{"id":8260,"date":"2025-06-14T19:21:01","date_gmt":"2025-06-14T23:21:01","guid":{"rendered":"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/?page_id=8260"},"modified":"2025-10-28T14:48:18","modified_gmt":"2025-10-28T18:48:18","slug":"le-nord-dans-lecole-de-chicago","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/le-nord-dans-lecole-de-chicago\/","title":{"rendered":"La ville et le Nord : le Canada dans l&rsquo;\u00e9cole de sociologie de Chicago"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Traduction de <a href=\"https:\/\/link.springer.com\/article\/10.1007\/s12108-025-09657-3\">The City and the North: Canada in the Chicago School of Sociology<\/a>, 2 juin 2025, par Sida Liu &amp; Gihad Nasr, <a href=\"https:\/\/link.springer.com\/journal\/12108\">The American Sociologist.<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cet article explore les histoires entrem\u00eal\u00e9es de l&rsquo;\u00e9cole de sociologie de Chicago et de la sociologie canadienne, remettant en question l&rsquo;id\u00e9e re\u00e7ue selon laquelle le d\u00e9veloppement de l&rsquo;\u00e9cole de Chicago s&rsquo;est limit\u00e9 \u00e0 la ville de Chicago. En examinant le parcours universitaire d&rsquo;\u00e9minents chercheurs canadiens tels qu&rsquo;Annie Marion MacLean, Roderick McKenzie, Helen et Everett Hughes, et Erving Goffman, il montre comment leurs contributions ont jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant dans le d\u00e9veloppement de l&rsquo;\u00e9cole de Chicago et de la sociologie canadienne. Cette recherche, qui s&rsquo;appuie sur de nombreuses archives provenant de sources primaires et secondaires, sugg\u00e8re que la mobilit\u00e9 et les interactions continues entre les chercheurs de Chicago et du Canada ont jou\u00e9 un r\u00f4le important dans l&rsquo;\u00e9volution historique de la pens\u00e9e sociologique. L&rsquo;\u00e9tude vise \u00e0 \u00ab d\u00e9centrer \u00bb l&rsquo;\u00e9cole de Chicago en mettant en lumi\u00e8re les contributions importantes, mais souvent n\u00e9glig\u00e9es, des sociologues canadiens, offrant ainsi une nouvelle compr\u00e9hension de son h\u00e9ritage et de son impact mondial.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;histoire de la sociologie est \u00e9troitement li\u00e9e non seulement \u00e0 des personnalit\u00e9s \u00e9minentes, mais aussi \u00e0 des lieux sp\u00e9cifiques. Prenons l&rsquo;exemple de l&rsquo;\u00e9cole de Chicago. La plupart des chercheurs partent du principe que cette longue tradition sociologique est n\u00e9e exclusivement dans la ville de Chicago en 1892, avec des g\u00e9n\u00e9rations d&rsquo;\u00e9tudes ethnographiques men\u00e9es dans divers quartiers, mais centr\u00e9es autour de l&rsquo;universit\u00e9 de Chicago \u00e0 Hyde Park (Faris,&nbsp;1967&nbsp;; Bulmer,&nbsp;1984&nbsp;; Abbott,&nbsp;1999&nbsp;; Chapoulie,&nbsp;2020). Cette hypoth\u00e8se est toutefois probl\u00e9matique, car elle n\u00e9glige les parcours de vie diversifi\u00e9s des personnes dont les travaux constituent l&rsquo;\u00e9cole de Chicago. En effet, de nombreuses figures majeures de cette tradition ont pass\u00e9 une partie importante de leur carri\u00e8re universitaire ailleurs, et rares sont celles qui sont n\u00e9es et ont grandi \u00e0 Chicago. Par cons\u00e9quent, une histoire compl\u00e8te de l&rsquo;\u00e9cole de Chicago doit tenir compte des exp\u00e9riences et des contributions de ses membres dans divers endroits au-del\u00e0 de Chicago.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parmi ces autres lieux, le Canada occupe une place particuli\u00e8re dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;\u00e9cole de Chicago. Annie Marion MacLean, une Canadienne, a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;une des premi\u00e8res doctorantes en sociologie \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Chicago dans les ann\u00e9es 1890. Ernest W. Burgess et Roderick D. McKenzie, deux figures cl\u00e9s de la premi\u00e8re \u00e9cole de Chicago dans les ann\u00e9es 1920 et 1930, \u00e9taient tous deux Canadiens, tout comme Erving Goffman dans la deuxi\u00e8me \u00e9cole de Chicago de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre. Helen et Everett Hughes, un couple qui a jou\u00e9 un r\u00f4le essentiel dans le rapprochement entre la premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me \u00e9cole de Chicago, ont enseign\u00e9 au Canada pendant plus de dix ans et ont contribu\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation du d\u00e9partement de sociologie de l&rsquo;Universit\u00e9 McGill, en collaboration avec Carl Dawson, un autre ancien \u00e9l\u00e8ve de Chicago. Oswald Hall, \u00e9tudiant de Dawson et des Hughes \u00e0 McGill et \u00e0 Chicago, a jou\u00e9 un r\u00f4le influent dans la sociologie canadienne d&rsquo;apr\u00e8s-guerre et dans la reconnaissance de la sociologie \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 McGill et \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Toronto (Clark,&nbsp;1994&nbsp;; Brown,&nbsp;2006). Il n&rsquo;est pas exag\u00e9r\u00e9 de dire que l&rsquo;histoire de l&rsquo;\u00e9cole de Chicago et celle de la sociologie canadienne sont \u00e9troitement li\u00e9es depuis plus d&rsquo;un si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans cet article, nous nous concentrons sur les liens entre le Canada et l&rsquo;\u00e9cole de Chicago et pr\u00e9sentons une histoire interconnect\u00e9e de la sociologie qui ne se limite pas \u00e0 un ou deux sites sp\u00e9cifiques, mais qui est plut\u00f4t le fruit de la mobilit\u00e9 continue des chercheurs et des \u00e9tudiants entre \u00ab la ville \u00bb (c&rsquo;est-\u00e0-dire Chicago) et \u00ab le Nord \u00bb (c&rsquo;est-\u00e0-dire le Canada). Notre objectif th\u00e9orique est de \u00ab d\u00e9centrer \u00bb l&rsquo;\u00e9cole de Chicago, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;aller au-del\u00e0 de la \u00ab m\u00e9tropole \u00bb d&rsquo;une \u00e9cole intellectuelle et de montrer comment ce site central de production de connaissances universitaires est rendu possible gr\u00e2ce \u00e0 ses liens avec d&rsquo;autres lieux et, plus important encore, aux personnes qui voyagent entre eux. Certaines de ces connexions sont intellectuelles, comme les id\u00e9es ou les donn\u00e9es qui traversent les fronti\u00e8res, tandis que d&rsquo;autres sont interpersonnelles ou interorganisationnelles, comme les r\u00e9seaux form\u00e9s entre les chercheurs qui ont influenc\u00e9 la recherche et l&rsquo;enseignement. Cette dynamique s&rsquo;applique \u00e0 la fois \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole de Chicago et \u00e0 la sociologie canadienne : la ville et le Nord ont trouv\u00e9 leur place respective dans le paysage de la sociologie mondiale gr\u00e2ce \u00e0 leurs interactions mutuelles au fil du temps et \u00e0 la mobilit\u00e9 des chercheurs entre eux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les documents d&rsquo;archives utilis\u00e9s dans cet article proviennent de sources primaires et secondaires. Nous avons grandement b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 des nombreuses recherches ant\u00e9rieures sur l&rsquo;histoire de l&rsquo;\u00e9cole de Chicago et des biographies de figures cl\u00e9s telles que MacLean, McKenzie, Hughes et Goffman, parmi d&rsquo;autres sociologues canadiens. Ces \u00e9tudes inestimables sont compl\u00e9t\u00e9es par nos propres recherches primaires men\u00e9es \u00e0 la biblioth\u00e8que de l&rsquo;Universit\u00e9 de Chicago, \u00e0 la biblioth\u00e8que de l&rsquo;Universit\u00e9 de Toronto et dans d&rsquo;autres archives, notamment les Everett Cherrington Hughes Papers et les Erving Goffman Archives. De plus, nous avons examin\u00e9 minutieusement les \u00e9crits originaux des chercheurs dont il est question dans les pages qui suivent. Ensemble, ces sources diverses constituent une base solide pour explorer les histoires et les contributions interd\u00e9pendantes de ces sociologues canadiens de l&rsquo;\u00e9cole de Chicago.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La pionni\u00e8re : Annie Marion MacLean<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La ville et le Nord sont entr\u00e9s en contact bien avant que l&rsquo;\u00e9cole de Chicago ou la sociologie canadienne ne prennent forme. En 1892, William Rainey Harper, pr\u00e9sident de la toute nouvelle Universit\u00e9 de Chicago, a nomm\u00e9 Albion Small pour cr\u00e9er le premier d\u00e9partement d&rsquo;\u00e9tudes sup\u00e9rieures en sociologie au monde. Inspir\u00e9 par le mod\u00e8le de l&rsquo;universit\u00e9 de recherche Johns Hopkins, Harper recruta Small, qui venait d&rsquo;obtenir son doctorat \u00e0 Johns Hopkins et \u00e9tait devenu pr\u00e9sident du Colby College en 1889. La th\u00e9ologie chr\u00e9tienne eut une influence marqu\u00e9e sur la naissance de la sociologie de Chicago, car Harper \u00e9tait impliqu\u00e9 dans un \u00ab mouvement sociologique \u00bb visant \u00e0 am\u00e9liorer la soci\u00e9t\u00e9 par le savoir (Diner,&nbsp;1975). Outre Small, Charles R. Henderson, un pasteur baptiste, fut \u00e9galement recrut\u00e9 comme sp\u00e9cialiste de l&rsquo;administration caritative au sein du d\u00e9partement. Sous la direction de Small, le d\u00e9partement de sociologie de Chicago connut une croissance rapide dans les ann\u00e9es 1890 et forma la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration de doctorants en sociologie en Am\u00e9rique du Nord (Abbott,&nbsp;1999).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parmi ces premiers doctorants \u00e0 Chicago figurait une Canadienne, Annie Marion MacLean, qui obtint sa ma\u00eetrise en 1897 et son doctorat en 1900. MacLean est n\u00e9e en 1869 sur l&rsquo;\u00cele-du-Prince-\u00c9douard (\u00ce.-P.-\u00c9.), au Canada. Ses grands-parents ont immigr\u00e9 d&rsquo;\u00c9cosse \u00e0 l&rsquo;\u00ce.-P.-\u00c9. en 1829 et se sont install\u00e9s dans ce qui \u00e9tait alors \u00ab une for\u00eat, o\u00f9 ils ont sans doute connu de nombreuses difficult\u00e9s et n&rsquo;ont joui que de peu ou pas de luxe \u00bb (Deegan,&nbsp;2014&nbsp;: 13). MacLean fr\u00e9quente une \u00e9cole pr\u00e9paratoire affili\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00c9glise baptiste et termine ses \u00e9tudes de premier cycle et de deuxi\u00e8me cycle \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Acadia de Wolfville, en Nouvelle-\u00c9cosse. Elle souhaite poursuivre ses \u00e9tudes sup\u00e9rieures \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Chicago apr\u00e8s en avoir entendu parler par son fr\u00e8re, Haddon MacLean. Cependant, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 admise au programme de doctorat en sociologie en 1894, Annie Marion MacLean a mis deux ans \u00e0 \u00ab rassembler suffisamment de ressources, en enseignant au Mt. Carrol Seminary dans l&rsquo;Illinois, avant de pouvoir commencer ses \u00e9tudes doctorales \u00bb (Forbes,&nbsp;1900&nbsp;: 303 ; cit\u00e9 dans Deegan,&nbsp;2014&nbsp;: 3).