{"id":8274,"date":"2025-06-25T19:42:07","date_gmt":"2025-06-25T23:42:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/?page_id=8274"},"modified":"2025-07-03T10:18:01","modified_gmt":"2025-07-03T14:18:01","slug":"sphere-publique-scientifique","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/sphere-publique-scientifique\/","title":{"rendered":"La transformation structurelle de la sph\u00e8re publique scientifique : constitution et cons\u00e9quences de la transition vers le libre acc\u00e8s"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Leonhard Dobusch and Maximilian Heimst\u00e4dt<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Traduction de l&rsquo;article <a href=\"https:\/\/journals.sagepub.com\/doi\/10.1177\/01914537231203558\">The structural transformation of the scientific public sphere: Constitution and consequences of the path towards open access<\/a>, dans le num\u00e9ro sp\u00e9cial de <a href=\"https:\/\/journals.sagepub.com\/home\/PSC\">Philosophy &amp; Social Criticism<\/a> sur <a href=\"https:\/\/journals.sagepub.com\/toc\/pscb\/50\/1\">Structural Transformation of the Public Sphere<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9sum\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous assistons actuellement \u00e0 une transformation structurelle fondamentale de la sph\u00e8re publique scientifique, caract\u00e9ris\u00e9e par des processus de sp\u00e9cialisation, de m\u00e9trification, d&rsquo;internationalisation, de plateformisation et de visibilisation. Contrairement aux explications de cette transformation structurelle qui invoquent un d\u00e9terminisme technologique, nous d\u00e9montrons sa contingence historique en nous appuyant sur des concepts analytiques de la th\u00e9orie des organisations et sur le cas de la transformation de l&rsquo;Open Access en Allemagne. La num\u00e9risation des revues acad\u00e9miques n&rsquo;a pas \u00e9largi l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la production scientifique, mais l&rsquo;a encore r\u00e9duit au cours de la \u00ab\u00a0crise des publications en s\u00e9rie\u00a0\u00bb. Pendant longtemps, les institutions de recherche n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 en mesure de convaincre les grands \u00e9diteurs universitaires d&rsquo;adopter des formes moins restrictives d&rsquo;acc\u00e8s aux revues universitaires. Ce n&rsquo;est que gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence de nouveaux acteurs, en partie ill\u00e9gaux (biblioth\u00e8ques fant\u00f4mes et <strong>serveurs de pr\u00e9publications<\/strong>), que la voie existante a pu \u00eatre bris\u00e9e et qu&rsquo;une voie d&rsquo;acc\u00e8s libre a pu \u00eatre constitu\u00e9e. Apr\u00e8s cette analyse, nous discutons des cons\u00e9quences de la transformation du libre acc\u00e8s pour les sph\u00e8res publiques de la science et de la d\u00e9mocratie. Nous concluons que la publication en libre acc\u00e8s ne peut contribuer \u00e0 transformer ces deux espaces de communication vers l&rsquo;id\u00e9al normatif d&rsquo;une sph\u00e8re publique que si elle est compl\u00e9t\u00e9e par un soutien syst\u00e9matique aux infrastructures de publication \u00e0 but non lucratif.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Mots-cl\u00e9s<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">libre acc\u00e8s, d\u00e9pendance au sentier, sph\u00e8re publique scientifique, crise des publications en s\u00e9rie<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La sp\u00e9cialisation croissante, la m\u00e9tricisation, l&rsquo;internationalisation, la plateformisation et la visibilisation du travail scientifique modifient la nature de l&rsquo;espace communicatif dans lequel les scientifiques peuvent \u00e9changer des informations sur des questions scientifiques. La <strong>sph\u00e8re publique scientifique<\/strong> conna\u00eet donc actuellement une <strong>transformation structurelle fondamentale<\/strong>. Les tentatives pr\u00e9c\u00e9dentes d&rsquo;interpr\u00e9tation de cette transformation structurelle sugg\u00e8rent que les changements dans le domaine du discours scientifique doivent \u00eatre compris principalement comme une cons\u00e9quence de la num\u00e9risation \u2013 qu&rsquo;une \u00e9valuation normative de l&rsquo;\u00e9tat de la sph\u00e8re publique scientifique peut donc \u00eatre d\u00e9riv\u00e9e plus ou moins directement des propri\u00e9t\u00e9s des technologies num\u00e9riques (Bartling et Friesike 2014). L&rsquo;objectif de cet article est de mettre en contraste ces interpr\u00e9tations teint\u00e9es de d\u00e9terminisme technologique avec une description fond\u00e9e sur <strong>la th\u00e9orie de l&rsquo;organisation<\/strong>, qui met l&rsquo;accent sur la contingence du changement structurel en tant que processus de <strong>n\u00e9gociation entre des acteurs collectifs<\/strong>. Il en r\u00e9sulte une \u00e9valuation plus nuanc\u00e9e et m\u00eame ambivalente des cons\u00e9quences du changement structurel pour le travail scientifique et le r\u00f4le de la science dans la sph\u00e8re publique d\u00e9mocratique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une perspective organisationnelle n\u00e9cessite de restreindre l&rsquo;objet empirique \u00e0 un domaine organisationnel concret. Dans cet article, nous nous concentrons donc sur la transformation actuelle de l&rsquo;Open Access en Allemagne, c&rsquo;est-\u00e0-dire le changement de mod\u00e8le \u00e9conomique sur le march\u00e9 des revues scientifiques, qui passe d&rsquo;un mod\u00e8le d&rsquo;abonnement (\u00ab Closed Access \u00bb) \u00e0 un mod\u00e8le dans lequel les articles sont librement accessibles (\u00ab Open Access \u00bb). Dans un premier temps, nous reconstituons la transformation de l&rsquo;Open Access et montrons que la \u00ab rupture \u00bb (Dobusch et Sch\u00fc\u00dfler 2013 ; Sydow et al. 2009) du mod\u00e8le d&rsquo;acc\u00e8s ferm\u00e9 et la constitution ult\u00e9rieure d&rsquo;une voie vers l&rsquo;acc\u00e8s libre n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 le simple r\u00e9sultat d&rsquo;une \u00e9volution technologique (num\u00e9risation des revues), mais que les grands \u00e9diteurs n&rsquo;ont pu \u00eatre convaincus de changer leur mod\u00e8le \u00e9conomique que gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;interaction entre des acteurs \u00e9tablis (biblioth\u00e9caires, associations universitaires) et de nouveaux types d&rsquo;organisations (biblioth\u00e8ques parall\u00e8les, serveurs de pr\u00e9publications).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans un deuxi\u00e8me temps, nous discutons des cons\u00e9quences de la constitution de la voie du libre acc\u00e8s pour la sph\u00e8re publique scientifique. Dans les comptes rendus pr\u00e9c\u00e9dents sur la transformation du libre acc\u00e8s, l&rsquo;\u00e9valuation dominante est que l&rsquo;acc\u00e8s plus libre \u00e0 la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e modifie fondamentalement l&rsquo;espace communicatif de la science dans le sens d&rsquo;un id\u00e9al normatif de la sph\u00e8re publique scientifique. Sans remettre fondamentalement en question ces cons\u00e9quences \u2013 qui sont positives du point de vue de la science \u2013, nous discutons des cons\u00e9quences involontaires et potentiellement n\u00e9gatives de la voie du libre acc\u00e8s naissante. Parmi celles-ci, nous incluons l&rsquo;\u00e9mergence de <strong>mod\u00e8les \u00e9conomiques hybrides de libre acc\u00e8s et de revues pr\u00e9datrices<\/strong>, ainsi que l&rsquo;amplification des <strong>effets Matthieu<\/strong> et l&rsquo;exacerbation de la crise de la d\u00e9couvrabilit\u00e9. Dans un troisi\u00e8me temps, nous mettons en \u00e9vidence les cons\u00e9quences de la transformation du libre acc\u00e8s pour la sph\u00e8re publique d\u00e9mocratique au sens large. Nous abordons ici le r\u00f4le des textes scientifiques librement accessibles pour le travail journalistique, la construction de communs num\u00e9riques (par exemple Wikip\u00e9dia) et l&rsquo;apparition des scientifiques en tant qu&rsquo;experts publics.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Afin d&rsquo;\u00e9viter les cons\u00e9quences n\u00e9gatives de la transformation de l&rsquo;acc\u00e8s libre pour la sph\u00e8re publique scientifique et de renforcer les points de contact avec le public d\u00e9mocratique, il semble utile \u2013 c&rsquo;est du moins ce que sugg\u00e8re notre analyse du conflit autour de l&rsquo;acc\u00e8s libre \u2013 de promouvoir activement <strong>le d\u00e9veloppement d&rsquo;infrastructures de publication pour le bien commun<\/strong>. Nous concluons donc notre article par une br\u00e8ve description de cette vision de la d\u00e9commodification de l&rsquo;\u00e9dition scientifique, appel\u00e9e \u00ab Diamond Road \u00bb (la route du diamant).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Transformation structurelle de la sph\u00e8re publique scientifique<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous d\u00e9finissons la sph\u00e8re publique scientifique comme l&rsquo;id\u00e9al normatif d&rsquo;un espace de communication dans lequel les scientifiques peuvent \u00e9changer librement leurs points de vue sur des questions scientifiques (d&rsquo;apr\u00e8s Habermas 1990). La structure factuelle de la sph\u00e8re publique scientifique diff\u00e8re de cet id\u00e9al. Historiquement, on peut distinguer diff\u00e9rentes phases au cours desquelles cette structure factuelle de la sph\u00e8re publique scientifique, ou plut\u00f4t les acteurs impliqu\u00e9s et les conditions de l&rsquo;\u00e9change communicatif, ont subi des changements fondamentaux. Les diff\u00e9rentes phases de changement structurel peuvent donc \u00eatre examin\u00e9es afin de d\u00e9terminer si et de quelle mani\u00e8re la structure factuelle de la sph\u00e8re publique scientifique s&rsquo;est rapproch\u00e9e du type id\u00e9al.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Actuellement, la sph\u00e8re publique scientifique conna\u00eet \u00e0 nouveau une phase de bouleversements structurels, dont les pr\u00e9mices remontent au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990. Dans cet article, nous nous int\u00e9ressons principalement \u00e0 la question de savoir comment, au cours de cette phase, une transformation fondamentale du mod\u00e8le \u00e9conomique et de distribution des publications scientifiques vers le \u00ab libre acc\u00e8s \u00bb a \u00e9t\u00e9 possible et quelles cons\u00e9quences cette \u00e9volution a eues pour la sph\u00e8re publique scientifique et d\u00e9mocratique. La transformation vers le libre acc\u00e8s est un processus important dans le cadre d&rsquo;une transformation structurelle plus large de la sph\u00e8re publique scientifique.<sup id=\"mfn-content-00000000000008570000000000000000_8274-1\" class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"00000000000008570000000000000000_8274\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000008570000000000000000_8274-1\">1<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">Nous consid\u00e9rons donc les sph\u00e8res publiques scientifiques et d\u00e9mocratiques comme des objets d\u2019\u00e9tude \u00e0 un niveau macro, et la transformation vers le libre acc\u00e8s comme un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 un niveau m\u00e9so. La transformation vers le libre acc\u00e8s s\u2019inscrit principalement dans la sph\u00e8re publique scientifique, mais elle pr\u00e9sente des points communs avec la sph\u00e8re publique d\u00e9mocratique (voir la section \u00ab Cons\u00e9quences du libre acc\u00e8s pour une th\u00e9orie de la sph\u00e8re publique \u00bb)<\/span> Afin de comprendre les conditions de ce processus, il est n\u00e9cessaire de d\u00e9crire d&rsquo;abord la transformation structurelle actuellement en cours dans le domaine scientifique dans toute son ampleur. Notre proposition pour cette description s&rsquo;articule autour de <strong>cinq axes<\/strong> de changement : la <strong>sp\u00e9cialisation<\/strong>, la <strong>m\u00e9tricisation<\/strong>, <strong>l&rsquo;internationalisation<\/strong>, la <strong>plateformisation<\/strong> et la <strong>visibilisation<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis quelque temps, de nouvelles disciplines et communaut\u00e9s de recherche intradisciplinaires \u00e9mergent \u00e0 un rythme rapide, par exemple autour de sujets de recherche jusqu&rsquo;alors m\u00e9connus ou d&rsquo;innovations m\u00e9thodologiques. Gr\u00e2ce \u00e0 des revues et des conf\u00e9rences sans cesse renouvel\u00e9es, cette sp\u00e9cialisation de la science entra\u00eene une forte <strong>croissance de la litt\u00e9rature scientifique<\/strong>. Entre les deux guerres mondiales, le taux de croissance annuel des r\u00e9sultats de la recherche scientifique (\u00ab production \u00bb) \u00e9tait de 2 \u00e0 3 %. En 2012, ce taux \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 de <strong>8 \u00e0 9 %<\/strong>, ce qui correspond \u00e0 un doublement de la production en 9 ans (Bornmann et Mutz 2014). La sp\u00e9cialisation de la science est en tension avec le mod\u00e8le id\u00e9al de la sph\u00e8re publique scientifique. Il devient <strong>de plus en plus difficile<\/strong> pour les scientifiques individuels ou les groupes de travail <strong>de filtrer la litt\u00e9rature disponible<\/strong> en fonction de sa pertinence et d&rsquo;\u00e9tablir ainsi un contexte de <strong>communication critique et rationnel<\/strong> avec leurs coll\u00e8gues au-del\u00e0 d&rsquo;un domaine de sp\u00e9cialisation \u00e9troit. Ce champ de tension et les pr\u00e9occupations qui en d\u00e9coulent concernant l&rsquo;\u00e9tat de la sph\u00e8re publique scientifique se manifestent dans la critique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e des strat\u00e9gies de publication actuelles (par exemple, le \u00ab salami slicing \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire la division des r\u00e9sultats entre autant d&rsquo;articles individuels que possible), les modes de r\u00e9ception (par exemple, la limitation de la lecture \u00e0 quelques \u00ab revues de premier plan \u00bb) et les pratiques de <strong>citation<\/strong> (par exemple, la surcitation et la citation selon <strong>le principe de la r\u00e9cence plut\u00f4t que de la pertinence<\/strong>). Pour naviguer dans cette tension, de nouveaux genres textuels (par exemple, les \u00ab m\u00e9ta-revues \u00bb) et des m\u00e9thodes technologiques de recherche personnalis\u00e9e et de visualisation des sources scientifiques apparaissent, telles que les \u00ab infrastructures de d\u00e9couverte \u00bb et les \u00ab cartes des connaissances \u00bb (Kraker et al. 2021).