{"id":7801,"date":"2025-01-22T15:02:27","date_gmt":"2025-01-22T20:02:27","guid":{"rendered":"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/?page_id=7801"},"modified":"2025-10-28T13:43:18","modified_gmt":"2025-10-28T17:43:18","slug":"finance-et-planification","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/finance-et-planification\/","title":{"rendered":"La finance comme planification \u00e9conomique"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La question est de savoir si et comment la planification peut \u00eatre men\u00e9e sous une forme plus d\u00e9mocratique et orient\u00e9e vers les besoins sociaux et \u00e9cologiques plut\u00f4t que vers la seule valeur actionnariale, mais aussi si les appareils de planification financi\u00e8re et leur pouvoir de coordination peuvent \u00eatre appropri\u00e9s pour une telle transformation.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Traduction de<br><a href=\"https:\/\/journals.sagepub.com\/doi\/full\/10.1177\/10245294231217578\">Finance as a form of economic planning<\/a> de Christoph Sorg, revue Competition and Change. 2023.12<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9sum\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces derni\u00e8res ann\u00e9es ont vu la r\u00e9surgence d&rsquo;un d\u00e9bat sur la planification \u00e9conomique \u00e0 l&rsquo;\u00e8re de la num\u00e9risation et de la crise climatique, et une communaut\u00e9 de recherche extr\u00eamement dynamique s&rsquo;est form\u00e9e autour du th\u00e8me de la planification. Bien que l&rsquo;id\u00e9e que \u00ab la planification est d\u00e9j\u00e0 end\u00e9mique dans le capitalisme \u00bb ait \u00e9t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;origine du d\u00e9bat, la litt\u00e9rature s&rsquo;est principalement concentr\u00e9e sur la th\u00e9orie et les mod\u00e8les de planification \u00e9conomique postcapitaliste, et non sur le fonctionnement r\u00e9el de la planification dans le capitalisme. Consid\u00e9rant le syst\u00e8me financier comme l&rsquo;un des moyens par lesquels le capitalisme \u00ab planifie \u00bb, cet article d\u00e9veloppera une s\u00e9rie d&rsquo;observations plut\u00f4t dispers\u00e9es de diff\u00e9rents commentateurs selon lesquelles \u00ab la finance est une forme de planification \u00bb, que les banques centrales partagent des similitudes avec les \u00ab planificateurs centraux \u00bb et que la propri\u00e9t\u00e9 horizontale \u00e0 travers les march\u00e9s transforme les fonds indiciels en propri\u00e9taires universels ayant la capacit\u00e9 de diriger le d\u00e9veloppement \u00e9conomique. Je soutiendrai tout d&rsquo;abord que la financiarisation a fortement influenc\u00e9 le fonctionnement de la planification \u00e9conomique contemporaine. Dans ce contexte, le texte expliquera ensuite comment la capacit\u00e9 de la finance \u00e0 coordonner l&rsquo;\u00e9conomie en fait un outil potentiel de transformation vers un contr\u00f4le social et d\u00e9mocratique accru de l&rsquo;\u00e9conomie. Ce faisant, ce document relie le nouveau d\u00e9bat sur la planification \u00e9conomique \u00e0 la litt\u00e9rature acad\u00e9mique sur la financiarisation et la d\u00e9mocratisation de la finance.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La planification \u00e9conomique : Un nouveau champ de recherche<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les sciences sociales \u00e9conomiques ont depuis un certain temps d\u00e9j\u00e0 d\u00e9construit le binaire du capitalisme de libre march\u00e9 contre le socialisme centralis\u00e9, qui est si central dans la \u00ab fen\u00eatre \u00e9troite de l&rsquo;imagination n\u00e9olib\u00e9rale \u00bb (Mitchell 1999). Les march\u00e9s sont bien plus anciens que le capitalisme (Abu-Lughod 1989 ; Pomeranz 2000 ; Arrighi 2007 ; Graeber 2011) et sont en principe compatibles avec la propri\u00e9t\u00e9 sociale des moyens de production (Bockman 2011 ; Bockman et al., 2016). La forme particuli\u00e8re que prennent les march\u00e9s sous le capitalisme n&rsquo;est pas particuli\u00e8rement \u00ab libre \u00bb, les principales entreprises de l&rsquo;\u00e9conomie mondiale s&rsquo;\u00e9tant historiquement appuy\u00e9es sur le pouvoir de l&rsquo;\u00c9tat pour emp\u00eacher la \u00ab libre concurrence \u00bb afin d&rsquo;accro\u00eetre leurs profits (Braudel 1977 ; Wallerstein 2004). Les femmes, les minorit\u00e9s ethniques et sexuelles et une grande partie du monde anciennement colonis\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 historiquement exclus d&rsquo;une participation \u00e9gale aux march\u00e9s (Robinson 2000 ; Federici 2004 ; Virdee 2019), ce qui est li\u00e9 au fait que la majorit\u00e9 du travail de soins, la nature non humaine, la d\u00e9possession racialis\u00e9e et les biens politiques sont trait\u00e9s comme des cadeaux gratuits mais non reconnus pour les \u00e9conomies de march\u00e9 (Fraser 2013, 2014).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plus r\u00e9cemment, un d\u00e9bat r\u00e9surgent sur la planification \u00e9conomique \u00e0 l&rsquo;\u00e8re de la num\u00e9risation a abord\u00e9 l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du \u00ab binaire march\u00e9-planification \u00bb et une communaut\u00e9 de recherche extr\u00eamement dynamique s&rsquo;est form\u00e9e autour du th\u00e8me de la planification (par ex, Benanav 2022 ; Bensussan et al. 2022 ; Dapprich 2022 ; Fuchs 2020 ; Groos 2021 ; Gr\u00fcnberg 2023 ; Hahnel 2021 ; Jones 2020 ; Laibman 2022 ; Laibman et Campbell 2022 ; Morozov 2019 ; Sorg 2022a, 2022b ; Vettese et Pendergrass 2022). Bien qu&rsquo;elle soit le plus souvent assimil\u00e9e \u00e0 la planification centrale du <em>Gosplan<\/em>, la planification \u00e9conomique peut \u00eatre centrale ou d\u00e9centralis\u00e9e, autoritaire ou d\u00e9mocratique, elle peut compl\u00e9ter ou remplacer les march\u00e9s et certaines de ses formes sont d\u00e9j\u00e0 end\u00e9miques sous le capitalisme (Jameson 2009, 420ff ; Bratton 2016, 327ff ; Phillips et Rozworksi, 2019 ; Jones 2020). Sur la base de ces pr\u00e9misses, la nouvelle litt\u00e9rature de planification a explor\u00e9 la possibilit\u00e9 de vari\u00e9t\u00e9s postcapitalistes et d\u00e9mocratiques de planification, en s&rsquo;appuyant en partie sur des mod\u00e8les un peu plus anciens de n\u00e9gociation d\u00e9mocratique (Devine 1988, 2002), de cyber-socialisme (Cockshott et Cottrell 1993), d&rsquo;\u00e9conomie participative (Albert et Hahnel 1991) et de coordination it\u00e9rative d\u00e9mocratique \u00e0 plusieurs niveaux (Laibman 2002). L&rsquo;accent a \u00e9t\u00e9 mis en particulier sur la possibilit\u00e9 pour les technologies num\u00e9riques telles que l&rsquo;intelligence artificielle, le big data ou les infrastructures de r\u00e9troaction de r\u00e9soudre le probl\u00e8me du calcul \u00e9conomique (Groos, 2021 ; Morozov, 2019 ; Saros, 2014 ; Sorg, 2022a). Plus r\u00e9cemment, cependant, des auteurs ont \u00e9galement plaid\u00e9 en faveur de la planification afin d&rsquo;\u00e9viter l&rsquo;effondrement \u00e9cologique (Vettese et Pendergrass 2022 ; Sorg, 2022a ; Krah\u00e9 2022 ; Planning for Entropy 2022).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La litt\u00e9rature se concentrant largement sur la th\u00e9orie et les mod\u00e8les de planification \u00e9conomique postcapitaliste, peu de travaux ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s pour \u00e9tudier le fonctionnement r\u00e9el de la planification dans le capitalisme. En effet, lorsque les travaux se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 empirique, c&rsquo;est principalement pour discuter de l&rsquo;histoire des vari\u00e9t\u00e9s de socialisme d&rsquo;\u00c9tat r\u00e9ellement existant ou de la gestion macro\u00e9conomique keyn\u00e9sienne d&rsquo;apr\u00e8s-guerre (par exemple, Devine 1988). En outre, l&rsquo;accent mis par la litt\u00e9rature sur les mod\u00e8les souhaitables et les r\u00e9sultats finaux ne permet pas d&rsquo;\u00e9laborer des trajectoires sur la mani\u00e8re d&rsquo;\u00e9voluer r\u00e9ellement vers des \u00e9conomies comportant des \u00e9l\u00e9ments de planification d\u00e9mocratique. Cet article soutient que la finance constitue un cas particuli\u00e8rement int\u00e9ressant pour ces deux lacunes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Consid\u00e9rant le syst\u00e8me financier comme l&rsquo;un des moyens par lesquels le capitalisme \u00ab planifie \u00bb, cet article d\u00e9veloppera une s\u00e9rie assez dispers\u00e9e d&rsquo;observations de diff\u00e9rents commentateurs selon lesquelles \u00ab la finance est une forme de planification \u00bb (Mason 2016), que les banques centrales partagent des similitudes avec les \u00ab planificateurs centraux \u00bb (Braun 2018, 2021a, 2022a ; Phillips et Rozworksi, 2019 ; Bastani 2019) et que la propri\u00e9t\u00e9 horizontale sur les march\u00e9s transforme les fonds indiciels en propri\u00e9taires universels capables d&rsquo;orienter le d\u00e9veloppement \u00e9conomique (Mason 2016 ; Phillips et Rozworksi, 2019 ; Bastani 2019 ; Braun 2021b, 2022b). Je soutiendrai que la financiarisation a fortement influenc\u00e9 le fonctionnement de la planification \u00e9conomique contemporaine, mais aussi que la capacit\u00e9 de la finance \u00e0 coordonner l&rsquo;\u00e9conomie en fait un outil important de transformation. Ce faisant, cet article relie le nouveau d\u00e9bat sur la planification \u00e9conomique \u00e0 la litt\u00e9rature acad\u00e9mique sur la financiarisation (Van der Zwan 2014 ; Auvray et al., 2021) et la d\u00e9mocratisation de la finance (Block 2019a).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La deuxi\u00e8me section de cet article d\u00e9veloppera le cadre conceptuel pour th\u00e9oriser la planification \u00e9conomique dans le capitalisme. Je soutiendrai que la planification dans le capitalisme doit \u00eatre comprise comme un ensemble de planification publique pour l&rsquo;accumulation globale, de planification priv\u00e9e atomistique pour le profit et les forces du march\u00e9. La troisi\u00e8me section pr\u00e9sentera le r\u00f4le g\u00e9n\u00e9ral de la finance dans la planification et examinera comment la financiarisation a transform\u00e9 la planification au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies. Cela inclut le r\u00f4le de l&rsquo;augmentation de la valeur actionnariale et des gestionnaires d&rsquo;actifs pour la planification priv\u00e9e et l&rsquo;importance des banques centrales et du cr\u00e9dit priv\u00e9 pour la planification publique. Dans ce contexte, la quatri\u00e8me section analysera ensuite comment une d\u00e9mocratisation de la finance pourrait contribuer \u00e0 une d\u00e9mocratisation de la planification publique et priv\u00e9e, ainsi qu&rsquo;\u00e0 dompter ou \u00e0 abolir les forces du march\u00e9. La derni\u00e8re section reliera cette analyse aux trajectoires de transformation par le biais d&rsquo;un contr\u00f4le social et d\u00e9mocratique de la finance.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Th\u00e9oriser la planification capitaliste et le r\u00f4le de la finance en son sein<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le capitalisme en tant que syst\u00e8me social est une combinaison particuli\u00e8re de planification et de march\u00e9. Il combine l&rsquo;allocation directe ex ante des ressources au sein des entreprises avec l&rsquo;\u00e9valuation ex post des marchandises sur un march\u00e9 (Mandel 1986 ; Bensussan et al., 2022). Cependant, la combinaison particuli\u00e8re des deux varie en fonction de l&rsquo;espace et du temps. En effet, Mandel (1986) a identifi\u00e9 la \u00ab socialisation croissante du travail \u00bb comme le d\u00e9veloppement capitaliste central depuis la r\u00e9volution industrielle, pr\u00e9cipitant une \u00ab extension spectaculaire de l&rsquo;organisation planifi\u00e9e du travail \u00bb, avec des soci\u00e9t\u00e9s transnationales planifiant l&rsquo;allocation de la main-d&rsquo;\u0153uvre, des ressources et des machines \u00e0 travers de vastes cha\u00eenes d&rsquo;approvisionnement. Mandel n&rsquo;\u00e9tait pas le seul \u00e9conomiste de renom \u00e0 identifier le capitalisme comme une \u00ab planification d\u00e9centralis\u00e9e par de nombreuses personnes distinctes \u00bb (Hayek 1945) m\u00e9diatis\u00e9e par les march\u00e9s, ni le seul \u00e0 observer que le domaine de la planification s&rsquo;est historiquement \u00e9tendu dans le capitalisme (par exemple, Coase 1937 ; Chandler 1977 ; Simon 1991).