{"id":8277,"date":"2025-06-25T20:08:19","date_gmt":"2025-06-26T00:08:19","guid":{"rendered":"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/?page_id=8277"},"modified":"2026-06-01T18:52:42","modified_gmt":"2026-06-01T22:52:42","slug":"plateformisation-sphere-publique","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/plateformisation-sphere-publique\/","title":{"rendered":"La plateformisation de la sph\u00e8re publique et son d\u00e9fi pour la d\u00e9mocratie"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Renate Fischer et Otfried Jarren<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Traduction de <strong><a href=\"https:\/\/journals.sagepub.com\/doi\/abs\/10.1177\/01914537231203535\">The platformization of the public sphere and its challenge to democracy<\/a>,<\/strong> publi\u00e9 dans le num\u00e9ro sp\u00e9cial de <a href=\"https:\/\/journals.sagepub.com\/home\/PSC\">Philosophy &amp; Social Criticism<\/a> sur le th\u00e8me <a href=\"https:\/\/journals.sagepub.com\/toc\/pscb\/50\/1\">Structural Transformation of the Public Sphere<\/a>. <\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9sum\u00e9&nbsp;<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La d\u00e9mocratie repose sur une sph\u00e8re publique vivante, o\u00f9 les id\u00e9es se diffusent aupr\u00e8s du grand public et peuvent \u00eatre discut\u00e9es \u2013 et remises en question \u2013 par tous. Le journalisme a largement contribu\u00e9 \u00e0 cette m\u00e9diation sociale en r\u00e9duisant la complexit\u00e9, en fournissant des informations sur des sujets importants et en pr\u00e9sentant des solutions politiques (planifi\u00e9es). La transformation num\u00e9rique de la sph\u00e8re publique entra\u00eene de nouvelles formes de fourniture, de distribution et d&rsquo;utilisation des m\u00e9dias. Le journalisme a du mal \u00e0 s&rsquo;adapter \u00e0 ces nouvelles conditions. Les valeurs journalistiques pertinentes pour la d\u00e9mocratie sont remplac\u00e9es par celles qui sont pertinentes pour le mod\u00e8le \u00e9conomique des plateformes de r\u00e9seaux sociaux, ax\u00e9 sur la recherche d&rsquo;attention. Nous plaidons pour un large d\u00e9bat public sur la plateformisation en cours et sur les politiques possibles pour garantir un syst\u00e8me m\u00e9diatique qui serve et renforce la d\u00e9mocratie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mots-cl\u00e9s : sph\u00e8re publique, d\u00e9mocratie, journalisme, r\u00e9seaux sociaux, r\u00e9glementation des plateformes<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La sph\u00e8re publique a chang\u00e9 en raison de la <strong>diff\u00e9renciation sociale<\/strong> croissante, de l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration des processus de num\u00e9risation et de l&rsquo;institutionnalisation des plateformes num\u00e9riques. Les informations fournies sur les plateformes num\u00e9riques impr\u00e8gnent la sph\u00e8re publique selon les algorithmes de ces plateformes, qui sont bas\u00e9s sur les r\u00e8gles et les normes des entreprises priv\u00e9es mondiales. Cela a d\u00e9clench\u00e9 une profonde transformation de la sph\u00e8re publique (Jarren et Neuberger 2020), les m\u00e9dias et le journalisme traditionnels r\u00e9agissant \u00e0 l&rsquo;importance croissante des <strong>agr\u00e9gateurs d&rsquo;actualit\u00e9s et des r\u00e9seaux sociaux dans la r\u00e9ception de l&rsquo;information<\/strong>. Les espoirs initiaux que les plateformes permettraient \u00e0 chacun de participer \u00e0 la sph\u00e8re publique se sont av\u00e9r\u00e9s vains : le mod\u00e8le \u00e9conomique des plateformes, ax\u00e9 sur la recherche d&rsquo;attention, emp\u00eache une v\u00e9ritable inclusion et une participation \u00e9gale de tous. La fragmentation de la sph\u00e8re publique conduit \u00e0 une moindre orientation vers la soci\u00e9t\u00e9 et \u00e0 une int\u00e9gration moindre. Comme nous le montrerons, la transformation num\u00e9rique de la soci\u00e9t\u00e9 a particuli\u00e8rement touch\u00e9 le journalisme et les m\u00e9dias. Ces processus de transformation ont d\u00e9clench\u00e9 des d\u00e9bats sur les nouvelles normes de la soci\u00e9t\u00e9 de la communication.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1. Exigences et fonctions de la sph\u00e8re publique en tant que syst\u00e8me de m\u00e9diation sociale<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le terme \u00ab sph\u00e8re publique \u00bb d\u00e9signe (a) la sph\u00e8re sociale dans laquelle les individus \u00e9changent leurs opinions, discutent et d\u00e9lib\u00e8rent sur des sujets d&rsquo;int\u00e9r\u00eat public et (b) le processus de d\u00e9lib\u00e9ration publique qui conduit \u00e0 la formation d&rsquo;une opinion publique (Jarren et Klinger 2017 ; Mahl et Jarren 2020). Il s&rsquo;agit d&rsquo;une condition pr\u00e9alable importante des d\u00e9mocraties (Krotz 2019), car il permet aux citoyens d&rsquo;observer la formation de l&rsquo;opinion sur des sujets politiques et soci\u00e9taux et offre ainsi une vision introspective de la soci\u00e9t\u00e9 (Imhof 2011, 28).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les d\u00e9mocraties, la sph\u00e8re publique doit encourager les citoyens \u00e0 participer aux discussions qui fa\u00e7onnent et font \u00e9voluer la soci\u00e9t\u00e9. Les citoyens doivent s&rsquo;impliquer dans les discussions sur les d\u00e9cisions politiques afin d&rsquo;en comprendre la port\u00e9e et les cons\u00e9quences possibles. En tant que telle, la sph\u00e8re publique doit \u00eatre comprise comme <strong>un syst\u00e8me de m\u00e9diation sociale<\/strong>, une fonction importante dans les d\u00e9mocraties actuelles. La d\u00e9mocratie peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un \u00ab ensemble d&rsquo;institutions \u00bb (Dahrendorf et Polito 2003, 9), qui ont toutes pour objectif de provoquer un changement social de mani\u00e8re l\u00e9gitime et sans violence. Dans les soci\u00e9t\u00e9s modernes et tr\u00e8s diff\u00e9renci\u00e9es, la sph\u00e8re publique est largement constitu\u00e9e par les m\u00e9dias (m\u00e9diatisation) (Donges et Jarren 2017, 76). <em>L&rsquo;\u00e9mergence des nouveaux m\u00e9dias a toujours eu un impact <\/em>sur la sph\u00e8re publique et la formation de l&rsquo;opinion<sup id=\"mfn-content-00000000000008570000000000000000_8277-1\" class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"00000000000008570000000000000000_8277\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000008570000000000000000_8277-1\">1<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">GB: Pour rappel: l&rsquo;\u00e9mergence puis la disparition d&rsquo;un journal ind\u00e9pendantiste comme Le Jour<\/span>. Et \u00e0 chaque changement dans l&rsquo;environnement m\u00e9diatique, la question se pose de savoir si la sph\u00e8re publique modifi\u00e9e est encore en mesure de remplir toutes les fonctions n\u00e9cessaires \u00e0 la d\u00e9mocratie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les th\u00e9ories de la sph\u00e8re publique d\u00e9finissent les conditions fondamentales de la communication publique et peuvent \u00eatre class\u00e9es en <strong>trois paradigmes<\/strong> diff\u00e9rents. Elles reposent sur des conceptions distinctes de la d\u00e9mocratie, r\u00e9pondent \u00e0 des exigences diff\u00e9rentes envers le syst\u00e8me de m\u00e9diation et se concentrent sur divers aspects