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le dicton populaire selon lequel \u00ab ce qui peut \u00eatre mesur\u00e9 sera mesur\u00e9 \u00bb s&rsquo;applique de plus en plus \u00e0 la science. La m\u00e9tricisation de la science est particuli\u00e8rement \u00e9vidente dans deux domaines : la mesure des universit\u00e9s par le biais de classements et la mesure des <strong>performances<\/strong> individuelles en mati\u00e8re de recherche par le biais d&rsquo;indicateurs <strong>scientom\u00e9triques<\/strong>. Des classements tels que le \u00ab classement de Shanghai \u00bb ou le \u00ab Times Higher Education \u00bb ont cr\u00e9\u00e9 pour la premi\u00e8re fois une hi\u00e9rarchie mondiale entre les universit\u00e9s. Ces classements ne refl\u00e8tent pas seulement l&rsquo;activit\u00e9 de recherche, mais constituent \u00e9galement des moteurs de transformation des universit\u00e9s et de l&rsquo;ensemble des syst\u00e8mes scientifiques (Brankovic et al. 2018 ; Kr\u00fcger 2020 ; Kr\u00fcger et Petersohn 2022). \u00c0 travers les <strong>classements universitaires<\/strong>, les acteurs priv\u00e9s interviennent souvent indirectement dans l&rsquo;espace de communication scientifique, car les administrations universitaires sont incit\u00e9es \u00e0 soutenir en priorit\u00e9 les <strong>types de recherche <\/strong>qui favorisent les performances de leur propre institution selon les <strong>crit\u00e8res du classement<\/strong>. Les classements universitaires modifient \u00e9galement la sph\u00e8re publique scientifique en contribuant \u00e0 la \u00ab transformation organisationnelle \u00bb (Meier et Kr\u00fccken 2006) des universit\u00e9s. Les scientifiques individuels ne sont plus les seuls \u00e0 appara\u00eetre dans l&rsquo;espace de communication scientifique ; les universit\u00e9s tentent \u00e9galement de se positionner le plus avantageusement possible dans l&rsquo;ar\u00e8ne discursive et d&rsquo;acqu\u00e9rir ainsi une r\u00e9putation qui pourrait avoir un effet sur leur positionnement dans un futur classement. Les diff\u00e9rentes tentatives visant \u00e0 rendre les activit\u00e9s des scientifiques individuels mesurables et donc comparables \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;indicateurs scientom\u00e9triques ont un effet similaire sur la sph\u00e8re publique scientifique (Kr\u00fcger 2020 ; Kr\u00fcger et Petersohn 2022). Des indicateurs tels que l&rsquo;<strong>indice H<\/strong> visent \u00e0 mesurer <strong>la production \u00ab pure \u00bb d&rsquo;un chercheur <\/strong>(articles, livres). Les altm\u00e9triques sont des mesures qui visent \u00e0 saisir de mani\u00e8re plus compl\u00e8te les activit\u00e9s des scientifiques en incluant des productions alternatives, telles que les articles de blog ou les tweets. \u00c0 l&rsquo;instar des classements universitaires, ces mesures scientom\u00e9triques modifient la sph\u00e8re publique scientifique. Elles cr\u00e9ent des incitations qui font que <strong>les contributions au discours scientifique<\/strong> ne reposent plus exclusivement sur des crit\u00e8res scientifiques et argumentatifs, mais <strong>aussi<\/strong> sur leur <strong>mesurabilit\u00e9<\/strong> et leur popularit\u00e9 potentielle (\u00ab <strong>viralit\u00e9<\/strong> \u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La structure de la sph\u00e8re publique scientifique \u00e9volue \u00e9galement en raison de l&rsquo;internationalisation de la science. Dans le paysage scientifique allemand, cela se traduit avant tout par un changement de langue de publication, qui passe de l&rsquo;allemand \u00e0 l&rsquo;anglais. Dans les universit\u00e9s allemandes, une grande partie des publications dans les domaines des sciences naturelles, de la vie et des sciences techniques se fait d\u00e9j\u00e0 exclusivement en anglais, via des conf\u00e9rences et des revues internationales. Dans une grande partie des sciences humaines et sociales allemandes, ce changement de cadre de r\u00e9f\u00e9rence n&rsquo;est encore que partiel. En cons\u00e9quence, la sph\u00e8re publique scientifique est fragment\u00e9e dans de nombreuses disciplines en sous-sph\u00e8res allemande et anglaise, o\u00f9 l&rsquo;\u00e9change sur des questions scientifiques est tr\u00e8s limit\u00e9.<sup id=\"mfn-content-00000000000008570000000000000000_8274-2\" class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"00000000000008570000000000000000_8274\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000008570000000000000000_8274-2\">2<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">Sur l\u2019internationalisation inachev\u00e9e de la gestion d\u2019entreprise allemande, voir Macharzina (2012).<\/span> Si, dans certaines disciplines, les espaces de communication linguistiquement distincts peuvent s&rsquo;affirmer de mani\u00e8re tout \u00e0 fait \u00e9quivalente dans les institutions de recherche allemandes (par exemple en sociologie), dans d&rsquo;autres disciplines, on observe une <strong>marginalisation progressive<\/strong> des activit\u00e9s de recherche <strong>en langue allemande<\/strong> (par exemple en gestion d&rsquo;entreprise).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jusqu&rsquo;aux ann\u00e9es 1990, la sph\u00e8re publique scientifique \u00e9tait principalement constitu\u00e9e d&rsquo;interactions personnelles (par exemple, via des conf\u00e9rences et des correspondances priv\u00e9es) et de publications sp\u00e9cialis\u00e9es (par exemple, des revues et des livres). Avec l&rsquo;Internet, de nouveaux espaces de communication plus informels ont vu le jour, tels que des <strong>listes de diffusion<\/strong> et des forums en ligne, g\u00e9r\u00e9s par les chercheurs eux-m\u00eames, dans lesquels des tentatives ont \u00e9t\u00e9 faites pour transposer les principes organisateurs du discours scientifique dans les nouveaux m\u00e9dias. Depuis quelques ann\u00e9es, on observe toutefois une \u00ab plateformisation \u00bb de la communication scientifique en ligne (Mirowski 2018). Le discours scientifique se d\u00e9roule de plus en plus sur des plateformes de <strong>r\u00e9seaux sociaux sp\u00e9cifiques \u00e0 la science<\/strong>, telles que ResearchGate,&nbsp;<a href=\"http:\/\/academia.edu\/\">Academia.edu<\/a>&nbsp;ou Mendeley. Les scientifiques utilisent ces plateformes pour partager des textes, coordonner des projets, discuter de questions et rechercher de nouveaux interlocuteurs. Contrairement aux listes de diffusion, cependant, la plupart de ces plateformes ne sont pas g\u00e9r\u00e9es par les scientifiques eux-m\u00eames, mais par des entreprises priv\u00e9es. Ainsi, la mani\u00e8re dont la communication y est structur\u00e9e (par exemple, les formes de tri et de filtrage algorithmiques) ne suit pas exclusivement le principe de la logique du discours scientifique, mais est influenc\u00e9e par les efforts des op\u00e9rateurs de la plateforme pour commercialiser les activit\u00e9s de communication.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La derni\u00e8re \u00e9tape de l&rsquo;\u00e9volution structurelle est la <strong>visibilisation<\/strong> des processus de travail scientifique, des mat\u00e9riaux et des r\u00e9sultats interm\u00e9diaires et finaux. Depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, le mouvement dit \u00ab Open Science \u00bb prend de l&rsquo;ampleur au sein de la communaut\u00e9 scientifique (Friesike &amp; Bartling 2014). Les partisans de ce mouvement pr\u00e9conisent, en partie pour des raisons pragmatiques li\u00e9es \u00e0 la recherche (par exemple, pour surmonter la \u00ab crise de la reproductibilit\u00e9 \u00bb) et en partie par conviction id\u00e9ologique (par exemple, pour se rapprocher de la <em>norme mertonienne du communisme scientifique<\/em>), un changement radical du r\u00e9gime de visibilit\u00e9 du travail scientifique (Heimst\u00e4dt et Friesike 2021). Les pratiques de visibilit\u00e9 pr\u00e9conis\u00e9es par le mouvement pour une science ouverte consistent \u00e0 rendre accessibles \u00e0 tous les ensembles de donn\u00e9es (donn\u00e9es ouvertes), les codes logiciels (open source), les plans de construction d&rsquo;instruments scientifiques (open hardware), les avis d&rsquo;experts (open peer review), la documentation des projets (open lab book) ainsi que les articles et ouvrages scientifiques (libre acc\u00e8s). La visibilit\u00e9 croissante des mat\u00e9riaux de travail et des r\u00e9sultats de la recherche modifie la sph\u00e8re publique scientifique, parfois de mani\u00e8re radicale, car ce ne sont plus seulement des articles techniques et des livres qui peuvent \u00eatre mobilis\u00e9s dans le discours, mais <strong>un large \u00e9ventail d&rsquo;artefacts scientifiques<\/strong>. Un exemple frappant est la \u00ab <em>controverse Reinhart-Rogoff<\/em> \u00bb, dans laquelle un doctorant a pu prouver des erreurs fondamentales dans un article politiquement influent de deux \u00e9conomistes renomm\u00e9s en r\u00e9analysant un ensemble de donn\u00e9es original initialement inaccessible (qui lui a toutefois \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 disposition sur demande et en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;id\u00e9al de la science ouverte) (Herndon et al. 2014).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le passage des licences propri\u00e9taires et de la valorisation des textes scientifiques \u00e0 l&rsquo;Open Access n&rsquo;est pas le seul processus en cours dans la transformation structurelle actuelle de la sph\u00e8re publique scientifique, mais il est particuli\u00e8rement significatif. La transformation vers le libre acc\u00e8s pr\u00e9sente des points communs avec plusieurs axes de d\u00e9veloppement du changement structurel, notamment l&rsquo;internationalisation (\u00e9mergence d&rsquo;un cercle essentiellement mondial de destinataires des textes scientifiques), la m\u00e9trication (facilit\u00e9 de recherche et de citation) et la visibilisation (acc\u00e8s libre aux r\u00e9sultats de la recherche via des infrastructures num\u00e9riques). Pour examiner les conditions d&rsquo;une transformation compl\u00e8te vers le libre acc\u00e8s, nous nous appuyons sur la <strong>th\u00e9orie de la d\u00e9pendance organisationnelle<\/strong>, car celle-ci est particuli\u00e8rement bien adapt\u00e9e pour expliquer la stabilit\u00e9 et le changement sur les march\u00e9s des biens informationnels num\u00e9riques. \u00c0 la suite de cette analyse th\u00e9orique, nous relions les r\u00e9sultats \u00e0 des consid\u00e9rations issues de la th\u00e9orie de la sph\u00e8re publique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une rupture sur le march\u00e9 des revues : de l&rsquo;acc\u00e8s ferm\u00e9 au libre acc\u00e8s<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>La \u00ab crise des revues \u00bb comme cons\u00e9quence de la voie de l&rsquo;acc\u00e8s ferm\u00e9<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les \u00e9diteurs scientifiques jouent un r\u00f4le central dans la production de la sph\u00e8re publique scientifique. Comme la plupart des publications scientifiques sont priv\u00e9es, les \u00ab r\u00e8gles \u00bb du march\u00e9 de la litt\u00e9rature scientifique influencent la forme de la sph\u00e8re publique scientifique. Le march\u00e9 des revues scientifiques \u2013 le m\u00e9dia dominant de la sph\u00e8re publique scientifique dans la plupart des disciplines<sup id=\"mfn-content-00000000000008570000000000000000_8274-3\" class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"00000000000008570000000000000000_8274\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000008570000000000000000_8274-3\">3<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\">Certaines disciplines, en particulier les sciences humaines et le droit, suivent une logique diff\u00e9rente, qui accorde une plus grande importance aux livres. Dans ce qui suit, nous nous concentrons sur les disciplines dont les march\u00e9s de publication sont centr\u00e9s sur les revues.<\/span> \u2013 diff\u00e8re des autres march\u00e9s de biens informationnels \u00e0 plusieurs \u00e9gards essentiels. En bref, les \u00e9diteurs scientifiques transforment les manuscrits scientifiques en publications scientifiques et les proposent \u00e0 la vente aux institutions de recherche. Ces derni\u00e8res ach\u00e8tent les droits d&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la litt\u00e9rature scientifique et les mettent \u00e0 la disposition de leurs chercheurs et \u00e9tudiants. Contrairement \u00e0 d&rsquo;autres march\u00e9s, les cr\u00e9ateurs des biens informationnels, \u00e0 savoir les scientifiques eux-m\u00eames, ne sont g\u00e9n\u00e9ralement pas r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s. Pour cette raison, les \u00e9diteurs n&rsquo;ont que peu ou pas de co\u00fbts \u00e0 supporter pour la pr\u00e9paration des manuscrits ou pour l&rsquo;assurance de la qualit\u00e9 scientifique sous forme d&rsquo;\u00e9valuation par les pairs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une autre diff\u00e9rence r\u00e9side dans la substituabilit\u00e9 des revues scientifiques. Il y a quelques d\u00e9cennies, le march\u00e9 des revues scientifiques \u00e9tait similaire \u00e0 d&rsquo;autres march\u00e9s de biens informationnels, dans la mesure o\u00f9 les produits \u00e9taient essentiellement substituables, m\u00eame si ce n&rsquo;\u00e9tait que dans une mesure limit\u00e9e. Bien que la valeur individuelle d&rsquo;un roman ou d&rsquo;un album de musique pour les acheteurs soit \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 un auteur ou \u00e0 un groupe de musique particulier, une d\u00e9cision d&rsquo;achat diff\u00e9rente est possible si le prix du bien informationnel diff\u00e8re trop radicalement de celui d&rsquo;autres romans ou albums. Pour les scientifiques, l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 une revue scientifique est \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 la possibilit\u00e9 de publier dans ce m\u00e9dia. Ce n&rsquo;est que si les chercheurs peuvent s&rsquo;engager de mani\u00e8re approfondie dans le discours d&rsquo;une revue qu&rsquo;ils peuvent contribuer \u00e0 ce discours par le biais de publications. M\u00eame avant les ann\u00e9es 1990, la <strong>publication dans des revues \u00e9tait la condition pr\u00e9alable la plus importante<\/strong> pour une carri\u00e8re universitaire r\u00e9ussie dans de nombreuses disciplines. Cependant, par rapport aux d\u00e9cennies suivantes, la libert\u00e9 de choix en mati\u00e8re d&rsquo;organe de publication \u00e9tait plus grande \u00e0 cette \u00e9poque. Si des directives informelles concernant les revues plus ou moins prestigieuses pr\u00e9valaient dans de nombreuses cultures disciplinaires, celles-ci \u00e9taient rarement quantifi\u00e9es sous forme de classements. Pour les instituts de recherche, cela signifiait que les revues en tant que produits \u00e9taient substituables dans une mesure limit\u00e9e. Les \u00e9diteurs scientifiques \u00e9taient \u00e9galement conscients de cette caract\u00e9ristique de leurs produits et ont donc opt\u00e9 pour des prix plus mod\u00e9r\u00e9s du point de vue actuel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 partir du milieu des ann\u00e9es 1990, un d\u00e9s\u00e9quilibre s&rsquo;est toutefois d\u00e9velopp\u00e9 sur le march\u00e9 des revues, qui a finalement d\u00e9bouch\u00e9 sur la \u00ab crise des revues \u00bb (Hanekop et Wittke 2005 ; McGuigan 2004 ; Tenopir et King 2000). De plus en plus de disciplines ont commenc\u00e9 \u00e0 quantifier la r\u00e9putation des revues sous forme de classements, principalement bas\u00e9s sur les citations. Gr\u00e2ce \u00e0 ces classements, les opportunit\u00e9s de carri\u00e8re des chercheurs sont devenues plus \u00e9troitement li\u00e9es \u00e0 des revues individuelles. Dans l&rsquo;\u00e9valuation des performances des scientifiques, l&rsquo;importance des citations et donc du Journal Impact Factor (JIF) a consid\u00e9rablement augment\u00e9.<sup id=\"mfn-content-00000000000008570000000000000000_8274-4\" class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"00000000000008570000000000000000_8274\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000008570000000000000000_8274-4\">4<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\">Il existe de nombreuses \u00e9tudes sur le probl\u00e8me du facteur d\u2019impact des revues en tant que mesure de la qualit\u00e9 des revues, par exemple Baum (2011) et Osterloh &amp; Frey (2020).<\/span> Dans le m\u00eame temps, les \u00e9diteurs scientifiques ont commenc\u00e9 \u00e0 augmenter de mani\u00e8re significative les prix des revues particuli\u00e8rement pertinentes pour la carri\u00e8re, notamment dans les sciences de la vie, les sciences techniques et les sciences naturelles (Kopp 2000). En outre, les grands \u00e9diteurs ont commenc\u00e9 \u00e0 proposer des revues non seulement \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9, mais aussi sous forme de lots \u00e0 prix r\u00e9duit (regroupant des revues plus pertinentes et d&rsquo;autres moins pertinentes). La stagnation des budgets des institutions de recherche les a contraintes \u00e0 r\u00e9silier leurs abonnements individuels \u00e0 des revues. Les revues de petits \u00e9diteurs, les revues de niche et les monographies ont \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement touch\u00e9es par cette mesure, car elles \u00e9taient d&rsquo;une part moins pertinentes pour la carri\u00e8re et ne pouvaient d&rsquo;autre part pas \u00eatre regroup\u00e9es avec des revues tr\u00e8s pertinentes. L&rsquo;acc\u00e8s plus difficile aux revues marginales qui en a r\u00e9sult\u00e9 a contribu\u00e9 \u00e0 affaiblir encore leur position dans les mesures de qualit\u00e9 bas\u00e9es sur les citations au profit des revues des grands \u00e9diteurs, un <strong>effet auto-renfor\u00e7ant typique des processus d\u00e9pendants du cheminement<\/strong> (Sydow et al. 2009).