{"id":8137,"date":"2025-05-15T12:41:58","date_gmt":"2025-05-15T16:41:58","guid":{"rendered":"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/?page_id=8137"},"modified":"2025-10-28T12:06:53","modified_gmt":"2025-10-28T16:06:53","slug":"economies-dans-les-ecosystemes","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/economies-dans-les-ecosystemes\/","title":{"rendered":"R\u00e9int\u00e9grer les \u00e9conomies dans les \u00e9cosyst\u00e8mes : renforcer la r\u00e9silience dans les communaut\u00e9s plus qu&rsquo;humaines"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">TRADUCTION par <strong>Gilles en vrac <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>J.K Gibson-Graham<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Institute for Culture and Society<br>Western Sydney University<br>k.gibson@westernsydney.edu.au<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Ann Hill<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Institute for Culture and Society<br>Western Sydney University<br><a href=\"mailto:a.hill@westernsydney.edu.au\">a.hill@westernsydney.edu.au<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Lisa Law&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Centre for Tropical Urban and Regional Planning<br>College of Science and Engineering<br>James Cook University<br>lisa.law@jcu.edu.au<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">TRADUCTION par <strong>Gilles en vrac <\/strong>de la version pr\u00e9liminaire (pr\u00e9-publication) de :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J.K. Gibson-Graham, A. Hill et L. Law, 2016 \u00ab <em><a href=\"https:\/\/www.communityeconomies.org\/sites\/default\/files\/2021-02\/Gibson-Graham%2C%20Hill%2C%20Law%2C%20Building%20Research%20Information%202016.pdf\">Re-embedding Economies in Ecologies: Resilience Building in More than Human Communities<\/a><\/em> \u00bb <strong>Building Research Information<\/strong> 44, 7:703-736.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9sum\u00e9<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La s\u00e9paration extr\u00eame entre l&rsquo;\u00e9conomie et l&rsquo;\u00e9cologie dans le monde moderne a rompu les liens qui unissaient les \u00eatres humains aux environnements et aux esp\u00e8ces qui leur permettent de vivre. La premi\u00e8re \u00e9tape vers le renforcement de la r\u00e9silience \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle humaine consiste \u00e0 appr\u00e9cier, \u00e0 prendre soin et \u00e0 r\u00e9parer les relations \u00e9cologiques ancestrales qui ont soutenu la vie pendant des mill\u00e9naires. La capacit\u00e9 \u00e0 appr\u00e9cier ces relations a toutefois \u00e9t\u00e9 affaiblie par la position utilitariste adopt\u00e9e par les sciences \u00e9conomiques \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des environnements naturels. Les \u00e9cologistes sont all\u00e9s plus loin en saisissant l&rsquo;interd\u00e9pendance des \u00e9conomies et des \u00e9cologies \u00e0 travers le concept de r\u00e9silience socio-\u00e9cologique. Il est toutefois pr\u00e9occupant de constater la persistance d&rsquo;une vision d&rsquo;une \u00e9conomie r\u00e9gie par les d\u00e9terminants du march\u00e9, dans laquelle il n&rsquo;y a pas de place pour la n\u00e9gociation \u00e9thique entre les humains et le monde non humain. Cet article recadre les relations entre l&rsquo;\u00e9conomie et l&rsquo;\u00e9cologie, en repla\u00e7ant les humains au sein des communaut\u00e9s \u00e9cologiques et les non-humains dans une perspective \u00e9thique. Il met en avant l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00e9conomies communautaires (par opposition aux \u00e9conomies capitalistes) et soutient que celles-ci doivent \u00eatre mises en place si nous voulons pr\u00e9server la vie \u00e0 l&rsquo;\u00e8re de l&rsquo;Anthropoc\u00e8ne. L&rsquo;argumentation est illustr\u00e9e par deux projets de construction situ\u00e9s en Asie des moussons.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Mots-cl\u00e9s&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">r\u00e9silience locale, comportement \u00e9thique, changement climatique, n\u00e9gociations.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Remerciements<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous tenons \u00e0 remercier Ethan Miller, Isaac Lyne et Stephen Cairns pour les pr\u00e9cieuses informations th\u00e9oriques et empiriques qu&rsquo;ils ont partag\u00e9es et qui ont enrichi cet article. Nous remercions \u00e9galement les membres du Community Economies Research Network, nos \u00e9valuateurs anonymes et les r\u00e9dacteurs de ce num\u00e9ro sp\u00e9cial pour leurs commentaires critiques et clarificateurs qui nous ont pouss\u00e9s \u00e0 expliciter davantage notre argumentation. Nous tenons \u00e0 remercier les organisateurs de la conf\u00e9rence Architecture and Resilience on a Human Scale qui s&rsquo;est tenue \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Sheffield en septembre 2015, o\u00f9 Katherine Gibson a pr\u00e9sent\u00e9 l&rsquo;essentiel de cet article dans son discours d&rsquo;ouverture. Les recherches men\u00e9es dans le cadre de cet article ont \u00e9t\u00e9 soutenues par l&rsquo;Australian Research Council pour le projet Discovery \u00ab Strengthening economic resilience in Monsoon Asia \u00bb DP150102285.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce qu&rsquo;on appelle l&rsquo;\u00e8re de l&rsquo;Anthropoc\u00e8ne, les syst\u00e8mes humains sont devenus une force g\u00e9ologique capable d&rsquo;influencer et de modifier les syst\u00e8mes terrestres (Steffan, Broadbate, Deutsch, Gaffney et Ludwig, 2015).<sup>i<\/sup>&nbsp;On craint que nous ayons atteint une phase de transition critique o\u00f9 les syst\u00e8mes plan\u00e9taires ont \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9s hors du domaine de stabilit\u00e9 de l&rsquo;Holoc\u00e8ne (Folke et al., 2010). Il appara\u00eet de plus en plus clairement que le mod\u00e8le d&rsquo;organisation \u00e9conomique et de croissance qui a guid\u00e9 le d\u00e9veloppement au cours des 200 derni\u00e8res ann\u00e9es est responsable de cette crise (Dumanoski, 2009). L&rsquo;impact mondial de la \u00ab grande acc\u00e9l\u00e9ration \u00bb du produit int\u00e9rieur brut, de la croissance d\u00e9mographique, de l&rsquo;urbanisation, de la consommation d&rsquo;\u00e9nergie et d&rsquo;eau depuis les ann\u00e9es 1950 a entra\u00een\u00e9 un r\u00e9chauffement climatique mesurable, une instabilit\u00e9 climatique accrue et une perte dramatique de biodiversit\u00e9 (Steffan et al., 2015). La vie \u00ab telle que nous la connaissons \u00bb est menac\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans divers domaines, les chercheurs s&rsquo;accordent \u00e0 dire qu&rsquo;un changement radical est n\u00e9cessaire de toute urgence. La philosophe f\u00e9ministe et \u00e9cologiste Val Plumwood, par exemple, a lanc\u00e9 cet avertissement puissant :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Si notre esp\u00e8ce ne survit pas \u00e0 la crise \u00e9cologique, ce sera probablement parce que nous n&rsquo;aurons pas r\u00e9ussi \u00e0 imaginer et \u00e0 mettre en place de nouvelles fa\u00e7ons de vivre avec la Terre, \u00e0 nous r\u00e9inventer et \u00e0 adapter nos soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 forte consommation d&rsquo;\u00e9nergie et hyper-instrumentales. (2007, p. 1)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle a \u00e9crit qu&rsquo;il \u00e9tait n\u00e9cessaire de \u00ab continuer sous une autre forme d&rsquo;humanit\u00e9 \u00bb si nous voulons survivre \u00e0 la crise \u00e9cologique que les humains ont provoqu\u00e9e. Dans le m\u00eame ordre d&rsquo;id\u00e9es, le th\u00e9oricien du design Tony Fry a appel\u00e9 \u00e0 un nouveau projet, le \u00ab Sustainment \u00bb (la durabilit\u00e9), d&rsquo;une ampleur et d&rsquo;une importance \u00e9quivalentes \u00e0 celles du&nbsp;Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res. Le <a href=\"http:\/\/www.thestudioattheedgeoftheworld.com\/the-sustainment.html\">Sustainment<\/a> est, pour Fry :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>un projet intellectuel et pragmatique vital de d\u00e9couverte marquant un tournant pour l&rsquo;humanit\u00e9, qui reconna\u00eet que \u00ab se maintenir \u00bb n\u00e9cessite un autre type d&rsquo;habitation terrestre qui comprend : la relation indivisible entre cr\u00e9ation et destruction ; que rien ne changera si notre mode d&rsquo;existence ne change pas ; et que ce qui doit changer s&rsquo;\u00e9tend \u00e0 toutes les dimensions de l&rsquo;existence humaine, qu&rsquo;elle soit environnementale, \u00e9conomique, sociale, culturelle ou psychologique. Comprendre cela, c&rsquo;est comprendre que le \u00ab d\u00e9veloppement \u00bb humain jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent a \u00e9t\u00e9 li\u00e9 \u00e0 une condition de non-durabilit\u00e9 toujours croissante, dans laquelle le \u00ab progr\u00e8s \u00bb humain a ni\u00e9 toutes les conditions li\u00e9es \u00e0 \u00ab notre \u00bb d\u00e9pendance.&nbsp;(non dat\u00e9<a href=\"http:\/\/www.thestudioattheedgeoftheworld.com\/the-sustainment.html\">)<\/a>&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La s\u00e9paration extr\u00eame entre les humains et la nature qui s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e au sein des \u00e9conomies industrialis\u00e9es au cours des deux derniers si\u00e8cles a r\u00e9duit la capacit\u00e9 des humains \u00e0 \u00eatre affect\u00e9s par le monde non humain. Plumwood et Fry appellent \u00e0 de nouvelles fa\u00e7ons d&rsquo;habiter la terre. Ils soulignent la n\u00e9cessit\u00e9 de repenser ce qu&rsquo;est le d\u00e9veloppement \u00e9conomique et de reconfigurer les relations v\u00e9cues entre les \u00e9conomies, les \u00e9cologies et les environnements construits.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le domaine relativement nouveau de la science de la r\u00e9silience s&rsquo;int\u00e9resse aux syst\u00e8mes adaptatifs complexes et constitue une avanc\u00e9e prometteuse par rapport \u00e0 la s\u00e9paration conceptuelle entre l&rsquo;analyse \u00e9cologique et l&rsquo;analyse \u00e9conomique qui a contribu\u00e9 \u00e0 la crise actuelle. Le concept de \u00ab r\u00e9silience socio-\u00e9cologique \u00bb, par exemple, situe les personnes et la nature, ou les \u00e9conomies et les \u00e9cologies, comme des syst\u00e8mes interd\u00e9pendants qui changent, s&rsquo;adaptent et se transforment (Holling 2001 ; Folke et al 2010 ; Walker et Cooper, 2011). Cet article examine si la r\u00e9flexion sur la r\u00e9silience, telle que d\u00e9velopp\u00e9e par la Resilience Alliance (par exemple Holling, 1973, 1986, 2001 ; Folke, 2006 ; Folke et al., 2010), peut offrir des orientations dans le contexte actuel. Dans un syst\u00e8me socio-\u00e9cologique, l&rsquo;<em>adaptabilit\u00e9<\/em>&nbsp;est la capacit\u00e9 \u00e0 mobiliser l&rsquo;action collective pour \u00ab rebondir \u00bb apr\u00e8s une menace et r\u00e9tablir une certaine stabilit\u00e9, tandis que la&nbsp;<em>transformabilit\u00e9<\/em>&nbsp;est la capacit\u00e9 \u00e0 \u00ab rebondir vers l&rsquo;avant \u00bb et \u00e0 \u00ab cr\u00e9er un syst\u00e8me socio-\u00e9cologique fondamentalement nouveau lorsque les conditions \u00e9cologiques, politiques, sociales ou \u00e9conomiques rendent les conditions existantes intenables \u00bb (Folke 2006, p. 262 ; Manyena, O&rsquo;Brien, O&rsquo;Keefe et Rose, 2011). Cet article pose la question suivante : la pens\u00e9e r\u00e9siliente peut-elle guider le type de changement transformationnel qu&rsquo;exige l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;Anthropoc\u00e8ne ? Que dit l&rsquo;approche r\u00e9siliente sur la mani\u00e8re dont l&rsquo;\u00e9conomie pourrait \u00ab rebondir vers l&rsquo;avant \u00bb ? En particulier, le concept de r\u00e9silience socio-\u00e9cologique peut-il s&rsquo;appliquer \u00e0 la transformation de l&rsquo;environnement b\u00e2ti des villes, o\u00f9 la croissance \u00e9conomique se manifeste physiquement dans des structures mat\u00e9rielles durables ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;argumentation est organis\u00e9e en trois sections. La section 1 passe en revue de mani\u00e8re critique la litt\u00e9rature sur la r\u00e9silience afin d&rsquo;examiner comment l&rsquo;interd\u00e9pendance entre les \u00e9cologies et les \u00e9conomies est positionn\u00e9e. Elle sugg\u00e8re que le mod\u00e8le \u00e9conomique utilis\u00e9 par la science de la r\u00e9silience est limit\u00e9 par une importance excessive accord\u00e9e aux stocks et aux flux de capital et au potentiel des march\u00e9s auto-organis\u00e9s pour apporter une transformation. Elle soutient que la politique et l&rsquo;\u00e9thique sont non seulement bannies du fonctionnement de la dynamique de r\u00e9silience, mais aussi de la repr\u00e9sentation discursive de la r\u00e9silience.