du processus de formation de l&rsquo;opinion (par exemple Donges 2020 ; Donges et Jarren 2017, 78 ; Ferree et al. 2002 ; Friedrich et Jandura 2012 ; Martinsen 2009, 60) :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(1) Dans le <strong>paradigme lib\u00e9ral<\/strong>, la sph\u00e8re publique sert de <em>caisse de r\u00e9sonance <\/em>repr\u00e9sentative pour toutes les questions et opinions sur des sujets politiques. Cependant, les majorit\u00e9s doivent avoir une part \u00e9quitable dans les discussions publiques. Les d\u00e9bats doivent \u00eatre factuels et l&rsquo;expertise professionnelle est tr\u00e8s valoris\u00e9e. En raison de ces exigences, ce paradigme tend \u00e0 \u00eatre <em>centr\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9lite<\/em> et ax\u00e9 sur les r\u00e9sultats : en th\u00e9orie, une opinion majoritaire \u00e9merge au cours du processus (r\u00e9sultat), qui est ensuite reprise par les responsables politiques et mise en \u0153uvre dans de nouvelles politiques. Dans le paradigme lib\u00e9ral, la sph\u00e8re publique doit garantir que les citoyens sont inform\u00e9s de mani\u00e8re transparente. Ce paradigme est li\u00e9 au mod\u00e8le de la <strong>d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(2) Dans le <strong>paradigme d\u00e9lib\u00e9ratif,<\/strong> la force de l&rsquo;argumentation est consid\u00e9r\u00e9e comme essentielle. L&rsquo;objectif est de trouver un <em>consensus social rationnel<\/em>. Cette approche est donc ax\u00e9e sur la <em>r\u00e9solution de probl\u00e8mes<\/em> (le r\u00e9sultat). Comme dans le paradigme lib\u00e9ral, les mod\u00e8les d\u00e9lib\u00e9ratifs exigent un certain respect des <strong>r\u00e8gles de civilit\u00e9<\/strong>. Les d\u00e9lib\u00e9rations aboutissent \u00e0 un compromis. Les mod\u00e8les d\u00e9lib\u00e9ratifs sont ouverts \u00e0 tous les types de sujets, \u00e0 une exception pr\u00e8s : les droits fondamentaux ne sont pas n\u00e9gociables (Donges 2020).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(3) Le <strong>paradigme participatif<\/strong> exige que tout le monde soit impliqu\u00e9 dans les processus d\u00e9cisionnels publics et que toutes les opinions soient prises en consid\u00e9ration. L&rsquo;accent est mis sur <em>l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la sph\u00e8re publique<\/em> (contribution) : tout le monde doit pouvoir participer et y avoir acc\u00e8s sans discrimination. Les soci\u00e9t\u00e9s plurielles d&rsquo;aujourd&rsquo;hui doivent se refl\u00e9ter dans la sph\u00e8re publique, les groupes <em>marginalis\u00e9s<\/em> doivent \u00eatre <em>visibles<\/em>. C&rsquo;est l&rsquo;une des raisons pour lesquelles il n&rsquo;existe pratiquement pas de r\u00e8gles ou d&rsquo;exigences de style pour les discussions publiques. Dans ce paradigme, toutes les opinions doivent \u00eatre prises en consid\u00e9ration et il convient d&rsquo;\u00e9viter de clore pr\u00e9matur\u00e9ment le processus de formation de l&rsquo;opinion. Dans cette optique, des sujets auparavant consid\u00e9r\u00e9s comme priv\u00e9s peuvent \u00e9galement devenir politiques s&rsquo;ils ne se r\u00e9f\u00e8rent pas \u00e0 des cas individuels mais \u00e0 des parties de la population et sont consid\u00e9r\u00e9s comme pertinents pour la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors que les approches participatives mettent l&rsquo;accent sur la participation de tous \u00e0 la sph\u00e8re publique (<strong>input<\/strong>), les approches d\u00e9lib\u00e9ratives se concentrent sur la r\u00e9solution des probl\u00e8mes (<strong>throughput<\/strong>). Le paradigme lib\u00e9ral, quant \u00e0 lui, se concentre sur l&rsquo;opinion majoritaire (<strong>output<\/strong>).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En tant que syst\u00e8me de m\u00e9diation sociale, la sph\u00e8re publique assume toujours diverses fonctions : elle int\u00e8gre diff\u00e9rents th\u00e8mes et opinions, l\u00e9gitime les d\u00e9cisions politiques en informant les citoyens sur les faits et les d\u00e9bats (transparence) et cr\u00e9e ainsi une condition pr\u00e9alable \u00e0 la participation (Martinsen 2009). En outre, elle permet la d\u00e9lib\u00e9ration publique et la participation aux discussions. Gr\u00e2ce \u00e0 ces capacit\u00e9s, la sph\u00e8re publique contribue de mani\u00e8re significative \u00e0 l&rsquo;orientation sociale (Imhof 2011). Le journalisme et les m\u00e9dias jouent un r\u00f4le essentiel dans ces processus.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2. Les services rendus \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 par les m\u00e9dias traditionnels<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les <strong>m\u00e9dias traditionnels<\/strong>, qui ont institutionnalis\u00e9 le <strong>journalisme<\/strong>, jouent un r\u00f4le essentiel dans les processus de m\u00e9diation sociale : ils diffusent l&rsquo;information, assurent la communication publique et continuent de jouer <em>un r\u00f4le cl\u00e9 dans la cr\u00e9ation de sph\u00e8res publiques<\/em>. En tant qu&rsquo;organisations \u00e9tablies, les m\u00e9dias fournissent en permanence des informations qui permettent d&rsquo;<strong>observer, d&rsquo;analyser et d&rsquo;\u00e9valuer <\/strong>les processus et les d\u00e9cisions pertinents pour la soci\u00e9t\u00e9. Les m\u00e9dias <em>r\u00e9duisent la complexit\u00e9 et fournissent des rep\u00e8res<\/em>. Ils sont donc consid\u00e9r\u00e9s comme un acteur cl\u00e9 des sph\u00e8res publiques vitales (m\u00e9diatis\u00e9es) et la teneur de leur couverture m\u00e9diatique (= opinion publi\u00e9e) est assimil\u00e9e \u00e0 l&rsquo;opinion publique. Les m\u00e9dias traditionnels ont eu le pouvoir de mettre des sujets \u00e0 l&rsquo;ordre du jour public et de fa\u00e7onner l&rsquo;opinion publique dans une soci\u00e9t\u00e9 au sens large. C&rsquo;est pourquoi les m\u00e9dias ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s comme ayant un fort impact social (Beck 2019). Les m\u00e9dias traditionnels continuent d&rsquo;impr\u00e9gner la soci\u00e9t\u00e9 avec leurs produits, notamment gr\u00e2ce aux canaux de distribution en ligne. Cependant, ils touchent principalement les membres les plus \u00e2g\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9, et moins les jeunes. En outre, la diversit\u00e9 croissante des m\u00e9dias a conduit \u00e0 des r\u00e9pertoires m\u00e9diatiques tr\u00e8s diff\u00e9renci\u00e9s (Hasebrink 2015).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les m\u00e9dias traditionnels sont pertinents pour la soci\u00e9t\u00e9 en termes de m\u00e9diation sociale, car les organisations m\u00e9diatiques fournissent leurs services de mani\u00e8re permanente. L&rsquo;information est fournie en continu et <strong>est fiable<\/strong> : elle est structur\u00e9e par des programmes journalistiques (par exemple, politique, \u00e9conomie et culture) et des formats (par exemple, reportage, commentaire et article de fond) auxquels le public (plus \u00e2g\u00e9) est habitu\u00e9. Cette structure permet de s&rsquo;orienter et suscite l&rsquo;attention, deux \u00e9l\u00e9ments n\u00e9cessaires pour assurer la communication de suivi dans les m\u00e9dias et dans les conversations en face \u00e0 face (Bl\u00f6baum 1994).