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;importance croissante des revues centralis\u00e9es a permis aux grands \u00e9diteurs d&rsquo;augmenter encore les prix de ces m\u00eames revues, ce qui a entra\u00een\u00e9 une nouvelle d\u00e9t\u00e9rioration de la position des petits \u00e9diteurs et des \u00e9diteurs de niche. Tout aussi symptomatique et \u00e0 l&rsquo;origine de cette escalade de la crise des publications en s\u00e9rie, la concentration croissante du march\u00e9 des revues professionnelles. En 2003, environ 66 % du march\u00e9 mondial des revues scientifiques, techniques et consacr\u00e9es aux sciences de la vie \u00e9tait contr\u00f4l\u00e9 par huit grands \u00e9diteurs. Le grand \u00e9diteur <strong>Elsevier<\/strong> repr\u00e9sentait plus de <strong>28 % de la part de march\u00e9<\/strong> mondiale (House of Commons 2003, p. 12). L&rsquo;\u00e9diteur a d\u00e9clar\u00e9 une <strong>marge b\u00e9n\u00e9ficiaire de 33 %<\/strong> pour sa \u00ab division Science et M\u00e9decine \u00bb (Reed Elsevier 2002, p. 3) en 2002. La position d\u00e9favorable des petits \u00e9diteurs dans la crise des publications en s\u00e9rie d\u00e9crite ci-dessus a encore renforc\u00e9 cette concentration du march\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le mouvement Open Access est apparu au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 comme une possible issue \u00e0 la crise des publications en s\u00e9rie (Heimst\u00e4dt et Friesike 2021). Les membres de ce mouvement, parmi lesquels des scientifiques, des biblioth\u00e9caires et des organismes de financement de la recherche, ont appel\u00e9 les \u00e9diteurs \u00e0 modifier leur mod\u00e8le \u00e9conomique. Cependant, leurs demandes ont \u00e9t\u00e9 largement ignor\u00e9es ou rejet\u00e9es par les \u00e9diteurs. En raison de la modification de la structure du march\u00e9 et des pratiques d&rsquo;\u00e9valuation scientifique des performances individuelles en mati\u00e8re de recherche, une \u00ab d\u00e9pendance au sentier \u00bb (Dobusch &amp; Sch\u00fcssler 2013 ; Sydow et al. 2009) s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e autour de la position dominante sur le march\u00e9 de quelques grands \u00e9diteurs et du mod\u00e8le commercial d&rsquo;abonnement \u00e0 licence restrictive \u2013 et donc \u00e0 acc\u00e8s tr\u00e8s limit\u00e9 \u2013 qu&rsquo;ils pr\u00f4naient. D\u00e9j\u00e0 adopt\u00e9e avant la crise des revues, la voie de l&rsquo;acc\u00e8s ferm\u00e9 s&rsquo;est encore renforc\u00e9e pendant la crise. La rigidit\u00e9 de cette voie a \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9e de mani\u00e8re impressionnante par l&rsquo;\u00e9chec des tentatives de n\u00e9gociation du mouvement pour le libre acc\u00e8s. Ce n&rsquo;est que gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;interaction avec <strong>deux nouveaux types d&rsquo;acteurs<\/strong> de la sph\u00e8re publique scientifique \u2013 les<strong> biblioth\u00e8ques parall\u00e8les<\/strong> et les <strong>serveurs de pr\u00e9publications<\/strong> \u2013 que les d\u00e9fenseurs du libre acc\u00e8s ont r\u00e9ussi, \u00e0 partir du milieu des ann\u00e9es 2010, \u00e0 briser la voie ferm\u00e9e existante et \u00e0 constituer une nouvelle voie vers le <strong>libre acc\u00e8s, du moins sous une forme rudimentaire<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Les biblioth\u00e8ques parall\u00e8les, une ill\u00e9galit\u00e9 utile<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une premi\u00e8re condition importante pour l&rsquo;ouverture du march\u00e9 des revues scientifiques a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;\u00e9mergence des biblioth\u00e8ques parall\u00e8les, un nouveau type d&rsquo;acteur dans la sph\u00e8re publique scientifique. Les biblioth\u00e8ques parall\u00e8les sont des bases de donn\u00e9es en texte int\u00e9gral qui mettent <strong>gratuitement \u00e0 disposition sur Internet des copies num\u00e9riques de publications scientifiques<\/strong>. Elles se distinguent par l&rsquo;\u00e9tendue et l&rsquo;orientation th\u00e9matique des \u0153uvres qu&rsquo;elles mettent \u00e0 disposition. Elles ont toutefois en commun le fait que leur fonctionnement et leur utilisation se situent soit dans des <strong>zones grises juridiques<\/strong>, soit sont clairement ill\u00e9gaux. Malgr\u00e9 cette ill\u00e9galit\u00e9, les biblioth\u00e8ques fant\u00f4mes sont une ressource presque indispensable pour de nombreux scientifiques dans leur travail quotidien en p\u00e9riode d&rsquo;offre limit\u00e9e d&rsquo;abonnements. Bien qu&rsquo;il soit formellement possible pour les chercheurs d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 la plupart des sources scientifiques gr\u00e2ce aux syst\u00e8mes de pr\u00eat entre biblioth\u00e8ques et aux demandes d&rsquo;acquisition, ils ne peuvent souvent pas consacrer les efforts et le temps n\u00e9cessaires pour obtenir l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 ces ressources. Or, l&rsquo;effort et la dur\u00e9e de ces proc\u00e9dures formelles contrastent fortement avec l&rsquo;urgence d&rsquo;autres exigences impos\u00e9es aux scientifiques, telles que les d\u00e9lais serr\u00e9s des processus d&rsquo;\u00e9valuation par les pairs. Apr\u00e8s une phase d&rsquo;h\u00e9sitation dans les premi\u00e8res ann\u00e9es de leur existence, les biblioth\u00e8ques scientifiques parall\u00e8les sont d\u00e9sormais utilis\u00e9es par un grand nombre de scientifiques, car il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9 que les poursuites judiciaires pour utilisation ill\u00e9gale ne sont pas possibles dans la grande majorit\u00e9 des cas ou ne sont pas prioritaires dans la pratique des forces de l&rsquo;ordre. Du point de vue scientifique, les biblioth\u00e8ques parall\u00e8les se situent donc dans une zone d&rsquo;\u00ab ill\u00e9galit\u00e9 utile \u00bb (Luhmann 1964, p. 304).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le domaine des biblioth\u00e8ques parall\u00e8les, comme on peut s&rsquo;y attendre, il y a peu de transparence quant au nombre et \u00e0 l&rsquo;origine des diff\u00e9rentes bases de donn\u00e9es. On sait toutefois que la plupart des biblioth\u00e8ques parall\u00e8les sont g\u00e9r\u00e9es par des scientifiques eux-m\u00eames et b\u00e9n\u00e9ficient de nombreuses formes de soutien de la part de la communaut\u00e9 scientifique au sens large, par exemple sous forme de dons financiers ou de dons d&rsquo;archives litt\u00e9raires. Les biblioth\u00e8ques parall\u00e8les repr\u00e9sentent donc un nouvel acteur dans la sph\u00e8re publique scientifique, qui participe \u00e0 la n\u00e9gociation de l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la litt\u00e9rature au-del\u00e0 de la dichotomie entre biblioth\u00e9caires et grands \u00e9diteurs. Dans l&rsquo;une des rares \u00e9tudes sur le sujet, Fischer (2020) distingue les biblioth\u00e8ques parall\u00e8les th\u00e9matiques (telles que UbuWeb et AAARG) des biblioth\u00e8ques parall\u00e8les exhaustives. Ces derni\u00e8res semblent rev\u00eatir une importance particuli\u00e8re pour l&rsquo;ouverture du march\u00e9 des revues universitaires, en raison de leur port\u00e9e et de leur notori\u00e9t\u00e9 parmi les chercheurs. Les deux biblioth\u00e8ques parall\u00e8les exhaustives les plus importantes sont <strong>LibGen et Sci-Hub<\/strong>. LibGen a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e en Russie en 2008, en fusionnant divers corpus num\u00e9riques issus de la litt\u00e9rature scientifique et non scientifique. Au fil du temps, d&rsquo;autres corpus ont \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9s \u00e0 partir de collections existantes, via des t\u00e9l\u00e9chargements automatis\u00e9s \u00e0 partir des sites web des \u00e9diteurs ou gr\u00e2ce \u00e0 des fuites provenant des r\u00e9seaux universitaires (Bod\u00f3 2018). En 2014, le corpus total comprenait d\u00e9j\u00e0 environ 25 millions de documents (Cabanac 2016). L&rsquo;\u00e9mergence de LibGen en Russie a \u00e9t\u00e9 favoris\u00e9e par \u00ab l&rsquo;attitude laxiste de l&rsquo;\u00c9tat russe \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des violations du droit d&rsquo;auteur dans le secteur des m\u00e9dias \u00bb (Fischer 2020, p. 234, traduction libre). L&rsquo;une des mesures pr\u00e9ventives prises par LibGen contre les tentatives des d\u00e9tenteurs de droits d&rsquo;auteur visant \u00e0 emp\u00eacher la publication est l&rsquo;architecture technique de la plateforme. En divulguant le code n\u00e9cessaire, LibGen permet aux utilisateurs de t\u00e9l\u00e9charger l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de la base de donn\u00e9es et de la republier ailleurs sur Internet (\u00ab mirroring \u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 2011, la <strong>Kazakhe<\/strong> Alexandra Elbakyan a fond\u00e9 la biblioth\u00e8que parall\u00e8le <strong>Sci-Hub<\/strong>. Sa motivation appara\u00eet comme une r\u00e9ponse directe aux externalit\u00e9s n\u00e9gatives de la crise des revues scientifiques. Selon sa propre description, Elbakyan, alors doctorante au Kazakhstan, ne pouvait pas acc\u00e9der \u00e0 la litt\u00e9rature n\u00e9cessaire \u00e0 ses recherches car son universit\u00e9 n&rsquo;avait pas les moyens financiers de s&rsquo;abonner. Elle a d\u00e9velopp\u00e9 la biblioth\u00e8que parall\u00e8le Sci-Hub comme solution technologique \u00e0 ce probl\u00e8me \u00e9conomique et juridique (Bohannon 2016a). Tout comme LibGen, Sci-Hub s&rsquo;appuie sur une application limit\u00e9e de la loi et plusieurs astuces techniques (par exemple, le changement p\u00e9riodique du domaine de premier niveau) pour se prot\u00e9ger contre les tentatives d&rsquo;interdiction. En 2019, environ 74 millions de documents \u00e9taient disponibles via Sci-Hub (Strecker 2019). La taille consid\u00e9rable de la base de donn\u00e9es s&rsquo;explique d&rsquo;une part par le processus automatis\u00e9 gr\u00e2ce auquel le corpus Sci-Hub est constamment enrichi. Lorsqu&rsquo;un utilisateur soumet une requ\u00eate de recherche pour un article, celui-ci est extrait du corpus existant s&rsquo;il est d\u00e9j\u00e0 archiv\u00e9. Si l&rsquo;article n&rsquo;est pas encore inclus dans le corpus, Sci-Hub utilise une adresse IP qui fait croire au site web de l&rsquo;\u00e9diteur que la demande provient d&rsquo;un compte autoris\u00e9 (Fischer 2020, p. 235). L&rsquo;article est mis \u00e0 la disposition de l&rsquo;utilisateur et simultan\u00e9ment ajout\u00e9 \u00e0 la biblioth\u00e8que fant\u00f4me. En fin de compte, cependant, le facteur d\u00e9terminant pour la taille de Sci-Hub est la grande popularit\u00e9 dont jouit cette biblioth\u00e8que fant\u00f4me parmi les scientifiques. Les informations sur la l\u00e9gitimit\u00e9 de Sci-Hub sont pr\u00e9sent\u00e9es par les chiffres d&rsquo;utilisation de la biblioth\u00e8que fant\u00f4me, qui ont \u00e9t\u00e9 fournis par Elbakyan elle-m\u00eame. Une analyse de cet ensemble de donn\u00e9es conclut qu&rsquo;au total, 28 millions d&rsquo;articles ont \u00e9t\u00e9 demand\u00e9s entre septembre 2015 et f\u00e9vrier 2016. Les demandes provenaient non seulement de pays du Sud (o\u00f9 les budgets d&rsquo;abonnement sont g\u00e9n\u00e9ralement plus faibles), mais aussi, dans une large mesure, du Nord. G\u00e9ographiquement, les acc\u00e8s ont eu lieu l\u00e0 o\u00f9 se trouvent de nombreux instituts de recherche (Bohannon 2016a).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les biblioth\u00e8ques fant\u00f4mes telles que LibGen et Sci-Hub permettent \u00e9galement aux scientifiques dont les instituts de recherche n&rsquo;ont pas souscrit d&rsquo;abonnement d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 la quasi-totalit\u00e9 de la litt\u00e9rature scientifique. Les chiffres relatifs \u00e0 l&rsquo;acc\u00e8s mondial montrent que les biblioth\u00e8ques parall\u00e8les ne sont en aucun cas un simple moyen d&rsquo;acc\u00e8s pour une petite partie de la communaut\u00e9 scientifique, techniquement avertie. Dans le m\u00eame temps, les biblioth\u00e8ques parall\u00e8les ne constituent pas un substitut direct aux \u00e9diteurs scientifiques et \u00e0 leur fonction d&rsquo;assurance qualit\u00e9. Nous d\u00e9crivons ci-apr\u00e8s comment la popularit\u00e9 croissante des serveurs de pr\u00e9publications remet en question le quasi-monopole des \u00e9diteurs en tant qu&rsquo;instruments d&rsquo;assurance qualit\u00e9 pour les manuscrits scientifiques.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Le serveur de pr\u00e9publications comme alternative au contr\u00f4le qualit\u00e9<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une deuxi\u00e8me condition pr\u00e9alable \u00e0 la perc\u00e9e sur le march\u00e9 des revues scientifiques a \u00e9t\u00e9 le d\u00e9veloppement des serveurs de pr\u00e9publications, qui sont devenus un acteur important de la sph\u00e8re publique scientifique. Les pr\u00e9publications sont des manuscrits scientifiques destin\u00e9s \u00e0 \u00eatre publi\u00e9s dans une revue, mais qui n&rsquo;ont pas encore \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 un examen par les pairs ni accept\u00e9s pour publication. Les pr\u00e9publications sont parfois envoy\u00e9es par les scientifiques directement \u00e0 leurs coll\u00e8gues, publi\u00e9es sur des sites web priv\u00e9s ou institutionnels ou partag\u00e9es sur des r\u00e9seaux sociaux scientifiques tels que ResearchGate ou&nbsp;Academia.edu. Cependant, la publication sur des serveurs de pr\u00e9publications est un moyen de plus en plus r\u00e9pandu de rendre les pr\u00e9publications accessibles. La plupart des serveurs de pr\u00e9publications ciblent des disciplines ou des domaines scientifiques sp\u00e9cifiques, tels que les sciences sociales ou les sciences de la vie. Les serveurs de pr\u00e9publications s&rsquo;inscrivent ainsi dans une pratique d&rsquo;\u00e9change coll\u00e9gial mais non syst\u00e9matique d&rsquo;id\u00e9es et de r\u00e9sultats interm\u00e9diaires qui a toujours \u00e9t\u00e9 au c\u0153ur du travail scientifique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les d\u00e9buts des serveurs de pr\u00e9publications remontent au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, lorsque des physiciens ont commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9poser des copies num\u00e9riques de leurs manuscrits sur la plateforme arXiv fond\u00e9e par Paul Ginsparg (Butler 2001). Peu apr\u00e8s, des scientifiques d&rsquo;autres domaines scientifiques et techniques ont \u00e9galement commenc\u00e9 \u00e0 partager leurs pr\u00e9publications via arXiv. Depuis les ann\u00e9es 1990, arXiv est devenu un espace de communication scientifique important. Le succ\u00e8s d&rsquo;arXiv s&rsquo;explique \u00e9galement par le fait que les pr\u00e9publications ne sont pas simplement d\u00e9pos\u00e9es, mais qu&rsquo;un certain contr\u00f4le de la qualit\u00e9 scientifique est assur\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 un syst\u00e8me complexe de filtrage automatique et \u00e0 l&rsquo;examen et au tri des pr\u00e9publications par des administrateurs (Reyes-Galindo 2016). Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, le nombre de serveurs de pr\u00e9publications a consid\u00e9rablement augment\u00e9. Certains parlent d&rsquo;une \u00ab deuxi\u00e8me vague \u00bb de serveurs de pr\u00e9publications (Johnson et Chiarelli 2019). Une \u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e en 2019 a recens\u00e9 63 serveurs de pr\u00e9publications diff\u00e9rents dans le monde, dont 38 ont \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9s entre 2016 et 2019 (Johnson et Chiarelli 2019). Beaucoup de ces nouveaux serveurs de pr\u00e9publications sont nettement moins fr\u00e9quent\u00e9s et disposent de ressources plus limit\u00e9es qu&rsquo;arXiv. Cependant, presque tous pr\u00e9voient un bref examen formel des soumissions par des scientifiques b\u00e9n\u00e9voles avant la publication du manuscrit. De nombreux serveurs de pr\u00e9publications attribuent d\u00e9sormais un \u00ab identifiant num\u00e9rique d&rsquo;objet \u00bb (DOI) aux pr\u00e9publications t\u00e9l\u00e9charg\u00e9es, ce qui augmente la permanence et donc la citabilit\u00e9 de ces documents. Des initiatives telles que \u00ab PREreview \u00bb visent \u00e9galement \u00e0 renforcer l&rsquo;autorit\u00e9 scientifique (et donc la citabilit\u00e9) des pr\u00e9publications en sollicitant activement les commentaires et l&rsquo;examen du public parmi les scientifiques dans les colonnes de commentaires des serveurs de pr\u00e9publications. Alors que les biblioth\u00e8ques parall\u00e8les donnent acc\u00e8s \u00e0 des manuscrits officiellement \u00e9valu\u00e9s par des revues, les serveurs de pr\u00e9publications cr\u00e9ent de nouvelles pratiques d&rsquo;\u00e9valuation qui entrent en concurrence directe avec l&rsquo;une des principales propositions de valeur des \u00e9diteurs scientifiques, \u00e0 savoir l&rsquo;organisation de l&rsquo;assurance qualit\u00e9 par le biais de l&rsquo;\u00e9valuation par les pairs. Les serveurs de pr\u00e9publications, tout comme les biblioth\u00e8ques parall\u00e8les, entrent ainsi dans la n\u00e9gociation de l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la litt\u00e9rature scientifique et la constitution de la sph\u00e8re publique scientifique en tant que nouveau groupe d&rsquo;acteurs collectifs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un exemple historique illustre la situation concurrentielle entre les \u00e9diteurs scientifiques et l&rsquo;\u00e9change de pr\u00e9publications organis\u00e9 ind\u00e9pendamment des \u00e9diteurs. D\u00e8s les ann\u00e9es 1960, l&rsquo;Institut national de la sant\u00e9 (NIH) des \u00c9tats-Unis a organis\u00e9 une vaste \u00ab exp\u00e9rience \u00bb visant \u00e0 diffuser les r\u00e9sultats non publi\u00e9s de la recherche biologique (Cobb 2017). Du point de vue du NIH, ce projet \u00e9tait une r\u00e9action au m\u00e9contentement croissant de nombreux scientifiques concernant la longueur des processus d&rsquo;\u00e9valuation et de publication dans les revues scientifiques. Le NIH a invit\u00e9 des scientifiques \u00e0 rejoindre des groupes d&rsquo;\u00e9change d&rsquo;informations (IEG) th\u00e9matiques. \u00c0 intervalles r\u00e9guliers, les membres des IEG recevaient par courrier du NIH des pr\u00e9publications pertinentes. Entre 1961 et 1967, plus de 3 600 scientifiques ont particip\u00e9 \u00e0 ce syst\u00e8me d&rsquo;\u00e9change et plus de 2 500 documents ont \u00e9t\u00e9 partag\u00e9s pendant cette p\u00e9riode. Cependant, le projet a d\u00fb \u00eatre interrompu brusquement apr\u00e8s que les \u00e9diteurs scientifiques ont commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9clarer (voire \u00e0 imposer aux comit\u00e9s de r\u00e9daction des revues scientifiques) que les revues scientifiques n&rsquo;accepteraient pas les manuscrits qui avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9s sous forme de pr\u00e9publications par le biais des IEG. Cette disposition, connue sous le nom de \u00ab r\u00e8gle Ingelfinger \u00bb, a \u00e9t\u00e9 justifi\u00e9e par les \u00e9diteurs au motif qu&rsquo;il existait un risque de distorsion de la concurrence scientifique en raison des publications multiples. En r\u00e9alit\u00e9, il semblait toutefois motiv\u00e9e principalement par la crainte de cons\u00e9quences \u00e9conomiques n\u00e9gatives pour les revues (Cobb 2017).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd&rsquo;hui, quelque 50 ans apr\u00e8s les IEG, la relation entre les \u00e9diteurs scientifiques et les serveurs de pr\u00e9publications est beaucoup moins claire. Alors que la popularit\u00e9 d&rsquo;arXiv et d&rsquo;autres serveurs de pr\u00e9publications ne cessait de cro\u00eetre malgr\u00e9 les mesures dissuasives, les \u00e9diteurs ont commenc\u00e9 \u00e0 s&rsquo;\u00e9loigner progressivement de la r\u00e8gle Ingelfinger (Borgman 2007). Une strat\u00e9gie actuelle visant \u00e0 freiner l&rsquo;informalit\u00e9 organis\u00e9e pratiqu\u00e9e par les scientifiques consiste pour les grands \u00e9diteurs \u00e0 cr\u00e9er leurs propres serveurs de pr\u00e9publications. Par exemple, le grand \u00e9diteur Sage offre aux scientifiques qui soumettent un manuscrit \u00e0 une revue Sage la possibilit\u00e9 suppl\u00e9mentaire de le publier sur le serveur de pr\u00e9publications \u00ab Advance \u00bb de l&rsquo;\u00e9diteur (et donc non organis\u00e9 principalement au sein de la communaut\u00e9 scientifique) parall\u00e8lement au processus d&rsquo;\u00e9valuation par les pairs. D&rsquo;une part, cette offre peut \u00eatre comprise comme une promotion de la sph\u00e8re publique scientifique par la publication de pr\u00e9publications. D&rsquo;autre part, l&rsquo;exemple historique sugg\u00e8re que cette strat\u00e9gie vise principalement \u00e0 maintenir les pratiques d&rsquo;\u00e9valuation alternatives sur des plateformes qui \u00e9chappent aux possibilit\u00e9s d&rsquo;exploitation \u00e9conomique des grands \u00e9diteurs. Le succ\u00e8s des serveurs de pr\u00e9publications, qui sont g\u00e9r\u00e9s au sein du monde universitaire, remet ainsi en question de mani\u00e8re performative le caract\u00e8re indispensable des \u00e9diteurs scientifiques pour l&rsquo;\u00e9valuation des travaux scientifiques, contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;ils pr\u00e9tendent eux-m\u00eames. En outre, les pr\u00e9publications librement accessibles peuvent \u00e9galement servir, dans une certaine mesure, de substitut aux versions finales accept\u00e9es des articles, car elles peuvent \u00e9galement \u00eatre cit\u00e9es, du moins dans une mesure limit\u00e9e. Bien que de mani\u00e8re moins directe que les biblioth\u00e8ques parall\u00e8les, les serveurs de pr\u00e9publications exercent donc \u00e9galement une pression sur le mod\u00e8le \u00e9conomique des grands \u00e9diteurs bas\u00e9 sur l&rsquo;abonnement.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Une rupture et la transformation vers le libre acc\u00e8s<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La combinaison des biblioth\u00e8ques parall\u00e8les, qui \u00e9taient juridiquement contestables mais consid\u00e9r\u00e9es comme l\u00e9gitimes par la communaut\u00e9 scientifique, et de la pr\u00e9valence et de l&rsquo;importance croissantes des serveurs de pr\u00e9publications a modifi\u00e9 les conditions dans lesquelles les biblioth\u00e8ques des universit\u00e9s et des instituts de recherche pouvaient n\u00e9gocier avec les (grands) \u00e9diteurs des changements dans les structures contractuelles et d&rsquo;acc\u00e8s en vigueur. Avant la cr\u00e9ation des biblioth\u00e8ques fant\u00f4mes et des serveurs de pr\u00e9publications, les biblioth\u00e8ques se trouvaient dans une position de n\u00e9gociation faible. La r\u00e9siliation unilat\u00e9rale ou le non-renouvellement des contrats avec les grands \u00e9diteurs universitaires aurait consid\u00e9rablement compliqu\u00e9 le travail quotidien des scientifiques travaillant dans ces institutions. Les formes alternatives d&rsquo;acc\u00e8s, telles que le pr\u00eat entre biblioth\u00e8ques, restent tr\u00e8s lentes et fastidieuses par rapport aux abonnements aux revues num\u00e9riques. Les \u00e9diteurs ont intent\u00e9 avec succ\u00e8s des actions en justice contre les variantes num\u00e9riques contemporaines du pr\u00eat entre biblioth\u00e8ques, telles que \u00ab Subito \u00bb, qui a vu le jour \u00e0 l&rsquo;initiative du minist\u00e8re f\u00e9d\u00e9ral allemand de l&rsquo;\u00c9ducation et de la Recherche (M\u00fcller 2006). Pour cette raison, et malgr\u00e9 l&rsquo;aggravation de la crise des publications en s\u00e9rie et le d\u00e9veloppement de mod\u00e8les de publication alternatifs tels que l&rsquo;Open Access dans les ann\u00e9es 1990, la r\u00e9siliation des abonnements, jug\u00e9s trop co\u00fbteux par les biblioth\u00e8ques, n&rsquo;a longtemps pas \u00e9t\u00e9 une option pour les universit\u00e9s et les institutions de recherche. Cependant, avec la cr\u00e9ation de biblioth\u00e8ques parall\u00e8les et de serveurs de pr\u00e9publications, de nouvelles possibilit\u00e9s de n\u00e9gociation se sont pr\u00e9sent\u00e9es pour les institutions de recherche au milieu des ann\u00e9es 2010.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 2014, l&rsquo;Alliance des organisations scientifiques allemandes a charg\u00e9 la Conf\u00e9rence des recteurs allemands (HRK) de n\u00e9gocier de nouveaux mod\u00e8les de contrats avec trois grands \u00e9diteurs scientifiques, Elsevier, Springer Nature et Wiley, dans toute l&rsquo;Allemagne.<sup id=\"mfn-content-00000000000008570000000000000000_8274-5\" class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"00000000000008570000000000000000_8274\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000008570000000000000000_8274-5\">5<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\">M\u00eame avant la crise des p\u00e9riodiques, les biblioth\u00e8ques allemandes ne n\u00e9gociaient pas seules avec les \u00e9diteurs, mais par l\u2019interm\u00e9diaire de \u00ab m\u00e9ta-organisations \u00bb, souvent des consortiums r\u00e9gionaux, mais aussi des organisations nationales telles que la DFG. Les n\u00e9gociations de l\u2019Alliance correspondaient \u00e0 cette pratique (Ahrne &amp; Brunsson 2008).<\/span> L&rsquo;objectif des n\u00e9gociations, men\u00e9es sous le nom de \u00ab Projet DEAL \u00bb, \u00e9tait de convenir de contrats dits \u00ab Publish&amp;Read \u00bb. Ceux-ci permettent non seulement d&rsquo;acc\u00e9der aux num\u00e9ros actuels et pass\u00e9s d&rsquo;une revue, mais garantissent \u00e9galement que toutes les publications des scientifiques des institutions participantes sont accessibles gratuitement et en permanence \u00e0 tous (\u00ab libre acc\u00e8s \u00bb). En contrepartie, les institutions de recherche participantes paient une redevance fixe pour chaque article publi\u00e9 par leurs propres scientifiques. Toutefois, quel que soit le nombre d&rsquo;articles publi\u00e9s par une institution de recherche, l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 tous les articles de revues archiv\u00e9s par l&rsquo;\u00e9diteur (dans une mesure plus ou moins grande selon l&rsquo;accord) est garanti.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cependant, leur position de force apparente a conduit les trois grands \u00e9diteurs scientifiques \u00e0 rejeter cette proposition dans un premier temps. Le leader du march\u00e9, Elsevier, en particulier, n&rsquo;a pas voulu accepter de dispositions transitoires. En cons\u00e9quence, plus de 60 organisations scientifiques ont d\u00e9cid\u00e9 en 2016 de laisser expirer leurs contrats avec Elsevier.<sup id=\"mfn-content-00000000000008570000000000000000_8274-6\" class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"00000000000008570000000000000000_8274\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000008570000000000000000_8274-6\">6<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"6\">Si les d\u00e9cisions relatives au boycott d\u2019Elsevier ont \u00e9t\u00e9 prises individuellement par les organisations scientifiques, un rapport de terrain des n\u00e9gociateurs de l\u2019Alliance indique que la m\u00e9ta-organisation a contribu\u00e9 \u00e0 partager les informations sur les strat\u00e9gies et les cons\u00e9quences d\u2019un boycott entre les diff\u00e9rentes organisations scientifiques (Mittermaier 2017).<\/span> Extrait d&rsquo;une d\u00e9claration de la HRK sur la rupture temporaire des n\u00e9gociations avec Elsevier :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab L&rsquo;\u00e9diteur nous a bien pr\u00e9sent\u00e9 une premi\u00e8re offre de licence nationale quelques jours avant cette date limite et apr\u00e8s des mois de n\u00e9gociations intensives. Toutefois, celle-ci rejette les principes de l&rsquo;Open Access et tous les arguments en faveur d&rsquo;une tarification \u00e9quitable : malgr\u00e9 le retour sur chiffre d&rsquo;affaires de 40 % d\u00e9j\u00e0 existant, l&rsquo;\u00e9diteur mise sur des augmentations de prix gigantesques qui d\u00e9passent les sommes vers\u00e9es jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent pour les licences. En outre, l&rsquo;\u00e9diteur refuse cat\u00e9goriquement des mod\u00e8les commerciaux plus transparents bas\u00e9s sur les performances des publications, qui rendraient celles-ci plus librement accessibles. \u00bb (Conf\u00e9rence des recteurs allemands 2016, p. 1, traduction libre)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;absence de protestations de la part des chercheurs concern\u00e9s a montr\u00e9 \u00e0 quel point le pouvoir de n\u00e9gociation d&rsquo;Elsevier avait diminu\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 des alternatives telles que les biblioth\u00e8ques parall\u00e8les et les serveurs de pr\u00e9publications. En effet, de nombreux chercheurs individuels et r\u00e9put\u00e9s ont affich\u00e9 ostensiblement leur solidarit\u00e9 avec leurs institutions de recherche et ont d\u00e9missionn\u00e9 de leurs fonctions \u00e9ditoriales chez Elsevier. Au cours des mois qui ont suivi cette premi\u00e8re vague de boycotts, le nombre d&rsquo;institutions scientifiques allemandes qui ont laiss\u00e9 expirer leurs contrats avec Elsevier a augment\u00e9. Entre ao\u00fbt 2017 et d\u00e9but 2018, le nombre d&rsquo;universit\u00e9s sans contrat avec Elsevier est pass\u00e9 de 30 \u00e0 50, celui des universit\u00e9s professionnelles de 16 \u00e0 34 et celui des autres institutions de recherche de 26 \u00e0 38 (Dobusch 2017). Entre-temps, les deux autres grands \u00e9diteurs, Wiley et Springer Nature, avaient d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 une plus grande volont\u00e9 de n\u00e9gocier et \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 conclure des accords transitoires. En janvier 2019, le premier accord Publish&amp;Read a finalement \u00e9t\u00e9 conclu avec Wiley. L&rsquo;accord concret pr\u00e9voit des frais Publish&amp;Read de 2 750 \u20ac,<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-small-font-size is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab qui couvrent, d&rsquo;une part, la publication des [&#8230;] articles (publish) en libre acc\u00e8s et, d&rsquo;autre part, l&rsquo;acc\u00e8s en lecture \u00e0 l&rsquo;ensemble du portefeuille (read) des revues en abonnement. Le prix total du contrat DEAL national pour la publication et la lecture dans les revues en abonnement est calcul\u00e9 en multipliant les frais [Publish&amp;Read] de 2 750 \u20ac par le nombre d&rsquo;articles publi\u00e9s par les auteurs correspondants des institutions qui sont en principe \u00e9ligibles \u00e0 participer. Il n&rsquo;y a pas de frais suppl\u00e9mentaires pour l&rsquo;acc\u00e8s en lecture (frais de lecture). En outre, il n&rsquo;y a qu&rsquo;un paiement unique pour la fermeture r\u00e9troactive des archives (connexion aux licences nationales jusqu&rsquo;en 1997). \u00bb  (Forschungszentrum J\u00fclich 2019, traduction libre)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cet accord est associ\u00e9 \u00e0 une am\u00e9lioration de l&rsquo;acc\u00e8s aux connaissances scientifiques dans deux sens : les institutions couvertes par le projet DEAL ont g\u00e9n\u00e9ralement acc\u00e8s \u00e0 une partie beaucoup plus importante des archives num\u00e9riques de Wiley, et les contributions de leurs scientifiques sont imm\u00e9diatement et librement disponibles en ligne dans le monde entier. L&rsquo;accord ne modifie pas les m\u00e9canismes de contr\u00f4le de la qualit\u00e9 scientifique. Un accord similaire a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9 avec Springer Nature un an plus tard (Springer Nature 2020) et les deux accords ont depuis \u00e9t\u00e9 prolong\u00e9s. Entre-temps, l&rsquo;absence de contrats entre Elsevier et pr\u00e8s de 200 universit\u00e9s, coll\u00e8ges et instituts de recherche allemands s&rsquo;est poursuivie (jusqu&rsquo;\u00e0 la signature d&rsquo;un accord en septembre 2023).