{"id":8194,"date":"2025-05-25T16:39:05","date_gmt":"2025-05-25T20:39:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/?page_id=8194"},"modified":"2026-09-18T12:32:55","modified_gmt":"2026-09-18T16:32:55","slug":"initiatives-communautaires-innodation-ecosse","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/communs\/initiatives-communautaires-innodation-ecosse\/","title":{"rendered":"Le travail auto-organis\u00e9 dans la pratique : le cas des initiatives communautaires contre les inondations en \u00c9cosse"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Traduction de <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/14719037.2025.2484452?src=#ack\">Self-organizing work in practice: the case of community-based flooding initiatives in Scotland<\/a> par Kirsty Holstead &amp; Merlijn van Hulst, mars 2025, dans Public Management Review.<br>\u200b<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9sum\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les sp\u00e9cialistes de la gestion publique affirment que la r\u00e9ponse aux d\u00e9fis soci\u00e9taux n\u00e9cessite de plus en plus la contribution des citoyens, souvent par le biais d\u2019initiatives communautaires (IC), dans le cadre desquelles les citoyens s\u2019auto-organisent pour fournir des services publics. Nous avons une compr\u00e9hension limit\u00e9e du fonctionnement des IBC (initiatives \u00e0 base communautaire). \u00c0 l\u2019aide d\u2019une approche pratique et d\u2019entretiens informels avec des groupes \u00e9cossais luttant contre les inondations, nous montrons que leur travail consiste \u00e0 rassembler des activit\u00e9s, des connaissances et des ressources \u00e0 travers cinq pratiques : g\u00e9n\u00e9rer des connaissances, \u00e9tablir des programmes, entreprendre des r\u00e9ponses communes, \u00e9tablir des relations et instaurer la confiance, et formuler des contre-revendications. Nous approfondissons la compr\u00e9hension du fonctionnement quotidien des IBC, en montrant comment les pratiques sont li\u00e9es entre elles et avec celles des organismes publics.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour relever les d\u00e9fis soci\u00e9taux actuels, la contribution des citoyens et des communaut\u00e9s est indispensable, comme en t\u00e9moignent les tendances en mati\u00e8re de gestion publique et les discours sur les partenariats public-priv\u00e9, les coupes budg\u00e9taires dans les services publics et l\u2019autonomisation des communaut\u00e9s (Blok, van Buuren et Fenger 2023 ; Trischler, Dietrich et Rundle-Thiele 2019). La litt\u00e9rature sur l\u2019administration et la gestion publiques fournit principalement des informations sur la participation des citoyens et sur la mani\u00e8re dont les communaut\u00e9s peuvent contribuer plus efficacement aux processus coproductifs men\u00e9s par les pouvoirs publics (Loeffler et Bovaird 2016 ; Nabatchi, Sancino et Sicilia 2017 ; Voorberg, Bekkers et Tummers 2015). On en sait moins sur la contribution auto-organis\u00e9e et co-cr\u00e9ative des citoyens et des communaut\u00e9s aux services publics (Boonstra et Boelens 2011 ; Edelenbos et al. 2021a, 2021b ; Grubb et Frederiksen 2022 ; Igalla, Edelenbos et van Meerkerk 2020 ; Trischler, Dietrich et Rundle-Thiele 2019 ; Voorberg, Bekkers et Tummers 2015). Celles-ci prennent la forme d\u2019initiatives communautaires (IC), entendues comme une forme d\u2019auto-organisation citoyenne dans laquelle les citoyens d\u00e9finissent et r\u00e9alisent collectivement des projets visant \u00e0 fournir des biens ou des services publics dans leurs communaut\u00e9s (Blok, van Buuren et Fenger 2023 ; Healey 2015 ; Igalla, Edelenbos et van Meerkerk 2019). Les IBC sont g\u00e9n\u00e9ralement des groupes b\u00e9n\u00e9voles et locaux qui m\u00e8nent des projets, tandis que les fonctionnaires peuvent les faciliter ou les soutenir (Igalla, Edelenbos et van Meerkerk 2021 ; H. L. Mees et al. 2019). En raison de leur importance croissante dans la gouvernance contemporaine et de leur contribution \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration sociale et environnementale, \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9conomie, au bien-\u00eatre et aux r\u00e9sultats publics connexes (Edelenbos, van Meerkerk et Koppenjan 2017 ; Igalla, Edelenbos et van Meerkerk 2019 ; Seyfang et Haxeltine 2012 ; Visser et al. 2023), il est pertinent d\u2019\u00e9tudier comment les IBC s\u2019engagent dans les services publics (Edelenbos, Molenveld et van Meerkerk 2021 ; Hupe 2022).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La litt\u00e9rature sur les IBC dans l\u2019administration et la gestion publiques est en pleine expansion. Des contributions r\u00e9centes examinent l\u2019\u00e9mergence, l\u2019impact et le soutien des IBC (par exemple, Gofen 2021 ; Igalla, Edelenbos et van Meerkerk 2019, 2020, 2021) et les interactions des IBC avec les organismes publics, principalement du point de vue de ces derniers (par exemple, Duijn et al. 2019 ; Edelenbos, van Meerkerk et Koppenjan 2017 ; Kleinhans et al. 2023 ; H. L. Mees et al. 2019 ; Nederhand 2021). Si certains ont \u00e9tudi\u00e9 les activit\u00e9s des IBC (Edelenbos, Molenveld et van Meerkerk 2021), la plupart se sont concentr\u00e9s sur les facteurs favorables et les obstacles aux activit\u00e9s des IBC sans examiner plus en d\u00e9tail la mani\u00e8re dont les IBC s\u2019efforcent r\u00e9ellement d\u2019apporter une contribution utile et comment ils y parviennent (Blok, van Buuren et Fenger 2023). La litt\u00e9rature manque de descriptions d\u00e9taill\u00e9es du travail des IBC et de la mani\u00e8re dont ses diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments sont li\u00e9s et se rapportent au travail d\u2019autres acteurs impliqu\u00e9s dans la prestation de services publics (Fischer et al. 2017). Sur le plan pratique, approfondir les connaissances sur le travail des IBC peut aider leurs membres \u00e0 y r\u00e9fl\u00e9chir et permettre aux travailleurs de premi\u00e8re ligne de collaborer plus efficacement avec eux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans cet article, nous utilisons la th\u00e9orie de la pratique comme cadre th\u00e9orique (Blijleven et van Hulst 2021 ; M. S. Feldman et Orlikowski 2011 ; Sandberg et Tsoukas 2011 ; Wagenaar 2004). Gr\u00e2ce \u00e0 la th\u00e9orie de la pratique, le travail des IBC peut \u00eatre compris comme un ensemble de pratiques auxquelles se livrent leurs membres (Wagenaar, 2004). Les pratiques consistent en des activit\u00e9s motiv\u00e9es par des connaissances et soutenues par des ressources (Blijleven et van Hulst, 2021 ; Durose et al., 2022). La th\u00e9orie de la pratique est de plus en plus utilis\u00e9e pour \u00e9tudier le travail dans le contexte de la gestion publique (par exemple, Blijleven et van Hulst 2021 ; Huijbregts, George et Bekkers, 2022 ; Knox et Marin-Cadavid 2022 ; Trischler, Dietrich et Rundle-Thiele 2019). Notre \u00e9tude empirique porte sur les pratiques des groupes communautaires de pr\u00e9vention des inondations en \u00c9cosse. Nous avons men\u00e9 des entretiens ambulatoires aupr\u00e8s de 23 personnes actives dans des groupes de lutte contre les inondations afin de comprendre et d\u2019analyser leurs pratiques en examinant leurs activit\u00e9s, leurs connaissances et leurs ressources, ainsi que la mani\u00e8re dont celles-ci sont combin\u00e9es pour r\u00e9pondre aux probl\u00e8mes li\u00e9s aux inondations (Blijleven et van Hulst 2021). Nous utilisons notre cas pour r\u00e9pondre aux questions de recherche suivantes : Quelles sont les pratiques des IBC et comment ces pratiques sont-elles li\u00e9es ? Comment les pratiques des IBC sont-elles li\u00e9es au travail des organismes publics ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec cet article, nous contribuons tout d\u2019abord \u00e0 enrichir la compr\u00e9hension du fonctionnement quotidien des initiatives citoyennes (Fischer et al. 2017), en montrant quels \u00e9l\u00e9ments composent ce travail et comment ceux-ci sont li\u00e9s entre eux pour former un tout coh\u00e9rent (Sandberg et Tsoukas 2011). En observant \u00ab par-dessus l\u2019\u00e9paule \u00bb des participants (Geertz 1973, 452), nous avons constat\u00e9 que le travail des groupes \u00e9tudi\u00e9s dans le cadre des inondations comprend cinq pratiques connexes : g\u00e9n\u00e9rer des connaissances, \u00e9tablir des programmes, \u00e9laborer des r\u00e9ponses communes, instaurer la confiance et formuler des contre-arguments. Deuxi\u00e8mement, nous examinons la relation entre le travail des IBC et celui des organismes publics, car cela a \u00e9t\u00e9 principalement fait du point de vue des organismes publics. Conform\u00e9ment \u00e0 la contribution de la th\u00e9orie de la pratique \u00e0 la pens\u00e9e relationnelle (Bartels et Turnbull 2020 ; M. S. Feldman et Orlikowski 2011), nous \u00e9largissons notre compr\u00e9hension de la mani\u00e8re dont le travail des IBC est li\u00e9 \u00e0 celui des organismes publics, en soutenant que la collaboration avec les organismes publics et la remise en question de ceux-ci peuvent \u00eatre des moyens judicieux pour les IBC de d\u00e9velopper leurs pratiques (Henderson, Escobar et Revell 2021 ; van Meerkerk, Edelenbos et Molenveld 2021).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cet article est structur\u00e9 comme suit : nous pr\u00e9sentons tout d\u2019abord le contexte th\u00e9orique de l\u2019article, en mettant l\u2019accent sur les initiatives communautaires et la th\u00e9orie de la pratique. Apr\u00e8s avoir pr\u00e9sent\u00e9 les m\u00e9thodes et les r\u00e9sultats, nous exposons nos deux contributions en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la litt\u00e9rature existante. Nous pr\u00e9sentons ensuite les perspectives de recherche future et les implications pour les politiques et la pratique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Contexte th\u00e9orique : les initiatives communautaires et l\u2019approche de la th\u00e9orie de la pratique<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les initiatives communautaires et la gouvernance<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les initiatives communautaires sont une forme d\u2019auto-organisation dans laquelle les citoyens mobilisent des ressources pour d\u00e9finir et mener \u00e0 bien collectivement des projets visant \u00e0 fournir des biens ou des services publics \u00e0 leur communaut\u00e9. Les initiatives communautaires peuvent prendre diff\u00e9rentes formes, qui supervisent toutes leurs propres structures d\u00e9cisionnelles (Duijn et al. 2019 ; Igalla, Edelenbos et van Meerkerk 2021 ; Seyfang et Haxeltine 2012). Une grande partie de la litt\u00e9rature est consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la mani\u00e8re dont les citoyens s\u2019engagent dans la coproduction, en op\u00e9rant dans le cadre de structures et de processus d\u00e9finis par les gouvernements (Trischler, Dietrich et Rundle-Thiele 2019 ; Voorberg, Bekkers et Tummers 2015). Les initiatives communautaires sont souvent li\u00e9es \u00e0 des organisations publiques et priv\u00e9es qui leur apportent leur soutien. Elles peuvent \u00e9galement jouer un r\u00f4le de premier plan dans la prestation de services et d\u00e9veloppent g\u00e9n\u00e9ralement leurs propres projets (Edelenbos et van Meerkerk 2016 ; Edelenbos, Molenveld et van Meerkerk 2021 ; Igalla, Edelenbos et van Meerkerk 2021) et peuvent donc \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme une forme de co-cr\u00e9ation (Voorberg, Bekkers et Tummers 2015).