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le journalisme a d\u00e9velopp\u00e9 ses propres programmes de s\u00e9lection et de pr\u00e9sentation, connus de toute la soci\u00e9t\u00e9. Cela a un effet stabilisateur sur les attentes. Cependant, les critiques \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des m\u00e9dias et du journalisme se sont intensifi\u00e9es ces derni\u00e8res ann\u00e9es : les m\u00e9dias journalistiques sont qualifi\u00e9s de \u00ab L\u00fcgenpresse \u00bb (Gadinger 2019 ; Holtz et Kimmerle 2020). Les journalistes sont accus\u00e9s de partialit\u00e9 dans leur s\u00e9lection. Ces accusations ne peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es uniquement dans le contexte du populisme : l&rsquo;\u00e9conomisation et la concentration croissante des m\u00e9dias ont \u00e9galement eu des cons\u00e9quences sur la diversit\u00e9 spatiale et sociale dans les m\u00e9dias. <strong>L&rsquo;accent mis sur les personnes au pouvoir<\/strong>, qui a toujours \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9, tant sur le plan historique que fonctionnel, est tr\u00e8s prononc\u00e9. Il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;un des probl\u00e8mes structurels du journalisme (Greck 2017). En cons\u00e9quence, <em>la confiance dans les m\u00e9dias fluctue<\/em> (Blome et al. 2020). Les signes positifs d&rsquo;une consommation accrue de l&rsquo;information et d&rsquo;une confiance croissante pendant la pand\u00e9mie n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 que de courte dur\u00e9e. Comme le montre le rapport 2022 sur l&rsquo;information num\u00e9rique, \u00ab la consommation globale d&rsquo;informations a consid\u00e9rablement diminu\u00e9 dans de nombreux pays, tandis que la confiance a recul\u00e9 presque partout \u00bb (Newman et al. 2022, 10).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En r\u00e9f\u00e9rence aux trois paradigmes de la sph\u00e8re publique pr\u00e9sent\u00e9s ci-dessus, le journalisme a r\u00e9pondu aux exigences des paradigmes lib\u00e9ral et d\u00e9lib\u00e9ratif par sa s\u00e9lection et sa pr\u00e9sentation de l&rsquo;information, par exemple en opposant les th\u00e8mes et les opinions des experts et des \u00e9lites. Gr\u00e2ce \u00e0 ses crit\u00e8res de s\u00e9lection, le journalisme a structur\u00e9 les d\u00e9bats et contribu\u00e9 largement \u00e0 la formation de l&rsquo;opinion publique. Mais ces r\u00e9alisations ne sont pas suffisantes au regard du paradigme participatif, qui postule un acc\u00e8s plus large \u00e0 la communication publique afin d&rsquo;impliquer le plus grand nombre possible de personnes dans les processus d\u00e9cisionnels. En revanche, les r\u00e9seaux sociaux offrent des canaux alternatifs facilement accessibles pour discuter publiquement de tous les sujets. <strong>Le journalisme et les m\u00e9dias ont perdu leur monopole sur le contr\u00f4le de l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la sph\u00e8re publique<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">N\u00e9anmoins, les utilisateurs des r\u00e9seaux sociaux utilisent souvent des produits journalistiques ou y font r\u00e9f\u00e9rence. Les informations fournies par les m\u00e9dias traditionnels peuvent \u00eatre diffus\u00e9es, partag\u00e9es avec d&rsquo;autres, comment\u00e9es et \u00e9valu\u00e9es sur les r\u00e9seaux sociaux. Les jeunes utilisateurs s&rsquo;informent sur des sujets d&rsquo;actualit\u00e9 via ces plateformes (Kleinen-von K\u00f6nigsl\u00f6w 2020). Cela a des cons\u00e9quences pour les m\u00e9dias et le journalisme : ils ont <strong>perdu de leur audience et de leurs revenus<\/strong> sur les march\u00e9s publicitaires et (payants). Ils ont ainsi <em>perdu leur pertinence culturelle et politique ainsi que leur pouvoir d&rsquo;interpr\u00e9tation<\/em>. En outre, il existe de nombreux publics partiels ou sous-publics sur les plateformes qui ont une influence significative sur la visibilit\u00e9 des acteurs et des sujets, sur le d\u00e9roulement des discussions et sur la formation de l&rsquo;opinion. En raison du volume consid\u00e9rable d&rsquo;informations fournies sur diff\u00e9rents canaux, les minorit\u00e9s peuvent encore avoir du mal \u00e0 atteindre un public plus large. En raison du transfert de la communication publique vers les plateformes, les m\u00e9dias de masse <strong>semblent devenir superflus<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>2.1 L&rsquo;importance des m\u00e9dias de masse pour la communication publique dans une soci\u00e9t\u00e9 en mutation<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les m\u00e9dias de masse font partie des <strong>interm\u00e9diaires de la soci\u00e9t\u00e9<\/strong>, au m\u00eame titre que les partis politiques, les <strong>associations, les syndicats et les clubs sociaux<\/strong> (Jarren 2008 ; Rucht 2007). Les interm\u00e9diaires recueillent les pr\u00e9occupations de la soci\u00e9t\u00e9, les traitent et formulent des questions, des objectifs et des programmes politiques qui sont ensuite repris et trait\u00e9s par le syst\u00e8me parlementaire dans le but de d\u00e9finir et de mettre en \u0153uvre des mesures politiques. Dans le m\u00eame temps, les interm\u00e9diaires communiquent ces d\u00e9cisions politiques \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, principalement par l&rsquo;interm\u00e9diaire des m\u00e9dias de masse. Ainsi, les processus, les d\u00e9cisions et les mesures politiques peuvent \u00eatre discut\u00e9s et \u00e9valu\u00e9s publiquement ; les citoyens peuvent participer au processus d\u00e9cisionnel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Historiquement, les m\u00e9dias \u00e9taient li\u00e9s aux interm\u00e9diaires :<strong> les partis, les syndicats ou les \u00e9glises disposaient chacun de leurs propres m\u00e9dias<\/strong> pour atteindre leurs membres, mais aussi le grand public. Ainsi, le processus de formation de l&rsquo;opinion interne \u00e9tait coupl\u00e9 \u00e0 la formation d&rsquo;une opinion publique politique. Avec le d\u00e9couplage des interm\u00e9diaires, <strong>les journaux se sont transform\u00e9s en organisations commerciales<\/strong>. \u00c0 partir des <em>ann\u00e9es 1960<\/em>, cette presse \u00e9conomique a \u00e9t\u00e9 <em>principalement financ\u00e9e par la publicit\u00e9<\/em>. La poursuite de l&rsquo;\u00e9conomisation a entra\u00een\u00e9 une concentration croissante de la presse. Le contenu de la presse devait <strong>\u00eatre politiquement neutre<\/strong> et de plus en plus ax\u00e9 sur l&rsquo;<strong>augmentation du tirage<\/strong> en int\u00e9grant des \u00e9l\u00e9ments plus divertissants. L&rsquo;augmentation du tirage et la neutralit\u00e9 politique servaient \u00e9galement les int\u00e9r\u00eats des annonceurs. M\u00eame avant le d\u00e9but de la crise financi\u00e8re de la presse, qui a commenc\u00e9 avec l&rsquo;utilisation croissante d&rsquo;Internet, le march\u00e9 de la presse \u00e9tait tr\u00e8s concentr\u00e9. La <strong>diversit\u00e9<\/strong> journalistique \u00e9tait <strong>d\u00e9j\u00e0 un probl\u00e8me<\/strong>, tout comme l&rsquo;insuffisance de l&rsquo;information dans certains domaines politiques ou dans les r\u00e9gions \u00e9conomiquement faibles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les m\u00e9dias traditionnels tels que la presse, la radio et la t\u00e9l\u00e9vision \u00e9taient les interm\u00e9diaires les plus importants, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;internet et des plateformes