarnent la promesse d\u2019une intervention normative \u00bb pr\u00e9cis\u00e9ment dans leur orientation visant \u00e0 rendre \u00ab toutes les diff\u00e9rences [\u2026] finalement utiles \u00e0 l\u2019algorithme \u00bb (Jacobsen, r\u00e9f\u00e9rence 2025, 43\u201344). En fin de compte, la personnalisation technopolitique des attributs des donn\u00e9es incarne l\u2019intention de poser la cat\u00e9gorie politique de la \u00ab race \u00bb comme un \u00ab objet technique \u00bb d\u00e9tach\u00e9 des \u00ab enjeux soci\u00e9taux et structurels plus larges du pouvoir \u00bb (Jacobsen 2025, 46).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019un point de vue perceptif, la technologie est un \u00ab m\u00e9diateur \u00bb : son caract\u00e8re instrumentel proprement dit est sans doute secondaire par rapport \u00e0 l\u2019intention primordiale d\u2019obtenir des \u00ab assemblages de donn\u00e9es \u00bb toujours plus vastes (cf. Geampana 2024, 1245). Le terme \u00ab technopolitique \u00bb renvoie pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 ce d\u00e9placement perceptuel (et donc ouvert) de la signification politique de la datafication. En effet, la \u00ab politique d\u00e9politis\u00e9e \u00bb semblerait paradoxale si elle devait \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e comme un remplacement d\u00e9finitif de la politique par la technopolitique. Il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019une t\u00e9l\u00e9ologie convaincante sur le plan perceptuel. Bien plus qu\u2019un effort douteux, la datafication de l\u2019\u00c9tat compte sur notre suspension d\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 face \u00e0 la \u00ab politique d\u00e9politis\u00e9e \u00bb \u00e0 venir \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire en tant que \u00ab avenir souhaitable \u00bb.Note de bas de page4 La disruption in\u00e9vitable de l\u2019\u00c9tat est constamment report\u00e9e dans l\u2019avenir; entre-temps, l\u2019ordre perceptuel sous-jacent nous appara\u00eet d\u00e9j\u00e0. L\u2019\u00ab int\u00e9r\u00eat public \u00bb que projette la datafication de l\u2019\u00c9tat (cf. Burrell et Singh 2024, 26) dissimule le glissement de la distinction entre le public et l\u2019\u00c9tat que nous attribuons aux \u00ab exp\u00e9riences quotidiennes de la vie avec les donn\u00e9es \u00bb (cf. Burrell et Singh, r\u00e9f\u00e9rence 2024, 29). En ces termes, l\u2019\u00ab \u00c9tat datifi\u00e9 \u00bb r\u00e9sume de fa\u00e7on plausible la d\u00e9politisation continue de la politique. Dans le cadre de la datification, l\u2019action ne se limite pas aux \u00ab citoyens \u00bb, aux \u00ab acteurs \u00e9tatiques \u00bb et aux \u00ab autres qui assument des fonctions de type \u00e9tatique \u00bb (Smith, Vajdic et Stephenson 2023, 154), mais surtout \u00e0 l\u2019hybridit\u00e9 omnipr\u00e9sente. Cette formule perceptuelle n\u2019est pas une simple abstraction; en tant que revendication intrins\u00e8quement instable de l\u2019agentivit\u00e9, l\u2019hybridit\u00e9 contribue \u00e0 d\u00e9centrer la conception anthropocentrique de l\u2019agentivit\u00e9. Dans le cadre de la datafication, la question de l\u2019agentivit\u00e9 ne r\u00e9side pas tant dans son \u00ab d\u00e9tenteur \u00bb que de la possibilit\u00e9 de son d\u00e9ploiement t\u00e9l\u00e9ologique (Hepp et G\u00f6rland 2024, 949). Ainsi, les \u00ab interd\u00e9pendances hybrides de l\u2019action \u00bb (Rammert cit\u00e9 dans Hepp et G\u00f6rland 2024, 949) ne peuvent \u00eatre envisag\u00e9es que comme orient\u00e9es vers un \u00ab \u00c9tat datifi\u00e9 \u00bb, simplement parce que l\u2019interd\u00e9pendance est une condition t\u00e9l\u00e9ologiquement durable de l\u2019action. L\u2019\u00ab oligarchie technologique \u00bb, en revanche, est insoutenable, notamment en raison du r\u00f4le hybride des \u00ab oligarques \u00bb en tant que chefs d\u2019entreprise et chefs d\u2019un \u00c9tat (en r\u00e9seau) \u00bb (Atal et al., p. 16). Et c\u2019est l\u00e0, je pense, que r\u00e9side l\u2019instabilit\u00e9 politique de l\u2019hybridit\u00e9 que la t\u00e9l\u00e9ologie de la d\u00e9politisation rel\u00e8gue aux marges de l\u2019\u00ab \u00c9tat datifi\u00e9 \u00bb \u2013 plus pr\u00e9cis\u00e9ment, en tant que cons\u00e9quence involontaire de l\u2019hybridation. Si la \u00ab datafication \u00bb ne \u00ab menace l\u2019identit\u00e9 \u00bb que de fa\u00e7on marginale, c\u2019est