{"id":8188,"date":"2025-05-25T15:59:42","date_gmt":"2025-05-25T19:59:42","guid":{"rendered":"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/?page_id=8188"},"modified":"2025-11-12T10:48:58","modified_gmt":"2025-11-12T15:48:58","slug":"4-planification-democratique","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/4-planification-democratique\/","title":{"rendered":"Br\u00e8ve pr\u00e9sentation de quatre mod\u00e8les de planification \u00e9conomique d\u00e9mocratique"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Auteurs : <a href=\"https:\/\/bristoluniversitypressdigital.com\/search?f_0=author&amp;q_0=Audrey+Laurin-Lamothe\">Audrey Laurin-Lamothe<\/a>, <a href=\"https:\/\/bristoluniversitypressdigital.com\/search?f_0=author&amp;q_0=Fr%C3%A9d%C3%A9ric+Legault\">Fr\u00e9d\u00e9ric Legault<\/a> et <a href=\"https:\/\/bristoluniversitypressdigital.com\/search?f_0=author&amp;q_0=Simon+Tremblay-Pepin\">Simon Tremblay-Pepin<\/a><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"00000000000008660000000000000000_8188\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000008660000000000000000_8188-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-00000000000008660000000000000000_8188-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">Ces m\u00eames auteurs ont publi\u00e9 en 2023 chez Lux \u00c9diteur : <em><a href=\"https:\/\/luxediteur.com\/catalogue\/construire-leconomie-postcapitaliste\/\">Construire l&rsquo;\u00e9conomie postcapitaliste<\/a> <\/em><\/span><br>Traduction de <a href=\"https:\/\/bristoluniversitypressdigital.com\/edcollchap-oa\/book\/9781529235142\/ch001.xml?rskey=T6o3oO&amp;result=10\">A Brief Sketch of Four Models of Democratic Economic Planning<\/a>, <br>Un chapitre de <a href=\"https:\/\/bristoluniversitypressdigital.com\/edcollbook\/book\/9781529235142\/9781529235142.xml\">Creative Construction &#8211; Democratic Planning in the 21st Century and Beyond<\/a>, f\u00e9vrier 2025<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sortir du capitalisme implique de trouver des alternatives souhaitables et fonctionnelles pour le remplacer. Bien que cela puisse sembler \u00e9vident, seules quelques propositions ont \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9es sur la mani\u00e8re dont une soci\u00e9t\u00e9 postcapitaliste pourrait fonctionner. Parmi ces propositions, la planification \u00e9conomique d\u00e9mocratique se distingue par ses tentatives de concilier la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une coordination \u00e0 grande \u00e9chelle et la pr\u00e9servation de l&rsquo;autonomie locale et de l&rsquo;autod\u00e9termination. Notre objectif dans ce texte est de pr\u00e9senter ce que nous consid\u00e9rons comme les quatre principaux mod\u00e8les de fonctionnement afin d&rsquo;en donner un aper\u00e7u rapide \u00e0 un large public. La pr\u00e9sentation concise et structur\u00e9e de ces quatre mod\u00e8les de planification d\u00e9mocratique nous permettra \u00e9galement de les discuter et de les critiquer dans des \u00e9crits ult\u00e9rieurs.<sup>1<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce n&rsquo;est pas un hasard si trois de ces mod\u00e8les ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s au tournant des ann\u00e9es 1990. Cette p\u00e9riode a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par l&rsquo;effondrement du r\u00e9gime sovi\u00e9tique et la fin de la guerre froide. La victoire id\u00e9ologique du capitalisme a priv\u00e9 les pays occidentaux d&rsquo;une grande partie de la l\u00e9gitimit\u00e9 de l&rsquo;option socialiste. Ces mod\u00e8les doivent donc \u00eatre compris comme une r\u00e9ponse \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec de la planification centrale sous les \u00ab socialismes r\u00e9ellement existants \u00bb et de la coordination monopolistique du march\u00e9 sous le capitalisme.<br>Examinons-les rapidement.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>La n\u00e9gociation coordonn\u00e9e de Devine et Adaman<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1988, l&rsquo;\u00e9conomiste anglais Pat Devine a publi\u00e9&nbsp;<em>Democracy and Economic Planning<\/em>, dans lequel il pr\u00e9sentait son mod\u00e8le appel\u00e9 \u00ab coordination n\u00e9goci\u00e9e \u00bb. Plus tard, il a am\u00e9lior\u00e9 et discut\u00e9 son projet dans des articles \u00e9crits avec l&rsquo;\u00e9conomiste turc Fikret Adaman, qui est devenu son principal coauteur sur ce sujet. Deux principes fondamentaux sont institutionnellement inscrits dans la coordination n\u00e9goci\u00e9e. Premi\u00e8rement, elle vise \u00e0 maximiser la participation de toutes les personnes concern\u00e9es par un processus \u00e9conomique donn\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Deuxi\u00e8mement, elle soutient une distinction entre les \u00e9changes marchands et les forces du march\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Participation par la repr\u00e9sentation<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La coordination n\u00e9goci\u00e9e rend possible la participation \u00e0 diff\u00e9rents niveaux de la soci\u00e9t\u00e9, et les d\u00e9cisions \u00e9conomiques importantes doivent \u00eatre prises selon le principe de subsidiarit\u00e9. La subsidiarit\u00e9 permet d&rsquo;utiliser toutes les connaissances des acteurs sociaux afin que ceux qui sont proportionnellement concern\u00e9s par les d\u00e9cisions les prennent en fonction de leurs pr\u00e9f\u00e9rences et de leurs int\u00e9r\u00eats (Devine, 2019, p. 58). Selon Devine, ce principe favorise l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique locale et des circuits de production plus courts, r\u00e9duisant ainsi les dommages \u00e9cologiques (Devine, 2017, p. 43).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Devine conserve l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un gouvernement repr\u00e9sentatif \u00e9lu par le peuple et d&rsquo;un pouvoir l\u00e9gislatif exerc\u00e9 au sein d&rsquo;une assembl\u00e9e repr\u00e9sentative, mais avec des partis politiques v\u00e9ritablement participatifs et un syst\u00e8me \u00e9lectoral beaucoup plus d\u00e9mocratique (Devine, 1988, pp. 189-190, 212-213). L&rsquo;\u00e9quivalent des entreprises, qu&rsquo;il appelle \u00ab unit\u00e9s de production \u00bb, est d\u00e9tenu collectivement. Des repr\u00e9sentants de quatre secteurs si\u00e8gent au sein de l&rsquo;organe d\u00e9cisionnel de chaque unit\u00e9 de production : l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral (commissions de planification nationales, r\u00e9gionales et locales et organes de coordination n\u00e9goci\u00e9s) ; l&rsquo;int\u00e9r\u00eat des consommateurs, des utilisateurs et des fournisseurs (associations de consommateurs, services gouvernementaux et publics, unit\u00e9s de production qui ach\u00e8tent ou vendent \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 de production et autres organes de coordination n\u00e9goci\u00e9s li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 de production) ; l&rsquo;int\u00e9r\u00eat des travailleurs (travailleurs de l&rsquo;unit\u00e9 de production elle-m\u00eame et leurs syndicats) ; et les int\u00e9r\u00eats de la communaut\u00e9 (groupes d&rsquo;int\u00e9r\u00eat et groupes militants) (Devine, 1988, p. 226). Ces repr\u00e9sentants s&rsquo;accordent ensuite sur l&rsquo;utilisation la plus appropri\u00e9e des capacit\u00e9s de production par le biais de n\u00e9gociations, en tenant compte des int\u00e9r\u00eats de chacun. Ces organes directeurs d\u00e9cident de l&rsquo;orientation administrative g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;unit\u00e9 de production, tandis que les travailleurs organisent les op\u00e9rations quotidiennes par le biais de l&rsquo;autogestion (Devine, 1988, pp. 227-228).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur les questions \u00e9conomiques, l&rsquo;assembl\u00e9e repr\u00e9sentative re\u00e7oit une s\u00e9rie de plans nationaux \u00e9labor\u00e9s par une commission de planification. Ces plans nationaux \u00e9tablissent les priorit\u00e9s nationales en mati\u00e8re d&rsquo;investissement, les ressources (y compris l&rsquo;argent, les biens et les services) offertes gratuitement \u00e0 ceux qui ne travaillent pas (les jeunes, les malades, les personnes \u00e2g\u00e9es), les \u00ab prix des intrants primaires \u00bb (salaires, \u00e9nergie, ressources naturelles), les moyens et les niveaux de \u00ab taxation \u00bb et les services publics offerts par les \u00ab organismes sociaux \u00bb du gouvernement directement aux m\u00e9nages (Devine, 1988, p. 193).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une chambre d&rsquo;int\u00e9r\u00eats \u2013 un groupe de personnes repr\u00e9sentant diff\u00e9rents secteurs, causes et int\u00e9r\u00eats de la soci\u00e9t\u00e9 \u2013 examine d&rsquo;abord ces plans et pr\u00e9sente \u00e0 l&rsquo;assembl\u00e9e repr\u00e9sentative un rapport sur les \u00e9l\u00e9ments avec lesquels la soci\u00e9t\u00e9 civile est d&rsquo;accord ou en d\u00e9saccord. Apr\u00e8s un large d\u00e9bat public, l&rsquo;assembl\u00e9e repr\u00e9sentative s\u00e9lectionne et adopte un plan unique. Les unit\u00e9s de production offrent leurs biens et services sur le march\u00e9 \u00e0 un prix \u00e9gal au co\u00fbt de production, qui est la somme des intrants primaires et interm\u00e9diaires (approvisionnement, infrastructures, pi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9es, r\u00e9parations, etc.) (Devine, 1988, pp. 197-203). Ce prix ne varie pas directement en fonction de la demande, mais seulement indirectement \u00ab lorsque les rendements d&rsquo;\u00e9chelle sont variables plut\u00f4t que constants \u00bb (Devine 1988, p. 243).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;autogestion, les travailleurs auront, au cours de leur vie professionnelle, la possibilit\u00e9 d&rsquo;effectuer diverses t\u00e2ches non qualifi\u00e9es et r\u00e9p\u00e9titives, qualifi\u00e9es, \u00e9ducatives, cr\u00e9atives et li\u00e9es \u00e0 la planification et \u00e0 la gestion organisationnelles. Selon Devine, cette r\u00e9partition r\u00e9duira consid\u00e9rablement les in\u00e9galit\u00e9s dans la division sociale du travail (Devine, 1988, pp. 174-179). Un aspect central de la planification \u00e9conomique d\u00e9mocratique est que les travailleurs contr\u00f4lent leur propre activit\u00e9 et l&rsquo;orientation g\u00e9n\u00e9rale de la soci\u00e9t\u00e9. En d&rsquo;autres termes, la formalisation d&rsquo;une rotation des t\u00e2ches implique une redistribution du pouvoir d\u00e9cisionnel aux travailleurs, qui \u00e9tait auparavant d\u00e9tenu par l&rsquo;\u00e9lite \u00e9conomique et politique dans les syst\u00e8mes pr\u00e9c\u00e9dents, qu&rsquo;ils soient capitalistes ou centralis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00c9changes marchands et forces du march\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien que les unit\u00e9s de production soient autog\u00e9r\u00e9es, leur pouvoir d\u00e9cisionnel est limit\u00e9 \u00e0 la capacit\u00e9 de leurs infrastructures existantes. Elles ne peuvent pas choisir d&rsquo;investir dans de nouveaux actifs ou de fermer des installations de leur propre chef. C&rsquo;est l\u00e0 que r\u00e9side la diff\u00e9rence entre les \u00e9changes marchands et les forces du march\u00e9, un \u00e9l\u00e9ment central du processus de coordination n\u00e9goci\u00e9e. Les \u00e9changes marchands permettent aux consommateurs et aux entrepreneurs de transmettre des informations pr\u00e9cieuses (c&rsquo;est-\u00e0-dire leurs pr\u00e9f\u00e9rences) par le biais de la vente et de l&rsquo;achat \u00e0 des prix donn\u00e9s. La coordination n\u00e9goci\u00e9e inclut les \u00e9changes marchands, et la production quotidienne peut s&rsquo;adapter aux signaux du march\u00e9. Cependant, la coordination n\u00e9goci\u00e9e rejette ce que Devine appelle les forces du march\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire les choix d&rsquo;investissement qui suivent la logique de l&rsquo;accumulation de valeur. Dans la coordination n\u00e9goci\u00e9e, la classe capitaliste ne prend pas de d\u00e9cisions d&rsquo;investissement dans le cadre d&rsquo;un processus atomis\u00e9 et coordonn\u00e9 a posteriori visant \u00e0 maximiser les profits. Au contraire, les propri\u00e9taires sociaux (toutes les parties concern\u00e9es) prennent des d\u00e9cisions d&rsquo;investissement dans le cadre d&rsquo;un processus de coordination n\u00e9goci\u00e9 a priori visant \u00e0 atteindre des objectifs sociaux d\u00e9cid\u00e9s collectivement (Devine, 1988, p. 236).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En effet, lorsque des unit\u00e9s de production autog\u00e9r\u00e9es et collectivement d\u00e9tenues souhaitent modifier leur capacit\u00e9 de production (par exemple, construire une nouvelle installation ou investir dans le d\u00e9veloppement de nouvelles technologies), une demande doit \u00eatre formul\u00e9e pour le prochain cycle de planification. Dans le processus d&rsquo;allocation qui suit, l&rsquo;organe de coordination n\u00e9goci\u00e9e examine et approuve ces demandes \u00e0 la lumi\u00e8re de ce que font les autres unit\u00e9s de production. Toutes les personnes concern\u00e9es par le secteur envoient un repr\u00e9sentant \u00e0 l&rsquo;organe de coordination n\u00e9goci\u00e9e : les unit\u00e9s de production de l&rsquo;industrie, bien s\u00fbr, mais aussi les fournisseurs, les consommateurs, le gouvernement et les groupes d&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Sur la base des projections de la commission nationale de planification et des priorit\u00e9s nationales de l&rsquo;assembl\u00e9e repr\u00e9sentative, l&rsquo;organe de coordination n\u00e9goci\u00e9e s&rsquo;efforce de d\u00e9terminer les meilleurs investissements pour son secteur apr\u00e8s avoir examin\u00e9 les demandes des diff\u00e9rentes unit\u00e9s de production (Devine, 1988, pp. 237-238).<br>Pour Devine et Adaman, la mani\u00e8re dont la coordination n\u00e9goci\u00e9e utilise les connaissances pour impliquer les travailleurs et toutes les autres parties de la soci\u00e9t\u00e9 concern\u00e9es par le processus de planification est essentielle. Elle leur permet de r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;argument autrichien sur les connaissances tacites dans le d\u00e9bat sur le calcul socialiste.