de communication. Quiconque souhaitait atteindre tous les membres de la soci\u00e9t\u00e9, tant sur le plan politique (citoyens) qu&rsquo;\u00e9conomique (consommateurs), devait passer par les m\u00e9dias de masse. M\u00eame pour atteindre leurs propres membres, les interm\u00e9diaires tels que les partis politiques ou les syndicats <strong>d\u00e9pendaient des m\u00e9dias<\/strong>. La position centrale des m\u00e9dias et du journalisme a donn\u00e9 naissance au terme \u00ab soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9diatique \u00bb, car sans eux, il n&rsquo;existait aucun autre moyen de communiquer avec un large public (Meyen 2009). Les acteurs concern\u00e9s sont devenus d\u00e9pendants des m\u00e9dias pour communiquer efficacement avec le public, notamment en raison des structures monopolistiques ou <strong>oligopolistiques<\/strong> de nombreux march\u00e9s m\u00e9diatiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour le public, les m\u00e9dias sont devenus l&rsquo;institution sociale centrale pour l&rsquo;observation de la soci\u00e9t\u00e9. Dans la soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9diatis\u00e9e, les messages m\u00e9diatiques <strong>construisent les r\u00e9alit\u00e9s sociales<\/strong> (Kuhn 2018, 430-434) et la logique m\u00e9diatique est un facteur de pouvoir crucial pour favoriser ou entraver les opportunit\u00e9s sociales. Les m\u00e9dias ont jou\u00e9 un r\u00f4le de gardien social, culturel et politique : sans eux, les nouveaux mouvements sociaux ou les pr\u00e9occupations soci\u00e9tales auraient difficilement pu atteindre un large public. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne n&rsquo;\u00e9tait pas nouveau \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Les travailleurs devaient cr\u00e9er leurs propres m\u00e9dias pour donner une visibilit\u00e9 publique \u00e0 leurs pr\u00e9occupations. Et dans les ann\u00e9es 1960, <strong>les mouvements sociaux<\/strong> ont d\u00fb cr\u00e9er des contre-publics via des stations de <strong>radio libres<\/strong> ou de nouvelles <strong>initiatives journalistiques<\/strong> comme le taz en Allemagne. Les m\u00e9dias de masse et le journalisme ont agi comme des filtres pour les questions critiques \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des \u00e9lites. Bon nombre de ces questions n&rsquo;ont jamais atteint un large public, ce qui est encore vivement critiqu\u00e9 aujourd&rsquo;hui. De nos jours, les nouveaux groupes d&rsquo;int\u00e9r\u00eat politique contournent les m\u00e9dias traditionnels en utilisant les r\u00e9seaux sociaux, car ceux-ci leur permettent d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 la sph\u00e8re publique sans les obstacles que le journalisme leur imposait auparavant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le lien relativement \u00e9troit entre les m\u00e9dias et les interm\u00e9diaires tels que les partis politiques ou d&rsquo;autres groupes sociaux a longtemps \u00e9t\u00e9 une caract\u00e9ristique d\u00e9terminante du syst\u00e8me d&rsquo;interm\u00e9diation, et ce mod\u00e8le continue d&rsquo;avoir un effet constitutif. Aujourd&rsquo;hui encore, la presse \u00e9crite nationale en particulier est qualifi\u00e9e de politiquement de gauche ou de droite, voire se consid\u00e8re comme explicitement orient\u00e9e politiquement. En Allemagne, par exemple, on trouve le FAZ \u00e0 droite et le taz \u00e0 gauche de l&rsquo;\u00e9chiquier politique. Les m\u00e9dias de qualit\u00e9 poursuivent un programme journalistique normatif distingu\u00e9. Et pour les radiodiffuseurs publics allemands, le couplage avec tous les interm\u00e9diaires pertinents a \u00e9t\u00e9 institutionnalis\u00e9. Les \u00e9volutions du march\u00e9 dans le domaine de la presse \u00e9crite nationale de qualit\u00e9, d&rsquo;une part, et les directives relatives \u00e0 la radiodiffusion publique, d&rsquo;autre part, ont conduit \u00e0 une structure de m\u00e9diation qui suit les clivages politiques et sociaux centraux. Ainsi, on peut distinguer <strong>les produits m\u00e9diatiques \u00ab de gauche \u00bb et \u00ab de droite \u00bb<\/strong>. Cette structure m\u00e9diatique a permis l&rsquo;orientation politique, les r\u00e9f\u00e9rences r\u00e9ciproques et le discours. Les d\u00e9bats se d\u00e9roulaient selon un axe droite-gauche, une structure qui facilitait l&rsquo;observation des processus et des discussions politiques (Neidhardt 2007).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>2.2 La structure du journalisme et sa contribution \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les programmes journalistiques (par exemple en mati\u00e8re de s\u00e9lection et de pr\u00e9sentation des sujets) des organisations m\u00e9diatiques sont d\u00e9termin\u00e9s par les propri\u00e9taires des journaux ou, dans le cas des radiodiffuseurs publics, par les groupes socialement pertinents. Ensemble, ils forment la structure et les formats de l&rsquo;offre journalistique (Altmeppen 2006). Au fil du temps, on est pass\u00e9 d&rsquo;un journalisme ax\u00e9 sur les int\u00e9r\u00eats politiques individuels, o\u00f9 les journalistes \u00e9taient souvent \u00e9galement membres du parlement, \u00e0 une conception du journalisme comme un service \u00ab impartial \u00bb. Dans le m\u00eame temps, le journalisme est devenu une profession \u00e0 plein temps tr\u00e8s diff\u00e9renci\u00e9e. Aujourd&rsquo;hui, plus de journalistes travaillent pour des m\u00e9dias de divertissement ou sp\u00e9cialis\u00e9s que pour des m\u00e9dias d&rsquo;information (Dernbach 2010). En Allemagne, le nombre de journalistes a diminu\u00e9, passant de 54 000 en 1993 \u00e0 environ 41 220 personnes travaillant dans le journalisme en 2016, dont environ 10 000 pigistes (Steindl et al. 2017). Margreth L\u00fcnenborg et Simon Berghofer (2010) ont estim\u00e9 qu&rsquo;il y avait un peu plus de 6 100 journalistes politiques en Allemagne en 2010. L&rsquo;image que le journalisme a de lui-m\u00eame a \u00e9volu\u00e9, passant d&rsquo;un r\u00f4le de m\u00e9diation centr\u00e9 sur le groupe \u00e0 celui de pr\u00e9sentateur neutre ou impartial de l&rsquo;information. Outre la r\u00e9duction du nombre d&#8217;emplois, les \u00e9tudes sur le journalisme observent actuellement une d\u00e9professionnalisation, une dissolution des fronti\u00e8res professionnelles, une augmentation des conditions d&#8217;emploi pr\u00e9caires et une baisse des revenus (Wahl-Jorgensen et Hanitzsch 2020). Pouss\u00e9s par le succ\u00e8s des plateformes, les m\u00e9dias traditionnels proposent davantage de contenus sur diff\u00e9rents canaux, ce qui n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 possible que gr\u00e2ce \u00e0 une augmentation de la production de contenus. Les salles de r\u00e9daction sont d\u00e9sormais la forme de travail la plus courante, qui exige \u00e0 la fois des comp\u00e9tences g\u00e9n\u00e9rales et hautement sp\u00e9cialis\u00e9es, notamment de nouvelles comp\u00e9tences techniques et la gestion de bases de donn\u00e9es. En cons\u00e9quence, les lieux de travail journalistiques, qui \u00e9taient autrefois des lieux de d\u00e9bat politique, se transforment de plus en plus en <strong>centres de coordination<\/strong> pour <em>l&rsquo;approvisionnement<\/em>, le contr\u00f4le de la <em>production<\/em> et la <em>distribution<\/em> de <strong>contenus<\/strong>. L&rsquo;automatisation de