parce que nous pr\u00e9sumons que le \u00ab Big Data \u00bb est une qu\u00eate dominante visant \u00e0 \u00ab identifier \u00bb (cf. McFarland, Galliott et Cappuccio 2020, 188). L\u2019hybridit\u00e9 agentive sugg\u00e8re n\u00e9anmoins le d\u00e9ploiement d\u2019une perspective technopolitique, m\u00eame si la politique de l\u2019hybridit\u00e9 nous d\u00e9stabilise en tant que marginalit\u00e9. Il s\u2019agit de souligner que le \u00ab fa\u00e7onnement \u00bb continu des acteurs, le d\u00e9ploiement d\u2019agences \u00ab de type \u00e9tatique \u00bb que nous pourrions prendre pour argent comptant comme des voies menant \u00e0 l\u2019\u00ab \u00c9tat datifi\u00e9 \u00bb, s\u2019articulent autour du contr\u00f4le de leur hybridit\u00e9 intrins\u00e8quement instable. La d\u00e9politisation de la politique est plus qu\u2019une proph\u00e9tie auto-r\u00e9alisatrice dont nous pourrions simplement nous d\u00e9barrasser; c\u2019est une t\u00e9l\u00e9ologie agentielle qui tient pour acquis que \u00ab nous \u00bb sommes toujours d\u00e9j\u00e0 situ\u00e9s dans la technopolitique. En d\u2019autres termes, il n\u2019y a rien de naturel dans la d\u00e9politisation de la politique qui ne cesse de se d\u00e9rouler.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La technopolitique du contr\u00f4le de l\u2019hybridit\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On peut dire que l\u2019hybridit\u00e9 \u00e9merge de l\u2019\u00e9chec inh\u00e9rent \u00e0 la cat\u00e9gorisation. Elle \u00e9voque assur\u00e9ment le \u00ab contact \u00bb probl\u00e9matique et la fusion subs\u00e9quente de cat\u00e9gories normalement distinctes (cf. Mayer et Weingart 2012, 137). Mais c\u2019est surtout dans son cadre technopolitique qu\u2019elle sert \u00e0 dissimuler l\u2019instabilit\u00e9 inh\u00e9rente aux cat\u00e9gories politiques. L\u2019hybridit\u00e9 invoque non seulement l\u2019effondrement n\u00e9cessaire des binaires jusqu\u2019alors \u00ab donn\u00e9s \u00bb, mais aussi le \u00ab franchissement des fronti\u00e8res \u00bb \u00e9mergent comme un donn\u00e9 (Mayer et Weingart 2012, 138). La dichotomie public-priv\u00e9 ne peut plus \u00eatre tenue pour acquise, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que \u00ab les acteurs priv\u00e9s [sont] pass\u00e9s du statut d\u2019objets de r\u00e9glementation \u00e0 celui d\u2019\u00e9l\u00e9ments n\u00e9cessaires des solutions \u00bb (Uribe 2026, 43; italiques ajout\u00e9s). Plus r\u00e9v\u00e9lateur encore, la n\u00e9cessit\u00e9 perceptuelle qui sous-tend l\u2019hybridit\u00e9 n\u2019est que le revers du malaise qui entoure le franchissement de la fronti\u00e8re entre l\u2019humain et la machine. La disposition analytique des donn\u00e9es visant \u00ab l\u2019effacement de tous les marqueurs visibles de diff\u00e9rence \u00bb est en effet indissociable du biais \u00ab humain \u00bb inh\u00e9rent \u00e0 la cat\u00e9gorisation algorithmique et aux syst\u00e8mes d\u2019IA (cf. Jacobsen 2025, 42). Ainsi, l\u2019ambition d\u2019\u00ab identifier des mod\u00e8les dans les donn\u00e9es \u00bb pourrait \u00e9ventuellement se d\u00e9faire de \u00ab la r\u00e9alit\u00e9 selon laquelle la connaissance [\u00ab humaine \u00bb] est organis\u00e9e en domaines distincts \u00bb, pr\u00e9cis\u00e9ment dans son orientation vers \u00ab la construction d\u2019une nouvelle intelligence hybride \u00bb (Rella et al. 2025, 147, 148). Et pourtant, sous cette hybridit\u00e9 t\u00e9l\u00e9ologique se cache \u00ab la politique mat\u00e9rielle qui anime et d\u00e9termine la mesure dans laquelle ces efforts d\u2019hybridation se concr\u00e9tisent dans la pratique \u00bb (Rella et al. 2025, 149). La \u00ab fusion \u00bb cat\u00e9gorielle, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019orientation vers l\u2019effacement des diff\u00e9rences, est soutenue par sa propre mat\u00e9rialit\u00e9 technopolitique. Compte tenu de l\u2019instabilit\u00e9 ontologique inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019hybridit\u00e9, les efforts d\u2019hybridation sont loin d\u2019\u00eatre exempts de frictions. Et pourtant, compte tenu de leur mat\u00e9rialit\u00e9 technopolitique, la \u00ab friction \u00bb est captur\u00e9e dans le langage m\u00eame au sein duquel elle est \u00ab aplanie \u00bb (cf. Rella et al. 2025, 151). L\u2019accent est visiblement mis sur la friction technopolitique \u00ab entre les mod\u00e8les