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Annie et Haddon MacLean ont tous deux \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Chicago au milieu des ann\u00e9es 1890. Haddon a commenc\u00e9 ses \u00e9tudes sup\u00e9rieures en 1892, a travaill\u00e9 comme secr\u00e9taire \u00e0 l&rsquo;information et aux \u00e9changes en 1896, puis est devenu directeur des b\u00e2timents et des terrains en 1903 (Deegan,&nbsp;2014&nbsp;: 25). En 1896, Annie Marion MacLean rejoint son fr\u00e8re \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 en tant qu&rsquo;\u00e9tudiante \u00e0 temps plein en sociologie et \u00e9tudie avec Charles R. Henderson, Albion W. Small, George E. Vincent, W. I. Thomas et Charles Zueblin (Deegan,&nbsp;2014&nbsp;: 33). George Herbert Mead fit partie du comit\u00e9 de ma\u00eetrise de MacLean et, en 1897, elle devint la premi\u00e8re femme \u00e0 obtenir une ma\u00eetrise en sociologie \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Chicago (Faris,&nbsp;1967&nbsp;: 141). Sa th\u00e8se, intitul\u00e9e \u00ab Factory Legislation for Women in the United States \u00bb (La l\u00e9gislation sur les usines pour les femmes aux \u00c9tats-Unis), fut publi\u00e9e dans l&rsquo;American Journal of Sociology&nbsp;en 1897 (MacLean,&nbsp;1897).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">MacLean passa l&rsquo;ann\u00e9e universitaire 1897-1898 \u00e0 collecter des donn\u00e9es pour sa th\u00e8se de doctorat au Canada. Son alma mater, l&rsquo;universit\u00e9 Acadia en Nouvelle-\u00c9cosse, l&rsquo;accueillit et elle y donna des conf\u00e9rences sur \u00ab A People within Our Borders, or the Acadians of To-Day \u00bb (Un peuple \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de nos fronti\u00e8res, ou les Acadiens d&rsquo;aujourd&rsquo;hui) le 14 mars 1898 (Deegan,&nbsp;2014&nbsp;: 33). Sur la base de ses travaux sur le terrain en Nouvelle-\u00c9cosse, MacLean a termin\u00e9 sa th\u00e8se intitul\u00e9e&nbsp;The Acadian Element in the Population of Nova Scotia&nbsp;(L&rsquo;\u00e9l\u00e9ment acadien dans la population de la Nouvelle-\u00c9cosse) en 1900. Pendant la r\u00e9daction de sa th\u00e8se de doctorat, elle a publi\u00e9 un autre article dans l&rsquo;American Journal of Sociology&nbsp;sur \u00ab Factory Legislation for Women in Canada \u00bb (La l\u00e9gislation sur le travail des femmes dans les usines au Canada) (MacLean,&nbsp;1899), une \u00e9tude parall\u00e8le \u00e0 son article pr\u00e9c\u00e9dent sur les \u00c9tats-Unis. S&rsquo;appuyant sur des statistiques provenant des sept provinces canadiennes (Colombie-Britannique, Manitoba, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-\u00c9cosse, Ontario, \u00cele-du-Prince-\u00c9douard et Qu\u00e9bec) et des territoires, ainsi que sur la l\u00e9gislation du travail au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-\u00c9cosse, en Ontario et au Qu\u00e9bec, MacLean a fourni la premi\u00e8re analyse sociologique des conditions de travail des femmes canadiennes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Annie Marion MacLean est devenue la deuxi\u00e8me femme \u00e0 obtenir un doctorat en sociologie \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Chicago. En tant que l&rsquo;une des \u00ab nouvelles femmes \u00bb de la fin du XIXe si\u00e8cle \u00ab qui voulaient faire entrer les femmes dans la vie publique et leur assurer l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 sociale avec les hommes \u00bb (Deegan,&nbsp;2014&nbsp;: 2), elle s&rsquo;est engag\u00e9e dans le mouvement Hull House, o\u00f9 des f\u00e9ministes telles que Jane Addams et Florence Kelley cherchaient \u00e0 unir les id\u00e9es et l&rsquo;action dans une communaut\u00e9 d\u00e9mocratique et coop\u00e9rative (Schneiderhan,&nbsp;2011). MacLean a adopt\u00e9 cette approche holistique de la sociologie et ses \u00e9tudes sur la l\u00e9gislation relative aux usines au Canada et aux \u00c9tats-Unis ont \u00e9t\u00e9 manifestement influenc\u00e9es par le programme de Hull House visant \u00e0 am\u00e9liorer les conditions de travail, en particulier le travail de Florence Kelley. Kelley a non seulement fa\u00e7onn\u00e9 la th\u00e8se de ma\u00eetrise de MacLean sur la l\u00e9gislation relative aux usines pour les femmes, mais elle lui a \u00e9galement donn\u00e9 l&rsquo;occasion d&rsquo;\u00e9tudier les conditions de travail \u00e0 Chicago et \u00e0 New York (Deegan,&nbsp;2014). MacLean, Addams, Kelley et d&rsquo;autres f\u00e9ministes de Hull House \u00ab ont form\u00e9 un r\u00e9seau \u00e9troitement tiss\u00e9 de chercheurs et de militants int\u00e9ress\u00e9s par des sujets similaires, la justice sociale et ce qui a finalement \u00e9merg\u00e9 comme l&rsquo;\u00c9tat-providence f\u00e9ministe pragmatique aux \u00c9tats-Unis \u00bb (Deegan,&nbsp;2014&nbsp;: 74).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En outre, MacLean est \u00e9galement reconnue pour son utilisation de l&rsquo;observation participante ainsi que de m\u00e9thodologies qualitatives, exp\u00e9rientielles et quantitatives. Elle est consid\u00e9r\u00e9e comme \u00ab la m\u00e8re de l&rsquo;ethnographie \u00bb par Hallett et Jeffers (2008) pour avoir introduit les m\u00e9thodologies ethnographiques dans cette discipline. Cependant, Deegan et al. (2009&nbsp;: 656) critiquent ce point de vue, estimant qu&rsquo;il ne permet pas de situer \u00ab pleinement ou correctement \u00bb \u00ab la carri\u00e8re de MacLean dans la division sociologique du travail entre les sexes \u00bb et affirment que les travaux de MacLean ont \u00e9t\u00e9 fortement influenc\u00e9s par Harriet Martineau, une ethnographe f\u00e9ministe qui a r\u00e9dig\u00e9 le premier manuel de m\u00e9thodes et d&rsquo;ethnographie intitul\u00e9&nbsp;Society in America.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il convient \u00e9galement de noter que les liens religieux et familiaux ont jou\u00e9 un r\u00f4le essentiel dans l&rsquo;engagement de MacLean aupr\u00e8s de l&rsquo;universit\u00e9 de Chicago \u00e0 ses d\u00e9buts. Ayant grandi dans une famille baptiste, MacLean partageait le m\u00eame h\u00e9ritage religieux que plusieurs fondateurs de l&rsquo;universit\u00e9 de Chicago et de son d\u00e9partement de sociologie, notamment William Rainey Harper, Albion Small et Charles R. Henderson, ainsi que les bailleurs de fonds de l&rsquo;universit\u00e9, John D. Rockefeller et l&rsquo;American Baptist Education Society. C&rsquo;est ce r\u00e9seau religieux qui l&rsquo;a amen\u00e9e \u00e0 Chicago. Plus tard, elle a nou\u00e9 des liens familiaux plus \u00e9troits avec Small par l&rsquo;interm\u00e9diaire de son fr\u00e8re Haddon. Haddon a \u00e9pous\u00e9 Pearle Harris et le fr\u00e8re de Pearl, Hayden Bartlett Harris, a \u00e9pous\u00e9 la fille d&rsquo;Albion Small, Lina, faisant ainsi de Lina et Haddon des beaux-fr\u00e8res et belles-s\u0153urs. Comme l&rsquo;\u00e9crit Deegan (2014&nbsp;: 27), \u00ab il est significatif que la fille du directeur de th\u00e8se d&rsquo;Annie soit \u00e9galement la belle-s\u0153ur du fr\u00e8re d&rsquo;Annie \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">MacLean esp\u00e9rait retourner au Canada apr\u00e8s ses \u00e9tudes doctorales, mais sa carri\u00e8re fut gravement perturb\u00e9e par la maladie. Bien qu&rsquo;elle ait enseign\u00e9 \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Chicago en tant que professeure adjointe de sociologie au d\u00e9partement d&rsquo;\u00e9tudes \u00e0 domicile de 1903 \u00e0 1934, MacLean fut en mauvaise sant\u00e9 pendant de nombreuses ann\u00e9es. C&rsquo;est son fr\u00e8re Haddon qui prit en charge ses frais m\u00e9dicaux. Malgr\u00e9 sa maladie, MacLean publia huit livres et de nombreux articles, dont un autre article dans l&rsquo;American Journal of Sociology&nbsp;intitul\u00e9 \u00ab Significance of the Canadian Migration \u00bb (MacLean,&nbsp;1905). Dans cet article, elle pr\u00e9sentait des statistiques sur les immigrants canadiens aux \u00c9tats-Unis et abordait les questions des relations entre le Canada et les \u00c9tats-Unis et de l&rsquo;identit\u00e9 canadienne britannique. Dans une certaine mesure, cet article \u00e9tait une r\u00e9flexion sur sa propre exp\u00e9rience d&rsquo;immigrante, aspirant \u00e0 \u00ab former une seule famille \u00bb avec \u00ab les Canadiens au pays, les Canadiens aux \u00c9tats-Unis et les citoyens am\u00e9ricains \u00bb (MacLean,&nbsp;1905&nbsp;: 823).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En tant que pionni\u00e8re dans le voyage des Canadiens du Nord vers la ville, MacLean s&rsquo;est engag\u00e9e non seulement dans une \u00e9cole de sociologie de Chicago, mais dans plusieurs \u00e9coles en devenir. Parmi ses mentors figuraient non seulement les fondateurs du d\u00e9partement de sociologie, tels que Small, Mead et Thomas, mais aussi Jane Addams et d&rsquo;autres femmes universitaires de la Hull House. Contrairement aux g\u00e9n\u00e9rations suivantes de Canadiens \u00e0 Chicago, dont les travaux universitaires portaient clairement la marque d&rsquo;un style particulier de sociologie, les \u00e9crits de MacLean \u00e9taient pluralistes sur le plan m\u00e9thodologique et ambigus sur le plan th\u00e9orique. Son orientation intellectuelle \u00e9tait toutefois manifestement progressiste, sans doute gr\u00e2ce \u00e0 ses interactions avec les femmes et les hommes du pragmatisme am\u00e9ricain qui pr\u00f4naient la \u00ab (re)construction de la citoyennet\u00e9, de la d\u00e9mocratie et de la paix \u00bb (Schneiderhan,&nbsp;2011&nbsp;: 592).