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La section 2 propose une nouvelle formulation de l&rsquo;identit\u00e9 \u00e9conomique et de la dynamique de la r\u00e9silience socio-\u00e9cologique. Elle propose une vision non capitalocentrique de l&rsquo;\u00e9conomie diversifi\u00e9e dans laquelle des pratiques \u00e9thiques de pr\u00e9servation de l&rsquo;habitat pourraient \u00eatre activement poursuivies afin de renforcer la r\u00e9silience des \u00e9conomies communautaires non humaines. S&rsquo;appuyant sur le domaine des sciences humaines environnementales, cette section situe l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique humaine&nbsp;<em>au sein des&nbsp;<\/em>\u00e9cologies. Ici, l&rsquo;interd\u00e9pendance n&rsquo;est pas envisag\u00e9e en termes d&rsquo;\u00e9cologies \u00ab naturelles \u00bb fournissant des services aux \u00e9conomies \u00ab humaines \u00bb, mais en termes de n\u00e9gociations \u00e9thiques entre les \u00e9conomies humaines et non humaines dans les \u00e9cologies de communaut\u00e9s plus qu&rsquo;humaines. La r\u00e9flexion de Jane Jacobs (2000) sur la \u00ab nature des \u00e9conomies \u00bb et la th\u00e9orie des \u00e9conomies communautaires de J.K. Gibson-Graham (2006) sont utilis\u00e9es pour aider \u00e0 th\u00e9oriser les moments \u00e9thiques de la construction de la r\u00e9silience. La section 3 aborde la question des b\u00e2timents et des infrastructures physiques dans les \u00e9conomies communautaires de quartier. Deux processus innovants de co-construction, l&rsquo;un en Indon\u00e9sie, l&rsquo;autre au Cambodge, sont examin\u00e9s pour ce qu&rsquo;ils r\u00e9v\u00e8lent sur l&rsquo;interd\u00e9pendance des diverses \u00e9conomies et \u00e9cologies humaines et non humaines, et sur le r\u00f4le de la n\u00e9gociation \u00e9thique dans le renforcement de la r\u00e9silience des quartiers. Ces cas sont pr\u00e9sent\u00e9s comme des exemples locaux de \u00ab continuit\u00e9 \u00bb dans une optique exploratoire qui accepte et travaille avec l&rsquo;instabilit\u00e9, l&rsquo;incertitude et la contingence.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1. R\u00e9silience socio-\u00e9cologique : une approche syst\u00e9mique de l&rsquo;interd\u00e9pendance \u00e9cologique et \u00e9conomique<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le concept de r\u00e9silience est utilis\u00e9 dans de nombreux contextes diff\u00e9rents : gestion des ressources naturelles, ing\u00e9nierie, conception, anthropologie et psychologie sociale. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, la pens\u00e9e r\u00e9siliente s&rsquo;est r\u00e9pandue depuis sa formulation dans les sciences des \u00e9cosyst\u00e8mes pour \u00ab infiltrer rapidement de vastes domaines des sciences sociales \u00bb, en particulier ceux qui s&rsquo;int\u00e9ressent \u00e0 la logistique de la gestion des crises (Walker et Cooper, 2011, p. 143, 144). Si la r\u00e9silience a remplac\u00e9 la durabilit\u00e9 comme \u00ab mot \u00e0 la mode \u00bb selon Porter et Davoudi (2012, p. 329), c&rsquo;est probablement parce qu&rsquo;elle r\u00e9pond \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de th\u00e9oriser les dynamiques de transformation \u00e0 travers les vastes fronts que sont les syst\u00e8mes naturels, les syst\u00e8mes sociaux, les psych\u00e9s et les environnements construits. L&rsquo;argumentation d\u00e9velopp\u00e9e dans cet article est motiv\u00e9e par le souci de travailler&nbsp;<em>avec<\/em>&nbsp;le concept de r\u00e9silience, mais en accordant une attention critique \u00e0 la mani\u00e8re dont l&rsquo;interd\u00e9pendance entre les \u00e9cologies et les \u00e9conomies est repr\u00e9sent\u00e9e. La discussion se poursuit en examinant la notion de r\u00e9silience socio-\u00e9cologique de Holling comme une th\u00e9orie qui int\u00e8gre la soci\u00e9t\u00e9, l&rsquo;\u00e9conomie et la biosph\u00e8re (Walker et Cooper, 2011, p. 147) et \u00ab approfondit notre compr\u00e9hension des syst\u00e8mes li\u00e9s entre eux que sont l&rsquo;\u00e9cologie, l&rsquo;\u00e9conomie et la prise de d\u00e9cision \u00bb (Holling, 2001, p. 391).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le passage d&rsquo;une r\u00e9silience \u00ab technique \u00bb ax\u00e9e sur l&rsquo;\u00e9quilibre \u00e0 une r\u00e9silience v\u00e9ritablement \u00ab \u00e9cologique \u00bb, les cycles adaptatifs non lin\u00e9aires sont consid\u00e9r\u00e9s comme produisant des \u00e9tats modifi\u00e9s, voire de nouvelles relations syst\u00e9miques, mais avec la persistance d&rsquo;une structure syst\u00e9mique d\u00e9terminante. Le terme \u00ab capital \u00bb est utilis\u00e9 pour d\u00e9signer \u00ab le potentiel inh\u00e9rent d&rsquo;un syst\u00e8me qui est disponible pour le changement \u00bb (Holling, 2001, p. 393). Le capital est la \u00ab richesse \u00bb stock\u00e9e d&rsquo;un syst\u00e8me, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;un \u00e9cosyst\u00e8me compos\u00e9 de capital biophysique ou d&rsquo;un syst\u00e8me \u00e9conomique compos\u00e9 de capital financier, manufactur\u00e9, culturel, social et humain (Folke et al., 2010, p. 261). Les cycles adaptatifs sans fin qui relient les syst\u00e8mes naturels, les syst\u00e8mes humains, les syst\u00e8mes homme-nature et les syst\u00e8mes socio-\u00e9cologiques impliquent \u00ab la croissance, l&rsquo;accumulation, la restructuration et le renouvellement \u00bb (Holling, 2001, p. 392-4). Cette th\u00e9orie int\u00e9grative de la transformation fait \u00e9cho aux r\u00e9cits schump\u00e9t\u00e9riens et marxistes du d\u00e9veloppement capitaliste impliquant crise, destruction cr\u00e9atrice, restructuration et \u00e9mergence de \u00ab nouvelles \u00bb formes de capitalisme. Walker et Cooper \u00e9tablissent des liens conceptuels entre les travaux ult\u00e9rieurs de Holling sur les capacit\u00e9s d&rsquo;auto-organisation et d&rsquo;autor\u00e9gulation des syst\u00e8mes adaptatifs complexes et la \u00ab th\u00e9orie mature de l&rsquo;ordre spontan\u00e9 du march\u00e9 et de l&rsquo;\u00e9volution sociale \u00bb de Hayek (2011, p. 147). Ils affirment que, dans leurs \u00e9crits des ann\u00e9es 1970, Holling et Hayek rejetaient tous deux les \u00ab m\u00e9taphores de la thermodynamique classique \u00bb et \u00e9taient \u00ab pr\u00e9occup\u00e9s par les questions des limites \u00e9pist\u00e9miques de la pr\u00e9diction \u00bb. Tous deux critiquaient, par exemple, les \u00ab affirmations du Club de Rome sur les limites \u00e9cologiques de la croissance \u00bb (p. 144). Dans son article de 2001, Holling s&rsquo;int\u00e9resse aux \u00ab comportements prospectifs des individus \u00bb :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces comportements jouent un r\u00f4le dans la transmission des p\u00e9nuries futures aux prix actuels, induisant ainsi des comportements de conservation dans le monde \u00e9conomique r\u00e9el. Ce processus prospectif fonctionne \u00e0 travers les march\u00e9s \u00e0 terme et l&rsquo;achat et la d\u00e9tention strat\u00e9giques de mati\u00e8res premi\u00e8res. Il incite fortement certaines personnes \u00e0 mieux pr\u00e9voir les p\u00e9nuries \u00e0 venir que le reste du march\u00e9 et \u00e0 se positionner pour en tirer profit. Mais ce qu&rsquo;un acteur du march\u00e9 peut faire, tous peuvent le faire ; ce processus transmet donc l&rsquo;information \u00e0 l&rsquo;ensemble du march\u00e9. (2001, p. 401)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Holling note qu&rsquo;il existe bien s\u00fbr des limites au fonctionnement de ce syst\u00e8me complexe, par exemple lorsque la rigidit\u00e9 institutionnelle et le pouvoir politique pervertissent le fonctionnement \u00ab essentiellement lib\u00e9ral et \u00e9quitable \u00bb d&rsquo;un march\u00e9 (p. 401). On voit ici la synergie avec la politique n\u00e9olib\u00e9rale inspir\u00e9e par l&rsquo;adh\u00e9sion de Hayek \u00e0 la dynamique d&rsquo;auto-organisation du march\u00e9 \u00ab libre \u00bb (Walker et Cooper 2011, p. 150).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La conception de l&rsquo;interd\u00e9pendance entre l&rsquo;\u00e9cologie et l&rsquo;\u00e9conomie qui sous-tend cette vision fondatrice de la r\u00e9silience n&rsquo;est qu&rsquo;une repr\u00e9sentation (tr\u00e8s influente) parmi d&rsquo;autres. La question qui nous int\u00e9resse dans cet article est de savoir si cette approche peut \u00eatre utilement mise en \u0153uvre pour engager les transformations radicales, en particulier dans le domaine \u00e9conomique, qui sont n\u00e9cessaires aujourd&rsquo;hui. De nombreux chercheurs travaillant dans ce domaine seraient d&rsquo;accord avec Folke pour dire que \u00ab la recherche sur la r\u00e9silience socio-\u00e9cologique en est encore \u00e0 un stade exploratoire \u00bb (2006, p. 263). Dans le but de contribuer \u00e0 cette exploration, il convient d&rsquo;examiner ce qui est exclu d&rsquo;une th\u00e9orie unificatrice des syst\u00e8mes socio-\u00e9cologiques et les effets de cette exclusion.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La qu\u00eate d&rsquo;une int\u00e9gration aussi simple que possible de \u00ab l&rsquo;essence de la th\u00e9orie des sciences \u00e9cologiques, \u00e9conomiques et sociales \u00bb motive la pens\u00e9e syst\u00e9mique qui sous-tend la science de la r\u00e9silience (Holling, 2001, p. 391). Un syst\u00e8me est \u00ab une entit\u00e9 discernable et stable qui maintient sa structure malgr\u00e9 la plasticit\u00e9 de ses micro-changements continus et le remplacement de ses composants \u00bb (Lawn, 2001, p. 148). Tout syst\u00e8me est d\u00e9fini non seulement par ce qu&rsquo;il inclut, mais aussi par ce qu&rsquo;il exclut. Ainsi, tout comme les d\u00e9buts de l&rsquo;\u00e9cologie \u00ab excluaient les humains ou traitaient les actions humaines comme externes au syst\u00e8me \u00bb (Folke, 2006, p. 262), les repr\u00e9sentations modernistes de l&rsquo;\u00e9conomie excluaient l&rsquo;environnement de leur syst\u00e8me. Il a fallu attendre l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une nouvelle discipline, l&rsquo;\u00e9conomie \u00e9cologique (voir, par exemple, Daly et Farley, 2010), pour traduire l&rsquo;environnement en \u00ab capital naturel \u00bb et le positionner&nbsp;<em>au sein<\/em>&nbsp;du syst\u00e8me \u00e9conomique en tant que fournisseur de \u00ab services \u00e9cologiques \u00bb. Les \u00e9tudes sur la r\u00e9silience ont embrass\u00e9 cette fusion de deux syst\u00e8mes distincts en un seul et ont instaur\u00e9 une logique unificatrice d&rsquo;adaptation et de transformation complexes pour r\u00e9gir l&rsquo;interd\u00e9pendance entre l&rsquo;\u00e9conomie et l&rsquo;\u00e9cologie. Mais des exclusions subsistent. Qu&rsquo;en est-il de toutes les activit\u00e9s \u00e9conomiques humaines diverses qui ne peuvent \u00eatre capitalis\u00e9es et \u00e9valu\u00e9es ? Qu&rsquo;en est-il des relations entre les humains et les environnements qui ne rel\u00e8vent pas de la \u00ab prestation de services \u00bb, mais plut\u00f4t de la prise en charge mutuelle et de la gestion responsable ? Qu&rsquo;en est-il des dynamiques de d\u00e9veloppement qui ne sont pas motiv\u00e9es par l&rsquo;accumulation, la lib\u00e9ration du potentiel, la restructuration cr\u00e9ative et le maintien des structures ? En effet, si c&rsquo;est le syst\u00e8me \u00e9conomique capitaliste (m\u00eame sous la forme d&rsquo;un nouveau \u00ab r\u00e9gime d&rsquo;accumulation \u00bb) qui persiste, comment une transformation radicale et une nouvelle trajectoire de d\u00e9veloppement pourraient-elles voir le jour ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plus important encore, les syst\u00e8mes excluent la politique. Lorsque le langage du capital est utilis\u00e9 pour \u00e9valuer les stocks et les flux de tout, de l&rsquo;eau des rivi\u00e8res aux soins familiaux, le \u00ab capitalisme \u00bb devient synonyme d&rsquo;\u00ab \u00e9conomie \u00bb. La culture, le gouvernement et la vie elle-m\u00eame sont consid\u00e9r\u00e9s comme fonctionnant \u00ab au sein du capitalisme \u00bb. Repr\u00e9sent\u00e9 comme un syst\u00e8me de production, de march\u00e9s et de finance op\u00e9rant \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale, rien n&rsquo;\u00e9chappe \u00e0 l&#8217;emprise du capitalisme, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;alternative, pas d&rsquo;ext\u00e9rieur. Cette fa\u00e7on de penser \u00ab capitalocentrique \u00bb limite l&rsquo;imaginaire d&rsquo;\u00ab autres mondes \u00bb et contraint la politique (Gibson-Graham, 1996, p. 6). Mais en sortant d&rsquo;une \u00e9pist\u00e9mologie r\u00e9aliste et en acceptant la nature politique de la production de connaissances, il est de plus en plus admis que les th\u00e9ories offrent des \u00ab approches \u00bb performatives qui rendent certaines choses plus r\u00e9elles que d&rsquo;autres (Law et Urry, 2004). Il faut donc choisir si l&rsquo;\u00e9conomie capitaliste doit \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9e comme une force de la nature ou comme un assemblage pr\u00e9caire de pouvoirs, de pratiques, de technologies et de discours qui doivent \u00eatre continuellement reconfigur\u00e9s et mis en \u0153uvre (St. Martin, Roelvink et Gibson-Graham, 2015). De m\u00eame, il faut choisir si l&rsquo;environnement doit \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9 comme une ressource destin\u00e9e \u00e0 la consommation humaine ou comme un complexe dynamique de communaut\u00e9s interconnect\u00e9es d&rsquo;\u00eatres vivants et non vivants ayant la volont\u00e9 de s&rsquo;\u00e9panouir (Rose, 2004).