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Comment s\u2019organisent les initiatives communautaires<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La litt\u00e9rature existante sur les initiatives communautaires dans l\u2019administration et la gestion publiques examine l\u2019\u00e9mergence, la survie et les performances des initiatives communautaires, ainsi que leurs interactions avec les organismes publics, principalement du point de vue de ces derniers et dans le cadre d\u2019arrangements coproductifs. En ce qui concerne le premier domaine d\u2019\u00e9tude, les IBC \u00e9mergent g\u00e9n\u00e9ralement en r\u00e9action \u00e0 une d\u00e9faillance gouvernementale ou \u00e0 un besoin non satisfait de la communaut\u00e9 (Edelenbos, van Meerkerk et Schenk 2018 ; Gofen 2021 ; van Meerkerk, Edelenbos et Molenveld 2021). Une fois op\u00e9rationnelles, les IBC fa\u00e7onnent la prestation des services publics et, ce faisant, ont une marge de man\u0153uvre importante pour influencer la mani\u00e8re dont les probl\u00e8mes sont trait\u00e9s dans leurs communaut\u00e9s. Elles choisissent les objectifs et les ambitions de leurs initiatives et d\u00e9cident de la mani\u00e8re dont elles les mettront en \u0153uvre (Fischer et al. 2017 ; Seyfang et Haxeltine 2012). Nous savons \u00e9galement qu\u2019elles \u00e9tablissent des contacts appropri\u00e9s pour des collaborations et cr\u00e9ent les conditions propices \u00e0 des partenariats avec des fonctionnaires en partageant des informations et en alignant les attentes des organisations publiques et non publiques (par exemple, Edelenbos et al. 2021a, 2021b ; Nederhand 2021). Les IBC choisissent souvent, mais pas toujours, de travailler avec des organismes publics, en s\u2019appuyant sur eux, par exemple, pour obtenir des ressources (Dinnie et Holstead 2018 ; Igalla, Edelenbos et van Meerkerk 2021).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien qu\u2019elles parviennent souvent \u00e0 atteindre leurs objectifs, les IBC sont confront\u00e9es \u00e0 des d\u00e9fis pour cr\u00e9er les conditions n\u00e9cessaires \u00e0 leur survie, notamment une politique gouvernementale et une bureaucratie favorables, un financement, leur capacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9rer la dynamique interne du groupe, la fid\u00e9lisation des b\u00e9n\u00e9voles et la p\u00e9nurie de comp\u00e9tences (par exemple, Fischer et al. 2017 ; Igalla, Edelenbos et van Meerkerk 2019, 2021 ; Kleinhans 2017). Les capacit\u00e9s des IBC, notamment leurs comp\u00e9tences et leur acc\u00e8s aux ressources, au capital et au leadership, influencent leurs performances (Boonstra et al. 2022 ; Kleinhans et al. 2023). Les facteurs qui influencent les IBC identifi\u00e9s dans la litt\u00e9rature se concentrent sur les raisons pour lesquelles certaines initiatives communautaires r\u00e9ussissent mieux que d\u2019autres dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de la mise en place de contextes favorables \u00e0 leurs activit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La gestion des relations entre les fonctionnaires et les initiatives communautaires du point de vue des travailleurs du secteur public a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 au centre des pr\u00e9occupations (Duijn et al. 2019 ; Holstead, Russell et Waylen 2023 ; Nederhand 2021). La litt\u00e9rature explore les tensions entre les formes de gouvernance descendantes et plus collaboratives, ainsi que les moyens de r\u00e9duire ces tensions (Duijn et al. 2019 ; Holstead, Russell et Waylen 2023 ; Nederhand 2021). Les IBC sont fortement influenc\u00e9es par le contexte institutionnel dans lequel elles op\u00e8rent ; leurs activit\u00e9s peuvent \u00eatre en d\u00e9calage avec les politiques officielles et les activit\u00e9s gouvernementales. Cela n\u2019a rien de surprenant : les OSC apparaissent souvent en r\u00e9ponse \u00e0 des faiblesses per\u00e7ues dans les politiques et les services publics, et un manque d\u2019alignement peut se produire entre des groupes et des organismes publics qui poursuivent des buts et des objectifs diff\u00e9rents (Duijn et al. 2019 ; Edelenbos, van Meerkerk et Schenk 2018). Bien que les organismes publics et les OSC puissent travailler ensemble pour d\u00e9velopper des projets dont chacun tire des avantages, ils ne collaborent pas toujours de mani\u00e8re harmonieuse. M\u00eame si cela peut poser des d\u00e9fis aux d\u00e9cideurs politiques et aux gestionnaires publics, comme le sugg\u00e8rent Henderson, Escobar et Revell (2021) et Gofen (2021), il peut \u00eatre n\u00e9cessaire de remettre en question les organismes publics pour les initiatives citoyennes. Enfin, interagir avec les initiatives citoyennes signifie que les fonctionnaires peuvent modifier leur fa\u00e7on de travailler afin de faciliter les activit\u00e9s citoyennes et, dans certains cas, laisser les initiatives citoyennes prendre les devants (H. L. Mees et al. 2019). La mesure dans laquelle cela se produit dans la pratique fait l\u2019objet d\u2019un d\u00e9bat (Blijleven et van Hulst 2021 ; Kleinhans 2017). Si les organismes publics sugg\u00e8rent qu\u2019il existe une marge de man\u0153uvre pour l\u2019initiative, mais que les IBC et leurs activit\u00e9s sont trop encadr\u00e9es ou d\u00e9limit\u00e9es pour fonctionner dans un espace restreint, leur capacit\u00e9 \u00e0 faire la diff\u00e9rence dans la prestation des services est compromise (Visser et al. 2023).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si l\u2019on dispose d\u2019informations riches sur les facteurs favorables et les obstacles qui entourent l\u2019activit\u00e9 des IBC et sur les d\u00e9fis et les tensions dans les relations avec les fonctionnaires et les organismes publics, on comprend moins bien les pratiques r\u00e9elles des IBC et la mani\u00e8re dont elles interagissent avec les organismes publics (Healey 2021). Contrairement aux approches actuellement utilis\u00e9es dans la plupart des recherches sur les IBC, une approche th\u00e9orique fond\u00e9e sur la pratique commence par s\u2019interroger sur ce que font les agents \u00e0 la lumi\u00e8re de ce qu\u2019ils jugent significatif. Elle reconstruit la logique de la pratique (Sandberg et Tsoukas 2011). Nous reconstruisons une vision de l\u2019int\u00e9rieur, en observant le travail quotidien des membres des IBC (Geertz 1973). Si la th\u00e9orie de la pratique est de plus en plus utilis\u00e9e pour \u00e9tudier l\u2019administration et la gestion publiques, une telle vision des IBC est difficile \u00e0 trouver. Compte tenu du r\u00f4le central des IBC dans le paysage de la gouvernance contemporaine, offrir un aper\u00e7u de la mani\u00e8re dont elles travaillent peut fournir aux acteurs gouvernementaux des connaissances sur la meilleure fa\u00e7on de s\u2019organiser avec les IBC et de mettre en avant leur contribution aux services publics. Dans cet article, nous posons donc les questions suivantes : Quelles sont les pratiques des IBC et comment ces pratiques sont-elles li\u00e9es ? Nous nous demandons \u00e9galement : comment les pratiques des IBC sont-elles li\u00e9es au travail des organismes publics ?<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Utiliser la th\u00e9orie de la pratique pour comprendre la pratique des initiatives communautaires<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous utilisons une approche th\u00e9orique de la pratique, une mani\u00e8re d\u2019appr\u00e9hender l\u2019organisation qui se concentre sur le travail r\u00e9current et les r\u00e9sultats obtenus (Blijleven et van Hulst 2021 ; M. S. Feldman et Orlikowski 2011 ; M. Feldman et Worline 2016 ; Wagenaar 2004). Ce faisant, nous construisons une description d\u00e9taill\u00e9e du travail de la IBC en tant que totalit\u00e9 significative (Orlikowski 2010 ; Sandberg et Tsoukas 2011). Nous utilisons quatre concepts principaux : les pratiques, les compr\u00e9hensions partag\u00e9es, les ressources et les activit\u00e9s quotidiennes. Tout d\u2019abord, les pratiques sont des ensembles d\u2019activit\u00e9s quotidiennes motiv\u00e9es par la compr\u00e9hension commune que les acteurs qui les exercent ont de leur travail et soutenues par les ressources auxquelles ils ont recours (Blijleven et van Hulst 2021 ; Durose et al. 2022 ; Sandberg et Tsoukas 2011). Les activit\u00e9s sont les actions et les paroles concr\u00e8tes des acteurs. Bien que les pratiques deviennent routini\u00e8res au fil du temps, elles impliquent \u00e9galement des improvisations et une utilisation cr\u00e9ative des ressources lorsque, face \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements impr\u00e9vus, les conceptions s\u2019av\u00e8rent insuffisantes ou que les acteurs sont confront\u00e9s \u00e0 une rupture de sens (Sandberg et Tsoukas 2011). Les conceptions partag\u00e9es d\u00e9coulent du contexte organisationnel et institutionnel plus large dans lequel s\u2019inscrit le travail. Elles aident \u00e0 orienter les acteurs en leur donnant une id\u00e9e de ce qui est important et significatif. Les membres des IBC, par exemple, partent d\u2019une compr\u00e9hension commune d\u2019un besoin non satisfait dans la communaut\u00e9 ou d\u2019une insatisfaction quant \u00e0 la mani\u00e8re dont la planification des risques d\u2019inondation est mise en \u0153uvre dans leur r\u00e9gion (Edelenbos, van Meerkerk et Schenk 2018). Les ressources comprennent des \u00e9l\u00e9ments tels que les b\u00e2timents, les r\u00e9seaux sociaux et divers types de connaissances (Durose et al. 2022). Dans la pratique, les compr\u00e9hensions et les ressources sont mises en commun dans le cadre de leur entreprise par le biais d\u2019activit\u00e9s qui constituent des pratiques particuli\u00e8res. Dans une large mesure, la th\u00e9orie de la pratique nous enseigne que le simple fait d\u2019accomplir un travail est toujours une r\u00e9ussite.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En outre, les pratiques sont relationnelles (M. Feldman et Worline 2016 ; Bartels et Turnbull 2020 ; Wagenaar 2004). Les connaissances, les ressources et les activit\u00e9s qui composent les pratiques forment un tout interconnect\u00e9 visant des fins particuli\u00e8res (Sandberg et Tsoukas 2011). Les pratiques des acteurs prennent tout leur sens par rapport aux pratiques des autres acteurs. Par exemple, M. Feldman et Worline (2016) montrent que les efforts participatifs peuvent alimenter les relations futures et contribuer \u00e0 une compr\u00e9hension commune de la relation entre l\u2019\u00c9tat et les citoyens. Pour mettre en \u00e9vidence cet aspect des pratiques, nous nous int\u00e9resserons \u00e0 la mani\u00e8re dont les membres des IBC relient leur travail \u00e0 celui des organismes publics. La relationnalit\u00e9 des pratiques ne pr\u00e9d\u00e9termine pas le type de relations que les IBC entretiennent et pourrait nous inciter \u00e0 accorder une attention \u00e9gale aux activit\u00e9s de collaboration et de contestation (Henderson, Escobar et Revell 2021). La valeur des approches th\u00e9oriques fond\u00e9es sur la pratique est d\u00e9montr\u00e9e par l\u2019int\u00e9r\u00eat croissant pour les \u00e9tudes sur l\u2019administration et la gestion publiques, qui se concentrent principalement sur les pratiques des repr\u00e9sentants gouvernementaux (Blijleven et van Hulst 2021 ; Wagenaar 2004) et \u00e9galement en relation avec les acteurs du secteur public confront\u00e9s aux d\u00e9fis li\u00e9s \u00e0 l\u2019eau (Holstead, Funder et Upton 2021, 2023). Ainsi, le d\u00e9cryptage des pratiques de IBC telles qu\u2019elles sont mises en \u0153uvre offre la possibilit\u00e9 de d\u00e9velopper les capacit\u00e9s de la IBC et des praticiens \u00e0 \u00e9valuer et m\u00eame \u00e0 s\u2019engager dans ces pratiques dans diff\u00e9rents contextes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">M\u00e9thodologie<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette \u00e9tude s\u2019est appuy\u00e9e sur une m\u00e9thodologie de recherche interpr\u00e9tative (Schwartz-Shea et Yanow 2012), qui consiste \u00e0 commencer par \u00e9tudier la construction du sens dans le contexte, puis \u00e0 proc\u00e9der par it\u00e9rations abductives, passant des surprises et des \u00e9nigmes \u00e0 la compr\u00e9hension, comme le font g\u00e9n\u00e9ralement les approches fond\u00e9es sur la pratique (Hajer et Wagenaar 2003 ; Wagenaar 2011). Comme nous cherchions \u00e0 comprendre les pratiques des groupes communautaires de lutte contre les inondations, nous avons cherch\u00e9 \u00e0 recueillir des donn\u00e9es empiriques aupr\u00e8s de personnes ayant une exp\u00e9rience approfondie de ce type de travail. Nous avons donc recueilli des donn\u00e9es aupr\u00e8s de groupes communautaires de lutte contre les inondations en \u00c9cosse \u00e0 l\u2019aide d\u2019entretiens semi-structur\u00e9s r\u00e9alis\u00e9s lors de promenades, puis nous les avons analys\u00e9es par th\u00e8me. L\u2019\u00e9tude empirique porte sur les pratiques des initiatives communautaires impliqu\u00e9es dans la gouvernance de la durabilit\u00e9, en prenant comme \u00e9tude de cas les groupes communautaires de lutte contre les inondations en \u00c9cosse.