d\u2019apprentissage automatique [ML] et les codes d\u2019expertise d\u00e9j\u00e0 existants \u00bb (Rella et al. 2025, 148). De mani\u00e8re moins visible toutefois, le pouvoir technopolitique des donn\u00e9es impose de garder un \u0153il vigilant sur d\u2019innombrables frictions politiques qui \u00e9chappent \u00e0 la saisie \u00e9pist\u00e9mique. Ce \u00ab pouvoir \u00bb latent est immanent \u00e0 la fois \u00e0 la \u00ab technologie \u00e0 usage g\u00e9n\u00e9ral \u00bb des mod\u00e8les (Rella et al. 2025, 139), et certainement \u00e0 la configuration \u00ab compl\u00e8te \u00bb de l\u2019expertise, ind\u00e9pendante de tout domaine (Rella et al. 2025, 147). Ainsi, l\u2019hybridit\u00e9 \u00ab homme-machine \u00bb d\u00e9signe \u00e0 la fois une abstraction t\u00e9l\u00e9ologique et les moyens technopolitiques de aplanir l\u2019instabilit\u00e9 du telos. En d\u2019autres termes, l\u2019hybridit\u00e9 agentielle est indissociable des efforts visant \u00e0 \u00e9tablir la positivit\u00e9 de sa propre instabilit\u00e9 (cf. Mayer et Weingart 2012).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La n\u00e9gativit\u00e9 perceptuelle d\u2019une technologie qui op\u00e8re comme \u00ab une force disruptive, et non souteneuse \u00bb (Levina 2017, 552) pourrait n\u00e9anmoins \u00eatre replac\u00e9e dans le cadre de sa positivit\u00e9 \u00e9tablie sur le plan technopolitique \u2013 pour ainsi dire, en tant qu\u2019agent \u00ab perturbateur sans \u00eatre perturbateur \u00bb (c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab hybride \u00bb). Il est vrai que le \u00ab langage de l\u2019hybridation \u00bb sert \u00ab \u00e0 dissimuler et \u00e0 lisser les frictions sociales, politiques et mat\u00e9rielles \u00bb (Rella et al. 2025, 151). Il convient toutefois de noter que cet effet d\u2019aplanissement d\u00e9coule de la subordination perceptuelle des \u00ab frictions \u00bb \u00e0 l\u2019hybridit\u00e9 t\u00e9l\u00e9ologique. En un sens, les distinctions r\u00e9elles sont r\u00e9gul\u00e9es dans le contexte d\u2019une \u00ab pr\u00e9supposition de la diff\u00e9rence et de l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 [qui] masque le r\u00f4le des structures d\u2019autorisation \u00bb (Jacobsen 2025, 51). L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 r\u00e9elle de l\u2019hybridit\u00e9 est ainsi subordonn\u00e9e \u00e0 l\u2019image t\u00e9l\u00e9ologique de \u00ab l\u2019Autre priv\u00e9 de son alt\u00e9rit\u00e9 \u00bb (\u017di\u017eek cit\u00e9 dans Jacobsen 2025, 51.). Non seulement \u00ab l\u2019Autre \u00bb hybride est-il synth\u00e9tiquement priv\u00e9 de son \u00ab alt\u00e9rit\u00e9 \u00bb; par contrecoup, la sp\u00e9cificit\u00e9 politique du Soi acquiert un sens technopolitique d\u2019action. M\u00eame si la diff\u00e9rence politique \u00e9chappe aux \u00ab attributs de donn\u00e9es [qui] sont imagin\u00e9s et g\u00e9n\u00e9r\u00e9s comme radicalement s\u00e9parables, mall\u00e9ables et contr\u00f4lables \u00bb, la perp\u00e9tuit\u00e9 t\u00e9l\u00e9ologique du cycle d\u2019imagination et de g\u00e9n\u00e9ration continue d\u2019imposer la revendication technopolitique de \u00ab l\u2019effacement de toutes les diff\u00e9rences \u00bb (Jacobsen 2025, 44; italiques ajout\u00e9s). Ainsi, le contr\u00f4le de l\u2019hybridit\u00e9 s\u2019exerce en r\u00e9gulant la diff\u00e9rence politique plut\u00f4t qu\u2019en imposant une distinction cat\u00e9gorique. En effet, l\u2019instabilit\u00e9 inh\u00e9rente aux initiatives dites hybrides devient durablement s\u00fbre, par opposition \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 dangereuse du \u00ab pouvoir des entreprises sur l\u2019\u00c9tat \u00bb (Atal et al. 2026, 5). La diff\u00e9rence politique est rendue durablement s\u00fbre, mais dans le cadre de la \u00ab production sans fin de diff\u00e9rences synth\u00e9tiques \u00bb (Jacobsen 2025, 51). Dans la poursuite t\u00e9l\u00e9ologique d\u2019une diff\u00e9rence synth\u00e9tique, \u00ab en tant que quelque chose de s\u00e9parable, de contr\u00f4lable et de mall\u00e9able \u00bb (Jacobsen 2025, 46), le pouvoir d\u00e9cisionnel est autoris\u00e9, mais limit\u00e9 par les \u00ab donn\u00e9es d\u2019entra\u00eenement empiriques \u00bb qui sous-tendent cette poursuite (Amoore et al. 2024, 3). Ce mode t\u00e9l\u00e9ologique de saisie de la diff\u00e9rence politique (et donc insaisissable) n\u2019est pas sans cons\u00e9quences. En