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;\u00e9cologiste humain : Roderick Duncan McKenzie<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Deux autres Canadiens ont rapidement apport\u00e9 une contribution significative \u00e0 l&rsquo;histoire de l&rsquo;\u00e9cole de Chicago. Ernest Watson Burgess, n\u00e9 \u00e0 Tilbury, en Ontario, en 1886, a \u00e9migr\u00e9 aux \u00c9tats-Unis avec ses parents en 1888. Il a poursuivi des \u00e9tudes sup\u00e9rieures au d\u00e9partement de sociologie de 1908 \u00e0 1913. En 1916, trois ans apr\u00e8s avoir obtenu son doctorat, Burgess est revenu au d\u00e9partement en tant que membre du corps professoral, o\u00f9 il est rest\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 sa retraite. Bien qu&rsquo;il ait pass\u00e9 la majeure partie de sa vie aux \u00c9tats-Unis, Burgess a conserv\u00e9 sa citoyennet\u00e9 canadienne et n&rsquo;est devenu citoyen am\u00e9ricain que tard dans sa vie. Roderick Duncan McKenzie, n\u00e9 \u00e0 Carman, au Manitoba, en 1885, est arriv\u00e9 \u00e0 Chicago en 1913 apr\u00e8s avoir termin\u00e9 ses \u00e9tudes \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 du Manitoba. Alors que Burgess \u00e9tait canadien de naissance, McKenzie a pass\u00e9 les 28 premi\u00e8res ann\u00e9es de sa vie au Canada. Cette section se concentrera donc davantage sur les contributions de McKenzie \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole de Chicago.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Burgess et McKenzie se sont rencontr\u00e9s pour la premi\u00e8re fois \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 d&rsquo;\u00c9tat de l&rsquo;Ohio en 1915, o\u00f9 McKenzie enseignait l&rsquo;\u00e9conomie et la sociologie pendant ses \u00e9tudes de doctorat, tandis que Burgess \u00e9tait professeur assistant. Apr\u00e8s le retour de Burgess \u00e0 Chicago en 1916, les deux hommes ont collabor\u00e9 \u00e9troitement avec Robert E. Park pour d\u00e9velopper ce qui allait devenir l&rsquo;\u00ab \u00e9cologie humaine \u00bb (Park et al.,&nbsp;1967&nbsp;; Hawley,&nbsp;1986). Bien que Park et Burgess aient re\u00e7u la plupart des honneurs pour cette approche, en partie gr\u00e2ce \u00e0 leur manuel influent,&nbsp;Introduction to the Science of Sociology(Park et Burgess [1921],&nbsp;1969), c&rsquo;est McKenzie qui a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 utiliser le terme \u00ab \u00e9cologie humaine \u00bb dans sa th\u00e8se de doctorat,&nbsp;The Neighborhood: A Study of Local Life in the City of Columbus,&nbsp;Ohio, publi\u00e9e sous forme de cinq articles dans l&rsquo;American Journal of Sociology&nbsp;en 1921-1922 (McKenzie,&nbsp;1923).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est important de noter que l&rsquo;\u00e9cologie humaine, concept phare de la premi\u00e8re \u00e9cole de Chicago, a non seulement \u00e9t\u00e9 invent\u00e9 par un Canadien, mais qu&rsquo;il s&rsquo;inspire \u00e9galement des recherches men\u00e9es par McKenzie \u00e0 Columbus, dans l&rsquo;Ohio. Bien que cette \u00e9tude ait \u00e9t\u00e9 largement \u00ab oubli\u00e9e \u00bb par les g\u00e9n\u00e9rations suivantes de sociologues urbains (Parker,&nbsp;2020), elle remet en question l&rsquo;id\u00e9e r\u00e9pandue selon laquelle les contributions de l&rsquo;\u00e9cole de Chicago ont principalement \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9es dans la ville de Chicago gr\u00e2ce \u00e0 des travaux ethnographiques men\u00e9s sur place. Dans son \u00e9tude, McKenzie a examin\u00e9 la vie communautaire, la d\u00e9sint\u00e9gration et la reconstruction sociale d&rsquo;un quartier urbain de Columbus, ainsi que la mobilit\u00e9 de sa population. Comme le soutient Parker (2020), les conclusions de McKenzie ont fourni des preuves empiriques au mod\u00e8le des zones concentriques de Burgess (1967), notamment dans le paragraphe suivant :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab La population de toute ville est r\u00e9partie en fonction du statut \u00e9conomique dans des zones r\u00e9sidentielles o\u00f9 les loyers varient en fonction de la valeur des biens immobiliers. Le revenu familial tend \u00e0 s\u00e9parer la population d&rsquo;une ville en diff\u00e9rents quartiers \u00e9conomiques, tout comme le prix des billets de th\u00e9\u00e2tre divise le public en plusieurs strates \u00e9conomiques et sociales distinctes. \u00bb (McKenzie,&nbsp;1921&nbsp;: 152).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En outre, McKenzie a \u00e9tudi\u00e9 le quartier en tant qu&rsquo;\u00ab unit\u00e9 de r\u00e9forme sociale et politique \u00bb (McKenzie,&nbsp;1922&nbsp;: 780), d\u00e9montrant comment la s\u00e9gr\u00e9gation des \u00e9lecteurs correspondait aux \u00ab regroupements naturels de la population \u00bb (McKenzie,&nbsp;1922&nbsp;: 797). Ces regroupements naturels \u00e9taient toutefois de plus en plus mobiles et transitoires, manquant de la stabilit\u00e9 d&rsquo;une communaut\u00e9 traditionnelle. Comme il le commentait dans le paragraphe conclusif de son \u00e9tude :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab M\u00eame si nous id\u00e9alisons les valeurs de solidarit\u00e9 sociale du quartier traditionnel et aspirons \u00e0 leur retour, il n&rsquo;en reste pas moins que notre ordre social a profond\u00e9ment chang\u00e9 par rapport \u00e0 la vie organique des anciens hameaux ou villages. Les mouvements bouillonnants de la population ne montrent aucun signe d&rsquo;essoufflement. La vie communautaire est de plus en plus mobile et transitoire\u2026 Tout cela fait partie de la phase dynamique de l&rsquo;ordre \u00e9conomique et social dans lequel nous vivons actuellement. Avec ce changement, nous perdons sans doute certaines des valeurs qui accompagnaient la solidarit\u00e9, mais, d&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, nous gagnons beaucoup gr\u00e2ce \u00e0 la souplesse m\u00eame de la structure sociale actuelle. \u00bb (McKenzie,&nbsp;1922&nbsp;: 799).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est difficile de d\u00e9terminer dans quelle mesure le point de vue de McKenzie sur la structure sociale tr\u00e8s mobile de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle a \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9 par sa propre exp\u00e9rience migratoire du Canada vers les \u00c9tats-Unis. Compar\u00e9es aux communaut\u00e9s rurales du Manitoba, o\u00f9 il a grandi en tant que \u00ab fils d&rsquo;agriculteurs \u00e9cossais de noble lign\u00e9e \u00bb (Hawley,&nbsp;1968&nbsp;: viii), Chicago et Columbus repr\u00e9sentaient toutes deux des soci\u00e9t\u00e9s plus grandes et plus transitoires, d\u00e9pourvues de \u00ab vie organique \u00bb, mais pleines d&rsquo;\u00e9nergie et de possibilit\u00e9s. Cette vision dynamique et mobile de la soci\u00e9t\u00e9 est devenue plus tard une caract\u00e9ristique de l&rsquo;approche sociologique de l&rsquo;\u00e9cole de Chicago, \u00e0 laquelle McKenzie a apport\u00e9 une contribution durable. Elle fait \u00e9galement \u00e9cho \u00e0 la description de la vie urbaine faite par Simmel dans son ouvrage fondateur, \u00ab La m\u00e9tropole et la vie mentale \u00bb (Simmel,&nbsp;1971).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans son article de 1924, McKenzie a donn\u00e9 la d\u00e9finition classique de l&rsquo;\u00e9cologie humaine comme \u00ab l&rsquo;\u00e9tude des relations spatiales et temporelles des \u00eatres humains sous l&rsquo;influence des forces s\u00e9lectives, distributives et accommodantes de l&rsquo;environnement \u00bb (McKenzie,&nbsp;1924&nbsp;: 288). Bien que les id\u00e9es qui sous-tendent cette perspective sociologique r\u00e9volutionnaire aient \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9es conjointement par Park et al. (1967), ni Park ni Burgess n&rsquo;ont formul\u00e9 de d\u00e9clarations d\u00e9finitives sur l&rsquo;\u00e9cologie humaine comme l&rsquo;a fait McKenzie. Comme l&rsquo;a comment\u00e9 Hawley (1968&nbsp;: xi), \u00ab l&rsquo;esprit tr\u00e8s imaginatif et agit\u00e9 de Park \u00e9tait impatient face aux d\u00e9tails et \u00e0 la rigueur d&rsquo;un raisonnement rigoureux \u00bb, tandis que \u00ab Burgess, en revanche, \u00e9tait irr\u00e9sistiblement attir\u00e9 par des probl\u00e8mes empiriques sp\u00e9cifiques \u00bb. En revanche, McKenzie a non seulement fourni une d\u00e9finition, mais a \u00e9galement d\u00e9crit de mani\u00e8re syst\u00e9matique le champ d&rsquo;application de l&rsquo;\u00e9cologie humaine. Cela comprend la distribution \u00e9cologique, les unit\u00e9s \u00e9cologiques, la mobilit\u00e9 et la fluidit\u00e9, la distance \u00e9cologique, les facteurs \u00e9cologiques et les processus \u00e9cologiques (McKenzie,&nbsp;1968). Les processus \u00e9cologiques englobent la concentration, la sp\u00e9cialisation, la dispersion, la centralisation, la s\u00e9gr\u00e9gation, l&rsquo;invasion et la succession, qui \u00ab op\u00e8rent tous au sein d&rsquo;une base structurelle plus ou moins rigide \u00bb (McKenzie,&nbsp;1968&nbsp;: 32).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Compar\u00e9e au mod\u00e8le classique de zones concentriques de croissance urbaine de Burgess (1967), l&rsquo;approche \u00e9cologique de McKenzie est sans doute plus dynamique. Alors que le mod\u00e8le de Burgess pr\u00e9sente une configuration spatiale relativement stable (par exemple, le quartier central des affaires, la zone de transition, les logements ouvriers, la zone de banlieue, etc.), McKenzie se concentre sur les processus de changement au sein de la ville et de ses quartiers. Par exemple, il a longuement discut\u00e9 des processus d&rsquo;invasion, d&rsquo;accommodation et de succession dans le d\u00e9veloppement urbain, en partant du principe que les quartiers et les groupes ethniques sont toujours dans un \u00e9tat de mobilit\u00e9 fluide. Cette divergence entre McKenzie et Burgess, comme l&rsquo;explique Hawley (1968&nbsp;: xvi), pourrait s&rsquo;expliquer par le fait que \u00ab McKenzie, ayant d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 sa carri\u00e8re d&rsquo;enseignant, a r\u00e9dig\u00e9 sa th\u00e8se in absentia \u00bb. En d&rsquo;autres termes, bien qu&rsquo;il ait \u00e9t\u00e9 l&rsquo;un des membres fondateurs de l&rsquo;\u00e9cole de Chicago, McKenzie n&rsquo;a pas pass\u00e9 beaucoup de temps dans cette ville. Burgess et McKenzie sont certes devenus \u00ab des amis proches et des coll\u00e8gues \u00e0 la facult\u00e9 de l&rsquo;universit\u00e9 d&rsquo;\u00c9tat de l&rsquo;Ohio \u00bb (Hawley,&nbsp;1968&nbsp;: xvi), mais leurs exp\u00e9riences de recherche \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Chicago ne se sont pas chevauch\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s avoir obtenu son doctorat en 1920, McKenzie obtint un poste de professeur \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Washington et passa les dix ann\u00e9es suivantes \u00e0 Seattle. Pendant cette p\u00e9riode, il appliqua l&rsquo;approche \u00e9cologique \u00e0 la r\u00e9gion de Puget Sound, examinant les processus de s\u00e9gr\u00e9gation, de concentration, d&rsquo;int\u00e9gration et de s\u00e9lection r\u00e9gionaux, qu&rsquo;il d\u00e9crivit comme \u00ab les \u00e9tapes successives de la croissance r\u00e9gionale \u00bb (McKenzie,&nbsp;1968&nbsp;: 242). Il a \u00e9galement publi\u00e9 un rapport command\u00e9 intitul\u00e9&nbsp;Oriental Exclusion&nbsp;(McKenzie,&nbsp;1927), qui traitait des conditions de vie des migrants orientaux aux \u00c9tats-Unis. Ce rapport \u00ab a \u00e9t\u00e9 largement salu\u00e9 pour avoir r\u00e9tablit la v\u00e9rit\u00e9 sur les contributions des Orientaux \u00e0 ce pays et mis en \u00e9vidence les effets n\u00e9fastes de la l\u00e9gislation sur l&rsquo;exclusion \u00bb (Hawley,&nbsp;1968&nbsp;: x). Au cours du trimestre d&rsquo;\u00e9t\u00e9 1925, McKenzie retourna \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Chicago et donna deux cours : \u00ab La famille \u00bb (Sociologie 351) et \u00ab \u00c9cologie humaine \u00bb (Sociologie 361) (universit\u00e9 de Chicago,&nbsp;1925&nbsp;: 161).