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le cas<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019objet empirique de la recherche est les groupes communautaires de lutte contre les inondations en \u00c9cosse. La prestation des services publics, et dans le cas pr\u00e9sent, la gestion des services li\u00e9s \u00e0 l\u2019eau et aux inondations, a consid\u00e9rablement \u00e9volu\u00e9 en Europe et au Royaume-Uni. Elle se caract\u00e9rise par un changement dans le d\u00e9bat sur le r\u00f4le et les responsabilit\u00e9s appropri\u00e9s des organismes publics et des citoyens (H. Mees et al. 2016 ; Nye, Tapsell et Twigger-Ross 2011). Le paradigme actuel de la gestion des risques d\u2019inondation en \u00c9cosse, comme dans certaines r\u00e9gions d\u2019Europe, a \u00e9volu\u00e9 d\u2019une approche ax\u00e9e sur des paradigmes techniques \u00e0 grande \u00e9chelle vers un paradigme plus holistique et int\u00e9gr\u00e9 de r\u00e9silience aux inondations. Ce dernier repose sur le principe que nous ne pouvons pas emp\u00eacher les inondations, mais que nous pouvons en r\u00e9duire les impacts en impliquant un \u00e9ventail plus large d\u2019organisations dans l\u2019adaptation aux inondations et la reconstruction apr\u00e8s celles-ci, en mettant l\u2019accent sur la pr\u00e9paration aux inondations et les mesures de protection individuelle (H. Mees et al. 2016 ; Nye, Tapsell et Twigger-Ross 2011).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces id\u00e9es sont ancr\u00e9es dans le paysage juridique et politique, notamment dans la loi de 2009 sur la gestion des risques (\u00c9cosse), qui met l\u2019accent sur des approches durables de la gestion des inondations, notamment la r\u00e9silience, l\u2019engagement et les techniques naturelles de gestion des inondations, que les groupes communautaires peuvent promouvoir et soutenir. Le paysage politique \u00e9volue afin de cr\u00e9er un espace plus large pour la participation des communaut\u00e9s \u00e0 la r\u00e9silience face aux inondations. Au moment de la r\u00e9daction du pr\u00e9sent document, le gouvernement \u00e9cossais avait lanc\u00e9 un processus de consultation afin de recueillir l\u2019avis du public sur une nouvelle strat\u00e9gie de r\u00e9silience aux inondations dans le cadre du plan national d\u2019adaptation plus large de l\u2019\u00c9cosse visant \u00e0 renforcer la r\u00e9silience \u00e0 long terme des communaut\u00e9s \u00e9cossaises face aux inondations. Des r\u00e9formes plus larges des politiques publiques relatives \u00e0 l\u2019appropriation, \u00e0 la r\u00e9silience et \u00e0 l\u2019engagement des communaut\u00e9s sont \u00e9galement pertinentes (par exemple, Escobar 2022 ; Holstead et al. 2018 ; Lightbody et Escobar 2021).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les groupes communautaires de lutte contre les inondations, en tant qu\u2019ICB, jouent un r\u00f4le central dans la gestion des probl\u00e8mes li\u00e9s \u00e0 l\u2019eau en \u00c9cosse et en Europe (Edelenbos et van Meerkerk 2016 ; Forrest, Trell et Woltjer 2017). On recense 234 groupes de lutte contre les inondations en Angleterre, mais leur nombre est inconnu pour le reste du Royaume-Uni (Forrest, Trell et Woltjer 2017). Les activit\u00e9s de ces groupes consistent principalement \u00e0 mettre en \u0153uvre les changements que leurs membres et leurs communaut\u00e9s souhaitent voir dans leur r\u00e9gion, mais elles varient en fonction des besoins et des pr\u00e9occupations locaux. Leurs membres peuvent \u00eatre nombreux et leur constitution et leur composition diff\u00e8rent d\u2019un groupe \u00e0 l\u2019autre. Les groupes de lutte contre les inondations disposent de ressources limit\u00e9es. En tant qu\u2019organisations b\u00e9n\u00e9voles, les groupes de lutte contre les inondations d\u00e9pendent des contributions des communaut\u00e9s locales, de leurs membres et de financements priv\u00e9s et publics. Certains ont obtenu des subventions modestes aupr\u00e8s d\u2019entreprises \u00e9nerg\u00e9tiques pour acheter du mat\u00e9riel de s\u00e9curit\u00e9. Ils organisent des \u00e9v\u00e9nements de collecte de fonds (tombolas, ventes, etc.) pour financer leurs activit\u00e9s. Ils ont un pouvoir tr\u00e8s limit\u00e9 dans le paysage juridique et politique officiel \u00e9cossais. Ces groupes \u00e0 but non lucratif travaillent souvent avec les autorit\u00e9s locales, d\u2019autres organisations communautaires et des entreprises pour cr\u00e9er un espace o\u00f9 leurs id\u00e9es peuvent s\u2019exprimer et leurs objectifs se r\u00e9aliser.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00c9cosse est un cadre int\u00e9ressant pour cette \u00e9tude, car la participation communautaire aux questions li\u00e9es aux inondations y est de plus en plus encourag\u00e9e. Le pays a une longue tradition de travail participatif et une vaste exp\u00e9rience des activit\u00e9s de gouvernance locale dans le domaine de l\u2019eau et des inondations, qui offrent des perspectives analytiques int\u00e9ressantes (Holstead, Russell et Waylen 2023 ; Nye, Tapsell et Twigger-Ross 2011). Compte tenu de leurs pratiques relativement efficaces et avanc\u00e9es en mati\u00e8re d\u2019ICB, nous pouvons nous inspirer de leur exp\u00e9rience en tant que mode fondamental de participation citoyenne et forme bien d\u00e9velopp\u00e9e d\u2019ICB. Dans cette \u00e9tude, nous nous int\u00e9ressons \u00e0 la compr\u00e9hension des mod\u00e8les g\u00e9n\u00e9raux de pratique des initiatives communautaires et \u00e0 la mani\u00e8re dont elles participent \u00e0 la prestation de services publics dans le domaine des inondations.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Travail<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette recherche s\u2019inscrit dans le cadre d\u2019une \u00e9tude plus large qui examine le r\u00f4le de la communaut\u00e9 dans la gouvernance de l\u2019eau. Suivant une approche pratique pour explorer le travail des IBC, des donn\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 recueillies \u00e0 l\u2019aide d\u2019entretiens ambulatoires (voir Holstead et al. 2024) aupr\u00e8s de 23 participants \u00e0 des groupes communautaires de lutte contre les inondations travaillant dans dix IBC diff\u00e9rentes (au total, quatorze entretiens ont eu lieu, parfois en groupe). La compr\u00e9hension des pratiques par le biais d\u2019entretiens a \u00e9t\u00e9 fr\u00e9quemment utilis\u00e9e (par exemple, Wagenaar, 2004 ; Blijleven et van Hulst 2021). Au cours des entretiens ambulatoires, les participants ont \u00e9t\u00e9 invit\u00e9s \u00e0 se promener avec le premier auteur dans une zone inondable qui leur \u00e9tait famili\u00e8re (Holstead et al. 2024). Les participants ont d\u00e9cid\u00e9 o\u00f9 marcher, combien de temps marcher et ce qu\u2019ils voulaient montrer au chercheur. Les entretiens ont dur\u00e9 entre 60 et 240 minutes. Les entretiens ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9s entre septembre et d\u00e9cembre 2021, ce qui nous a permis de comprendre, gr\u00e2ce aux personnes concern\u00e9es, la nature complexe du travail des IBC et de voir comment les activit\u00e9s s\u2019articulent de mani\u00e8re significative. Les personnes interrog\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 recrut\u00e9es gr\u00e2ce \u00e0 une annonce publi\u00e9e par une organisation caritative nationale \u00e9cossaise qui soutient les communaut\u00e9s confront\u00e9es \u00e0 des inondations. Les groupes interrog\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9s selon les principes de la \u00ab cartographie \u00bb (les groupes ont \u00e9t\u00e9 cartographi\u00e9s et \u00e9tudi\u00e9s afin de comprendre quelles activit\u00e9s ils menaient et avec qui) et de l\u2019\u00ab exposition \u00bb (nous avons parl\u00e9 \u00e0 des personnes ayant des points de vue divergents et avons pris des mesures pour combler les \u00ab silences \u00bb) (Schwartz-Shea et Yanow 2012). En g\u00e9n\u00e9ral, les personnes interrog\u00e9es \u00e9taient des dirigeants ou des membres actifs du groupe, et toutes ont donn\u00e9 leur consentement \u00e9clair\u00e9 en signant une fiche d\u2019information avant l\u2019entretien. L\u2019annexe 1 contient la liste des entretiens. Tous les groupes ont \u00e9t\u00e9 anonymis\u00e9s, et fournir des informations suppl\u00e9mentaires pourrait compromettre leur anonymat en raison de la nature sp\u00e9cifique des r\u00e9sultats pr\u00e9sent\u00e9s dans cette \u00e9tude.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des entretiens ambulatoires ont \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 la conception de la recherche afin de cr\u00e9er une atmosph\u00e8re d\u00e9tendue pour discuter du travail, permettant aux participants de r\u00e9fl\u00e9chir plus pleinement \u00e0 leurs exp\u00e9riences dans les lieux o\u00f9 les \u00e9v\u00e9nements se sont d\u00e9roul\u00e9s. L\u2019enqu\u00eateur et la personne interrog\u00e9e pouvaient discuter de ce qu\u2019ils voyaient, ce qui fournissait des pistes utiles pour la discussion (Holstead et al. 2024 ; O\u2019Neill et Roberts 2019). Nous avons visit\u00e9 divers sites, notamment des zones inond\u00e9es, des zones propos\u00e9es pour le d\u00e9veloppement d\u2019infrastructures de lutte contre les inondations, des rivi\u00e8res, des bassins de drainage, des maisons, des mairies et des zones de stockage du mat\u00e9riel de lutte contre les inondations. Conform\u00e9ment \u00e0 la \u00ab pratique de l\u2019entretien bas\u00e9 sur l\u2019exp\u00e9rience \u00bb, les entretiens ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9s en mettant particuli\u00e8rement l\u2019accent sur la recherche d\u2019exemples concrets et de cas d\u2019implication dans les questions li\u00e9es aux inondations (Blijleven et van Hulst 2021 ; Soss 2014). Par exemple, nous nous sommes concentr\u00e9s sur les inondations pass\u00e9es et les activit\u00e9s des groupes d\u2019action contre les inondations lors des entretiens, en recherchant des r\u00e9cits d\u00e9taill\u00e9s, et leur nature semi-structur\u00e9e a donn\u00e9 aux personnes interrog\u00e9es de nombreuses occasions de partager leurs exp\u00e9riences. Les questions \u00e9taient ax\u00e9es sur l\u2019action et demandaient aux participants de r\u00e9fl\u00e9chir aux aspects pratiques de leur travail (voir l\u2019annexe 2 pour le guide d\u2019entretien). Les entretiens ont port\u00e9 sur les actions men\u00e9es par les IBC et sur les liens entre ces actions, ce qui nous a permis de comprendre les pratiques rencontr\u00e9es par les IBC dans leur travail. Les visites sur place ont permis d\u2019avoir des discussions riches sur les \u00e9v\u00e9nements qui s\u2019y sont d\u00e9roul\u00e9s et ont mis en lumi\u00e8re certains aspects de leur travail, qui n\u2019auraient probablement pas \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s si nous ne nous \u00e9tions pas rendus sur place (Holstead et al. 2024). Avant le d\u00e9but de la recherche, l\u2019approbation \u00e9thique a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e par le comit\u00e9 d\u2019\u00e9thique de l\u2019universit\u00e9 de St Andrews. Toutes les entrevues ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9es et transcrites par la suite pour \u00eatre analys\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Analyse<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019analyse des donn\u00e9es a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9e de mani\u00e8re th\u00e9matique \u00e0 l\u2019aide du logiciel d\u2019analyse qualitative assist\u00e9e par ordinateur MAXQDA 2021. Les donn\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 cod\u00e9es en plusieurs \u00e9tapes et regroup\u00e9es par th\u00e8mes (Salda\u00f1a 2021). Lors de la premi\u00e8re \u00e9tape, nous sommes rest\u00e9s fid\u00e8les aux propos des personnes interrog\u00e9es tout en r\u00e9digeant des notes avec des questions sur les donn\u00e9es. Nous avons ensuite d\u00e9velopp\u00e9 et affin\u00e9 les codes gr\u00e2ce \u00e0 un processus it\u00e9ratif et abductif consistant \u00e0 passer de la th\u00e9orie \u00e0 la litt\u00e9rature (Locke, Golden-Biddle et Feldman 2008 ; van Hulst et Visser 2024). Le codage a \u00e9t\u00e9 un processus hautement it\u00e9ratif. Dans un premier temps, nous avons cod\u00e9 les activit\u00e9s des IC. Nous les avons ensuite regroup\u00e9es en fonction de leurs similitudes, ce qui a donn\u00e9 lieu \u00e0 cinq grands groupes de pratiques, discut\u00e9s ci-dessous dans les conclusions (voir l\u2019annexe 3 pour plus d\u2019informations).