effet, lorsqu\u2019elle est con\u00e7ue comme un attribut sous-jacent des donn\u00e9es, la \u00ab race \u00bb est non seulement d\u00e9tach\u00e9e, sur le plan perceptif, des structures politiques qui autorisent son utilisation; elle est en r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rioris\u00e9e comme un \u00e9chec algorithmique \u00e0 \u00ab correspondre \u00e0 des corps r\u00e9els \u00bb (cf. Jacobsen 2025, 46). \u00c0 ce titre, la revendication de l\u2019hybridit\u00e9 att\u00e9nue et dissimule avant tout sa d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard du \u00ab pouvoir \u00bb perceptuel des donn\u00e9es. Du point de vue du pouvoir des donn\u00e9es, le contr\u00f4le de l\u2019hybridit\u00e9 implique la \u00ab datafication \u00bb des diff\u00e9rences, plut\u00f4t que la mise en avant des non-distinctions. La diff\u00e9rence politique est subordonn\u00e9e \u00e0 la \u00ab g\u00e9n\u00e9ration illimit\u00e9e de combinaisons d\u2019attributs de plus en plus diverses et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes \u00bb (Jacobsen 2025, 49), pr\u00e9cis\u00e9ment selon les termes technopolitiques de cette diversit\u00e9 synth\u00e9tique. Autrement dit, la diff\u00e9rence politique est \u00ab d\u00e9plac\u00e9e, transform\u00e9e en un probl\u00e8me computationnel \u00bb (Jacobsen 2025, 49) dans le cadre du contr\u00f4le des cons\u00e9quences impr\u00e9vues de l\u2019hybridit\u00e9 agentielle. Les entit\u00e9s hybrides (public-priv\u00e9, \u00e9tatique-non \u00e9tatique, humain-machine, politique-technologie) sont ainsi r\u00e9gul\u00e9es dans leur alignement t\u00e9l\u00e9ologique sur l\u2019\u00ab \u00c9tat datifi\u00e9 \u00bb en constante \u00e9volution, en tant que norme agentielle. C\u2019est essentiellement le cadre \u00e0 travers lequel nous surveillons de pr\u00e8s les cons\u00e9quences impr\u00e9vues (c\u2019est-\u00e0-dire politiques) de l\u2019hybridit\u00e9 agentielle, pr\u00e9cis\u00e9ment en reproduisant la perspective technopolitique du pouvoir des donn\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Contr\u00f4ler l\u2019hybridit\u00e9 signifie l\u2019exclusion implacable de la \u00ab diff\u00e9rence \u00bb, mais en tant que condition pr\u00e9alable \u00e0 son inclusion toujours incompl\u00e8te, sous forme de franchissement de fronti\u00e8res sans friction. En d\u2019autres termes, le contr\u00f4le implique un ordonnancement perceptuel : la continuit\u00e9 t\u00e9l\u00e9ologique du pouvoir des donn\u00e9es est en jeu \u00e0 moins que les cons\u00e9quences politiques de l\u2019hybridation ne soient liss\u00e9es sur le plan perceptuel. Il ne s\u2019agit donc l\u00e0 que de la pr\u00e9occupation visible. Ce qui est r\u00e9ellement en jeu, c\u2019est notre suspension d\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 face au \u00ab pouvoir \u00bb des donn\u00e9es. Cette possibilit\u00e9 \u00e9trange place le contr\u00f4le de l\u2019hybridit\u00e9 au c\u0153ur de la technopolitique. Alors que l\u2019id\u00e9al \u00e9pist\u00e9mique de l\u2019\u00ab innovation disruptive \u00bb repose sur le fait de prendre parti pour \u00ab la technologie plut\u00f4t que la politique \u00bb (Quandt et Klapproth 2025, 350), la disruption t\u00e9l\u00e9ologique naturalise la technopolitique en tant qu\u2019effort ouvert visant \u00e0 d\u00e9politiser la politique. De plus, cet effort constitue notre fa\u00e7on de g\u00e9rer l\u2019enchev\u00eatrement entre \u00ab l\u2019intentionnel \u00bb et \u00ab l\u2019involontaire \u00bb, pour paraphraser Timothy Mitchell (cit\u00e9 dans M\u00fcller et Richmond 2023, 9) . En cons\u00e9quence, l\u2019accent mis sans rel\u00e2che sur les dynamiques technopolitiques de la \u00ab mainmise des \u00e9lites \u00bb intentionnelle sert \u00e0 maintenir nos distances par rapport \u00e0 l\u2019hybridit\u00e9 non intentionnelle, et donc probl\u00e9matique, appel\u00e9e \u00ab entreprise-\u00c9tat \u00bb (cf. Ta\u015fkale 2025, 2). Ainsi, la datafication est remise en question au regard des \u00ab cons\u00e9quences non intentionnelles \u00bb de son \u00ab enchev\u00eatrement avec le pouvoir et la politique \u00bb (Reutter 2022, 918). De cette mani\u00e8re, la technopolitique s\u2019articule autour de la logique d\u2019une intentionnalit\u00e9 non politique, qui vise ainsi \u00e0 exclure la probl\u00e9matique de la contingence politique. La contingence inh\u00e9rente \u00e0 la politique, comme