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En r\u00e9sum\u00e9, la science de la r\u00e9silience a fait des progr\u00e8s majeurs dans la compr\u00e9hension des syst\u00e8mes adaptatifs complexes qui fonctionnent selon une dynamique \u00ab loin de l&rsquo;\u00e9quilibre \u00bb (Folke, 2006, p. 257). Elle a mis en \u00e9vidence l&rsquo;instabilit\u00e9 des syst\u00e8mes vivants. Ce travail est inestimable pour comprendre les interactions entre les syst\u00e8mes terrestres et humains \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle plan\u00e9taire et locale. Elle a contribu\u00e9 \u00e0 la compr\u00e9hension du r\u00e9chauffement climatique et de ce que signifie l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;Anthropoc\u00e8ne en termes de seuils critiques et de transitions. Cependant, la repr\u00e9sentation de l&rsquo;\u00e9conomie comme des stocks et des flux de capital qui lib\u00e8rent du potentiel, se restructurent et se reconfigurent selon le fonctionnement spontan\u00e9 des march\u00e9s limite la capacit\u00e9 de l&rsquo;approche de la r\u00e9silience \u00e0 imaginer un changement \u00e9conomique radical. Elle ne parvient pas \u00e0 surmonter la s\u00e9paration entre les mondes humain et non humain et renforce un instrumentalisme dangereux. Si le changement transformationnel profond pr\u00e9conis\u00e9 par Plumwood et Fry doit se produire, il est n\u00e9cessaire de concevoir la dynamique \u00e9conomique de mani\u00e8re plus exp\u00e9rimentale et plus \u00e9thique et d&rsquo;adopter une vision moins utilitaire de l&rsquo;interd\u00e9pendance entre l&rsquo;\u00e9conomie et l&rsquo;\u00e9cologie.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2. R\u00e9int\u00e9grer l&rsquo;\u00e9conomie&nbsp;<em>au sein de l&rsquo;<\/em>\u00e9cologie et red\u00e9finir la r\u00e9silience comme \u00e9tant plus que l&rsquo;\u00e9panouissement de la communaut\u00e9 humaine<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans cette section, les nouveaux d\u00e9veloppements en sciences humaines environnementales et la pens\u00e9e \u00e9conomique non capitalocentrique sont utilis\u00e9s pour th\u00e9oriser l&rsquo;interd\u00e9pendance entre \u00e9cologie et \u00e9conomie \u00e0 partir d&rsquo;un point de d\u00e9part \u00e9cologique diff\u00e9rent. Comme on le sait, le terme grec&nbsp;<em>oikos<\/em>, racine \u00e9tymologique commune des mots \u00ab \u00e9conomie \u00bb et \u00ab \u00e9cologie \u00bb<em>,<\/em>&nbsp;est traduit par \u00ab m\u00e9nage \u00bb ou \u00ab habitat \u00bb.&nbsp;<em>Oikonomia<\/em>,ou \u00e9conomie, associe&nbsp;<em>oikos<\/em>&nbsp;\u00e0&nbsp;<em>nomos<\/em>, un terme qui incarne certaines tensions entre sa signification de \u00ab gestion \u00bb et \u00ab n\u00e9gociation \u00bb du foyer domestique ou de l&rsquo;habitat, ou de \u00ab coutume \u00bb, par opposition \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat et \u00e0 la loi \u2014 montrant ici le lien entre&nbsp;<em>nomos&nbsp;<\/em>et nomade.<sup>ii<\/sup>&nbsp;Gibson-Graham et Miller (2015) proposent une d\u00e9finition de l&rsquo;\u00e9conomie comme la n\u00e9gociation de l&rsquo;ordre au sein des habitats. Cette d\u00e9finition permet de prendre en compte les \u00e9conomies de diff\u00e9rentes esp\u00e8ces qui n\u00e9gocient leurs moyens de subsistance dans des habitats vari\u00e9s, \u00e9largissant ainsi le terme bien au-del\u00e0 de la \u00ab gestion \u00bb domestiqu\u00e9e et ax\u00e9e sur la ma\u00eetrise des m\u00e9nages humains et des \u00e9conomies nationales, pour l&rsquo;orienter vers le type de n\u00e9gociation multisp\u00e9cifique qui doit \u00eatre cultiv\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e8re de l&rsquo;Anthropoc\u00e8ne (Miller, 2016, pers.com). Qu&rsquo;en est-il alors de l&rsquo;\u00e9cologie ou&nbsp;<em>oikologia<\/em>, qui associe&nbsp;<em>oikos<\/em>&nbsp;\u00e0&nbsp;<em>logos<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire la connaissance ou le r\u00e9cit de l&rsquo;habitat ? Plut\u00f4t que d&rsquo;assimiler l&rsquo;\u00e9cologie \u00e0 des \u00ab syst\u00e8mes naturels \u00bb, comme c&rsquo;est couramment le cas, l&rsquo;\u00e9cologie devient un cadre conceptuel \u00e0 partir duquel on peut appr\u00e9hender l&rsquo;ensemble articul\u00e9 des \u00e9conomies en interaction, y compris l&rsquo;interd\u00e9pendance de l&rsquo;ordre dans les habitats humains, animaux et v\u00e9g\u00e9taux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;id\u00e9e que les \u00eatres humains ne sont pas les seuls \u00e0 avoir une \u00e9conomie, mais que d&rsquo;autres esp\u00e8ces et entit\u00e9s vivantes g\u00e8rent et n\u00e9gocient \u00e9galement leurs moyens de subsistance (par exemple, les \u00e9conomies des abeilles, des bambous, des bact\u00e9ries, etc.), et l&rsquo;id\u00e9e que les \u00e9conomies humaines sont en relation d&rsquo;interd\u00e9pendance permanente avec ces autres \u00e9conomies peuvent sembler \u00e9tranges. Mais, comme le font valoir Gibson-Graham et Miller :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">il n&rsquo;y a pas plus de raison de construire une \u00ab \u00e9conomie \u00bb humaine s\u00e9par\u00e9e de son contexte \u00e9cologique qu&rsquo;il n&rsquo;y en aurait pour les \u00e9cologistes de consid\u00e9rer les pratiques d&rsquo;approvisionnement des abeilles comme un \u00ab syst\u00e8me \u00bb ind\u00e9pendant, avec ses propres lois et imp\u00e9ratifs internes, totalement s\u00e9par\u00e9 de ses interrelations constitutives avec les plantes \u00e0 fleurs, les autres pollinisateurs, les mycorhizes du sol, les bact\u00e9ries fixatrices d&rsquo;azote, les oiseaux et les mammif\u00e8res disperseurs de graines. La socialit\u00e9 humaine n&rsquo;est qu&rsquo;une manifestation particuli\u00e8re des interrelations mutuelles entre les esp\u00e8ces et entre les communaut\u00e9s d&rsquo;\u00eatres vivants qui impliquent des vies allant des mitochondries de nos cellules aux pollinisateurs qui rendent l&rsquo;agriculture possible. (2015, p. 10)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le degr\u00e9 d&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 de cette notion n&rsquo;est que la mesure du succ\u00e8s d&rsquo;un puissant discours \u00e9conomique moderne qui a s\u00e9par\u00e9 la n\u00e9gociation des moyens de subsistance humains de celle des moyens de subsistance non humains. Ainsi, lorsque des \u00e9l\u00e9ments de l&rsquo;environnement sont repr\u00e9sent\u00e9s comme des \u00ab ressources \u00bb ou des \u00ab services \u00e9cologiques \u00bb qui fonctionnent comme des r\u00e9serves de \u00ab capital naturel \u00bb pouvant \u00eatre mobilis\u00e9es sous forme d&rsquo;\u00ab intrants \u00bb mon\u00e9tis\u00e9s dans le syst\u00e8me \u00e9conomique humain, ils sont compl\u00e8tement dissoci\u00e9s des \u00e9cosyst\u00e8mes vivants dont ils sont issus. Dans le m\u00eame temps, l&rsquo;interd\u00e9pendance entre les humains et les non-humains est r\u00e9duite \u00e0 une question d&rsquo;utilit\u00e9 et d\u00e9pouill\u00e9e de tout contenu \u00e9thique.<sup>iii<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une approche \u00e9cologique met en \u00e9vidence la grande diversit\u00e9 des activit\u00e9s \u00e9conomiques qui soutiennent les moyens de subsistance dans une \u00e9conomie \u00ab plus que capitaliste \u00bb. Cela inclut le travail non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 et r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 de mani\u00e8re alternative ainsi que le travail salari\u00e9 ; le partage et la r\u00e9partition de produits non marchandis\u00e9s ainsi que les transactions sur les march\u00e9s de marchandises ; l&rsquo;entreprise individuelle, les coop\u00e9ratives et l&rsquo;entreprise sociale ainsi que l&rsquo;entreprise capitaliste ; les formes collectives priv\u00e9es et communautaires de propri\u00e9t\u00e9 ainsi que la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e individuelle ; et les formes d&rsquo;investissement non conventionnelles parall\u00e8lement \u00e0 la finance traditionnelle (Gibson-Graham, 2008 ; Gibson-Graham, Cameron et Healy, 2013). Les pratiques non capitalistes et leurs interd\u00e9pendances dynamiques ne sont pas prises en compte par le discours \u00e9conomique capitalocentrique. Elles sont en effet jug\u00e9es sans importance au regard des dynamiques syst\u00e9miques telles que l&rsquo;accumulation et la d\u00e9saccumulation du capital, la financiarisation et la crise, les m\u00e9canismes de l&rsquo;offre et de la demande de marchandises et d&rsquo;investissements. Aujourd&rsquo;hui, on s&rsquo;int\u00e9resse beaucoup \u00e0 la croissance des \u00e9conomies non capitalistes ou postcapitalistes, c&rsquo;est-\u00e0-dire les \u00e9conomies sociales, coop\u00e9ratives<em>, buen vivir<\/em>, d\u00e9croissantes et collaboratives, dans lesquelles la dynamique activatrice est constitu\u00e9e par des engagements \u00e9thiques envers une s\u00e9rie de r\u00e9sultats autres que la rentabilit\u00e9 et l&rsquo;accumulation de richesse priv\u00e9e (voir, par exemple, Bollier et Helfrich, 2014).<sup>iv<\/sup>&nbsp;Un cadre non capitalocentrique permet d&rsquo;explorer la r\u00e9silience au sein de cette \u00e9cologie de la diversit\u00e9 \u00e9conomique interactive.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans une \u00e9conomie diversifi\u00e9e, les \u00eatres humains, les esp\u00e8ces non humaines et les \u00e9l\u00e9ments naturels peuvent tous \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme coproduisant activement le bien-\u00eatre et les soins. Les r\u00e9flexions philosophiques de Plumwood sont utiles pour aider \u00e0 dissocier l&rsquo;action de l&rsquo;\u00eatre humain. Elle \u00e9crit :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>le mat\u00e9rialisme r\u00e9ductionniste consid\u00e9r\u00e9 comme le nouveau d\u00e9part de la modernit\u00e9 n&rsquo;est en r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;un dualisme tronqu\u00e9 qui pr\u00e9serve en son c\u0153ur le processus original de division et de r\u00e9duction, en d\u00e9pouillant la mat\u00e9rialit\u00e9 de l&rsquo;esprit, de l&rsquo;intelligence et de l&rsquo;action pour les attribuer \u00e0 un moteur distinct. Il repr\u00e9sente la nature comme passive et d\u00e9pourvue de cr\u00e9ativit\u00e9, la v\u00e9ritable cr\u00e9ativit\u00e9 provenant uniquement de (divers) moteurs identifi\u00e9s \u00e0 l&rsquo;esprit, g\u00e9n\u00e9ralement humains ou humano\u00efdes. (2009, p. 119)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le domaine des sciences humaines environnementales, que Plumwood a contribu\u00e9 \u00e0 \u00e9tablir, cette s\u00e9paration est surmont\u00e9e par l&rsquo;\u00e9tude des liens \u00e9thiques. Rose, par exemple, \u00e9tend la vision de Levinas sur la connectivit\u00e9 humaine, selon laquelle la subjectivit\u00e9 se manifeste \u00ab sous la forme d&rsquo;une responsabilit\u00e9 envers autrui \u00bb, aux relations entre les humains et les non-humains (Newton, 1995, p. 12 cit\u00e9 dans Rose 2004, p. 13). Selon elle, la connectivit\u00e9 et la responsabilit\u00e9 sont au c\u0153ur du fonctionnement de la r\u00e9silience. Elle transpose le langage des syst\u00e8mes dans le domaine \u00e9thique de l&rsquo;\u00e9panouissement mutuel :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Le terme \u00ab r\u00e9silience \u00bb est utilis\u00e9 de mani\u00e8re technique par les \u00e9cologistes. Il fait r\u00e9f\u00e9rence aux relations au sein des \u00e9cosyst\u00e8mes et est en phase avec l&rsquo;instabilit\u00e9 des syst\u00e8mes vivants. Chaque \u00eatre vivant a sa propre volont\u00e9 de s&rsquo;\u00e9panouir, son propre \u00ab conatus \u00bb en langage philosophique. La volont\u00e9 de s&rsquo;\u00e9panouir met chaque \u00eatre vivant en relation avec d&rsquo;autres \u00e9l\u00e9ments vivants et non vivants de l&rsquo;environnement. Lorsque ces relations permettent \u00e0 la vie de s&rsquo;\u00e9panouir, on peut dire que le syst\u00e8me lui-m\u00eame est r\u00e9silient. &#8230; il sera auto-organis\u00e9 et auto-r\u00e9parateur. En termes humains, la r\u00e9silience a une signification similaire, d\u00e9signant la capacit\u00e9 de groupes de personnes \u00e0 se maintenir dans des relations \u00e9panouissantes avec leur environnement, \u00e0 faire face aux catastrophes et \u00e0 trouver des moyens de continuer. (2004, p.7)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque la connectivit\u00e9 \u00e9thique (qui peut \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9e par une notion plus exp\u00e9rimentale de connectivit\u00e9 des syst\u00e8mes) est prise comme point de d\u00e9part, l&rsquo;analyse \u00e9conomique identifie dans un premier temps l&rsquo;\u00e9ventail des activit\u00e9s \u00e9conomiques qui maintiennent les moyens de subsistance humains et non humains, ainsi que les interactions dynamiques entre les diverses \u00e9conomies humaines et non humaines. Les questions qui se posent alors sont, par exemple : quels types de relations \u00e9conomiques favorisent des modes de prosp\u00e9rit\u00e9 durables ? Quelles relations \u00e9conomiques favorisent la r\u00e9silience et lesquelles la d\u00e9truisent ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans son livre&nbsp;<em>The Nature of Economies<\/em>, Jane Jacobs (2000) propose de s&rsquo;inspirer de la dynamique des \u00e9cosyst\u00e8mes naturels pour cultiver des r\u00e9gions \u00e9conomiques durables et r\u00e9silientes.