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Cons\u00e9quences du libre acc\u00e8s pour une th\u00e9orie de la sph\u00e8re publique<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette analyse th\u00e9orique de la transformation du libre acc\u00e8s a montr\u00e9 comment la transformation du mod\u00e8le \u00e9conomique du march\u00e9 des revues scientifiques n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 possible que gr\u00e2ce aux biblioth\u00e8ques fant\u00f4mes et aux serveurs de pr\u00e9publications. De m\u00eame, il est apparu clairement que la transition vers le libre acc\u00e8s reste contest\u00e9e et potentiellement r\u00e9versible si les biblioth\u00e8ques fant\u00f4mes ou les serveurs de pr\u00e9publications perdent de leur influence, par exemple \u00e0 la suite de mesures r\u00e9glementaires telles que les verrous r\u00e9seau. Une litt\u00e9rature scientom\u00e9trique abondante a d\u00e9j\u00e0 rassembl\u00e9 de nombreuses preuves des diff\u00e9rentes mani\u00e8res dont la transformation vers <strong>le libre acc\u00e8s modifie l&rsquo;ar\u00e8ne discursive scientifique pour la rapprocher du type id\u00e9al de sph\u00e8re publique scientifique<\/strong>. Nous nous abstenons de reproduire ces r\u00e9sultats en d\u00e9tail ici et renvoyons \u00e0 des articles de synth\u00e8se r\u00e9cents (par exemple, Tennant et al. 2016). Dans ce qui suit, nous abordons plut\u00f4t certaines implications th\u00e9oriques de la transformation vers le libre acc\u00e8s pour la sph\u00e8re publique qui ont \u00e9t\u00e9 peu discut\u00e9es jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent : les inconv\u00e9nients du changement pour la sph\u00e8re publique scientifique et les cons\u00e9quences du libre acc\u00e8s pour une sph\u00e8re publique plus large et d\u00e9mocratique.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Cons\u00e9quences impr\u00e9vues pour la sph\u00e8re publique scientifique<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La consolidation de la voie de l&rsquo;acc\u00e8s ferm\u00e9 et la crise des revues ont \u00e9loign\u00e9 la structure de la sph\u00e8re publique scientifique de son id\u00e9al normatif. De nombreux \u00e9l\u00e9ments sugg\u00e8rent que la transformation vers le libre acc\u00e8s s&rsquo;inscrit dans une tendance inverse, vers un id\u00e9al de sph\u00e8re publique scientifique. Cependant, la transformation vers le libre acc\u00e8s n&rsquo;implique en aucun cas un retour \u00e0 une structure \u00ab originelle \u00bb de la sph\u00e8re publique scientifique. Au contraire, outre les cons\u00e9quences normativement souhaitables, certaines cons\u00e9quences impr\u00e9vues de la transformation apparaissent du point de vue des d\u00e9fenseurs du libre acc\u00e8s. Nous examinons plus en d\u00e9tail ci-dessous quatre de ces <strong>effets secondaires<\/strong> potentiellement <strong>probl\u00e9matiques<\/strong> : les mod\u00e8les <strong>\u00e9conomiques hybrides du libre acc\u00e8s<\/strong>, les <strong>revues pr\u00e9datrices<\/strong>, les <strong>effets Matthieu<\/strong> et l&rsquo;aggravation de la <strong>crise de la d\u00e9couvrabilit\u00e9<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les mod\u00e8les \u00e9conomiques hybrides du libre acc\u00e8s constituent l&rsquo;un des effets secondaires de la transformation vers le libre acc\u00e8s. Cet effet secondaire r\u00e9sulte des luttes relatives au contr\u00f4le de l&rsquo;interpr\u00e9tation de la d\u00e9finition du libre acc\u00e8s. Si les biblioth\u00e9caires ont r\u00e9ussi \u00e0 persuader les \u00e9diteurs de passer de l&rsquo;abonnement au libre acc\u00e8s, ces derniers ont profit\u00e9 de la dynamique de la transformation pour <strong>d\u00e9finir le libre acc\u00e8s <\/strong>d&rsquo;une mani\u00e8re qui a <strong>exacerb\u00e9 le d\u00e9s\u00e9quilibre \u00e9conomique<\/strong> des institutions de recherche. Sous le nom de \u00ab libre acc\u00e8s hybride \u00bb, les \u00e9diteurs ont permis aux institutions de recherche de mettre gratuitement \u00e0 disposition sur Internet les articles individuels de leurs scientifiques en \u00e9change du paiement d&rsquo;une licence. Les scientifiques et les institutions de recherche ont ainsi pu respecter leurs engagements volontaires en faveur d&rsquo;une publication exclusive en libre acc\u00e8s. Dans le m\u00eame temps, cependant, les \u00e9diteurs ont conserv\u00e9 le mod\u00e8le de l&rsquo;abonnement, de sorte que <strong>les num\u00e9ros individuels des revues contiennent \u00e0 la fois des articles prot\u00e9g\u00e9s par des droits d&rsquo;auteur et des articles sous licence libre<\/strong>. Si les institutions de recherche souhaitent mettre \u00e0 la disposition de leurs scientifiques non seulement leurs propres articles, mais aussi les autres articles de la revue, elles doivent toujours s&rsquo;abonner. Toutefois, des \u00e9tudes sur ce \u00ab double pr\u00e9l\u00e8vement \u00bb ont montr\u00e9 que les prix des abonnements dans ce syst\u00e8me restent souvent relativement stables et que les institutions de recherche paient donc \u00e0 la fois les articles en libre acc\u00e8s individuels et les abonnements (Mittermaier 2015). Bien que le mod\u00e8le hybride de libre acc\u00e8s soit critiqu\u00e9 par les institutions de recherche, les grands \u00e9diteurs parviennent souvent \u00e0 d\u00e9tourner cette critique en soulignant qu&rsquo;ils ont d\u00e9sormais accord\u00e9 le libre acc\u00e8s. Dans des cas extr\u00eames, <strong>les mod\u00e8les hybrides<\/strong> de libre acc\u00e8s peuvent donc contribuer \u00e0 <strong>r\u00e9duire davantage l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la litt\u00e9rature scientifique<\/strong> par le biais du libre acc\u00e8s, plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;augmenter.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un autre effet secondaire de la transition vers le libre acc\u00e8s est l&rsquo;\u00e9mergence de <strong>revues pr\u00e9datrices<\/strong>. Dans les mod\u00e8les de libre acc\u00e8s, de nombreux \u00e9diteurs g\u00e9n\u00e8rent leurs revenus non pas gr\u00e2ce \u00e0 des abonnements, mais gr\u00e2ce au paiement unique de \u00ab frais de traitement des articles \u00bb (APC). Dans l&rsquo;ombre des grands \u00e9diteurs, de <strong>nouveaux \u00e9diteurs <\/strong>ont fait leur apparition, dont les revues en libre acc\u00e8s tentent de d\u00e9tourner ces APC en proposant des <strong>articles de qualit\u00e9 douteuse.<\/strong> Le mod\u00e8le \u00e9conomique des \u00e9diteurs pr\u00e9dateurs et de leurs revues consiste \u00e0 pr\u00e9tendre effectuer une \u00e9valuation par les pairs, mais \u00e0 ne pas la r\u00e9aliser du tout ou \u00e0 ne la r\u00e9aliser que de mani\u00e8re tr\u00e8s superficielle (Dobusch et Heimst\u00e4dt 2019). Gr\u00e2ce \u00e0 un grand nombre de courriels ind\u00e9sirables et \u00e0 des d\u00e9lais de traitement tr\u00e8s courts pour les manuscrits, qui r\u00e9sultent de l&rsquo;absence ou du caract\u00e8re tr\u00e8s superficiel de l&rsquo;\u00e9valuation par les pairs, les revues pr\u00e9datrices ont atteint un nombre et une taille importants. On estime que le volume des revues pr\u00e9datrices est pass\u00e9 de 1 800 en 2010 \u00e0 plus de 8 000 en 2014. En 2014, Shen et Bj\u00f6rk (2015) ont estim\u00e9 la taille du march\u00e9 des revues pr\u00e9datrices \u00e0 environ 74 millions de dollars am\u00e9ricains (contre 244 millions de dollars am\u00e9ricains pour les revues en libre acc\u00e8s s\u00e9rieuses et 10,5 milliards de dollars am\u00e9ricains pour le march\u00e9 mondial total des abonnements \u00e0 des revues).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les revues pr\u00e9datrices constituent <strong>un danger pour les scientifiques<\/strong> \u00e0 plusieurs \u00e9gards. \u00c0 premi\u00e8re vue, elles semblent \u00eatre une r\u00e9ponse ad\u00e9quate \u00e0 la pression croissante en mati\u00e8re de publication en raison de leur d\u00e9lai de traitement court, mais de nombreux scientifiques ne se rendent compte qu&rsquo;apr\u00e8s coup du manque de reconnaissance de ces revues par leurs pairs et donc de <strong>la perte consid\u00e9rable<\/strong> que repr\u00e9sente la publication dans une telle revue <strong>pour leur carri\u00e8re<\/strong>. Les revues pr\u00e9datrices peuvent \u00e9galement \u00eatre utilis\u00e9es de mani\u00e8re strat\u00e9gique pour discr\u00e9diter des (sous-)disciplines \u00e0 travers des articles frauduleux. En 1996, le physicien am\u00e9ricain Alan <strong>Sokal<\/strong> a publi\u00e9 un <strong>article canular <\/strong>dans <strong>la revue \u00ab Social Text \u00bb<\/strong> (Sokal 1996b), qu&rsquo;il a rendu public comme un acte performatif de critique de ce qu&rsquo;il consid\u00e9rait comme le manque de scientificit\u00e9 des \u00e9tudes culturelles postmodernes (\u00ab affaire Sokal \u00bb, Sokal 1996a). Dans un cas similaire mais plus r\u00e9cent, le philosophe Peter Boghossian et le math\u00e9maticien James Lindsay ont lanc\u00e9 une attaque contre la discipline des \u00e9tudes de genre avec leur article canular \u00ab The Conceptual Penis as a Social Construct \u00bb, publi\u00e9 dans la revue interdisciplinaire et au moins tendanciellement pr\u00e9datrice \u00ab Cogent Social Sciences \u00bb (Boghossian &amp; Lindsay 2017). Dans leur tentative de d\u00e9l\u00e9gitimer la discipline, ils ont attir\u00e9 l&rsquo;attention sur un processus d&rsquo;\u00e9valuation par les pairs trop superficiel et non scientifique, mais n&rsquo;ont pas pris en compte la qualit\u00e9 pour le moins discutable de la revue. Enfin, les revues pr\u00e9datrices offrent \u00e9galement des possibilit\u00e9s de \u00ab science washing \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire la production de connaissances pr\u00e9tendument scientifiques pour soutenir des th\u00e8ses douteuses, voire pseudoscientifiques, dans le discours public non scientifique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un autre effet secondaire n\u00e9gatif de certaines formes de transformation vers le libre acc\u00e8s pourrait \u00eatre que le changement de mod\u00e8le \u00e9conomique des grands \u00e9diteurs renforce, voire accentue, les in\u00e9galit\u00e9s existantes dans le syst\u00e8me scientifique (Pooley 2020). Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, on craint que <em>\u00ab l&rsquo;effet Matthieu \u00bb<\/em> (Merton 1968), largement d\u00e9montr\u00e9 dans le monde universitaire, ne soit d\u00e9sormais renforc\u00e9 par les mod\u00e8les commerciaux de libre acc\u00e8s des \u00e9diteurs universitaires, qui lient la possibilit\u00e9 de publier dans des revues prestigieuses aux ressources \u00e9conomiques des scientifiques individuels (ou des institutions universitaires qui les emploient). Cette pr\u00e9occupation semble justifi\u00e9e \u00e0 ce stade, lorsque l&rsquo;on compare les scientifiques issus de syst\u00e8mes avec des contrats \u00ab Publish&amp;Read \u00bb \u00e0 ceux issus de syst\u00e8mes pauvres en ressources sans contrats \u00ab Publish&amp;Read \u00bb. Dans ce cas, les contrats \u00ab Publish&amp;Read \u00bb sont associ\u00e9s \u00e0 un avantage en termes d&rsquo;attention par rapport aux autres pour les institutions de recherche participantes, car leurs contributions sont plus facilement accessibles et donc plus fr\u00e9quemment cit\u00e9es. Les institutions des pays du Sud ne disposent g\u00e9n\u00e9ralement pas de structures contractuelles comparables (Pooley 2020). De plus, des \u00e9tudes telles que celles d&rsquo;Omobowale et al. (2014) sugg\u00e8rent plut\u00f4t que <strong>les revues pr\u00e9datrices susmentionn\u00e9es sont principalement utilis\u00e9es par des chercheurs marginalis\u00e9s du Sud, <\/strong>ce qui accentue encore les diff\u00e9rences de r\u00e9putation. Dans l&rsquo;ensemble, les formes de transformation de <strong>l&rsquo;acc\u00e8s libre bas\u00e9es sur les marchandises<\/strong> \u2013 qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de frais d&rsquo;auteur ou de contrats \u00ab publier et lire \u00bb \u2013 ne sont <strong>pas en mesure de surmonter les r\u00e9gimes d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 mondiale<\/strong>, voire, \u00e0 certains \u00e9gards, <strong>peuvent les renforcer<\/strong>. Nous r\u00e9fl\u00e9chissons \u00e0 des alternatives possibles \u00e0 cette situation \u00e0 la fin de cet article.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La pr\u00e9occupation concernant les effets Matthieu semble moins pertinente lorsque l&rsquo;on compare des scientifiques ayant des contrats \u00ab publish-and-read \u00bb (Mittermaier et al. 2018). Dans ces cas, au contraire, on peut supposer \u00e0 juste titre que le libre acc\u00e8s contribue \u00e0 r\u00e9duire les in\u00e9galit\u00e9s existantes. Dans les biblioth\u00e8ques des institutions moins ax\u00e9es sur la recherche, le passage \u00e0 des contrats \u00ab publier et lire \u00bb devrait lib\u00e9rer des capacit\u00e9s budg\u00e9taires qui pourraient \u00eatre utilis\u00e9es pour acheter des revues et des monographies de niche. Dans le m\u00eame temps, il semble possible que les institutions ax\u00e9es sur la recherche d\u00e9pensent plus de ressources financi\u00e8res que dans le cadre d&rsquo;un abonnement. Il faut s&rsquo;attendre \u00e0 ce que cette situation donne lieu \u00e0 des processus internes aux universit\u00e9s concernant la redistribution des budgets, dont les r\u00e9sultats peuvent varier consid\u00e9rablement d&rsquo;une universit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;autre. Fondamentalement, ces consid\u00e9rations montrent toutefois que les contrats \u00ab publier et lire \u00bb tendent \u00e0 r\u00e9duire les in\u00e9galit\u00e9s entre les institutions plus ou moins ax\u00e9es sur la recherche. De plus, la critique selon laquelle le libre acc\u00e8s accro\u00eet les in\u00e9galit\u00e9s en liant les possibilit\u00e9s de publication \u00e0 des investissements en capital peut \u00e9galement \u00eatre r\u00e9fut\u00e9e sous un autre angle. Environ <strong>70 % des revues en libre acc\u00e8s<\/strong> r\u00e9pertori\u00e9es dans le r\u00e9pertoire des revues en libre acc\u00e8s <strong>ne facturent pas de frais de publication<\/strong> (Mittermaier et al. 2018, p. 9). M\u00eame si les budgets institutionnels sont \u00e9puis\u00e9s et qu&rsquo;aucun financement suppl\u00e9mentaire ne peut \u00eatre obtenu, les scientifiques disposent de nombreuses possibilit\u00e9s de publication. Les biblioth\u00e8ques sont \u00e9galement en mesure de pr\u00e9voir dans leur budget des fonds suffisants pour les \u00ab revues de premier plan indispensables \u00bb (du point de vue des scientifiques), m\u00eame en cas de fluctuations des performances en mati\u00e8re de publication (d&rsquo;une ann\u00e9e \u00e0 l&rsquo;autre) (Mittermaier et al. 2018, pp. 7-10).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un autre effet secondaire potentiellement n\u00e9gatif fait l&rsquo;objet de discussions : le nombre croissant de revues en libre acc\u00e8s aggrave-t-il encore la crise de la visibilit\u00e9 et les probl\u00e8mes de filtrage (voir la section sur la \u00ab sp\u00e9cialisation \u00bb ci-dessus) dans le domaine scientifique ? Les d\u00e9tracteurs fondent leurs arguments sur le fait qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;approche des accords \u00ab Publish&amp;Read \u00bb, de nombreuses nouvelles revues en libre acc\u00e8s ont vu le jour parall\u00e8lement \u00e0 des revues sous licence propri\u00e9taire. Parmi ces nouvelles publications, certaines constituent de s\u00e9rieux concurrents pour les revues \u00e0 acc\u00e8s restreint existantes, tandis que d&rsquo;autres sont des revues pr\u00e9datrices ou des revues en libre acc\u00e8s cr\u00e9\u00e9es par de grands \u00e9diteurs comme \u00ab revues miroirs \u00bb (souvent avec les m\u00eames r\u00e9dacteurs) de revues \u00e0 acc\u00e8s restreint existantes, ce qui constitue une autre variante du double financement d\u00e9crit ci-dessus. M\u00eame si le libre acc\u00e8s am\u00e9liore l&rsquo;accessibilit\u00e9 formelle, le nombre de r\u00e9tablissements pourrait aggraver le probl\u00e8me de filtrage d\u00e9j\u00e0 existant dans le domaine scientifique et ainsi compromettre l&rsquo;id\u00e9al d&rsquo;une sph\u00e8re publique scientifique. Cependant, notre analyse des innovations pionni\u00e8res a clairement montr\u00e9 que l&rsquo;augmentation absolue du nombre de revues n&rsquo;est pas un effet secondaire de la transformation vers le libre acc\u00e8s, mais un ph\u00e9nom\u00e8ne en amont dans le temps. La cr\u00e9ation de nouvelles revues en libre acc\u00e8s n&rsquo;\u00e9tait pas une r\u00e9action aux contrats \u00ab Publish&amp;Read \u00bb, mais le r\u00e9sultat d&rsquo;une situation dans laquelle les grands \u00e9diteurs r\u00e9sistaient \u00e0 conclure de tels contrats. \u00c0 mesure que les contrats \u00ab Publish&amp;Read \u00bb se g\u00e9n\u00e9ralisent, on peut supposer qu&rsquo;au moins la quantit\u00e9 de revues s\u0153urs en libre acc\u00e8s et de produits concurrents s\u00e9rieux ne continuera pas \u00e0 augmenter.