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors que la planification a depuis largement disparu de l&rsquo;\u00e9conomie politique (Bensussan et al., 2022) et des \u00e9tudes sur la gestion et l&rsquo;organisation (Cummings et Daellenbach 2009)1 , une nouvelle litt\u00e9rature (r\u00e9)\u00e9mergente sur la planification \u00e9conomique semble avoir red\u00e9couvert l&rsquo;observation de Mandel d&rsquo;une organisation du travail de plus en plus planifi\u00e9e dans les pratiques \u00e9conomiques d&rsquo;entreprises telles que Walmart et Amazon, qui coordonnent des cha\u00eenes d&rsquo;approvisionnement transnationales \u00e0 travers le monde sans m\u00e9canismes de prix internes (par exemple, Jameson 2009, 420ff. ; Bratton 2016, 327ff). Le fait que ces entreprises de tr\u00e8s grande taille coordonnent leur logistique interne sans l&rsquo;utilisation interne de signaux de prix leur indique que la r\u00e9partition ex ante \u00e0 grande \u00e9chelle, au moins en principe, semble \u00eatre faisable et existe d\u00e9j\u00e0 au sein du capitalisme (Phillips et Rozworski 2019).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cependant, une telle focalisation sur la distribution des biens et services sur la base des capacit\u00e9s existantes laisse de c\u00f4t\u00e9 une deuxi\u00e8me dimension importante de la planification : les changements dans la capacit\u00e9 de production, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;investissement (Devine 1988, 2002). Dans le capitalisme, ces investissements sont r\u00e9alis\u00e9s de mani\u00e8re atomistique par des entreprises qui se font concurrence et s&rsquo;ignorent mutuellement. L&rsquo;allocation ex ante des entreprises est \u00e9valu\u00e9e ex post sur les march\u00e9s, ce qui signifie que les producteurs d\u00e9couvrent s&rsquo;il y a eu ou non une demande pour leurs produits (et en quelle quantit\u00e9). Sur la base de ces nouvelles informations, les producteurs \u00e9valuent leur capacit\u00e9 interne et l&rsquo;\u00e9volution future du march\u00e9 et d\u00e9cident d&rsquo;investir sur la base de la rentabilit\u00e9 future attendue. C&rsquo;est ce processus de prise de d\u00e9cision atomistique sur les capacit\u00e9s de production qu&rsquo;Adam Smith a qualifi\u00e9 de \u00ab main invisible \u00bb et Marx d&rsquo;\u00ab anarchie de la production \u00bb (Devine 2002, 75). Cette planification atomistique cr\u00e9e une incertitude collective pour les acteurs \u00e9conomiques, qui ne connaissent jamais de mani\u00e8re fiable les plans et les actions des autres acteurs (Dobb 1960 ; Devine 1988).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette directionnalit\u00e9 aveugle et son impact potentiellement destructeur sur les entreprises, les communaut\u00e9s et la nature non humaine nous conduisent \u00e0 la deuxi\u00e8me forme de planification dans le capitalisme, \u00e0 savoir les pratiques d\u00e9lib\u00e9r\u00e9es des autorit\u00e9s publiques pour \u00ab fa\u00e7onner les march\u00e9s \u00bb (Mazzucato 2013) et att\u00e9nuer leurs tendances destructrices. Cette distinction entre planification d&rsquo;entreprise et planification publique refl\u00e8te le fait que le pouvoir \u00e9conomique et le pouvoir politique peuvent \u00eatre li\u00e9s dans le capitalisme, mais qu&rsquo;ils sont aussi formellement s\u00e9par\u00e9s sur le plan institutionnel (Wood 1995, 19ff ; Fraser 2014). Cette s\u00e9paration institutionnelle se mat\u00e9rialise dans l&rsquo;\u00c9tat et le march\u00e9, chacun ayant son propre modus operandi et donc une logique de planification distincte. Alors que la planification d&rsquo;entreprise vise continuellement \u00e0 r\u00e9aliser des profits priv\u00e9s, comme nous l&rsquo;avons vu plus haut, la planification publique cr\u00e9e, fa\u00e7onne et prot\u00e8ge les espaces dans lesquels la planification d&rsquo;entreprise est possible en premier lieu. Les \u00c9tats cr\u00e9ent et gouvernent l&rsquo;argent, fournissent des cadres juridiques pour les march\u00e9s, prot\u00e8gent les entreprises locales de la concurrence \u00e9trang\u00e8re, r\u00e9priment les r\u00e9bellions subalternes et veillent g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 ce que les march\u00e9s ne s&rsquo;autod\u00e9truisent pas (Fraser 2014). Ils r\u00e9alisent \u00e9galement toute une s\u00e9rie d&rsquo;investissements publics qui ne sont tout simplement pas, ou pas encore, rentables pour les entreprises individuelles ou qui ont des externalit\u00e9s positives, comme la recherche fondamentale ou la construction de r\u00e9seaux \u00e9lectriques et ferroviaires (Mazzucato 2013).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans cette optique, la planification publique doit \u00eatre \u00ab relativement autonome \u00bb par rapport aux acteurs individuels du march\u00e9 afin de transcender leurs int\u00e9r\u00eats particuliers et de reproduire l&rsquo;accumulation globale du capital (Offe 1975 ; Wright 2010). Si les institutions \u00e9tatiques \u00e9taient captur\u00e9es par des int\u00e9r\u00eats commerciaux particuliers, elles ne pourraient pas prot\u00e9ger efficacement le syst\u00e8me global contre les tendances autodestructrices des march\u00e9s. Cette tendance \u00e0 l&rsquo;autonomie est m\u00e9diatis\u00e9e par la d\u00e9pendance de l&rsquo;\u00c9tat \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard d&rsquo;une accumulation r\u00e9ussie de capital pour son fonctionnement. Les institutions publiques peuvent financer leurs d\u00e9penses (par exemple, la protection sociale, la politique industrielle et l&rsquo;administration de base) en demandant aux entreprises publiques de g\u00e9n\u00e9rer des exc\u00e9dents, en taxant les b\u00e9n\u00e9fices et les salaires ou en empruntant (O&rsquo;Connor 1973 ; Roos 2019, 57). Cependant, toutes ces mesures d\u00e9pendent de la stabilit\u00e9 et de la croissance \u00e9conomiques. Cela explique le pouvoir structurel des entreprises dans la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste, c&rsquo;est-\u00e0-dire la capacit\u00e9 de retenir collectivement l&rsquo;investissement et le cr\u00e9dit et de d\u00e9clencher ainsi des troubles \u00e9conomiques dans un \u00c9tat (Lindblom 1977 ; Block 1987 ; Przeworski et Wallerstein 1988). La menace d&rsquo;une \u00ab gr\u00e8ve du capital \u00bb (c&rsquo;est-\u00e0-dire pas d&rsquo;investissement) ou d&rsquo;une \u00ab gr\u00e8ve du cr\u00e9dit \u00bb (c&rsquo;est-\u00e0-dire pas de cr\u00e9dit) peut pr\u00e9cipiter un renversement de la politique gouvernementale, m\u00eame si les efforts de lobbying plus directs des entreprises \u00e9chouent (pour la gr\u00e8ve du capital, Block 1987, 8ff ; pour le cr\u00e9dit, Block 1987, 8ff ; pour le cr\u00e9dit, Block 1987, 8ff) : Block 1987, 8ff ; pour la gr\u00e8ve du cr\u00e9dit et la fuite des capitaux : voir Strange 1998 ; Roos 2019). Ce n&rsquo;est donc pas seulement la planification des entreprises qui est fortement influenc\u00e9e par les forces du march\u00e9, mais aussi la planification publique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une th\u00e9orie appropri\u00e9e de la planification dans le capitalisme doit donc int\u00e9grer la planification publique pour l&rsquo;accumulation globale, la planification d&rsquo;entreprise pour les profits individuels, et leur d\u00e9pendance respective \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des forces du march\u00e9. La figure 1 illustre ce processus. La planification publique cr\u00e9e et fa\u00e7onne les espaces pour la planification atomistique des entreprises, qui \u00e0 son tour cr\u00e9e des forces de march\u00e9 qui r\u00e9ajustent le terrain de jeu pour les futures planifications publiques et d&rsquo;entreprise. La planification publique peut essayer de fa\u00e7onner et d&rsquo;orienter les forces du march\u00e9 dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de l&rsquo;accumulation territoriale, mais elle est en fin de compte limit\u00e9e par ces forces. De m\u00eame, la planification d&rsquo;entreprise est une \u00ab lutte constante men\u00e9e par les entreprises contre les forces impersonnelles et abstraites du march\u00e9 \u00bb (Bensussan et al., 2022).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"513\" src=\"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Fig.-1-1200x513.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-7802\" srcset=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Fig.-1-1200x513.png 1200w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Fig.-1-744x318.png 744w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Fig.-1-420x179.png 420w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Fig.-1-768x328.png 768w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Fig.-1-1536x656.png 1536w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Fig.-1.png 2022w\" sizes=\"auto, (max-width: 706px) 89vw, (max-width: 767px) 82vw, 740px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Figure 1. La planification dans une \u00e9conomie de march\u00e9.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br>Des travaux populaires dans le d\u00e9bat actuel sur la planification ont fait allusion \u00e0 la mani\u00e8re dont la finance influence ces processus par le biais d&rsquo;une planification d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e par les banques centrales et la finance priv\u00e9e (Mason 2016 ; Phillips et Rozworski 2019, 100ff). En outre, la recherche en \u00e9conomie politique de la finance a \u00e9galement indiqu\u00e9 que la finance sert largement de \u00ab planificateur social \u00bb du capitalisme contemporain (Braun 2018, 2022a). La finance joue un r\u00f4le central dans l&rsquo;allocation des ressources soci\u00e9tales et est elle-m\u00eame divis\u00e9e en planification publique pour l&rsquo;accumulation globale (par exemple, via les banques centrales, les minist\u00e8res des finances et les fonds souverains) et en planification atomistique pour les profits individuels (par exemple, via les banques priv\u00e9es, les fonds d&rsquo;investissement et les gestionnaires d&rsquo;actifs). Joseph Schumpeter (1939, 109f) a d\u00e9crit le r\u00f4le de la finance priv\u00e9e en mati\u00e8re d&rsquo;innovation et d&rsquo;allocation comme une sorte de Gosplan capitaliste, c&rsquo;est-\u00e0-dire comme l&rsquo;agence de planification de l&rsquo;\u00e9conomie de march\u00e9, qui transf\u00e8re les ressources d&rsquo;une utilisation \u00e0 une autre (cit\u00e9 \u00e9galement dans Mason 2016). Bien que l&rsquo;investissement puisse \u00e9galement \u00eatre financ\u00e9 par les b\u00e9n\u00e9fices non distribu\u00e9s, les flux financiers influencent n\u00e9anmoins l&rsquo;orientation sociale de la production. Les pr\u00eats bancaires, les titres de cr\u00e9ance et les actions d\u00e9terminent quels acteurs \u00e9conomiques et quels secteurs re\u00e7oivent une part plus importante des ressources collectives pour d\u00e9velopper ou r\u00e9ajuster la production. Cette allocation financi\u00e8re ne refl\u00e8te pas simplement les b\u00e9n\u00e9fices pass\u00e9s, mais la rentabilit\u00e9 future attendue, ce qui n\u00e9cessite un processus de planification d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 et subjectif parmi les acteurs financiers (Mason 2016).