<sup>v<\/sup>&nbsp;Elle met en \u00e9vidence la dynamique :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>du maintien de l&rsquo;habitat, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;ajustement et la correction continus des relations entre les organismes pour bien survivre ensemble,<\/li>\n\n\n\n<li>de l&rsquo;augmentation de la diversit\u00e9 et de la redondance, car plus la diversit\u00e9 est grande, plus le soutien \u00e0 la vie est efficace,<\/li>\n\n\n\n<li>la circulation et la capture de l&rsquo;\u00e9nergie et de la mati\u00e8re qui aident diverses activit\u00e9s et niches \u00e0 s&rsquo;autoalimenter, et<\/li>\n\n\n\n<li>l&rsquo;interd\u00e9pendance complexe des d\u00e9veloppements et des co-d\u00e9veloppements qui co\u00e9voluent de mani\u00e8re impr\u00e9visible mais auto-organis\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jacobs sugg\u00e8re que ces dynamiques peuvent \u00eatre activ\u00e9es au sein des \u00e9conomies r\u00e9gionales gr\u00e2ce, par exemple, \u00e0 la diversification sectorielle de l&rsquo;\u00e9conomie et au renforcement des interactions locales tout au long de la cha\u00eene d&rsquo;approvisionnement. Gibson-Graham, Cameron et Healy (2013) ont en outre li\u00e9 ces dynamiques \u00e0 la construction d&rsquo;<em>\u00e9conomies communautaires<\/em>&nbsp;<em>plus qu&rsquo;humaines<\/em>, dans lesquelles l&rsquo;\u00eatre-en-commun est n\u00e9goci\u00e9 avec toutes les autres formes de vie. Ici, les \u00ab \u00e9conomies communautaires \u00bb ne sont pas simplement des transactions commerciales et des activit\u00e9s \u00e9conomiques op\u00e9rant dans une zone locale. Comme nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9, le terme \u00ab \u00e9conomie \u00bb renvoie \u00e0 l&rsquo;<em>oikos<\/em>, ou habitat, ce qui soutient la vie, tandis que le terme \u00ab communaut\u00e9 \u00bb est \u00e9voqu\u00e9 dans le sens actif de n\u00e9gociation de l&rsquo;\u00eatre-en-commun en tant que communaut\u00e9 multisp\u00e9cifique, humaine et non humaine, un \u00ab nous \u00bb qui inclut tous ceux avec lesquels les moyens de subsistance humains sont interd\u00e9pendants et interreli\u00e9s.&nbsp;<sup>vi<\/sup>&nbsp;Une \u00e9conomie communautaire est donc un espace d&rsquo;apprentissage commun dans lequel les humains commencent \u00e0 \u00ab voir la sph\u00e8re non humaine en termes \u00e9thiques \u00bb (Plumwood 2009, p. non pagin\u00e9e).<sup>vii<\/sup>&nbsp;Cela ne signifie pas situer la conscience \u00e9thique dans le non-humain, mais inclure les non-humains dans une communaut\u00e9 plus large, au-del\u00e0 de l&rsquo;humain. Les pr\u00e9occupations \u00e9thiques des \u00e9conomies communautaires (telles qu&rsquo;elles sont expos\u00e9es dans Gibson-Graham, Cameron et Healy, 2013, pp. xviiixix) peuvent \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9es \u00e0 travers l&rsquo;ensemble des dynamiques de r\u00e9silience de Jacobs comme suit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans une \u00e9conomie communautaire, le maintien de l&rsquo;habitat est soutenu par :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>le travail des humains et des autres \u00eatres vivants pour satisfaire les besoins fondamentaux et survivre ensemble dans de bonnes conditions et de mani\u00e8re \u00e9quitable,<\/li>\n\n\n\n<li>les interactions avec les autres \u00eatres humains et vivants d&rsquo;une mani\u00e8re qui favorise le bien-\u00eatre mutuel, et<\/li>\n\n\n\n<li>une consommation durable.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La diversit\u00e9 dans une \u00e9conomie communautaire implique de favoriser :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>la coexistence de multiples formes de travail, de transactions, d&rsquo;entreprises, de propri\u00e9t\u00e9 et d&rsquo;investissement,<\/li>\n\n\n\n<li>la diversit\u00e9 sectorielle de l&rsquo;\u00e9conomie, et<\/li>\n\n\n\n<li>la diversit\u00e9 des esp\u00e8ces et de l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;auto-alimentation dans une \u00e9conomie communautaire se fait par :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>la distribution des surplus naturels et sociaux afin d&rsquo;enrichir la sant\u00e9 sociale et environnementale,<\/li>\n\n\n\n<li>la pr\u00e9servation, le renouvellement et le d\u00e9veloppement des biens communs naturels et culturels, et<\/li>\n\n\n\n<li>l&rsquo;investissement de la richesse dans les g\u00e9n\u00e9rations futures d&rsquo;\u00eatres humains et d&rsquo;autres \u00eatres vivants afin qu&rsquo;ils puissent bien vivre.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les d\u00e9veloppements co\u00e9volutifs et l&rsquo;interd\u00e9pendance r\u00e9sultent :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>des n\u00e9gociations entre humains et entre humains et non-humains au sein des \u00e9conomies communautaires, qui ne peuvent \u00eatre sp\u00e9cifi\u00e9es \u00e0 l&rsquo;avance et dont les limites sont continuellement fix\u00e9es et \u00e9largies.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les principales avanc\u00e9es th\u00e9oriques de cette section ont donc consist\u00e9, dans un premier temps, \u00e0 red\u00e9finir l&rsquo;identit\u00e9 de \u00ab l&rsquo;\u00e9conomie \u00bb comme \u00e9tant diverse et d\u00e9passant le cadre humain, et \u00e0 r\u00e9int\u00e9grer les \u00e9conomies&nbsp;<em>dans les<\/em>&nbsp;\u00e9cologies. Dans un deuxi\u00e8me temps, il s&rsquo;est agi d&rsquo;appr\u00e9hender la dynamique des interactions entre les \u00e9conomies humaines et non humaines en termes de n\u00e9gociation \u00e9thique. Une fois de plus, le fait que l&rsquo;id\u00e9e que les mat\u00e9riaux anim\u00e9s et inanim\u00e9s puissent poss\u00e9der des propri\u00e9t\u00e9s cr\u00e9atives et agentives soit si \u00e9trange ou ridicule t\u00e9moigne du succ\u00e8s des syst\u00e8mes de pens\u00e9e occidentaux. Changer la fa\u00e7on de penser dans ce domaine implique le type de changement radical auquel Fry fait allusion dans son concept de \u00ab The Sustainment \u00bb. Cela pourrait bien n\u00e9cessiter un nouveau type de pratique analytique dans laquelle le jugement critique serait suspendu pendant que des travaux exploratoires seraient men\u00e9s sur la mani\u00e8re dont ce \u00ab nous \u00bb reconfigur\u00e9 n\u00e9gocie les questions de besoins et de survie, de g\u00e9n\u00e9ration et de distribution des surplus, de transactions et de rencontres, de consommation, de partage des biens communs et d&rsquo;investissement dans l&rsquo;avenir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette section se termine par une br\u00e8ve r\u00e9flexion sur les implications de cette nouvelle approche pour la r\u00e9silience dans l&rsquo;environnement b\u00e2ti. Comme le documentent Steffan et al. (2015), l&rsquo;urbanisation rapide qui a eu lieu dans le monde entier depuis les ann\u00e9es 1950 est l&rsquo;un des \u00e9l\u00e9ments puissants de la Grande Acc\u00e9l\u00e9ration de l&rsquo;activit\u00e9 humaine qui affecte les syst\u00e8mes plan\u00e9taires. Aujourd&rsquo;hui, plus de la moiti\u00e9 de la population mondiale vit dans des zones urbaines (ONU, 2014). Si l&rsquo;on veut relever les d\u00e9fis du changement climatique afin de poursuivre l&rsquo;humanit\u00e9 sous une autre forme, les capacit\u00e9s de transformation doivent se concentrer sur \u00ab les b\u00e2timents, les infrastructures et les paysages culturels \u00bb (Hassler et Kohler, 2014, p. 222) que la croissance \u00e9conomique a produits.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourtant, l&rsquo;environnement b\u00e2ti est souvent repr\u00e9sent\u00e9 en termes de durabilit\u00e9 et de rigidit\u00e9 au changement, comme un stock s\u00e9diment\u00e9 de capital naturel, humain et financier qui \u00ab permet et facilite certains types d&rsquo;activit\u00e9s \u00bb et, pourrait-on ajouter, en emp\u00eache d&rsquo;autres (Hollnagel, 2014, p. 222 ; voir \u00e9galement Harvey, 1985). Comment alors \u00e9voluer vers un autre mode d&rsquo;humanit\u00e9 ? Comment les environnements b\u00e2tis peuvent-ils faire face \u00e0 l&rsquo;instabilit\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;impr\u00e9visibilit\u00e9 du changement tout en continuant \u00e0 fournir des habitats florissants pour les humains et les autres \u00eatres vivants ? Comment la r\u00e9silience dans les \u00e9conomies communautaires non humaines peut-elle \u00eatre mise en pratique dans les environnements b\u00e2tis et les syst\u00e8mes urbains ? La derni\u00e8re section reprend la conception de Hollnagel des environnements b\u00e2tis (ou syst\u00e8mes, selon ses termes) en tant qu&rsquo;<em>habitats socio-techniques<\/em>&nbsp;(2014, p. 227) et explore comment la r\u00e9silience peut \u00eatre construite \u00e0 travers 1) des n\u00e9gociations continues visant \u00e0 garantir le maintien des habitats humains et non humains, 2) la protection et la cr\u00e9ation d&rsquo;une diversit\u00e9 \u00e9conomique et \u00e9cologique et 3) le d\u00e9veloppement d&rsquo;une nouvelle relation \u00e0 la durabilit\u00e9, moins ax\u00e9e sur la p\u00e9rennit\u00e9 des formes construites et davantage sur la capacit\u00e9 \u00e0 reproduire durablement des actes \u00e9thiques.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">3. Renforcer la r\u00e9silience en Asie des moussons<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Certaines des croissances d\u00e9mographiques et urbanistiques les plus rapides de la plan\u00e8te ont lieu en Asie du Sud et du Sud-Est, une r\u00e9gion historiquement appel\u00e9e \u00ab Asie moussonique \u00bb par l&rsquo;Occident (Steffan et al., 2015). Dans cette r\u00e9gion, la perspective d&rsquo;une \u00e9l\u00e9vation du niveau de la mer constitue une menace majeure pour de nombreuses zones nouvellement urbanis\u00e9es, et les pays sont d\u00e9j\u00e0 confront\u00e9s \u00e0 la force massive de syst\u00e8mes climatiques de plus en plus impr\u00e9visibles. Les deux exemples de pratiques de renforcement de la r\u00e9silience qui seront examin\u00e9s dans cette section se situent dans l&rsquo;arri\u00e8re-pays urbain de cette r\u00e9gion. Le premier concerne un pont \u00e9ph\u00e9m\u00e8re en bambou qui est construit chaque saison s\u00e8che sur le M\u00e9kong, entre la deuxi\u00e8me plus grande ville du Cambodge, Kampong Cham, et le petit village de Koh Paen. Le second est une ville tropicale exp\u00e9rimentale pour les travailleurs migrants \u00e0 Batam, en Indon\u00e9sie. Ces deux projets de construction visent \u00e0 faire face \u00e0 une instabilit\u00e9 permanente et inh\u00e9rente. La ville tropicale fait face \u00e0 la fluidit\u00e9 des flux de travailleurs migrants entrant et sortant de la zone, tout en essayant de pr\u00e9figurer un autre type d&rsquo;\u00e9conomie gr\u00e2ce \u00e0 la cr\u00e9ation d&rsquo;un habitat urbain o\u00f9 le travail et le logement ne sont pas s\u00e9par\u00e9s et o\u00f9 l&rsquo;autosuffisance est possible. La reconstruction annuelle du pont de Kampong Cham est une pratique \u00e9thique qui va au-del\u00e0 de la construction d&rsquo;une communaut\u00e9 humaine et constitue un moyen de coexister avec les flux du fleuve gr\u00e2ce \u00e0 une conception r\u00e9g\u00e9n\u00e9rative.