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1930, McKenzie rejoignit l&rsquo;universit\u00e9 du Michigan pour diriger son nouveau d\u00e9partement de sociologie. Jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort en 1940, McKenzie travailla \u00e0 la publication d&rsquo;un trait\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9cologie humaine. On pense que l&rsquo;id\u00e9e de ce trait\u00e9 \u00ab germa dans l&rsquo;esprit de McKenzie d\u00e8s 1924 \u00bb et qu&rsquo;il accepta \u00ab la demande de Park de le nommer coauteur du livre \u00bb (MacDonald,&nbsp;2011&nbsp;: 282). Cependant, \u00ab Amos Hawley affirmait que McKenzie et Park s&rsquo;\u00e9taient disput\u00e9s au sujet de l&rsquo;utilisation pr\u00e9sum\u00e9e par Park de documents que McKenzie lui avait remis \u00bb, ce qui est corrobor\u00e9 par le fait qu&rsquo;il n&rsquo;existe \u00ab aucune trace de correspondance \u00bb entre Park et McKenzie apr\u00e8s la publication de l&rsquo;article de Park intitul\u00e9 \u00ab Human Ecology \u00bb dans l&rsquo;American Journal of Sociology&nbsp;en 1936 (MacDonald,&nbsp;2011&nbsp;: 282). Finalement, un livre sur l&rsquo;\u00e9cologie humaine a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 par Hawley, un doctorant de McKenzie (1950). Cependant, Hawley n&rsquo;a pas mentionn\u00e9 McKenzie comme coauteur, car \u00ab le travail de McKenzie sur le livre se limitait \u00e0 des notes sommaires \u00bb, et ces notes \u00ab ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truites dans un incendie qui a ravag\u00e9 le b\u00e2timent abritant le bureau de Hawley \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 du Michigan en 1950 \u00bb (MacDonald,&nbsp;2011&nbsp;: 282).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, tandis que Park et Burgess fondaient l&rsquo;\u00e9cole de Chicago et formaient une g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;ethnographes urbains \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Chicago, McKenzie suivait une voie diff\u00e9rente dans les \u00c9tats de l&rsquo;Ohio, de Virginie occidentale, de Washington et du Michigan. Bien qu&rsquo;il f\u00fbt un membre \u00e9minent de l&rsquo;\u00e9cole de Chicago, McKenzie passa peu de temps \u00e0 Chicago et d\u00e9veloppa son propre programme de recherche sur l&rsquo;\u00e9cologie humaine. Bien que McKenzie ait souvent \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00e9l\u00e8ve de Park et Burgess, il \u00e9tait d&rsquo;un an l&rsquo;a\u00een\u00e9 de Burgess et pouvait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme son \u00e9gal sur le plan intellectuel. N\u00e9anmoins, ses contributions \u00e0 la th\u00e9orie sociologique ont \u00e9t\u00e9 \u00e9clips\u00e9es par celles de Park et Burgess. Alors que l&rsquo;\u00e9cologie humaine est devenue un domaine d&rsquo;\u00e9tude \u00e0 part enti\u00e8re, le nom de McKenzie a \u00e9t\u00e9 largement oubli\u00e9 par les sociologues contemporains.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le pont du milieu du si\u00e8cle : Everett Hughes et Helen Hughes<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parmi les \u00e9tudiants de Park \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Chicago se trouvait un couple qui s&rsquo;\u00e9tait rencontr\u00e9 pendant ses \u00e9tudes sup\u00e9rieures : Everett Cherrington Hughes et Helen MacGill Hughes. Everett Hughes est n\u00e9 en 1897 \u00e0 Beaver, dans l&rsquo;Ohio, d&rsquo;un \u00ab pasteur m\u00e9thodiste cultiv\u00e9 et tr\u00e8s lis Everett et ceux qui le connaissaient associaient son inspiration pour l&rsquo;\u00e9criture et la sociologie \u00e0 son enfance marginale. Son p\u00e8re \u00e9tait victime de l&rsquo;intol\u00e9rance religieuse et raciale du Ku Klux Klan parce qu&rsquo;il \u00e9tait \u00ab ami des n\u00e8gres \u00bb et doutait de la Bible (Riesman,&nbsp;1983). Helen Hughes, quant \u00e0 elle, \u00e9tait une femme blanche anglo-saxonne protestante (WASP) n\u00e9e et \u00e9lev\u00e9e \u00e0 Vancouver par Helen Gregory MacGill, une f\u00e9ministe pionni\u00e8re et l&rsquo;une des premi\u00e8res femmes juges au Canada. Helen a \u00e9tudi\u00e9 l&rsquo;\u00e9conomie et l&rsquo;allemand \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Colombie-Britannique, mais c&rsquo;est au cours de sa derni\u00e8re ann\u00e9e qu&rsquo;elle s&rsquo;est int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 la sociologie (Hughes,&nbsp;1977). Au cours de son dernier semestre, elle obtint une bourse pour \u00e9tudier \u00e0 la Carola Woerishoffer School of Economics du Bryn Mawr College, mais elle y renon\u00e7a apr\u00e8s la visite de Robert E. Park, qui menait une enqu\u00eate sur les relations raciales sur la c\u00f4te ouest (Hughes,&nbsp;1977). Park convainc Helen de s&rsquo;inscrire plut\u00f4t \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Chicago : \u00ab Nous lan\u00e7ons un nouveau programme de recherche, et vous y apprendrez davantage sur les sujets qui vous int\u00e9ressent qu&rsquo;\u00e0 Bryn Mawr. \u00bb (Hughes,&nbsp;1977&nbsp;: 75) \u00c0 son arriv\u00e9e \u00e0 Chicago en 1925, Helen rencontre Everett Hughes, qui pr\u00e9pare un doctorat sous la direction de Park.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1927, Helen a termin\u00e9 sa th\u00e8se de ma\u00eetrise intitul\u00e9e \u00ab Land Values as an Ecological Factor in the Community of South Chicago \u00bb (La valeur fonci\u00e8re en tant que facteur \u00e9cologique dans la communaut\u00e9 du sud de Chicago) (Hughes,&nbsp;1927). Elle \u00e9tait \u00ab la seule femme parmi six ou sept \u00e9tudiants masculins \u00bb (Eichler,&nbsp;2001&nbsp;: 381). Cette th\u00e8se est un exemple typique de l&rsquo;ethnographie de l&rsquo;\u00e9cole de Chicago des ann\u00e9es 1920. Elle commence par une pr\u00e9sentation d\u00e9taill\u00e9e des quartiers et des groupes ethniques du sud de Chicago, suivie d&rsquo;une analyse de la fa\u00e7on dont la valeur fonci\u00e8re fluctue et diminue \u00e0 mesure que l&rsquo;on s&rsquo;\u00e9loigne du centre-ville. Dans le chapitre conclusif, Helen applique le mod\u00e8le des zones concentriques de Burgess et discute du \u00ab caract\u00e8re organique de la ville \u00bb (Hughes,&nbsp;1927&nbsp;: 99).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1927, Helen et Everett se mari\u00e8rent \u00e0 Vancouver, et Everett Hughes commen\u00e7a sa premi\u00e8re carri\u00e8re universitaire \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 McGill, au Qu\u00e9bec. L&rsquo;ann\u00e9e suivante, Everett soutint sa th\u00e8se de doctorat intitul\u00e9e&nbsp;The Growth of an Institution: The Chicago Real Estate Board&nbsp;(Hughes,&nbsp;1931). Helen a poursuivi ses \u00e9tudes de doctorat sous la supervision de Park, alternant entre Montr\u00e9al et Chicago afin de satisfaire aux exigences de r\u00e9sidence de l&rsquo;Universit\u00e9 de Chicago, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;obtention de son dipl\u00f4me en 1937 (Hughes,&nbsp;1977). Sa th\u00e8se de doctorat, intitul\u00e9e&nbsp;News and the Human Interest Story: A Study of Popular Literature&nbsp;(Hughes,&nbsp;1940), a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e par les Presses de l&rsquo;Universit\u00e9 de Chicago en 1940.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les ann\u00e9es qu&rsquo;Everett Hughes a pass\u00e9es au Qu\u00e9bec ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminantes pour sa carri\u00e8re. Le d\u00e9partement de sociologie de l&rsquo;Universit\u00e9 McGill a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 en 1925 par Carl A. Dawson, un Canadien qui a d&rsquo;abord \u00e9tudi\u00e9 la th\u00e9ologie \u00e0 la Divinity School de l&rsquo;Universit\u00e9 de Chicago avant de s&rsquo;orienter vers la sociologie, s&rsquo;alignant sur l&rsquo;\u00e9cole \u00e9mergente de Chicago, en particulier Park et Burgess (Shore,&nbsp;1985). L&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;Helen et d&rsquo;Everett Hughes en 1927 a consolid\u00e9 l&rsquo;influence dominante de l&rsquo;\u00e9cole de Chicago sur les d\u00e9buts de la sociologie canadienne. Comme l&rsquo;indique le site web du d\u00e9partement de sociologie de l&rsquo;Universit\u00e9 McGill, \u00ab Au cours de la premi\u00e8re partie de cette p\u00e9riode (les ann\u00e9es 1920 et 1930), le centre mondial de la sociologie \u00e9tait l&rsquo;Universit\u00e9 de Chicago \u00bb. Dawson a pr\u00e9sid\u00e9 le d\u00e9partement jusqu&rsquo;en 1952, p\u00e9riode durant laquelle de nombreux sociologues form\u00e9s \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Chicago ont rejoint le corps professoral, notamment Forrest LavioletteNote de bas de page 1, Aileen RossNote de bas de page 2, Nathan KeyfitzNote de bas de page 3, William WestleyNote de bas de page 4, David SolomonNote de bas de page 5&nbsp;et Fred ElkinNote de bas de page 6. Alors que Ross, Keyfitz et Solomon \u00e9taient des Canadiens qui avaient \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Chicago, Laviolette, Westley et Elkins \u00e9taient des Am\u00e9ricains qui avaient quitt\u00e9 Chicago pour s&rsquo;installer \u00e0 Montr\u00e9al apr\u00e8s avoir obtenu leur doctorat. Il n&rsquo;est pas exag\u00e9r\u00e9 de dire que les sociologues form\u00e9s \u00e0 Chicago ont jou\u00e9 un r\u00f4le central dans l&rsquo;\u00e9tablissement de la sociologie canadienne, l&rsquo;Universit\u00e9 McGill servant de centre n\u00e9vralgique pour les id\u00e9es et les activit\u00e9s de recherche jusqu&rsquo;\u00e0 ce que l&rsquo;Universit\u00e9 de Toronto et d&rsquo;autres institutions prennent de l&rsquo;importance dans l&rsquo;apr\u00e8s-guerre (Brym,&nbsp;2002&nbsp;; Cormier,&nbsp;2002).