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019approche th\u00e9orique fond\u00e9e sur la pratique nous a permis d\u2019ancrer nos conclusions \u00e0 un niveau micro (activit\u00e9s quotidiennes) et de les consid\u00e9rer en termes d\u2019\u00e9l\u00e9ments plus larges, charg\u00e9s de sens et connect\u00e9s dans le travail des IC (pratiques). Ce faisant, nous avons continuellement compar\u00e9 les donn\u00e9es, en nous demandant en quoi elles \u00e9taient similaires et diff\u00e9rentes (Strauss et Corbin 1990). Nous avons \u00e9labor\u00e9 conjointement les r\u00e9sultats et les th\u00e8mes finaux en analysant et en r\u00e9digeant les r\u00e9sultats, qui s\u2019appuyaient sur notre compr\u00e9hension \u00e9volutive de la th\u00e9orie et des donn\u00e9es. Ensemble, en posant conjointement des questions sur les donn\u00e9es et en comparant les cas, nous sommes parvenus aux r\u00e9sultats pr\u00e9sent\u00e9s ci-dessous. Afin de garantir davantage la robustesse des r\u00e9sultats, le premier auteur a r\u00e9fl\u00e9chi et suivi l\u2019\u00e9volution du projet dans un journal de recherche tout au long de la recherche et a discut\u00e9 et v\u00e9rifi\u00e9 les r\u00e9sultats avec ses coll\u00e8gues. Ces pratiques de recherche sont essentielles aux m\u00e9thodes interpr\u00e9tatives afin de garantir des r\u00e9sultats fiables et de haute qualit\u00e9 (Schwartz-Shea 2014).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusions : pratiques des groupes communautaires de lutte contre les inondations<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur la base de notre analyse, nous avons identifi\u00e9 cinq pratiques dans le travail des IBC : (1) g\u00e9n\u00e9rer des connaissances, (2) \u00e9tablir des programmes, (3) \u00e9laborer et mettre en \u0153uvre des r\u00e9ponses communes, (4) \u00e9tablir des relations et instaurer la confiance, et (5) formuler des contre-arguments. Ces pratiques sont expliqu\u00e9es ci-dessous.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">G\u00e9n\u00e9rer des connaissances<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les groupes de lutte contre les inondations cherchent \u00e0 rem\u00e9dier aux situations qui les pr\u00e9occupent. Pour ce faire, ils g\u00e9n\u00e8rent des connaissances sur le probl\u00e8me de l\u2019eau en question. Comment acqui\u00e8rent-ils ces connaissances ? Ils examinent g\u00e9n\u00e9ralement le paysage, souvent gr\u00e2ce au savoir-faire transmis par les agriculteurs locaux et d\u2019autres personnes qui ont v\u00e9cu dans ces r\u00e9gions lors de pr\u00e9c\u00e9dentes crises hydriques. Les groupes communautaires peuvent discuter avec la population locale et les agriculteurs afin de comprendre les probl\u00e8mes historiques li\u00e9s \u00e0 l\u2019eau, les infrastructures et le drainage. Pendant les p\u00e9riodes de fortes pluies, les groupes identifient les niveaux d\u2019eau \u00e9lev\u00e9s et r\u00e9partissent leurs membres \u00e0 des \u00ab points de d\u00e9clenchement \u00bb afin de surveiller la situation et d\u2019en rendre compte au groupe. Certains groupes (groupes 1, 2, 4 et 6) utilisent des moniteurs de niveau fluvial pour suivre les niveaux d\u2019eau \u00e0 distance, ce qui met en \u00e9vidence l\u2019aspect mat\u00e9riel de cette pratique. Outre l\u2019observation du comportement des cours d\u2019eau, ils surveillent les conditions m\u00e9t\u00e9orologiques actuelles et futures, y compris les donn\u00e9es historiques, ce qui leur permet d\u2019effectuer des analyses statistiques et de combiner diff\u00e9rentes sources de donn\u00e9es afin de surveiller les r\u00e9gimes hydrologiques dans la r\u00e9gion et \u00ab d\u2019obtenir une image plus pr\u00e9cise de la situation \u00bb (groupe 3). Les groupes charg\u00e9s des inondations utilisent ces informations pour \u00e9valuer les risques physiques, notamment les personnes ou les habitations vuln\u00e9rables qui pourraient n\u00e9cessiter une protection. Ainsi, la compr\u00e9hension de la situation permet de d\u00e9finir des pr\u00e9occupations concr\u00e8tes. Comprendre la situation implique \u00e9galement de comprendre les diff\u00e9rents points de vue au sein du groupe et de la communaut\u00e9 au sens large. Les IBC \u00e9coutent et discutent des probl\u00e8mes li\u00e9s \u00e0 l\u2019eau avec les habitants de la r\u00e9gion et des solutions possibles selon eux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La mani\u00e8re dont les probl\u00e8mes li\u00e9s \u00e0 l\u2019eau peuvent \u00eatre r\u00e9solus n\u2019est pas \u00e9vidente et n\u00e9cessite une bonne connaissance du paysage bureaucratique. Les groupes charg\u00e9s des inondations rassemblent ces informations gr\u00e2ce \u00e0 des recherches. Ils essaient de d\u00e9couvrir les interd\u00e9pendances dans la gouvernance de l\u2019environnement aquatique, ainsi que les r\u00f4les et les personnes cl\u00e9s \u00e0 qui ils pourraient s\u2019adresser. Gr\u00e2ce \u00e0 des recherches en ligne, les groupes compilent des informations sur les r\u00f4les et les responsabilit\u00e9s associ\u00e9es, ainsi que sur les personnes cl\u00e9s au sein de la communaut\u00e9 et des organismes publics. Les organigrammes des organismes publics sont une ressource essentielle pour comprendre les responsabilit\u00e9s, mais ils ne sont pas toujours disponibles en ligne. Comme le montre la citation suivante, les organigrammes permettent de p\u00e9n\u00e9trer dans les organismes publics : \u00ab La premi\u00e8re chose que nous faisons est de nous asseoir et de nous demander : o\u00f9 se trouve l\u2019organigramme ? [et] qui fait quoi ? Si vous n\u2019atteignez pas ce niveau, vous ne comprenez pas comment ces organisations fonctionnent ; si vous ne comprenez pas comment elles fonctionnent, il est difficile d\u2019agir sur elles \u00bb (Groupe 7). Les groupes identifient \u00e9galement les noms figurant dans les documents et rapports relatifs aux politiques publiques et contactent les professionnels des organismes publics par ce biais. Les groupes s\u2019entretiennent avec les membres de leurs r\u00e9seaux et d\u2019autres groupes afin d\u2019acqu\u00e9rir une meilleure compr\u00e9hension d\u2019une question. Il est donc essentiel d\u2019acc\u00e9der au paysage bureaucratique et de comprendre le contexte politique et de gouvernance plus large.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comprendre la situation implique \u00e9galement de compiler des informations sur la prestation des services publics et les priorit\u00e9s nationales en mati\u00e8re d\u2019eau. Les membres des groupes sur les inondations lisent les plans, la l\u00e9gislation, les strat\u00e9gies organisationnelles et les rapports environnementaux afin de comprendre le paysage politique. Les plans et les priorit\u00e9s organisationnels changent, \u00e9voluent et varient d\u2019une organisation \u00e0 l\u2019autre. Certaines questions, telles que les mesures en amont (par exemple, les bassins de r\u00e9tention et la gestion naturelle des inondations), que certains groupes IBC sur les inondations cherchent \u00e0 r\u00e9soudre pour r\u00e9pondre aux probl\u00e8mes locaux qui les pr\u00e9occupent, sont particuli\u00e8rement difficiles car les responsabilit\u00e9s sont r\u00e9parties entre diff\u00e9rents organismes publics et doivent donc \u00eatre coordonn\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La production de connaissances implique la collecte d\u2019informations locales, la compr\u00e9hension des organisations et de la l\u00e9gislation, ainsi que la ma\u00eetrise des processus d\u00e9cisionnels et des approches consid\u00e9r\u00e9es comme les meilleures par les diff\u00e9rents organismes publics pour traiter les questions li\u00e9es \u00e0 l\u2019eau. La compr\u00e9hension du paysage bureaucratique, y compris les principaux acteurs, la l\u00e9gislation, les responsabilit\u00e9s et les ressources disponibles qui pourraient \u00eatre mobilis\u00e9es pour r\u00e9pondre aux pr\u00e9occupations, a permis aux groupes de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la suite des \u00e9v\u00e9nements, aux mesures \u00e0 prendre et aux partenaires avec lesquels ils doivent travailler. Il est important de noter que tout ce travail de recherche n\u00e9cessite le d\u00e9veloppement et l\u2019utilisation de connaissances bureaucratiques sur les services publics et les politiques (organigrammes, plans), qui permettent et alimentent le travail politique entrepris par la suite \u2013 nous devons \u00eatre capables d\u2019\u00ab appuyer sur les boutons \u00bb [des organismes publics] (groupe 2).