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une fois encore, les march\u00e9s financiers ont besoin d&rsquo;agences publiques telles que les minist\u00e8res des finances et les banques centrales pour les cr\u00e9er et s&rsquo;assurer qu&rsquo;ils ne s&rsquo;autod\u00e9truisent pas. Des recherches r\u00e9centes sur la finance critique ont montr\u00e9 que les banques centrales jouent un r\u00f4le particuli\u00e8rement important dans la coordination des march\u00e9s (par exemple, Gabor 2010 ; Monnet 2018 ; Braun 2018, 2022a ; Kalaitzake 2018 ; Bazot et al., 2022) et ont expliqu\u00e9 comment elles le font. L&rsquo;action d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e des banques centrales, en tant qu&rsquo;institution non marchande, utilise le prix de la liquidit\u00e9 \u00e0 court terme pour orienter les march\u00e9s dans une direction particuli\u00e8re (Braun 2018). Benjamin Braun (2022a) a donc suivi Karl Polanyi en soutenant que les banques centrales devraient \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9es comme des institutions pivots de coordination non marchande, \u00ab sans lesquelles le march\u00e9 aurait d\u00e9truit ses propres enfants, les entreprises commerciales de toutes sortes \u00bb (Polanyi 2001, 201). En effet, le c\u00e9l\u00e8bre dicton de Polanyi selon lequel \u00ab le laissez-faire \u00e9tait planifi\u00e9 ; la planification ne l&rsquo;\u00e9tait pas \u00bb (Polanyi 2001, 147) implique qu&rsquo;une telle planification (en tant que coordination non marchande visant \u00e0 r\u00e9duire les incertitudes et les irrationalit\u00e9s cr\u00e9\u00e9es par les march\u00e9s) \u00e9merge spontan\u00e9ment pour prot\u00e9ger le \u00ab march\u00e9 autor\u00e9gulateur \u00bb contre lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans une \u00e9tude de cas historique sur la \u00ab planification par la banque centrale \u00bb, Monnet (2018) a d\u00e9montr\u00e9 avec force le r\u00f4le de la Banque centrale fran\u00e7aise dans la planification indicative industrielle de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre par le biais du cr\u00e9dit \u00e0 l&rsquo;investissement. Cela remet en question le r\u00e9cit selon lequel les banques centrales ne sont devenues que r\u00e9cemment de puissants planificateurs technocratiques, et sugg\u00e8re plut\u00f4t que la transformation s&rsquo;est faite au niveau des outils et des objectifs, de la politique industrielle \u00e0 la lutte contre l&rsquo;inflation. Ces transformations ont \u00e9t\u00e9 associ\u00e9es \u00e0 la financiarisation du capitalisme, qui a fortement influenc\u00e9 la planification des entreprises et des pouvoirs publics, et sur laquelle je vais maintenant me pencher.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La financiarisation de la planification<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La financiarisation est parfois d\u00e9crite comme un r\u00e9gime d&rsquo;accumulation, comme une gouvernance d&rsquo;entreprise ax\u00e9e sur la valeur actionnariale ou comme la financiarisation de la vie quotidienne (Van der Zwan 2014), mais pour les besoins de cet article, je d\u00e9finirai ce concept comme un r\u00f4le croissant de la finance dans la r\u00e9alisation de profits par rapport au commerce et \u00e0 la production de marchandises (voir Krippner 2011, 27ff). Les \u00e9conomistes politiques critiques ont fait remonter les origines de la financiarisation \u00e0 la crise de rentabilit\u00e9 des principaux secteurs de l&rsquo;\u00e9conomie d&rsquo;apr\u00e8s-guerre depuis la fin des ann\u00e9es 1960 (Magdoff et Sweezy, 1987 ; Brenner 2002) et \u00e0 la crise de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie am\u00e9ricaine refl\u00e9t\u00e9e par la guerre du Vi\u00eat Nam et les chocs p\u00e9troliers (Arrighi 2007 ; Krippner 2011). Ces derniers ont pouss\u00e9 l&rsquo;administration Nixon \u00e0 abolir l&rsquo;\u00e9talon-or du dollar et ont ouvert la voie \u00e0 un r\u00e9gime de monnaie fiduciaire. Dans le premier cas, les soci\u00e9t\u00e9s non financi\u00e8res ont trouv\u00e9 de moins en moins de possibilit\u00e9s d&rsquo;investissement rentables pour une reproduction \u00e9largie et ont donc d\u00e9tenu de plus en plus d&rsquo;actifs sous forme liquide, qu&rsquo;elles ont utilis\u00e9s pour capitaliser leurs propres divisions financi\u00e8res (Krippner 2011 ; Lapavitsas 2013). D\u00e9sormais, de plus en plus d&rsquo;entreprises non financi\u00e8res financent leurs investissements par des fonds internes au lieu de faire appel au secteur financier (Van Treeck 2009, 923ff ; Palladino 2021 ; Braun 2022b).2<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les soci\u00e9t\u00e9s non financi\u00e8res \u00e9tant de plus en plus en mesure de financer leurs investissements sans l&rsquo;aide des banques, ces derni\u00e8res ont commenc\u00e9 \u00e0 se pr\u00eater entre elles et \u00e0 pr\u00eater aux m\u00e9nages (Lapavitsas 2011, 2013). La demande de cr\u00e9dit des m\u00e9nages a augment\u00e9 \u00e0 mesure que les salaires r\u00e9els stagnaient et que les r\u00e9formes n\u00e9olib\u00e9rales r\u00e9duisaient la protection sociale, instaurant ainsi un r\u00e9gime de keyn\u00e9sianisme privatis\u00e9 (Crouch 2009). Les banques ont financiaris\u00e9 les actifs des m\u00e9nages (par exemple, le logement, les pensions et l&rsquo;\u00e9pargne), les ont titris\u00e9s et revendus (Davis 2009, 116). Cette vaste augmentation des transactions financi\u00e8res a \u00e9t\u00e9 rendue possible par la d\u00e9r\u00e9glementation financi\u00e8re et les innovations technologiques, les statistiques et les scores de cr\u00e9dit rempla\u00e7ant les m\u00e9thodes qualitatives d&rsquo;\u00e9valuation des emprunteurs. La qualit\u00e9 de la planification financi\u00e8re des b\u00e9n\u00e9fices a souffert de cette transformation (Lapavitsas et Dos Santos 2008), la perte de la sensibilit\u00e9 qualitative de la finance pouvant refl\u00e9ter le probl\u00e8me de la \u00ab connaissance tacite \u00bb au c\u0153ur du d\u00e9bat sur la planification.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces transformations ont eu une s\u00e9rie de cons\u00e9quences sur la planification capitaliste, comme indiqu\u00e9 ci-dessus. Premi\u00e8rement, la planification d&rsquo;entreprise a \u00e9t\u00e9 domin\u00e9e par la primaut\u00e9 de la maximisation de la valeur actionnariale (Boyer 2005). Le fondement intellectuel de la valeur actionnariale est l&rsquo;id\u00e9e que les actionnaires sont la seule partie prenante de l&rsquo;entreprise ayant un int\u00e9r\u00eat \u00e0 long terme dans la performance de l&rsquo;entreprise, mais qu&rsquo;ils sont relativement dispers\u00e9s et faibles (Lazonick et O&rsquo;Sullivan 2000 ; Braun 2022b). Les dirigeants sont donc en mesure d&rsquo;utiliser le contr\u00f4le qu&rsquo;ils exercent sur la planification de l&rsquo;entreprise \u00e0 leur propre avantage. Cette logique a justifi\u00e9 l&rsquo;affectation des exc\u00e9dents \u00e0 des rachats d&rsquo;actions (afin d&rsquo;accro\u00eetre la valeur des actifs) et \u00e0 des dividendes afin de r\u00e9aligner la planification de l&rsquo;entreprise sur l&rsquo;int\u00e9r\u00eat des actionnaires, ce qui a eu pour effet de faire baisser l&rsquo;investissement des entreprises (Auvray et al., 2021). La valeur actionnariale a \u00e9galement l\u00e9gitim\u00e9 l&rsquo;utilisation de syst\u00e8mes de r\u00e9mun\u00e9ration li\u00e9s aux b\u00e9n\u00e9fices en tant qu&rsquo;incitations pour les dirigeants. Alors que cette mesure \u00e9tait destin\u00e9e \u00e0 discipliner les dirigeants, elle ne les a pas priv\u00e9s de leur pouvoir, mais les a au contraire enrichis et transform\u00e9s en alli\u00e9s des actionnaires (Boyer, 2005). N\u00e9anmoins, l&rsquo;influence globale des actionnaires s&rsquo;est certainement accrue, ce qui nous am\u00e8ne \u00e0 la deuxi\u00e8me cons\u00e9quence de la financiarisation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Deuxi\u00e8mement, le pouvoir de la finance d&rsquo;influencer la planification de l&rsquo;entreprise s&rsquo;est accru. Les actionnaires avaient peu d&rsquo;options pour contr\u00f4ler l&rsquo;allocation ex ante des multinationales de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre que Mandel (1986) observait. Ils \u00e9taient relativement dispers\u00e9s et ne pouvaient que menacer de vendre leurs (petites) actions, mais avec l&rsquo;\u00e9mergence des soci\u00e9t\u00e9s de capital-investissement sp\u00e9cialis\u00e9es dans le rachat d&rsquo;entreprises cot\u00e9es en bourse, les pressions \u00e0 la baisse sur les prix des actions ont commenc\u00e9 \u00e0 constituer une menace s\u00e9rieuse pour les dirigeants (Braun 2022b, 637ff). En outre, la mont\u00e9e en puissance des investisseurs institutionnels tels que les fonds de pension a concentr\u00e9 les actionnaires et donc amplifi\u00e9 leur voix dans la gouvernance d&rsquo;entreprise (Braun 2022b, 639).<br>Plus r\u00e9cemment, l&rsquo;\u00e9mergence de grandes soci\u00e9t\u00e9s de gestion d&rsquo;actifs a encore accru la concentration et l&rsquo;influence des actionnaires (Elhauge 2015 ; Petry et al., 2021 ; Fichtner et Heemskerk 2020 ; Braun 2021b) et, partant, leur capacit\u00e9 \u00e0 influencer la planification d&rsquo;entreprise par le biais de l&rsquo;allocation de capital. Les trois plus grands gestionnaires d&rsquo;actifs, Vanguard, BlackRock et State Street, d\u00e9tiennent environ 25 % des votes lors des assembl\u00e9es d&rsquo;actionnaires des soci\u00e9t\u00e9s du S&amp;P 500. Selon Lucian Bebchuk et Scott Hirst, ce chiffre pourrait atteindre 40 % d&rsquo;ici vingt ans (Bebchuk et Hirst 2019). Cette immense concentration d&rsquo;actifs contrecarre la menace d&rsquo;une sortie comme option pour les gestionnaires d&rsquo;actifs, mais au lieu de cela, ils ont acquis un \u00e9norme contr\u00f4le sur la planification et l&rsquo;investissement des entreprises (Braun 2022b).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Leur niveau de contr\u00f4le du march\u00e9 va de pair avec des portefeuilles relativement diversifi\u00e9s, ce qui, en th\u00e9orie, les place dans une position id\u00e9ale pour agir en tant que planificateur social et r\u00e9duire les incertitudes cr\u00e9\u00e9es par la planification atomistique des entreprises. Toutefois, comme ils sont eux-m\u00eames des entreprises \u00e0 but lucratif, ils cherchent avant tout \u00e0 maximiser les actifs qu&rsquo;ils contr\u00f4lent, leurs honoraires \u00e9tant calcul\u00e9s en pourcentage de la valeur des actifs (Braun 2022b). En effet, la propri\u00e9t\u00e9 horizontale ax\u00e9e sur le profit signifie que les gestionnaires d&rsquo;actifs s&rsquo;int\u00e9ressent \u00e0 la performance de secteurs entiers plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 celle d&rsquo;entreprises individuelles. En cons\u00e9quence, les gestionnaires d&rsquo;actifs semblent d\u00e9courager l&rsquo;investissement atomistique afin d&rsquo;\u00e9viter la concurrence intra-industrielle (Azar et al., 2021 ; Auvray et al., 2021). La politique est essentielle car la politique mon\u00e9taire a un impact consid\u00e9rable sur les prix des actifs, tandis que la r\u00e9glementation contre leur domination constitue un risque important pour les gestionnaires d&rsquo;actifs (Braun 2022b). Cela nous am\u00e8ne aux troisi\u00e8me et quatri\u00e8me cons\u00e9quences de la financiarisation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Troisi\u00e8mement, la financiarisation a vu la mont\u00e9e en puissance des banques centrales (et des minist\u00e8res des finances) en tant que planificateurs sociaux. Les \u00c9tats n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 des spectateurs passifs de la financiarisation, mais y ont activement contribu\u00e9 en r\u00e9duisant la protection sociale, en d\u00e9r\u00e9glementant le secteur financier et en se tournant vers des politiques mon\u00e9taristes (Arrighi 2007 ; Krippner 2011). La d\u00e9r\u00e9glementation financi\u00e8re ayant pr\u00e9cipit\u00e9 la volatilit\u00e9 et l&rsquo;instabilit\u00e9 financi\u00e8res, les banques centrales ont jou\u00e9 le r\u00f4le de pr\u00eateurs en dernier ressort pour \u00e9viter l&rsquo;effondrement financier (Roos 2019), mais elles ont aussi g\u00e9n\u00e9ralement servi d&rsquo;institution pivot de la coordination non marchande (Braun, 2022a). Face au nombre croissant de crises de la dette, les banques centrales et le FMI (en tant que pr\u00eateur international en dernier ressort) ont fourni des liquidit\u00e9s \u00e0 court terme li\u00e9es \u00e0 des conditionnalit\u00e9s, intervenant ainsi de mani\u00e8re proactive dans les politiques publiques (Roos 2019, 64ff). Ce faisant, ils ont veill\u00e9 \u00e0 ce que la planification publique lib\u00e8re suffisamment de ressources pour maintenir la solvabilit\u00e9 (quel que soit le co\u00fbt social), de sorte que les crises ne se diffusent pas le long des r\u00e9seaux denses de pr\u00eats interbancaires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l&rsquo;apr\u00e8s-guerre, les banques centrales ont utilis\u00e9 des outils tels que le contr\u00f4le du cr\u00e9dit pour intervenir sur les march\u00e9s ex post dans le cadre d&rsquo;une politique gouvernementale coh\u00e9rente (Monnet 2018). Depuis les ann\u00e9es 1980, les banques centrales sont devenues plus ind\u00e9pendantes