le note Ranci\u00e8re, est \u00ab radicalement \u00bb ext\u00e9rieure au \u00abconcept de police \u00bb (Dike\u00e7 2012, 673; italiques dans l\u2019original). La datafication consid\u00e8re \u00e9galement l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9 des \u00ab cons\u00e9quences impr\u00e9vues \u00bb comme le fondement m\u00eame de la logique t\u00e9l\u00e9ologique d\u2019une intentionnalit\u00e9 ouverte. Notamment dans le domaine du Big Data, la \u00ab connaissance causale \u00bb est \u00e9cart\u00e9e au profit d\u2019une \u00ab approche de la \u201cr\u00e9alit\u00e9\u201d elle-m\u00eame \u00bb par le biais des aper\u00e7us \u00ab orient\u00e9s vers l\u2019int\u00e9rieur \u00bb des \u00ab boucles de r\u00e9troaction \u00bb (Chandler 2015, 842, 843). En d\u2019autres termes, le concept instrumental de la technologie ax\u00e9e sur les donn\u00e9es c\u00e8de la place \u00e0 l\u2019intentionnalit\u00e9 technopolitique d\u2019une datafication ouverte. Ainsi, la technologie des \u00ab applications de fertilit\u00e9 \u00bb survit non pas en raison de son utilit\u00e9 \u00e9pist\u00e9mologique, mais gr\u00e2ce \u00e0 son orientation technopolitique vers \u00ab l\u2019int\u00e9gration des donn\u00e9es sur la sant\u00e9 reproductive dans des ensembles de donn\u00e9es de sant\u00e9 plus vastes \u00bb (Geampana 2024, 1244) \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire dans et par le biais des boucles de r\u00e9troaction orient\u00e9es vers l\u2019int\u00e9rieur du \u00ab suivi de la sant\u00e9 reproductive \u00bb (cf. Geampana 2024, 1244). De mani\u00e8re encore plus explicite, l\u2019\u00ab IA de champ de bataille \u00bb de Palantir nie tout simplement l\u2019incertitude, puisqu\u2019elle d\u00e9duit des \u00ab lignes d\u2019action \u00bb strat\u00e9giques non pas sur la base de probabilit\u00e9s externes, mais peut-\u00eatre en projetant le \u00ab comportement souhait\u00e9 \u00bb (cf. Amoore et al. 2024, 3). En tant qu\u2019initiative hybride (c\u2019est-\u00e0-dire \u00e9tatique-non \u00e9tatique, technologique-politique), la perspective technopolitique de l\u2019\u00ab IA de champ de bataille \u00bb peut \u00eatre mieux comprise comme une logique de survie. Selon cette logique orient\u00e9e vers l\u2019int\u00e9rieur, un \u00ab monde \u00bb (un champ de possibilit\u00e9s modifi\u00e9, en effet) est projet\u00e9 : \u00ab \u00e0 condition de disposer de donn\u00e9es suffisantes [\u2026], les solutions et r\u00e9solutions politiques cach\u00e9es peuvent \u00eatre trouv\u00e9es \u00bb (Amoore et al. 2024, 4). Les cons\u00e9quences politiquement contingentes de cette approche hybride de la guerre n\u00e9cessitent en effet un lissage technopolitique constant. Face aux \u00ab cons\u00e9quences impr\u00e9vues \u00bb, l\u2019intentionnalit\u00e9 technopolitique n\u2019op\u00e8re pas par le biais de pr\u00e9dictions fond\u00e9es sur les donn\u00e9es, mais dans le \u00ab pouvoir de conna\u00eetre la fin \u00bb transform\u00e9 en donn\u00e9es (Csernatoni et al. 2025, 20). Il convient de noter que cet exploit t\u00e9l\u00e9ologique n\u2019est pas exactement l\u2019apanage de Palantir; \u00ab conna\u00eetre la fin \u00bb n\u2019est le telos de personne, si tant est qu\u2019il m\u00e9rite ce nom \u2013 tout comme le maintien de l\u2019ordre doit \u00eatre impersonnel pour \u00eatre jug\u00e9 efficace. De la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019un ordre policier naturalise sa vuln\u00e9rabilit\u00e9 face aux \u00ab cons\u00e9quences impr\u00e9vues \u00bb en s\u2019accrochant \u00e0 une intention globale (une t\u00e9l\u00e9ologie, en fait), l\u2019action hybride de l\u2019IA sur le champ de bataille parvient \u00e0 se tenir \u00e0 l\u2019\u00e9cart des impr\u00e9vus p\u00e9rilleux de la guerre en imposant la suspension de l\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 dans une production de connaissances tourn\u00e9e vers l\u2019int\u00e9rieur. Une autre fa\u00e7on d\u2019exprimer cette efficacit\u00e9 perceptuelle est la logique de la \u00ab g\u00e9n\u00e9rativit\u00e9 \u00bb (Amoore et al. 2024; Kopper et Knox 2024) . L\u2019IA g\u00e9n\u00e9rative est \u00ab con\u00e7ue pour g\u00e9n\u00e9rer des \u00e9l\u00e9ments allant au-del\u00e0 des donn\u00e9es individuelles sur lesquelles elle a \u00e9t\u00e9 form\u00e9e \u00bb (Amoore et al. 2024, 3), ainsi que \u00ab de nouveaux sujets et de nouvelles relations de pouvoir \u00bb (Kopper et Knox 2024) . Cette logique technopolitique est visiblement marqu\u00e9e par un \u00ab d\u00e9sir d\u2019aller au-del\u00e0 du monde \u00bb (Jacobsen 2025, 50). De mani\u00e8re moins visible, ce d\u00e9sir est circonscrit par la logique technopolitique de la g\u00e9n\u00e9rativit\u00e9; \u00ab un mod\u00e8le interne du fonctionnement du monde \u00bb (LeCun cit\u00e9 dans Amoore et al. r\u00e9f. 2024, 1) sert \u00e0 soutenir le \u00ab monde au-del\u00e0 \u00bb souhait\u00e9. La technopolitique, en tant que telle, maintient les contingences du d\u00e9sir homme-machine \u00e0 une distance s\u00e9curitaire. Ce d\u00e9sir est encadr\u00e9, sur le plan technopolitique, comme \u00e9tant \u00e0 la fois engag\u00e9 dans la \u00ab d\u00e9couverte de la mani\u00e8re dont le monde fonctionne \u00bb, transform\u00e9e en donn\u00e9es, et en m\u00eame temps d\u00e9tach\u00e9 de celle-ci (Amoore et al. r\u00e9f. 2024, 1). En technopolitique, on peut en effet discerner l\u2019alignement entre le manque d\u2019instrumentalit\u00e9 de la production de connaissances et l\u2019intentionnalit\u00e9 irr\u00e9sistible de \u00ab tout saisir \u00bb (cf. Aradau et Blanke 2022, 23). Selon cet alignement, \u00ab les limites de l\u2019information [sont per\u00e7ues] comme des barri\u00e8res ill\u00e9gitimes \u00bb et sont donc \u00ab destin\u00e9es \u00e0 \u00eatre surmont\u00e9es \u00bb (Mackenzie et Vurdubakis 2011, 15). Ainsi, l\u2019intentionnalit\u00e9 \u00ab datifi\u00e9e \u00bb se traduit dans la r\u00e9alit\u00e9 quotidienne pr\u00e9cis\u00e9ment comme une question de survie de l\u2019agent. Je pense qu\u2019on peut affirmer sans risque que la technopolitique prosp\u00e8re en pr\u00e9sumant que \u00ab tout \u00bb est toujours d\u00e9j\u00e0 \u00ab captur\u00e9 \u00bb dans les ensembles de donn\u00e9es en constante en constante \u00e9volution.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Telle qu\u2019elle est \u00e9voqu\u00e9e ici, la technopolitique de l\u2019hybridit\u00e9 pr\u00e9cise davantage la datification de l\u2019\u00c9tat. Le d\u00e9centrement de la \u00ab force de l\u2019\u00c9tat \u00bb ne s\u2019op\u00e8re pas en opposition \u00e0 la \u00ab technologie priv\u00e9e \u00bb, mais en s\u2019orientant vers le telos consistant \u00e0 \u00ab surveiller l\u2019ensemble de la population \u00bb, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et au-del\u00e0 des fronti\u00e8res territoriales (cf. Burrell et Singh 2024, 25). Il est en effet acquis que \u00ab [n]on seulement les organismes gouvernementaux, mais aussi d\u2019autres organisations peuvent surveiller et contr\u00f4ler les comportements li\u00e9s aux services personnels en analysant [les donn\u00e9es personnelles] \u00bb (Hasida 2024, 253). Je pense que c\u2019est cette \u00e9vidence qui permet le contr\u00f4le policier de cat\u00e9gories politiquement distinctes quant \u00e0 leurs \u00ab hybridations ill\u00e9gitimes \u00bb. L\u2019\u00ab hybridation \u00bb d\u00e9signe en effet la limite politique de la production de savoir technopolitique. On peut affirmer que la r\u00e9ification des distinctions est une condition pr\u00e9alable logique \u00e0 leur alignement ult\u00e9rieur sur une t\u00e9l\u00e9ologie globale. Pourtant, comme dans la \u00ab gov-tech \u00bb, les cat\u00e9gories politiquement distinctes apparaissent \u00e0 la fois r\u00e9ifi\u00e9es et align\u00e9es sur le pouvoir \u00ab de savoir \u00bb transform\u00e9 en donn\u00e9es \u2013 pourrait-on dire, comme ce serait le cas dans un ordre policier. \u00c0 savoir, la \u00ab [v]aste puissance de calcul, les conceptions de bases de donn\u00e9es de nouvelle g\u00e9n\u00e9ration et les langages de requ\u00eate \u00bb (McSorley 2021, 47) sont autant d\u2019indicateurs d\u2019une norme d\u2019action globale qui va bien au-del\u00e0 de l\u2019\u00c9tat. L\u00e0 o\u00f9 l\u2019hybridit\u00e9 est la norme, l\u2019acquiescement presque naturel des organismes publics \u00e0 \u00ab une rh\u00e9torique autour des potentiels r\u00e9volutionnaires de l\u2019analyse de donn\u00e9es \u00bb (Dencik et Kaun 2020, 4) n\u2019est ni un paradoxe ni une transgression : il s\u2019agit d\u2019une tentative de survivre \u00e0 l\u2019instabilit\u00e9 inh\u00e9rente \u00e0 la norme. Au risque de simplifier \u00e0 l\u2019exc\u00e8s, je dirais que l\u2019hybridation politiquement contingente est perp\u00e9tuellement encadr\u00e9e en tant qu\u2019agence