ces processus, bas\u00e9e sur des algorithmes, remplace les anciennes activit\u00e9s journalistiques. Les pressions commerciales gagnent en importance : le contenu est produit pour maximiser le nombre de vues, l&rsquo;analyse \u00e9ditoriale remplace la pertinence journalistique, <strong>l&rsquo;optimisation pour les moteurs de recherche prime sur la qualit\u00e9 et l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9<\/strong>. Le contenu d&rsquo;autres fournisseurs est r\u00e9utilis\u00e9 et mis en sc\u00e8ne visuellement sur les r\u00e9seaux sociaux, ce qui r\u00e9duit les co\u00fbts de production et augmente la visibilit\u00e9 de la marque m\u00e9diatique (Lobigs 2018, 315-316). Sous la pression de la publicit\u00e9 native et de l&rsquo;augmentation de la port\u00e9e de la marque sur les r\u00e9seaux sociaux, les m\u00e9dias traditionnels alignent leur contenu sur le comportement imm\u00e9diat des utilisateurs. \u00ab Les r\u00e9seaux sociaux introduisent de nouveaux m\u00e9canismes techno-commerciaux dans la communication publique \u00bb (Poell et van Dijck 2014, 185). Tout un secteur ainsi qu&rsquo;une profession sont en pleine mutation, dans un processus de transformation fondamentale dont l&rsquo;issue est inconnue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les exigences envers le journalisme ont consid\u00e9rablement augment\u00e9 dans ce processus. Comme le note Neuberger (2018), le journalisme traditionnel continue de traiter des sujets soci\u00e9taux importants, mais doit faire face \u00e0 une plus grande complexit\u00e9 : il doit observer, analyser et \u00e9valuer des contextes sociaux plus larges et davantage de sujets dans des domaines toujours plus vastes. Sur les r\u00e9seaux sociaux, les gens attendent une plus grande implication du public, tant dans la production de contenu que dans le d\u00e9bat sur les questions trait\u00e9es (coproduction, collaboration). Les nouvelles possibilit\u00e9s de communication offertes par les plateformes auraient d\u00e9clench\u00e9 un tournant participatif ou un tournant vers le public dans la communication publique. Pour r\u00e9pondre \u00e0 ces attentes, le journalisme doit impliquer le public afin de conserver sa port\u00e9e et sa l\u00e9gitimit\u00e9, mais il doit \u00e9galement remplir sa fonction de critique et de contr\u00f4le (Loosen et al. 2020).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quelles sont les fonctions essentielles du journalisme dans ce contexte socio-technique et socioculturel en pleine mutation ? Les journalistes et les chercheurs ne sont pas encore parvenus \u00e0 une conclusion d\u00e9finitive. Il est reconnu qu&rsquo;outre la s\u00e9lection et l&rsquo;interpr\u00e9tation des sujets, les journalistes doivent tenir compte des nouvelles logiques d&rsquo;attention et de mise en sc\u00e8ne des th\u00e8mes dans la communication publique, en raison de la diffusion et de l&rsquo;\u00e9valuation des publications sur les plateformes bas\u00e9es sur les donn\u00e9es. Les journalistes et les r\u00e9dacteurs sont actifs sur les r\u00e9seaux sociaux, ils tiennent des blogs ou produisent et publient des vid\u00e9os en ligne. Outre les produits traditionnels de la presse \u00e9crite et num\u00e9rique (par exemple, les sites web et les journaux \u00e9lectroniques), les abonn\u00e9s re\u00e7oivent des newsletters (parfois personnalis\u00e9es). Quel est le but du journalisme ? S&rsquo;agit-il simplement d&rsquo;un service ou d&rsquo;un \u00ab gardien \u00bb, mod\u00e8re-t-il la communication publique ou aide-t-il simplement le public \u00e0 naviguer dans une vaste quantit\u00e9 d&rsquo;informations ? Des mod\u00e8les correspondants sont actuellement discut\u00e9s pour toutes les fonctions susmentionn\u00e9es : par exemple, le \u00ab journalisme <strong>participatif<\/strong> \u00bb (par exemple Westlund et Murschetz 2019), le \u00ab journalisme <strong>de donn\u00e9es<\/strong> \u00bb (par exemple Anderson 2018) et le \u00ab journalisme <strong>civique ou citoyen<\/strong> \u00bb (par exemple Roberts 2019).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En bref, il ne suffit plus de s\u00e9lectionner des sujets et de publier des articles ou des reportages mettant fortement l&rsquo;accent sur les opinions des \u00e9lites et des experts. Le journalisme doit r\u00e9pondre \u00e0 de nouvelles attentes. Il doit r\u00e9pondre aux attentes du paradigme participatif de la sph\u00e8re publique en couvrant davantage d&rsquo;opinions diff\u00e9rentes sans exclure aucun groupe de la communication publique. Cela va en partie \u00e0 l&rsquo;encontre des <strong>r\u00e8gles<\/strong> de s\u00e9lection <strong>pr\u00e9c\u00e9dentes<\/strong>, qui mettaient l&rsquo;accent sur les personnalit\u00e9s en place, les c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s et les experts <strong>dans le but de former une opinion majoritaire.<\/strong> Ce programme de s\u00e9lection, qui \u00e9tait jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent dominant, n&rsquo;est pas compatible avec <em>les exigences d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 politique et sociale fond\u00e9es sur l&rsquo;apprentissage collectif et la gestion des connaissances (Allen 2020) dans le but d&rsquo;optimiser les d\u00e9cisions politique<\/em>s.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">3. Les cons\u00e9quences de la plateformisation<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec les plateformes en ligne, un \u00ab nouveau syst\u00e8me mondial d&rsquo;information et de communication sociale \u00bb (Jarren 2019) a vu le jour. Mark Eisenegger (2021) d\u00e9crit le processus de <strong>plateformisation<\/strong> comme le troisi\u00e8me changement structurel num\u00e9rique de la sph\u00e8re publique ; ce changement r\u00e9cent se situe donc au m\u00eame niveau que l&rsquo;\u00e9mergence des <strong>m\u00e9dias de masse<\/strong> au tournant du XIXe si\u00e8cle et <strong>l&rsquo;\u00e9conomisation<\/strong> des m\u00e9dias journalistiques, d\u00e9crit comme le deuxi\u00e8me changement structurel. Les plateformes en ligne modifient la structure de la sph\u00e8re publique, ce qui a des implications pour les acteurs, les produits m\u00e9diatiques et les contenus, ainsi que des cons\u00e9quences pour la m\u00e9diation sociale et la d\u00e9mocratie.