et ont essentiellement r\u00e9duit leur r\u00e9pertoire d&rsquo;instruments pour cibler la stabilit\u00e9 des prix (en tant que principale pr\u00e9occupation des d\u00e9tenteurs de richesses financi\u00e8res) via le taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat \u00e0 court terme sur les march\u00e9s mon\u00e9taires interbancaires (Braun 2018). Le raisonnement qui sous-tend l&rsquo;ind\u00e9pendance des banques centrales est que celles-ci doivent \u00eatre suffisamment ind\u00e9pendantes pour prendre des d\u00e9cisions impopulaires que les \u00e9lus ne seraient pas en mesure de prendre en raison des pressions \u00e9lectorales (Gilardi 2007 ; McNamara 2011 ; Kim 2022). En outre, on craint que les transformations de la politique mon\u00e9taire dues aux \u00e9lections ne cr\u00e9ent de l&rsquo;incertitude pour les acteurs du march\u00e9. L&rsquo;ind\u00e9pendance de la banque centrale a donc plac\u00e9 certains des outils et des t\u00e2ches de planification publique hors du contr\u00f4le d\u00e9mocratique et sous la responsabilit\u00e9 d&rsquo;institutions technocratiques. Alors que la possibilit\u00e9 d&rsquo;une planification budg\u00e9taire efficace a \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e sur la base de l&rsquo;hypoth\u00e8se selon laquelle les acteurs \u00ab rationnels \u00bb du march\u00e9 pr\u00e9disent (et donc contrecarrent) l&rsquo;intervention publique, cette m\u00eame hypoth\u00e8se a servi de base pour justifier la planification de la banque centrale via la gestion des anticipations (\u00ab forward guidance \u00bb) (Braun 2018). En outre, l&rsquo;essor de l&rsquo;assouplissement quantitatif a marqu\u00e9 le retour \u00e0 une planification plus interventionniste de la part des banques centrales par le biais de l&rsquo;achat strat\u00e9gique d&rsquo;actifs financiers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quatri\u00e8mement, le pouvoir structurel croissant de la finance et la demande publique en la mati\u00e8re ont augment\u00e9 sa capacit\u00e9 \u00e0 limiter et \u00e0 influencer de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale la planification publique. La d\u00e9r\u00e9glementation financi\u00e8re et le d\u00e9mant\u00e8lement des contr\u00f4les de capitaux ont consid\u00e9rablement augment\u00e9 le volume des flux financiers transfrontaliers, tandis que les innovations technologiques les ont facilit\u00e9s et acc\u00e9l\u00e9r\u00e9s. La mobilit\u00e9 croissante des capitaux a \u00e0 son tour renforc\u00e9 et transnationalis\u00e9 la menace de gr\u00e8ve du cr\u00e9dit d\u00e9crite ci-dessus (Strange 1998 ; Roos 2019). Les politiques favorables aux entreprises peuvent \u00eatre r\u00e9compens\u00e9es par l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 un cr\u00e9dit moins cher, tandis que les politiques d\u00e9favorables aux entreprises peuvent \u00eatre disciplin\u00e9es via la d\u00e9localisation des capitaux vers d&rsquo;autres juridictions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le m\u00eame temps, les \u00c9tats sont devenus de plus en plus d\u00e9pendants de l&rsquo;offre priv\u00e9e de cr\u00e9dit pour financer la planification publique (Streeck 2015 ; Roos 2019, 64ff). Lorsque la stagnation s\u00e9culaire et la concurrence internationale ont \u00e9rod\u00e9 les fondements fiscaux du keyn\u00e9sianisme et du d\u00e9veloppementalisme d&rsquo;apr\u00e8s-guerre, les vagues de privatisation qui ont suivi ont r\u00e9duit la capacit\u00e9 de planification publique directe par le biais des entreprises publiques. Avec la diminution de l&rsquo;imposition due \u00e0 la baisse des b\u00e9n\u00e9fices et la pression \u00e0 la baisse sur l&rsquo;imp\u00f4t sur les soci\u00e9t\u00e9s dans le contexte de la mondialisation financi\u00e8re, la planification publique est de plus en plus financ\u00e9e par le cr\u00e9dit. Si la dette publique a permis de \u00ab retarder \u00bb des crises de l\u00e9gitimit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es (Streeck 2017), elle a \u00e9galement renforc\u00e9 le pouvoir de la finance d&rsquo;influencer et de limiter la planification publique. La finance donne la priorit\u00e9 (et donc r\u00e9compense) aux politiques publiques qui maintiennent l&rsquo;inflation \u00e0 un faible niveau et pr\u00e9servent le service de la dette \u00e0 tout prix (Roos 2019), ce qui va de pair avec la pertinence et l&rsquo;ind\u00e9pendance croissantes des banques centrales. Dans un tel contexte, la planification publique devient un exercice technocratique \u00e0 peine soumis au contr\u00f4le d\u00e9mocratique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Deux cas illustrent la combinaison du pouvoir structurel croissant de la finance et de la d\u00e9pendance croissante au cr\u00e9dit priv\u00e9. Lorsque l&rsquo;administration fran\u00e7aise de Mitterrand s&rsquo;est engag\u00e9e sur la voie d&rsquo;une vaste politique de nationalisation et d&rsquo;industrialisation en 1981, la fuite des capitaux et la sp\u00e9culation contre le franc ont exerc\u00e9 une pression \u00e9norme sur la coalition socialiste-communiste (Fourcade-Gourinchas et Babb 2002, 565ff). Alors que ces politiques n&rsquo;auraient pas constitu\u00e9 une forme rare de planification dix ans plus t\u00f4t, le contexte \u00e9conomique international avait chang\u00e9. Ne voulant pas augmenter les droits de douane et les contr\u00f4les de capitaux et risquer l&rsquo;isolement, la coalition s&rsquo;est divis\u00e9e et la nouvelle administration a poursuivi un programme de privatisation et d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9. En 2015, la Gr\u00e8ce a connu une constellation similaire lorsque la coalition nouvellement \u00e9lue et dirig\u00e9e par Syriza a choisi de mettre fin \u00e0 l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 et au service de la dette (Roos 2019, 225ff). Malgr\u00e9 un r\u00e9f\u00e9rendum r\u00e9ussi pour rejeter les conditions de renflouement propos\u00e9es par la Commission europ\u00e9enne, la Banque centrale europ\u00e9enne et le Fonds mon\u00e9taire international, le pouvoir de refuser un cr\u00e9dit \u00e0 court terme abordable et de d\u00e9clencher ainsi des troubles a convaincu le Premier ministre Alexis Tsipras d&rsquo;accepter le troisi\u00e8me protocole d&rsquo;accord et de maintenir l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 et le service de la dette.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je le r\u00e9p\u00e8te : La mont\u00e9e en puissance de la gouvernance d&rsquo;entreprise fond\u00e9e sur la valeur actionnariale et des gestionnaires d&rsquo;actifs en tant que planificateurs priv\u00e9s horizontaux a transform\u00e9 la planification des entreprises, tandis que la planification publique a \u00e9t\u00e9 fortement influenc\u00e9e par l&rsquo;ind\u00e9pendance de la banque centrale et la d\u00e9pendance du public \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du cr\u00e9dit priv\u00e9. La recherche sur la financiarisation a document\u00e9 empiriquement ces transformations et leurs r\u00e9sultats discutables. La seule concentration sur la valeur actionnariale a permis de maximiser les revenus des gestionnaires et des actionnaires, mais a exclu toute pr\u00e9occupation de la planification d&rsquo;entreprise, y compris la durabilit\u00e9 \u00e0 long terme d&rsquo;une entreprise, les questions environnementales et les int\u00e9r\u00eats des autres parties prenantes. Dans le m\u00eame ordre d&rsquo;id\u00e9es, la valeur actionnariale a (co)pr\u00e9cipit\u00e9 l&rsquo;escalade de l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 des revenus et des richesses, la part des revenus des travailleurs diminuant et les revenus des PDG et des actionnaires augmentant consid\u00e9rablement au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies (Lin et Tomaskovic-Devey 2013).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En outre, la valeur actionnariale a frein\u00e9 la croissance globale et l&rsquo;investissement, augment\u00e9 le ch\u00f4mage et entra\u00een\u00e9 une instabilit\u00e9 financi\u00e8re (Stockhammer 2008). Ces performances \u00e9conomiques m\u00e9diocres ont contribu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;augmentation des niveaux d&rsquo;endettement public (par le biais de renflouements, de prestations sociales et d&rsquo;une baisse des recettes fiscales) et, par cons\u00e9quent, \u00e0 la d\u00e9pendance croissante de la planification publique \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;octroi de cr\u00e9dits par le secteur priv\u00e9. Cette d\u00e9pendance a ferm\u00e9 les voies de la participation d\u00e9mocratique et de la d\u00e9lib\u00e9ration pour fa\u00e7onner la planification publique, qui doit plut\u00f4t se concentrer sur une faible inflation et le service de la dette. L&rsquo;ind\u00e9pendance de la banque centrale a elle-m\u00eame d\u00e9politis\u00e9 davantage la planification publique, les planificateurs technocratiques \u00e9tant d\u00e9sormais prot\u00e9g\u00e9s de la responsabilit\u00e9 d\u00e9mocratique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En r\u00e9sum\u00e9, la financiarisation a donc r\u00e9duit la responsabilit\u00e9 d\u00e9mocratique de la planification publique, centr\u00e9 la planification des entreprises sur les int\u00e9r\u00eats \u00e0 court terme des gestionnaires et des actionnaires, r\u00e9duit les performances \u00e9conomiques et entra\u00een\u00e9 une volatilit\u00e9 \u00e9conomique. La question est de savoir si et comment la planification peut \u00eatre men\u00e9e sous une forme plus d\u00e9mocratique et orient\u00e9e vers les besoins sociaux et \u00e9cologiques plut\u00f4t que vers la seule valeur actionnariale, mais aussi si les appareils de planification financi\u00e8re et leur pouvoir de coordination peuvent \u00eatre appropri\u00e9s pour une telle transformation. Toute r\u00e9ponse \u00e0 ces questions doit s&rsquo;appuyer sur un sous-ensemble de la litt\u00e9rature sur la financiarisation qui a sugg\u00e9r\u00e9 des alternatives plus sociales et durables vers une \u00ab d\u00e9mocratisation de la finance \u00bb (Block 2014, 2019a ; Hockett 2019). La t\u00e2che d&rsquo;une telle \u00ab finance d\u00e9mocratique \u00bb serait de fournir un acc\u00e8s au cr\u00e9dit bon march\u00e9 aux m\u00e9nages pauvres et de la classe ouvri\u00e8re, mais aussi d&rsquo;orienter et de financer l&rsquo;investissement public. Ce dernier point \u00e9tablit un lien entre la financiarisation et la planification d\u00e9mocratique, car il sugg\u00e8re que la finance contr\u00f4l\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 est un outil de coordination et de planification d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e. Comme nous l&rsquo;avons vu plus haut, une partie de la litt\u00e9rature sur la planification se concentre sur la \u00ab planification statique \u00bb (Benanav 2022, 196ff) comme alternative \u00e0 \u00ab l&rsquo;\u00e9change de march\u00e9 \u00bb (Devine 2002, 76), c&rsquo;est-\u00e0-dire la question de savoir quels biens et services produire et comment les r\u00e9partir sur la base des capacit\u00e9s de production existantes. La question la plus importante, cependant, est de savoir comment d\u00e9cider d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment de la transformation des capacit\u00e9s existantes, c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;investissement (Devine 2002) : quels secteurs doivent diminuer, dispara\u00eetre, cro\u00eetre ou \u00e9merger ? C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment ici que la finance socialement contr\u00f4l\u00e9e, en tant qu&rsquo;une des sources d&rsquo;investissement, peut devenir un outil de planification d\u00e9mocratique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">D\u00e9mocratiser la planification financi\u00e8re<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une telle appropriation de la finance pour la planification d\u00e9mocratique pourrait prendre diverses formes, avec diff\u00e9rentes combinaisons de march\u00e9s et de planification. Tout d&rsquo;abord, de nouvelles formes de gestion macro\u00e9conomique (post-keyn\u00e9sienne) pourraient voir les banques centrales soumises \u00e0 un contr\u00f4le d\u00e9mocratique et (r\u00e9)int\u00e9gr\u00e9es dans une gestion macrofinanci\u00e8re coh\u00e9rente faisant appel \u00e0 des banques d&rsquo;investissement publiques. De cette mani\u00e8re, leur r\u00f4le croissant de planificateurs sociaux \u00e0 l&rsquo;\u00e8re de la financiarisation serait appropri\u00e9 \u00e0 des fins sociales, \u00e9cologiques et d\u00e9mocratiques. Deuxi\u00e8mement, une d\u00e9mocratisation de la finance priv\u00e9e (de plus en plus concentr\u00e9e) pourrait fournir un outil pour une gouvernance financi\u00e8re plus durable et pr\u00e9figurer une \u00e9conomie de march\u00e9 coop\u00e9rative. Troisi\u00e8mement, une partie de la litt\u00e9rature sur la planification a sugg\u00e9r\u00e9 une d\u00e9mocratisation globale de l&rsquo;investissement comme alternative aux forces du march\u00e9 (Devine 1988, 2002 ; Benanav 2022), ce qui va plus loin que le premier et le deuxi\u00e8me point. Je d\u00e9velopperai chacun de ces points \u00e0 tour de r\u00f4le.