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u00c9tablir des programmes<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une partie essentielle du travail des IBC que nous avons \u00e9tudi\u00e9s consiste \u00e0 \u00e9tablir des programmes autour des questions li\u00e9es \u00e0 l\u2019eau. Cette pratique consiste \u00e0 harmoniser les points de vue afin de susciter un soutien et de mobiliser des ressources. L\u2019\u00e9tablissement d\u2019un programme implique \u00e0 nouveau de travailler avec les communaut\u00e9s et les fonctionnaires, souvent pour d\u00e9finir des plans d\u2019action et obtenir des ressources et des engagements. Les communaut\u00e9s ont parfois des points de vue divergents sur la marche \u00e0 suivre, et les travailleurs de premi\u00e8re ligne disposent de temps et de ressources limit\u00e9s. Il faut donc faire preuve d\u2019habilet\u00e9 pour rallier les communaut\u00e9s et amener les fonctionnaires \u00e0 travailler sur les pr\u00e9occupations de la communaut\u00e9. Les IBC doivent persuader les travailleurs de premi\u00e8re ligne de se rallier \u00e0 leur argumentation et \u00e0 leur programme. Tout d\u2019abord, les groupes de lutte contre les inondations suscitent l\u2019int\u00e9r\u00eat et partagent leur compr\u00e9hension et leurs connaissances avec l\u2019ensemble de la communaut\u00e9 afin d\u2019attirer son attention sur les probl\u00e8mes. Ils r\u00e9digent des plans communautaires de lutte contre les inondations et de r\u00e9silience, donnent des conf\u00e9rences sur la biodiversit\u00e9, la conservation et le patrimoine, et r\u00e9digent des bulletins d\u2019information afin \u00ab d\u2019essayer de mettre les informations dans le domaine public afin que les gens puissent se forger une opinion \u00e9clair\u00e9e \u00bb (groupe 7). Ils ont discut\u00e9 des options en mati\u00e8re d\u2019\u00e9quipements de protection contre les inondations, organis\u00e9 des achats group\u00e9s et propos\u00e9 des conseils et des sources d\u2019information. Rencontrer les gens en face \u00e0 face dans la communaut\u00e9 locale permet aux groupes de lutte contre les inondations de cr\u00e9er un sentiment d\u2019int\u00e9r\u00eat commun. Cela permet de mettre en \u00e9vidence les pr\u00e9occupations afin que les communaut\u00e9s puissent adh\u00e9rer \u00e0 la question et aux r\u00e9ponses possibles. Cela est particuli\u00e8rement important car les inondations sont un probl\u00e8me temporaire, comme l\u2019a d\u00e9clar\u00e9 un groupe de lutte contre les inondations : personne ne pense aux inondations tant qu\u2019elles ne se produisent pas. Cela signifie que les programmes doivent \u00eatre mobilis\u00e9s et maintenus \u00e0 long terme, au-del\u00e0 des \u00e9v\u00e9nements d\u2019inondation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le maintien des programmes est rendu possible par la collecte d\u2019informations, l\u2019\u00e9tablissement de relations et d\u2019une confiance avec les organisations communautaires et les organismes publics, et la cr\u00e9ation d\u2019une vue d\u2019ensemble des inondations dans les zones locales dans le cadre de rapports sur la r\u00e9silience. Naturellement, il existe diff\u00e9rents points de vue sur la meilleure ligne de conduite \u00e0 adopter ou sur la mani\u00e8re d\u2019aborder une question, ce qui signifie qu\u2019il est n\u00e9cessaire de n\u00e9gocier les r\u00e9sultats possibles. Les groupes ont expliqu\u00e9 comment ils s\u2019y prenaient, en faisant souvent preuve de souplesse quant aux r\u00e9sultats, comme le montre la citation suivante : \u00ab Il s\u2019agit d\u2019\u00eatre ouvert \u00e0 ce que vous voulez et \u00e0 la mani\u00e8re dont vous allez y parvenir [\u2026] votre \u00e9quipe n\u00e9gocie en quelque sorte votre chemin vers les objectifs collectifs \u00bb (groupe 2). Parfois, il a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaire de rassembler et d\u2019harmoniser les points de vue afin de d\u00e9finir une ligne de conduite. Les groupes ont diff\u00e9rentes mani\u00e8res de proc\u00e9der. Certains organisent leurs activit\u00e9s en fonction des int\u00e9r\u00eats de leurs membres afin que chaque volontaire puisse s\u2019impliquer dans son domaine d\u2019int\u00e9r\u00eat. Outre le fait de pr\u00e9server les int\u00e9r\u00eats des b\u00e9n\u00e9voles, cela permet d\u2019harmoniser les points de vue. Cependant, dans tous les cas, l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un programme implique de g\u00e9rer ce qu\u2019un groupe a appel\u00e9 les \u00ab opposants virulents \u00bb (groupe 5), ce qui n\u00e9cessite des discussions, la pr\u00e9sentation d\u2019\u00e9l\u00e9ments probants et la d\u00e9monstration que le plan d\u2019action est dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019ensemble de la communaut\u00e9, comme l\u2019explique un participant : \u00ab Il faut aussi g\u00e9rer les opposants au sein de la communaut\u00e9, car ils ne sont pas tous dociles et ne sont pas tous satisfaits de la fa\u00e7on dont les choses se passent. [\u2026] cela demande du temps et des efforts \u00bb (groupe 5).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u00c9laborer et mettre en \u0153uvre des r\u00e9ponses communes<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les groupes savent qu\u2019ils ne peuvent pas accomplir leur travail seuls et qu\u2019ils ont besoin de la coop\u00e9ration de la communaut\u00e9 au sens large et des organismes publics. Par cons\u00e9quent, une autre pratique des IBC que nous avons \u00e9tudi\u00e9e consiste \u00e0 \u00e9laborer des r\u00e9ponses communes dans le contexte de leur statut b\u00e9n\u00e9vole, de leurs ressources limit\u00e9es et des contraintes bureaucratiques de la gouvernance de l\u2019eau. Souvent, les r\u00e9ponses communes sont \u00e9labor\u00e9es de mani\u00e8re fragmentaire, par exemple en sollicitant diverses sources de financement, en empruntant des kits anti-inondation \u00e0 un autre organisme local et en recevant des dons de membres de la communaut\u00e9 locale. Les groupes cr\u00e9ent \u00e9galement des solutions communes en collaboration avec les travailleurs de premi\u00e8re ligne, qui soutiennent concr\u00e8tement le travail dans leurs localit\u00e9s. Les groupes anti-inondation n\u2019ayant gu\u00e8re de r\u00f4le institutionnel officiel, les IBC ont d\u00fb se forger leur propre r\u00f4le. Du point de vue des organismes publics, les groupes de lutte contre les inondations pourraient \u00eatre \u00ab les yeux et les oreilles sur le terrain \u00bb et signaler les risques potentiels d\u2019inondation. Le groupe 3 a consign\u00e9 de mani\u00e8re d\u00e9taill\u00e9e ses activit\u00e9s, notamment les personnes impliqu\u00e9es, les photos des travaux r\u00e9alis\u00e9s et les communications pass\u00e9es, afin de montrer qu\u2019il agissait dans le cadre des dispositions et du mandat de l\u2019organisme qui d\u00e9tenait l\u2019assurance, ce qui n\u00e9cessitait des comp\u00e9tences en mati\u00e8re de tenue de registres et une base de donn\u00e9es contenant les activit\u00e9s r\u00e9alis\u00e9es. Dans d\u2019autres cas, les groupes prennent l\u2019initiative de r\u00e9soudre les probl\u00e8mes, d\u00e9cidant parfois d\u2019entreprendre les travaux physiques en collaboration avec la communaut\u00e9. \u00c0 l\u2019aide des outils et de l\u2019expertise disponibles au sein du groupe, les groupes ont entrepris certains travaux de remise en \u00e9tat, tels que l\u2019abattage d\u2019arbres dans les petites rivi\u00e8res, qui pouvaient potentiellement emp\u00eacher l\u2019\u00e9coulement de l\u2019eau et entra\u00eener des inondations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le maintien de la dynamique des activit\u00e9s au sein des communaut\u00e9s et avec les travailleurs de premi\u00e8re ligne est un aspect essentiel de l\u2019\u00e9laboration de solutions communes. Cela implique de rester en contact avec les travailleurs de premi\u00e8re ligne en leur \u00e9crivant des lettres et des courriels pour demander des r\u00e9unions et en si\u00e9geant au conseil d\u2019administration d\u2019autres organisations. Les comptes rendus de r\u00e9union sont une ressource essentielle pour \u00e9tablir des programmes avec les organismes publics. Les groupes ont diffus\u00e9 les comptes rendus avant et apr\u00e8s les r\u00e9unions et ont mis \u00e0 jour les points d\u2019action, fournissant ainsi une trace mat\u00e9rielle des interactions pr\u00e9c\u00e9dentes. Comme l\u2019a fait valoir le groupe 1 : \u00ab Nous prenons les points d\u2019action des comptes rendus de r\u00e9union et nous les faisons avancer. Nous les suivons de pr\u00e8s \u00bb. D\u2019autres ont sugg\u00e9r\u00e9 que le fait de veiller \u00e0 ce que les promesses soient tenues pouvait \u00eatre frustrant et prendre des ann\u00e9es, ce qui signifie que la patience et la pers\u00e9v\u00e9rance sont \u00e9galement n\u00e9cessaires. \u00c0 cette fin, les IBC utilisent leur connaissance du syst\u00e8me politique acquise lors de la production de connaissances et approchent les acteurs politiques \u00e0 des niveaux plus \u00e9lev\u00e9s afin d\u2019obtenir leur soutien. Si certains groupes sont pr\u00eats \u00e0 envoyer des courriels pendant des mois, voire plus (par exemple, le groupe 1), d\u2019autres abandonnent en raison de leur frustration face \u00e0 l\u2019absence per\u00e7ue d\u2019action (par exemple, le groupe 10). Il est d\u00e9licat de faire pression sur les fonctionnaires : une pression trop forte peut nuire \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement de relations et \u00e0 la r\u00e9ciprocit\u00e9, qui sont sans doute les atouts d\u2019une collaboration avec les travailleurs de premi\u00e8re ligne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La gestion de la formulation du probl\u00e8me et de la mani\u00e8re dont il est communiqu\u00e9 est un aspect central de cette pratique. \u00c0 cette fin, les IBC organisent les discussions avec les fonctionnaires. Le groupe 7, par exemple, s\u2019est dit pr\u00e9occup\u00e9 par le fait qu\u2019un propri\u00e9taire foncier local puisse ali\u00e9ner les autorit\u00e9s locales en se montrant \u00ab peu constructif \u00bb lors des interactions. Cela les a amen\u00e9s \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir : \u00ab Nous ne nous sommes pas toujours rendu service, et plusieurs personnes ont parl\u00e9 \u00e0 la m\u00eame autorit\u00e9 sans n\u00e9cessairement dire la m\u00eame chose \u00bb (groupe 7). De telles interactions peuvent tendre les relations avec les organismes publics et envoyer des messages contradictoires sur les actions souhait\u00e9es. Les groupes de lutte contre les inondations cherchent \u00e0 contr\u00f4ler le discours en canalisant la communication avec les autorit\u00e9s par l\u2019interm\u00e9diaire de personnes cl\u00e9s qui sont particuli\u00e8rement aptes \u00e0 travailler avec les organismes publics ou qui ont d\u00e9velopp\u00e9 de bonnes relations au fil du temps. Ce \u00ab shopping des instances \u00bb favorise les r\u00e9ponses communes et garantit la pertinence des r\u00e9sultats, ce qui est \u00e9galement obtenu en formalisant les activit\u00e9s avec les travailleurs de premi\u00e8re ligne et en r\u00e9digeant des plans de r\u00e9silience communautaire (voir pratique 2).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u00c9tablir des relations et instaurer la confiance<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour r\u00e9pondre aux pr\u00e9occupations li\u00e9es \u00e0 l\u2019eau, un large soutien est n\u00e9cessaire. Par exemple, les fonctionnaires peuvent fournir des ressources et un soutien ou d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats des IBC au sein des organismes publics, et le soutien de la communaut\u00e9 est n\u00e9cessaire pour \u00e9laborer des solutions viables. Ainsi, l\u2019\u00e9tablissement de relations et de la confiance est associ\u00e9 \u00e0 l\u2019obtention du soutien n\u00e9cessaire pour susciter le changement local, ce qui n\u00e9cessite un travail bureaucratique et un travail au sein des communaut\u00e9s locales. Cela devient une activit\u00e9 en soi. Tout d\u2019abord, les groupes cherchent \u00e0 mettre en place et \u00e0 ancrer des initiatives communautaires en cr\u00e9ant des occasions pour les gens de se conna\u00eetre. Ils organisent des \u00e9v\u00e9nements et des interactions dans des cadres informels, souvent indirectement li\u00e9s aux probl\u00e8mes li\u00e9s \u00e0 l\u2019eau, tels que des soir\u00e9es jeux de soci\u00e9t\u00e9. Les groupes esp\u00e8rent favoriser la coh\u00e9sion sociale au sein de la communaut\u00e9 au sens large en rassemblant ses membres et en cr\u00e9ant des forums de rencontre. Ils peuvent \u00e9galement envisager de rallier leurs communaut\u00e9s autour d\u2019un objectif commun, puis de mettre en \u0153uvre les plans \u00e9labor\u00e9s, en rassemblant diff\u00e9rents groupes, notamment en organisant des \u00e9v\u00e9nements de b\u00e9n\u00e9volat et de partage de comp\u00e9tences (groupe 6).