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>3.1 Adaptation des m\u00e9dias et du journalisme \u00e0 la logique des plateformes<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les <strong>plateformes num\u00e9riques<\/strong> sont de nouveaux interm\u00e9diaires qui constituent, coordonnent et contr\u00f4lent les march\u00e9s en offrant une grande vari\u00e9t\u00e9 de services tels que l&rsquo;<em>\u00e9change de biens, la fourniture et l&rsquo;\u00e9change d&rsquo;informations, et la facilitation de la communication, dans la sph\u00e8re publique et priv\u00e9e<\/em>. Nous nous concentrons sur les plateformes qui contribuent \u00e0 la sph\u00e8re publique en fournissant des informations et en facilitant la communication : moteurs de recherche, agr\u00e9gateurs d&rsquo;actualit\u00e9s, r\u00e9seaux sociaux et plateformes vid\u00e9o. Ces plateformes peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme de nouveaux interm\u00e9diaires \u00ab structurants, normateurs et coordinateurs \u00bb (Dolata 2020) : elles ne fournissent pas elles-m\u00eames des services d&rsquo;information, mais permettent \u00e0 d&rsquo;autres de placer des informations sur la plateforme et de communiquer entre eux. Bien qu&rsquo;elles n&rsquo;apportent aucun contenu, elles offrent \u00e0 des tiers la possibilit\u00e9 d&rsquo;afficher des textes, des images et des sons, ainsi qu&rsquo;un contr\u00f4le algorithmique de la port\u00e9e publique. Gr\u00e2ce \u00e0 leurs algorithmes, elles influencent la visibilit\u00e9 et la forme des contenus, et fournissent les r\u00e8gles selon lesquelles les utilisateurs peuvent partager, suivre ou \u00e9valuer les contributions. Les plateformes d\u00e9terminent quelles interactions sociales sont possibles et lesquelles ne le sont pas. En tant que nouvelles <strong>institutions priv\u00e9es<\/strong>, elles fixent leurs conditions g\u00e9n\u00e9rales ainsi que leurs normes communautaires, les r\u00e8gles en mati\u00e8re d&rsquo;information et de communication, et d\u00e9terminent qui peut utiliser leurs services et qui en est exclu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces nouveaux acteurs, avec leurs <strong>nouveaux mod\u00e8les \u00e9conomiques<\/strong> o\u00f9 les utilisateurs b\u00e9n\u00e9ficient d&rsquo;un <strong>acc\u00e8s \u00ab gratuit \u00bb<\/strong> en payant pour les services avec leurs donn\u00e9es, ont un impact majeur sur les m\u00e9dias traditionnels. Leur mod\u00e8le \u00e9conomique repose essentiellement sur la s\u00e9lection professionnelle, la fourniture d&rsquo;informations v\u00e9rifi\u00e9es dans des formats connus, regroup\u00e9es dans diff\u00e9rentes rubriques ou la diffusion lin\u00e9aire d&rsquo;informations pour la radio et la t\u00e9l\u00e9vision. Le journalisme \u00e9tait principalement financ\u00e9 par les recettes publicitaires, mais les utilisateurs payaient \u00e9galement pour les services. Aujourd&rsquo;hui, les utilisateurs peuvent acc\u00e9der gratuitement \u00e0 l&rsquo;information, ce qui rend la consommation d&rsquo;informations sur Internet attrayante. Et comme la quantit\u00e9 d&rsquo;informations disponibles gratuitement augmente, <strong>les gens sont moins dispos\u00e9s \u00e0 payer pour les m\u00e9dias d&rsquo;information traditionnels<\/strong>. Les annonceurs peuvent cibler leurs clients plus efficacement via les plateformes (Lobigs 2018). Ces processus ont conduit \u00e0 une <em>crise du financement du journalisme,<\/em> m\u00eame si la port\u00e9e globale de son contenu augmente (Weischenberg 2018) gr\u00e2ce aux nouveaux canaux de distribution offerts par les plateformes. Au d\u00e9but de la pand\u00e9mie de COVID, l&rsquo;acc\u00e8s gratuit \u00e0 l&rsquo;information a consid\u00e9rablement augment\u00e9 (Newman et al. 2020, 10).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les plateformes modifient les normes et les r\u00e8gles du journalisme. M\u00eame les m\u00e9dias de qualit\u00e9 tentent d&rsquo;\u00e9largir leur audience en publiant des messages destin\u00e9s \u00e0 attirer l&rsquo;attention sur les r\u00e9seaux sociaux. Les informations sont fournies sous forme de snippets 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 : des posts remplacent les articles, les interviews ou les reportages. Les m\u00e9dias et le journalisme ont d\u00fb s&rsquo;adapter \u00e0 <em>de multiples nouveaux canaux de distribution qui ont tous leur propre logique<\/em>. Le journalisme destin\u00e9 au grand public ne peut se permettre de renoncer aux activit\u00e9s multicanales (Dolata 2020) sans perdre des tranches d&rsquo;\u00e2ge enti\u00e8res (Newman et al. 2020). Les marques m\u00e9diatiques doivent maintenir la visibilit\u00e9 de leur marque et ne peuvent se permettre de perdre le groupe des jeunes adultes. Cela exige un effort accru de la part des journalistes, qui doivent adapter leur contenu \u00e0 la logique des diff\u00e9rents canaux de distribution, ce qui a des r\u00e9percussions sur les r\u00e8gles et les m\u00e9thodes de travail journalistiques. Du point de vue de la th\u00e9orie institutionnelle, les plateformes exercent une pression institutionnelle pour adapter (Donges 2013) leurs r\u00e8gles de s\u00e9lection et de pr\u00e9sentation des informations. Tout comme <strong>les m\u00e9dias de masse ont autrefois contraint la politique \u00e0 s&rsquo;adapter au mode de production m\u00e9diatique<\/strong>, les plateformes provoquent aujourd&rsquo;hui un changement des r\u00e8gles journalistiques. Les m\u00e9dias traditionnels sont devenus des \u00ab compl\u00e9ments de plateformes \u00bb (Eisenegger 2021, 21).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les changements dans la m\u00e9diation sociale se caract\u00e9risent par la dissociation entre la production de contenu, la distribution et le contexte d&rsquo;utilisation. Dans les m\u00e9dias traditionnels, les journalistes produisaient du contenu qui \u00e9tait distribu\u00e9 via leurs propres canaux : le public recevait son journal le matin ou regardait ou \u00e9coutait les informations diffus\u00e9es \u00e0 une heure pr\u00e9cise \u2013 le journalisme produisait du contenu pour un pipeline. Sur les plateformes, <strong>l&rsquo;offre et la demande sont d\u00e9contextualis\u00e9es<\/strong>. De plus, les utilisateurs trouvent des <strong>sujets priv\u00e9s et publics c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te<\/strong>, apparemment \u00e9quivalents en termes de port\u00e9e et d&rsquo;importance (Anti\u0107 2020). La pertinence et la qualit\u00e9 des contenus sont multiples et m\u00e9lang\u00e9es \u00e0 des contenus publicitaires ou de relations publiques. Les utilisateurs doivent \u00eatre avertis en mati\u00e8re de m\u00e9dias pour pouvoir distinguer les diff\u00e9rences.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>3.2 Tablo\u00efdisation et \u00e9motionnalisation croissantes dans la sph\u00e8re publique<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les nouvelles formes de fourniture, de distribution et d&rsquo;utilisation des contenus journalistiques ont divers effets sur la mani\u00e8re dont les m\u00e9dias traditionnels produisent leurs contenus. Ils doivent d\u00e9sormais produire des contenus sous diff\u00e9rents formats, condens\u00e9s en extraits de texte ou de vid\u00e9o individuels afin de pouvoir \u00eatre facilement partag\u00e9s et diffus\u00e9s sur et entre diff\u00e9rentes plateformes. Chaque plateforme ayant sa propre logique, les contenus doivent \u00eatre adapt\u00e9s en cons\u00e9quence afin de correspondre \u00e0 l&rsquo;algorithme de la plateforme et d&rsquo;atteindre ainsi un large public. Dans les m\u00e9dias traditionnels, la pertinence du contenu \u00e9tait d\u00e9termin\u00e9e par sa port\u00e9e sociale ou politique. Cela a chang\u00e9 : comme les journalistes et les m\u00e9dias doivent toucher un large public sur les plateformes en ligne, ils doivent tenir compte d&rsquo;autres crit\u00e8res. La pertinence sur les r\u00e9seaux sociaux est li\u00e9e aux clics, aux vues, aux likes et aux partages. Les pratiques que nous connaissons des tablo\u00efds sont d\u00e9sormais adopt\u00e9es par les m\u00e9dias de qualit\u00e9 : les titres forts et \u00e9motionnels attirent l&rsquo;attention. <strong>L&rsquo;orientation vers une \u00e9conomie de l&rsquo;attention est de plus en plus marqu\u00e9e<\/strong>. Le contenu est adapt\u00e9 en cons\u00e9quence. De plus en plus de sujets doivent \u00eatre couverts et diffus\u00e9s. Les publications r\u00e9ussies sur les r\u00e9seaux sociaux suscitent l&rsquo;attention et l&rsquo;enthousiasme. Les m\u00e9dias traditionnels, qui cherchent d\u00e9sormais \u00e0 r\u00e9ussir sur ces plateformes, imitent ce type de contenu. Des \u00e9tudes montrent que les publications charg\u00e9es d&rsquo;\u00e9motion et personnalis\u00e9es g\u00e9n\u00e8rent plus d&rsquo;attention que les autres. Il en va de m\u00eame pour les fausses informations. La logique des r\u00e9seaux sociaux d\u00e9teint sur le journalisme : les contributions journalistiques sont de plus en plus \u00e9motionnelles et personnalis\u00e9es (Wahl-Jorgensen 2020).