<sup>2<\/sup> Les connaissances tacites sont une forme de connaissances pratiques, locales et non transmissibles sous forme d&rsquo;informations quantitatives. En termes simples, les connaissances tacites proviennent du fait que \u00ab nous savons plus que nous ne pouvons dire \u00bb (Polanyi, 2009, p. 4). L&rsquo;argument autrichien (Hayek, 1945) affirme que ceux qui soutiennent que les d\u00e9cisions \u00e9conomiques doivent \u00eatre prises par ceux qui d\u00e9tiennent les connaissances locales et que la planification centrale n&rsquo;a pas acc\u00e8s \u00e0 ces connaissances et sera donc toujours inefficace. Pour Devine et Adaman (1996), le fait d&rsquo;impliquer les repr\u00e9sentants des personnes concern\u00e9es par les choix \u00e9conomiques dans le processus de d\u00e9cision en mati\u00e8re d&rsquo;investissement (organe de coordination n\u00e9goci\u00e9) et dans la gestion quotidienne (organes de gouvernance) permet de r\u00e9int\u00e9grer leurs connaissances tacites dans le processus d\u00e9cisionnel sans avoir \u00e0 les transformer en informations quantitatives qui sont ensuite transmises \u00e0 un bureau de planification central.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme mentionn\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, dans le mod\u00e8le de coordination n\u00e9goci\u00e9e, les moyens de production sont d\u00e9tenus collectivement, \u00e0 l&rsquo;exception des initiatives \u00e0 tr\u00e8s petite \u00e9chelle qui peuvent \u00eatre priv\u00e9es. Cependant, Devine propose de les collectiviser d\u00e8s qu&rsquo;elles se d\u00e9veloppent (Devine, 1988, pp. 112-130). La soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble est donc propri\u00e9taire des moyens de production et les pr\u00eate aux unit\u00e9s de production. Ces derni\u00e8res doivent utiliser ces moyens de mani\u00e8re efficace. Ainsi, l&rsquo;assembl\u00e9e repr\u00e9sentative, aid\u00e9e par la commission de planification, fixe un taux de rendement que l&rsquo;utilisation des infrastructures doit g\u00e9n\u00e9rer et transf\u00e9rer au gouvernement. Les unit\u00e9s de production doivent atteindre le taux de rendement fix\u00e9 ou justifier qu&rsquo;elles doivent \u00eatre \u00ab subventionn\u00e9es \u00bb par le reste de l&rsquo;\u00e9conomie. Afin de donner la priorit\u00e9 \u00e0 la meilleure utilisation des ressources, le taux de rendement guide \u00e9galement les organes de coordination n\u00e9goci\u00e9e lorsqu&rsquo;ils d\u00e9cident dans quelle unit\u00e9 de production investir. Le taux de rendement peut varier d&rsquo;une unit\u00e9 de production \u00e0 l&rsquo;autre pour trois raisons : (1) des raisons relevant du contr\u00f4le de l&rsquo;unit\u00e9 de production (telles que les salaires, les prix, les conditions de travail et l&rsquo;organisation du travail) ; (2) des raisons ind\u00e9pendantes de la volont\u00e9 de l&rsquo;unit\u00e9 de production (telles que la localisation et la mode) ; ou (3) des raisons li\u00e9es \u00e0 la situation macro\u00e9conomique qui concerne l&rsquo;ensemble d&rsquo;une branche de production (telles que la baisse ou l&rsquo;augmentation de la demande pour ce type de produit, des changements technologiques ou sociaux importants) (Devine, 1988, pp. 245-248).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il n&rsquo;est pas certain que le processus de n\u00e9gociation au c\u0153ur du mod\u00e8le aboutisse \u00e0 chaque fois. Pat Devine insiste sur ce point : avec le temps, les gens apprendront \u00e0 prendre des d\u00e9cisions \u00e9conomiques judicieuses, car l&rsquo;\u00e9chec aura des r\u00e9percussions sur leur vie. Les r\u00e9percussions pourraient inclure l&rsquo;inflation, la fermeture d&rsquo;une unit\u00e9 de production ou l&rsquo;\u00e9puisement de ressources sp\u00e9cifiques au niveau local (Devine, 1988, pp. 201, 270-272). Ces cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses sont similaires \u00e0 celles rencontr\u00e9es dans le capitalisme. Cependant, la coordination n\u00e9goci\u00e9e garantirait que tous les individus prennent conscience des r\u00e9sultats de leurs d\u00e9cisions \u00e9conomiques et en assument la responsabilit\u00e9. Devine affirme qu&rsquo;\u00e0 long terme, les gens changeraient leur fa\u00e7on d&rsquo;agir en cons\u00e9quence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les travaux r\u00e9cents des partisans de la coordination n\u00e9goci\u00e9e se concentrent sur la mani\u00e8re dont ce mod\u00e8le tiendrait compte des consid\u00e9rations \u00e9cologiques (Adaman, Devine et Ozkaynak, 2003 ; Adaman et Devine, 2017 ; Devine, 2017). Pour les auteurs, les institutions de coordination n\u00e9goci\u00e9e r\u00e9int\u00e8grent l&rsquo;\u00e9conomie dans la soci\u00e9t\u00e9 et la nature. Ils rendent le processus \u00e9conomique plus conscient de lui-m\u00eame et soumis \u00e0 divers points de vue, y compris ceux qui d\u00e9fendent l&rsquo;environnement (Adaman, Devine et Ozkaynak, 2003, pp. 270-271 ; Devine, 2017, pp. 45-47). La coordination collective ex ante des investissements majeurs lierait alors l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique aux besoins humains plut\u00f4t qu&rsquo;aux profits. D&rsquo;un point de vue \u00e9cologique, c&rsquo;est l\u00e0 que r\u00e9side le principal avantage d&rsquo;une \u00e9conomie planifi\u00e9e d\u00e9mocratiquement par rapport au capitalisme. \u00c9tant donn\u00e9 que les investissements importants seront planifi\u00e9s d\u00e9mocratiquement, la concurrence et les incitations \u00e0 la croissance seront vraisemblablement inop\u00e9rantes, ce qui all\u00e9gerait consid\u00e9rablement la pression sur les travailleurs et les \u00e9cosyst\u00e8mes. Par cons\u00e9quent, selon Devine et Adaman, la coordination n\u00e9goci\u00e9e est bien adapt\u00e9e pour r\u00e9pondre aux pr\u00e9occupations \u00e9cologiques actuelles sans n\u00e9cessiter de changements institutionnels majeurs. Le mod\u00e8le de Devine et Adaman est illustr\u00e9 \u00e0 la figure 1.1. <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/001-1200x597.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"597\" src=\"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/001-1200x597.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-8190\" srcset=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/001-1200x597.jpg 1200w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/001-744x370.jpg 744w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/001-420x209.jpg 420w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/001-768x382.jpg 768w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/001-1536x764.jpg 1536w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/001-2048x1018.jpg 2048w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/001-1320x656.jpg 1320w\" sizes=\"auto, (max-width: 706px) 89vw, (max-width: 767px) 82vw, 740px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019\u00e9conomie participative d&rsquo;Albert et Hahnel<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Trois ans apr\u00e8s la publication du livre de Pat Devine sur la coordination n\u00e9goci\u00e9e, aux \u00c9tats-Unis, l&rsquo;activiste Michael Albert et l&rsquo;\u00e9conomiste Robin Hahnel ont publi\u00e9 deux ouvrages exposant les concepts fondamentaux de l&rsquo;\u00e9conomie participative : l&rsquo;un destin\u00e9 aux universitaires (1991a) et l&rsquo;autre \u00e0 un public plus large (1991b). Alors que la participation par la repr\u00e9sentation est au c\u0153ur du mod\u00e8le de Devine et Adaman, Albert et Hahnel se concentrent sur une forme plus directement d\u00e9mocratique de participation \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Processus de planification it\u00e9ratif<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l&rsquo;\u00e9conomie participative, tous les lieux de travail sont g\u00e9r\u00e9s par des conseils de travailleurs. Contrairement \u00e0 ce que propose la coordination n\u00e9goci\u00e9e, seuls les travailleurs ont le droit de vote dans ces conseils, mais tous le font directement au niveau local, sans passer par des repr\u00e9sentants (Albert et Hahnel, 1991a, pp. 23-24). Bien que l&rsquo;unit\u00e9 de production de base dans l&rsquo;\u00e9conomie participative soit le lieu de travail, d&rsquo;autres espaces d\u00e9mocratiques forment des cercles concentriques autour et \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de celui-ci. Tous les bureaux ou ateliers sont regroup\u00e9s dans un lieu de travail ; chaque lieu de travail fait partie d&rsquo;une f\u00e9d\u00e9ration qui regroupe les lieux de travail en fonction de ce qu&rsquo;ils produisent (Albert et Hahnel, 1991b, p. 21). Chacun de ces niveaux est organis\u00e9 selon une d\u00e9mocratie directe bas\u00e9e sur des conseils.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;\u00e9conomie participative repose \u00e9galement sur des conseils de consommateurs, organis\u00e9s de mani\u00e8re similaire en cercles concentriques qui vont des m\u00e9nages aux grandes entit\u00e9s telles qu&rsquo;un pays. Les pairs d&rsquo;autres conseils examinent les demandes les uns des autres et d\u00e9cident si l&rsquo;instance inf\u00e9rieure prend des d\u00e9cisions de consommation qui affectent d&rsquo;autres conseils et doivent donc \u00eatre trait\u00e9es \u00e0 un niveau sup\u00e9rieur : \u00ab La couleur de mes sous-v\u00eatements ne concerne que moi et mes proches les plus intimes. Les arbustes de mon quartier concernent tous ceux qui vivent dans le quartier\u2026 La fr\u00e9quence et la ponctualit\u00e9 des bus et des m\u00e9tros affectent tous les habitants d&rsquo;une ville. Le traitement des d\u00e9chets concerne tous les \u00c9tats d&rsquo;un grand bassin versant \u00bb (Albert et Hahnel, 1991a, pp. 40-41). L&rsquo;id\u00e9e est simple : ceux qui sont concern\u00e9s par une d\u00e9cision d\u00e9mocratique doivent y participer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces deux ensembles de conseils (des travailleurs et des consommateurs) sont au c\u0153ur du processus de planification qu&rsquo;Albert et Hahnel appellent \u00ab planification participative \u00bb (Albert et Hahnel, 1991a, pp. 57-71 ; 1992 ; Albert, 2003, pp. 219-227 ; Hahnel, 2005, pp. 193-194 ; Hahnel, 2012, pp. 89-104). Les comit\u00e9s de facilitation de l&rsquo;it\u00e9ration (IFB) soutiennent le travail des conseils. Ces comit\u00e9s sont des lieux de travail charg\u00e9s de produire des analyses \u00e9conomiques et des prix indicatifs bas\u00e9s sur les souhaits des travailleurs et des consommateurs, les r\u00e9sultats des ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes et l&rsquo;\u00e9norme quantit\u00e9 de donn\u00e9es partag\u00e9es au cours du processus de planification. Apr\u00e8s avoir re\u00e7u les prix et les informations de l&rsquo;IFB, chaque conseil r\u00e9dige une proposition de consommation ou de production. Chaque acteur modifie sa proposition par it\u00e9rations jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;une proposition finale soit atteinte, sans exc\u00e9dent ni d\u00e9ficit de biens ou de services.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Examinons de plus pr\u00e8s ce processus it\u00e9ratif. Les IFB lancent le processus en publiant des informations : les statistiques de production de l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, associ\u00e9es au co\u00fbt social actuel de tous les biens et services (les \u00ab prix indicatifs \u00bb sont similaires aux co\u00fbts de production dans le mod\u00e8le de Devine, mais sont directement influenc\u00e9s par l&rsquo;offre et la demande), les co\u00fbts de main-d&rsquo;\u0153uvre et des informations qualitatives sur les biens et services. Tous les acteurs ont acc\u00e8s \u00e0 ces informations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les IFB envoient ensuite leurs pr\u00e9visions d\u00e9mographiques, technologiques et \u00e9conomiques. En tenant compte de tous ces facteurs, chaque conseil d\u00e9cide des modifications qu&rsquo;il souhaite apporter \u00e0 ses propositions de l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente : veut-il produire ou consommer plus ou moins ? Veut-il le faire diff\u00e9remment ? Quelles sont les cons\u00e9quences de ces changements sur ses intrants et ses extrants ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ils envoient ensuite leur premi\u00e8re proposition au niveau f\u00e9d\u00e9ratif sup\u00e9rieur, en fournissant des informations quantitatives et qualitatives sur leurs choix. Ces propositions sont g\u00e9n\u00e9rales et n&rsquo;entrent pas dans les d\u00e9tails des options ; il s&rsquo;agit de cat\u00e9gories g\u00e9n\u00e9rales (par exemple, quatre v\u00eatements plut\u00f4t qu&rsquo;un jean bleu, deux pulls et une veste). Les pr\u00e9f\u00e9rences personnelles statistiquement pr\u00e9visibles sont laiss\u00e9es \u00e0 l&rsquo;appr\u00e9ciation des conseils et des f\u00e9d\u00e9rations, aid\u00e9s par les donn\u00e9es des IFB. C&rsquo;est toujours un comit\u00e9 de pairs qui approuve les propositions de ceux qui les font. Les m\u00e9nages qui composent un conseil de quartier approuvent mutuellement leurs propositions de consommation. Un conseil de quartier re\u00e7oit l&rsquo;approbation des autres conseils de quartier. Cela continue ainsi jusqu&rsquo;aux cercles les plus larges, et il en va de m\u00eame pour la production. Le crit\u00e8re d&rsquo;approbation d&rsquo;une proposition de consommation est qu&rsquo;elle ne doit pas d\u00e9passer les droits de consommation acquis par le travail. Suivant la m\u00eame logique, les propositions de production sont approuv\u00e9es si le niveau des avantages sociaux produits par leurs r\u00e9sultats est \u00e9gal ou sup\u00e9rieur aux co\u00fbts sociaux des intrants qu&rsquo;elles pr\u00e9voient d&rsquo;utiliser (Hahnel, 2012, pp. 91-96).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une fois toutes les propositions approuv\u00e9es, les IFB ajustent les prix indicatifs en fonction de l&rsquo;offre et de la demande exc\u00e9dentaires de biens et services. Un nouveau cycle commence avec ces nouvelles donn\u00e9es : les conseils peuvent \u00e9laborer des plans pour tenir compte de ces nouveaux prix. L&rsquo;it\u00e9ration se poursuit jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;aucun bien ou service de l&rsquo;\u00e9conomie ne soit en exc\u00e8s d&rsquo;offre ou en exc\u00e8s de demande. Selon les auteurs, ce processus peut \u00eatre grandement simplifi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;ordinateurs. Albert et Hahnel affirment \u00e9galement que ce processus d&rsquo;allocation peut conduire \u00e0 un r\u00e9sultat optimal au sens de Pareto<sup>3<\/sup> (Albert et Hahnel, 1991a, pp. 73-106).