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es, certains groupes g\u00e8rent les conflits et la fragmentation. Les groupes 6 et 7, par exemple, cherchent \u00e0 unir des zones et des populations historiquement divis\u00e9es au niveau local (groupes agricoles et non agricoles, nouveaux arrivants et personnes ayant toujours v\u00e9cu dans la r\u00e9gion). Le groupe 2 g\u00e8re de mani\u00e8re stricte ses comptes sur les r\u00e9seaux sociaux afin d\u2019emp\u00eacher les gens d\u2019utiliser le groupe comme un \u00ab lieu de d\u00e9fouloir \u00bb (un endroit o\u00f9 exprimer leurs frustrations). L\u2019un des groupes de lutte contre les inondations a d\u00e9sactiv\u00e9 la possibilit\u00e9 de commenter les publications des autres sur les r\u00e9seaux sociaux afin d\u2019\u00e9viter les conflits et l\u2019escalade au sein de la communaut\u00e9. \u00c9viter les conflits permet de maintenir le moral des b\u00e9n\u00e9voles et d\u2019encourager d\u2019autres personnes \u00e0 rejoindre les IBC. Si quelqu\u2019un conteste le travail du groupe d\u2019aide aux victimes des inondations ou de l\u2019organisme public, les repr\u00e9sentants de la IBC s\u2019entretiennent avec cette personne pour r\u00e9soudre le probl\u00e8me en priv\u00e9 plut\u00f4t que publiquement. Cette gestion des r\u00e9seaux sociaux pr\u00e9sente l\u2019avantage secondaire d\u2019\u00e9viter les critiques \u00e0 l\u2019\u00e9gard des autorit\u00e9s locales, qui pourraient cr\u00e9er ce que les membres de la IBC consid\u00e8rent comme un antagonisme st\u00e9rile.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les IBC que nous avons \u00e9tudi\u00e9es valorisent et entretiennent les relations avec les travailleurs de premi\u00e8re ligne ; beaucoup d\u2019efforts sont d\u00e9ploy\u00e9s pour instaurer la confiance et de bonnes relations. Cr\u00e9er une r\u00e9ciprocit\u00e9 avec les travailleurs de premi\u00e8re ligne est une activit\u00e9 concr\u00e8te. Comme l\u2019a d\u00e9clar\u00e9 un membre du groupe 2 : \u00ab Le conseil municipal n\u2019a pas d\u2019argent \u00e0 d\u00e9penser et nous avons du temps \u00e0 donner, donc nous sommes d\u00e9sormais sur un pied d\u2019\u00e9galit\u00e9. Nous avons quelque chose qu\u2019ils veulent, en plus de ce qu\u2019ils ont et que nous voulons \u00bb. Le groupe 6 est particuli\u00e8rement actif \u00e0 cet \u00e9gard : il encourage les membres de la communaut\u00e9 \u00e0 participer aux consultations publiques et, dans certains cas, les aide \u00e0 remplir les documents n\u00e9cessaires. Dans d\u2019autres cas, les membres du groupe proposent de prendre la parole lors d\u2019\u00e9v\u00e9nements afin de pr\u00e9senter les bonnes pratiques en mati\u00e8re de collaboration entre les groupes communautaires de lutte contre les inondations et les autorit\u00e9s locales (par exemple, le groupe 1). Cela leur permet de renforcer la coop\u00e9ration avec certains travailleurs de premi\u00e8re ligne et de d\u00e9montrer \u00e0 leurs pairs leurs relations de travail \u00e9troites avec les groupes communautaires de lutte contre les inondations. Les relations se construisent sur de longues p\u00e9riodes et ont un objectif clair.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Formuler des contre-arguments<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque les connaissances sont contest\u00e9es et qu\u2019il n\u2019est pas possible de partager les r\u00e9ponses, on utilise des contre-arguments pour \u00e9tablir et fournir des preuves afin de modifier les pratiques publiques. La formulation de contre-arguments fond\u00e9s sur des preuves est controvers\u00e9e et renvoie donc \u00e0 la dimension politique des pratiques de IBC. La contre-argumentation consiste d\u2019abord \u00e0 examiner les \u00e9valuations r\u00e9alis\u00e9es par les organismes publics et \u00e0 les comparer avec la compr\u00e9hension locale des probl\u00e8mes li\u00e9s \u00e0 l\u2019eau. Pour ce faire, les groupes de lutte contre les inondations peuvent utiliser leurs recherches au sein de leurs communaut\u00e9s (pratique 1) et compiler des donn\u00e9es pour contester les rapports officiels et la formulation des probl\u00e8mes pr\u00e9occupants. Dans un cas, une autorit\u00e9 locale a men\u00e9 une enqu\u00eate pour \u00e9valuer les dommages caus\u00e9s par les inondations en enregistrant le nombre de maisons touch\u00e9es lors d\u2019une inondation. Le groupe 4 a constat\u00e9 que certains m\u00e9nages du village n\u2019avaient pas signal\u00e9 que leur maison avait \u00e9t\u00e9 inond\u00e9e dans l\u2019enqu\u00eate, car ils pensaient que leur maison serait alors \u00ab r\u00e9pertori\u00e9e comme maison inond\u00e9e \u00bb, ce qui aurait eu des cons\u00e9quences sur la revente et l\u2019assurance de leur propri\u00e9t\u00e9. Le groupe a utilis\u00e9 ces preuves pour contester les \u00e9valuations des risques d\u2019inondation de l\u2019autorit\u00e9 locale, ce qui a finalement conduit \u00e0 une modification du rapport co\u00fbt-b\u00e9n\u00e9fice et \u00e0 la construction d\u2019un ponceau par l\u2019autorit\u00e9 locale. Dans un autre cas, le groupe 5 a rassembl\u00e9 des preuves montrant que la mod\u00e9lisation r\u00e9alis\u00e9e pour le compte des autorit\u00e9s locales n\u2019avait pas identifi\u00e9 correctement les points d\u2019infiltration d\u2019eau. Le groupe a r\u00e9dig\u00e9 un rapport documentant les infiltrations d\u2019eau et l\u2019absence de prise en compte de ces infiltrations dans le rapport du consultant, puis a pr\u00e9sent\u00e9 ces informations aux organismes publics.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Outre les questions locales, les groupes travaillent de mani\u00e8re strat\u00e9gique pour remettre en question l\u2019approche g\u00e9n\u00e9rale du gouvernement \u00e9cossais et des organismes locaux en mati\u00e8re d\u2019inondations. Par exemple, les groupes ont soutenu les mesures naturelles de lutte contre les inondations, qui, selon eux, n\u2019\u00e9taient pas suffisamment mises en \u0153uvre et soutenues en \u00c9cosse. Ils pr\u00e9parent des rapports et diffusent des preuves sur les avantages de cette forme de gestion des inondations. Il y a eu peu de contre-arguments fond\u00e9s sur des preuves et des comp\u00e9tences, car le volume de travail et l\u2019expertise requise n\u00e9cessitaient des connaissances approfondies en ing\u00e9nierie et en g\u00e9omorphologie, et n\u2019\u00e9taient pas toujours per\u00e7ues favorablement par les fonctionnaires de terrain. Il est plus facile de contester lorsque les groupes disposent des connaissances et des comp\u00e9tences n\u00e9cessaires pour mener \u00e0 bien une telle entreprise, c\u2019est pourquoi les dirigeants de ces groupes sont souvent des retrait\u00e9s hautement qualifi\u00e9s. Lorsque les comp\u00e9tences n\u00e9cessaires faisaient d\u00e9faut, les groupes les ont recherch\u00e9es. Les groupes 7 et 4, par exemple, ont engag\u00e9 des consultants pour contester les \u00e9valuations des organismes publics et les d\u00e9cisions officielles. Apr\u00e8s avoir examin\u00e9 les cinq pratiques, nous passons \u00e0 la discussion et \u00e0 la conclusion de cette recherche.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Discussion<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les initiatives communautaires jouent un r\u00f4le central dans la prestation des services publics contemporains. Les \u00e9tudes existantes sur les ICI examinent les facteurs qui les soutiennent et les maintiennent, ainsi que leurs r\u00e9alisations et les obstacles \u00e0 une collaboration productive du point de vue des gouvernements (Edelenbos et al. 2021 ; Igalla, Edelenbos et van Meerkerk 2019, 2020). On manque de compr\u00e9hension sur la mani\u00e8re dont le travail des initiatives communautaires est r\u00e9ellement effectu\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire quelles pratiques leur travail implique et comment ces pratiques sont li\u00e9es. De plus, on ne sait pas clairement comment les pratiques des initiatives communautaires sont li\u00e9es au travail des organismes publics. Cela nous a amen\u00e9s \u00e0 utiliser la th\u00e9orie de la pratique comme cadre th\u00e9orique (Blijleven et van Hulst 2021 ; M. S. Feldman et Orlikowski 2011 ; Sandberg et Tsoukas 2011 ; Wagenaar 2004) pour \u00e9tudier le travail quotidien des IBC, en mettant particuli\u00e8rement l\u2019accent sur leur relation avec les organismes publics en mati\u00e8re de prestation de services publics. Ce faisant, nous contribuons tout d\u2019abord \u00e0 mieux comprendre comment le travail des IBC est men\u00e9 au quotidien, en montrant quels \u00e9l\u00e9ments le composent et comment ceux-ci sont li\u00e9s entre eux pour former un tout coh\u00e9rent. Ensuite, nous d\u00e9veloppons une nouvelle compr\u00e9hension de la relation entre le travail des IBC et les organismes publics, en soutenant que la collaboration avec ces derniers et la remise en question de leurs pratiques constituent des moyens judicieux pour les IBC de d\u00e9velopper leurs pratiques. Nous d\u00e9veloppons et discutons ces deux contributions ci-dessous, puis les combinons pour proposer une nouvelle conceptualisation de la mani\u00e8re dont les IBC renforcent leur impact lorsqu\u2019elles travaillent avec des organismes publics dans le domaine des services publics.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Pratique des initiatives communautaires<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l\u2019aide d\u2019une approche fond\u00e9e sur la pratique, notre \u00e9tude identifie cinq pratiques distinctes \u00e0 travers lesquelles les IBC fa\u00e7onnent la prestation de services locaux et cr\u00e9ent de la valeur (Blok, van Buuren et Fenger 2023) \u2013 en r\u00e9unissant des activit\u00e9s, des connaissances et des ressources (Durose et al. 2022). Les IBC (1) g\u00e9n\u00e8rent des connaissances, (2) \u00e9tablissent des programmes, (3) \u00e9laborent et mettent en \u0153uvre des r\u00e9ponses communes, (4) \u00e9tablissent des relations et instaurent la confiance, et (5) formulent des contre-revendications (voir ).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"461\" src=\"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Pratiques-des-initiatives-communautaires-1200x461.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-8235\" srcset=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Pratiques-des-initiatives-communautaires-1200x461.png 1200w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Pratiques-des-initiatives-communautaires-744x286.png 744w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Pratiques-des-initiatives-communautaires-420x161.png 420w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Pratiques-des-initiatives-communautaires-768x295.png 768w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Pratiques-des-initiatives-communautaires-1536x590.png 1536w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Pratiques-des-initiatives-communautaires-2048x786.png 2048w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Pratiques-des-initiatives-communautaires-1320x507.png 1320w\" sizes=\"auto, (max-width: 706px) 89vw, (max-width: 767px) 82vw, 740px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Tableau 1. Pratiques des initiatives communautaires.