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant son s\u00e9jour au Qu\u00e9bec, Everett Hughes s&rsquo;est efforc\u00e9 de s&rsquo;immerger dans la culture canadienne-fran\u00e7aise. Il \u00ab \u00e9tait fascin\u00e9 par la survie des Canadiens fran\u00e7ais \u00bb (Fournier,&nbsp;2002&nbsp;: 45) et critiquait l&rsquo;Universit\u00e9 McGill pour ne pas offrir \u00ab aucune possibilit\u00e9 d&rsquo;observer sur le terrain la langue et la culture canadiennes-fran\u00e7aises \u00bb (Chapoulie,&nbsp;1996&nbsp;: 14). Il est m\u00eame all\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;installer dans un quartier francophone et a engag\u00e9 un tuteur de fran\u00e7ais pour l&rsquo;aider dans ses recherches (Hughes,&nbsp;1970). Finalement, son poste d&rsquo;enseignant \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Laval lui a permis de \u00ab vivre le fran\u00e7ais \u00bb (Hughes,&nbsp;1970&nbsp;: 14). L&rsquo;exposition \u00e0 un environnement multilingue a inspir\u00e9 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de Hughes pour l&rsquo;influence de l&rsquo;industrialisation et de l&rsquo;urbanisation sur la mani\u00e8re dont diff\u00e9rents groupes de personnes se rassemblaient (Riesman,&nbsp;1983). Il a men\u00e9 des travaux de terrain sur les effets de l&rsquo;industrialisation \u00e0 Drummondville, une petite ville du Qu\u00e9bec qu&rsquo;il appelait \u00ab Cantonville \u00bb (Hughes,&nbsp;1943). Ces recherches, men\u00e9es conjointement avec Helen Hughes, ont abouti \u00e0 son ouvrage classique intitul\u00e9&nbsp;French Canada in Transition, publi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois par les Presses de l&rsquo;Universit\u00e9 de Chicago en 1943 (Hughes,&nbsp;1943).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cet ouvrage est peut-\u00eatre la deuxi\u00e8me \u00e9tude majeure de l&rsquo;\u00e9cole de Chicago sur le Canada, apr\u00e8s la th\u00e8se de doctorat d&rsquo;Annie Marion MacLean sur la Nouvelle-\u00c9cosse. L&rsquo;influence de l&rsquo;approche \u00e9cologique de Robert E. Park est \u00e9vidente tout au long du livre ; en fait, Hughes a d\u00e9di\u00e9 son ouvrage \u00e0 Park. L&rsquo;analyse de Cantonville par Hughes englobe non seulement les caract\u00e9ristiques des groupes et les interactions sociales entre les populations fran\u00e7aise et anglaise, mais aussi leurs diff\u00e9rences religieuses et professionnelles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette orientation refl\u00e8te son int\u00e9r\u00eat de longue date pour la sociologie du travail et des professions, qui a influenc\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations de sociologues de l&rsquo;\u00e9cole de Chicago, notamment Howard Becker, Eliot Freidson et Andrew Abbott. Apr\u00e8s une \u00e9tude approfondie de Cantonville dans la deuxi\u00e8me partie, Hughes s&rsquo;est int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 Montr\u00e9al dans la troisi\u00e8me partie, o\u00f9 il a examin\u00e9 l&rsquo;\u00e9conomie et le mode de vie des Canadiens fran\u00e7ais urbains par rapport \u00e0 ceux des habitants des zones rurales et des Anglais. Le chapitre sur Montr\u00e9al \u00e9voque parfois l&rsquo;essai fondateur de Simmel (1971) intitul\u00e9 \u00ab La m\u00e9tropole et la vie mentale \u00bb. Associ\u00e9 \u00e0 la th\u00e8se de McKenzie \u00e9voqu\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment, cela montre clairement l&rsquo;influence durable de Simmel sur les sociologues de l&rsquo;\u00e9cole de Chicago.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le chapitre conclusif, intitul\u00e9 \u00ab Le Qu\u00e9bec cherche un bouc \u00e9missaire \u00bb, Hughes affirme que \u00ab compte tenu de la mentalit\u00e9 d\u00e9fensive face \u00e0 la pression et \u00e0 l&rsquo;influence \u00e9trang\u00e8res engendr\u00e9e par un si\u00e8cle et demi d&rsquo;existence en tant que minorit\u00e9, il est tout \u00e0 fait naturel que les Canadiens fran\u00e7ais voient la main des \u00e9trangers culturels dans toutes leurs difficult\u00e9s \u00bb (Hughes,&nbsp;1943&nbsp;: 217). Outre \u00ab la conqu\u00eate militaire \u00bb et \u00ab les invasions commerciales \u00bb du pass\u00e9, la r\u00e9volution industrielle en cours \u00ab d\u00e9place des masses de population des campagnes vers les villes, bouleverse l&rsquo;\u00e9quilibre des classes, porte atteinte au contenu et aux objectifs m\u00eames de l&rsquo;\u00e9ducation et menace un mode de vie qui, dans le pass\u00e9, a apport\u00e9 confort et profonde satisfaction \u00e0 ses adeptes \u00bb (Hughes,&nbsp;1943&nbsp;: 217). Cette insistance sur l&rsquo;impact de la modernit\u00e9 sur les valeurs et les modes de vie traditionnels fait \u00e9cho \u00e0 la conclusion de McKenzie dans son \u00e9tude sur Colomb (cit\u00e9e plus haut). Cependant, compar\u00e9 \u00e0 la vision optimiste du changement de McKenzie, Hughes semble plus sympathique au statut minoritaire persistant des Canadiens fran\u00e7ais et \u00e0 la d\u00e9sorganisation de leur vie pendant l&rsquo;industrialisation et l&rsquo;urbanisation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les recherches de Hughes ont influenc\u00e9 toute une g\u00e9n\u00e9ration de sociologues qu\u00e9b\u00e9cois, connus sous le nom d&rsquo;\u00ab \u00e9cole Laval (Qu\u00e9bec) \u00bb, dont les \u00e9tudes rejetaient \u00ab un nationalisme ethnocentrique au profit de la modernit\u00e9 \u00bb et se concentraient sur \u00ab l&rsquo;antinomie entre la civilisation urbaine am\u00e9ricaine et l&rsquo;identit\u00e9 religieuse et culturelle des Fran\u00e7ais \u00bb (Fournier,&nbsp;2002&nbsp;: 46). Jean-Charles Falardeau, \u00ab premier sociologue francophone du Qu\u00e9bec \u00bb, \u00ab \u00e9l\u00e8ve de Park et Burgess \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Chicago et \u00ab h\u00e9ritier \u00bb d&rsquo;E. C. Hughes \u00bb, \u00e9tait une figure de proue de cette \u00e9cole (Fournier,&nbsp;2002&nbsp;: 46). Les travaux de Falardeau \u00ab ont mis en \u00e9vidence l&rsquo;\u00ab inf\u00e9riorit\u00e9 \u00bb des Canadiens fran\u00e7ais et ont fourni une justification \u00e0 deux mouvements \u00ab nationalistes \u00bb \u00bb (Fournier,&nbsp;2002&nbsp;: 46-47) au Qu\u00e9bec dans les ann\u00e9es 1960.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1938, un an apr\u00e8s l&rsquo;obtention de son doctorat par Helen Hughes, Everett Hughes s&rsquo;est vu offrir un poste de professeur \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Chicago. Par cons\u00e9quent, le couple quitte Montr\u00e9al pour retourner \u00e0 Chicago. Everett Hughes est largement reconnu comme un pont essentiel au milieu du si\u00e8cle entre la premi\u00e8re \u00e9cole de Chicago et les sociologues form\u00e9s \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Chicago dans les ann\u00e9es 1940 et 1950 (Chapoulie,&nbsp;1996), dont plusieurs Canadiens notables, notamment Erving Goffman. Les travaux de la deuxi\u00e8me \u00e9cole de Chicago de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre trouvent en partie leur origine dans l&rsquo;enseignement et les recherches de Hughes (Chapoulie,&nbsp;1996). Cependant, Hughes lui-m\u00eame rejetait l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une \u00e9cole de Chicago distincte. Dans une conversation avec Herbert Blumer, il d\u00e9clara : \u00ab Je n&rsquo;aime pas l&rsquo;id\u00e9e de parler d&rsquo;une \u00e9cole de Chicago ou de tout autre type d&rsquo;\u00e9cole\u2026 allez-y, soyez une \u00e9cole de Chicago si vous voulez. \u00bb (Lofland,&nbsp;1980&nbsp;: 276-277) Il aurait \u00e9galement d\u00e9test\u00e9 \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un disciple ou un membre de l&rsquo;\u00e9cole de Chicago (Helmes-Hayes,&nbsp;1998).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant cette p\u00e9riode, Helen Hughes a donn\u00e9 naissance \u00e0 deux filles, en 1938 et 1940. Elle est ensuite devenue r\u00e9dactrice en chef de l&rsquo;American Journal of Sociology, o\u00f9 elle a d\u00e9but\u00e9 comme assistante de r\u00e9daction en 1944 \u00e0 l&rsquo;invitation de Herbert Blumer, avant de devenir r\u00e9dactrice en chef de 1955 \u00e0 1961. Dans un article ult\u00e9rieur intitul\u00e9 \u00ab Maid of All Work or Department Sister-in-Law? The Faculty Wife Employed on Campus \u00bb, Helen qualifie cette p\u00e9riode de \u00ab 17 ann\u00e9es gratifiantes et non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es \u00bb et la d\u00e9crit comme \u00ab un exemple parfait de la&nbsp;Kreuzung sozialer Kreise&nbsp;(l&rsquo;interaction des cercles sociaux) \u00bb de Simmel (Hughes,&nbsp;1973&nbsp;: 767, 771). En effet, elle n&rsquo;\u00e9tait pas seulement l&rsquo;\u00e9pouse d&rsquo;Everett Hughes, mais aussi une \u00e9tudiante de Burgess et une camarade de Blumer, Wirth et Hughes, qui ont tous occup\u00e9 le poste de r\u00e9dacteur en chef de l&rsquo;AJS pendant son mandat. N\u00e9anmoins, elle soulignait \u00e9galement que \u00ab [c]&rsquo;\u00e9tait clairement le r\u00e9sultat du sexisme \u00bb (Hughes,&nbsp;1973&nbsp;: 772).