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9mun\u00e9ration des travailleurs<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme nous l&rsquo;avons vu, la principale contrainte impos\u00e9e aux conseils de consommateurs est la r\u00e9mun\u00e9ration des travailleurs. Les consommateurs ne peuvent obtenir que la quantit\u00e9 de produits \u00e9quivalente \u00e0 l&rsquo;effort et au sacrifice qu&rsquo;ils fournissent par leur travail. L&rsquo;\u00e9conomie participative propose un m\u00e9canisme d\u00e9centralis\u00e9 de r\u00e9mun\u00e9ration bas\u00e9 sur le principe que la r\u00e9mun\u00e9ration est \u00e9gale \u00e0 l&rsquo;effort et au sacrifice. Si nous appliquons cette \u00ab maxime distributive \u00bb au monde actuel, ceux qui ont les emplois les plus p\u00e9nibles et les plus fatigants auraient droit \u00e0 une r\u00e9mun\u00e9ration plus \u00e9lev\u00e9e. \u00c0 l&rsquo;inverse, les emplois les plus passionnants et les moins exigeants seraient moins bien r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s. Ce syst\u00e8me de r\u00e9mun\u00e9ration est \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 de ce que connaissent aujourd&rsquo;hui la plupart des gens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comment cela fonctionne-t-il dans l&rsquo;\u00e9conomie participative ? Gr\u00e2ce \u00e0 ce que les auteurs appellent des \u00ab complexes d&#8217;emplois \u00e9quilibr\u00e9s \u00bb. Cette proposition diff\u00e8re \u00e0 la fois consid\u00e9rablement et tr\u00e8s peu de l&rsquo;organisation actuelle du travail. Elle diff\u00e8re beaucoup parce que son point de d\u00e9part est que chacun devrait avoir un ensemble de t\u00e2ches pr\u00e9sentant le meilleur \u00e9quilibre possible entre elles. Elle diff\u00e8re tr\u00e8s peu parce que ce que nous appelons un \u00ab emploi \u00bb est en fait un m\u00e9lange de t\u00e2ches dont l&rsquo;ensemble est simplement le r\u00e9sultat d&rsquo;autres motivations que l&rsquo;\u00e9quilibre entre l&rsquo;effort et le sacrifice. Avec des complexes d&#8217;emplois \u00e9quilibr\u00e9s, les t\u00e2ches qui favorisent le mieux le d\u00e9veloppement de l&rsquo;individu seront compens\u00e9es par d&rsquo;autres qui le favorisent moins.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les lieux de travail peuvent r\u00e9partir les t\u00e2ches comme ils le souhaitent, car ce sont des espaces d\u00e9mocratiques. Cependant, Michael Albert propose un moyen relativement simple de d\u00e9terminer la \u00ab valeur de sacrifice \u00bb de chaque t\u00e2che. Chaque travailleur pourrait noter chaque t\u00e2che existante dans cet environnement sur une \u00e9chelle de 1 \u00e0 20. Le conseil d&rsquo;entreprise rassemblerait ensuite toutes les notes et d\u00e9terminerait une moyenne pour chaque t\u00e2che. Les t\u00e2ches seraient ensuite r\u00e9parties entre les travailleurs en fonction de leurs pr\u00e9f\u00e9rences et de leurs comp\u00e9tences afin de se rapprocher le plus possible de la moyenne du lieu de travail (Albert, 2003, pp. 105-106).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quel est le lien avec le processus de planification ? L&rsquo;ensemble de la soci\u00e9t\u00e9 fixe la note moyenne de sacrifice pour chaque branche industrielle par le biais de comit\u00e9s d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s pour chaque industrie. Elle fixe \u00e9galement une moyenne g\u00e9n\u00e9rale pour l&rsquo;ensemble de l&rsquo;\u00e9conomie. Cette moyenne g\u00e9n\u00e9rale sert de norme de mesure pour la r\u00e9mun\u00e9ration : fournir moins d&rsquo;efforts que la moyenne signifie \u00eatre moins bien pay\u00e9, et inversement. Si les travailleurs sont loin de la moyenne, ils sont encourag\u00e9s \u00e0 travailler dans plusieurs lieux de travail afin d&rsquo;atteindre un \u00e9quilibre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, lorsque les conseils des travailleurs d\u00e9cident de leurs choix de production, cela a un impact direct sur leur r\u00e9mun\u00e9ration et leur capacit\u00e9 de consommation. De m\u00eame, une hausse des prix affecte la capacit\u00e9 des conseils de consommation. En \u00ab obligeant \u00bb les acteurs \u00e0 trouver un \u00e9quilibre entre ce qu&rsquo;ils veulent et ce que veulent les autres (exprim\u00e9 par les moyennes des prix et des r\u00e9mun\u00e9rations), \u00ab cette proc\u00e9dure \u00ab r\u00e9duit \u00bb les propositions trop ambitieuses [\u2026] sur ce qu&rsquo;ils aimeraient faire \u00e0 un plan \u00ab r\u00e9alisable \u00bb o\u00f9 tout ce que quelqu&rsquo;un s&rsquo;attend \u00e0 pouvoir utiliser sera effectivement disponible \u00bb (Hahnel, 2012, pp. 94-95).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, Robin Hahnel a propos\u00e9 deux \u00e9volutions du mod\u00e8le. Tout d&rsquo;abord, il a d\u00e9velopp\u00e9 ce qu&rsquo;il appelle \u00ab un m\u00e9canisme de r\u00e9v\u00e9lation des dommages caus\u00e9s par la pollution \u00bb, qui donne \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie participative la possibilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9valuer les dommages caus\u00e9s par la pollution \u00e0 diff\u00e9rentes communaut\u00e9s et d&rsquo;int\u00e9grer ces dommages dans les prix indicatifs des biens sous la forme d&rsquo;une taxe pigouvienne (Hahnel, 2005, pp. 198-203 ; 2012, pp. 123-132 ; 2017 ; 2021, pp. 138-148). Il a \u00e9galement travaill\u00e9 sur la planification des investissements et du d\u00e9veloppement afin de proposer un fonctionnement \u00e0 long terme de la planification participative et d&rsquo;\u00e9tudier les interactions entre ces plans \u00e0 long terme et la proc\u00e9dure de planification annuelle (Hahnel, 2005, pp. 203-207 ; 2012, pp. 115-122 ; 2021, pp. 253-282 ; Hahnel et Kerkhoff, 2020). Il a \u00e9galement travaill\u00e9 r\u00e9cemment sur l&rsquo;organisation et la r\u00e9mun\u00e9ration du travail reproductif dans une \u00e9conomie planifi\u00e9e d\u00e9mocratiquement (Hahnel, 2021, pp. 195-207 ; voir \u00e9galement Bohmer, Chowdhury et Hahnel, 2020). Le mod\u00e8le d&rsquo;Albert et Hahnel est illustr\u00e9 \u00e0 la figure 1.2.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/002-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"591\" src=\"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/002-1200x591.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-8191\" srcset=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/002-1200x591.jpg 1200w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/002-744x367.jpg 744w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/002-420x207.jpg 420w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/002-768x378.jpg 768w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/002-1536x757.jpg 1536w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/002-2048x1009.jpg 2048w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/002-1320x650.jpg 1320w\" sizes=\"auto, (max-width: 706px) 89vw, (max-width: 767px) 82vw, 740px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La planification centrale informatis\u00e9e de Cockshott et Cottrell<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1993, l&rsquo;\u00e9conomiste et informaticien Paul Cockshott et l&rsquo;\u00e9conomiste Allin Cottrell ont publi\u00e9 Towards a New Socialism (Vers un nouveau socialisme). Cet ouvrage r\u00e9sume leurs publications pr\u00e9c\u00e9dentes, \u00e9crites s\u00e9par\u00e9ment ou en collaboration, sur l&rsquo;effet des progr\u00e8s de l&rsquo;informatique sur les arguments avanc\u00e9s dans le d\u00e9bat sur le calcul socialiste. Au lieu d&rsquo;opter pour une forme d\u00e9centralis\u00e9e de planification comme les deux mod\u00e8les que nous venons d&rsquo;\u00e9voquer, ils affirment qu&rsquo;une forme centralis\u00e9e mais informatis\u00e9e de planification est non seulement possible, mais qu&rsquo;elle constitue une meilleure option que la d\u00e9centralisation marchande ou non marchande.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un bureau de planification centralis\u00e9<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au c\u0153ur du mod\u00e8le de Cockshott et Cottrell se trouve une institution : un bureau de planification centralis\u00e9 qu&rsquo;ils appellent souvent simplement \u00ab planification \u00bb. Ce bureau est charg\u00e9 d&rsquo;\u00e9laborer diff\u00e9rents types de plans : des plans macro\u00e9conomiques, des plans strat\u00e9giques et des plans d\u00e9taill\u00e9s (Cockshott et Cottrell, 1993, pp. 58-59).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les plans macro\u00e9conomiques visent \u00e0 \u00e9quilibrer les grandes mesures \u00e9conomiques : niveaux d&rsquo;imposition, d&rsquo;\u00e9pargne et d&rsquo;investissement pour l&rsquo;ensemble de l&rsquo;\u00e9conomie (Cockshott et Cottrell, 1993, pp. 89-102). Les plans strat\u00e9giques indiquent la direction que doit prendre l&rsquo;\u00e9conomie \u00e0 court, moyen et long terme : quelle partie de la structure industrielle voulons-nous d\u00e9velopper, laquelle voulons-nous laisser de c\u00f4t\u00e9, comment voulons-nous nous adapter aux nouvelles r\u00e9alit\u00e9s environnementales ou, par exemple, d\u00e9mographiques ; dans quelle mesure voulons-nous voir notre temps de travail augmenter ou diminuer (Cockshott et Cottrell, 1993, pp. 61-72). Les plans d\u00e9taill\u00e9s permettent de concr\u00e9tiser les plans macro\u00e9conomiques et strat\u00e9giques pour une ann\u00e9e donn\u00e9e, apr\u00e8s avoir pris en compte les ressources disponibles (Cockshott et Cottrell, 1993, pp. 73-88).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les planificateurs utilisent deux outils essentiels pour pr\u00e9parer ces plans : premi\u00e8rement, un r\u00e9seau d&rsquo;ordinateurs comprenant au moins un poste dans chaque lieu de travail, o\u00f9 \u00ab un tableau local r\u00e9pertoriant les capacit\u00e9s de production et les besoins en mati\u00e8res premi\u00e8res \u00bb (Cockshott et Cottrell, 2008, p. 12) est mise \u00e0 jour en permanence et automatiquement ; ensuite, des superordinateurs qui int\u00e8grent ces informations dans un algorithme con\u00e7u pour r\u00e9partir les mati\u00e8res premi\u00e8res et la main-d&rsquo;\u0153uvre en fonction d&rsquo;un ensemble de r\u00e9sultats souhait\u00e9s pour l&rsquo;ensemble de l&rsquo;\u00e9conomie (Cockshott, 1990 ; Cockshott et Cottrell, 1993, pp. 81-86). Gr\u00e2ce \u00e0 ces outils, la planification peut concevoir divers plans macro\u00e9conomiques, strat\u00e9giques et d\u00e9taill\u00e9s avec diff\u00e9rents r\u00e9sultats de production totale et diff\u00e9rentes charges de travail. Ces plans sont ensuite soumis \u00e0 un processus politique \u2013 sur lequel nous reviendrons \u2013 pour \u00eatre approuv\u00e9s ou rejet\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;unit\u00e9 de base de ces plans est le temps de travail. Cockshott et Cottrell soutiennent que la th\u00e9orie de la valeur travail est une proposition \u00e9conomique solide sur laquelle fonder le processus de planification (Cockshott et Cottrell, 1989 ; 1993, pp. 41-52 ; 1997). Les auteurs ont apport\u00e9 des r\u00e9ponses \u00e0 une s\u00e9rie d&rsquo;objections classiques \u00e0 la th\u00e9orie de la valeur-travail, par exemple la complexit\u00e9 de la prise en compte du travail qualifi\u00e9 (Cockshott et Cottrell, 1993, pp. 34-36), l&rsquo;int\u00e9gration de la valeur du temps par le biais d&rsquo;un taux d&rsquo;actualisation (pp. 67-69) ou l&rsquo;inclusion de la valeur des ressources naturelles (pp. 64-67). Le bureau de planification a donc acc\u00e8s \u00e0 une valeur pour chaque bien en termes de temps de travail. Pour former un prix d&rsquo;\u00e9quilibre pour chaque bien, il ajoute un multiplicateur bas\u00e9 sur le rapport entre la demande du bien et sa valeur en temps de travail (Cockshott et Cottrell 1997, pp. 347-348).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une fois adopt\u00e9s, les plans sont mis en \u0153uvre par des \u00ab projets \u00bb dans le cadre desquels les personnes travaillent \u00e0 la cr\u00e9ation des biens ou services pr\u00e9vus. Ces projets ne sont pas des entreprises, car ils n&rsquo;auraient pas le droit \u00e9conomique de \u00ab poss\u00e9der \u00bb des moyens de production ou des ressources sp\u00e9cifiques, ni de \u00ab payer \u00bb des travailleurs pour effectuer un travail. Au lieu de cela, ils se voient attribuer un certain temps de travail par les travailleurs et utilisent des infrastructures et des ressources sp\u00e9cifiques dans le cadre de la planification.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce bureau central poss\u00e8de tous les moyens de production, et chaque ressource naturelle int\u00e8gre tous les projets \u00ab comme [\u2026] une entreprise capitaliste [int\u00e8gre] les activit\u00e9s individuelles qu&rsquo;elle peut mener [\u2026] les projets sont des entit\u00e9s manag\u00e9riales ou administratives plut\u00f4t que juridiques \u00bb (Cockshott et Cottrell, 1993, p. 179). Les travailleurs sont r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s en jetons de travail directement par la planification. Ces jetons de travail correspondent au temps de travail accompli par un travailleur au cours d&rsquo;une p\u00e9riode donn\u00e9e. Les travailleurs les \u00e9changent ensuite contre des biens de consommation. D\u00e8s qu&rsquo;ils le font, les jetons perdent leur valeur, comme un billet de th\u00e9\u00e2tre (Cockshott et Cottrell, 1993, pp. 24-25). Les tendances en mati\u00e8re de d\u00e9penses en jetons fourniront au bureau central de planification les informations n\u00e9cessaires pour \u00e9tablir les prix d&rsquo;\u00e9quilibre du march\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;innovation pourrait \u00eatre g\u00e9r\u00e9e par un \u00ab budget de l&rsquo;innovation \u00bb gr\u00e2ce auquel les particuliers et les entreprises pourraient demander des fonds pour leurs id\u00e9es et leurs projets (Cockshott et Cottrell, 2008, p. 90).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">D\u00e9mocratie, planification et droits individuels<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 premi\u00e8re vue, le mod\u00e8le de Cockshott et Cottrell peut sembler non seulement centralis\u00e9, mais aussi assez hi\u00e9rarchis\u00e9, avec le bureau central de planification qui commande depuis le sommet et tous ceux qui se trouvent en dessous qui ob\u00e9issent. Bien qu&rsquo;ils n&rsquo;aient pas d\u00e9velopp\u00e9 l&rsquo;aspect politique de leur mod\u00e8le autant que l&rsquo;aspect \u00e9conomique, Cockshott et Cottrell ont propos\u00e9, dans leur livre de 1993 et dans quelques articles, une d\u00e9mocratie directe fond\u00e9e sur la sortition, inspir\u00e9e de la d\u00e9mocratie ath\u00e9nienne classique (Cockshott et Cottrell, 1993, pp. 157-170). Ainsi, \u00ab les diff\u00e9rents organes de l&rsquo;autorit\u00e9 publique seraient contr\u00f4l\u00e9s par des comit\u00e9s de citoyens choisis par tirage au sort. Les m\u00e9dias, les services de sant\u00e9, les agences de planification et de marketing, les diff\u00e9rentes industries auraient leurs jurys \u00bb (p. 167). Ces comit\u00e9s pourraient agir en tant qu&rsquo;organismes de r\u00e9glementation, \u00e9tablissant des normes, des r\u00e8gles et des r\u00e8glements, et en tant qu&rsquo;organismes \u00e9conomiques, se voyant attribuer des mandats de production et des ressources par le bureau central de planification et veillant \u00e0 leur bonne ex\u00e9cution. Ils seraient responsables de la prise de d\u00e9cision quotidienne au sommet de chaque organisation et institution sociale. Il convient de noter que la d\u00e9mocratie locale n&rsquo;intervient qu&rsquo;a posteriori dans le mod\u00e8le de Cockshott et Cottrell. Elle organise d\u00e9mocratiquement les d\u00e9cisions prises dans le cadre du plan, r\u00e9dig\u00e9 par le bureau central de planification et adopt\u00e9 par r\u00e9f\u00e9rendum.