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des tentatives ont \u00e9t\u00e9 faites pour cr\u00e9er <strong>des agr\u00e9gateurs d&rsquo;actualit\u00e9s<\/strong>, permettant d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 diff\u00e9rentes marques m\u00e9diatiques sur une seule plateforme. Les \u00c9tats-Unis sont le seul pays o\u00f9 cette forme de diffusion de l&rsquo;information a connu un certain succ\u00e8s. Dans d&rsquo;autres pays, cette forme d&rsquo;acc\u00e8s n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 aussi populaire (Newman et al. 2020, 34). C&rsquo;est pourquoi il a \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9 d&rsquo;institutionnaliser des plateformes publiques comme une sorte de \u00ab Spotify pour le journalisme \u00bb (Buschow et Wellbrock 2020). Cependant, si la musique peut \u00eatre \u00e9cout\u00e9e \u00e0 plusieurs reprises, le public s&rsquo;int\u00e9resse rarement aux informations de la veille. Les journalistes produisent des informations d&rsquo;actualit\u00e9 pour un public donn\u00e9, en rapport avec des domaines politiques et des processus sp\u00e9cifiques. Les informations quotidiennes ne peuvent pas \u00eatre r\u00e9p\u00e9t\u00e9es \u00e0 l&rsquo;infini, et encore moins vendues encore et encore.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>3.3 Fragmentation de l&rsquo;audience et \u00e9vitement de l&rsquo;actualit\u00e9<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les m\u00e9dias de masse ont fourni des informations pertinentes sur la base de crit\u00e8res de s\u00e9lection professionnels. Ils ont veill\u00e9 \u00e0 ce que divers sujets et opinions soient connus du public. Mais les m\u00e9dias traditionnels perdent leur audience : dans l&rsquo;enqu\u00eate 2020 du Reuters Institute, 72 % des personnes interrog\u00e9es ont d\u00e9clar\u00e9 acc\u00e9der principalement \u00e0 l&rsquo;actualit\u00e9 via les r\u00e9seaux sociaux, les moteurs de recherche, les alertes mobiles, les agr\u00e9gateurs ou les e-mails. Seuls <strong>28 % de l&rsquo;ensemble des personnes interrog\u00e9es ont d\u00e9clar\u00e9 acc\u00e9der directement aux m\u00e9dias traditionnels.<\/strong> Parmi les <strong>18-24 ans, seuls 16 %<\/strong> acc\u00e8dent aux m\u00e9dias traditionnels via leurs propres canaux, le moyen d&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;information le plus courant \u00e9tant les r\u00e9seaux sociaux (Newman et al. 2020, 24).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur les r\u00e9seaux sociaux, les utilisateurs jouent un r\u00f4le actif en aimant, partageant ou commentant des contenus journalistiques ou en cr\u00e9ant leurs propres informations. Cela est possible sur les r\u00e9seaux sociaux, mais moins sur les sites web des m\u00e9dias traditionnels. <strong>Les r\u00e9seaux sociaux, avec leur acc\u00e8s gratuit, r\u00e9pondent \u00e0 l&rsquo;une des exigences centrales du paradigme participatif de la sph\u00e8re publique.<\/strong> La grande diversit\u00e9 des informations fournies par les journalistes et d&rsquo;autres acteurs, ainsi que le nombre important de canaux diff\u00e9rents (\u00ab sph\u00e8re publique longue tra\u00eene plateformis\u00e9e \u00bb (Eisenegger 2021)) conduisent \u00e0 des <em>r\u00e9pertoires m\u00e9diatiques individualis\u00e9s<\/em> dans lesquels les fronti\u00e8res entre priv\u00e9 et public sont de plus en plus floues.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une autre \u00e9volution plus r\u00e9cente, et plus inqui\u00e9tante, est le fait que les gens \u00ab choisissent de rationner ou de limiter leur exposition \u00e0 [&#8230;] l&rsquo;actualit\u00e9 \u00bb (Newman et al. 2022, 13). En moyenne, <strong>38 % <\/strong>des personnes interrog\u00e9es dans le cadre de l&rsquo;enqu\u00eate Reuters de 2022 ont d\u00e9clar\u00e9 <strong>\u00e9viter activement l&rsquo;actualit\u00e9<\/strong>. Les principales raisons invoqu\u00e9es pour \u00e9viter les informations sont la surabondance d&rsquo;informations sur la politique ou la pand\u00e9mie, l&rsquo;effet n\u00e9gatif des informations sur l&rsquo;humeur ou la lassitude face \u00e0 la quantit\u00e9 d&rsquo;informations (p. 13).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">4. La transformation du syst\u00e8me interm\u00e9diaire<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l&rsquo;heure actuelle, nous ne pouvons pas \u00e9valuer de mani\u00e8re concluante les effets de l&rsquo;institutionnalisation des plateformes sur le syst\u00e8me interm\u00e9diaire. Ce que nous pouvons d\u00e9terminer, c&rsquo;est que nous assistons non seulement \u00e0 un processus de convergence, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 la cr\u00e9ation d&rsquo;un nouveau m\u00e9dia en plus des m\u00e9dias traditionnels existants. <strong>Les plateformes<\/strong> sont de nouvelles institutions du syst\u00e8me interm\u00e9diaire qui ne poursuivent pas (encore) leurs propres objectifs journalistiques. Elles <strong>ne se consid\u00e8rent pas comme des m\u00e9dias<\/strong>, mais fournissent des services m\u00e9diatiques. Cependant, avec la domination croissante des plateformes dans la communication publique, elles <strong>\u00e9tablissent de nouvelles normes et r\u00e8gles<\/strong> dans le syst\u00e8me interm\u00e9diaire. Les plateformes ont un mod\u00e8le \u00e9conomique diff\u00e9rent de celui des m\u00e9dias traditionnels, mais leur entr\u00e9e sur le march\u00e9 a des effets structurels et proc\u00e9duraux sur les m\u00e9dias traditionnels, le journalisme et la sph\u00e8re publique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le journalisme politique perd \u00e0 la fois des ressources et de la pertinence. La crise financi\u00e8re des m\u00e9dias traditionnels a des effets n\u00e9gatifs sur la profession et ses performances. Les tentatives visant \u00e0 stabiliser le march\u00e9 des m\u00e9dias en am\u00e9liorant les performances journalistiques ou en <strong>introduisant des paywalls<\/strong> comme nouveau mod\u00e8le \u00e9conomique <strong>n&rsquo;ont pas abouti<\/strong> jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent. La multitude de fournisseurs et de produits m\u00e9diatiques diff\u00e9rents rend difficile pour les utilisateurs d&rsquo;\u00e9valuer les diff\u00e9rentes marques et services. Et les marques m\u00e9diatiques, \u00e0 l&rsquo;exception des marques internationales telles que The New York Times ou The Economist, sont trop faibles pour fid\u00e9liser les utilisateurs \u00e0 leurs produits, notamment en termes de volont\u00e9 de s&rsquo;abonner et de payer pour les services. Les marques m\u00e9diatiques ne sont pas per\u00e7ues comme exclusives, car l&rsquo;offre d&rsquo;informations num\u00e9riques est tr\u00e8s large. Et <strong>le journalisme d&rsquo;investigation touche son public via des blogs ou des plateformes<\/strong> (Schrape 2017). C&rsquo;est pourquoi Frank Lobigs et Gerret von Nordheim (2014) ne se posent pas la question, mais affirment que \u00ab le journalisme n&rsquo;est pas un mod\u00e8le \u00e9conomique \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En outre, les plateformes influencent la mani\u00e8re dont les utilisateurs s\u00e9lectionnent les informations. Les services group\u00e9s (presse \u00e9crite) ou les programmes lin\u00e9aires (t\u00e9l\u00e9vision et radio) sont moins demand\u00e9s. La diffusion ou la port\u00e9e, la volont\u00e9 d&rsquo;utiliser int\u00e9gralement les informations fournies par les m\u00e9dias traditionnels sont en d\u00e9clin. Il reste \u00e0 voir si le journalisme en tant que service survivra dans d&rsquo;autres contextes organisationnels que les maisons d&rsquo;\u00e9dition ou avec d&rsquo;autres mod\u00e8les de financement que les abonnements ou les dons (Pickard 2020).