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les scientifiques sp\u00e9cialistes de la r\u00e9silience Folke et al (2010, p. 20) proposent que \u00ab les changements transformationnels \u00e0 petite \u00e9chelle permettent la r\u00e9silience \u00e0 grande \u00e9chelle \u00bb et que&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>la soci\u00e9t\u00e9 doit s\u00e9rieusement r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 des moyens de renforcer la r\u00e9silience des SES [syst\u00e8mes socio-\u00e9cologiques] plus petits et plus faciles \u00e0 g\u00e9rer qui contribuent \u00e0 la r\u00e9silience du syst\u00e8me terrestre, et explorer les options pour une transformation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e des SES qui menacent la r\u00e9silience du syst\u00e8me terrestre. (Folke et al., 2010, r\u00e9sum\u00e9, ajout).&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces deux petites \u00e9tudes de cas sont pr\u00e9sent\u00e9es comme des exemples provisoires de renforcement de la r\u00e9silience qui pourraient donner un aper\u00e7u de transformations plus d\u00e9lib\u00e9r\u00e9es et \u00e0 plus grande \u00e9chelle dans l&rsquo;environnement b\u00e2ti.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le pont \u00e9ph\u00e9m\u00e8re en bambou de Kampong Cham<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la ville de Kampong Cham, sur les rives du M\u00e9kong, dans l&rsquo;est du Cambodge, un pont en bambou de 1,5 kilom\u00e8tre de long est construit chaque ann\u00e9e pendant la saison s\u00e8che pour relier l&rsquo;\u00eele de Koh Paen, situ\u00e9e au milieu du fleuve (figure 1). Lorsque les pluies de mousson arrivent, le pont est submerg\u00e9 par les eaux et emport\u00e9, pour \u00eatre reconstruit \u00e0 la saison s\u00e8che. Le blog d&rsquo;un voyageur donne une id\u00e9e concr\u00e8te de la structure :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab En regardant le pont de c\u00f4t\u00e9, on peut voir de nombreux b\u00e2tons de bambou entrecrois\u00e9s qui forment une belle charpente&#8230; Un tapis de plusieurs couches de cannes coup\u00e9es en deux s&rsquo;\u00e9tend au-dessus, absorbant l&rsquo;impact des v\u00e9hicules&#8230; J&rsquo;adore traverser le pont \u00e0 v\u00e9lo. Le sol irr\u00e9gulier bouge sous mes roues, il oscille et s&rsquo;adapte aux v\u00e9hicules qui passent \u00e0 chaque instant, ce qui donne une grande sensation d&rsquo;aventure&#8230; Au d\u00e9but, traverser le pont \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;une voiture est assez effrayant, car le sol se courbe sous le poids du v\u00e9hicule, mais apr\u00e8s quelques fois, on se d\u00e9tend en r\u00e9alisant que le pont est suffisamment solide&#8230; (<a href=\"http:\/\/artwatereness.com\/portfolio\/the-bamboo-bridge\/\">Marante<\/a>, 2016)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 seulement un kilom\u00e8tre en amont, l\u00e0 o\u00f9 le fleuve se r\u00e9tr\u00e9cit, se dresse l&rsquo;imposant pont Kizuna, \u00e9galement long de 1,5 kilom\u00e8tre, symbole par excellence de la modernit\u00e9 du Cambodge. Perch\u00e9 sur des pyl\u00f4nes pour \u00e9chapper aux inondations, cet ouvrage en b\u00e9ton et en acier affiche toute l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance et l&rsquo;efficacit\u00e9 d&rsquo;une forme courbe au service de la fonction. Achev\u00e9 en 2001 et financ\u00e9 par une subvention de 56 millions de dollars du gouvernement japonais, il enjambe le M\u00e9kong et a \u00e9t\u00e9 le premier pont \u00e0 relier l&rsquo;ouest et l&rsquo;est du pays, permettant ainsi le d\u00e9veloppement \u00e9conomique et commercial du nord-est du Cambodge et l&rsquo;\u00e9tablissement de liens commerciaux avec le Vietnam (Premier ministre Hun Sen, BBC News, 4\/12\/2001).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Figure 1 \u00e0 ins\u00e9rer ici<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis le pont Kizuna, en regardant vers l&rsquo;aval, que peut-on voir ? Est-ce un regard r\u00e9trospectif sur une \u00e9poque pr\u00e9moderne o\u00f9 le design vernaculaire, les mat\u00e9riaux locaux, le travail manuel et une nature dominante asservissaient la survie \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition sans fin d&rsquo;une t\u00e2che p\u00e9nible ? Ou bien le pont en bambou rec\u00e8le-t-il des enseignements pour un avenir \u00e9conomique et \u00e9cologique r\u00e9silient ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce pont \u00e9ph\u00e9m\u00e8re fonctionne&nbsp;<em>avec<\/em>&nbsp;l&rsquo;instabilit\u00e9 et fait pourtant partie d&rsquo;un \u00e9cosyst\u00e8me florissant qui combine des \u00e9conomies humaines et non humaines interd\u00e9pendantes. La relative solidit\u00e9 et la vuln\u00e9rabilit\u00e9 du pont rappellent constamment les interd\u00e9pendances complexes entre les \u00eatres humains et les autres \u00eatres vivants qui sont n\u00e9cessaires \u00e0 une coexistence harmonieuse. En tant que construction humaine, le pont tire sa force des fibres naturelles suffisamment solides pour supporter le trafic humain, animal et m\u00e9canique. En m\u00eame temps, en tant que construction naturelle incapable de r\u00e9sister \u00e0 la force de l&rsquo;eau pendant la saison des pluies, le pont se brise et est emport\u00e9 lorsque la force des courants est trop importante.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le pont en bambou fait partie int\u00e9grante du maintien des habitats humains et non humains. Sa reconstruction annuelle se poursuit depuis au moins 100 ans, avec une interruption seulement pendant le r\u00e9gime de Pol Pot.<sup>viii<\/sup>&nbsp;La (re)construction s&rsquo;aligne sur la temporalit\u00e9 cyclique des rituels humains, des flux d&rsquo;eau et de la croissance du bambou. Chaque ann\u00e9e, il est reconstruit \u00e0 temps pour soutenir l&rsquo;intense activit\u00e9 sociale des f\u00eates du Nouvel An, lorsque la structure en bambou croule sous le poids de la circulation. Il est emport\u00e9 au d\u00e9but de la saison des moussons, permettant \u00e0 la rivi\u00e8re en crue de g\u00e9rer l&rsquo;augmentation massive de son d\u00e9bit.<sup>ix<\/sup>&nbsp;Les habitats de bambou situ\u00e9s le long du M\u00e9kong fournissent les mat\u00e9riaux n\u00e9cessaires \u00e0 la reconstruction annuelle du pont. La r\u00e9colte implique la n\u00e9gociation d&rsquo;une relation \u00e9thique mutuellement b\u00e9n\u00e9fique. Le bambou a un cycle de vie de 3 \u00e0 7 ans. Lorsqu&rsquo;il est r\u00e9colt\u00e9, le syst\u00e8me souterrain de racines et de rhizomes reste intact et la plante produit de nouvelles pousses qui deviennent des tiges. Une r\u00e9colte trop fr\u00e9quente d&rsquo;un seul bouquet peut mettre en danger sa survie, mais l&rsquo;\u00e9claircissement r\u00e9gulier des tiges et l&rsquo;\u00e9limination des tiges en d\u00e9composition permettent \u00e0 la lumi\u00e8re de mieux passer et favorisent la repousse. Lorsque les relations entre l&rsquo;homme et le bambou sont \u00e9quilibr\u00e9es, les touffes bien entretenues ont une productivit\u00e9 plus \u00e9lev\u00e9e que les touffes sauvages non r\u00e9colt\u00e9es. Les pratiques de maintien des habitats du bambou ont \u00e0 leur tour des effets positifs sur d&rsquo;autres habitats, en contr\u00f4lant l&rsquo;\u00e9rosion des berges, en am\u00e9liorant le niveau des nappes phr\u00e9atiques et la nutrition des sols (Hill, 2013 ; van der Lugt, Vogtl\u00e4nder et Brezet, 2009).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le pont est un agent de l&rsquo;\u00e9conomie communautaire locale, contribuant \u00e0 la diversit\u00e9 des pratiques de travail en fournissant un emploi r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 \u00e0 des personnes vivant dans une \u00e9conomie largement non mon\u00e9taire. Il fournit du travail aux r\u00e9colteurs de bambou du village et \u00e0 jusqu&rsquo;\u00e0 30 charpentiers et couvreurs. Bon nombre des artisans du pont sont \u00e9galement des agriculteurs et des p\u00eacheurs de subsistance, de sorte que cet emploi r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 compl\u00e8te leur revenu de subsistance en nature. Les contr\u00f4leurs de la circulation \u00e0 chaque extr\u00e9mit\u00e9 du pont sont pay\u00e9s pour organiser la circulation \u00e0 sens unique \u00e0 l&rsquo;aide de talkies-walkies, et un petit p\u00e9age est per\u00e7u pour l&rsquo;utilisation du pont. Pendant sa dur\u00e9e de vie, le pont est entretenu par cinq r\u00e9parateurs. Les ouvriers sont employ\u00e9s par un homme d&rsquo;affaires local \u00ab riche \u00bb, ou m\u00e9c\u00e8ne, qui remporte le contrat de cinq ans pour la construction du pont et per\u00e7oit les recettes du p\u00e9age pour payer les mat\u00e9riaux, les ouvriers et les r\u00e9parateurs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;\u00e9nergie capt\u00e9e et circulant dans et autour du pont favorise l&rsquo;auto-approvisionnement d&rsquo;une \u00e9conomie communautaire qui d\u00e9passe le cadre humain. Comme nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9, l&rsquo;approvisionnement local en bambou pour la construction du pont favorise la croissance de nouvelles tiges de bambou. Les travaux sur le pont de bambou reviennent chaque ann\u00e9e et fournissent une source de revenus provenant des touristes et des r\u00e9sidents locaux qui paient le p\u00e9age, qui circule ensuite au sein de la communaut\u00e9, via le m\u00e9c\u00e8ne local, vers les r\u00e9parateurs du pont et les fournisseurs de nourriture et de services. Les comp\u00e9tences en mati\u00e8re de construction en bambou des artisans locaux font partie du patrimoine social et culturel. La reconstruction annuelle du pont permet de pr\u00e9server les techniques traditionnelles de construction en bambou et constitue une forme de renouvellement continu qui emp\u00eache la perte des comp\u00e9tences entre les g\u00e9n\u00e9rations. On ne sait pas si l&rsquo;homme d&rsquo;affaires\/m\u00e9c\u00e8ne local tire un profit financier de la construction du pont pendant cinq ans. La mani\u00e8re dont le pont est li\u00e9 \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration et \u00e0 la distribution des exc\u00e9dents ne peut donc \u00eatre que mati\u00e8re \u00e0 sp\u00e9culation. Il pourrait agir en tant qu&rsquo;entrepreneur social organisant une activit\u00e9 \u00ab \u00e0 but social \u00bb au service des habitants locaux, ce qui pourrait avoir d&rsquo;autres avantages en termes de loyaut\u00e9 et de pouvoir politique (Lyne, 2016). Ou bien il pourrait entreprendre la construction uniquement dans le but d&rsquo;en tirer un profit personnel.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les \u00e9l\u00e9ments de ce cas qui pourraient servir de mod\u00e8le pour le renforcement de la r\u00e9silience \u00e0 l&rsquo;\u00e8re de l&rsquo;Anthropoc\u00e8ne peuvent \u00eatre mis en \u00e9vidence dans le contexte du pont Kizuna. Ce grand projet de construction en b\u00e9ton a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 des emplois r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s \u00e0 court terme et ponctuels pour les ouvriers du b\u00e2timent. Ses liens et son interd\u00e9pendance avec les carri\u00e8res de calcaire et de gravier (et la d\u00e9gradation environnementale qu&rsquo;elles entra\u00eenent) et les fonds d&rsquo;aide internationale (et les accords politiques qui en d\u00e9coulent) restent cach\u00e9s et invisibles. En revanche, le pont en bambou est une infrastructure socio-technique qui favorise des n\u00e9gociations \u00e9thiques transparentes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La \u00ab relation indivisible entre cr\u00e9ation et destruction \u00bb (Fry, n.d.) est au c\u0153ur de ces n\u00e9gociations. Si la structure physique du pont est r\u00e9guli\u00e8rement cr\u00e9\u00e9e et d\u00e9truite, le processus de n\u00e9gociation de la construction \u2013 interaction avec les bosquets de bambous, les courants d&rsquo;eau, le m\u00e9c\u00e8ne local, les p\u00eacheurs et les agriculteurs qui sont \u00e9galement artisans \u2013 implique une sensibilit\u00e9 \u00e0 la survie et \u00e0 la durabilit\u00e9. Ce qui constitue la durabilit\u00e9 dans ce cas n&rsquo;est pas la r\u00e9silience de l&rsquo;ing\u00e9nierie du pont, mais les pratiques \u00e9thiques transparentes qui entourent sa construction<em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce n&rsquo;est qu&rsquo;apr\u00e8s le r\u00e9gime de Pol Pot que la construction de ponts, qui \u00e9tait autrefois un processus communautaire non mon\u00e9tis\u00e9, a \u00e9t\u00e9 commercialis\u00e9e. Cette \u00e9volution n&rsquo;a toutefois pas compromis le fonctionnement de l&rsquo;\u00e9conomie communautaire, mais a ajout\u00e9 une nouvelle source de travail r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 et de flux financiers \u00e0 un paysage \u00e9conomique d\u00e9j\u00e0 diversifi\u00e9. Le pont contribue de mani\u00e8re continue \u00e0 la diversit\u00e9 \u00e9conomique et \u00e0 l&rsquo;auto-alimentation et \u00e0 l&rsquo;\u00e9panouissement de nombreuses \u00e9conomies humaines et non humaines.