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De 1938 jusqu&rsquo;\u00e0 leur retraite, Everett et Helen Hughes ont maintenu des liens \u00e9troits avec le Canada et sa discipline \u00e9mergente, la sociologie. M\u00eame dans les ann\u00e9es 1960, ils lisaient encore&nbsp;The Montreal Star&nbsp;et assistaient aux r\u00e9unions des soci\u00e9t\u00e9s savantes canadiennes. Dans son essai de 1970 intitul\u00e9 \u00ab Teaching as Fieldwork \u00bb, Everett Hughes a fait allusion \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une sociologie canadienne distincte. Apr\u00e8s que ses \u00e9tudiants lui eurent reproch\u00e9 de leur assigner des publications am\u00e9ricaines et britanniques, Hughes s&rsquo;est adapt\u00e9 en s&rsquo;engageant dans ce qu&rsquo;il a appel\u00e9 la \u00ab sociologie canadienne \u00bb, un concept qu&rsquo;il attribuait \u00e0 Carl Dawson. Il encourageait ses \u00e9tudiants \u00e0 r\u00e9diger des rapports sur leurs propres communaut\u00e9s et familles (Hughes,&nbsp;1970&nbsp;: 14). Selon Hughes, les diff\u00e9rences subtiles entre la sociologie am\u00e9ricaine et la sociologie canadienne trouvaient leur origine dans les efforts respectifs de ces deux pays en faveur de l&rsquo;\u00e9mancipation. Au Canada, les \u00e9tudiants se concentraient sur l&rsquo;\u00e9mancipation vis-\u00e0-vis des contraintes culturelles ou religieuses, tandis qu&rsquo;\u00e0 Chicago, les \u00e9tudiants \u00e9taient \u00ab toujours en qu\u00eate d&rsquo;\u00e9mancipation \u00bb, m\u00eame onze ans apr\u00e8s la r\u00e9alisation de travaux sur le terrain similaires au Canada (Hughes,&nbsp;1970&nbsp;: 14). Bien que Hughes ne discute pas explicitement d&rsquo;une influence potentielle du Canada sur la sociologie am\u00e9ricaine, il conclut son essai en soulignant la n\u00e9cessit\u00e9 de relations d&rsquo;enseignement et d&rsquo;apprentissage flexibles qui s&rsquo;adaptent \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution du climat sociopolitique \u2013 une approche qui pourrait avoir \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9e par ses exp\u00e9riences d&rsquo;enseignement au Qu\u00e9bec.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;\u00e9crivain crypto-biographique : Erving Goffman<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l&rsquo;apr\u00e8s-guerre, l&rsquo;un des Canadiens les plus \u00e9minents \u00e0 avoir \u00e9tudi\u00e9 la sociologie \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Chicago \u00e9tait sans doute Erving Goffman. Malgr\u00e9 l&rsquo;abondante litt\u00e9rature sur les contributions de Goffman \u00e0 la sociologie, sa biographie reste peu explor\u00e9e en raison de son aversion pour la divulgation de sa vie priv\u00e9e (Winkin,&nbsp;1999&nbsp;; Jacobsen &amp; Kristiansen,&nbsp;2015). Il a d&rsquo;ailleurs d\u00e9clar\u00e9 un jour : \u00ab Seul un imb\u00e9cile \u00e9tudie sa propre vie \u00bb (Shalin,&nbsp;2014&nbsp;: 2-3). N\u00e9anmoins, comme le soutient Dmitri N. Shalin, \u00ab une grande partie des \u00e9crits de Goffman est crypto-biographique \u00bb et \u00ab son imagination sociologique s&rsquo;inspire de son exp\u00e9rience personnelle \u00bb (Shalin,&nbsp;2014&nbsp;: 3). Son livre&nbsp;Asylums: Essays on the Condition of the Social Situation of Mental Patients and Other Inmates&nbsp;(Goffman,&nbsp;1961) ou son essai autobiographique \u00ab The Insanity of Place \u00bb (Goffman,&nbsp;1969), qui refl\u00e8te probablement son exp\u00e9rience aupr\u00e8s de sa femme atteinte de troubles mentaux dans un \u00e9tablissement psychiatrique du Maryland, bien qu&rsquo;il n&rsquo;en fasse pas explicitement mention dans le livre, en sont des exemples notables. De m\u00eame, les premi\u00e8res ann\u00e9es de Goffman au Canada et ses interactions avec Everett Hughes ont consid\u00e9rablement influenc\u00e9 ses travaux ult\u00e9rieurs en tant que sociologue. Cette section se concentrera sur cet aspect, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;il existe une litt\u00e9rature abondante sur sa vie et son \u0153uvre ult\u00e9rieures en tant qu&rsquo;homme de la classe moyenne vivant aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Erving Goffman est n\u00e9 \u00e0 Manville, en Alberta, le 11 juin 1922, dans une famille d&rsquo;immigrants juifs originaires d&rsquo;Ukraine. Son p\u00e8re, Max Goffman, \u00ab a servi comme conscrit juif dans l&rsquo;arm\u00e9e russe \u00bb (Jacobsen &amp; Kristiansen,&nbsp;2015&nbsp;: 12) et, apr\u00e8s avoir \u00e9migr\u00e9 de Novokrainka \u00e0 Winnipeg, gagnait sa vie en \u00ab vendant des articles de mercerie et en s&rsquo;essayant \u00e0 la bourse \u00bb (Shalin,&nbsp;2014&nbsp;: 12). Pendant l&rsquo;enfance de Goffman, sa m\u00e8re montait des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre amateur et sa s\u0153ur, Frances Goffman Bay, est finalement devenue actrice professionnelle. Erving Goffman \u00ab a lui-m\u00eame particip\u00e9 \u00e0 une mise en sc\u00e8ne de Hamlet au lyc\u00e9e \u00bb (Shalin,&nbsp;2014&nbsp;: 4). Apr\u00e8s avoir obtenu son dipl\u00f4me du lyc\u00e9e technique St. John&rsquo;s en 1939 et \u00e9tudi\u00e9 la chimie \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 du Manitoba, il a travaill\u00e9 pour l&rsquo;Office national du film du Canada \u00e0 Ottawa en 1943 avant d&rsquo;entrer \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Toronto pour \u00e9tudier la sociologie en 1944. Il est plausible que ces premi\u00e8res exp\u00e9riences avec le th\u00e9\u00e2tre et le cin\u00e9ma aient influenc\u00e9 le d\u00e9veloppement de ses concepts dramaturgiques dans son premier livre,&nbsp;The Presentation of Self in Everyday Life&nbsp;(Goffman,&nbsp;1959).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cependant, Goffman n&rsquo;a pas interrompu ses \u00e9tudes universitaires \u00e0 Winnipeg par passion pour le th\u00e9\u00e2tre ou le cin\u00e9ma. Il cherchait plut\u00f4t \u00e0 \u00e9viter d&rsquo;\u00eatre enr\u00f4l\u00e9 dans l&rsquo;arm\u00e9e, comme son p\u00e8re l&rsquo;avait \u00e9t\u00e9. \u00c9tant un homme juif de petite taille, il craignait de devenir \u00ab une cible pour le bizutage s&rsquo;il \u00e9tait dans l&rsquo;arm\u00e9e \u00bb et a donc accept\u00e9 un emploi dans la fonction publique \u00e0 Ottawa (Wrong,&nbsp;2010&nbsp;; Shalin,&nbsp;2014&nbsp;: 6). Son parcours vers la sociologie fut tout aussi fortuit. Alors qu&rsquo;il travaillait \u00e0 l&rsquo;Office national du film, Goffman rencontra Dennis Wrong, un \u00e9tudiant de premier cycle \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Toronto qui y occupait un emploi d&rsquo;\u00e9t\u00e9 en 1944. Lorsque Goffman mentionna \u00e0 Wrong qu&rsquo;il ne souhaitait pas retourner \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 du Manitoba pour \u00e9tudier la philosophie, qu&rsquo;il trouvait \u00ab trop sp\u00e9cialis\u00e9e \u00e0 son go\u00fbt \u00bb, Wrong lui sugg\u00e9ra : \u00ab Pourquoi ne pas essayer la sociologie ? \u00bb (Wrong,&nbsp;2010). Un an plus tard, en 1945, Goffman et Wrong obtiennent tous deux une licence en sociologie et anthropologie \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Toronto. Ils poursuivent ensuite leurs \u00e9tudes de doctorat aux \u00c9tats-Unis, respectivement \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Chicago et \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 Columbia, et deviennent finalement des sociologues am\u00e9ricains d&rsquo;origine canadienne influents au milieu du XXe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Outre son exp\u00e9rience du th\u00e9\u00e2tre, l&rsquo;enfance de Goffman, gar\u00e7on juif dans une petite ville du Manitoba, a consid\u00e9rablement influenc\u00e9 certaines des id\u00e9es pr\u00e9sent\u00e9es dans son livre Stigma: Notes on the Management of Spoiled Identity (Goffman,&nbsp;1963). Comme le note Shalin (2014&nbsp;: 12), \u00ab dissimuler son pass\u00e9 \u00e9tait une pratique courante chez lui, et fuir ses racines juives \u00e9tait une v\u00e9ritable obsession \u00bb. Grandir dans une famille juive de statut social modeste dans une petite ville canadienne dans les ann\u00e9es 1920 et 1930 a \u00e9t\u00e9 une exp\u00e9rience stigmatisante, \u00ab o\u00f9 parler une autre langue \u00e9tait synonyme d&rsquo;homosexualit\u00e9 \u00bb (Hymes [1984]&nbsp;2000&nbsp;: 628). Ce n&rsquo;est pas un hasard si Goffman a ensuite d\u00e9velopp\u00e9 le concept de \u00ab stigmatisation tribale \u00bb, qui d\u00e9signe le type de stigmatisation \u00ab qui peut se transmettre par les lign\u00e9es et contaminer de mani\u00e8re \u00e9gale tous les membres d&rsquo;une famille \u00bb (Goffman,&nbsp;1963&nbsp;: 4). Son enfance marginalis\u00e9e, comme le soutient Shalin (2014), a contribu\u00e9 \u00e0 la fois \u00e0 sa th\u00e9orie de la stigmatisation et \u00e0 son premier article \u00ab On Cooling the Mark Out \u00bb (Goffman,&nbsp;1952), qui examine comment les escrocs professionnels et d&rsquo;autres acteurs aident les victimes \u00e0 s&rsquo;adapter \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est \u00e9galement important de reconna\u00eetre l&rsquo;influence significative d&rsquo;Everett Hughes sur Erving Goffman. La d\u00e9cision de Goffman de poursuivre ses \u00e9tudes de doctorat \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Chicago a \u00e9t\u00e9 prise \u00e0 la suite d&rsquo;une \u00ab rencontre avec son coll\u00e8gue sociologue canadien Everett C. Hughes \u00bb (Jacobsen &amp; Kristiansen,&nbsp;2015&nbsp;: 12). Bien que W. Lloyd Warner ait \u00e9t\u00e9 le principal directeur de th\u00e8se de Goffman, Hughes a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 un mentor important pendant ses ann\u00e9es \u00e0 Chicago. Goffman s&rsquo;est inscrit au s\u00e9minaire de Hughes sur le travail et les professions, \u00ab o\u00f9 il a entendu pour la premi\u00e8re fois l&rsquo;expression \u00ab institutions totales \u00bb \u00bb (Fine &amp; Manning,&nbsp;2003&nbsp;: 35). Dans une interview accord\u00e9e en 1980, Goffman d\u00e9clarait : \u00ab Mes professeurs \u00e9taient Park, Burgess et Louis Wirth. Puis, plus tard, Everett Hughes. \u00bb (Verhoeven,&nbsp;1993&nbsp;: 321)Note de bas de page 7&nbsp;Il est int\u00e9ressant de noter que Goffman rejetait l&rsquo;\u00e9tiquette d&rsquo;\u00ab interactionnisme symbolique \u00bb souvent associ\u00e9e \u00e0 lui, se d\u00e9crivant plut\u00f4t comme \u00ab un ethnographe urbain hugh\u00e9sien \u00bb. Aux c\u00f4t\u00e9s de Howard Becker, Joseph Gusfield, Eliot Freidson et d&rsquo;autres, il a identifi\u00e9 cette g\u00e9n\u00e9ration de doctorants de Chicago comme des \u00ab sociologues d&rsquo;entit\u00e9s \u00e0 petite \u00e9chelle telles que les professions, avec une perspective hugh\u00e9sienne, qualitative et ethnographique \u00bb (Verhoeven,&nbsp;1993&nbsp;: 318-319).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la m\u00eame interview, Goffman se souvient de l&rsquo;orientation intellectuelle de l&rsquo;universit\u00e9 de Chicago dans les ann\u00e9es 1940 : \u00ab Quand j&rsquo;\u00e9tais \u00e0 Chicago dans les ann\u00e9es 40, on pouvait encore combiner beaucoup de choses diff\u00e9rentes : l&rsquo;\u00e9cologie et l&rsquo;organisation sociale, l&rsquo;analyse des classes et Warner, etc. Tout le monde lisait tous les articles des revues, on suivait des cours dans tous les domaines, on ne tra\u00e7ait pas de fronti\u00e8res \u00bb (Verhoeven,&nbsp;1993&nbsp;: 333) entre la sociologie quantitative et qualitative. Il citait Hughes comme exemple de cet \u00e9clectisme m\u00e9thodologique : \u00ab Mais Everett Hughes, qui incarne lui-m\u00eame la sociologie ethnographique, utilisait des chiffres chaque fois qu&rsquo;il en avait l&rsquo;occasion. Si vous regardez son livre sur le Canada fran\u00e7ais en transition [1943], vous y trouverez toutes les donn\u00e9es quantitatives qu&rsquo;il pouvait rassembler. La fronti\u00e8re n&rsquo;\u00e9tait donc pas tr\u00e8s nette. \u00bb (Verhoeven,&nbsp;1993&nbsp;: 334).