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le plan macro\u00e9conomique et certains aspects du plan strat\u00e9gique seraient soumis aux citoyens par r\u00e9f\u00e9rendum annuel au moyen de proc\u00e9dures \u00e9lectroniques (Cockshott et Cottrell, 2008, pp. 11-12). L&rsquo;aspect le plus important de ces votes est le niveau d&rsquo;imposition : le temps de travail que la soci\u00e9t\u00e9 doit investir dans les biens et services disponibles gratuitement pour tous les citoyens. Lorsque la quantit\u00e9 de temps de travail n\u00e9cessaire \u00e0 ces services publics est adopt\u00e9e d\u00e9mocratiquement, un imp\u00f4t forfaitaire couvrant exactement ce montant est d\u00e9duit du jeton de travail de chaque travailleur (Cockshott et Cottrell, 1993, p. 166).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce syst\u00e8me d\u00e9mocratique offre \u00e9galement des droits aux individus : le droit de gagner sa vie (m\u00eame s&rsquo;ils sont, pour une raison quelconque, dans l&rsquo;incapacit\u00e9 de travailler, auquel cas ils re\u00e7oivent les biens essentiels sans aucune obligation de leur part) et le droit de recevoir la valeur totale de leur travail et de disposer de cette valeur comme ils l&rsquo;entendent (Cockshott et Cottrell, 1993, p. 175). \u00ab Dans tous les cas, c&rsquo;est le peuple qui d\u00e9l\u00e8gue en dernier ressort le pouvoir. Soit il vote pour se taxer lui-m\u00eame et confie \u00e0 un conseil d\u00e9marchique un budget pour produire un service gratuit, soit il choisit d&rsquo;acheter des biens, auquel cas il vote en faveur du temps de travail n\u00e9cessaire \u00e0 la production de ces biens \u00bb (Cockshott et Cottrell, 2008, p. 16).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cockshott et Cottrell (2008) ont actualis\u00e9 leur argumentation ces derni\u00e8res ann\u00e9es en y int\u00e9grant les nouvelles technologies d\u00e9sormais disponibles. Leur vision a inspir\u00e9 de nombreux contemporains en d\u00e9montrant que les \u00e9conomies planifi\u00e9es d\u00e9mocratiquement peuvent tirer parti des progr\u00e8s technologiques, y compris ceux utilis\u00e9s par les plus grandes entreprises capitalistes profond\u00e9ment impliqu\u00e9es dans la planification de r\u00e9seaux \u00e9conomiques massifs (Durand et Keucheyan, 2019 ; Phillips et Rozworski, 2019). Dans un ouvrage r\u00e9cent, Cockshot, Cottrell et Dapprich (2022) ont approfondi le lien entre leur proposition postcapitaliste et la lutte contre le changement climatique, tout en r\u00e9pondant aux critiques concernant la faisabilit\u00e9 de la planification et la valeur d&rsquo;usage dans leur mod\u00e8le.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, les auteurs proposent un syst\u00e8me centralis\u00e9, enti\u00e8rement informatis\u00e9 et sans argent, qui calcule et exprime la valeur de tous les biens en heures de travail. Leur contribution est essentielle pour comprendre que la planification \u00e9conomique d\u00e9mocratique est techniquement r\u00e9alisable. Le mod\u00e8le de Cockshott et Cottrell est illustr\u00e9 \u00e0 la figure 1.3.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/003-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"591\" src=\"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/003-1200x591.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-8192\" srcset=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/003-1200x591.jpg 1200w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/003-744x366.jpg 744w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/003-420x207.jpg 420w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/003-768x378.jpg 768w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/003-1536x756.jpg 1536w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/003-2048x1008.jpg 2048w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/003-1320x650.jpg 1320w\" sizes=\"auto, (max-width: 706px) 89vw, (max-width: 767px) 82vw, 740px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La coordination d\u00e9mocratique it\u00e9rative \u00e0 plusieurs niveaux de Laibman<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;\u00e9conomiste David Laibman est professeur \u00e9m\u00e9rite au Brooklyn College et \u00e0 la City University of New York. Laibman a jou\u00e9 un r\u00f4le de premier plan dans la direction de la revue Science and Society. Depuis 1992, cette revue a contribu\u00e9 \u00e0 relancer le d\u00e9bat sur les mod\u00e8les \u00e9conomiques alternatifs au capitalisme apr\u00e8s l&rsquo;effondrement de l&rsquo;Union sovi\u00e9tique. Dans de nombreuses contributions (Laibman, 2001 ; 2011 ; 2015 ; 2022), mais aucune sous la forme d&rsquo;un ouvrage strictement consacr\u00e9 \u00e0 son mod\u00e8le, il pr\u00e9sente un mod\u00e8le appel\u00e9 \u00ab coordination d\u00e9mocratique it\u00e9rative \u00e0 plusieurs niveaux \u00bb (MDIC).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La contribution centrale de la MDIC est d&rsquo;offrir un mod\u00e8le op\u00e9rationnel d&rsquo;\u00e9conomie socialiste qui combine des aspects d\u00e9centralis\u00e9s et centralis\u00e9s, ainsi que des modes de r\u00e9gulation qualitatifs et quantitatifs. En particulier, le mod\u00e8le se concentre sur la mesure de la performance des unit\u00e9s de production, les m\u00e9canismes de r\u00e9compense pour l&rsquo;ambition autour du plan \u00e9conomique et pour sa r\u00e9alisation.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une synth\u00e8se<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ayant \u00e9t\u00e9 au centre du d\u00e9bat sur l&rsquo;\u00e9conomie postcapitaliste, David Laibman conna\u00eet bien et depuis longtemps les mod\u00e8les que nous avons pr\u00e9sent\u00e9s plus haut dans ce chapitre. Il a commenc\u00e9 \u00e0 travailler sur sa propre proposition visant \u00e0 produire une synth\u00e8se de ces mod\u00e8les (et d&rsquo;autres), arguant que, sans cette synth\u00e8se, ils n&rsquo;int\u00e8grent pas de mani\u00e8re fonctionnelle deux dimensions fondamentales qui leur sont communes. Ces dimensions sont des spectres, sur lesquels Laibman ordonne les diff\u00e9rentes options pour une \u00e9conomie postcapitaliste. La premi\u00e8re dimension, l&rsquo;organisation, \u00ab traverse un spectre allant du central au d\u00e9centralis\u00e9, avec une prise de d\u00e9cision tr\u00e8s concentr\u00e9e \u00e0 une extr\u00e9mit\u00e9 et une dispersion extr\u00eame de la prise de d\u00e9cision \u00e0 l&rsquo;autre \u00bb (Laibman, 2022, p. 227). La deuxi\u00e8me dimension, la r\u00e9gulation, concerne les m\u00e9thodes utilis\u00e9es pour prendre des d\u00e9cisions, qu&rsquo;elles soient quantitatives (chiffres, donn\u00e9es) ou qualitatives (arguments, mots). Pour lui, les mod\u00e8les pr\u00e9c\u00e9dents n&rsquo;int\u00e9graient pas de mani\u00e8re productive ces deux dimensions, se concentrant souvent sur un seul c\u00f4t\u00e9 du spectre. L&rsquo;interactivit\u00e9 continue qu&rsquo;il propose est un \u00e9l\u00e9ment qui donne au mod\u00e8le de Laibman son \u00e9quilibre sur ces spectres. La figure 1.4 est une version l\u00e9g\u00e8rement adapt\u00e9e d&rsquo;une figure produite par Laibman (2015, p. 329) qui donne une bonne id\u00e9e de l&rsquo;utilisation qu&rsquo;il fait de ces deux dimensions et de la place qu&rsquo;il accorde \u00e0 ses mod\u00e8les par rapport \u00e0 ceux pr\u00e9sent\u00e9s dans ce chapitre et dans d&rsquo;autres.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"1121\" src=\"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/004-1200x1121.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-8189\" srcset=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/004-1200x1121.jpg 1200w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/004-744x695.jpg 744w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/004-420x392.jpg 420w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/004-768x717.jpg 768w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/004-1536x1435.jpg 1536w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/004-2048x1913.jpg 2048w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/004-1320x1233.jpg 1320w\" sizes=\"auto, (max-width: 706px) 89vw, (max-width: 767px) 82vw, 740px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Que signifie \u00ab it\u00e9ratif \u00bb ?<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le nom \u00ab it\u00e9ratif \u00bb dans le nom du mod\u00e8le fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;\u00e9change constant d&rsquo;informations entre diff\u00e9rents niveaux et unit\u00e9s de production et \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre entre l&rsquo;initiative locale et la coordination centralis\u00e9e. Ces niveaux comprennent, d&rsquo;une part, une autorit\u00e9 centrale de planification (\u00e9galement appel\u00e9e \u00ab centre \u00bb) et, d&rsquo;autre part, diff\u00e9rents niveaux d&rsquo;unit\u00e9s de production. Les unit\u00e9s de production sont parfois appel\u00e9es \u00ab entreprises \u00bb, mais elles ne doivent pas \u00eatre confondues avec les soci\u00e9t\u00e9s capitalistes ax\u00e9es sur la cr\u00e9ation et l&rsquo;accumulation de profits. L&rsquo;it\u00e9ration permet aux unit\u00e9s de production de conserver leur autonomie et de nourrir l&rsquo;esprit cr\u00e9atif et l&rsquo;innovation qui \u00e9mergent localement, tout en les encadrant par un m\u00e9canisme de coordination centralis\u00e9 qui garantit l&rsquo;optimisation sociale (Laibman, 2015, p. 312).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chaque unit\u00e9 de production pr\u00e9pare son propre plan, \u00e9labor\u00e9 \u00e0 partir du profil de la main-d&rsquo;\u0153uvre locale, de l&rsquo;environnement physique, des mat\u00e9riaux disponibles, etc. La production est \u00e9galement cod\u00e9termin\u00e9e au sein de l&rsquo;unit\u00e9 de production par un conseil des consommateurs, qui veille \u00e0 ce que les d\u00e9cisions concernant les types de biens et de services correspondent aux besoins de la communaut\u00e9. L&rsquo;unit\u00e9 de production est socialis\u00e9e : elle appartient \u00e0 une communaut\u00e9 qui d\u00e9termine son impact \u00e9conomique, politique, social et environnemental.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des contrats entre unit\u00e9s de production sont toujours possibles, mais le centre doit en \u00eatre inform\u00e9. Les it\u00e9rations \u00ab unit\u00e9s de production\/centre \u00bb \u00e9quilibrent les intrants et les extrants de toutes les unit\u00e9s et agr\u00e8gent l&rsquo;offre et la demande. Le centre r\u00e9sout donc les probl\u00e8mes d&rsquo;approvisionnement et v\u00e9rifie la conformit\u00e9 des plans des unit\u00e9s de production par rapport \u00e0 des crit\u00e8res plus larges tels que les impacts environnementaux, les ressources \u00e9nerg\u00e9tiques disponibles, l&rsquo;environnement b\u00e2ti, le d\u00e9veloppement r\u00e9sidentiel et les ressources demand\u00e9es par les h\u00f4pitaux et les \u00e9coles, entre autres (Laibman, 2022, p. 237), puis, si n\u00e9cessaire, demande des ajustements aux unit\u00e9s de production.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Prenons l&rsquo;exemple des ressources limit\u00e9es en bois dont plusieurs unit\u00e9s de production auraient besoin en grandes quantit\u00e9s simultan\u00e9ment. Sans l&rsquo;intervention du centre, les limites \u00e9cologiques de la pr\u00e9servation et de la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration des for\u00eats ne pourraient \u00eatre garanties. Il en va de m\u00eame pour les travailleurs hautement qualifi\u00e9s, que le centre pourrait envoyer dans certaines localit\u00e9s \u00e0 des moments critiques pour r\u00e9pondre \u00e0 des besoins plus urgents avant de les renvoyer dans leur localit\u00e9 d&rsquo;origine pour effectuer des t\u00e2ches pr\u00e9sentant des avantages \u00e0 plus long terme. L&rsquo;\u00e9laboration et l&rsquo;ajustement des plans sont simultan\u00e9s et continus, gr\u00e2ce \u00e0 un \u00e9change syst\u00e9matique de donn\u00e9es num\u00e9riques accessible via un r\u00e9seau informatique. Le plan n&rsquo;est pas impos\u00e9 par le haut. L&rsquo;activit\u00e9 de planification se d\u00e9roule au fur et \u00e0 mesure que les unit\u00e9s de production formulent la mise en \u0153uvre de leurs objectifs. Nous voyons ici comment le mod\u00e8le de Laibman \u00e9quilibre la dimension organisationnelle entre les processus d\u00e9cisionnels centralis\u00e9s et d\u00e9centralis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Prix et mesure des activit\u00e9s des unit\u00e9s de production<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La mesure des activit\u00e9s des unit\u00e9s de production joue un r\u00f4le important dans le mod\u00e8le de coordination it\u00e9rative d\u00e9mocratique \u00e0 plusieurs niveaux. Dans les \u00e9conomies capitalistes, cette mesure se r\u00e9sume souvent \u00e0 un indicateur principal, g\u00e9n\u00e9ralement le taux de profit. Laibman propose plut\u00f4t un indicateur qui condense toutes les informations quantitatives sur la production et combine les donn\u00e9es qualitatives sur les objectifs de chaque unit\u00e9. De plus, l&rsquo;indicateur principal des activit\u00e9s des unit\u00e9s de production est diff\u00e9rent du \u00ab taux de rendement des investissements \u00bb ou du \u00ab taux de profit \u00bb calcul\u00e9 dans une \u00e9conomie capitaliste (Laibman, 2015, pp. 317-320), car il ne consid\u00e8re pas les salaires comme un co\u00fbt. Il mesure le revenu g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par l&rsquo;unit\u00e9 de production une fois que les d\u00e9penses en ressources non humaines (capital) ont \u00e9t\u00e9 engag\u00e9es. Ces ressources, internalis\u00e9es dans le mod\u00e8le, comprennent des \u00e9l\u00e9ments que les entreprises capitalistes ont tendance \u00e0 externaliser lorsqu&rsquo;elles calculent leur rentabilit\u00e9, mais qui sont n\u00e9anmoins essentiels : le syst\u00e8me \u00e9ducatif, la protection sociale, le travail domestique, etc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les co\u00fbts sont d\u00e9termin\u00e9s par un syst\u00e8me de tarification qui tient compte des ressources disponibles et des facteurs environnementaux, que Laibman appelle les prix de reproduction sociale (PRS) (Laibman, 1992, pp. 316-333). Ces prix sont profond\u00e9ment diff\u00e9rents des prix dans un contexte capitaliste. Ils \u00ab g\u00e9n\u00e8rent un taux de rendement social uniforme pour toutes les activit\u00e9s de production, ce taux mesurant l&rsquo;effet cr\u00e9ateur de valeur de chaque activit\u00e9 \u00e0 partir de l&rsquo;ensemble des revenus qu&rsquo;elle g\u00e9n\u00e8re [\u2026], et en identifiant et calculant l&rsquo;ensemble des stocks de ressources sociales (capital) utilis\u00e9s par les entreprises \u00bb (Laibman, 2022, p. 239). Cela permet d&rsquo;atteindre des objectifs soci\u00e9taux plus larges, inaccessibles par le biais d&rsquo;une organisation spontan\u00e9e du march\u00e9. Ces prix tiennent compte des stocks sociaux (b\u00e2timents publics, \u00e9ducation, sant\u00e9) n\u00e9cessaires pour soutenir et rendre possible le travail de production. Dans notre \u00e9conomie actuelle, ces \u00e9l\u00e9ments sont consid\u00e9r\u00e9s comme des externalit\u00e9s, mais sont pris en compte dans le calcul des SRP.