normalis\u00e9e sur le plan technopolitique. Comme le dit le dicton, \u00ab les menaces hybrides exigent, et engendrent, des r\u00e9ponses hybrides \u00bb (Steuer 2019, 14; italiques ajout\u00e9s). La technopolitique pr\u00e9suppose le caract\u00e8re in\u00e9vitable de l\u2019hybridit\u00e9, mais dans le but d\u2019en \u00e9viter l\u2019instabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion : le L\u00e9viathan de silicium, un ordre policier et un r\u00e9gime de v\u00e9rit\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour le souligner encore une fois, si l\u2019on veut prendre au s\u00e9rieux la \u00ab datafication \u00bb de l\u2019\u00c9tat, alors l\u2019ordonnancement perceptuel \u00e0 l\u2019\u0153uvre ne peut \u00eatre pris au pied de la lettre. En effet, le \u00ab \u00c9tat dataifi\u00e9 \u00bb \u00e0 venir ne peut \u00eatre pris au pied de la lettre. Et pourtant, la question demeure : comment l\u2019\u00ab \u00c9tat \u00bb survit-il \u00e0 sa propre datafication? D\u2019ailleurs, cette m\u00eame question s\u2019applique \u00e9galement \u00e0 la Vall\u00e9e du Silicium, qui est la contrepartie r\u00e9ifi\u00e9e de la distinction \u00ab \u00c9tat-non-\u00c9tat \u00bb. Dans le cadre du pr\u00e9sent article, l\u2019accent mis sur la datafisation vise \u00e0 d\u00e9naturaliser l\u2019extension, jug\u00e9e bien trop naturelle, de la \u00ab pratique de la gouvernementalit\u00e9 des \u00c9tats aux entreprises technologiques et aux infrastructures num\u00e9riques \u00bb (Aradau 2023, 180; Kopper et Knox 2024, 10). Pourtant, cela ne va pas jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9peindre les \u00ab structures de pouvoir d\u00e9stabilis\u00e9es \u00bb que le \u00ab sujet de donn\u00e9es \u00bb en est venu \u00e0 pr\u00e9sumer (cf. Bridges 2021, 11). La souverainet\u00e9 politique ne peut plus \u00eatre tenue pour acquise; mais pouvons-nous d\u00e9sormais imaginer de mani\u00e8re plausible une structure de pouvoir de fortune, soutenue sur le plan technopolitique \u2013 notamment dans la veine du L\u00e9viathan, l\u2019\u00ab homme artificiel \u00bb?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le L\u00e9viathan traitait de la \u00ab red\u00e9finition et de la neutralisation \u00bb des \u00ab changements r\u00e9volutionnaires \u00bb (Toscano 2018, 34). Un L\u00e9viathan de la Silicon Valley est lui aussi concevable comme l\u2019expression de la volont\u00e9 de neutraliser la force de la disruption en la consid\u00e9rant comme la \u00ab corruption de la disruption \u00bb (Hogarth 2017, 255) . La Vall\u00e9e du Silicium \u00e9tait un r\u00eave qui trouvait son sens dans des \u00ab solutions disruptives aux probl\u00e8mes sociaux \u00bb (Levina et Hasinoff Citation 2017, 489). Le L\u00e9viathan de la Silicon Valley, en revanche, attire l\u2019attention sur notre volont\u00e9 de contr\u00f4ler la vie politiquement contingente en tant que possibilit\u00e9 fond\u00e9e sur les donn\u00e9es. Ainsi, alors que le premier s\u2019appuie sur son iconographie assur\u00e9e pour neutraliser une guerre \u00ab civile \u00bb, le second r\u00eave de d\u00e9politiser la politique dans la perspective toujours manquante d\u2019un \u00ab \u00c9tat datifi\u00e9 \u00bb. Le paysage onirique qui en r\u00e9sulte (l\u2019espace d\u2019ordonnancement perceptuel) rev\u00eat pr\u00e9cis\u00e9ment de l\u2019importance en tant qu\u2019ordre policier. L\u2019\u00ab ordre \u00bb que projette le L\u00e9viathan du silicium est un continuum agit\u00e9 plut\u00f4t qu\u2019une utopie insulaire : nous savons trop bien qu\u2019il est cribl\u00e9 de discontinuit\u00e9s technopolitiques \u2013 traceurs de donn\u00e9es, les t\u00e9moins, les ombres de donn\u00e9es, les m\u00e9tadonn\u00e9es et autres trous noirs de la surveillance des donn\u00e9es. Et c\u2019est pourquoi ce continuum ne peut que se r\u00e9aliser dans et par l\u2019ordonnancement perceptuel. Sous le L\u00e9viathan, comme dans la datafaction de l\u2019\u00c9tat, nous sommes contraints de nous entendre sur les nouvelles \u00ab d\u00e9finitions et significations des termes \u00bb, simplement parce que \u00ab l\u2019usage du langage dans la sph\u00e8re publique est perspicace \u00bb (Reagan 2012, 34). Dans notre d\u00e9f\u00e9rence envers le \u00ab nouveau \u00bb langage de l\u2019hybridit\u00e9, nous nous trouvons dans une relation de pouvoir qui est entretenue de mani\u00e8re circulaire par sa