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il existe une autre raison pour laquelle le lien de causalit\u00e9 entre le libre acc\u00e8s et le probl\u00e8me du filtrage dans le domaine scientifique n&rsquo;est pas plausible. Pour rem\u00e9dier au probl\u00e8me du filtrage, il est n\u00e9cessaire soit de limiter la port\u00e9e de la publication scientifique (par exemple, indirectement, en demandant aux candidats de ne soumettre qu&rsquo;un nombre restreint de publications), soit de modifier les proc\u00e9dures de filtrage. Limiter artificiellement le nombre de publications est en contradiction directe avec l&rsquo;autonomie professionnelle des scientifiques et l&rsquo;id\u00e9al de la libert\u00e9 acad\u00e9mique. L&rsquo;espoir de r\u00e9soudre le probl\u00e8me du filtrage r\u00e9side donc dans le d\u00e9veloppement de nouveaux syst\u00e8mes de filtrage. Les publications en libre acc\u00e8s sont mieux adapt\u00e9es que les publications scientifiques sous licence propri\u00e9taire pour le d\u00e9veloppement de tels syst\u00e8mes. Les syst\u00e8mes de filtrage de l&rsquo;information scientifique s&rsquo;appuient \u00e0 la fois sur les m\u00e9tadonn\u00e9es et sur les textes num\u00e9riques complets des articles scientifiques. Plus les m\u00e9tadonn\u00e9es et les textes complets sont librement accessibles, mieux ils peuvent \u00eatre lus, \u00e9valu\u00e9s, trait\u00e9s et combin\u00e9s avec des ensembles de donn\u00e9es provenant d&rsquo;autres syst\u00e8mes de filtrage (Kraker et al. 2021).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Interactions avec la sph\u00e8re publique d\u00e9mocratique<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La sph\u00e8re publique scientifique n&rsquo;existe pas de mani\u00e8re isol\u00e9e, mais s&rsquo;inscrit dans un \u00ab r\u00e9seau d&rsquo;espaces de communication diff\u00e9rents qui se chevauchent \u00bb (Fraser 2009, p. 151, traduction libre ; Habermas 1990 ; Habermas 1992). Dans cet article, nous nous int\u00e9ressons aux recoupements entre la sph\u00e8re publique scientifique et la \u00ab sph\u00e8re publique politique de la communaut\u00e9 d\u00e9mocratique \u00bb au sens large (Nanz 2009, p. 358, traduction libre ; Habermas 1990). Nous examinons donc les cons\u00e9quences de la transformation vers le libre acc\u00e8s pour la sph\u00e8re publique d\u00e9mocratique en nous concentrant sur trois points de contact : <strong>le journalisme<\/strong>, les <strong>biens communs de la connaissance<\/strong> et l&rsquo;<strong>expertise<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le journalisme est un vecteur essentiel qui permet aux r\u00e9sultats de la recherche scientifique de gagner en importance dans une sph\u00e8re publique d\u00e9mocratique plus large. Les <strong>\u00e9tudes scientifiques<\/strong> peuvent par exemple <strong>compl\u00e9ter les reportages<\/strong> sur des questions \u00e9conomiques, politiques ou culturelles quotidiennes. Mais elles peuvent \u00e9galement faire l&rsquo;objet d&rsquo;une couverture m\u00e9diatique dans le cadre du journalisme scientifique proprement dit. Dans le journalisme en ligne en particulier, <strong>le libre acc\u00e8s<\/strong> offre aux journalistes de nouvelles possibilit\u00e9s d&rsquo;<strong>int\u00e9grer des \u00e9tudes scientifiques dans leurs reportages<\/strong>. Alors que les \u00e9tudes ne pouvaient \u00eatre cit\u00e9es dans la presse \u00e9crite que sous forme de notes de bas de page ou de r\u00e9f\u00e9rences similaires, les formats en ligne permettent de cr\u00e9er des liens directs vers les \u00e9tudes scientifiques. Cependant, ces liens n&rsquo;apportent une valeur ajout\u00e9e aux lecteurs que si la version num\u00e9rique de l&rsquo;\u00e9tude est \u00e9galement accessible en libre acc\u00e8s. Si les journalistes souhaitent utiliser les possibilit\u00e9s offertes par les liens directs (par exemple pour signaler des valeurs professionnelles telles que la diligence et l&rsquo;orientation vers les preuves), il est logique de se r\u00e9f\u00e9rer en premier lieu \u00e0 des \u00e9tudes en libre acc\u00e8s. Dans la recherche bibliom\u00e9trique sur la r\u00e9ception m\u00e9diatique des articles en libre acc\u00e8s (Tennant et al. 2016, pp. 7-10), cet effet est qualifi\u00e9 d&rsquo;\u00ab avantage g\u00e9n\u00e9ral pour les m\u00e9dias \u00bb (Tennant et al. 2016, p. 10) du libre acc\u00e8s par rapport aux articles sous licence propri\u00e9taire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parall\u00e8lement au journalisme, <strong>les communs de connaissances num\u00e9riques<\/strong> sont devenus, au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies, des points de contact importants entre la sph\u00e8re scientifique et la sph\u00e8re publique d\u00e9mocratique. Le plus important de ces communs de connaissances est probablement l&rsquo;encyclop\u00e9die collaborative en ligne <strong>Wikip\u00e9dia<\/strong>, qui est soutenue par l&rsquo;organisation \u00e0 but non lucratif Wikimedia, financ\u00e9e par des dons. Wikip\u00e9dia est l&rsquo;un des sites web les plus visit\u00e9s en Allemagne et dans le monde (Wikipedia, s.d.). Elle repr\u00e9sente ainsi une infrastructure m\u00e9diatique importante de la sph\u00e8re publique d\u00e9mocratique, \u00e0 la fois comme source d&rsquo;information pour les participants \u00e0 l&rsquo;ar\u00e8ne discursive et comme espace de communication controvers\u00e9 en soi. La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des sources (scientifiques) est un \u00e9l\u00e9ment important de la pratique r\u00e9dactionnelle au sein de la communaut\u00e9 des auteurs b\u00e9n\u00e9voles de Wikip\u00e9dia. \u00c0 l&rsquo;instar du journalisme en ligne, une encyclop\u00e9die en ligne offre la possibilit\u00e9 de renvoyer directement \u00e0 des sources scientifiques. Des recherches bibliographiques sur Wikip\u00e9dia montrent que les \u00e9diteurs re\u00e7oivent et renvoient principalement vers des \u00e9tudes accessibles sans acc\u00e8s institutionnel via une biblioth\u00e8que de recherche (Teplitskiy et al. 2017). Une diff\u00e9rence entre le journalisme en ligne et les encyclop\u00e9dies en ligne r\u00e9side dans l&rsquo;\u00e9tendue des sources potentiellement citables. Les m\u00e9dias journalistiques ont encore tendance \u00e0 travailler avec des limites en termes de longueur des textes et de nombre de sources, m\u00eame dans le domaine en ligne. Ainsi, l&rsquo;utilisation privil\u00e9gi\u00e9e d&rsquo;\u00e9tudes en libre acc\u00e8s n&rsquo;influence pas le nombre absolu d&rsquo;\u00e9tudes cit\u00e9es, mais seulement leur s\u00e9lection. Dans les communs de connaissances num\u00e9riques tels que Wikip\u00e9dia, il n&rsquo;existe toutefois g\u00e9n\u00e9ralement pas de telles restrictions \u00e9ditoriales. Plus il y a d&rsquo;\u00e9tudes en libre acc\u00e8s publi\u00e9es sur un sujet, plus il est possible d&rsquo;en citer comme sources dans les articles de Wikip\u00e9dia. Les communaut\u00e9s autour des communs de connaissances num\u00e9riques agissent ainsi comme des \u00ab amplificateurs \u00bb (Teplitskiy et al. 2017, p. 2117) des articles scientifiques en libre acc\u00e8s, car les articles issus de revues en libre acc\u00e8s sont cit\u00e9s beaucoup plus fr\u00e9quemment dans des sous-publics tels que Wikip\u00e9dia que les articles issus de revues sous licence propri\u00e9taire avec un JIF comparable. Gr\u00e2ce aux processus de cr\u00e9ation de connaissances num\u00e9riques communes, la transformation de la sph\u00e8re publique scientifique vers le libre acc\u00e8s conduit ainsi en partie \u00e0 une \u00ab scientification \u00bb (Weingart 1983, traduction libre) de la sph\u00e8re publique d\u00e9mocratique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un troisi\u00e8me point de contact entre les deux publics est la mise en \u0153uvre de l&rsquo;expertise scientifique \u00e0 destination d&rsquo;un public d\u00e9mocratique. Cela se produit \u00e0 la fois \u00e0 titre individuel, par le biais d&rsquo;apparitions dans les m\u00e9dias de masse, comme le podcast r\u00e9gulier \u00ab Coronavirus Update \u00bb avec le virologue Christian Drosten, et en tant que coauteurs d&rsquo;avis d&rsquo;experts publics et de recommandations d&rsquo;action, comme les d\u00e9clarations ad hoc sur la pand\u00e9mie de coronavirus de la Leopoldina. Dans la plupart des cas o\u00f9 les scientifiques apparaissent dans la sph\u00e8re publique d\u00e9mocratique en tant qu&rsquo;experts, ils sont confront\u00e9s \u00e0 des \u00ab questions transscientifiques \u00bb (Weinberg 1972) auxquelles ils ne peuvent r\u00e9pondre selon les normes scientifiques, mais auxquelles ils doivent n\u00e9anmoins r\u00e9pondre. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque de l&rsquo;acc\u00e8s restreint, les experts pouvaient g\u00e9rer cette tension gr\u00e2ce \u00e0 une fiction de consensus : un sujet tr\u00e8s controvers\u00e9 dans la sph\u00e8re publique scientifique pouvait \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 plus clairement au public d\u00e9mocratique, car les membres du grand public avaient g\u00e9n\u00e9ralement peu d&rsquo;occasions de comparer l&rsquo;expertise avec le discours scientifique plus large. La critique de la clart\u00e9 de la pr\u00e9sentation ne pouvait donc \u00eatre exprim\u00e9e que par d&rsquo;autres experts, voire pas du tout.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La transformation vers le libre acc\u00e8s ouvre la possibilit\u00e9 de critiquer l&rsquo;expertise scientifique \u00e0 de nouveaux groupes d&rsquo;acteurs de la sph\u00e8re publique d\u00e9mocratique. Lorsque les articles scientifiques sont librement accessibles, les scientifiques prennent un risque consid\u00e9rable lorsqu&rsquo;ils donnent une r\u00e9ponse sans ambigu\u00eft\u00e9 \u00e0 des questions transscientifiques malgr\u00e9 l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 scientifique (voire l&rsquo;impossibilit\u00e9 de r\u00e9pondre). La transformation vers le libre acc\u00e8s modifie la pr\u00e9sentation de l&rsquo;expertise scientifique en rendant les formes de pr\u00e9sentation ant\u00e9rieures plus difficiles et en poussant ainsi les scientifiques \u00e0 explorer de nouvelles formes de pr\u00e9sentation. Nous observons au moins deux strat\u00e9gies d&rsquo;expertise dans les conditions de l&rsquo;Open Access. Certains chercheurs consid\u00e8rent la large accessibilit\u00e9 de la recherche scientifique comme une opportunit\u00e9 de lier beaucoup plus \u00e9troitement leur expertise scientifique \u00e0 leurs propres recherches, en \u00e9vitant les d\u00e9clarations plus g\u00e9n\u00e9rales et les suppositions \u00e9clair\u00e9es. D&rsquo;autres scientifiques adoptent une strat\u00e9gie de \u00ab mise en sc\u00e8ne de l&rsquo;authenticit\u00e9 \u00bb (Reckwitz 2017, p. 137, traduction libre) et se pr\u00e9sentent \u00e0 leur public comme des experts cr\u00e9dibles, non pas en faisant des d\u00e9clarations particuli\u00e8rement claires, mais en signalant leur confiance dans la capacit\u00e9 du public \u00e0 g\u00e9rer de mani\u00e8re responsable l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 de la science (pour un exemple concernant la communication de l&rsquo;incertitude autour des pr\u00e9publications, voir Heimst\u00e4dt 2020 ; voir \u00e9galement Bauer et al. 2023).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Perspectives : d\u00e9commodification des r\u00e9sultats de la recherche<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Avant la transition vers le libre acc\u00e8s<\/strong>, les <em>connaissances scientifiques<\/em> avaient le caract\u00e8re d&rsquo;<strong>un bien club<\/strong>. Il n&rsquo;y avait pas de rivalit\u00e9 autour de l&rsquo;acc\u00e8s aux revues num\u00e9riques, mais il existait une possibilit\u00e9 d&rsquo;exclusion de l&rsquo;acc\u00e8s en raison des co\u00fbts d&rsquo;abonnement. La transition vers le libre acc\u00e8s a transform\u00e9 les connaissances scientifiques <strong>d&rsquo;un bien club en un bien public<\/strong>, pour lequel il n&rsquo;y a ni rivalit\u00e9 ni possibilit\u00e9 d&rsquo;exclusion de l&rsquo;acc\u00e8s. Malgr\u00e9 ce changement majeur, les connaissances scientifiques continuent d&rsquo;\u00eatre marchandis\u00e9es par des \u00e9diteurs principalement priv\u00e9s. Les institutions de recherche paient d\u00e9sormais des frais de publication aux \u00e9diteurs pour chaque article au lieu de frais d&rsquo;abonnement pour l&rsquo;ensemble des revues. Nous avons montr\u00e9 que la transformation vers le libre acc\u00e8s en Allemagne, mais aussi dans d&rsquo;autres pays comme l&rsquo;Autriche ou les Pays-Bas, a \u00e9t\u00e9 au moins partiellement couronn\u00e9e de succ\u00e8s, mais que la voie emprunt\u00e9e reste fragile. Cette fragilit\u00e9 trouve \u00e9galement son origine dans la perp\u00e9tuation de la marchandisation. Si les \u00e9diteurs parvenaient \u00e0 lutter contre les biblioth\u00e8ques parall\u00e8les et \u00e0 remplacer les serveurs de pr\u00e9publications ind\u00e9pendants par leurs propres offres, un retour \u00e0 l&rsquo;abonnement ou une crise des publications en libre acc\u00e8s ne semblerait pas impossible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du point de vue des chercheurs, des biblioth\u00e9caires et des administrateurs universitaires, il semble souhaitable de stabiliser la nouvelle forme des sph\u00e8res publiques scientifiques (et d\u00e9mocratiques) issue du libre acc\u00e8s. Nous sugg\u00e9rons que l&rsquo;une des strat\u00e9gies les plus prometteuses pour contribuer activement \u00e0 verrouiller la voie du libre acc\u00e8s pourrait \u00eatre <strong>le d\u00e9veloppement d&rsquo;infrastructures de publication dans le domaine public<\/strong>. Cela permettrait non seulement de rendre les r\u00e9sultats de la recherche librement accessibles, mais aussi de <strong>les d\u00e9commodifier.<\/strong> La d\u00e9commodification des connaissances scientifiques gr\u00e2ce \u00e0 des infrastructures de publication orient\u00e9es vers l&rsquo;int\u00e9r\u00eat public pourrait contribuer \u00e0 r\u00e9orienter une partie des marges b\u00e9n\u00e9ficiaires qui reviennent actuellement aux grands \u00e9diteurs vers la transformation en libre acc\u00e8s de genres litt\u00e9raires jusqu&rsquo;ici marginalis\u00e9s, tels que les monographies (Adema et Stone 2017).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le discours sur le libre acc\u00e8s, cette forme de diffusion de la litt\u00e9rature est appel\u00e9e \u00ab <strong>Diamond Road <\/strong>\u00bb (la route du diamant). Au lieu de payer des frais d&rsquo;abonnement ou des APC, les institutions de recherche utilisent <strong>leurs budgets d&rsquo;acquisition<\/strong> pour <strong>financer des infrastructures de publication \u00e0 but non lucratif<\/strong>. Ce type de financement signifie qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de co\u00fbt (suppl\u00e9mentaire) pour les chercheurs ou leurs institutions, que ce soit pour lire ou publier via ces infrastructures. L&rsquo;\u00ab <strong>Open Library of Humanities<\/strong> \u00bb, financ\u00e9e par un consortium de fondations, de biblioth\u00e8ques et d&rsquo;institutions de recherche, qui g\u00e8re actuellement (en ao\u00fbt 2023) 28 revues en libre acc\u00e8s sans APC, est un exemple de la \u00ab Diamond Road \u00bb. Les mod\u00e8les de la \u00ab Diamond Road \u00bb n\u00e9cessitent des mod\u00e8les de financement qui d\u00e9passent la logique du march\u00e9. Ils reposent sur un financement solidaire, soit entre diff\u00e9rentes institutions scientifiques, soit par l&rsquo;interm\u00e9diaire d&rsquo;institutions gouvernementales. La faisabilit\u00e9 d&rsquo;un tel d\u00e9veloppement de l&rsquo;id\u00e9e du libre acc\u00e8s ne d\u00e9pend toutefois pas uniquement des acteurs existants dans le domaine des revues ; elle est \u00e9galement \u00e9troitement li\u00e9e aux processus de sp\u00e9cialisation, de m\u00e9trication, d&rsquo;internationalisation, de plateformisation et de visibilisation d\u00e9crits ci-dessus. De plus, la question reste ouverte de savoir si un tel changement structurel de la sph\u00e8re publique scientifique est possible sans un changement structurel simultan\u00e9, voire pr\u00e9alable et compl\u00e9mentaire, de la sph\u00e8re publique d\u00e9mocratique \u00e0 grande \u00e9chelle.