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Mesurer les indicateurs sociaux : un facteur cl\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9valuation des unit\u00e9s de production<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les unit\u00e9s de production sont \u00e9valu\u00e9es \u00e0 l&rsquo;aide de crit\u00e8res de performance quantitatifs classiques \u2013 bas\u00e9s sur des donn\u00e9es historiques, le taux de rendement moyen du secteur ou une combinaison des deux \u2013 et de crit\u00e8res qualitatifs \u2013 une mesure des objectifs \u00e9cologiques, de solidarit\u00e9 et communautaires que Laibman appelle \u00ab mesure des indicateurs sociaux \u00bb (Laibman, 2015, pp. 318-320). Supposons qu&rsquo;une unit\u00e9 de production vise \u00e0 augmenter le nombre de ses travailleurs issus de milieux divers, \u00e0 r\u00e9duire l&rsquo;impact environnemental de ses activit\u00e9s ou \u00e0 aider une autre r\u00e9gion d\u00e9favoris\u00e9e en lui fournissant des outils techniques et en transf\u00e9rant des connaissances. Dans ce cas, l&rsquo;indicateur de performance inclura la r\u00e9alisation de chaque objectif.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un comit\u00e9 compos\u00e9 de repr\u00e9sentants de l&rsquo;unit\u00e9 de production, de l&rsquo;industrie, des syndicats, des ONG et des militants \u00e9cologistes d\u00e9termine le nombre d&rsquo;objectifs, leur contenu et leur \u00e9valuation (Laibman, 2015, p. 321) en fonction des diff\u00e9rents groupes de personnes concern\u00e9s par les activit\u00e9s de l&rsquo;unit\u00e9 de production.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De meilleures performances permettent \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 de production de distribuer des exc\u00e9dents sous forme de salaires, de fonds de solidarit\u00e9 pour la communaut\u00e9, d&rsquo;aides financi\u00e8res \u00e0 d&rsquo;autres unit\u00e9s de production, etc. \u00c0 l&rsquo;inverse, si une unit\u00e9 de production affiche des performances insuffisantes, cela a de graves cons\u00e9quences sur sa capacit\u00e9 \u00e0 compenser son d\u00e9ficit mon\u00e9taire et social. Selon la logique de Laibman \u2013 m\u00eame si cela n&rsquo;est jamais clairement mentionn\u00e9 \u2013, une telle situation entra\u00eenerait des mesures correctives impos\u00e9es par le centre ou la communaut\u00e9. En raison du fonctionnement de l&rsquo;\u00e9valuation de leurs activit\u00e9s, les unit\u00e9s de production ont tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 atteindre les objectifs qu&rsquo;elles se sont fix\u00e9s et \u00e0 \u00e9largir l&rsquo;\u00e9ventail de leurs activit\u00e9s au profit de la communaut\u00e9 dans son ensemble (Laibman, 2015, p. 324). Ce mode d&rsquo;\u00e9valuation est la strat\u00e9gie de Laibman pour \u00e9quilibrer les mesures quantitatives (taux de rendement) et qualitatives (indicateurs sociaux).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Laibman souhaitait aborder les questions d&rsquo;incitation et de motivation qu&rsquo;il consid\u00e9rait comme essentielles dans les mod\u00e8les de planification. Selon lui, la recherche des meilleures pratiques et solutions par les unit\u00e9s de travail et leurs communaut\u00e9s est un outil puissant pour atteindre un niveau \u00e9lev\u00e9 de performance, une qualit\u00e9 technique et sociale sophistiqu\u00e9e, ainsi qu&rsquo;un niveau de motivation, de libert\u00e9 et de responsabilit\u00e9 tr\u00e8s gratifiant pour les travailleurs (Laibman, 2001). Le caract\u00e8re ambitieux du plan fait \u00e9galement partie de l&rsquo;\u00e9valuation de la performance, ce qui conduit \u00e0 une r\u00e9compense plus importante s&rsquo;il est r\u00e9alis\u00e9 (Laibman, 2015, p. 326). Ainsi, une unit\u00e9 de production n&rsquo;a aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 proposer un plan paresseux ou irr\u00e9aliste. De cette mani\u00e8re, la planification s&rsquo;appuie sur la capacit\u00e9 critique et les connaissances des individus, leur permettant de d\u00e9velopper des objectifs et des strat\u00e9gies de mani\u00e8re autonome et cr\u00e9ative tout en respectant les normes sociales plus larges. La coordination participative garantit ainsi une production et une allocation constantes des ressources, permettant \u00ab la cr\u00e9ation progressive d&rsquo;un consensus et d&rsquo;une vision commune : un sentiment d&rsquo;intentionnalit\u00e9 et de contr\u00f4le sur le processus social \u00bb (Laibman, 2001, p. 90).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces propositions sont imparfaites et gagneraient \u00e0 \u00eatre am\u00e9lior\u00e9es et pr\u00e9cis\u00e9es. Plusieurs nuances et distinctions sont absentes de ce texte. N\u00e9anmoins, ces imperfections ne doivent pas nous emp\u00eacher de commencer d\u00e8s maintenant \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir aux configurations possibles d&rsquo;une \u00e9conomie postcapitaliste. Nous avons \u00e9galement omis dans ces br\u00e8ves esquisses les critiques formul\u00e9es par les pr\u00e9c\u00e9dents lecteurs de ces mod\u00e8les et celles que nous aurions pu proposer. Notre objectif \u00e9tait plut\u00f4t d&rsquo;exposer simplement et clairement le fonctionnement des mod\u00e8les afin qu&rsquo;un public plus large puisse en discuter et les critiquer ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sortir du capitalisme implique de trouver des alternatives souhaitables et fonctionnelles pour le remplacer. Il est n\u00e9cessaire de continuer \u00e0 analyser et \u00e0 critiquer le monde tel qu&rsquo;il se pr\u00e9sente \u00e0 nous, et il est tout aussi imp\u00e9ratif de s&rsquo;interroger sur la nature du monde que nous voulons construire. Nous devons consid\u00e9rer ces deux t\u00e2ches comme les deux faces d&rsquo;une m\u00eame m\u00e9daille.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Glossaire<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">N\u00e9gociation coordonn\u00e9e de Devine et Adaman<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chambre des int\u00e9r\u00eats<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La chambre des int\u00e9r\u00eats est un organe consultatif repr\u00e9sentant les groupes d&rsquo;int\u00e9r\u00eats et les groupes de cause. Il existe des chambres des int\u00e9r\u00eats aux trois niveaux du mod\u00e8le de Devine (national, r\u00e9gional et local). La chambre des int\u00e9r\u00eats rassemble tous les repr\u00e9sentants des groupes d&rsquo;int\u00e9r\u00eats et des groupes de cause afin de d\u00e9battre et, id\u00e9alement, de s&rsquo;accorder sur le contenu du plan \u00e0 adopter. Lorsqu&rsquo;ils sont parvenus \u00e0 un accord ou ont d\u00e9cid\u00e9 qu&rsquo;un tel accord n&rsquo;\u00e9tait pas possible, ils envoient un rapport \u00e0 l&rsquo;assembl\u00e9e repr\u00e9sentative pr\u00e9sentant leurs accords et leurs d\u00e9saccords. Sur la base de ce rapport, l&rsquo;assembl\u00e9e discute et adopte le plan (Devine, 1988, p. 194).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Services fonctionnels ou activit\u00e9s fonctionnelles<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les services fonctionnels ou activit\u00e9s fonctionnelles sont les termes utilis\u00e9s par Pat Devine pour d\u00e9signer l&rsquo;\u00e9quivalent des services publics actuels dans la plupart des pays capitalistes avanc\u00e9s : sant\u00e9, \u00e9ducation, protection de l&rsquo;environnement, etc. Les organismes sociaux sont financ\u00e9s par l&rsquo;imp\u00f4t et offrent ces services (Devine, 1988, p. 213).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Groupes d&rsquo;int\u00e9r\u00eat et groupes de cause<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les groupes d&rsquo;int\u00e9r\u00eat sont des citoyens auto-organis\u00e9s qui s&rsquo;int\u00e9ressent \u00e0 une question sp\u00e9cifique : organismes professionnels et syndicats, organisateurs d&rsquo;activit\u00e9s r\u00e9cr\u00e9atives (culturelles, sportives, etc.). Les groupes de cause peuvent \u00eatre compris au sens large comme des mouvements sociaux. Tous ces groupes fonctionnent selon la logique de l&rsquo;\u00e9lection et de la repr\u00e9sentation. Leurs repr\u00e9sentants se r\u00e9unissent dans la chambre d&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats de leurs groupes respectifs dans l&rsquo;\u00e9laboration du plan (Devine, 1988, p. 153).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">\u00c9changes marchands<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les \u00e9changes marchands consistent en un acte de vente\/achat entre une unit\u00e9 de production et une autre ou entre une unit\u00e9 de production et un individu, pour autant que la vente n&rsquo;affecte pas de mani\u00e8re significative la capacit\u00e9 de production et ne n\u00e9cessite pas d&rsquo;investissements importants. La coordination n\u00e9goci\u00e9e maintient les \u00e9changes marchands (Devine, 1988, p. 24).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Forces du march\u00e9<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les forces du march\u00e9 d\u00e9signent la mani\u00e8re dont les changements dans la capacit\u00e9 de production (tels que les investissements majeurs) se produisent. Sous le capitalisme, les grandes entreprises coordonnent ces investissements a posteriori de mani\u00e8re atomis\u00e9e. Dans le cadre de la coordination n\u00e9goci\u00e9e, un processus de coordination d\u00e9mocratique et n\u00e9goci\u00e9 remplace les forces du march\u00e9 (Adaman et Devine, 1996, p. 534).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Organismes de coordination n\u00e9goci\u00e9e<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les organismes de coordination n\u00e9goci\u00e9e sont responsables de la coordination \u00e9conomique au sein d&rsquo;un secteur de production. Ces organismes prennent les d\u00e9cisions d&rsquo;investissement importantes concernant une industrie. Ils sont compos\u00e9s de repr\u00e9sentants \u00e9lus des unit\u00e9s de production du m\u00eame secteur, des principaux clients, des principaux fournisseurs, des commissions de planification comp\u00e9tentes et des groupes d&rsquo;int\u00e9r\u00eat. L&rsquo;objectif principal de cette institution est de coordonner les activit\u00e9s \u00e9conomiques dans le m\u00eame secteur. Les questions relatives aux principaux changements dans les capacit\u00e9s de production, \u00e0 la r\u00e9alisation des objectifs et \u00e0 la gestion des \u00e9carts de production entre les unit\u00e9s de production du m\u00eame secteur sont trait\u00e9es ici (Devine, 1988, p. 231).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Commissions de planification<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les commissions de planification ont deux objectifs principaux. Le premier est d&rsquo;\u00e9laborer des plans. Sur la base des informations \u00e9conomiques fournies par les organes de coordination n\u00e9goci\u00e9s, les membres de la commission de planification \u00e9laborent et soumettent divers plans \u00e0 l&rsquo;assembl\u00e9e repr\u00e9sentative, qui en adopte un. Les commissions de planification sont compos\u00e9es de membres des gouvernements concern\u00e9s, des unit\u00e9s de production, des organes de coordination n\u00e9goci\u00e9s et des groupes d&rsquo;int\u00e9r\u00eat et de cause. Le deuxi\u00e8me objectif de la commission de planification est li\u00e9 \u00e0 la mise en \u0153uvre du plan. Elles sont charg\u00e9es de la coordination \u00e9conomique entre les diff\u00e9rentes autorit\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle g\u00e9ographique (nationale, r\u00e9gionale et locale). Apr\u00e8s avoir re\u00e7u la version du plan de l&rsquo;assembl\u00e9e repr\u00e9sentative, les commissions de planification allouent les principaux investissements aux diff\u00e9rentes unit\u00e9s de production par l&rsquo;interm\u00e9diaire de l&rsquo;organe de coordination n\u00e9goci\u00e9 appropri\u00e9. Il existe des commissions de planification aux niveaux local, r\u00e9gional et national (Devine, 1988, pp. 190, 213).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Prix et salaires<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les unit\u00e9s de production d\u00e9terminent les prix et correspondent aux co\u00fbts sociaux de production. Les co\u00fbts de production sont divis\u00e9s en deux types : les intrants primaires et les intrants secondaires. Le co\u00fbt des intrants primaires (ressources naturelles, \u00e9nergie et capital) est d\u00e9termin\u00e9 au niveau national, car ils affectent toutes les unit\u00e9s de production. Une politique des revenus est adopt\u00e9e au niveau national, mais les unit\u00e9s de production locales fixent les niveaux de salaire dans le respect des param\u00e8tres de cette politique. \u00c0 partir de ces donn\u00e9es et en ajoutant la d\u00e9pr\u00e9ciation des \u00e9quipements et des b\u00e2timents, chaque unit\u00e9 de production peut fixer ses prix en additionnant les co\u00fbts de production (Devine, 1988, pp. 197-198).