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce lien intrigant entre Hughes et Goffman est largement ignor\u00e9 dans la litt\u00e9rature abondante sur l&rsquo;\u00e9cole de Chicago. Alors que Hughes est g\u00e9n\u00e9ralement consid\u00e9r\u00e9 comme un sociologue du travail et des professions, Goffman est souvent associ\u00e9 \u00e0 la microsociologie et \u00e0 l&rsquo;interactionnisme symbolique. Cependant, au plus profond de leurs orientations intellectuelles se trouve un th\u00e8me commun influenc\u00e9 par les exp\u00e9riences des deux chercheurs dans la ville et dans le Nord, que Goffman a qualifi\u00e9 d&rsquo;ethnographie urbaine hugh\u00e9sienne. La contribution significative de Goffman \u00e0 cette tradition est son exploration des aspects intimes et parfois inconfortables des interactions humaines. La meilleure illustration en est peut-\u00eatre les commentaires de Hughes sur Goffman dans sa critique de&nbsp;Interaction Ritual: Essays on Face-to-Face Behavior(Goffman,&nbsp;1967) :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Goffman et Lorenz travaillent de la m\u00eame mani\u00e8re. Ils observent avec une intensit\u00e9 agressive le comportement de leurs sujets dans des situations ou des occasions donn\u00e9es. L&rsquo;observation avec une telle intensit\u00e9 constitue en effet une menace pour l&rsquo;image des sujets observ\u00e9s, s&rsquo;ils sont des \u00eatres moraux. Charg\u00e9 d&rsquo;une connaissance coupable et embarrassante, Goffman sauve la face de tous ceux qui se contentent d&rsquo;\u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des \u00eatres humains normaux et faillibles. Ceux qui ne peuvent accepter son analyse sont sans doute tent\u00e9s de se d\u00e9barrasser de lui et, peut-\u00eatre, de tous les sociologues. Ceux qui peuvent l&rsquo;accepter verront leur esprit envahi par des associations libres, des souvenirs embarrassants tir\u00e9s de leur propre exp\u00e9rience et des incidents corroborants. \u00bb (Hughes,&nbsp;1969&nbsp;: 426).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Qu&rsquo;est-ce qui caract\u00e9rise l&rsquo;\u00e9cole de Chicago ? Si nous adoptons l&rsquo;approche interactionniste de l&rsquo;\u00e9cole de Chicago pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, nous constatons que cette \u00e9cole de pens\u00e9e, comme toute autre, est constitu\u00e9e par les chercheurs et les \u00e9tudiants qui se r\u00e9unissent et interagissent dans des lieux sp\u00e9cifiques pendant des p\u00e9riodes particuli\u00e8res. Cependant, la ville de Chicago et l&rsquo;universit\u00e9 de Chicago, situ\u00e9e dans son quartier sud, ne repr\u00e9sentent qu&rsquo;un des nombreux lieux qui ont contribu\u00e9 \u00e0 la formation et \u00e0 la diffusion de l&rsquo;\u00e9cole de sociologie de Chicago. Dans cet article, nous avons explor\u00e9 les parcours universitaires de plusieurs sociologues canadiens qui ont \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Chicago, mais qui ont pass\u00e9 une grande partie de leur carri\u00e8re et de leur vie dans le Nord et ailleurs, notamment Annie Marion MacLean, Roderick McKenzie, Helen et Everett Hughes, et Erving Goffman.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si nous disposions de plus d&rsquo;espace, notre liste pourrait facilement s&rsquo;allonger pour inclure de nombreux autres \u00e9tudiants canadiens qui ont poursuivi leurs \u00e9tudes \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Chicago, ainsi que des dipl\u00f4m\u00e9s de Chicago qui se sont aventur\u00e9s dans le nord pour enseigner et mener des recherches au Canada. Les exp\u00e9riences de ces chercheurs sont diverses, chacune \u00e9tant fa\u00e7onn\u00e9e de mani\u00e8re unique par des circonstances personnelles et des aspirations acad\u00e9miques. Il est souvent difficile de dissocier leurs \u00ab exp\u00e9riences canadiennes \u00bb de leurs exp\u00e9riences de vie plus larges, car les deux sont int\u00e9gr\u00e9es dans leur identit\u00e9 universitaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">N\u00e9anmoins, c&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 leurs contributions universitaires et \u00e0 leur parcours de vie que l&rsquo;histoire de l&rsquo;\u00e9cole de Chicago et celle de la sociologie canadienne se sont profond\u00e9ment entrem\u00eal\u00e9es tout au long du XXe si\u00e8cle. L&rsquo;examen du cas du Canada constitue une premi\u00e8re \u00e9tape vers l&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;une histoire \u00ab d\u00e9centr\u00e9e \u00bb de l&rsquo;\u00e9cole de sociologie de Chicago, qui d\u00e9passe le cadre traditionnel de la \u00ab m\u00e9tropole \u00bb et met l&rsquo;accent sur les mouvements et les interactions de ses membres \u00e0 travers divers lieux g\u00e9ographiques et contextes sociaux au fil du temps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette histoire d\u00e9centr\u00e9e peut sembler peu conventionnelle, mais elle est essentielle pour reconna\u00eetre pleinement les contributions des sociologues qui sont pass\u00e9s par Chicago mais ont laiss\u00e9 leur empreinte ailleurs. Beaucoup de ces chercheurs ont \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9s et exclus du \u00ab canon \u00bb \u00e9tabli de l&rsquo;\u00e9cole de Chicago (Faris,&nbsp;1967&nbsp;; Bulmer,&nbsp;1984&nbsp;; Abbott,&nbsp;1999&nbsp;; Chapoulie,&nbsp;2020). N\u00e9anmoins, le r\u00e9seau complexe de cercles sociaux (Simmel,&nbsp;1955) qu&rsquo;ils ont construit, aux c\u00f4t\u00e9s de ceux qui sont rest\u00e9s \u00e0 Chicago, s&rsquo;est \u00e9tendu bien au-del\u00e0 des fronti\u00e8res physiques et intellectuelles de la ville ou du Nord. Cet esprit intr\u00e9pide qui transcende l&rsquo;espace et le temps est peut-\u00eatre ce qui d\u00e9finit en fin de compte l&rsquo;\u00e9cole de Chicago.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Notes <\/h3>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Forrest LaViolette (1904-1989) est n\u00e9 \u00e0 Devil&rsquo;s Lake, dans le Dakota du Nord, et a grandi dans l&rsquo;Oregon. Apr\u00e8s avoir obtenu une licence en anthropologie en 1933, il a commenc\u00e9 des \u00e9tudes sup\u00e9rieures en sociologie \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Chicago. Apr\u00e8s avoir termin\u00e9 sa th\u00e8se de doctorat, il a accept\u00e9 un poste de professeur adjoint de sociologie \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 McGill en 1940. Pendant l&rsquo;apr\u00e8s-guerre, LaViolette est devenu un fervent d\u00e9fenseur des Canadiens d&rsquo;origine japonaise et de leurs droits \u00e0 la citoyennet\u00e9.<\/li>\n\n\n\n<li>Aileen D. Ross (1902-1995) est n\u00e9e dans une famille ais\u00e9e de Montr\u00e9al. Apr\u00e8s avoir obtenu son baccalaur\u00e9at en sciences \u00e0 la London School of Economics en 1939, elle a poursuivi ses \u00e9tudes \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Chicago, o\u00f9 elle a obtenu une ma\u00eetrise en 1941 et un doctorat en sociologie en 1951 avec une th\u00e8se sur les relations anglo-fran\u00e7aises au Canada. Ross a commenc\u00e9 sa carri\u00e8re universitaire pendant la Seconde Guerre mondiale en tant que charg\u00e9e de cours en sociologie \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Toronto (1942-1945). Elle a rejoint l&rsquo;Universit\u00e9 McGill en 1944 et a enseign\u00e9 au d\u00e9partement de sociologie jusqu&rsquo;\u00e0 sa retraite en 1970.<\/li>\n\n\n\n<li>Nathan Keyfitz (1913-2010) \u00e9tait un pionnier de la d\u00e9mographie math\u00e9matique. Pendant la Grande D\u00e9pression, il a obtenu un baccalaur\u00e9at en math\u00e9matiques \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 McGill en 1934, puis a commenc\u00e9 sa carri\u00e8re professionnelle en tant que statisticien de recherche au Bureau de la statistique du Canada, o\u00f9 il est finalement devenu conseiller statistique principal. En 1951, il a obtenu un doctorat en sociologie \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Chicago avec une th\u00e8se sur la f\u00e9condit\u00e9 au Canada. Keyfitz a occup\u00e9 des postes dans des universit\u00e9s renomm\u00e9es, notamment \u00e0 Toronto, Montr\u00e9al, Chicago, Berkeley, Harvard et dans l&rsquo;\u00c9tat de l&rsquo;Ohio. Il a enseign\u00e9 \u00e0 temps partiel \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 McGill pendant son s\u00e9jour \u00e0 Montr\u00e9al. Ses travaux ont contribu\u00e9 \u00e0 fa\u00e7onner le domaine en illustrant comment des outils math\u00e9matiques simples peuvent permettre d&rsquo;aborder des questions d\u00e9mographiques complexes.<\/li>\n\n\n\n<li>William Anthony Westley (1920-2012) a grandi dans la r\u00e9gion de New York. Il a poursuivi ses \u00e9tudes \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 Cornell et \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Chicago jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la Seconde Guerre mondiale interrompe ses \u00e9tudes. Apr\u00e8s avoir servi dans les services de renseignement pendant la guerre, Westley a obtenu un doctorat en sociologie \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Chicago. En 1951, il s&rsquo;installe \u00e0 Montr\u00e9al pour rejoindre l&rsquo;Universit\u00e9 McGill, o\u00f9 il consacre sa carri\u00e8re \u00e0 l&rsquo;enseignement, \u00e0 la pr\u00e9sidence du d\u00e9partement de sociologie et \u00e0 la direction du Centre des relations industrielles. Entre 1953 et 1957, Westley est notamment membre de la direction de l&rsquo;Association des professeurs de l&rsquo;Universit\u00e9 McGill, o\u00f9 il contribue \u00e0 la gouvernance et \u00e0 la repr\u00e9sentation du corps professoral.