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Projet de logement progressif \u00e0 Batam<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les centres urbains de l&rsquo;Asie des moussons sont soumis \u00e0 une pression croissante pour loger un nombre toujours plus important de personnes, les migrants des zones rurales affluant vers les villes pour trouver un emploi et rejoindre les membres de leur famille qui s&rsquo;y sont d\u00e9j\u00e0 install\u00e9s. Une exp\u00e9rience visant \u00e0 renforcer la r\u00e9silience des quartiers est men\u00e9e par une \u00e9quipe de chercheurs du Future Cities Laboratory (ETH Zurich) sur l&rsquo;\u00eele indon\u00e9sienne de Batam. Batam est situ\u00e9e dans le triangle de croissance Indon\u00e9sie-Malaisie-Singapour cr\u00e9\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980-1990, \u00e0 quelques minutes en ferry de Singapour.<sup>x<\/sup>&nbsp;Elle fait office de port franc et d&rsquo;arri\u00e8re-pays industriel, ou site de sous-traitance, o\u00f9 les secteurs tertiaire et quaternaire de Singapour peuvent acc\u00e9der \u00e0 une main-d&rsquo;\u0153uvre, des terres et des ressources bon march\u00e9 pour la fabrication et l&rsquo;entreposage, et vers lequel affluent les capitaux d&rsquo;investissement. Batam conna\u00eet un afflux constant de main-d&rsquo;\u0153uvre provenant d&rsquo;autres r\u00e9gions d&rsquo;Indon\u00e9sie, avec un flux limit\u00e9 vers Singapour, principalement compos\u00e9 de travailleurs domestiques.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les nouveaux arrivants vivent soit dans des dortoirs non mixtes situ\u00e9s dans des complexes li\u00e9s aux zones industrielles et aux h\u00f4tels touristiques, soit dans un nombre limit\u00e9 d&rsquo;immeubles de six \u00e9tages sans ascenseur subventionn\u00e9s par l&rsquo;\u00c9tat, appel\u00e9s&nbsp;<em>rusun<\/em>&nbsp;ou&nbsp;<em>rumah sunsun<\/em>&nbsp;(maisons verticales), soit dans des maisons construites de mani\u00e8re artisanale, appel\u00e9es&nbsp;<em>ruli<\/em>&nbsp;ou&nbsp;<em>rumah liar<\/em>&nbsp;(litt\u00e9ralement \u00ab maisons sauvages \u00bb ou \u00ab non r\u00e9glement\u00e9es \u00bb), dans des bidonvilles surpeupl\u00e9s (Cairns, 2015, p. 3). Les bidonvilles se sont d\u00e9velopp\u00e9s le long des routes, dans les r\u00e9serves naturelles et les parcs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ils comprennent des b\u00e2timents construits&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>progressivement, en fonction des fluctuations de la taille et de la composition des m\u00e9nages et des variations de l&rsquo;\u00e9conomie domestique qui y est associ\u00e9e. Une pi\u00e8ce peut \u00eatre agrandie, une v\u00e9randa ferm\u00e9e, un \u00e9tage ajout\u00e9, un jardin cultiv\u00e9, selon les besoins du m\u00e9nage, ses moyens financiers et son imagination. Le tissu b\u00e2ti du bidonville peut \u00eatre aussi diversifi\u00e9 que son tissu social et \u00e9conomique.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(ibid., p. 4)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme dans les bidonvilles du monde entier, la production domestique et les transactions non marchandes se m\u00ealent aux espaces de fabrication et de commerce. Les activit\u00e9s habituellement men\u00e9es dans l&rsquo;espace priv\u00e9 du foyer d\u00e9bordent dans la rue et dans tous les espaces publics. Les m\u00e9nages utilisent un m\u00e9lange h\u00e9t\u00e9roclite de mat\u00e9riaux naturels et de mat\u00e9riaux manufactur\u00e9s recycl\u00e9s pour construire leurs maisons. Certains peuvent am\u00e9liorer leur logement gr\u00e2ce aux fonds envoy\u00e9s par des parents travaillant \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger. Cela se traduit g\u00e9n\u00e9ralement par une structure en b\u00e9ton et un toit en t\u00f4le. Les b\u00e2timents sont fonctionnels, mais de construction m\u00e9diocre et inefficace, et les installations sanitaires et d&rsquo;approvisionnement en eau sont improvis\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des chercheurs dirig\u00e9s par Stephen Cairns, du Future Cities Laboratory, se sont associ\u00e9s \u00e0 des urbanistes du d\u00e9partement de l&rsquo;urbanisme de la municipalit\u00e9 de Batam et \u00e0 des architectes de l&rsquo;universit\u00e9 d&rsquo;Indon\u00e9sie pour mettre au point un concept de logements abordables et modulables, con\u00e7us pour pouvoir s&rsquo;agrandir sans augmenter l&#8217;empreinte au sol des b\u00e2timents, afin de r\u00e9pondre aux besoins d&rsquo;une population migrante en forte croissance.<sup>xi<\/sup>&nbsp;Les immeubles les moins chers de Batam sont destin\u00e9s \u00e0 la classe moyenne en expansion et sont hors de port\u00e9e de la plupart des m\u00e9nages migrants ruraux. Le projet Tropical Town vise \u00e0 combler cette lacune. Le projet consiste \u00e0 faire appel \u00e0 des promoteurs philanthropiques pour construire un prototype de ce type de logement afin de v\u00e9rifier la densit\u00e9 pr\u00e9vue, l&#8217;empreinte \u00e9cologique et la viabilit\u00e9 du mod\u00e8le \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le mod\u00e8le&nbsp;<em>rubah<\/em>&nbsp;ou&nbsp;<em>rumah tambah<\/em>&nbsp;(maison extensible) est :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>une habitation qui peut \u00eatre agrandie verticalement en fonction des besoins, de la capacit\u00e9 ou des souhaits du m\u00e9nage&#8230; Chaque habitation \u00ab rubah \u00bb int\u00e8gre \u00e9galement un syst\u00e8me simple de collecte des eaux de pluie, de production d&rsquo;\u00e9nergie solaire et de fosses septiques collectives, ce qui lui conf\u00e8re une certaine autonomie en mati\u00e8re de ressources&#8230; La maison offre un potentiel de g\u00e9n\u00e9ration de revenus&#8230; sous la forme d&rsquo;espaces \u00e0 louer ou d&rsquo;activit\u00e9s \u00e9conomiques telles que la couture, la vente de nourriture ou la r\u00e9paration d&rsquo;appareils \u00e9lectroniques. (Cairns, 2015, p. 6)&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce mod\u00e8le (voir figure 2) a \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9 en collaboration avec des membres de la communaut\u00e9 migrante dont les&nbsp;<em>ruli&nbsp;<\/em>existants fournissent certaines des caract\u00e9ristiques de conception extensible. D&rsquo;autres contributions des membres de la communaut\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 obtenues gr\u00e2ce \u00e0 une enqu\u00eate sur les activit\u00e9s, les besoins et l&rsquo;\u00e9volution des m\u00e9nages. Un inventaire \u00e9conomique diversifi\u00e9 a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 pour documenter le large \u00e9ventail d&rsquo;activit\u00e9s de subsistance auxquelles se livrent les habitants, qui a ensuite \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9 dans la conception des logements individuels.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Figure 2 \u00e0 ins\u00e9rer ici<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un mod\u00e8le de croissance des m\u00e9nages multig\u00e9n\u00e9rationnels a \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9 sur la base des besoins pr\u00e9vus en mati\u00e8re d&rsquo;espace, de revenus, d&rsquo;eau, d&rsquo;\u00e9nergie, de gestion des d\u00e9chets et de production alimentaire dans les jardins pour la subsistance ou la vente. Comme le montre la figure 3, le plan du quartier permet un peuplement dense, qui peut s&rsquo;\u00e9tendre verticalement sans compromettre l&rsquo;espace r\u00e9serv\u00e9 aux jardins, aux bambouseraies et aux espaces communs publics.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Figure 3 \u00e0 ins\u00e9rer ici<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le&nbsp;<em>rubah<\/em>&nbsp;offre de nombreuses possibilit\u00e9s de n\u00e9gociation \u00e9thique qui pourraient contribuer \u00e0 la r\u00e9silience du quartier. Tout d&rsquo;abord, il permet d&rsquo;accueillir et de maintenir de multiples habitats humains et non humains. Les maisons sont construites de mani\u00e8re \u00e0 pouvoir accueillir relativement facilement la famille \u00e9largie, des amis ou des inconnus. L&rsquo;habitat s&rsquo;adapte aux conditions changeantes, garantissant ainsi aux habitants de bien vivre ensemble avec un espace et des \u00e9quipements ad\u00e9quats. La collecte de l&rsquo;eau par les m\u00e9nages et un syst\u00e8me d&rsquo;assainissement collectif r\u00e9duisent la pression sur les ressources en eau locales. Ces technologies \u00e9tablissent une relation de soin pour le stockage, la qualit\u00e9 et le d\u00e9bit de l&rsquo;eau, constituant un bien commun dont les avantages sont r\u00e9partis entre les humains et les non-humains. Enfin, l&rsquo;\u00e9nergie solaire librement accessible est capt\u00e9e et partag\u00e9e, constituant un autre bien commun qui soutient la vie en r\u00e9duisant la pollution de l&rsquo;atmosph\u00e8re. Tous ces aspects du&nbsp;<em>rubah&nbsp;<\/em>peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme contribuant \u00e0 la r\u00e9silience&nbsp;<em>architecturale<\/em>&nbsp;(Vale, Shamsuddin, Gray et Bertumen, 2014).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Deuxi\u00e8mement, la conception de Tropical Town soutient explicitement la diversit\u00e9 des activit\u00e9s \u00e9conomiques. De nombreux migrants ne trouveront pas imm\u00e9diatement un emploi r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9conomie dite \u00ab formelle \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans des entreprises capitalistes ou des administrations publiques. Ils cr\u00e9eront plut\u00f4t des micro-entreprises ou deviendront employ\u00e9s dans de petites entreprises non enregistr\u00e9es. Les biens et services offerts par ces micro et petites entreprises, tels que des repas bon march\u00e9 pour les personnes press\u00e9es et des transports publics individuels ou en petits groupes, r\u00e9pondent aux besoins de la ville dans son ensemble. La conception des logements de Tropical Town tient compte de la pr\u00e9carit\u00e9 de l&#8217;emploi salari\u00e9 et pr\u00e9voit donc des espaces pour l&rsquo;autosuffisance alimentaire des m\u00e9nages sur une petite parcelle de terrain, ainsi que des activit\u00e9s de production ou commerciales ind\u00e9pendantes dans une petite boutique ou un atelier au rez-de-chauss\u00e9e de la maison. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une innovation majeure dans la conception de logements progressifs qui int\u00e8gre&nbsp;<em>dans<\/em>le tissu d&rsquo;une zone \u00ab r\u00e9sidentielle \u00bb des possibilit\u00e9s d&rsquo;\u00e9conomies diversifi\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tropical Town est donc bien plus qu&rsquo;un simple projet de logement. L&rsquo;environnement b\u00e2ti favorise une \u00e9conomie diversifi\u00e9e qui offre des possibilit\u00e9s de mise en relation entre les services et les petits producteurs et un potentiel accru de g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;exc\u00e9dents au niveau des m\u00e9nages. Cela cr\u00e9e les conditions n\u00e9cessaires \u00e0 l&rsquo;autosuffisance \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du quartier. L&rsquo;extensibilit\u00e9 des maisons permet de maintenir de bonnes relations avec le lieu d&rsquo;origine des migrants, ce qui favorise l&rsquo;\u00e9panouissement des communaut\u00e9s translocales gr\u00e2ce aux mouvements \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur et \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur du pays. Enfin, le prix abordable des maisons signifie que chaque g\u00e9n\u00e9ration pourra progressivement acheter et poss\u00e9der un logement tout en conservant une \u00e9pargne \u00e0 investir dans l&rsquo;\u00e9ducation et les g\u00e9n\u00e9rations futures.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tropical Town \u00e0 Batam est encore en phase de d\u00e9veloppement et les r\u00e9sultats positifs escompt\u00e9s restent hypoth\u00e9tiques. La promesse qu&rsquo;elle repr\u00e9sente en mati\u00e8re de r\u00e9silience reste \u00e0 concr\u00e9tiser. Les conditions sont toutefois r\u00e9unies pour le d\u00e9veloppement conjoint d&rsquo;une forme tr\u00e8s int\u00e9ressante de r\u00e9silience \u00e9conomique urbaine. Des exp\u00e9riences sont actuellement men\u00e9es au Future Cities Laboratory sur l&rsquo;utilisation de mat\u00e9riaux de construction renouvelables tels que le bambou et d&rsquo;autres fibres naturelles. Le principal d\u00e9fi consiste \u00e0 d\u00e9terminer comment les habitats v\u00e9g\u00e9taux et animaux d\u00e9truits par le d\u00e9veloppement \u00e0 Batam peuvent \u00eatre restaur\u00e9s afin de former \u00e0 nouveau une communaut\u00e9 plus solide, au-del\u00e0 de la seule dimension humaine. Peut-\u00eatre que la pratique de construire et de vivre dans les&nbsp;<em>ruma&nbsp;<\/em>permettra aux habitants d&rsquo;apprendre \u00e0 \u00eatre affect\u00e9s d&rsquo;une mani\u00e8re qui renforcera leur d\u00e9sir d&rsquo;un bien-\u00eatre qui d\u00e9passe le cadre humain.