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Unit\u00e9s de production<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les unit\u00e9s de production (qui correspondent globalement aux entreprises) produisent des biens et des services et les fournissent aux consommateurs. Des repr\u00e9sentants de quatre secteurs si\u00e8gent \u00e0 l&rsquo;organe d\u00e9cisionnel de l&rsquo;unit\u00e9 de production : l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral (par l&rsquo;interm\u00e9diaire de commissions de planification nationales, r\u00e9gionales et locales et d&rsquo;un organe de coordination n\u00e9goci\u00e9), les int\u00e9r\u00eats des consommateurs, des utilisateurs et des fournisseurs (par l&rsquo;interm\u00e9diaire d&rsquo;associations de consommateurs, des services publics et gouvernementaux, des unit\u00e9s de production qui ach\u00e8tent ou vendent \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 de production et d&rsquo;autres conseils de d\u00e9veloppement industriel li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 de production), les int\u00e9r\u00eats des travailleurs (sous la forme des travailleurs de l&rsquo;unit\u00e9 de production elle-m\u00eame et de leurs syndicats) et les int\u00e9r\u00eats de la communaut\u00e9 (par l&rsquo;interm\u00e9diaire de groupes d&rsquo;int\u00e9r\u00eat et de groupes de cause). Ces repr\u00e9sentants s&rsquo;accordent ensuite sur l&rsquo;utilisation la plus appropri\u00e9e des capacit\u00e9s productives par le biais de n\u00e9gociations, en tenant compte des int\u00e9r\u00eats de chacun. Ils sont \u00e9galement responsables de la r\u00e9alisation de petits investissements locaux. Dans ce cadre, l&rsquo;unit\u00e9 de production est autog\u00e9r\u00e9e par ses travailleurs.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Assembl\u00e9es repr\u00e9sentatives<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les assembl\u00e9es repr\u00e9sentatives sont des organes de d\u00e9cision politique compos\u00e9s de tous les repr\u00e9sentants du peuple \u00e9lus au suffrage universel. Les partis politiques rassemblent diff\u00e9rents repr\u00e9sentants sur une base id\u00e9ologique. Le parti dont les repr\u00e9sentants constituent la majorit\u00e9 forme le pouvoir ex\u00e9cutif, tandis que le pouvoir l\u00e9gislatif comprend les partis d&rsquo;opposition. Leur objectif \u00e9conomique principal est d&rsquo;adopter le plan. Sur la base des diff\u00e9rents plans de la commission de planification et en tenant compte du rapport de la chambre d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, les membres \u00e9lus de l&rsquo;assembl\u00e9e repr\u00e9sentative d\u00e9lib\u00e8rent et adoptent la version finale du plan. Cette version finale est ensuite renvoy\u00e9e aux organes de coordination n\u00e9goci\u00e9s pour \u00eatre mise en \u0153uvre. Les assembl\u00e9es repr\u00e9sentatives se situent aux trois niveaux du mod\u00e8le de coordination n\u00e9goci\u00e9e : local, r\u00e9gional et national (Devine, 1988, pp. 142, 254).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Activit\u00e9s \u00e0 petite \u00e9chelle<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les travailleurs ind\u00e9pendants ou les petites coop\u00e9ratives exercent ce que le mod\u00e8le appelle des activit\u00e9s \u00e0 petite \u00e9chelle (r\u00e9parations, art, d\u00e9veloppement personnel, massoth\u00e9rapie, graphisme, etc.). Les travailleurs de ces secteurs pourraient \u00eatre regroup\u00e9s dans des \u00ab centres \u00bb. \u00c0 l&rsquo;instar des espaces de coworking, ces centres fourniraient un espace de travail et des ressources \u00e0 ces travailleurs. Les centres seraient autog\u00e9r\u00e9s selon des lignes directrices d\u00e9finies par la commission locale de planification. Si leur niveau d&rsquo;activit\u00e9 s&rsquo;\u00e9tend au-del\u00e0 de leur localit\u00e9 d&rsquo;origine, cette activit\u00e9 devrait \u00eatre enregistr\u00e9e en tant qu&rsquo;unit\u00e9 de production et disposer de son propre organe directeur (Devine, 1988, p. 230).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Organismes sociaux<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les organismes sociaux sont les agences gouvernementales qui fournissent les services fonctionnels (l&rsquo;\u00e9quivalent des services publics dans ce mod\u00e8le) : sant\u00e9, \u00e9ducation, protection de l&rsquo;environnement, etc. Les organismes sociaux sont d\u00e9centralis\u00e9s, pr\u00e9sents aux trois niveaux du mod\u00e8le (national, r\u00e9gional et local) et financ\u00e9s par l&rsquo;imp\u00f4t (Devine, 1988, p. 213).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Propri\u00e9t\u00e9 sociale<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La propri\u00e9t\u00e9 sociale est une forme dynamique de propri\u00e9t\u00e9 des moyens de production adapt\u00e9e aux besoins des communaut\u00e9s concern\u00e9es par une d\u00e9cision. Elle n&rsquo;est pas \u00e9quivalente \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;\u00c9tat, car elle implique le contr\u00f4le par la soci\u00e9t\u00e9. La propri\u00e9t\u00e9 sociale repose sur deux conditions : les personnes les plus concern\u00e9es par l&rsquo;utilisation de moyens de production sp\u00e9cifiques doivent participer aux d\u00e9cisions qui les concernent, et ces d\u00e9cisions doivent s&rsquo;inscrire de mani\u00e8re coh\u00e9rente dans un plan plus large d\u00e9cid\u00e9 par l&rsquo;ensemble de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les organes de direction ad\u00e9quats des unit\u00e9s de production, les commissions de planification et les organes de coordination n\u00e9goci\u00e9s coordonnent la mise en \u0153uvre de cette forme de propri\u00e9t\u00e9 (Devine, 1988, p. 223).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Subsidiarit\u00e9<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le principe de subsidiarit\u00e9 favorise une prise de d\u00e9cision aussi d\u00e9centralis\u00e9e que possible. Ce principe implique que les d\u00e9cisions doivent \u00eatre prises en premier lieu par ceux qui sont proportionnellement concern\u00e9s par celles-ci (Devine, 2002, p. 75).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Imp\u00f4ts<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le gouvernement per\u00e7oit deux types d&rsquo;imp\u00f4ts : l&rsquo;un sur les unit\u00e9s de production et l&rsquo;autre sur les salaires. L&rsquo;imp\u00f4t sur les unit\u00e9s de production est \u00e9gal \u00e0 la location des ressources et au rendement des actifs employ\u00e9s. En fonction du montant produit par cet imp\u00f4t sur les unit\u00e9s de production, il peut \u00eatre compl\u00e9t\u00e9 par un imp\u00f4t sur les salaires. Ces imp\u00f4ts constituent la source de revenus du gouvernement et financent les organismes sociaux qui fournissent des services fonctionnels. Les collectivit\u00e9s locales et r\u00e9gionales percevraient \u00e9galement des imp\u00f4ts. Les imp\u00f4ts sur les unit\u00e9s de production seraient fix\u00e9s \u00e0 un taux qui laisserait aux unit\u00e9s de production un exc\u00e9dent pour des investissements mineurs (Devine, 1988, p. 216).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">L\u2019\u00e9conomie participative d&rsquo;Albert et Hahnel<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Complexe d&#8217;emplois \u00e9quilibr\u00e9<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l&rsquo;\u00e9conomie participative, les emplois seraient divis\u00e9s en t\u00e2ches et r\u00e9organis\u00e9s afin de cr\u00e9er un ensemble \u00e9quilibr\u00e9 de t\u00e2ches. Cette redistribution vise \u00e0 \u00e9galiser les t\u00e2ches souhaitables et ind\u00e9sirables entre les travailleurs d&rsquo;un m\u00eame lieu de travail et d&rsquo;un m\u00eame lieu de travail. Elle implique de revoir la division du travail afin d&rsquo;\u00e9quilibrer autant que possible le contenu du travail entre les t\u00e2ches de planification et d&rsquo;ex\u00e9cution. L&rsquo;\u00e9conomie participative ne cherche donc pas \u00e0 \u00ab abolir \u00bb la division du travail. Elle vise plut\u00f4t \u00e0 revoir la division du travail afin de redistribuer \u00e9quitablement les t\u00e2ches p\u00e9nibles et celles qui sont source d&rsquo;autonomie. Elle vise \u00e0 redonner aux travailleurs le temps et le pouvoir de d\u00e9cision tout en leur permettant de rester en contact avec la sph\u00e8re de la production (Hahnel, 2012, pp. 55-56).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Holisme compl\u00e9mentaire<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le holisme compl\u00e9mentaire est la th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale qui sous-tend l&rsquo;\u00e9conomie participative, qui consid\u00e8re la soci\u00e9t\u00e9 comme divis\u00e9e en plusieurs sph\u00e8res contenant des institutions sociales r\u00e9pondant aux besoins et aux d\u00e9sirs humains. Ces institutions fa\u00e7onnent les d\u00e9sirs et les besoins humains, tout comme elles sont fa\u00e7onn\u00e9es en retour par ces d\u00e9sirs et ces besoins. Il vise \u00e0 d\u00e9crire la soci\u00e9t\u00e9 en int\u00e9grant et en d\u00e9passant quatre th\u00e9ories sociales qualifi\u00e9es de monistes : le nationalisme, le f\u00e9minisme, le marxisme et l&rsquo;anarchisme. Ces th\u00e9ories sociales sont monistes car elles n&rsquo;offrent pas une perspective qui permette de comprendre subtilement la complexit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 (Albert et al, 1986, p. 80).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Conseils de consommateurs<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les conseils de consommateurs sont charg\u00e9s de la consommation dans le processus de planification. \u00c0 l&rsquo;instar des conseils de travailleurs, les conseils de consommateurs sont organis\u00e9s selon le principe f\u00e9d\u00e9ral, mais sur une base g\u00e9ographique plut\u00f4t que sectorielle. Ils sont imbriqu\u00e9s les uns dans les autres, du foyer individuel au conseil national (Albert, 2003, p. 93).<br>Comit\u00e9 de facilitation de l&rsquo;it\u00e9ration<br>Le r\u00f4le principal de l&rsquo;IFB est de faciliter et de coordonner le processus de planification. Cet organisme recueille toutes les propositions de production et de consommation, les compare et renvoie des suggestions alternatives aux diff\u00e9rents conseils. Sa fonction est strictement formelle. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un lieu de travail technique comme tant d&rsquo;autres, qui ne d\u00e9tient aucun pouvoir politique extraordinaire. Il aide les lieux de travail et les m\u00e9nages en int\u00e9grant le processus de planification participative par le biais de l&rsquo;information (Albert et Hahnel, 1991a, p. 62).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Prix<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;IFB calcule les prix. Ceux-ci sont bas\u00e9s sur les co\u00fbts et influenc\u00e9s par l&rsquo;offre et la demande. Dans le processus de planification it\u00e9ratif, les IFB \u00e9mettent des prix qui sont ensuite affect\u00e9s par l&rsquo;offre et la demande telles qu&rsquo;elles sont exprim\u00e9es par les conseils des travailleurs et des consommateurs. Un nouveau cycle commence en tenant compte de ces nouveaux prix. Les prix fournissent des informations utiles sur les co\u00fbts sociaux et les avantages sociaux des biens et des services (Hahnel, 2012, pp. 91-92).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9mun\u00e9ration<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les conseils des travailleurs fixent la r\u00e9mun\u00e9ration en fonction de l&rsquo;effort et d\u00e9terminent le niveau d&rsquo;effort requis pour chaque t\u00e2che. L&rsquo;objectif de lier les salaires \u00e0 l&rsquo;effort est de garantir que chacun soit r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 en fonction de son effort, seule chose sur laquelle les travailleurs ont une influence claire. La r\u00e9mun\u00e9ration est distribu\u00e9e sous forme de cr\u00e9dits de consommation que les clients peuvent utiliser pour obtenir des biens de consommation. Les lieux de travail ne conservent pas ces cr\u00e9dits apr\u00e8s la transaction et ils ne sont pas utilis\u00e9s dans la production (Albert, 2003, p. 112 ; Hahnel, 2012, p. 59).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Conseils des travailleurs<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les conseils de travailleurs sont l&rsquo;organe d&rsquo;autogestion des lieux de travail qui produisent des biens et des services. Seuls les travailleurs sont membres de ces conseils. Tous les travailleurs d&rsquo;un lieu de travail participent aux d\u00e9cisions du conseil des travailleurs. Ils le font directement au sein de leurs conseils locaux. Les conseils de travailleurs sont charg\u00e9s de la gestion quotidienne de leur lieu de travail local, sont f\u00e9d\u00e9r\u00e9s par secteur et g\u00e8rent l&rsquo;ensemble de l&rsquo;\u00e9conomie productive \u00e0 travers ce processus. Ils sont imbriqu\u00e9s les uns dans les autres, depuis la petite \u00e9quipe de travail jusqu&rsquo;au conseil national. C&rsquo;est au sein de ces conseils que les travailleurs expriment le nombre d&rsquo;heures qu&rsquo;ils souhaitent travailler, ce qu&rsquo;ils souhaitent produire, comment ils veulent organiser leur lieu de travail, etc. (Albert, 2003, p. 92).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La planification centrale informatis\u00e9e de Cockshott et Cottrell<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Bureau central de planification<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le bureau central de planification est l&rsquo;institution centrale du mod\u00e8le de Cockshott et Cottrell. Il est souvent simplement appel\u00e9 \u00ab planification \u00bb par les auteurs. Il est compos\u00e9 d&rsquo;experts (\u00e9conomistes, techniciens, informaticiens et ing\u00e9nieurs). La t\u00e2che principale du bureau central de planification est d&rsquo;\u00e9laborer des plans alternatifs. La planification \u00e9labore trois types de plans : macro\u00e9conomiques, strat\u00e9giques et d\u00e9taill\u00e9s. Ces plans sont propos\u00e9s \u00e0 la population par r\u00e9f\u00e9rendum \u00e9lectronique et adopt\u00e9s (Cockshott et Cottrell, 1993, p. 179).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Comit\u00e9s de citoyens<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;\u00c9tat serait maintenu, mais pas tel que nous le connaissons. Il s&rsquo;agirait d&rsquo;un \u00ab \u00c9tat ac\u00e9phale \u00bb, en ce sens qu&rsquo;il n&rsquo;aurait aucun pouvoir l\u00e9gislatif et que son r\u00f4le se limiterait \u00e0 mettre en \u0153uvre les d\u00e9cisions prises par ses comit\u00e9s constitutifs. Ces comit\u00e9s seraient compos\u00e9s de citoyens choisis par tirage au sort parmi leurs utilisateurs et leurs travailleurs. Tous les organismes publics et chaque secteur industriel seraient r\u00e9gis de cette mani\u00e8re (sant\u00e9, \u00e9ducation, eau, \u00e9lectricit\u00e9, transports, etc.) (Cockshott et Cottrell, 1993, p. 167).