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Retour \u00e0 la table des mati\u00e8res du num\u00e9ro sp\u00e9cial <br><a href=\"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/transformation-sphere-publique\/\">Transformation structurelle de la sph\u00e8re publique<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Notes<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>Nous consid\u00e9rons donc les sph\u00e8res publiques scientifiques et d\u00e9mocratiques comme des objets d&rsquo;\u00e9tude \u00e0 un niveau macro, et la transformation vers le libre acc\u00e8s comme un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 un niveau m\u00e9so. La transformation vers le libre acc\u00e8s s&rsquo;inscrit principalement dans la sph\u00e8re publique scientifique, mais elle pr\u00e9sente des points communs avec la sph\u00e8re publique d\u00e9mocratique (voir la section \u00ab Cons\u00e9quences du libre acc\u00e8s pour une th\u00e9orie de la sph\u00e8re publique \u00bb).<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2. Sur l&rsquo;internationalisation inachev\u00e9e de la gestion d&rsquo;entreprise allemande, voir Macharzina (2012).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3. Certaines disciplines, en particulier les sciences humaines et le droit, suivent une logique diff\u00e9rente, qui accorde une plus grande importance aux livres. Dans ce qui suit, nous nous concentrons sur les disciplines dont les march\u00e9s de publication sont centr\u00e9s sur les revues.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">4. Il existe de nombreuses \u00e9tudes sur le probl\u00e8me du facteur d&rsquo;impact des revues en tant que mesure de la qualit\u00e9 des revues, par exemple Baum (2011) et Osterloh &amp; Frey (2020).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">5. M\u00eame avant la crise des p\u00e9riodiques, les biblioth\u00e8ques allemandes ne n\u00e9gociaient pas seules avec les \u00e9diteurs, mais par l&rsquo;interm\u00e9diaire de \u00ab m\u00e9ta-organisations \u00bb, souvent des consortiums r\u00e9gionaux, mais aussi des organisations nationales telles que la DFG. Les n\u00e9gociations de l&rsquo;Alliance correspondaient \u00e0 cette pratique (Ahrne &amp; Brunsson 2008).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">6. Si les d\u00e9cisions relatives au boycott d&rsquo;Elsevier ont \u00e9t\u00e9 prises individuellement par les organisations scientifiques, un rapport de terrain des n\u00e9gociateurs de l&rsquo;Alliance indique que la m\u00e9ta-organisation a contribu\u00e9 \u00e0 partager les informations sur les strat\u00e9gies et les cons\u00e9quences d&rsquo;un boycott entre les diff\u00e9rentes organisations scientifiques (Mittermaier 2017).<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table class=\"has-fixed-layout\"><tbody><tr><td><a>Ahrne G., Brunsson N. 2008. Meta-Organizations. Cheltenham: Edward Elgar. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4337\/9781848442658\">Crossref<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Adema J., Stone G. 2017. \u201cThe Surge in New University Presses and Academic-Led Publishing: An Overview of a Changing Publishing Ecology in the UK.\u201d Liber Quarterly 27, no. 1: 97\u2013126. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.18352\/lq.10210\">Crossref<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Bauer M., Heimst\u00e4dt M., Franzreb C., Schimmler S. 2023. \u201cClickbait or conspiracy? How Twitter Users Address the Epistemic Uncertainty of a Controversial Preprint.\u201d Big Data &amp; Society. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/20539517231180575\">Crossref<\/a>. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/38074174\/\">PubMed<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Bod\u00f3 B. 2018. \u201cThe Genesis of Library Genesis.\u201d In Shadow Libraries: Access to Knowledge in Global Higher Education, edited by Karaganis J., 25\u201352. Boston, MA: MIT Press. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.7551\/mitpress\/11339.003.0003\">Crossref<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Bartling S., Friesike S. 2014. Opening Science: The Evolving Guide on How the Internet Is Changing Research, Collaboration and Scholarly Publishing<\/a>. Berlin: Springer Nature. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/978-3-319-00026-8\">Crossref<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Baum J. 2011. \u201cFree-Riding on Power Laws: Questioning the Validity of the Impact Factor as a Measure of Research Quality in Organization Studies.\u201d Organization 18, no. 4: 449\u2013466. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/1350508411403531\">Crossref<\/a>. <a href=\"https:\/\/gateway.webofknowledge.com\/gateway\/Gateway.cgi?GWVersion=2&amp;DestApp=WOS_CPL&amp;UsrCustomerID=5e3815c904498985e796fc91436abd9a&amp;SrcAuth=atyponcel&amp;SrcApp=literatum&amp;DestLinkType=FullRecord&amp;KeyUT=000292285700005\">Web of Science<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Bohannon J. 2016a. \u201cThe Frustrated Science Student Behind Sci-Hub.\u201d Science 352: 511. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.352.6285.511\">Crossref<\/a>. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/27126021\/\">PubMed<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Bohannon J. 2016b. \u201cWho\u2019s Downloading Pirated Papers? Everyone.\u201d Science 352: 508\u2013512. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.352.6285.508\">Crossref<\/a>. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/27126020\/\">PubMed<\/a>. <a href=\"https:\/\/gateway.webofknowledge.com\/gateway\/Gateway.cgi?GWVersion=2&amp;DestApp=WOS_CPL&amp;UsrCustomerID=5e3815c904498985e796fc91436abd9a&amp;SrcAuth=atyponcel&amp;SrcApp=literatum&amp;DestLinkType=FullRecord&amp;KeyUT=WOS%3A000374998600017\">Web of Science<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Borgman C. 2007. Scholarship in the Digital Age: Information, Infrastructure, and the Internet<\/a>. Cambridge, MA: MIT Press. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.7551\/mitpress\/7434.001.0001\">Crossref<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Bornmann L., Mutz R. 2015. \u201cGrowth Rates of Modern Science: A Bibliometric Analysis Based on the Number of Publications and Cited References.\u201d Journal of the Association for Information Science and Technology 66, no. 11: 2215\u20132222. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/asi.23329\">Crossref<\/a>. <a href=\"https:\/\/gateway.webofknowledge.com\/gateway\/Gateway.cgi?GWVersion=2&amp;DestApp=WOS_CPL&amp;UsrCustomerID=5e3815c904498985e796fc91436abd9a&amp;SrcAuth=atyponcel&amp;SrcApp=literatum&amp;DestLinkType=FullRecord&amp;KeyUT=WOS%3A000363213000004\">Web of Science<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Brankovic J., Ringel L., Werron T. 2018. \u201cHow Rankings Produce Competition: The Case of Global University Rankings.\u201d Zeitschrift f\u00fcr Soziologie 47, no. 4: 270\u2013288. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1515\/zfsoz-2018-0118\">Crossref<\/a>. <a href=\"https:\/\/gateway.webofknowledge.com\/gateway\/Gateway.cgi?GWVersion=2&amp;DestApp=WOS_CPL&amp;UsrCustomerID=5e3815c904498985e796fc91436abd9a&amp;SrcAuth=atyponcel&amp;SrcApp=literatum&amp;DestLinkType=FullRecord&amp;KeyUT=WOS%3A000455165800004\">Web of Science<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Butler D. 2001. \u201cLos Alamos Loses Physics Archive as Preprint Pioneer Heads East.\u201d Nature 412: 3\u20134. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/35083708\">Crossref<\/a>. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/11452262\/\">PubMed<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Cabanac G. 2016. \u201cBibliogifts in LibGen? A Study of a Text-Sharing Platform Driven by Biblioleaks and Crowdsourcing.\u201d Journal of the Association for Information Science and Technology 67, no. 4: 874\u2013884. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/asi.23445\">Crossref<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Chiarelli A., Johnson R., Pinfield S., Richens E. 2019. \u201cPreprints and Scholarly Communication: An Exploratory Qualitative Study of Adoption, Practices, Drivers and Barriers.\u201d F1000Research 8: 971. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.12688\/f1000research.19619.2\">Crossref<\/a>. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/32055396\/\">PubMed<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Cobb M. 2017. \u201cThe Prehistory of Biology Preprints: A Forgotten Experiment from the 1960s.\u201d PLoS Biology 15, no. 11: 1\u201312. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1371\/journal.pbio.2003995\">Crossref<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Dobusch L. 2017. <\/a>Open Access-Alternativen boomen: Der Druck auf Gro\u00dfverlag Elsevier w\u00e4chst. Accessed 13 October, 2020. <a href=\"https:\/\/netzpolitik.org\/2017\/OpenAccess-alternativen-boomen-der-druck-auf-grossverlag-elsevier-waechst\/\">https:\/\/netzpolitik.org\/2017\/OpenAccess-alternativen-boomen-der-druck-auf-grossverlag-elsevier-waechst\/<\/a><\/td><\/tr><tr><td><a>Dobusch L., Heimst\u00e4dt M. 2019. \u201cPredatory Publishing in Management Research: A Call for Open Peer Review.\u201d Management Learning 50, no. 5: 607\u2013619. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/1350507619878820\">Crossref<\/a>. <a href=\"https:\/\/gateway.webofknowledge.com\/gateway\/Gateway.cgi?GWVersion=2&amp;DestApp=WOS_CPL&amp;UsrCustomerID=5e3815c904498985e796fc91436abd9a&amp;SrcAuth=atyponcel&amp;SrcApp=literatum&amp;DestLinkType=FullRecord&amp;KeyUT=WOS%3A000492048900006\">Web of Science<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Dobusch L., Heimst\u00e4dt M. 2021. \u201cStrukturwandel der wissenschaftlichen \u00d6ffentlichkeit. Konstitution und Konsequenzen des Open-Access-Pfades.\u201d In Ein neuer Strukturwandel der \u00d6ffentlichkeit?, edited by Seeliger M., Sevignani S., 425\u2013454. Baden-Baden: Nomos. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.5771\/9783748912187-425\">Crossref<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Dobusch L., Quack S. 2011. \u201cAuf dem Weg zu einer Wissensallmende?\u201d Aus Politik und Zeitgeschichte 61, no. 28\u201330: 41\u201346.<\/a><\/td><\/tr><tr><td><a>Dobusch L., Sch\u00fc\u00dfler E. 2013. \u201cTheorizing Path Dependence: A Review of Positive Feedback Mechanisms in Technology Markets, Regional Clusters, and Organizations.\u201d Industrial and Corporate Change 22, no. 3: 617\u2013647. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/icc\/dts029\">Crossref<\/a>. <a href=\"https:\/\/gateway.webofknowledge.com\/gateway\/Gateway.cgi?GWVersion=2&amp;DestApp=WOS_CPL&amp;UsrCustomerID=5e3815c904498985e796fc91436abd9a&amp;SrcAuth=atyponcel&amp;SrcApp=literatum&amp;DestLinkType=FullRecord&amp;KeyUT=WOS%3A000319476200002\">Web of Science<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Fischer G. 2020. \u201cLicht und Schatten in der akademischen Medienindustrie.\u201d In Tipping Points. Interdisziplin\u00e4re Zug\u00e4nge zu neuen Fragen des Urheberrechts, edited by Schr\u00f6r S., Fischer G., Beaucamp S., Hondros K., 223\u2013240. Baden-Baden: Nomos. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.5771\/9783748910664-221\">Crossref<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>J\u00fclich Forschungszentrum. 2019. <\/a>DEAL-Vertrag mit Wiley \u2013 Wichtiger Schritt f\u00fcr das Publizieren wissenschaftlicher Ergebnisse. Accessed October 13, 2020. <a href=\"https:\/\/www.fz-juelich.de\/SharedDocs\/Meldungen\/ZB\/DE\/2019\/zb_ll_lizenzen_deal_wiley_2019_01_15.html\">https:\/\/www.fz-juelich.de\/SharedDocs\/Meldungen\/ZB\/DE\/2019\/zb_ll_lizenzen_deal_wiley_2019_01_15.html<\/a><\/td><\/tr><tr><td><a>Fraser N. 2009. \u201cTheorie der \u00d6ffentlichkeit.\u201d In Habermas-Handbuch, edited by Brunkhorst H., Kreide R., Lafont C., 148\u2013155. Stuttgart: J. B. Metzler.<\/a><\/td><\/tr><tr><td><a>German Rector\u2019s Conference. 2016. <\/a>Projekt DEAL\u2013bundesweite Lizenzierung von Angeboten gro\u00dfer Wissenschaftsverlage: Notversorgungskonzept. Accessed October 13, 2020. <a href=\"https:\/\/cdn.netzpolitik.org\/wp-upload\/2016\/12\/HRK_Rundschreiben_25-2016_DEAL_Notversorgung_1.12.2016.pdf\">https:\/\/cdn.netzpolitik.org\/wp-upload\/2016\/12\/HRK_Rundschreiben_25-2016_DEAL_Notversorgung_1.12.2016.pdf<\/a><\/td><\/tr><tr><td><a>Gunnarsd\u00f3ttir K. 2005. \u201cScientific Journal Publications: On the Role of Electronic Preprint Exchange in the Distribution of Scientific Literature.\u201d Social Studies of Science 35, no. 4: 549\u2013579. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/0306312705052358\">Crossref<\/a>. <a href=\"https:\/\/gateway.webofknowledge.com\/gateway\/Gateway.cgi?GWVersion=2&amp;DestApp=WOS_CPL&amp;UsrCustomerID=5e3815c904498985e796fc91436abd9a&amp;SrcAuth=atyponcel&amp;SrcApp=literatum&amp;DestLinkType=FullRecord&amp;KeyUT=000231266000003\">Web of Science<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Habermas J. 1990 [1962]. Strukturwandel der \u00d6ffentlichkeit. Untersuchungen zu einer Kategorie der b\u00fcrgerlichen Gesellschaft<\/a>. Frankfurt am Main: Suhrkamp.<\/td><\/tr><tr><td><a>Habermas J. 1992. Faktizit\u00e4t und Geltung. Beitr\u00e4ge zur Diskurstheorie des Rechts und des demokratischen Rechtsstaats<\/a>. Frankfurt am Main: Suhrkamp.<\/td><\/tr><tr><td><a>Hanekop H., Wittke V. 2005. \u201cDas wissenschaftliche Journal und seine m\u00f6glichen Alternativen: Ver\u00e4nderungen der Wissenschaftskommunikation durch das Internet.\u201d In G\u00f6ttinger Schriften zur Internetforschung, edited by Hagenhoff S., 187\u2212219. G\u00f6ttingen: Universit\u00e4tsverlag G\u00f6ttingen.<\/a><\/td><\/tr><tr><td><a>Heimst\u00e4dt M. 2020. <\/a>Between Fast Science and Fake News: Preprint Servers Are Political. Accessed 29 December, 2020. <a href=\"https:\/\/blogs.lse.ac.uk\/impactofsocialsciences\/2020\/04\/03\/between-fast-science-and-fake-news-preprint-servers-are-political\/\">https:\/\/blogs.lse.ac.uk\/impactofsocialsciences\/2020\/04\/03\/between-fast-science-and-fake-news-preprint-servers-are-political\/<\/a><\/td><\/tr><tr><td><a>Heimst\u00e4dt M., Friesike S. 2021. \u201cThe Odd Couple: Contrasting Openness in Innovation and Science.\u201d Innovation Organization &amp; Management, 23, no 3: 425\u2013436.<\/a><\/td><\/tr><tr><td><a>Herndon T., Ash M., Pollin R. 2014. \u201cDoes High Public Debt Consistently Stifle Economic Growth? A Critique of Reinhart and Rogoff.\u201d Cambridge Journal of Economics 38, no. 2: 257\u2013279. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/cje\/bet075\">Crossref<\/a>. <a href=\"https:\/\/gateway.webofknowledge.com\/gateway\/Gateway.cgi?GWVersion=2&amp;DestApp=WOS_CPL&amp;UsrCustomerID=5e3815c904498985e796fc91436abd9a&amp;SrcAuth=atyponcel&amp;SrcApp=literatum&amp;DestLinkType=FullRecord&amp;KeyUT=000332730600001\">Web of Science<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>House of Commons. 2003. <\/a>Scientific Publications: Free for All? Accessed 13 October, 2020. <a href=\"https:\/\/publications.parliament.uk\/pa\/cm200304\/cmselect\/cmsctech\/399\/399.pdf\">https:\/\/publications.parliament.uk\/pa\/cm200304\/cmselect\/cmsctech\/399\/399.pdf<\/a><\/td><\/tr><tr><td><a>Johnson R., Chiarelli A. 2019. <\/a>The Second Wave of Preprint Servers: How Can Publishers Keep Afloat? Accessed 13 October, 2020. <a href=\"https:\/\/scholarlykitchen.sspnet.org\/2019\/10\/16\/the-second-wave-of-preprint-servers-how-can-publishers-keep-afloat\/\">https:\/\/scholarlykitchen.sspnet.org\/2019\/10\/16\/the-second-wave-of-preprint-servers-how-can-publishers-keep-afloat\/<\/a><\/td><\/tr><tr><td><a>Kopp H. 2000. \u201cDie Zeitschriftenkrise als Krise der Monographienbeschaffung.\u201d Bibliotheksdienst 34, no. 11: 1822\u20131827. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1515\/bd.2000.34.11.1822\">Crossref<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Kraker P., Schramm M., Kittel C. 2021. \u201cDiscoverability in (a) Crisis.\u201d ABI Technik 41, no. 1: 3\u201312. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1515\/abitech-2021-0003\">Crossref<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Kr\u00fccken G., Meier F. 2006. \u201cTurning the University into an Organizational Actor.