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La question de ce qui constitue la r\u00e9silience est actuellement au centre des pr\u00e9occupations et a donn\u00e9 lieu \u00e0 une litt\u00e9rature riche et florissante dans de nombreux domaines. Cet article a plaid\u00e9 en faveur de la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9int\u00e9grer les \u00e9conomies&nbsp;<em>dans les<\/em>&nbsp;\u00e9cologies, en reconnaissant que toutes les formes de vie sont impliqu\u00e9es dans la n\u00e9gociation de moyens de subsistance dans des habitats interconnect\u00e9s avec d&rsquo;autres. Les \u00e9conomies humaines sont interd\u00e9pendantes avec les \u00e9conomies v\u00e9g\u00e9tales, animales, bact\u00e9riennes et autres, et l&rsquo;avenir d\u00e9pend de la capacit\u00e9 \u00e0 vivre ensemble dans des \u00e9cologies florissantes qui fonctionnent avec une complexit\u00e9 et une instabilit\u00e9 d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9es. Les \u00e9tudes de cas sur le maintien des habitats et le renforcement de la r\u00e9silience en Asie moussonique fournissent des mat\u00e9riaux riches pour explorer les moyens par lesquels des communaut\u00e9s r\u00e9silientes, au-del\u00e0 de l&rsquo;humain, pourraient voir le jour gr\u00e2ce \u00e0 des pratiques de r\u00e9flexion \u00e9conomique \u00e9thique et de conception de l&rsquo;environnement b\u00e2ti.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Partout en Asie des moussons, il existe des exemples de pratiques de renforcement de la r\u00e9silience qui n&rsquo;ont pas encore \u00e9t\u00e9 document\u00e9es et th\u00e9oris\u00e9es en tant que telles.<sup>xii<\/sup>&nbsp;Beaucoup d&rsquo;entre elles consistent \u00e0 encourager et \u00e0 faciliter diverses activit\u00e9s \u00e9conomiques (telles que l&rsquo;\u00e9change r\u00e9ciproque de main-d&rsquo;\u0153uvre, la mise en commun des exc\u00e9dents pour les redistribuer aux membres de la communaut\u00e9, le don de main-d&rsquo;\u0153uvre et de biens, le troc, l&rsquo;autosuffisance) visant \u00e0 pr\u00e9server les habitats et \u00e0 les restaurer \u00e0 la suite de catastrophes naturelles (Bankoff, 2007). Cela inclut toute une s\u00e9rie de pratiques et de m\u00e9thodes de conception, de construction et de r\u00e9paration de l&rsquo;environnement b\u00e2ti. Les \u00e9tudes de cas pr\u00e9sent\u00e9es dans cet article montrent comment les pratiques de d\u00e9lib\u00e9ration \u00e9thique et de conception des b\u00e2timents se combinent pour produire des \u00e9conomies communautaires r\u00e9silientes \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du quartier. Dans les deux cas, la r\u00e9silience est li\u00e9e \u00e0 la capacit\u00e9 d&rsquo;adaptation \u00e0 la mobilit\u00e9 des personnes et des structures mat\u00e9rielles, ainsi qu&rsquo;\u00e0 la temporalit\u00e9 des flux d&rsquo;eau et de migrants, \u00e0 la croissance des plantes et \u00e0 l&rsquo;\u00e9nergie solaire. \u00c0 mesure que la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une conception r\u00e9g\u00e9n\u00e9ratrice sera reconnue, les \u00e9conomies communautaires plus humaines que jamais fourniront des laboratoires vivants pour poursuivre l&rsquo;exp\u00e9rimentation et le d\u00e9veloppement de mod\u00e8les.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour conclure, la notion de \u00ab r\u00e9silience progressive \u00bb de Vale (2014) relie la r\u00e9silience \u00e0 des voies de d\u00e9lib\u00e9ration d\u00e9mocratique et participative dans la prise de d\u00e9cision \u00e9thique. Vale introduit dans le d\u00e9bat une notion de pouvoir et de politique qui m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre reprise ici :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Qui prendra le contr\u00f4le du terme et en d\u00e9terminera l&rsquo;usage ? Sera-t-il guid\u00e9 par la conception de l&rsquo;ing\u00e9nieur, qui voit la r\u00e9silience comme un \u00ab rebond \u00bb vers un statu quo ant\u00e9rieur \u00e0 la perturbation, suppos\u00e9 plus souhaitable que le pr\u00e9sent, ou la r\u00e9flexion sur la r\u00e9silience embrassera-t-elle les incertitudes des mod\u00e8les \u00e9cologiques, dans lesquels un nouveau syst\u00e8me pourrait fonctionner avec une hi\u00e9rarchie diff\u00e9rente ? Les deux versions de la r\u00e9silience supposent toutefois trop facilement l&rsquo;existence d&rsquo;un \u00e9tat stable futur (ou d&rsquo;un retour \u00e0 un \u00e9tat stable pass\u00e9). Mais que se passe-t-il si les hypoth\u00e8ses sur la stabilit\u00e9 pass\u00e9e ou future sont ind\u00e9fendables, ou si les environnements sociaux stables sont \u00e9galement profond\u00e9ment in\u00e9quitables ? (2014, p. 192)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans cette conception, la r\u00e9silience englobe \u00ab les possibilit\u00e9s d&rsquo;expression politique, de r\u00e9sistance et de remise en cause des structures du pouvoir \u00bb (Shaw dans Vale 2014, p. 198). Cette version plus performative de la r\u00e9silience est attentive \u00e0 la mani\u00e8re dont la r\u00e9silience s&rsquo;articule dans les r\u00e9cits, les symboles et la politique. Elle d\u00e9tourne l&rsquo;attention des syst\u00e8mes pour la porter sur les questions politiques. L&rsquo;environnement b\u00e2ti appara\u00eet moins comme un artefact que comme un habitat socio-\u00e9cologique complexe et interd\u00e9pendant, qui n&rsquo;est ni stable ni uniform\u00e9ment r\u00e9parti.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cet article a pr\u00e9sent\u00e9 un certain nombre de strat\u00e9gies visant \u00e0 d\u00e9velopper une compr\u00e9hension plus riche de la r\u00e9silience dans l&rsquo;environnement b\u00e2ti, condition pr\u00e9alable \u00e0 la survie dans un monde en mutation climatique. Il n&rsquo;a pas pr\u00e9sent\u00e9 de mod\u00e8le pour un rebond transformateur (utopique), mais a plut\u00f4t mis en \u00e9vidence des relations \u00e9cologiques et \u00e9conomiques transformatrices dans le pr\u00e9sent, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans des cas o\u00f9 la r\u00e9silience est actuellement exp\u00e9riment\u00e9e. Cette d\u00e9marche performative renforce une notion de r\u00e9silience qui rompt avec les dualismes, les syst\u00e8mes et les notions lin\u00e9aires du temps, du d\u00e9veloppement et du changement. L&rsquo;accent mis sur les relations entre l&rsquo;\u00e9cologie et l&rsquo;\u00e9conomie, mobilis\u00e9es autour de pr\u00e9occupations ou de dynamiques \u00e9thiques, met en \u00e9vidence une approche de recherche moins ax\u00e9e sur des mod\u00e8les universels et davantage sur l&rsquo;apprentissage \u00e0 partir d&rsquo;exp\u00e9riences en cours de construction de la r\u00e9silience. L&rsquo;espoir est que cet apprentissage puisse \u00eatre r\u00e9articul\u00e9 ailleurs, dans des communaut\u00e9s o\u00f9 les circonstances et les relations entre \u00e9cologie et \u00e9conomie sont tr\u00e8s diff\u00e9rentes et o\u00f9 la construction d&rsquo;un quartier plus r\u00e9silient prend une forme diff\u00e9rente. Le maintien de l&rsquo;habitat, la diversit\u00e9 et la co-conception sont des strat\u00e9gies \u00e9thiques importantes, mais la mani\u00e8re dont elles sont mises en \u0153uvre sur le terrain exige des chercheurs qu&rsquo;ils fassent preuve d&rsquo;ouverture \u00e0 la surprise.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aravena, A. et A. Iacobelli (2013)&nbsp;<em>Elemental: Incremental housing and participatory design manual<\/em>, Hatje Cantz, Ostfildern, Allemagne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bankoff, G. (2007) Dangers of going it alone: social capital and the origins of community resilience in the Philippines.&nbsp;<em>Continuity &amp; Change<\/em>, 22(2), 327-355.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bastian, M. (2009) Inventing nature: re-writing time and agency in a more-than-human world.&nbsp;<em>Australian Humanities Review<\/em>, 47, 99-116.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bollier, D. et Helfrich, S. (\u00e9d.) (2011)&nbsp;<em>The Wealth of the Commons: A World Beyond Market and the State<\/em>, Levellers Press, Boston MA.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">BBC News (2001) First Mekong Bridge opens in Cambodia,<a href=\"http:\/\/news.bbc.co.uk\/2\/hi\/asia-pacific\/1691479.stm\">&nbsp;<\/a><a href=\"http:\/\/news.bbc.co.uk\/2\/hi\/asia-pacific\/1691479.stm\">http,<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"http:\/\/news.bbc.co.uk\/2\/hi\/asia-pacific\/1691479.stm\">p.\/\/news.bbc.co.uk\/2\/hi\/asia-pacific\/1691479.stm&nbsp;<\/a>(consult\u00e9 le 29\/02\/2016).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Callon, M. (2007) What does it mean to say that economics is performative? Dans D. Mackenzie, F. Muniesa et L. Sui (\u00e9d.) :&nbsp;<em>Do Economists Make Markets: On the Performativity of Economics<\/em>, Princeton University Press, Princeton, NJ, pp.311-357.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cairns, S. (2015) Wild city? The migrant settlements of Kampung Tower.&nbsp;<em>Harvard Design Magazine&nbsp;<\/em>41, p. 1-6.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Crutzen, P. J. et Stoermer, E.F. (2000) The Anthropocene.&nbsp;<em>International BiosphereGeosphere Program Newsletter<\/em>, 41(mai), 17-18.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Daly, H. et Farley, J. (2010)&nbsp;<em>Ecological Economics: Principles and Applications<\/em>, Island Press, Washington D.C.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Deleuze, G. et Guattari, F. (1987)&nbsp;<em>A Thousand Plateaus: Capitalism and Schizophrenia,&nbsp;<\/em>traduit par B. Massumi, University of Minnesota Press, Minneapolis &amp; Londres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dumonoski, D. (2009)&nbsp;<em>The End of the Long Summer: Why We Must Remake our Civilization to Survive on a Volatile Planet<\/em>, Crown, New York, NY.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Folke, C. (2006) Resilience: The emergence of a perspective for social\u2013ecological systems analyses.&nbsp;<em>Global environmental change<\/em>,&nbsp;<em>16<\/em>(3), 253-267.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Folke, C., Carpenter, S.R., Walker, B., Scheffer, M., Chapin, T. et Rockstrom, J. (2010) Resilience thinking: integrating resilience, adaptability and transformability.&nbsp;<em>Ecology and Society<\/em>,&nbsp;<em>15<\/em>(4), 20.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fry, T. (2015)&nbsp;<em>City futures in the Age of a Changing Climate<\/em>, Routledge, New York, NY.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fry, T. (n.d.)<a href=\"http:\/\/www.thestudioattheedgeoftheworld.com\/the-sustainment.html\">&nbsp;http:\/\/www.thestudioattheedgeoftheworld.com\/the-sustainment.html&nbsp;<\/a>(consult\u00e9 le 29\/02\/2016).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gibson, K., Cahill, A. et McKay, D. (2010) Rethinking the dynamics of rural transformation: Performing different development pathways in a Philippine municipality. Transactions of the Institute of British Geography, 35(2), 237-255.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gibson, K., Rose, D. et Fincher, R. Eds. (2015)&nbsp;<em>Manifesto for Living in the Anthropocene<\/em>, Punctum Books, New York, NY.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gibson-Graham, J.K. (1996)&nbsp;<em>The End of Capitalism (As We Knew It): A Feminist Critique of Political Economy<\/em>, Blackwell, Oxford, Royaume-Uni.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gibson-Graham, J.K. (2006)&nbsp;<em>A Postcapitalist Politics<\/em>,University of Minnesota Press, Minneapolis, MN.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gibson-Graham, J.K., Cameron, J. et Healy, S. (2013)&nbsp;<em>Take Back the Economy: An Ethical Guide for Transforming Our Communities<\/em>, University of Minnesota Press, Minneapolis, MN.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gibson-Graham, J.K. et Roelvink, G. (2010) An economic ethics for the Anthropocene.&nbsp;<em>Antipode<\/em>, 41(1), 320-346.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gibson-Graham, J.K. et Miller, E. (2015) Economy as ecological livelihood, dans K. Gibson, D. Rose et R. Fincher, (\u00e9d.) :&nbsp;<em>Manifesto for Living in the Anthropocene<\/em>, Punctum Books, New York, NY, pp.7-16.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Haraway, D. (2015) Anthropocene, Capitalocene, Plantationocene, Chuthulucene : making kin.&nbsp;<em>Environmental Humanities<\/em>, 6, 159-165.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Harvey, D. (1985)&nbsp;<em>The Urbanization of Capital<\/em>, Blackwell Publishers, Oxford, Royaume-Uni.