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Commune<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les communes sont des espaces de vie non obligatoires qui, selon Cockshott et Cottrell, seraient plus efficaces et mieux adapt\u00e9s \u00e0 leur mod\u00e8le. Elles devraient offrir une pi\u00e8ce par personne au sein d&rsquo;un habitat collectif et \u00eatre con\u00e7ues avec une architecture adapt\u00e9e \u00e0 ce nouveau mode de vie domestique. Les communes r\u00e9aliseraient collectivement quatre activit\u00e9s \u00e9conomiques : le logement, la garde d&rsquo;enfants, certaines activit\u00e9s de loisirs et l&rsquo;aide aux personnes \u00e2g\u00e9es. La mise en commun de ces activit\u00e9s permettrait de r\u00e9aliser d&rsquo;importantes \u00e9conomies d&rsquo;\u00e9chelle (Cockshott et Cottrell, 1993, p. 150).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Plan d\u00e9taill\u00e9<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le plan d\u00e9taill\u00e9 contient la r\u00e9partition concr\u00e8te des ressources dans le cadre \u00e9tabli par les plans macro\u00e9conomique et strat\u00e9gique. Si le plan strat\u00e9gique investit, par exemple, un certain montant des recettes nationales dans un secteur sp\u00e9cifique, le plan d\u00e9taill\u00e9 pr\u00e9cisera le montant concret des ressources n\u00e9cessaires \u00e0 chaque projet pour atteindre cet objectif (Cockshott et Cottrell, 1993, p. 73).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Plan macro\u00e9conomique<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le plan macro\u00e9conomique \u00e9tablit les param\u00e8tres g\u00e9n\u00e9raux qui visent \u00e0 encadrer le d\u00e9veloppement \u00e9conomique \u00e0 long terme. Il contient les niveaux d&rsquo;investissement pour l&rsquo;ensemble de l&rsquo;\u00e9conomie, le niveau d&rsquo;imposition et d&rsquo;\u00e9pargne (Cockshott et Cottrell, 1993, p. 89).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Prix<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La valeur des biens et des services serait exprim\u00e9e en heures de travail socialement n\u00e9cessaires \u00e0 leur production. Cependant, les prix ne correspondraient pas n\u00e9cessairement \u00e0 la valeur. Le bureau central de planification proc\u00e9derait \u00e0 des ajustements en fonction de la demande. Ainsi, si un produit est tr\u00e8s demand\u00e9, les prix seraient ajust\u00e9s pour r\u00e9pondre \u00e0 cette demande de mani\u00e8re ad\u00e9quate. Concr\u00e8tement, deux chiffres seraient affich\u00e9s au moment de l&rsquo;achat : la \u00ab valeur \u00bb (le nombre d&rsquo;heures de travail socialement n\u00e9cessaires pour le produire) et le prix ajust\u00e9 en fonction de la demande. La valeur du travail serait ainsi un rep\u00e8re pour limiter l&rsquo;\u00e9lasticit\u00e9 des prix (Cockshott et Cottrell, 1997, pp. 347-348).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Projets<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les projets s&rsquo;apparentent \u00e0 des entreprises dans la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste et sont le lieu o\u00f9 se d\u00e9roule la production. Les projets n&rsquo;ont pas d&rsquo;existence juridique formelle ; ce sont uniquement des unit\u00e9s administratives qui appartiennent \u00e0 la communaut\u00e9 par le biais de la planification. Le lien entre le bureau central de planification et les projets est similaire \u00e0 celui qui existe entre une entreprise et ses diff\u00e9rentes divisions. Les projets et le bureau central de planification communiquent principalement par le biais de donn\u00e9es num\u00e9riques. Chaque projet dispose d&rsquo;un ordinateur d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la planification, connect\u00e9 \u00e0 un r\u00e9seau d&rsquo;information d\u00e9di\u00e9 \u00e0 cette t\u00e2che (Cockshott et Cottrell, 2008, p. 9). Chaque projet est autog\u00e9r\u00e9 par ses travailleurs (Cockshott et Cottrell, 1993, p. 179).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Plan strat\u00e9gique<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le plan strat\u00e9gique concerne l&rsquo;\u00e9volution de la structure de l&rsquo;\u00e9conomie \u00e0 court, moyen et long terme. Le plan strat\u00e9gique pr\u00e9sente les secteurs \u00e0 d\u00e9velopper et ceux \u00e0 r\u00e9duire, la dimension environnementale de l&rsquo;\u00e9conomie et le temps de travail total (Cockshott et Cottrell, 1993, p. 61).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Imp\u00f4ts<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;imp\u00f4t sur le revenu, la rente fonci\u00e8re et la taxe \u00e0 la consommation financent les services offerts gratuitement \u00e0 la population. \u00c9tant donn\u00e9 que la r\u00e9partition des revenus serait \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9gale, il n&rsquo;y aurait aucune raison d&rsquo;introduire un imp\u00f4t diff\u00e9renci\u00e9. Les auteurs proposent d&rsquo;introduire un \u00ab imp\u00f4t \u00e0 taux unique \u00bb, dont le montant serait d\u00e9cid\u00e9 chaque ann\u00e9e par des moyens d\u00e9mocratiques. La deuxi\u00e8me source de revenus de l&rsquo;\u00c9tat serait la rente fonci\u00e8re. La propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re serait un monopole public. \u00c0 l&rsquo;instar des ressources naturelles, la terre serait prot\u00e9g\u00e9e par une agence internationale pour l&rsquo;environnement. Une organisation nationale servirait d&rsquo;interm\u00e9diaire pour coordonner les activit\u00e9s de cette agence. Ainsi, lorsqu&rsquo;une personne ach\u00e8te une maison, elle est propri\u00e9taire des mat\u00e9riaux, mais loue le terrain \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat. Une taxe \u00e0 la consommation serait introduite pour les biens et services socialement et \u00e9cologiquement ind\u00e9sirables. Cette taxe permettrait de limiter l&rsquo;utilisation de ces biens et services. Par exemple, des taxes sp\u00e9cifiques pourraient cibler des produits tels que le p\u00e9trole, le tabac et l&rsquo;alcool afin d&rsquo;ajuster le comportement des consommateurs (Cockshott et Cottrell, 1993, pp. 70, 99, 211).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Valeur<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La th\u00e9orie de la valeur travail est le fondement du mod\u00e8le de Cockshott et Cottrell. Les heures travaill\u00e9es constituent l&rsquo;unit\u00e9 de base utilis\u00e9e dans l&rsquo;ensemble du mod\u00e8le. Ainsi, les salaires, les prix et les plans sont tous exprim\u00e9s en \u00e9quivalents heures de travail (Cockshott et Cottrell, 1993, p. 41).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Salaires<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les salaires sont diff\u00e9renci\u00e9s en fonction de la productivit\u00e9 et pay\u00e9s en jetons de travail. Selon les auteurs, associer la productivit\u00e9 aux salaires permet de reconna\u00eetre les disparit\u00e9s dans l&rsquo;effort investi dans le travail et de r\u00e9mun\u00e9rer les travailleurs en fonction de leur effort, mesur\u00e9 en termes de production. Les auteurs proposent trois niveaux de productivit\u00e9 : A, B et C, A \u00e9tant tr\u00e8s productif et C moins productif. Cette classification ne serait pas li\u00e9e au niveau de formation ou d&rsquo;\u00e9ducation du travailleur, mais strictement \u00e0 sa productivit\u00e9. Ce serait un moyen de reconna\u00eetre la contribution de chaque travailleur \u00e0 sa juste valeur. Lorsque les gens contribuent davantage \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, ils re\u00e7oivent proportionnellement plus, et vice versa. En cas de p\u00e9nurie de main-d&rsquo;\u0153uvre dans un secteur particulier, Cockshott et Cottrell envisagent la possibilit\u00e9 d&rsquo;augmenter les salaires \u00e0 titre d&rsquo;incitation. Le bureau central de planification paie les salaires en jetons de travail, et non les projets. Ces jetons ne peuvent \u00eatre utilis\u00e9s que par la personne \u00e0 qui ils ont \u00e9t\u00e9 remis. Lorsqu&rsquo;ils sont utilis\u00e9s, ils sont d\u00e9truits, tout comme les billets de th\u00e9\u00e2tre (Cockshott et Cottrell, 1993, p. 34).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La coordination it\u00e9rative d\u00e9mocratique \u00e0 plusieurs niveaux de Laibman<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Centre<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le centre est un espace de prise de d\u00e9cision o\u00f9 la planification \u00e9conomique d\u00e9mocratique est coordonn\u00e9e \u00e0 un niveau \u00e9lev\u00e9. Les entreprises constituent ce centre et lui rendent compte. \u00ab Une m\u00e9taphore visuelle pourrait faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des niveaux \u00ab sup\u00e9rieurs \u00bb et \u00ab inf\u00e9rieurs \u00bb, \u00e0 condition d&rsquo;\u00e9viter toute connotation p\u00e9jorative (consid\u00e9rer \u00ab sup\u00e9rieur \u00bb comme \u00ab meilleur \u00bb ou \u00ab privil\u00e9gi\u00e9 \u00bb) ; une alternative pourrait utiliser une conception interne-externe \u00bb (Laibman, 2015, p. 309).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Entreprises<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Unit\u00e9s locales de production (Laibman, 2015, p. 309).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">It\u00e9ratif<\/h4>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le terme \u00ab it\u00e9ratif \u00bb fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des flux r\u00e9p\u00e9t\u00e9s et s\u00e9quentiels de donn\u00e9es et de propositions entre le centre et les entreprises et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, \u00e0 des ordres contraignants du centre vers les entreprises. Chaque entreprise pr\u00e9pare son plan et, ce faisant, int\u00e8gre des connaissances locales sp\u00e9cifiques : les particularit\u00e9s de sa main-d&rsquo;\u0153uvre, l&rsquo;environnement physique, l&rsquo;\u00e9quipement, l&rsquo;histoire, etc. Le flux \u00ab ascendant \u00bb (ou \u00ab entrant \u00bb) de ces plans vers le centre implique l&rsquo;agr\u00e9gation, la coordination pour assurer la coh\u00e9rence de l&rsquo;offre et de la demande, des intrants et des extrants, la recherche de solutions optimales aux probl\u00e8mes impliquant des choix (le cas \u00e9ch\u00e9ant) et la v\u00e9rification du plan global \u00e9mergent par rapport \u00e0 des crit\u00e8res plus larges. (Laibman, 2015, p. 309)<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Mesure de l&rsquo;activit\u00e9 des entreprises<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La mesure de l&rsquo;activit\u00e9 des entreprises est une \u00e9valuation quantitative et qualitative de la performance des unit\u00e9s de production, \u00ab qui est l&rsquo;objet de la planification, le moyen d&rsquo;\u00e9valuation et la base de la formation du revenu des entreprises \u00bb (Laibman, 2015, p. 317). L&rsquo;aspect quantitatif est bas\u00e9 sur un taux de rendement, et l&rsquo;aspect qualitatif sur un indicateur social (voir ci-dessous).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Organisation<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;organisation est une dimension de tout mod\u00e8le postcapitaliste qui concerne le degr\u00e9 de centralisation ou de d\u00e9centralisation du processus d\u00e9cisionnel de ce mod\u00e8le. \u00ab L&rsquo;organisation \u00bb couvre un spectre allant du central au d\u00e9central, avec \u00e0 une extr\u00e9mit\u00e9 une prise de d\u00e9cision tr\u00e8s concentr\u00e9e et \u00e0 l&rsquo;autre une dispersion extr\u00eame de la prise de d\u00e9cision (Laibman, 2022, p. 227).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Taux de rendement<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le socialisme MDIC, nous pouvons \u00e9galement envisager un taux de rendement unique, qui concentrera tous les aspects quantitatifs de la mesure de l&rsquo;activit\u00e9. [\u2026] Le rendement peut \u00eatre li\u00e9 \u00e0 un ensemble plus large d&rsquo;actifs, y compris ceux d\u00e9tenus en dehors de l&rsquo;entreprise ; des horizons sociaux significatifs peuvent \u00eatre appliqu\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9valuation des investissements, \u00e0 la conception et au d\u00e9veloppement des produits ; et des prix comptables pleinement appropri\u00e9s [\u2026] peuvent \u00eatre utilis\u00e9s \u00e0 des fins d&rsquo;\u00e9valuation. (Laibman, 2015, p. 317)<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9glementation<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La r\u00e9glementation est une dimension de tout mod\u00e8le postcapitaliste qui concerne le type d&rsquo;informations sur lesquelles se fondent les d\u00e9cisions. \u00ab La \u00ab r\u00e9glementation \u00bb renvoie \u00e0 une autre dimension du choix : entre les m\u00e9thodes quantitatives, \u00e0 une extr\u00e9mit\u00e9, et les m\u00e9thodes qualitatives, verbales ou politiques, \u00e0 l&rsquo;autre \u00bb (Laibman, 2022, pp. 227-228).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Mesure des indicateurs sociaux<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La mesure des indicateurs sociaux est la partie qualitative de la mesure de l&rsquo;activit\u00e9 d&rsquo;une entreprise.<br>D&rsquo;un point de vue socialiste, le travail d&rsquo;une entreprise ne se mesure pas seulement aux produits ou services qu&rsquo;elle fournit, mais aussi \u00e0 ses r\u00e9alisations dans un certain nombre de domaines sociaux. \u00c0 titre d&rsquo;illustration, nous pouvons distinguer quatre domaines : l&rsquo;\u00e9cologie, la communaut\u00e9, la solidarit\u00e9 et l&rsquo;industrie. L&rsquo;\u00ab \u00e9cologie \u00bb mesure la contribution de l&rsquo;entreprise \u00e0 la durabilit\u00e9, \u00e0 la r\u00e9alisation des objectifs sociaux en mati\u00e8re d&rsquo;\u00e9missions de carbone, d&rsquo;utilisation de combustibles alternatifs, d&rsquo;\u00e9limination des d\u00e9chets, etc. La \u00ab communaut\u00e9 \u00bb fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ses liens avec la communaut\u00e9 environnante : son travail avec les \u00e9coles, son aide au d\u00e9veloppement de sites r\u00e9sidentiels, la mise \u00e0 disposition de ressources r\u00e9cr\u00e9atives, etc. La \u00ab solidarit\u00e9 \u00bb mesure les efforts de l&rsquo;entreprise pour lutter contre les divisions oppressives qui existent encore au sein de la main-d&rsquo;\u0153uvre et de la communaut\u00e9 des travailleurs au sens large : racisme, sexisme, h\u00e9t\u00e9rosexisme et h\u00e9t\u00e9ronormativit\u00e9, exclusion nationale ou ethnique. Cette cat\u00e9gorie pourrait \u00e9galement inclure le travail de solidarit\u00e9 internationale. Enfin, le crit\u00e8re \u00ab industrie \u00bb mesure les relations de l&rsquo;entreprise avec l&rsquo;ensemble de son secteur, par exemple le partage de ressources avec des entreprises moins d\u00e9velopp\u00e9es et la participation \u00e0 la planification au niveau de l&rsquo;industrie ou du secteur. [\u2026] Des \u00e9quipes d&rsquo;\u00e9valuateurs, compos\u00e9es de \u00ab parties prenantes \u00bb dans chaque domaine, \u00e9tabliront des notes pour l&rsquo;activit\u00e9 de l&rsquo;entreprise, chacune dans son domaine de comp\u00e9tence particulier. Ces notes sont ensuite agr\u00e9g\u00e9es et ajout\u00e9es \u00e0 la mesure bas\u00e9e sur le taux de rendement socialiste. (Laibman, 2022, p. 243)<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Prix de reproduction sociale<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[Un] ensemble de prix de r\u00e9f\u00e9rence organis\u00e9s selon un principe fondamental permettant de d\u00e9finir et de calculer un taux de rendement ou un profit uniforme, et une m\u00e9thode unique et inclusive pour d\u00e9finir et mesurer les stocks de ressources (\u00ab capital \u00bb) pertinents impliqu\u00e9s dans chaque secteur de production. Ces prix constituent un syst\u00e8me de prix \u00ab classique \u00bb, similaire \u00e0 celui de Sraffa ou \u00e0 d&rsquo;autres mod\u00e8les modernes de production-prix lin\u00e9aires, mais orient\u00e9 vers la propri\u00e9t\u00e9 socialiste plut\u00f4t que capitaliste, en tenant compte \u00e0 la fois de ce qui constitue le \u00ab revenu \u00bb ou le \u00ab surplus \u00bb provenant de la production et des stocks de ressources sociales qui constituent la base appropri\u00e9e pour comparer ce surplus lors du calcul d&rsquo;un taux de rendement. (Laimban, 2015, p. 311)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/luxediteur.com\/catalogue\/construire-leconomie-postcapitaliste\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"700\" height=\"1216\" src=\"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Economie-postcapitaliste-C1_LR.