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces pratiques, principalement les quatre premi\u00e8res, sont similaires aux activit\u00e9s des \u00ab boundary spanners \u00bb (acteurs transsectoriels) de Van Meerkerk et Edelenbos (2018) et aux pratiques des fonctionnaires de Blijleven et van Hulst (2021). Cette similitude n\u2019est pas surprenante, car tous ces acteurs doivent, de mani\u00e8re cyclique, d\u00e9terminer ce qui se passe et ce qui doit \u00eatre fait, puis impliquer d\u2019autres personnes dans la mise en \u0153uvre (les trois premi\u00e8res pratiques). Ils doivent travailler sur leurs relations avec ces autres personnes (quatri\u00e8me pratique). La cinqui\u00e8me pratique que nous avons observ\u00e9e, \u00e0 savoir les groupes formulant des contre-revendications qui t\u00e9moignent d\u2019une expertise, pourrait \u00eatre assez sp\u00e9cifique au contexte des groupes \u00e9cossais de lutte contre les inondations, et tous les groupes que nous avons \u00e9tudi\u00e9s ne la mettent pas en \u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous approfondissons ce travail en identifiant non seulement les pratiques, mais aussi en mettant en \u00e9vidence les liens entre les pratiques des IBC \u00e9tudi\u00e9es. La g\u00e9n\u00e9ration de connaissances, qui part de la n\u00e9cessit\u00e9 de se faire une image du ou des paysages, permet aux IBC de prendre des d\u00e9cisions \u00e9clair\u00e9es et de veiller \u00e0 ce que diff\u00e9rentes voix soient entendues. Cela favorise la cr\u00e9ativit\u00e9 et jette les bases de la d\u00e9finition d\u2019agendas communs. La production de connaissances implique la compr\u00e9hension des connaissances locales sur les questions li\u00e9es \u00e0 l\u2019eau, des solutions potentielles et une lecture du paysage bureaucratique et de la gouvernance au sens large. Certaines IBC que nous avons \u00e9tudi\u00e9es sont devenues expertes dans le langage et la compr\u00e9hension bureaucratiques, une comp\u00e9tence \u00ab bilingue \u00bb (Yanow, 2004) qui aide \u00e0 impliquer les fonctionnaires. L\u2019\u00e9tablissement d\u2019agendas permet de passer de la production de connaissances \u00e0 l\u2019inscription des pr\u00e9occupations \u00e0 l\u2019ordre du jour, tout en rassemblant les membres de la communaut\u00e9 afin qu\u2019ils prennent conscience de l\u2019importance de ces pr\u00e9occupations. Dans le cadre de l\u2019\u00e9laboration et de la mise en \u0153uvre de r\u00e9ponses communes, qui partent d\u2019une compr\u00e9hension des limites de ce que les IBC peuvent faire, les membres tirent parti des positions et des ressources des autres : ils s\u2019engagent, se r\u00e9partissent les t\u00e2ches et veillent \u00e0 l\u2019utilisation efficace des ressources afin d\u2019aligner les int\u00e9r\u00eats et d\u2019obtenir des r\u00e9sultats qui profitent \u00e0 la communaut\u00e9. De plus, en cr\u00e9ant un langage et des plans communs, les groupes de lutte contre les inondations peuvent modifier leurs id\u00e9es et mettre en commun leurs ressources. L\u2019\u00e9tablissement de relations et de la confiance permet aux IBC d\u2019apprendre \u00e0 se conna\u00eetre, \u00e0 conna\u00eetre leur communaut\u00e9 et les fonctionnaires. Ils cr\u00e9ent un sentiment de r\u00e9ciprocit\u00e9, \u00e9vitant ainsi les conflits st\u00e9riles. Les relations et la confiance \u00e9tablies contribuent \u00e9galement \u00e0 faire pression sur les organismes publics et les instances politiques officielles. Les membres des IBC accordent de l\u2019importance aux relations et \u00e0 la confiance, principalement pour \u00e9tablir des programmes et \u00e9laborer des r\u00e9ponses, et non pas tant comme une fin en soi (Blok, van Buuren et Fenger 2023). Enfin, en formulant des contre-arguments fond\u00e9s sur des preuves et leur expertise, l\u00e0 encore sur la base de leur propre \u00e9valuation des situations, les IBC peuvent contester ouvertement les organismes publics. Cette cinqui\u00e8me pratique peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme \u00ab avanc\u00e9e \u00bb, voire atypique, car les groupes d\u2019action civique y ont recours lorsque leurs propres connaissances ne suffisent pas \u00e0 orienter les programmes et les r\u00e9ponses. En conclusion, une s\u00e9rie de pratiques interconnect\u00e9es sont mises en \u0153uvre sur le terrain, chacune r\u00e9unissant diff\u00e9rentes actions, compr\u00e9hensions et ressources afin de s\u2019adapter habilement \u00e0 l\u2019objectif plus large du travail des IBC. Le fait de consid\u00e9rer ces cinq pratiques comme li\u00e9es entre elles nous permet de comprendre le travail des IBC comme un tout coh\u00e9rent qui s\u2019accomplit au quotidien (Wagenaar, 2004). En d\u2019autres termes, les IBC ne se contentent pas de mettre en \u0153uvre des pratiques sp\u00e9cifiques qui leur sont demand\u00e9es et qui ne seraient pas entreprises autrement. Elles ont plut\u00f4t d\u00e9velopp\u00e9 des pratiques sp\u00e9cifiques \u00e0 la lumi\u00e8re de certaines conceptions de ce qui est pr\u00e9cieux, et \u00e0 mesure que ces pratiques se sont d\u00e9velopp\u00e9es, elles sont devenues un tout dans lequel chaque pratique contribue constamment aux autres pour atteindre une valeur.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Initiatives communautaires et relations avec les organismes publics<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Deuxi\u00e8mement, notre perspective pratique peut \u00e9largir notre compr\u00e9hension de la mani\u00e8re dont le travail des IBC est li\u00e9 \u00e0 celui des organismes publics (Igalla, Edelenbos et van Meerkerk 2019 ; Van Meerkerk et Edelenbos 2018 ; Visser et al. 2023). Nous approfondissons ainsi les connaissances relationnelles que peut offrir une approche pratique (Bartels et Turnbull 2020). Du point de vue de l\u2019ICB, le travail est orient\u00e9 vers les communaut\u00e9s et les organismes publics. La production de connaissances, l\u2019\u00e9tablissement d\u2019agendas, l\u2019\u00e9laboration de r\u00e9ponses communes et l\u2019instauration d\u2019une relation de confiance (pratiques 1 \u00e0 3) ont toutes une dimension communautaire et une dimension publique. Ces deux dimensions doivent \u00eatre travaill\u00e9es de concert, car les ICB que nous avons \u00e9tudi\u00e9es jouaient le r\u00f4le d\u2019interm\u00e9diaire entre ces deux parties.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En ce qui concerne la relation avec les organismes publics, cela nous ram\u00e8ne \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de collaborer avec eux et de les remettre en question dans la prestation des services, ce que Gofen (2021) et Henderson, Escobar et Revell (2021) ont r\u00e9cemment jug\u00e9 n\u00e9cessaire. M\u00eame si chaque groupe de lutte contre les inondations auquel nous avons parl\u00e9 au cours de notre recherche a une mani\u00e8re sp\u00e9cifique d\u2019interagir, notre \u00e9tude sugg\u00e8re que dans leur contribution \u00e0 la r\u00e9solution des d\u00e9fis soci\u00e9taux, les IBC ne collaborent pas strictement et ne remettent pas strictement en question. Les interactions et les relations avec les organismes publics et les fonctionnaires sont souvent collaboratives, mais peuvent aussi \u00eatre \u00ab politiques \u00bb : appuyer sur des boutons, g\u00e9rer les conflits, contacter les politiciens, n\u00e9gocier des solutions et reconfigurer les r\u00e9ponses. L\u2019\u00e9tablissement d\u2019agendas et l\u2019\u00e9laboration de r\u00e9ponses communes peuvent impliquer la mise en \u0153uvre de services publics existants, mais aussi le d\u00e9veloppement de services dans une direction diff\u00e9rente, voire la r\u00e9sistance \u00e0 ces services. Dans ce cas, il ne s\u2019agit pas tant de co-cr\u00e9ation (Voorberg, Bekkers et Tummers 2015) que de co-destruction (Edelenbos, van Meerkerk et Koppenjan 2017). La formulation de contre-revendications, derni\u00e8re pratique que nous avons rencontr\u00e9e, est le moyen le plus clair de contester les organismes officiels et de r\u00e9sister \u00e0 leurs services publics afin de d\u00e9velopper des alternatives.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En approfondissant cette question, on d\u00e9couvre le c\u00f4t\u00e9 relationnel des pratiques (Bartels et Turnbull 2020 ; M. Feldman et Worline 2016). \u00c9tablir des relations ne signifie pas seulement rechercher de bonnes relations (comme cela est particuli\u00e8rement \u00e9vident dans la pratique de l\u2019\u00e9tablissement de rapports et de la confiance, et plus sp\u00e9cifiquement dans la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9tablir des relations \u00e0 long terme). \u00c9tablir des relations implique \u00e9galement un contraste. Les pratiques des IBC sont significatives et font la diff\u00e9rence, en grande partie parce qu\u2019elles contrastent. Comme nous l\u2019avons dit, les ICB naissent souvent d\u2019un \u00e9chec ou d\u2019un besoin non satisfait (Gofen 2021). C\u2019est ainsi que les membres des ICB entrent en relation avec les organismes publics, du moins au d\u00e9but, m\u00eame si les ICB n\u2019ont pas d\u00e9velopp\u00e9 d\u2019initiative bien avant d\u2019avoir \u00e9tabli une relation avec les organismes publics. Les groupes d\u2019action contre les inondations que nous avons \u00e9tudi\u00e9s ont une compr\u00e9hension des probl\u00e8mes li\u00e9s \u00e0 l\u2019eau diff\u00e9rente de celle des organismes publics et apportent des ressources diff\u00e9rentes. Ils g\u00e9n\u00e8rent des connaissances diff\u00e9rentes, \u00e9tablissent des programmes diff\u00e9rents et d\u00e9veloppent des solutions diff\u00e9rentes. C\u2019est l\u00e0 un \u00e9l\u00e9ment central de leur identit\u00e9. \u00c0 cet \u00e9gard, il est int\u00e9ressant de noter que les IBC s\u2019investissent dans l\u2019exploration du paysage bureaucratique, une \u00e9tape fondamentale dans l\u2019\u00e9tablissement de relations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les IBC ne fonctionnent pas comme des \u00ab outils \u00bb au service de la politique gouvernementale (Visser et al. 2023). Dans le m\u00eame temps, m\u00eame si leurs pratiques peuvent impliquer des luttes politiques, nous avons constat\u00e9 que les membres des IBC \u00e9tudi\u00e9s s\u2019efforcent souvent d\u2019interagir de mani\u00e8re polie et constructive avec les agents de premi\u00e8re ligne. Les IBC ne peuvent pas travailler seules et ont besoin de la coop\u00e9ration des communaut\u00e9s et des organismes publics. Le travail des IBC peut \u00e9galement \u00e9voluer vers des formes co-cr\u00e9atives et co-productives qui compl\u00e8tent, voire parfois remplacent, le travail des organismes publics. Le caract\u00e8re plus ou moins co-cr\u00e9atif ou plus ou moins difficile de ces formes semble d\u00e9pendre, dans une large mesure, des capacit\u00e9s des organismes publics et du d\u00e9veloppement des IBC travaillant dans leur domaine. Ce que nous retenons de cela, c\u2019est que pour que les pratiques des IBC aient un sens pour leurs membres, elles doivent \u00eatre en relation avec celles des organismes publics, mais la nature de cette relation \u00e9volue avec le temps.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un cadre pour \u00e9tudier les pratiques des initiatives communautaires<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour conclure notre discussion, nous proposons une visualisation de nos principales conclusions qui donne un aper\u00e7u des mod\u00e8les que nous avons rencontr\u00e9s et montre comment les IBC influencent la prestation des services publics \u00e0 travers leurs pratiques. Les IBC g\u00e9n\u00e8rent diverses formes de connaissances (1) que leurs membres utilisent pour d\u00e9finir des programmes d\u2019action (2). \u00c0 leur tour, ces programmes servent de base \u00e0 l\u2019\u00e9laboration et \u00e0 la mise en \u0153uvre de r\u00e9ponses communes (3). Les groupes s\u2019appuient sur des relations de confiance avec les communaut\u00e9s et les organismes publics (4) de mani\u00e8re longitudinale et continue, qui se d\u00e9veloppent au fil du temps et soutiennent leur travail. Parfois, lorsque les connaissances font d\u00e9faut ou qu\u2019il n\u2019est pas possible de partager les r\u00e9ponses, les IBC peuvent investir dans l\u2019\u00e9laboration de contre-arguments (5) (avec l\u2019aide d\u2019autres acteurs) qui sont utilis\u00e9s pour \u00e9tablir des programmes. Au fil du temps, le succ\u00e8s de ce cycle cr\u00e9e une dynamique qui favorise la poursuite du travail, et les groupes passent \u00e0 d\u2019autres questions, souvent connexes, dans leur r\u00e9gion, o\u00f9 ils mettent \u00e0 nouveau en \u0153uvre la premi\u00e8re pratique afin d\u2019acqu\u00e9rir davantage de connaissances sur la question et le paysage bureaucratique associ\u00e9. En termes de th\u00e9orie des pratiques (Blijleven et van Hulst 2021 ; Sandberg et Tsoukas 2011), nous montrons que les pratiques d\u2019IBC auto-organis\u00e9es peuvent \u00eatre d\u00e9finies comme un ensemble d\u2019activit\u00e9s connect\u00e9es, g\u00e9n\u00e9ratrices de connaissances, d\u00e9finissant des agendas et r\u00e9actives, aliment\u00e9es par les compr\u00e9hensions actuelles et conduisant \u00e0 de nouvelles ressources pour un d\u00e9veloppement ult\u00e9rieur. Ce processus est relationnel de bout en bout : d\u2019autres acteurs (communaut\u00e9s, organismes publics) sont impliqu\u00e9s pour le faire fonctionner ; c\u2019est le travail des communaut\u00e9s et des fonctionnaires qui cr\u00e9e ce processus dynamique, car les IBC d\u00e9veloppent leurs ressources et leur identit\u00e9 au cours du processus.