\u201d In Globalization and Organization: World Society and Organizational Change, edited by Drori G., 241\u2013257. Oxford: Oxford University Press. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/oso\/9780199284535.003.0011\">Crossref<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Kr\u00fcger A. K.2020. \u201cQuantification 2.0? Bibliometric Infrastructures in Academic Evaluation.\u201d Politics and Governance 8, no. 2: 58\u201367. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.17645\/pag.v8i2.2575\">Crossref<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Kr\u00fcger A. K., Petersohn S. 2022. \u201cFrom Research Evaluation to Research Analytics. The Digitization of Academic Performance Measurement.\u201d Valuation Studies 9, no. 1: 11\u201346. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3384\/VS.2001-5992.2022.9.1.11-46\">Crossref<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Luhmann N. 1964. Funktionen und Folgen formaler Organisation. Berlin: Duncker &amp; Humblot.<\/a><\/td><\/tr><tr><td><a>Max-Planck-Gesellschaft. 2003. Berliner Erkl\u00e4rung \u00fcber offenen Zugang zu wissenschaftlichem Wissen<\/a>. Accessed 13 October, 2020. <a href=\"https:\/\/openaccess.mpg.de\/Berliner-Erklaerung\">https:\/\/openaccess.mpg.de\/Berliner-Erklaerung<\/a><\/td><\/tr><tr><td><a>McGuigan G. 2004. \u201cPublishing Perils in Academe: The Serials Crisis and the Economics of the Academic Journal Publishing Industry.\u201d Journal of Business &amp; Finance Librarianship 10, no. 1: 13\u201326. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1300\/J109v10n01_03\">Crossref<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Macharzina K. 2012. \u201cDie Internationalisierung der deutschen BWL.\u201d In Der Verband der Hochschullehrer f\u00fcr Betriebswirtschaft: Geschichte des VHB und Geschichten zum VHB, edited by Burr W., Wagenhofer A., 243\u2013255. Wiesbaden: Springer Gabler. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/978-3-8349-7132-6_11\">Crossref<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Merton R. K. 1968. \u201cThe Matthew Effect in Science: The Reward and Communication Systems of Science are Considered.\u201d Science 159, no. 3810: 56\u201363. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.159.3810.56\">Crossref<\/a>. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/5634379\/\">PubMed<\/a>. <a href=\"https:\/\/gateway.webofknowledge.com\/gateway\/Gateway.cgi?GWVersion=2&amp;DestApp=WOS_CPL&amp;UsrCustomerID=5e3815c904498985e796fc91436abd9a&amp;SrcAuth=atyponcel&amp;SrcApp=literatum&amp;DestLinkType=FullRecord&amp;KeyUT=A1968A419500007\">Web of Science<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Mittermaier B. 2015. \u201cDouble Dipping beim Hybrid Open Access \u2013 Chim\u00e4re oder Realit\u00e4t?\u201d Informationspraxis 1, no. 1: 1\u201325.<\/a><\/td><\/tr><tr><td><a>Mittermaier B. 2017. \u201cAus dem DEAL-Maschinenraum \u2013 ein Gespr\u00e4ch mit Bernhard Mittermaier.\u201d LIBREAS. Library Ideas 32: 1\u20137.<\/a><\/td><\/tr><tr><td><a>Mittermaier B., Holzke C., Frick C., Barbers I. 2018. \u201cOpen Access l\u00f6st nicht alle Probleme \u2013 aber mehr, als mancher meint.\u201d LIBREAS. Library Ideas 33: 1\u201316.<\/a><\/td><\/tr><tr><td><a>Mirowski P. 2018. \u201cThe Future(s) of Open Science.\u201d Social Studies of Science 48, no. 2: 171\u2013203. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/0306312718772086\">Crossref<\/a>. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/29726809\/\">PubMed<\/a>. <a href=\"https:\/\/gateway.webofknowledge.com\/gateway\/Gateway.cgi?GWVersion=2&amp;DestApp=WOS_CPL&amp;UsrCustomerID=5e3815c904498985e796fc91436abd9a&amp;SrcAuth=atyponcel&amp;SrcApp=literatum&amp;DestLinkType=FullRecord&amp;KeyUT=WOS%3A000432127300001\">Web of Science<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>M\u00fcller H. 2006. \u201cThe Subito Case in Germany: Implications for Libraries [Presentation].\u201d In 72nd IFLA General Conference and Council, 2006, Seoul, Korea. Accessed March 19, 2021. <\/a><a href=\"https:\/\/origin-archive.ifla.org\/IV\/ifla72\/papers\/089-Mueller-en.pdf\">https:\/\/origin-archive.ifla.org\/IV\/ifla72\/papers\/089-Mueller-en.pdf<\/a><\/td><\/tr><tr><td><a>Nanz P. 2009. \u201c\u00d6ffentlichkeit.\u201d In Habermas-Handbuch, edited by Brunkhorst H., Kreide R., Lafont C., 358\u2013360. Stuttgart: J. B. Metzler.<\/a><\/td><\/tr><tr><td><a>Omobowale A. O., Akanle O, Adeniran A. I., Adegboyega K. 2014. \u201cPeripheral Scholarship and the Context of Foreign Paid Publishing in Nigeria.\u201d Current Sociology 62, no. 5: 666\u2013684. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/0011392113508127\">Crossref<\/a>. <a href=\"https:\/\/gateway.webofknowledge.com\/gateway\/Gateway.cgi?GWVersion=2&amp;DestApp=WOS_CPL&amp;UsrCustomerID=5e3815c904498985e796fc91436abd9a&amp;SrcAuth=atyponcel&amp;SrcApp=literatum&amp;DestLinkType=FullRecord&amp;KeyUT=WOS%3A000341437500004\">Web of Science<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Osterloh M., Frey B. 2020. \u201cHow to Avoid Borrowed Plumes in Academia.\u201d Research Policy 49, no. 1: 1\u20139. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.respol.2019.103831\">Crossref<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Pooley J. 2020. <\/a>Read-and-Publish Open Access Deals Are Heightening Global Inequalities in Access to Publication. Accessed January 31, 2021. <a href=\"https:\/\/blogs.lse.ac.uk\/impactofsocialsciences\/2020\/02\/21\/read-and-publish-OpenAccess-deals-are-heightening-global-inequalities-in-access-to-publication\/\">https:\/\/blogs.lse.ac.uk\/impactofsocialsciences\/2020\/02\/21\/read-and-publish-OpenAccess-deals-are-heightening-global-inequalities-in-access-to-publication\/<\/a><\/td><\/tr><tr><td><a>Projekt DEAL (n. d.). Aktuelles zu Elsevier. Accessed 13 October, 2020. <\/a><a href=\"https:\/\/www.projekt-deal.de\/aktuelles-zu-elsevier\/\">https:\/\/www.projekt-deal.de\/aktuelles-zu-elsevier\/<\/a><\/td><\/tr><tr><td><a>Reckwitz A. 2017. Die Gesellschaft der Singularit\u00e4ten. Zum Strukturwandel der Moderne<\/a>. Berlin: Suhrkamp.<\/td><\/tr><tr><td><a>Reed Elsevier. 2002. <\/a>Reed Elsevier Annual Reports and Financial Statements 2002. Accessed 13 October, 2020. <a href=\"https:\/\/www.relx.com\/%7E\/media\/Files\/R\/RELX-Group\/documents\/reports\/annual-reports\/2002-annual-report.pdf\">https:\/\/www.relx.com\/\u223c\/media\/Files\/R\/RELX-Group\/documents\/reports\/annual-reports\/2002-annual-report.pdf<\/a><\/td><\/tr><tr><td><a>Reyes-Galindo L. 2016. \u201cAutomating the Horae: Boundary-Work in the Age of Computers.\u201d Social Studies of Science 46, no. 4: 586\u2013606. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/0306312716642317\">Crossref<\/a>. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/28948871\/\">PubMed<\/a>. <a href=\"https:\/\/gateway.webofknowledge.com\/gateway\/Gateway.cgi?GWVersion=2&amp;DestApp=WOS_CPL&amp;UsrCustomerID=5e3815c904498985e796fc91436abd9a&amp;SrcAuth=atyponcel&amp;SrcApp=literatum&amp;DestLinkType=FullRecord&amp;KeyUT=000382951600006\">Web of Science<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Shen C., Bj\u00f6rk B. C. 2015. \u201c\u2018Predatory\u2019 Open Access: A Longitudinal Study of Article Volumes and Market Characteristics.\u201d BMC Medicine 13, no. 1: 1\u201315. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1186\/s12916-015-0469-2\">Crossref<\/a>. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/25563062\/\">PubMed<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Springer Nature. 2020. Springer Nature and Germany\u2019s Projekt DEAL Finalise World\u2019s Largest Transformative Open Access Agreement<\/a>. Accessed 13 October, 2020. <a href=\"https:\/\/group.springernature.com\/de\/group\/media\/press-releases\/springer-nature-projekt-deal\/17553230\">https:\/\/group.springernature.com\/de\/group\/media\/press-releases\/springer-nature-projekt-deal\/17553230<\/a><\/td><\/tr><tr><td><a>Strecker D. 2019. \u201cNutzung der Schattenbibliothek Sci-Hub in Deutschland.\u201d LIBREAS Library Ideas 36: 1\u201313.<\/a><\/td><\/tr><tr><td><a>Sydow J., Schrey\u00f6gg G., Koch J. 2009. \u201cOrganizational Path Dependence: Opening the Black Box.\u201d Academy of Management Review 34, no. 4: 689\u2013709. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.5465\/AMR.2009.44885978\">Crossref<\/a>. <a href=\"https:\/\/gateway.webofknowledge.com\/gateway\/Gateway.cgi?GWVersion=2&amp;DestApp=WOS_CPL&amp;UsrCustomerID=5e3815c904498985e796fc91436abd9a&amp;SrcAuth=atyponcel&amp;SrcApp=literatum&amp;DestLinkType=FullRecord&amp;KeyUT=WOS%3A000270739900007\">Web of Science<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Tennant J., Waldner F., Jacques D. C., Masuzzo P., Collister L. B., Hartgerink C. H. J. 2016. \u201cThe Academic, Economic and Societal Impacts of Open Access: An Evidence-Based Review.\u201d F1000Research 5: 1\u201355. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.12688\/f1000research.8460.3\">Crossref<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Tenopir C., King D. W. 2000. Towards Electronic Journals: Realities for Scientists, Librarians, and Publishers<\/a>. Washington, DC: Special Libraries Association.<\/td><\/tr><tr><td><a>Teplitskiy M., Lu G., Duede E. 2017. \u201cAmplifying the Impact of Open Access: Wikipedia and the Diffusion of Science.\u201d Journal of the Association for Information Science and Technology 68, no. 9: 2116\u20132127. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/asi.23687\">Crossref<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Travis J. 2016. <\/a>In Survey, Most Give Thumbs-Up to Pirated Papers. Accessed 13 October, 2020. <a href=\"https:\/\/www.sciencemag.org\/news\/2016\/05\/survey-most-give-thumbs-pirated-papers\">https:\/\/www.sciencemag.org\/news\/2016\/05\/survey-most-give-thumbs-pirated-papers<\/a><\/td><\/tr><tr><td><a>Weinberg A. 1972. \u201cScience and trans-science.\u201d Minerva 10, no. 29: 209\u2013222. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF01682418\">Crossref<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Weingart P. 1983. \u201cVerwissenschaftlichung der Gesellschaft \u2013 Politisierung der Wissenschaft.\u201d Zeitschrift f\u00fcr Soziologie 12, no. 3: 225\u2013241. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1515\/zfsoz-1983-0303\">Crossref<\/a>.<\/td><\/tr><tr><td><a>Wikipedia (n.d.). <\/a>Liste der meistaufgerufenen Websites. Accessed January 11, 2021. <a href=\"https:\/\/de.wikipedia.org\/w\/index.php?title=Liste_der_meistaufgerufenen_Websites&amp;oldid=207477049\">https:\/\/de.wikipedia.org\/w\/index.php?title=Liste_der_meistaufgerufenen_Websites&amp;oldid=207477049<\/a><\/td><\/tr><tr><td><a>Xia J. 2015. \u201cPredatory Journals and their Article Publishing Charges.\u201d Learned Publishing 28, no. 1: 69\u201374. <\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1087\/20150111\">Crossref<\/a>. <a href=\"https:\/\/gateway.webofknowledge.com\/gateway\/Gateway.cgi?GWVersion=2&amp;DestApp=WOS_CPL&amp;UsrCustomerID=5e3815c904498985e796fc91436abd9a&amp;SrcAuth=atyponcel&amp;SrcApp=literatum&amp;DestLinkType=FullRecord&amp;KeyUT=000347656500011\">Web of Science<\/a>.<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n<h3 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes <\/h3><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li id=\"footnote-00000000000008570000000000000000_8274-1\"><span>1<\/span><div>Nous consid\u00e9rons donc les sph\u00e8res publiques scientifiques et d\u00e9mocratiques comme des objets d\u2019\u00e9tude \u00e0 un niveau macro, et la transformation vers le libre acc\u00e8s comme un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 un niveau m\u00e9so. La transformation vers le libre acc\u00e8s s\u2019inscrit principalement dans la sph\u00e8re publique scientifique, mais elle pr\u00e9sente des points communs avec la sph\u00e8re publique d\u00e9mocratique (voir la section \u00ab Cons\u00e9quences du libre acc\u00e8s pour une th\u00e9orie de la sph\u00e8re publique \u00bb) <a href=\"#mfn-content-00000000000008570000000000000000_8274-1\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 1 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000008570000000000000000_8274-2\"><span>2<\/span><div>Sur l\u2019internationalisation inachev\u00e9e de la gestion d\u2019entreprise allemande, voir Macharzina (2012). <a href=\"#mfn-content-00000000000008570000000000000000_8274-2\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 2 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000008570000000000000000_8274-3\"><span>3<\/span><div>Certaines disciplines, en particulier les sciences humaines et le droit, suivent une logique diff\u00e9rente, qui accorde une plus grande importance aux livres. Dans ce qui suit, nous nous concentrons sur les disciplines dont les march\u00e9s de publication sont centr\u00e9s sur les revues. <a href=\"#mfn-content-00000000000008570000000000000000_8274-3\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 3 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000008570000000000000000_8274-4\"><span>4<\/span><div>Il existe de nombreuses \u00e9tudes sur le probl\u00e8me du facteur d\u2019impact des revues en tant que mesure de la qualit\u00e9 des revues, par exemple Baum (2011) et Osterloh &amp; Frey (2020). <a href=\"#mfn-content-00000000000008570000000000000000_8274-4\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 4 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000008570000000000000000_8274-5\"><span>5<\/span><div>M\u00eame avant la crise des p\u00e9riodiques, les biblioth\u00e8ques allemandes ne n\u00e9gociaient pas seules avec les \u00e9diteurs, mais par l\u2019interm\u00e9diaire de \u00ab m\u00e9ta-organisations \u00bb, souvent des consortiums r\u00e9gionaux, mais aussi des organisations nationales telles que la DFG. Les n\u00e9gociations de l\u2019Alliance correspondaient \u00e0 cette pratique (Ahrne &amp; Brunsson 2008). <a href=\"#mfn-content-00000000000008570000000000000000_8274-5\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 5 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000008570000000000000000_8274-6\"><span>6<\/span><div>Si les d\u00e9cisions relatives au boycott d\u2019Elsevier ont \u00e9t\u00e9 prises individuellement par les organisations scientifiques, un rapport de terrain des n\u00e9gociateurs de l\u2019Alliance indique que la m\u00e9ta-organisation a contribu\u00e9 \u00e0 partager les informations sur les strat\u00e9gies et les cons\u00e9quences d\u2019un boycott entre les diff\u00e9rentes organisations scientifiques (Mittermaier 2017). <a href=\"#mfn-content-00000000000008570000000000000000_8274-6\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 6 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Leonhard Dobusch and Maximilian Heimst\u00e4dt Traduction de l&rsquo;article The structural transformation of the scientific public sphere: Constitution and consequences of the path towards open access, dans le num\u00e9ro sp\u00e9cial de Philosophy &amp; Social Criticism sur Structural Transformation of the Public Sphere R\u00e9sum\u00e9 Nous assistons actuellement \u00e0 une transformation structurelle fondamentale de la sph\u00e8re publique scientifique, &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/sphere-publique-scientifique\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;La transformation structurelle de la sph\u00e8re publique scientifique : constitution et cons\u00e9quences de la transition vers le libre acc\u00e8s&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-8274","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack-related-posts":[{"id":8281,"url":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/transformation-sphere-publique\/","url_meta":{"origin":8274,"position":0},"title":"Transformation structurelle de la sph\u00e8re publique","author":"Gilles Beauchamp","date":"26 juin 2025","format":false,"excerpt":"Revue Philosophy & Social Criticism, Vol. 50, no. 1, janvier 2024 : Special Issue: Structural Transformation of the Public Sphere NOTE \u00e0 propos des traductions : ce sont des documents de travail. 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