nouveaut\u00e9 perp\u00e9tuelle. L\u2019\u00ab ancien \u00bb L\u00e9viathan avait pour but de contr\u00f4ler l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 politique en maintenant ses sujets \u00ab dans la crainte \u00bb (Toscano 2018, 32). En revanche, le L\u00e9viathan du silicium est l\u00e0 pour nous rappeler qu\u2019un ordre policier prosp\u00e8re en tant qu\u2019exp\u00e9rience continue de formation des sujets. Les sujets de donn\u00e9es \u00ab fugitifs \u00bb existent bel et bien, mais dans le jeu des succ\u00e8s et des \u00e9checs algorithmiques (cf. Bridges 2021, 8). De toute \u00e9vidence, le concept d\u2019\u00ab ordre policier \u00bb acquiert sa mat\u00e9rialit\u00e9 technopolitique dans sa d\u00e9f\u00e9rence constante envers l\u2019ambivalence agentielle. En ce sens, la \u00ab technopolitique \u00bb appara\u00eet comme un raccourci opportun pour d\u00e9signer le \u00ab r\u00e9gime de v\u00e9rit\u00e9 \u00bb, un r\u00e9gime qui se nourrit de \u00ab la part inconnue de l\u2019incertitude radicale \u00bb (Rouvroy 2013, 145). Pour un tel r\u00e9gime, la mort de l\u2019\u00ab ancien \u00bb n\u2019est qu\u2019une occasion de r\u00e9organisation perceptuelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00ab homme artificiel \u00bb (selon les termes de Hobbes) \u00e9tait un monstre supportable. Ce qu\u2019il a accompli en notre nom, c\u2019\u00e9tait la \u00ab construction d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 symbolique \u00bb (T\u00e4nzler 2017, 224), qui constituait en fait un \u00ab nouvel \u00bb ordre perceptuel. Mais l\u2019\u00ab homme \u00bb pourrait-il jamais survivre \u00e0 cette nouveaut\u00e9 qui ne cesse de se d\u00e9ployer? La r\u00e9ponse courte est non. Son hybridit\u00e9, une existence qui se situe \u00ab \u00e0 la fois \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019\u00c9tat \u00bb (Tralau 2007, 73), r\u00e9v\u00e8le de toute fa\u00e7on la mort presque naturelle du \u00ab Souverain \u00bb politique. Rappelons que ce qui maintenait r\u00e9ellement ces sujets dans la crainte, c\u2019\u00e9tait en fait une iconographie. Sa mort est donc un iconoclasme : \u00ab le social n\u2019a plus besoin de passer par des cat\u00e9gorisations dict\u00e9es par les rapports de pouvoir politiques \u00bb (Rouvroy et Stiegler 2016, 9). Cependant, cette prise de conscience ne doit pas nous emp\u00eacher de prendre au s\u00e9rieux le pouvoir des donn\u00e9es, qui pr\u00e9vaut sur le plan technopolitique. On dit que Hobbes r\u00e9v\u00e8le une ruse fondamentale de la souverainet\u00e9 : \u00ab nous g\u00e9n\u00e9rons et autorisons ce qui nous intimide ensuite \u00bb.Note de bas de page5 Je pense plut\u00f4t que la supercherie r\u00e9side en nous, qu\u2019il s\u2019agisse du public historique du L\u00e9viathan ou du sujet de donn\u00e9es fugitif qui prosp\u00e8re dans l\u2019\u00e9chec algorithmique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1 Dans le domaine du Big Data, le fait que \u00ab la corr\u00e9lation l\u2019emporte sur la causalit\u00e9 \u00bb explique de mani\u00e8re plausible le d\u00e9passement, autrement inexplicable, de \u00ab la diff\u00e9rence constitutive entre la carte et l\u2019empire, entre le mod\u00e8le et le monde \u00bb. Et ce, \u00e0 tel point que \u00ab l\u2019inexactitude des mod\u00e8les n\u2019a plus d\u2019importance \u00bb (Gransche 2016, 58).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2 En tant qu\u2019\u00ab exigence informatique formul\u00e9e par un groupe ou une institution \u00e0 l\u2019intention d\u2019un autre groupe ou d\u2019une autre institution \u00bb (Jungs de Almeida, Klein et D\u2019Ignazio 2024, 195).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3 Voir : Menke (2015, 21).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">4 Comme dans les imaginaires sociotechniques de Sheila Jasanoff, qui font r\u00e9f\u00e9rence aux \u00ab visions d\u2019avenirs souhaitables \u00bb qui ne sont pas simplement \u00ab stabilis\u00e9es sur le plan institutionnel \u00bb, mais qui sont per\u00e7ues comme d\u00e9coulant d\u2019une \u00ab compr\u00e9hension partag\u00e9e des formes de vie sociale et d\u2019ordre social \u00bb (cit\u00e9 dans Knorr et Pentzold 2025, 2).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">5 Voir Brown (2008, 259).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Amoore, L., A. 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