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Planification des finances publiques<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une grande partie de la tradition keyn\u00e9sienne s&rsquo;est construite sur l&rsquo;id\u00e9e que la planification atomistique des entreprises impliquait un montant total d&rsquo;investissement trop faible pour promouvoir le plein emploi (Keynes 2013 ; Devine 1988). La suggestion de Keynes d&rsquo;une \u00ab socialisation de l&rsquo;investissement \u00bb ne toucherait pas \u00e0 la planification priv\u00e9e des entreprises, mais la compl\u00e9terait par un investissement public \u00e9tendu pour combler l&rsquo;\u00e9cart. Selon ses propres termes : \u00ab Ce n&rsquo;est pas la propri\u00e9t\u00e9 des instruments de production qu&rsquo;il est important que l&rsquo;\u00c9tat assume. Si l&rsquo;\u00c9tat est capable de d\u00e9terminer le montant global des ressources consacr\u00e9es \u00e0 l&rsquo;augmentation des instruments et le taux de base de la r\u00e9mun\u00e9ration de ceux qui les poss\u00e8dent, il aura accompli tout ce qui est n\u00e9cessaire \u00bb (Keynes 2013, 378). Dans une telle vision, la t\u00e2che des finances publiques consisterait \u00e0 financer l&rsquo;investissement afin de combler l&rsquo;\u00e9cart entre la \u00ab production de plein emploi \u00bb et la \u00ab consommation de cette production \u00bb (Patnaik 2010). Le d\u00e9fi d\u00e9licat de la planification publique serait de fournir un montant d&rsquo;investissement suffisamment \u00e9lev\u00e9 pour \u00e9viter le ch\u00f4mage et suffisamment bas pour \u00e9viter l&rsquo;inflation. Des taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat bas encourageraient l&rsquo;investissement et \u00e9viteraient l&rsquo;apparition d&rsquo;une classe de personnes vivant de leur \u00e9pargne.<br>Ces id\u00e9es se recoupent avec la th\u00e9orie mon\u00e9taire moderne, qui sugg\u00e8re une extension de l&rsquo;investissement public visant le plein emploi, et (ce qui est quelque peu li\u00e9) avec les r\u00e9cents appels \u00e0 remettre les banques centrales sous contr\u00f4le d\u00e9mocratique. Puisque les banques centrales agissent d\u00e9j\u00e0 comme des planificateurs sociaux, comme le soutiennent la section pr\u00e9c\u00e9dente et certains auteurs (Mason 2016 ; Braun 2018 ; Bastani 2022 ; Phillips et Rozworksi, 2019), pourquoi ne pas d\u00e9mocratiser les banques centrales (Woodruff 2019) et utiliser leur capacit\u00e9 de coordination non marchande pour atteindre des objectifs sociaux et \u00e9cologiques (Braun 2021a) ? Au lieu de se concentrer exclusivement sur une inflation faible pour maintenir la richesse des \u00e9lites \u00e9conomiques, les banques centrales pourraient constituer un \u00ab couteau suisse \u00bb (Braun 2021a) poursuivant le plein emploi et une transformation socio-\u00e9cologique. Les achats strat\u00e9giques d&rsquo;actifs par les banques centrales d\u00e9mocratiques pourraient compl\u00e9ter les banques publiques d&rsquo;investissement pour orienter les investissements vers la recherche fondamentale, les technologies durables et, d&rsquo;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, les secteurs socialement souhaitables qui ne sont pas, ou pas suffisamment, rentables pour le secteur priv\u00e9. Cela constitue le fondement de nouvelles formes de politique industrielle et de planification indicative.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au niveau mondial, une banque \u00e9cologique mondiale pourrait fournir des capitaux pour une nouvelle donne verte mondiale. La taxation des \u00e9missions historiques de carbone permettrait de capitaliser cette banque et constituerait ainsi une r\u00e9paration climatique (et coloniale) de la part des pays qui ont historiquement contribu\u00e9 au changement climatique envers les pays qui ont moins contribu\u00e9 au carbone mais qui ressentiront l&rsquo;impact le plus important. Toutefois, la gouvernance d&rsquo;une telle banque devrait \u00eatre d\u00e9mocratique et non li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;apport de capitaux afin de ne pas \u00e9tendre le contr\u00f4le du Nord sur les \u00e9conomies du Sud par le biais de conditionnalit\u00e9s. La gouvernance de ces institutions en g\u00e9n\u00e9ral devrait marier d\u00e9mocratie et technocratie (Braun 2021a), c&rsquo;est-\u00e0-dire relier l&rsquo;expertise financi\u00e8re aux multiples int\u00e9r\u00eats d\u00e9mocratiques et aux r\u00e9alit\u00e9s v\u00e9cues par les autres parties prenantes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les \u00e9conomistes politiques critiques ont soulign\u00e9 qu&rsquo;il existe une contradiction au c\u0153ur d&rsquo;une telle approche keyn\u00e9sienne de la planification, qui s&rsquo;approprie la planification publique dans le capitalisme pour des objectifs sociaux (et \u00e9cologiques) mais laisse intacte l&rsquo;institution de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e (Devine 1988, 34ff ; Patnaik 2010, 9ff ; Shaikh, 2016, 587). Le plein emploi, par exemple, fait obstacle \u00e0 la \u00ab destruction cr\u00e9atrice \u00bb et permet aux travailleurs de revendiquer une part croissante de la plus-value, le ch\u00f4mage (\u00ab le licenciement \u00bb) cessant d&rsquo;\u00eatre une menace puissante pour discipliner les travailleurs (Sawyer 1985, 136ff). Cette autonomisation des travailleurs finit par pr\u00e9cipiter une crise de rentabilit\u00e9 et\/ou une escalade de l&rsquo;inflation, comme l&rsquo;a montr\u00e9 la crise de stagflation des ann\u00e9es 1970. En plus d&rsquo;autres contradictions (par exemple, Devine 1988, 36ff), cela rend une d\u00e9mocratisation unilat\u00e9rale de la planification publique vuln\u00e9rable au retour de b\u00e2ton des entreprises (par exemple, par le biais de gr\u00e8ves du capital et du cr\u00e9dit) et rend probable une escalade des conflits sociaux.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Planification financi\u00e8re coop\u00e9rative<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En ce qui concerne la planification financi\u00e8re priv\u00e9e men\u00e9e par les banques, les investisseurs institutionnels et les gestionnaires d&rsquo;actifs, la d\u00e9mocratisation pourrait inclure un m\u00e9lange de banques publiques, de coop\u00e9ratives financi\u00e8res et de coop\u00e9ratives de cr\u00e9dit qui se caract\u00e9risent par un processus d\u00e9cisionnel d\u00e9mocratique et allouent le cr\u00e9dit non seulement en fonction de la rentabilit\u00e9, mais aussi en fonction d&rsquo;une vari\u00e9t\u00e9 d&rsquo;objectifs sociaux. Ces institutions pourraient privil\u00e9gier les coop\u00e9ratives de travailleurs ou les coop\u00e9ratives sociales dans leurs investissements et ainsi accro\u00eetre successivement la sph\u00e8re de l&rsquo;\u00e9conomie sociale. De cette mani\u00e8re, de plus en plus de plans d&rsquo;entreprise seraient men\u00e9s d&rsquo;une mani\u00e8re plus d\u00e9mocratique et sociale. En outre, une telle \u00e9conomie sociale \u00e9largie jette les bases d&rsquo;une transformation plus substantielle vers la propri\u00e9t\u00e9 sociale, car l&rsquo;existence d&rsquo;un syst\u00e8me financier coop\u00e9ratif peut att\u00e9nuer les turbulences d\u00e9clench\u00e9es par une gr\u00e8ve du cr\u00e9dit (Block 2019b).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd&rsquo;hui d\u00e9j\u00e0, il existe diff\u00e9rents exemples de grands pools de capitaux sous contr\u00f4le public ou de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Les fonds souverains tels que le New Zealand Superannuation Fund, la Caisse des d\u00e9p\u00f4ts et consignations fran\u00e7aise ou le Fonds de pension norv\u00e9gien constituent tous des fonds d&rsquo;investissement publics notables, ce dernier d\u00e9tenant environ 1,4 % des soci\u00e9t\u00e9s cot\u00e9es en bourse dans le monde. Toutefois, les grands fonds souverains d&rsquo;Arabie saoudite, des \u00c9mirats arabes unis et de Russie indiquent \u00e9galement l&rsquo;inconv\u00e9nient des pools de capitaux publics, \u00e0 savoir qu&rsquo;ils peuvent renforcer les structures autoritaires. Par ailleurs, les fonds de richesse pourraient \u00e9galement \u00eatre d\u00e9tenus par les travailleurs, comme le Fonds de solidarit\u00e9 du Qu\u00e9bec (Wright 2010, 225ff). Le Fonds de solidarit\u00e9 investit principalement dans les petites et moyennes entreprises, v\u00e9rifie les lieux de travail avant d&rsquo;investir et illustre la mani\u00e8re dont les syndicats peuvent servir de v\u00e9hicule pour canaliser l&rsquo;\u00e9pargne des travailleurs des institutions financi\u00e8res \u00e0 but lucratif vers les institutions financi\u00e8res \u00e0 but non lucratif. Enfin, la tentative de la soci\u00e9t\u00e9 civile de cr\u00e9er une banque publique californienne montre que de tels fonds communs de capitaux peuvent \u00e9galement \u00eatre d\u00e9tenus au niveau provincial (ou municipal) et que les particularit\u00e9s locales permettent la cr\u00e9ativit\u00e9 (Sorg, 2022b, 2022a, 217f). La banque aurait \u00e9t\u00e9 capitalis\u00e9e avec les revenus des ventes de cannabis, qui, pour des raisons l\u00e9gales, ne pouvaient pas \u00eatre plac\u00e9s dans des banques au niveau f\u00e9d\u00e9ral.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 plus petite \u00e9chelle, les banques coop\u00e9ratives illustrent la fa\u00e7on dont la planification financi\u00e8re des entreprises peut \u00eatre men\u00e9e de mani\u00e8re plus d\u00e9mocratique et d\u00e9lib\u00e9rative. Dans les banques coop\u00e9ratives, les membres d\u00e9cident sur la base du principe \u00ab une personne, une voix \u00bb. Comme les coop\u00e9ratives en g\u00e9n\u00e9ral, les institutions financi\u00e8res coop\u00e9ratives pourraient \u00eatre des espaces o\u00f9 les participants apprennent des mani\u00e8res plus d\u00e9mocratiques et sociales de planifier, comme une pratique pr\u00e9figurant la transformation des subjectivit\u00e9s. Les coop\u00e9ratives ont \u00e9galement tendance \u00e0 mieux r\u00e9sister aux crises financi\u00e8res (OIT 2013 ; Henselmann et al., 2016). Pour les id\u00e9es de d\u00e9marrage \u00e0 haut risque, on pourrait en outre imaginer un march\u00e9 boursier coop\u00e9ratif qui permette de diversifier les risques (Block 2019b).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le principe de gouvernance d\u00e9mocratique pourrait \u00eatre \u00e9tendu aux fonds de patrimoine nationaux, r\u00e9gionaux, municipaux, sectoriels ou de groupes d&rsquo;int\u00e9r\u00eat. Par exemple, la prise de d\u00e9cision d\u00e9lib\u00e9rative dans les banques d&rsquo;investissement r\u00e9gionales pourrait rassembler des repr\u00e9sentants des travailleurs, des consommateurs, des communaut\u00e9s et des groupes marginalis\u00e9s pour d\u00e9cider collectivement des investissements r\u00e9gionaux. L&rsquo;histoire des coop\u00e9ratives sociales (par exemple, dans le nord de l&rsquo;Italie) ou, plus r\u00e9cemment, des plateformes coop\u00e9ratives multipartites, fournit des enseignements sur la prise de d\u00e9cision multipartite en mati\u00e8re de planification d&rsquo;entreprise.