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"676\" src=\"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Fig1IBCPractice.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-8195\" srcset=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Fig1IBCPractice.jpg 1200w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Fig1IBCPractice-744x419.jpg 744w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Fig1IBCPractice-420x237.jpg 420w, https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Fig1IBCPractice-768x433.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 706px) 89vw, (max-width: 767px) 82vw, 740px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Figure 1. Mod\u00e8les de pratiques dans le travail auto-organis\u00e9 : cette figure montre comment les CBI influencent la prestation des services publics \u00e0 travers leurs pratiques, illustrant ce qu&rsquo;elles font comme un tout significatif. Chaque pratique est d\u00e9crite dans la figure, avec les connaissances sous-jacentes identifi\u00e9es dans cette recherche.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En termes de faiblesses de notre \u00e9tude, nous soulignons la transf\u00e9rabilit\u00e9 plus large des r\u00e9sultats. M\u00eame si elle s&rsquo;inscrit dans une \u00e9tude plus large, cette \u00e9tude s&rsquo;appuie sur un \u00e9chantillon de 23 personnes issues de dix groupes touch\u00e9s par les inondations en \u00c9cosse. D&rsquo;autres chercheurs et praticiens doivent juger comment et de quelle mani\u00e8re les r\u00e9sultats de la recherche sont significatifs dans les contextes qu&rsquo;ils \u00e9tudient ou dans lesquels ils travaillent (Lincoln et Guba 1985). Nous estimons que quatre des cinq pratiques seraient facilement transposables, et que la cinqui\u00e8me (formuler des contre-revendications) pourrait \u00eatre li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;IBC sp\u00e9cifique (groupes d&rsquo;aide aux victimes d&rsquo;inondations) ou au contexte (\u00c9cosse), m\u00eame si elle correspond \u00e0 une mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rique d&rsquo;interagir avec les organismes publics (remettre en question).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Implications pour les politiques et les pratiques<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En ce qui concerne la pertinence pour les politiques et les pratiques, les r\u00e9sultats fournissent aux membres des IBC un aper\u00e7u de leur travail en tant que totalit\u00e9 significative et relationnelle, dans laquelle les diff\u00e9rentes parties sont coh\u00e9rentes et peuvent se renforcer mutuellement. Ceux qui travaillent pour des organismes publics peuvent comprendre pourquoi il serait judicieux d&rsquo;impliquer les IBC et de reconna\u00eetre leur r\u00f4le dans la gouvernance. Pour les IBC, la collaboration et la remise en question sont deux formes l\u00e9gitimes que peuvent prendre leurs pratiques au fil du temps et \u00e0 diff\u00e9rents moments, en fonction de leur propre compr\u00e9hension des lacunes dans les connaissances, les programmes et les actions des organismes publics. Les organismes publics, quant \u00e0 eux, doivent comprendre que les pratiques d\u00e9velopp\u00e9es par les IBC d\u00e9coulent souvent d&rsquo;\u00e9checs observ\u00e9s et de besoins communautaires n\u00e9glig\u00e9s, et que le caract\u00e8re collaboratif des IBC peut devenir (ou non) l&rsquo;un de leurs objectifs, en grande partie selon la fa\u00e7on dont ils per\u00e7oivent les organismes publics au fur et \u00e0 mesure de leur engagement. Les interactions avec les IBC favorisent d&rsquo;autres interactions et peuvent donner lieu \u00e0 de nouvelles collaborations dans d&rsquo;autres domaines politiques (M. Feldman et Worline 2016).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, contrairement aux conclusions d&rsquo;Edelenbos, van Meerkerk et Schenk (2018), nous avons constat\u00e9 que la plupart des groupes \u00e9tudi\u00e9s dans le cadre de notre \u00e9tude sur les inondations savent habilement s&rsquo;engager aupr\u00e8s des organismes officiels. Si les contributions des IBC peuvent parfois sembler limit\u00e9es, leur r\u00f4le dans la prestation des services publics est en augmentation et elles peuvent constituer une source importante d&rsquo;innovation (Trischler, Dietrich et Rundle-Thiele 2019). Ces r\u00e9sultats soulignent la n\u00e9cessit\u00e9 de reconna\u00eetre et de renforcer les capacit\u00e9s tant des communaut\u00e9s que des fonctionnaires qui travaillent avec les IBC afin de naviguer dans les relations et de d\u00e9velopper une r\u00e9silience pour r\u00e9pondre \u00e0 la nature impr\u00e9visible des d\u00e9fis soci\u00e9taux actuels. Nos travaux invitent \u00e0 la prudence quant \u00e0 une d\u00e9pendance excessive \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des directives officielles en mati\u00e8re d&rsquo;engagement communautaire pour les fonctionnaires. Les IBC d\u00e9veloppent leurs pratiques au fur et \u00e0 mesure qu&rsquo;elles s&rsquo;engagent, et les relations entre les IBC et les organismes publics sont \u00e9mergentes. Les conseils prodigu\u00e9s \u00e0 un stade pr\u00e9coce peuvent contribuer \u00e0 favoriser la r\u00e9flexivit\u00e9 des fonctionnaires et des communaut\u00e9s, mais ils ne traitent pas des changements, des impr\u00e9vus et de la mani\u00e8re dont les autres, y compris les communaut\u00e9s et les fonctionnaires, fournissent des services publics \u00e0 des moments pr\u00e9cis. Les deux parties doivent en \u00eatre conscientes et \u00eatre \u00e9quip\u00e9es pour y faire face.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les initiatives communautaires jouent un r\u00f4le de plus en plus central dans le paysage de la gouvernance pour soutenir et mettre en \u0153uvre les politiques publiques qui r\u00e9pondent aux d\u00e9fis soci\u00e9taux. Nous en savons moins sur leurs pratiques d&rsquo;auto-organisation et sur la mani\u00e8re dont celles-ci s&rsquo;articulent avec les services publics. Nous montrons comment les IBC \u00e9laborent des solutions coordonn\u00e9es pour r\u00e9pondre aux probl\u00e8mes qui se posent lorsqu&rsquo;elles sont confront\u00e9es \u00e0 des d\u00e9fis soci\u00e9taux complexes, comme le montre par exemple la mani\u00e8re dont elles rassemblent les membres de la communaut\u00e9 et d\u00e9finissent des r\u00e9ponses possibles afin de former une voix commune. En \u00e9tablissant ces liens et en rassemblant les actions, les connaissances et les ressources par le biais de pratiques, les IBC soutiennent et favorisent la mise en \u0153uvre de solutions aux probl\u00e8mes locaux li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;eau, avec et par l&rsquo;interm\u00e9diaire des fonctionnaires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme indiqu\u00e9, les recherches futures pourraient utilement se concentrer sur une s\u00e9rie de th\u00e8mes. Premi\u00e8rement, il serait utile d&rsquo;\u00e9tudier comment les IBC pourraient mieux impliquer leurs communaut\u00e9s, car elles risquent de devenir des groupes exclusifs qui ignorent ceux pour qui elles travaillent (Healey 2015). Des recherches suppl\u00e9mentaires sur les pratiques d&rsquo;auto-organisation, y compris le \u00ab c\u00f4t\u00e9 obscur \u00bb des IBC, nous aideraient \u00e9galement \u00e0 comprendre comment les d\u00e9fis soci\u00e9taux peuvent \u00eatre relev\u00e9s dans les soci\u00e9t\u00e9s contemporaines, et \u00e0 mieux comprendre le r\u00f4le des citoyens et la mani\u00e8re dont les IBC interagissent avec les fonctionnaires dans ce processus. Deuxi\u00e8mement, la recherche pourrait explorer les interactions \u00e9troites entre les communaut\u00e9s et les organismes publics. Bien que la th\u00e9orie de la pratique (Wagenaar 2004) et la litt\u00e9rature sur les IBC (Edelenbos, van Meerkerk et Schenk 2018) soulignent l&rsquo;importance des interactions, nous devrions \u00e9galement examiner les trajectoires relationnelles et les dynamiques en termes d&rsquo;identit\u00e9. Enfin, les recherches futures pourraient porter sur la mani\u00e8re dont ces r\u00e9sultats se traduisent dans diff\u00e9rents contextes et secteurs, par exemple pour comprendre les recoupements et les contrastes entre leurs activit\u00e9s, leur port\u00e9e et leurs effets. L&rsquo;\u00e9tude des ICB pourrait comporter un volet de comparaison internationale avec, par exemple, les Pays-Bas, o\u00f9 existent des organisations communautaires similaires qui offrent de riches possibilit\u00e9s de comparaison, mais aussi examiner comment ces r\u00e9sultats peuvent s&rsquo;appliquer \u00e0 d&rsquo;autres ICB dans d&rsquo;autres contextes (Edelenbos et al. 2021a, 2021b). Nous esp\u00e9rons que notre approche analytique encouragera la poursuite de ces recherches en utilisant une perspective pratique pour comprendre les CBI et leur r\u00f4le dans l&rsquo;\u00e9laboration des politiques sur le terrain.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Num\u00e9ros de subvention et\/ou informations sur le financement<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le programme Hydro Nation Scholars financ\u00e9 par le gouvernement \u00e9cossais par l&rsquo;interm\u00e9diaire du Scottish Funding Council.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Remerciements<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous remercions les participants qui ont g\u00e9n\u00e9reusement donn\u00e9 de leur temps \u00e0 ce projet et ont partag\u00e9 leurs id\u00e9es et leurs exp\u00e9riences. Nous remercions Shona Russell et Kerry Waylen, ainsi que les participants \u00e0 la conf\u00e9rence 2022 du Netherlands Institute of Governance, qui s&rsquo;est tenue \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Tilburg, pour leurs commentaires sur une version ant\u00e9rieure de ce manuscrit et les id\u00e9es qu&rsquo;il contient. Nous remercions \u00e9galement Malika Igalla et John Forester pour leur participation r\u00e9fl\u00e9chie \u00e0 nos travaux. Cette recherche a \u00e9t\u00e9 soutenue par le programme Hydro Nation Scholars, financ\u00e9 par le gouvernement \u00e9cossais par l&rsquo;interm\u00e9diaire du Scottish Funding Council et g\u00e9r\u00e9 par le Hydro Nation International Centre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">D\u00e9claration<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aucun conflit d&rsquo;int\u00e9r\u00eats potentiel n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 signal\u00e9 par les auteurs.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Documents<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les donn\u00e9es suppl\u00e9mentaires relatives \u00e0 cet article sont disponibles en ligne \u00e0 l&rsquo;adresse suivante : https:\/\/doi.org\/10.1080\/14719037.2025.2484452<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce travail a \u00e9t\u00e9 soutenu par le Scottish Funding Council par le biais du programme Hydro Nation Scholars du gouvernement \u00e9cossais.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Bartels, K., and N. 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