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hassler, U. et N. Kohler (2014) The ideal of resilient systems and questions of continuity,&nbsp;<em>Building Research and Information,<\/em>&nbsp;42(2), 158-67.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hill, A. (2013) Growing community food economies in the Philippines. Th\u00e8se de doctorat non publi\u00e9e, Australian National University.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Holling, C.S. (1973) Resilience and Stability of Ecological Systems,&nbsp;<em>Annual Review of Ecology and Systematics,<\/em>&nbsp;4(1), 1-23.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Holling, C.S. (1986) Resilience of ecosystems: Local surprise and global change, in : W.C. Clark et R.E. Munn (\u00e9d.) :&nbsp;<em>Sustainable Development of the Biosphere<\/em>, Cambridge University Press, Cambridge, pp. 292\u2013317.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Holling, C.S. (2001) Understanding the complexity of economic, ecological and social systems.&nbsp;<em>Ecosystems<\/em>,4, 390\u2013405.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hollnagel, E. (2014) Resilience engineering and the built environment,&nbsp;<em>Building Research &amp; Information<\/em>&nbsp;42(2), 221-8.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jacobs, J. (2000)&nbsp;<em>The Nature of Economies<\/em>, Vintage, New York, NY.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Law, J. et Urry, J. (2004) Enacting the social.&nbsp;<em>Economy &amp; Society<\/em>,33(3), 390-410.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lawn, P. (2001)&nbsp;<em>Toward Sustainable Development: An Ecological Economics Approach<\/em>. Lewis Press, Boca Raton, FL.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lyne, I. (2016)&nbsp;<em>Social Enterprise in Cambodia: Practice and Theory<\/em>,th\u00e8se de doctorat non publi\u00e9e, Institute for Culture and Society, Western Sydney University, Sydney, NSW.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Marante, N. (2016) The bamboo bridge.<a href=\"http:\/\/artwatereness.com\/portfolio\/the-bamboo-bridge\/\">&nbsp;http:\/\/artwatereness.com\/portfolio\/the-bamboobridge\/&nbsp;<\/a>(consult\u00e9 le 29\/02\/2016)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Manyena, S., O&rsquo;Brien, G., O&rsquo;Keefe, P. et Rose, J. (2011) Disaster resilience: a bounce back or bounce forward ability?&nbsp;<em>Local Environment<\/em>, 16(5), 417-424.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mitchell, T. (1998) Fixing the economy.&nbsp;<em>Cultural Studies<\/em>, 2(1), 82-101.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mitchell, T. (2008) Repenser l&rsquo;\u00e9conomie.&nbsp;<em>Geoforum<\/em>, 39(3), 1116-1121.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nancy, J.L. (2000)&nbsp;<em>\u00catre singulier pluriel<\/em>, Robert Richardson &amp; Anne O&rsquo;Byrne (trad.). Stanford University Press, Stanford, CA.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plumwood, V. (2009) Nature in the active voice.&nbsp;<em>Australian Humanities Review<\/em>, 46, 113-129.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plumwood, V. (2007) A review of Deborah Bird Rose&rsquo;s&nbsp;<em>Reports from a wild country: Ethics of decolonisation<\/em>.&nbsp;<em>Australian Humanities Review<\/em>, 42, 1\u20134.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Porter, L. et S. Davoudi, (2012) The politics of resilience: A cautionary note.&nbsp;<em>Planning Theory and Practice,&nbsp;<\/em>13(2), 329\u2013333.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rose, D. B. (2004)&nbsp;<em>Reports from a wild country: Ethics of decolonisation<\/em>. UNSW Press, Sydney.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">St. Martin, K., Roelvink, G. et Gibson-Graham, J.K. (2015) Introduction : Introduction: An economic politics for our times, in &nbsp;: G. Roelvink, K. St. Martin et J.K. Gibson-Graham (\u00e9d.) :&nbsp;<em>Making Other Worlds Possible: Performing Diverse Economies<\/em>, University of Minnesota Press, Minneapolis, MN.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Steffan, W., Broadbate, W., Deutsch, L., Gaffney, O. et Ludwig, C. (2015) The trajectory of the Anthropocene: The Great Acceleration.&nbsp;<em>The Anthropocene Review<\/em>,2(1), 81-98.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Stockholm Resilience Centre (2016)<a href=\"http:\/\/www.stockholmresilience.org\/\">&nbsp;http:\/\/www.stockholmresilience.org&nbsp;<\/a>(consult\u00e9 le 26\/5\/2016)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nations Unies, (2014)&nbsp;<em>World Urbanization Prospects.<\/em>&nbsp;Nations Unies, Department of Economic and Social Affairs, Population Division Washington, DC.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vale, L.J. (2014) The politics of resilient cities: whose resilience and whose city?,&nbsp;<em>Building Research &amp; Information<\/em>, 42(2), 191-201.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vale, L.J., Shamsuddin, S., Gray, A. et K. Bertumen, (2014) What affordable housing should afford: Housing for resilient cities,&nbsp;<em>Cityscape: A journal of policy development and research<\/em>&nbsp;16(2), 21-49.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">van der Lugt, P., J. Vogtl\u00e4nder et H. Brezet (2009) Bamboo, a sustainable solution for Western Europe design cases, LCAs and land-use.&nbsp;<em>INBAR (<\/em><em>International Network for Bamboo and Rattan) Technical Report No. 30<\/em>, Delft University of Technology. Consult\u00e9 le 24 janvier&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2013 \u00e0 l&rsquo;adresse&nbsp;: http:\/\/topicosavanzadosencienciasambientales.bligoo.com.co\/media\/users\/10\/523605\/files\/52284\/LCAs_Bamboo_Sustainable_Solution_use.pdf&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Walker, J. et Cooper, M. (2011) G\u00e9n\u00e9alogies de la r\u00e9silience, de l&rsquo;\u00e9cologie des syst\u00e8mes \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie politique de l&rsquo;adaptation aux crises.&nbsp;<em>Security dialogue<\/em>,&nbsp;<em>42<\/em>(2), 143-160.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><sup>i&nbsp;&nbsp;<\/sup>L&rsquo;Anthropoc\u00e8ne est le nom donn\u00e9 \u00e0 la nouvelle \u00e8re g\u00e9ologique qui suit l&rsquo;Holoc\u00e8ne et marque le d\u00e9but de l&rsquo;activit\u00e9 humaine en tant que facteur majeur de transformation des syst\u00e8mes terrestres (Crutzen et Stoermer, 2000 ; Gibson, Rose et Fincher, 2015). Steffan et al. (2015) plaident en faveur d&rsquo;un recentrage du d\u00e9but de l&rsquo;Anthropoc\u00e8ne, qui ne serait plus le d\u00e9but de l&rsquo;industrialisation en 1750, mais 1950, date \u00e0 laquelle \u00ab la grande acc\u00e9l\u00e9ration \u00bb de la croissance \u00e9conomique et de l&rsquo;interf\u00e9rence \u00e9cologique a pris son essor. Le terme \u00ab Anthropoc\u00e8ne \u00bb est de plus en plus contest\u00e9, certains lui pr\u00e9f\u00e9rant \u00ab Capitaloc\u00e8ne \u00bb ou \u00ab Plantationoc\u00e8ne \u00bb (Haraway, 2015). Haraway d\u00e9fend l&rsquo;Anthropoc\u00e8ne comme un \u00e9v\u00e9nement limite, ouvrant ainsi la question de ce qui pourrait \u00e9merger (autre que l&rsquo;h\u00e9sitation) pour caract\u00e9riser l&rsquo;\u00e8re dans laquelle nous entrons (p. 161).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><sup>ii&nbsp;&nbsp;<\/sup>Tel que d\u00e9velopp\u00e9 par Deleuze et Guattari dans&nbsp;<em>Mille plateaux<\/em>. Merci \u00e0 Ethan Miller pour ces id\u00e9es et clarifications (comm. pers. 20\/02\/2016).&nbsp;<sup>iii<\/sup>&nbsp;La tendance \u00e0 reconna\u00eetre \u00ab l&rsquo;\u00e9conomie \u00bb comme une cr\u00e9ation historique et discursive ayant des effets r\u00e9els, plut\u00f4t que comme une cat\u00e9gorie ontologique objective (Mitchell, 1998, 2008 ; Callon, 2007), invite \u00e0 s&rsquo;interroger davantage sur les inclusions et les exclusions qui constituent la connaissance \u00e9conomique moderne.&nbsp;<sup>iv<\/sup>&nbsp;Le Next System Project rassemble des essais sur bon nombre de ces approches \u00e9conomiques alternatives. Voir&nbsp;<a href=\"http:\/\/thenextsystem.org\/new-systems-possibilities-and-proposals\/\">http:\/\/thenextsystem.org\/new-systems-possibilities-and-proposals\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><sup>v<\/sup>&nbsp;La discussion de Jacobs sur le d\u00e9veloppement r\u00e9gional inspir\u00e9 par l&rsquo;\u00e9cologie a \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle des localit\u00e9s ou des quartiers par Gibson, Cahill et McKay (2010).&nbsp;&nbsp;<sup>vi<\/sup>&nbsp;Cette formulation suit celle du philosophe Jean Luc Nancy (2000), mais \u00e9tend sa r\u00e9flexion de l&rsquo;\u00eatre-en-commun des humains \u00e0 ce qui est plus qu&rsquo;humain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><sup>vii<\/sup>&nbsp;D&rsquo;autres questions pr\u00e9occupantes font \u00e9galement l&rsquo;objet de cet apprentissage mutuel, notamment les droits des animaux destin\u00e9s \u00e0 l&rsquo;alimentation, la sant\u00e9 des sols et la gestion des maladies.&nbsp;<sup>viii<\/sup>&nbsp;Mme Sengkeang, une habitante de l&rsquo;\u00eele de Koh Paen, rapporte que le pont est construit chaque ann\u00e9e depuis la chute du r\u00e9gime de Pol Pot il y a 40 ans. M. Kroch Sokheng, \u00e9galement r\u00e9sident de l&rsquo;\u00eele de Koh Paen, se souvient que sa grand-m\u00e8re disait qu&rsquo;il \u00e9tait construit chaque ann\u00e9e depuis sa naissance, ce qui en fait une pratique centenaire. Nous remercions Isaac Lyne et Heng Seanghath d&rsquo;avoir recueilli ces informations et d&rsquo;avoir partag\u00e9 leurs connaissances sur le pont en bambou.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><sup>ix&nbsp;&nbsp;<\/sup>Michelle Bastian soutient que l&rsquo;appr\u00e9ciation d&rsquo;autres temporalit\u00e9s (non lin\u00e9aires) est un \u00e9l\u00e9ment important pour repenser les conceptions occidentales \u00e9troites de l&rsquo;action et permettre \u00e0 la nature d&rsquo;\u00eatre r\u00e9\u00e9crite \u00ab en tant qu&rsquo;acteur cr\u00e9atif puissant \u00bb (2009, p. 116).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><sup>x&nbsp;&nbsp;<\/sup>Nous remercions Stephen Cairns pour les discussions que nous avons eues au fil des ans sur le d\u00e9veloppement de Batam et pour nous avoir donn\u00e9 acc\u00e8s au projet Tropical Town en constante \u00e9volution. Les observations incluses dans cette discussion datent \u00e9galement du travail de terrain men\u00e9 par Katherine Gibson en d\u00e9cembre 2000.&nbsp;&nbsp;<sup>xi<\/sup>&nbsp;Voir le projet Tropical Town&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.fcl.ethz.ch\/project\/tropical-town\/\">http:\/\/www.fcl.ethz.ch\/project\/tropical-town\/.<\/a>&nbsp;Bien que Tropical Town soit similaire au projet de logement progressif tr\u00e8s m\u00e9diatis\u00e9 de l&rsquo;architecte chilien Alejandro Aravena \u00e0 Quinta Monroy (voir Aravena et Iacobelli, 2013 ; Vale et al., 2014), il existe quelques diff\u00e9rences importantes. Par exemple, Tropical Town est explicitement con\u00e7u pour int\u00e9grer diverses fonctions de subsistance dans le quartier r\u00e9sidentiel.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><sup>xii<\/sup>&nbsp;Il s&rsquo;agit d&rsquo;un objectif cl\u00e9 du projet de recherche Discovery \u00ab Renforcer la r\u00e9silience \u00e9conomique en Asie moussonique \u00bb DP150102285 de l&rsquo;Australian Research Council, qui a soutenu les recherches men\u00e9es pour cet article.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>TRADUCTION par Gilles en vrac J.K Gibson-Graham Institute for Culture and SocietyWestern Sydney Universityk.gibson@westernsydney.edu.au Ann Hill Institute for Culture and SocietyWestern Sydney Universitya.hill@westernsydney.edu.au Lisa Law&nbsp; Centre for Tropical Urban and Regional PlanningCollege of Science and EngineeringJames Cook Universitylisa.law@jcu.edu.au TRADUCTION par Gilles en vrac de la version pr\u00e9liminaire (pr\u00e9-publication) de : J.K. Gibson-Graham, A. Hill et &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/economies-dans-les-ecosystemes\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;R\u00e9int\u00e9grer les \u00e9conomies dans les \u00e9cosyst\u00e8mes : renforcer la r\u00e9silience dans les communaut\u00e9s plus qu&rsquo;humaines&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-8137","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack-related-posts":[{"id":8199,"url":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/finances-alternatives\/","url_meta":{"origin":8137,"position":0},"title":"Finance et \u00e9conomie communautaires, alternatives, bior\u00e9gionales","author":"Gilles Beauchamp","date":"26 mai 2025","format":false,"excerpt":"Une page pour rassembler les sources et documents utiles \u00e0 ma r\u00e9flexion. 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