<\/li>\n\n\n\n<li>David Nathan Solomon (1917-1981) \u00e9tait un sociologue et anthropologue canadien dont la carri\u00e8re universitaire \u00e9tait \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 McGill. Solomon a obtenu une licence en sociologie \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 McGill en 1939, puis une ma\u00eetrise en 1942. Il a poursuivi ses \u00e9tudes et obtenu un doctorat en sociologie \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Chicago en 1952. Apr\u00e8s avoir termin\u00e9 ses \u00e9tudes, Solomon a rejoint le corps professoral de l&rsquo;Universit\u00e9 McGill, o\u00f9 il a enseign\u00e9 la sociologie et l&rsquo;anthropologie pendant plus de deux d\u00e9cennies et a occup\u00e9 le poste de directeur du d\u00e9partement de sociologie de 1971 \u00e0 1975.<\/li>\n\n\n\n<li>Fred Elkin (1918-2011) est n\u00e9 \u00e0 Atlantic City, dans le New Jersey, et a servi dans la division du renseignement d&rsquo;origine \u00e9lectromagn\u00e9tique de l&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine pendant la Seconde Guerre mondiale. Apr\u00e8s la guerre, il s&rsquo;est lanc\u00e9 dans une carri\u00e8re universitaire en sociologie qui l&rsquo;a amen\u00e9 \u00e0 exercer une influence consid\u00e9rable sur les sciences sociales au Canada. Elkin a occup\u00e9 des postes d&rsquo;enseignement et de recherche dans plusieurs institutions canadiennes prestigieuses, notamment l&rsquo;Universit\u00e9 McGill, l&rsquo;Universit\u00e9 de Montr\u00e9al et l&rsquo;Universit\u00e9 York. Tout au long de sa carri\u00e8re, Elkin s&rsquo;est pench\u00e9 sur des questions cruciales li\u00e9es aux changements sociaux et \u00e0 la dynamique familiale au Canada.<\/li>\n\n\n\n<li>Il convient de noter que Robert E. Park a pris sa retraite de l&rsquo;Universit\u00e9 de Chicago en 1933 et est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1944, un an avant que Goffman ne termine ses \u00e9tudes de premier cycle \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Toronto. L&rsquo;influence de Park sur Goffman s&rsquo;est donc principalement exerc\u00e9e \u00e0 travers ses publications et ses \u00e9tudiants, qui sont ensuite devenus les professeurs de Goffman.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9f\u00e9rences <\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Abbott, A. (1999). Department and discipline: Chicago sociology at one hundred. University of Chicago Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Brown, D. M. (2006). Oswald hall, phd: Pioneer Canadian sociologist; 1924\u20131976. Journal of the Canadian Chiropractor Association, 50(4), 271\u2013281.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Brym, R. J. (2002). Canadian sociology: An introduction to the upper thirteen. The American Sociologist, 33(1), 5\u201311.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bulmer, M. (1984). 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Asylums: Essays on the social situation of mental patients and other inmates. Anchor Books.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Goffman, E. (1963). Stigma: Notes on the management of spoiled identity. Prentice-Hall.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Goffman, E. (1967). Interaction ritual: Essays in face-to-face behavior. Aldine Publishing.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Goffman, E. (1969). The insanity of place. Psychiatry, 32(4), 357\u2013388.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hallett, T., &amp; Jeffers, G. (2008). A long-neglected mother of contemporary ethnography: Annie Marion MacLean and the memory of a method. Journal of Contemporary Ethnography, 37(1), 3\u201337.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hawley, A. H. (1950). Human ecology: A theory of community structure. Ronald Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hawley, A. H. (1986). Human ecology: A theoretical essay. University of Chicago Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hawley, A. H. (1968). Introduction. PP. vii in On human ecology: Selected writings. McKenzie, R. D. University of Chicago Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Helmes-Hayes, R. C. (1998). Everett Hughes: Theorist of the second Chicago school. International Journal of Politics Culture and Society, 11(4), 621\u2013673.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hughes, H. M. (1927). Land Values as an Ecological Factor in the Community of South Chicago. University of Chicago M.A. thesis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hughes, E. C. (1931). The growth of an institution: the Chicago Real Estate Board. University of Chicago Ph.D. thesis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hughes, H. M. (1940). News and the human interest story: A study of popular literature. University of Chicago Ph.D. thesis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hughes, E. C. (1943). French Canada in transition. University of Chicago Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hughes, E. C. (1969). Review of Interaction ritual: Essays in face-to-face behavior. American Journal of Sociology, 75(3), 425\u2013426.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hughes, E. C. (1970). Teaching as fieldwork. The American Sociologist, 5(1), 13\u201318.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hughes, H. M. (1973). Maid of all work or departmental sister-in-law? The faculty wife employed on campus. American Journal of Sociology, 78(4), 767\u2013772.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hughes, H. M. (1977). Wasp\/woman\/sociologist. Society, 14(5), 69\u201380.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hymes, D. (2000). On Erving Goffman. In G. A. Fine, P. Manning, &amp; Smith (Eds.), Erving Goffman (pp. 48\u201359). G. W. H. Sage (1984).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jacobsen, M. H., &amp; Kristiansen, S. (2015). The social thought of erving Goffman. Sage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lofland, L. H. (1980). Reminiscences of classic Chicago: The Blumer-Hughes talk. Urban Life, 9(3), 251\u2013281.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">MacDonald, D. W. (2011). Beyond The group: The implications of Roderick D. McKenzie\u2019s human ecology for reconceptualizing society and The social. Nature and Culture, 6(3), 263\u2013284.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">MacLean, A. M. (1897). Factory legislation for women in the united States. American Journal of Sociology, 3(2), 183\u2013205.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">MacLean, A. M. (1899). Factory legislation for women in Canada. American Journal of Sociology, 5(2), 172\u2013181.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">MacLean, A. M. (1905). Significance of the Canadian migration. American Journal of Sociology, 10(6), 814\u2013823.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">McKenzie, R. D. (1921). The neighborhood: A study of local life in the City of Columbus, Ohio. I. American Journal of Sociology, 27(2), 145\u2013168.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">McKenzie, R. D. (1922). The neighborhood: A study of local life in the City of Columbus, Ohio\u2013 concluded. American Journal of Sociology, 27(6), 780\u2013799.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">McKenzie, R. D. (1923). The neighborhood: a study of local life in the city of Columbus, Ohio. University of Chicago Ph.D. thesis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">McKenzie, R. D. (1924). The ecological approach to the study of the human community. American Journal of Sociology, 30(3), 287\u2013301.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">McKenzie, R. D. (1927). Oriental exclusion. Institute of Pacific Relations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">McKenzie, R. D. (1968). Roderick D. McKenzie on human ecology: Selected writings. University of Chicago Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Park, R. E., &amp; Burgess, E. W. (1969). Introduction to the science of sociology (1921). University of Chicago Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Park, R. E., Burgess, E. W., &amp; McKenzie, R. D. (1967). The City: Suggestions for investigation of human behavior in the urban environment. University of Chicago Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parker, J. N. (2020). Forgetting and remembering the Chicago school of Columbus, Ohio: Roderick D. Mckenzie, neighborhoods and inequality. Inequalities and the progressive era (pp. 43\u201355). Edward Elgar Publishing.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Riesman, D. (1983). The legacy of Everett Hughes. Contemporary Sociology, 12(5), 477\u2013481.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Schneiderhan, E. (2011). Pragmatism and empirical sociology: The case of Jane addams and Hull-House. Theory and Society, 40(6), 1889\u20131895.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Shalin, D. N. (2014). Interfacing biography, theory and history: The case of erving Goffman. Symbolic Interaction, 37(1), 2\u201340.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Shore, M. (1985). Carl Dawson and the research ideal: The evolution of a Canadian sociologist. Historical Papers, 20(1), 45\u201373.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Simmel, G. (1955). Conflict and the web of group affiliations. Free Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Simmel, G. (1971). Georg Simmel on individuality and social forms. University of Chicago Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">University of Chicago. (1925). Annual register, 1924\u20131925. University of Chicago Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Verhoeven, J. C. (1993). An interview with erving Goffman, 1980. Research on Language and Social Interaction, 26(3), 317\u2013348.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Winkin, Y. (1999). Erving Goffman: What a life?\u2013 The uneasy making of an intellectual biography. Goffman and social organization: Studies in a sociological legacy (pp. 19\u201341). ed. Smith G. Routledge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Wrong, D. (2010). Dmitri Shalin Interview with Dennis Wrong about Erving Goffman. In Dmitri N. Shalin, Bios Sociologicus: The Erving Goffman Archives, 1\u201353. Available at: https:\/\/digitalscholarship.unlv.edu\/goffman_archives\/76 (last date of access: February 8, 2025).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Traduction de The City and the North: Canada in the Chicago School of Sociology, 2 juin 2025, par Sida Liu &amp; Gihad Nasr, The American Sociologist. 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