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-8196\" style=\"width:149px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Economie-postcapitaliste-C1_LR.jpg 700w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Economie-postcapitaliste-C1_LR-420x730.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1. Ce chapitre a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en 2021 sous forme de note de recherche du Centre de recherche sur les innovations et les transformations sociales (CRITS), mais il ne portait que sur les trois premiers mod\u00e8les. Nous avons ajout\u00e9 le mod\u00e8le de Laibman \u00e0 la demande des \u00e9diteurs de cet ouvrage, en traduisant et en modifiant certaines parties d&rsquo;un chapitre de notre livre publi\u00e9 en fran\u00e7ais en 2023 : <strong>Construire l&rsquo;\u00e9conomie postcapitaliste<\/strong>. Ce chapitre s&rsquo;appuie sur des recherches soutenues par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2. Le d\u00e9bat portait sur la possibilit\u00e9 technique de planifier une \u00e9conomie moderne complexe. Il opposait deux camps. Le premier, compos\u00e9 d&rsquo;\u00e9conomistes de l&rsquo;\u00e9cole autrichienne (principalement Friedrich Hayek et Ludwig von Mises), rejetait la possibilit\u00e9 de calculer rationnellement l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique par le biais d&rsquo;une planification centrale. Le second camp, compos\u00e9 d&rsquo;\u00e9conomistes socialistes, d\u00e9fendait cette possibilit\u00e9. Voir Devine et Adaman (1996)pour plus d&rsquo;informations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3. Un r\u00e9sultat optimal de Pareto est un \u00e9tat \u00e9conomique dans lequel il n&rsquo;est pas possible d&rsquo;am\u00e9liorer la situation d&rsquo;un individu sans d\u00e9grader celle d&rsquo;au moins un autre.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"d2336082e5574\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li class=\"has-small-font-size\">Adaman,&nbsp;F.&nbsp;and&nbsp;Devine,&nbsp;P.&nbsp;(1996) \u2018The economics calculation debate: lessons for socialists\u2019,&nbsp;<em>Cambridge Journal of Economics<\/em>,&nbsp;<em>20<\/em>(5):&nbsp;523\u2013537.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Adaman,&nbsp;F.&nbsp;and&nbsp;Devine,&nbsp;P.&nbsp;(2017) \u2018Democracy, participation and social planning\u2019, in&nbsp;C.L.&nbsp;Spash (ed)&nbsp;<em>Routledge Handbook of Ecological Economics<\/em>,&nbsp;London<em>:&nbsp;<\/em>Routledge, pp&nbsp;517\u2013524.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Adaman,&nbsp;F.,&nbsp;Devine,&nbsp;P.&nbsp;and&nbsp;Ozkaynak,&nbsp;B.&nbsp;(2003) \u2018Reinstituting the economic process: (re)embedding the economy in society and nature\u2019,&nbsp;<em>International Review of Sociology \u2013 Revue Internationale de Sociologie<\/em>,&nbsp;<em>13<\/em>(2):&nbsp;357\u2013374.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Albert,&nbsp;M.&nbsp;(2003)&nbsp;<em>Parecon: Life After Capitalism<\/em>.&nbsp;London<em>:&nbsp;<\/em>Verso Books.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Albert,&nbsp;M.&nbsp;et al. (1986)&nbsp;<em>Liberating Theory<\/em>.&nbsp;Boston<em>:&nbsp;<\/em>South End Press.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Albert,&nbsp;M.&nbsp;and&nbsp;Hahnel,&nbsp;R.&nbsp;(1991a)&nbsp;<em>The Political Economy of Participatory Economics<\/em>.&nbsp;Princeton<em>:&nbsp;<\/em>Princeton University Press.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Albert,&nbsp;M.&nbsp;and&nbsp;Hahnel,&nbsp;R.&nbsp;(1991b)&nbsp;<em>Looking Forward: Participatory Economics for the Twenty-First Century<\/em>.&nbsp;Boston<em>:&nbsp;<\/em>South End Press.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Albert,&nbsp;M.&nbsp;and&nbsp;Hahnel,&nbsp;R.&nbsp;(1992) \u2018Participatory planning\u2019,&nbsp;<em>Science &amp; Society<\/em>,&nbsp;<em>56<\/em>(1):&nbsp;39\u201359.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Bohmer,&nbsp;P.,&nbsp;Savvina,&nbsp;C.&nbsp;and&nbsp;Hahnel,&nbsp;R.&nbsp;(2020) \u2018Reproductive labor in a participatory socialist society\u2019,&nbsp;<em>Review of Radical Political Economics<\/em>,&nbsp;<em>52<\/em>(4):&nbsp;755\u2013771.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Cockshott,&nbsp;W.P.&nbsp;(1990) \u2018Application of artificial intelligence techniques to economic planning\u2019,&nbsp;<em>Future Computing System<\/em>,&nbsp;<em>2<\/em>(4):&nbsp;429\u2013443.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Cockshott,&nbsp;W.P.&nbsp;and&nbsp;Cottrell,&nbsp;A.&nbsp;(1989) \u2018Labour value and socialist economic calculation\u2019,&nbsp;<em>Economy and Society<\/em>,&nbsp;<em>18<\/em>(1):&nbsp;71\u201399.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Cockshott,&nbsp;W.P.&nbsp;and&nbsp;Cottrell,&nbsp;A.&nbsp;(1993)&nbsp;<em>Towards a New Socialism<\/em>.&nbsp;Nottingham<em>:&nbsp;<\/em>Russell Press Ltd.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Cockshott,&nbsp;W.P.&nbsp;and&nbsp;Cottrell,&nbsp;A.&nbsp;(1997) \u2018Value, markets and socialism\u2019,&nbsp;<em>Science &amp; Society<\/em>,&nbsp;<em>61<\/em>(3): 330\u2013357.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Cockshott,&nbsp;W.P.&nbsp;and&nbsp;Cottrell,&nbsp;A.&nbsp;(2008) \u2018Computers and economic democracy\u2019,&nbsp;<em>Revista de Econom\u00eda Institucional<\/em>,&nbsp;<em>1:&nbsp;<\/em>161\u2013205.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Cockshott,&nbsp;W.P.,&nbsp;Cottrell,&nbsp;A.&nbsp;and&nbsp;Dapprich,&nbsp;J.P.&nbsp;(2022)&nbsp;<em>Economic Planning in an Age of Climate Crisis<\/em>.&nbsp;Independently published.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Devine,&nbsp;P.&nbsp;(1988)&nbsp;<em>Democracy and Economic Planning. The Political Economy of a Self-Governing Society<\/em>.&nbsp;Boulder<em>:&nbsp;<\/em>Westview Press.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Devine,&nbsp;P.&nbsp;(2017). \u2018Ecosocialism for a new era\u2019, in&nbsp;R.&nbsp;Westra,&nbsp;R.&nbsp;Albritton&nbsp;and&nbsp;S.&nbsp;Jeong&nbsp;<em>Varieties of Alternative Economic Systems Practical Utopias for an Age of Global Crisis and Austerity<\/em>,&nbsp;New York<em>:&nbsp;<\/em>Routledge, pp&nbsp;33\u201351.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Devine,&nbsp;P.&nbsp;(2019) \u2018Marx, la d\u00e9mocratie et la planification \u00e9conomique\u2019,&nbsp;<em>Actuel Marx<\/em>,&nbsp;<em>65<\/em>(1):&nbsp;54\u201366.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Devine,&nbsp;P.&nbsp;(2002) \u2018Participatory planning through negotiated coordination\u2019,&nbsp;<em>Science &amp; Society<\/em>,&nbsp;<em>66<\/em>(1):&nbsp;72\u201385.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Durand,&nbsp;C.&nbsp;and&nbsp;Keucheyan,&nbsp;R.&nbsp;(2019) \u2018Planifier \u00e0 l\u2019\u00e2ge des algorithmes\u2019,&nbsp;<em>Actuel Marx<\/em>,&nbsp;<em>65<\/em>(1):&nbsp;81\u2013102.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Hahnel,&nbsp;R.&nbsp;(2005)&nbsp;<em>Economic Justice and Democracy: From Competition to Cooperation<\/em>.&nbsp;New York<em>:&nbsp;<\/em>Routledge.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Hahnel,&nbsp;R.&nbsp;(2012)&nbsp;<em>Of the People, By the People: The Case for a Participatory Economy<\/em>.&nbsp;Oakland<em>:&nbsp;<\/em>Soapbox Press. <\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Hahnel,&nbsp;R.&nbsp;(2017) \u2018Wanted: a pollution damage revealing mechanism\u2019,&nbsp;<em>Review of Radical Political Economics<\/em>,&nbsp;<em>49<\/em>(2):&nbsp;233\u2013246.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Hahnel,&nbsp;R.&nbsp;(2021)&nbsp;<em>Democratic Economic Planning.<\/em>&nbsp;London<em>:&nbsp;<\/em>Routledge.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Hahnel,&nbsp;R.&nbsp;and&nbsp;Kerkhoff,&nbsp;A.&nbsp;(2020) \u2018Integrating investment and annual planning\u2019,&nbsp;<em>Review of Radical Political Economics<\/em>,&nbsp;<em>52<\/em>(2):&nbsp;1\u201317.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Hayek&nbsp;F.A.&nbsp;(1945) \u2018The use of knowledge in society\u2019,&nbsp;<em>American Economic Review<\/em>,&nbsp;<em>35<\/em>(4):&nbsp;519\u2013530.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Laibman,&nbsp;D.&nbsp;(1992)&nbsp;<em>Value, Technical Change, and Crisis: Explorations in Marxist Economic Theory<\/em>.&nbsp;Armonk<em>:&nbsp;<\/em>M.E. Sharpe.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Laibman,&nbsp;D.&nbsp;(2001) \u2018Contours of the maturing socialist economy\u2019,&nbsp;<em>Historical Materialism<\/em>,&nbsp;<em>9<\/em>(1):&nbsp;85\u2013110.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Laibman,&nbsp;D.&nbsp;(2011) \u2018Incentive design, iterative planning and local knowledge in a maturing socialist economy\u2019,&nbsp;<em>International Critical Thought<\/em>,&nbsp;<em>1<\/em>(1):&nbsp;35\u201356.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Laibman,&nbsp;D.&nbsp;(2015) \u2018Multilevel democratic iterative coordination: an entry in the \u201cenvisioning socialism\u201d models competition\u2019, \ub9c8\ub974\ud06c\uc2a4\uc8fc\uc758\uc5f0\uad6c [<em>Marxism<\/em>],&nbsp;<em>12<\/em>(1):&nbsp;307\u2013345.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Laibman,&nbsp;D.&nbsp;(2022) \u2018Systemic socialism: a model of the models\u2019,&nbsp;<em>Science &amp; Society<\/em>,&nbsp;<em>86<\/em>(2):&nbsp;225\u2013247.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Laurin-Lamothe,&nbsp;A.,&nbsp;Legault,&nbsp;F.&nbsp;and&nbsp;Tremblay-Pepin&nbsp;S.&nbsp;(2023)&nbsp;<em>Construire l\u2019\u00e9conomie postcapitaliste<\/em>.&nbsp;Montreal<em>:&nbsp;<\/em>Lux.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Phillips,&nbsp;L.&nbsp;and&nbsp;Rozworski,&nbsp;M.&nbsp;(2019)&nbsp;<em>The People\u2019s Republic of Walmart: How the World\u2019s Biggest Corporations are Laying the Foundation for Socialism<\/em>.&nbsp;London<em>:&nbsp;<\/em>Verso.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Polanyi,&nbsp;M.&nbsp;(2009)&nbsp;<em>The Tacit Dimension<\/em>.&nbsp;Chicago<em>:&nbsp;<\/em>The University of Chicago Press.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Roemer,&nbsp;J.&nbsp;(1994)&nbsp;<em>A Future for Socialism<\/em>. Cambridge, MA: Harvard University Press.<\/li>\n\n\n\n<li class=\"has-small-font-size\">Schweickart,&nbsp;D.&nbsp;(1996)&nbsp;<em>Against Capitalism<\/em>. Boulder, CO: Westview Press.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Voir la&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/traductions-2\/\">LISTE \u00c9VOLUTIVE des articles<\/a><br><a href=\"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/traductions-2\/\">traduits par Gilles en vrac\u2026<\/a><\/p>\n<h3 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes <\/h3><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div>Ces m\u00eames auteurs ont publi\u00e9 en 2023 chez Lux \u00c9diteur : <em><a href=\"https:\/\/luxediteur.com\/catalogue\/construire-leconomie-postcapitaliste\/\">Construire l&rsquo;\u00e9conomie postcapitaliste<\/a> <\/em><\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteurs : Audrey Laurin-Lamothe, Fr\u00e9d\u00e9ric Legault et Simon Tremblay-Pepin Traduction de A Brief Sketch of Four Models of Democratic Economic Planning, Un chapitre de Creative Construction &#8211; Democratic Planning in the 21st Century and Beyond, f\u00e9vrier 2025 Introduction Sortir du capitalisme implique &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/4-planification-democratique\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Br\u00e8ve pr\u00e9sentation de quatre mod\u00e8les de planification \u00e9conomique d\u00e9mocratique&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-8188","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack-related-posts":[{"id":8199,"url":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/finances-alternatives\/","url_meta":{"origin":8188,"position":0},"title":"Finance et \u00e9conomie communautaires, alternatives, bior\u00e9gionales","author":"Gilles Beauchamp","date":"26 mai 2025","format":false,"excerpt":"Une page pour rassembler les sources et documents utiles \u00e0 ma r\u00e9flexion. Voir aussi : Post-croissance, post-growth, d\u00e9croissance \u00c9conomies communautaires Livres Building Tomorrow: Averting Environmental Crisis With a New Economic System, publi\u00e9 en 2023 par Paddy Le Flufy, pr\u00e9sente en six chapitres (220 pages) Take Back the Economy - An\u2026","rel":"","context":"Article similaire","block_context":{"text":"Article similaire","link":""},"img":{"alt_text":"","src":"","width":0,"height":0},"classes":[]},{"id":9742,"url":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/democratie-economique-et-politique\/","url_meta":{"origin":8188,"position":1},"title":"Le lien essentiel entre d\u00e9mocratie \u00e9conomique et d\u00e9mocratie politique","author":"Gilles Beauchamp","date":"25 mars 2026","format":false,"excerpt":"Une d\u00e9mocratie v\u00e9ritablement dynamique et r\u00e9siliente permet \u00e0 davantage de personnes de s\u2019impliquer r\u00e9ellement dans la production \u00e9conomique et la cr\u00e9ation de richesse. 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