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toutefois, en l&rsquo;absence de toute transformation des forces du march\u00e9, les fonds patrimoniaux g\u00e9r\u00e9s d\u00e9mocratiquement sont soumis \u00e0 des pressions syst\u00e9miques qui limitent fondamentalement leur potentiel d&rsquo;\u00e9mancipation. Bien que le fonds souverain norv\u00e9gien se soit abstenu d&rsquo;investir dans le tabac, les armes nucl\u00e9aires et les mines de charbon, par exemple, le fonds est principalement r\u00e9gi par des pr\u00e9occupations de rentabilit\u00e9 (McCarthy 2019, 618f). Le fait que ses pertes de 2022 n&rsquo;aient \u00e9t\u00e9 att\u00e9nu\u00e9es que par de fortes hausses des prix du p\u00e9trole, du gaz et des produits raffin\u00e9s en est l&rsquo;illustration. Dans le m\u00eame ordre d&rsquo;id\u00e9es, la primaut\u00e9 de la rentabilit\u00e9 dans le capitalisme cr\u00e9e des obstacles \u00e0 l&rsquo;expansion de la planification financi\u00e8re coop\u00e9rative. M\u00eame si les gouvernements cr\u00e9aient une infrastructure solide pour permettre \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 coop\u00e9rative de prosp\u00e9rer par rapport au secteur \u00e0 but lucratif, ce qui est un obstacle substantiel en soi, les subventions financi\u00e8res pour le secteur coop\u00e9ratif sont limit\u00e9es par la d\u00e9pendance de l&rsquo;\u00c9tat \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;imposition du secteur \u00e0 but lucratif. La finance coop\u00e9rative a donc besoin de rendements pour rester comp\u00e9titive par rapport \u00e0 la finance \u00e0 but lucratif. Outre les limites impos\u00e9es \u00e0 la planification financi\u00e8re qui n&rsquo;est pas principalement ax\u00e9e sur la rentabilit\u00e9, les forces du march\u00e9 peuvent cr\u00e9er des hi\u00e9rarchies importantes entre les actionnaires des diff\u00e9rentes coop\u00e9ratives financi\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Apprivoiser ou abolir les forces du march\u00e9 par la planification financi\u00e8re<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, alors que la planification macro-financi\u00e8re publique pourrait potentiellement orienter les investissements et que la planification financi\u00e8re coop\u00e9rative pourrait cr\u00e9er des pools de capitaux prenant en compte les pr\u00e9occupations sociales et \u00e9cologiques, ces deux strat\u00e9gies seraient s\u00e9v\u00e8rement limit\u00e9es par le pouvoir structurel du capital. Les int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s concurrents, les gr\u00e8ves du capital et du cr\u00e9dit et la primaut\u00e9 institutionnalis\u00e9e de la rentabilit\u00e9 r\u00e9duiraient consid\u00e9rablement l&rsquo;action des banques centrales d\u00e9mocratiques, des banques d&rsquo;investissement publiques et de la finance coop\u00e9rative. Des variantes de la propri\u00e9t\u00e9 sociale (en tant que propri\u00e9t\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 ou des parties prenantes concern\u00e9es) ont traditionnellement \u00e9t\u00e9 propos\u00e9es comme rem\u00e8de au pouvoir structurel du capital. Cependant, la propri\u00e9t\u00e9 sociale est en principe compatible avec diff\u00e9rents modes de coordination \u00e9conomique : les march\u00e9s, la planification ou diff\u00e9rentes combinaisons des deux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Privil\u00e9giant largement les march\u00e9s \u00e0 la planification, la tradition socialiste de march\u00e9 [3] (par exemple, Nove 1983 ; Bardhan et Roemer 1992 ; Roemer 1996 ; Schweickart 2002 ; Varoufakis 2020) a souvent r\u00e9serv\u00e9 un r\u00f4le particulier au secteur financier dans la coordination de la concurrence entre des entreprises \u00e0 planification atomistique mais \u00e0 propri\u00e9t\u00e9 sociale. Ces mod\u00e8les combinent une organisation hautement d\u00e9mocratique de la planification des entreprises en vue du profit avec des formes de planification publique cens\u00e9es dompter les forces du march\u00e9 par le biais de leur contr\u00f4le sur le secteur financier. Ils conc\u00e8dent ainsi le probl\u00e8me de la connaissance tacite de la planification centrale, le plus clairement exprim\u00e9 par la tradition autrichienne (Hayek 1945 ; Lavoie 1985), mais soutiennent que la connaissance tacite incarn\u00e9e et g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par des acteurs \u00e9conomiques locaux autonomes est parfaitement compatible avec la propri\u00e9t\u00e9 sociale des moyens de production.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le mod\u00e8le de socialisme de march\u00e9 de John Roemer (1994, 1996), par exemple, un march\u00e9 boursier non capitaliste constitue l&rsquo;institution centrale de la coordination \u00e9conomique. Une deuxi\u00e8me monnaie (\u00ab coupons \u00bb) est distribu\u00e9e de mani\u00e8re \u00e9gale \u00e0 tous les individus une fois qu&rsquo;ils ont atteint l&rsquo;\u00e2ge adulte. Les coupons ne peuvent \u00eatre n\u00e9goci\u00e9s, \u00e9chang\u00e9s contre d&rsquo;autres devises, donn\u00e9s ou h\u00e9rit\u00e9s. Ils ne peuvent \u00eatre utilis\u00e9s que pour acheter des actions dans des entreprises. Les gens peuvent le faire en s&rsquo;engageant directement sur le march\u00e9 boursier ou en confiant la gestion de leurs coupons \u00e0 des fonds communs de placement non capitalistes. Les actions fournissent \u00e0 leur tour des flux de revenus (sans coupons), garantissant ainsi une r\u00e9partition plus \u00e9quitable du surplus que dans le cadre du capitalisme. Plus important encore en termes de d\u00e9mocratisation de la planification, les actions donnent \u00e9galement aux citoyens le droit d&rsquo;influencer la planification des entreprises. En outre, la planification publique peut orienter les march\u00e9s par le biais du taux de change entre les coupons et la monnaie ordinaire. Lorsque les entreprises \u00e9mettent de nouvelles actions, elles peuvent \u00e9changer les coupons nouvellement re\u00e7us contre de la monnaie ordinaire, qu&rsquo;elles peuvent \u00e0 leur tour utiliser pour d\u00e9velopper ou transformer les capacit\u00e9s de production. La banque centrale peut donc manipuler le taux de change entre diff\u00e9rents secteurs afin d&rsquo;encourager (d\u00e9courager) l&rsquo;investissement dans les secteurs que les repr\u00e9sentants d\u00e9mocratiques voudraient voir cro\u00eetre (d\u00e9cro\u00eetre).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le mod\u00e8le de \u00ab d\u00e9mocratie \u00e9conomique \u00bb de David Schweickart (2002) pr\u00e9sente \u00e9galement des march\u00e9s de biens et de services, mais remplace le march\u00e9 boursier non capitaliste de Roemer par des fonds d&rsquo;investissement publics. Ces fonds re\u00e7oivent des capitaux par le biais d&rsquo;un imp\u00f4t forfaitaire sur les actifs des entreprises d\u00e9tenues par les travailleurs et peuvent ainsi planifier l&rsquo;allocation d&rsquo;une partie du surplus social (Schweickart 2002, 50ff). Une telle planification via des finances contr\u00f4l\u00e9es par la soci\u00e9t\u00e9 peut prendre la forme d&rsquo;un conseil de planification central qui alloue le capital selon des priorit\u00e9s \u00e9tablies d\u00e9mocratiquement, ce que Schweickart (2002, 50f) consid\u00e8re comme potentiellement appropri\u00e9 pour les contextes dans lesquels la planification se concentre sur quelques objectifs qui sont \u00ab relativement clairs et largement accept\u00e9s \u00bb (on peut penser au changement climatique). Mais la planification financi\u00e8re peut \u00e9galement comprendre des fonds d&rsquo;investissement largement distribu\u00e9s agissant de mani\u00e8re autonome, Schweickart (2002, 51) pr\u00e9conisant lui-m\u00eame un m\u00e9lange de ces deux extr\u00eames. Quoi qu&rsquo;il en soit, la r\u00e9partition r\u00e9gionale du capital entre les diff\u00e9rents fonds d&rsquo;investissement se ferait sur une base per capita afin d&rsquo;assurer un d\u00e9veloppement \u00e9gal des diff\u00e9rentes r\u00e9gions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les deux mod\u00e8les de Roemer et Schweickart, la finance sert d&rsquo;outil de planification pour contrebalancer la directionnalit\u00e9 aveugle des \u00e9conomies de march\u00e9. Dans le cas de Roemer, il existe une planification d\u00e9centralis\u00e9e par le biais d&rsquo;individus et de fonds communs de placement sur un march\u00e9 boursier, mais le mod\u00e8le est tr\u00e8s atomistique et ne comporte pas de moments de d\u00e9lib\u00e9ration. Les vari\u00e9t\u00e9s de planification centrale ou d\u00e9centralis\u00e9e de Schweickart, via des fonds d&rsquo;investissement publics, permettent une n\u00e9gociation d\u00e9mocratique plus d\u00e9lib\u00e9rative sur des questions essentielles de la vie sociale et \u00e9conomique. Cependant, les deux mod\u00e8les seraient probablement confront\u00e9s \u00e0 des crises cycliques, \u00e0 des pressions en faveur de la hi\u00e9rarchie manag\u00e9riale et \u00e0 des subjectivit\u00e9s centr\u00e9es sur l&rsquo;avantage individuel, qui sont des \u00e9l\u00e9ments constitutifs des \u00e9conomies de march\u00e9 (Devine 1988, 82ff).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Contrairement \u00e0 une telle planification via le pilotage strat\u00e9gique des march\u00e9s, les mod\u00e8les abolitionnistes du march\u00e9 pr\u00e9conisent des \u00e9conomies syst\u00e9matiquement planifi\u00e9es et veulent remplacer les march\u00e9s par, par exemple, une planification centrale cybern\u00e9tique (Cockshott et Cottrell 1993), une planification d\u00e9centralis\u00e9e associative (Hahnel 2021), ou encore le common-ing et la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Stigmergie\">stigmergie<\/a> (Sutterl\u00fctti et Meretz 2023, 160ff). Cependant, les mod\u00e8les abolitionnistes du march\u00e9 qui veulent seulement abolir les forces du march\u00e9 (c&rsquo;est-\u00e0-dire la planification atomistique de l&rsquo;investissement dans de nouvelles capacit\u00e9s de production) mais qui permettent l&rsquo;\u00e9change sur le march\u00e9 (c&rsquo;est-\u00e0-dire les entreprises qui se font concurrence et \u00e9changent entre elles sur la base des capacit\u00e9s de production existantes) pour r\u00e9soudre le probl\u00e8me de la connaissance tacite pr\u00e9sentent des similitudes avec le contr\u00f4le social de l&rsquo;investissement de Schweickart (p. ex. Devine 1988, 2002).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En effet, Pat Devine identifie la socialisation de l&rsquo;investissement interd\u00e9pendant comme la t\u00e2che essentielle de la planification \u00e9conomique d\u00e9mocratique. Mais alors que Schweickart laisse les entreprises libres de r\u00e9investir leurs b\u00e9n\u00e9fices non distribu\u00e9s, Devine pr\u00e9conise que tous les investissements soient plac\u00e9s sous contr\u00f4le d\u00e9mocratique parce qu&rsquo;ils ont un impact sur une vari\u00e9t\u00e9 de groupes sociaux au-del\u00e0 des travailleurs d&rsquo;une entreprise particuli\u00e8re (Devine 2002, 77f). L&rsquo;investissement est donc r\u00e9parti \u00e0 deux niveaux. Premi\u00e8rement, les gouvernements d\u00e9mocratiques d\u00e9cident du niveau global d&rsquo;investissement (par rapport \u00e0 la consommation actuelle) et de la r\u00e9partition entre les diff\u00e9rents secteurs et r\u00e9gions. La croissance et la d\u00e9croissance des diff\u00e9rents secteurs, la croissance globale et la r\u00e9partition r\u00e9gionale, entre autres, deviennent ainsi des sujets de d\u00e9lib\u00e9ration d\u00e9mocratique au lieu d&rsquo;\u00eatre laiss\u00e9es \u00e0 la direction aveugle des march\u00e9s (qui peuvent ou non \u00eatre influenc\u00e9s par la planification indirecte dans les soci\u00e9t\u00e9s de march\u00e9). Deuxi\u00e8mement, les investissements majeurs des entreprises ne peuvent \u00eatre r\u00e9alis\u00e9s que s&rsquo;ils sont accept\u00e9s par des \u00ab organes de coordination n\u00e9goci\u00e9s \u00bb sectoriels. Ceux-ci sont dirig\u00e9s par un ensemble de groupes d&rsquo;int\u00e9r\u00eats concern\u00e9s, y compris des repr\u00e9sentants des entreprises du secteur, des commissions de planification publique \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9chelles et \u00ab d&rsquo;autres groupes ayant un int\u00e9r\u00eat l\u00e9gitime dans le r\u00e9sultat \u00bb (Devine 2002, 78). Les d\u00e9cisions sont prises sur la base d&rsquo;une vari\u00e9t\u00e9 d&rsquo;informations quantitatives et qualitatives et d\u00e9passent ainsi les limites \u00e9troites de la rentabilit\u00e9. De cette mani\u00e8re, les organismes de coordination n\u00e9goci\u00e9s fusionnent la planification priv\u00e9e-financi\u00e8re avec la planification priv\u00e9e-non financi\u00e8re des investissements, mais profitent \u00e9galement de la transparence de l&rsquo;information et de la possibilit\u00e9 de n\u00e9gocier de mani\u00e8re fiable les d\u00e9cisions d&rsquo;investissement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette abolition des forces du march\u00e9 par la socialisation des investissements interd\u00e9pendants permet une d\u00e9mocratisation plus durable de la planification que la combinaison de la planification financi\u00e8re publique et coop\u00e9rative d\u00e9crite ci-dessus. Le fait d&rsquo;autoriser les \u00e9changes horizontaux entre les entreprises garantit en m\u00eame temps que les informations locales propres au moment et au lieu (le \u00ab probl\u00e8me de la connaissance tacite \u00bb autrichien) sont int\u00e9gr\u00e9es dans le processus de planification sociale (Devine 2002). Cependant, ces \u00e9changes ne d\u00e9terminent pas la d\u00e9pense du surplus social, qui est plut\u00f4t subordonn\u00e9e \u00e0 la n\u00e9gociation d\u00e9mocratique. Cela permet \u00e0 la planification d\u00e9mocratique de reconna\u00eetre mat\u00e9riellement les sph\u00e8res qui sont chroniquement sous-\u00e9valu\u00e9es dans les \u00e9conomies de march\u00e9, telles que la reproduction sociale et l&rsquo;\u00e9cologie, et de d\u00e9velopper correctement l&rsquo;\u00e9conomie fondamentale (Foundational Economy Collective 2018), fournissant ainsi un acc\u00e8s universel aux bases de la vie d\u00e9termin\u00e9es d\u00e9mocratiquement. Dans cette optique, la planification d\u00e9mocratique permettrait non seulement de coordonner des secteurs interd\u00e9pendants, mais aussi de (re)politiser la planification, d&rsquo;accro\u00eetre l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 et d&rsquo;inclure les besoins sociaux et \u00e9cologiques dans la prise de d\u00e9cision \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Trajectoires de transformation<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans cet article, j&rsquo;ai soutenu que la planification dans le capitalisme consiste \u00e0 la fois en une planification atomistique des entreprises pour le profit et en une planification publique pour l&rsquo;accumulation globale. Ces deux types de planification sont institutionnellement distincts, mais interd\u00e9pendants, et tous deux sont fortement contraints par les forces du march\u00e9 qui \u00e9mergent de la planification atomistique des entreprises. La finance influence g\u00e9n\u00e9ralement les deux processus en fournissant ou en refusant l&rsquo;acc\u00e8s au cr\u00e9dit, mais elle est \u00e9galement divis\u00e9e en finance priv\u00e9e et publique. La planification financi\u00e8re priv\u00e9e affecte une partie du surplus social au profit et aux honoraires, tandis que la planification financi\u00e8re publique utilise \u00e0 nouveau son r\u00e9pertoire pour garantir l&rsquo;accumulation globale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La financiarisation a transform\u00e9 la planification priv\u00e9e des entreprises via la notion de valeur actionnariale, la planification financi\u00e8re priv\u00e9e via la mont\u00e9e en puissance des gestionnaires d&rsquo;actifs en tant que planificateurs priv\u00e9s horizontaux, la planification publique via la d\u00e9pendance croissante du public \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du cr\u00e9dit priv\u00e9, et la planification financi\u00e8re publique via l&rsquo;importance croissante des banques centrales en tant que planificateurs publics technocratiques. Cette financiarisation de la planification a d\u00e9politis\u00e9 la planification publique, d\u00e9prim\u00e9 la croissance globale et l&rsquo;investissement, augment\u00e9 le ch\u00f4mage et entra\u00een\u00e9 une instabilit\u00e9 financi\u00e8re. La litt\u00e9rature h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne sur la d\u00e9mocratisation de la finance propose une s\u00e9rie d&rsquo;alternatives qui \u00e9tendent consid\u00e9rablement le domaine du contr\u00f4le social et d\u00e9mocratique d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 de l&rsquo;\u00e9conomie et promettent des r\u00e9sultats plus \u00e9galitaires, durables et d\u00e9mocratiques. Les banques centrales pourraient \u00eatre plac\u00e9es sous contr\u00f4le d\u00e9mocratique et int\u00e9gr\u00e9es dans une planification publique ambitieuse de la transformation socio-\u00e9cologique. Les fonds souverains et les banques publiques d&rsquo;investissement pourraient remplacer les gestionnaires d&rsquo;actifs priv\u00e9s et les d\u00e9lib\u00e9rations multipartites ciblant les besoins sociaux et \u00e9conomiques pourraient remplacer la valeur actionnariale dans le cadre de la planification priv\u00e9e des entreprises et de la planification priv\u00e9e financi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;ai soutenu que la primaut\u00e9 institutionnalis\u00e9e du profit et le pouvoir structurel du capital limiteront consid\u00e9rablement tout effort de d\u00e9mocratisation de la planification dans la tradition du keyn\u00e9sianisme ou de la th\u00e9orie mon\u00e9taire moderne. Les mod\u00e8les fond\u00e9s sur la propri\u00e9t\u00e9 sociale des moyens de production sont en revanche compatibles avec divers m\u00e9canismes de coordination \u00e9conomique. Dans ces mod\u00e8les, la finance appara\u00eet souvent comme un outil de planification d\u00e9mocratique permettant de r\u00e9duire ou de remplacer l&rsquo;incertitude provoqu\u00e9e par les forces du march\u00e9, faisant ainsi \u00e9cho aux observations du d\u00e9bat sur la planification concernant la capacit\u00e9 de coordination de la finance. Cette perspective de la planification diff\u00e8re des autres mod\u00e8les du d\u00e9bat actuel sur la planification en ce qu&rsquo;elle consid\u00e8re l&rsquo;investissement et la planification dynamique comme une question centrale, qui d\u00e9termine essentiellement comment nous d\u00e9pensons notre capacit\u00e9 collective \u00e0 produire plus que ce dont nous avons besoin pour survivre (c&rsquo;est-\u00e0-dire un exc\u00e9dent). Il souligne notre interd\u00e9pendance, qui n\u00e9cessite une d\u00e9lib\u00e9ration sur la trajectoire g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;\u00e9conomie. La figure 2 r\u00e9sume les r\u00e9sultats.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"410\" src=\"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Financiarisation-et-democratisation-1200x410.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-7803\" srcset=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Financiarisation-et-democratisation-1200x410.png 1200w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Financiarisation-et-democratisation-744x254.png 744w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Financiarisation-et-democratisation-420x143.png 420w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Financiarisation-et-democratisation-768x262.png 768w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Financiarisation-et-democratisation-1536x525.png 1536w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Financiarisation-et-democratisation-2048x700.png 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 706px) 89vw, (max-width: 767px) 82vw, 740px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Figure 2. Financiarisation et d\u00e9mocratisation de la planification financi\u00e8re<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une finance socialement contr\u00f4l\u00e9e comme outil de coordination d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e pr\u00e9figure une th\u00e9orie de la transformation sociale. Si la finance peut g\u00e9n\u00e9ralement \u00eatre utilis\u00e9e pour planifier d\u00e9mocratiquement la trajectoire sociale de l&rsquo;\u00e9conomie, elle peut \u00e9galement \u00eatre utilis\u00e9e pour canaliser successivement les ressources des secteurs \u00e0 but lucratif vers des formes plus d\u00e9mocratiques et plus coop\u00e9ratives de planification des besoins sociaux et \u00e9cologiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l&rsquo;une des th\u00e9ories du changement social les plus sophistiqu\u00e9es et les plus largement discut\u00e9es, le regrett\u00e9 Erik Olin Wright (2010) examine les pratiques d&rsquo;exp\u00e9riences sociales r\u00e9elles avec des formes alternatives de coordination collective, de Wikip\u00e9dia aux biblioth\u00e8ques publiques, en passant par les coop\u00e9ratives et le revenu de base universel. Situ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;intersection de la th\u00e9orie sociale critique, des \u00e9tudes sur les mouvements sociaux et de la politique pr\u00e9figurative, sa sociologie utopique r\u00e9elle examine le potentiel des laboratoires sociaux pour une d\u00e9mocratisation plus profonde de l&rsquo;\u00c9tat, de l&rsquo;\u00e9conomie et de la soci\u00e9t\u00e9. Ces exp\u00e9riences \u00e0 petite \u00e9chelle de d\u00e9lib\u00e9ration d\u00e9mocratique ont \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement n\u00e9glig\u00e9es par la nouvelle litt\u00e9rature sur la planification d\u00e9mocratique, bien que des cas tels que le budget participatif, l&rsquo;agriculture soutenue par la communaut\u00e9 et les coop\u00e9ratives sociales fournissent des indications inestimables sur la planification coop\u00e9rative multipartite.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La v\u00e9ritable sociologie utopique ne traite pas seulement des pratiques h\u00e9t\u00e9rodoxes et des conceptions institutionnelles, mais formule \u00e9galement des th\u00e9ories de la transformation sociale. Wright (2010, 303ff) identifie trois voies id\u00e9ales distinctes : les strat\u00e9gies de rupture, qui consistent \u00e0 lutter contre les \u00e9lites afin de rompre brutalement avec l&rsquo;ordre actuel, les strat\u00e9gies interstitielles, qui consistent \u00e0 ignorer les \u00e9lites et \u00e0 construire un nouvel ordre au sein de l&rsquo;ancien, et les strat\u00e9gies symbiotiques, qui consistent \u00e0 faire des compromis avec les \u00e9lites en vue d&rsquo;un b\u00e9n\u00e9fice mutuel. Bien que ces trois strat\u00e9gies distinctes ne s&rsquo;excluent nullement l&rsquo;une l&rsquo;autre et qu&rsquo;il puisse \u00eatre n\u00e9cessaire de les combiner, M. Wright est tr\u00e8s sceptique quant aux chances (et \u00e0 l&rsquo;opportunit\u00e9) d&rsquo;une transformation par la rupture dans les d\u00e9mocraties lib\u00e9rales repr\u00e9sentatives \u00e0 haut revenu. Les deux autres candidats sont des alli\u00e9s naturels et peuvent se soutenir mutuellement. Les strat\u00e9gies symbiotiques sont essentielles pour construire des cadres institutionnels dans lesquels l&rsquo;\u00e9conomie sociale n&rsquo;est pas imm\u00e9diatement d\u00e9truite ou appropri\u00e9e par les oligopoles capitalistes. Inversement, une \u00e9conomie sociale en expansion et une soci\u00e9t\u00e9 civile florissante fournissent \u00e0 la politique institutionnelle les structures de mobilisation et le pouvoir social g\u00e9n\u00e9ral n\u00e9cessaires pour pousser les \u00e9lites \u00e9conomiques vers des compromis sociaux et de classe. On peut ajouter au scepticisme de Wright qu&rsquo;une telle double strat\u00e9gie peut atteindre ses limites lorsqu&rsquo;il n&rsquo;y a plus de compromis mutuellement b\u00e9n\u00e9fiques (ou au moins neutres) pour lesquels il faut se battre. Au moment o\u00f9 le capital voit son pouvoir de contr\u00f4ler la planification atomistique pour le profit substantiellement menac\u00e9, il peut choisir de d\u00e9clencher des gr\u00e8ves paralysantes du capital et du cr\u00e9dit. Un tel contexte peut n\u00e9cessiter une rupture vers une d\u00e9mocratisation de la planification. Mais m\u00eame dans ce cas, une redistribution pr\u00e9alable du pouvoir social par le biais d&rsquo;une strat\u00e9gie symbiotique et interstitielle att\u00e9nuerait consid\u00e9rablement les turbulences \u00e0 attendre d&rsquo;une telle rupture et augmenterait en fait ses chances de succ\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En termes de d\u00e9mocratisation de la planification financi\u00e8re, cela signifie la cr\u00e9ation de fonds publics pour des \u00ab r\u00e9formes non r\u00e9formistes \u00bb (Gorz 1967), qui \u00e9tendent la planification publique directe et fournissent en m\u00eame temps des conditions favorables aux institutions financi\u00e8res coop\u00e9ratives et d\u00e9tenues par la soci\u00e9t\u00e9. Si des majorit\u00e9s politiques en faveur de r\u00e9formes plus substantielles se d\u00e9gagent face \u00e0 une catastrophe \u00e9cologique, cela pourrait signifier la socialisation de grands fonds d&rsquo;investissement. Mais en g\u00e9n\u00e9ral, il faudrait un transfert successif des pensions, du cr\u00e9dit \u00e0 la consommation et de la cr\u00e9ation d&rsquo;argent priv\u00e9 des grandes banques commerciales vers des institutions financi\u00e8res sous contr\u00f4le public, syndical ou de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Ces pools de capitaux peuvent \u00e0 leur tour financer la cr\u00e9ation et l&rsquo;expansion d&rsquo;entreprises socialement d\u00e9tenues et coop\u00e9ratives (non financi\u00e8res) telles que les coop\u00e9ratives alimentaires locales, les collectifs d&rsquo;\u00e9nergie renouvelable ou les syndicats de logement (Bastani 2020). L&rsquo;obtention d&rsquo;un cr\u00e9dit est l&rsquo;un des probl\u00e8mes traditionnels auxquels les petites coop\u00e9ratives sont confront\u00e9es par rapport \u00e0 leurs homologues \u00e0 but lucratif. Le financement contr\u00f4l\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 offre la possibilit\u00e9 d&rsquo;obtenir des capitaux sans le risque de prise de contr\u00f4le qui existe sur les march\u00e9s boursiers et au-del\u00e0 des grandes banques commerciales qui pr\u00e9f\u00e8rent les grandes entreprises \u00e0 but lucratif.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les banques publiques d&rsquo;investissement peuvent en m\u00eame temps financer les transformations urgentes et \u00e0 plus forte intensit\u00e9 de capital n\u00e9cessaires pour \u00e9viter une catastrophe climatique. La cr\u00e9ation d&rsquo;une banque mondiale du climat charg\u00e9e de taxer les pollueurs historiques et de financer ceux qui sont les premiers touch\u00e9s par le changement climatique, mentionn\u00e9e dans la section pr\u00e9c\u00e9dente, illustre le principe de la finance r\u00e9paratrice (Appel 2020 ; Webber et al., 2022). Une finance d\u00e9mocratis\u00e9e doit aspirer \u00e0 fournir un acc\u00e8s pr\u00e9f\u00e9rentiel au financement aux groupes et communaut\u00e9s historiquement priv\u00e9s de leurs droits. Cela passe par des lignes directrices particuli\u00e8res en mati\u00e8re d&rsquo;investissement et d&rsquo;attribution de cr\u00e9dits et par la pr\u00e9sence de repr\u00e9sentants des femmes, des travailleurs et des minorit\u00e9s marginalis\u00e9es au sein des grands organismes financiers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;expansion du financement public et coop\u00e9ratif \u00e0 but non lucratif cr\u00e9e de nouvelles exp\u00e9riences et des processus d&rsquo;apprentissage dans le cadre d&rsquo;une planification d\u00e9mocratique. Il est ainsi plus facile pour les mouvements de surmonter successivement les r\u00e9sistances id\u00e9ologiques contre la planification bas\u00e9e sur l&rsquo;id\u00e9ologie du march\u00e9. Au-del\u00e0 du domaine des id\u00e9es, cela augmente \u00e9galement les chances que les investissements dans un territoire politique donn\u00e9 restent relativement stables malgr\u00e9 les gr\u00e8ves du capital et du cr\u00e9dit (Block 2019b, 548ff). En outre, un secteur financier coop\u00e9ratif fort peut compenser la fuite des capitaux parce qu&rsquo;il maintiendra sa capacit\u00e9 \u00e0 emprunter sur les march\u00e9s mondiaux des capitaux (\u00e0 des taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat potentiellement plus \u00e9lev\u00e9s) et peut donc contrecarrer ou att\u00e9nuer une crise mon\u00e9taire (Block 2019b, 549). Moins de turbulences rend visible le fait que la fuite des capitaux pourrait ne pas \u00eatre une r\u00e9ponse raisonnable \u00e0 un ralentissement attendu, mais un sabotage d\u00e9lib\u00e9r\u00e9. Cette situation conf\u00e8re \u00e0 son tour une plus grande l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;imposition de contr\u00f4les des capitaux pour r\u00e9duire davantage la fuite des capitaux (Block 2019b, 549f). Quoi qu&rsquo;il en soit, un tel contexte rend plus probable que les r\u00e9formes non r\u00e9formistes conservent un soutien politique suffisamment long pour survivre \u00e0 un creux de transition.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si le pouvoir social \u00e9tait suffisamment fort pour maintenir le cap, on pourrait imaginer un cadre de transformation tel que le plan Meidner, qui pr\u00e9voyait que les entreprises paieraient des imp\u00f4ts sur les soci\u00e9t\u00e9s sous la forme de nouvelles actions dans les fonds des salari\u00e9s (Wright 2010 ; Warner 2022). Une telle approche pourrait successivement canaliser les actions vers des organes de coordination n\u00e9goci\u00e9s compos\u00e9s de repr\u00e9sentants de multiples parties prenantes telles que les travailleurs, les consommateurs, les citoyens, les communaut\u00e9s et les groupes marginalis\u00e9s. Ces organes deviendraient successivement propri\u00e9taires majoritaires des entreprises et pourraient donc de plus en plus coordonner les investissements ex ante. De la m\u00eame mani\u00e8re que le plan Meidner proposait d&rsquo;utiliser une partie du fonds pour former les travailleurs \u00e0 l&rsquo;autogestion, afin qu&rsquo;ils prennent en charge les t\u00e2ches de gestion (Guinan 2019), un tel processus de transition permettrait g\u00e9n\u00e9ralement un apprentissage plus large de l&rsquo;autogestion dans le cadre d&rsquo;une planification d\u00e9mocratique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1 Scholarly work in business and management studies has continued to study corporate planning, but has frequently done so under the label of strategic management (Mintzberg 1990).<br>2 While it may be true that the financialization literature\u2019s (e.g., Krippner 2011) assumption that financial profits have become pivotal for non-financial corporations does not hold (Rabinovich, 2019), empirical research shows the vast majority of their investment is funded via internal funds and that they provide more capital than they receive (Braun 2022b).<br>3 In the context of the economic calculation problem market socialism is most frequently associated with early 20th century neoclassical socialism, such as the work of Fred M. Taylor and Oskar Lange (Taylor 1929; Lange and Taylor 1964), which I do not consider market socialism but central planning via a simulation of the market. By market socialism I mean models that combine some form of social ownership with economic mediation primarily by markets.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Abu-Lughod JL (1989) Before European Hegemony: The World System A.D. 1250-1350. Oxford, UK: Oxford University Press.<\/li>\n\n\n\n<li>Albert M, Hahnel R (1991) The Political Economy of Participatory Economics. Princeton, NJ: Princeton University Press. Crossref.<\/li>\n\n\n\n<li>Appel H (2020) Reparative public goods and the future of finance: a fantasy in three parts. 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Les principaux articles en acc\u00e8s libre : <\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><a href=\"https:\/\/journals.sagepub.com\/doi\/abs\/10.1177\/10245294241273954\">Rethinking economic planning<\/a>, Christoph Sorg, Jan Groos<a href=\"https:\/\/journals.sagepub.com\/doi\/abs\/10.1177\/10245294231217578\"><\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/journals.sagepub.com\/doi\/abs\/10.1177\/10245294231217578\">Finance as a form of economic planning<\/a>, Christoph Sorg<\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/journals.sagepub.com\/doi\/abs\/10.1177\/10245294231218868\">Automating away the centre? Optimal planning and the menace of bureaucratisation<\/a>, Max Gr\u00fcnberg<\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/journals.sagepub.com\/doi\/abs\/10.1177\/10245294231220690\">Planning progress: Incorporating innovation and structural change into models of economic planning<\/a>, Nils Rochowicz<\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/journals.sagepub.com\/doi\/abs\/10.1177\/10245294231210980\">Postcapitalist Planning and Urban Revolution<\/a>, Matthew Thompson, Yousaf Nishat-Botero<\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/journals.sagepub.com\/doi\/abs\/10.1177\/10245294231213141\">Cyber-physical decentralized planning for communizing<\/a>, Pedro HJ Nardelli, Pedro E G\u00f3ria Silva, Harun Siljak, Arun Narayanan<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/journals.sagepub.com\/doi\/abs\/10.1177\/10245294231213141\">&nbsp;<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La question est de savoir si et comment la planification peut \u00eatre men\u00e9e sous une forme plus d\u00e9mocratique et orient\u00e9e vers les besoins sociaux et \u00e9cologiques plut\u00f4t que vers la seule valeur actionnariale, mais aussi si les appareils de planification financi\u00e8re et leur pouvoir de coordination peuvent \u00eatre appropri\u00e9s pour une telle transformation. Traduction deFinance &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/finance-et-planification\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;La finance comme planification \u00e9conomique&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-7801","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack-related-posts":[{"id":8188,"url":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/4-planification-democratique\/","url_meta":{"origin":7801,"position":0},"title":"Br\u00e8ve pr\u00e9sentation de quatre mod\u00e8les de planification \u00e9conomique d\u00e9mocratique","author":"Gilles Beauchamp","date":"25 mai 2025","format":false,"excerpt":"Auteurs : Audrey Laurin-Lamothe, Fr\u00e9d\u00e9ric Legault et Simon Tremblay-PepinCes m\u00eames auteurs ont publi\u00e9 en 2023 chez Lux \u00c9diteur : Construire l'\u00e9conomie postcapitaliste Traduction de A Brief Sketch of Four Models of Democratic Economic Planning, Un chapitre de Creative Construction - Democratic Planning in the 21st Century and Beyond, f\u00e9vrier 2025\u2026","rel":"","context":"Article similaire","block_context":{"text":"Article similaire","link":""},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/001-scaled.jpg?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200,"srcset":"https:\/\/i0.wp.com\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/001-scaled.jpg?resize=350%2C200&ssl=1 1x, https:\/\/i0.wp.com\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/001-scaled.jpg?resize=525%2C300&ssl=1 1.5x, https:\/\/i0.wp.com\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/001-scaled.jpg?resize=700%2C400&ssl=1 2x, https:\/\/i0.wp.com\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/001-scaled.jpg?resize=1050%2C600&ssl=1 3x, https:\/\/i0.wp.com\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/001-scaled.jpg?resize=1400%2C800&ssl=1 4x"},"classes":[]},{"id":8199,"url":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/finances-alternatives\/","url_meta":{"origin":7801,"position":1},"title":"Finance et \u00e9conomie communautaires, alternatives, bior\u00e9gionales","author":"Gilles Beauchamp","date":"26 mai 2025","format":false,"excerpt":"Une page pour rassembler les sources et documents utiles \u00e0 ma r\u00e9flexion. Voir aussi : Post-croissance, post-growth, d\u00e9croissance \u00c9conomies communautaires Livres Building Tomorrow: Averting Environmental Crisis With a New Economic System, publi\u00e9 en 2023 par Paddy Le Flufy, pr\u00e9sente en six chapitres (220 pages) Take Back the Economy - An\u2026","rel":"","context":"Article similaire","block_context":{"text":"Article similaire","link":""},"img":{"alt_text":"","src":"","width":0,"height":0},"classes":[]},{"id":7889,"url":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/planifier-au-dela-croissance\/","url_meta":{"origin":7801,"position":2},"title":"Planifier au-del\u00e0 de la croissance :","author":"Gilles Beauchamp","date":"27 f\u00e9vrier 2025","format":false,"excerpt":"Les arguments en faveur d'une d\u00e9mocratie \u00e9conomique dans les limites de l'\u00e9cologie par C\u00e9dric Durand, Elena Hofferberth, Matthias SchmelzeArticle publi\u00e9 sous le titre Planning beyond growth: The case for economic democracy within ecological limits, le 15 janvier 2024 dans Journal of Cleaner Production. 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