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La <strong>d\u00e9contextualisation des contenus<\/strong>, des sujets et des questions, ainsi que le changement dans la mani\u00e8re dont les gens utilisent les services m\u00e9diatiques, pourraient d\u00e9clencher des <strong>probl\u00e8mes sociaux<\/strong> : la forte <strong>individualisation<\/strong> des r\u00e9pertoires m\u00e9diatiques pourrait conduire \u00e0 la <strong>s\u00e9paration des communaut\u00e9s<\/strong> d&rsquo;utilisateurs, voire \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence de sous-publics. Comment garantir l&rsquo;int\u00e9gration sociale alors que les m\u00e9dias traditionnels ne peuvent ou ne veulent pas r\u00e9pondre \u00e0 cette demande en raison de probl\u00e8mes \u00e9conomiques ? Dans le nouveau contexte m\u00e9diatique caract\u00e9ris\u00e9 par un choix tr\u00e8s large (van Aelst et al. 2017), il appartient d\u00e9sormais <strong>aux utilisateurs de d\u00e9terminer<\/strong>, par leurs choix et leur disposition \u00e0 payer, <strong>si le journalisme et les m\u00e9dias traditionnels survivront<\/strong> aux turbulences actuelles.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">5. Remarques finales sur le d\u00e9bat actuel et la r\u00e9glementation juridique<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;influence des plateformes sur le syst\u00e8me interm\u00e9diaire doit \u00eatre discut\u00e9e du point de vue des th\u00e9ories de la sph\u00e8re publique et de la d\u00e9mocratie. <strong>Les plateformes ne se consid\u00e8rent pas comme des m\u00e9dias et estiment qu&rsquo;elles n&rsquo;exercent pas de mission publique<\/strong>. Elles fournissent toutefois des services m\u00e9diatiques : les plateformes jouent un r\u00f4le important dans la formation de publics de groupe, organisationnels ou en r\u00e9seau. Elles offrent une tribune pour les th\u00e8mes et les opinions et permettent aux individus et aux groupes de se mettre en r\u00e9seau. Sur le plan institutionnel, elles influencent le journalisme et les m\u00e9dias d&rsquo;information traditionnels et acc\u00e9l\u00e8rent le processus d&rsquo;individualisation (Reckwitz 2019). Les plateformes permettent la constitution de communaut\u00e9s et la formation de th\u00e8mes, de mani\u00e8re temporaire ou permanente. De nouveaux publics peuvent se former (Klinger 2018) gr\u00e2ce \u00e0 des influenceurs qui peuvent favoriser la formation de groupes ou de th\u00e8mes. <strong>M\u00eame les hashtags peuvent lancer un d\u00e9bat public sur un sujet sp\u00e9cifique et contribuer \u00e0 la formation d&rsquo;une opinion publique<\/strong>. Gr\u00e2ce aux indicateurs des plateformes tels que le nombre de visites, d&rsquo;abonn\u00e9s, de \u00ab likes \u00bb ou la compilation de fils d&rsquo;actualit\u00e9 ou de listes de recommandations, les utilisateurs se font une id\u00e9e de la pertinence per\u00e7ue des th\u00e8mes ou des groupes. Les plateformes cr\u00e9ent de nouvelles formes de visibilit\u00e9 sociale et de pertinence au-del\u00e0 de la communaut\u00e9 en ligne concern\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gr\u00e2ce aux plateformes, la sph\u00e8re publique se diversifie en termes d&rsquo;espace et de temps. Davantage de personnes y ont acc\u00e8s et davantage de th\u00e8mes y sont discut\u00e9s. L&rsquo;acc\u00e8s universel modifie la constitution de la sph\u00e8re publique, qui devient plus dynamique. Cependant, en raison de cette dynamique, du grand nombre de participants, de la diversit\u00e9 des perspectives, des opinions et des interpr\u00e9tations, ainsi que des r\u00e9actions instantan\u00e9es, il est <strong>difficile d&rsquo;agr\u00e9ger la communication sous-jacente en une opinion publique<\/strong>. La sph\u00e8re publique perd son pouvoir de stabilisation et d&rsquo;int\u00e9gration de la soci\u00e9t\u00e9, et il devient de plus en plus <strong>difficile de transformer les processus d\u00e9lib\u00e9ratifs en processus politiques<\/strong>, comme l&rsquo;a r\u00e9cemment soulign\u00e9 Habermas (2022).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque la sph\u00e8re publique \u00e9tait domin\u00e9e par les m\u00e9dias de masse, le journalisme contribuait de mani\u00e8re significative \u00e0 un syst\u00e8me interm\u00e9diaire qui r\u00e9pondait aux exigences normatives du paradigme lib\u00e9ral. Il permettait ainsi une introspection soci\u00e9tale permanente et syst\u00e9matique ; la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tait observable et orientable vers <strong>une transformation non violente, qui est l&rsquo;objectif central de la d\u00e9mocratie<\/strong> selon Ralf Dahrendorf (Dahrendorf et Polito 2003). La plateformisation a \u00e9largi l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la sph\u00e8re publique, ce qui, du point de vue du paradigme participatif et des exigences d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 politique (\u00ab \u00e9galitarisme \u00e9pist\u00e9mique \u00bb (Allen 2020)), peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme fondamentalement positif. Mais en m\u00eame temps, cet acc\u00e8s \u00e9largi conduit \u00e0 des pathologies telles que les discours de haine et \u00e0 des formes de polarisation dans la communication publique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;entr\u00e9e des plateformes sur le march\u00e9 a eu des cons\u00e9quences structurelles et proc\u00e9durales pour la sph\u00e8re publique et la communication politique : les <strong>plateformes<\/strong> ont facilit\u00e9 l&rsquo;<em>acc\u00e8s \u00e0 la sph\u00e8re publique (input)<\/em> et l&rsquo;ont \u00e9galement partiellement <em>d\u00e9mocratis\u00e9e<\/em>. Cependant, le <em>traitement des sujets (throughput)<\/em> est devenu <em>flou<\/em> et confus en raison du volume consid\u00e9rable de sujets qui sont d\u00e9sormais discut\u00e9s simultan\u00e9ment en public, et<strong> l&rsquo;agr\u00e9gation est devenue difficile car il n&rsquo;existe pas d&rsquo;acteurs institutionnalis\u00e9s charg\u00e9s de ce processus.<\/strong> Les discussions dans la sph\u00e8re publique devraient aboutir \u00e0 un r\u00e9sultat (l&rsquo;opinion publique en tant que r\u00e9sultat) qui puisse \u00eatre repris par le syst\u00e8me politique. Des questions restent encore ouvertes : les communications individuelles peuvent-elles avoir des effets s\u00e9lectifs sur les d\u00e9cisions politiques ? Quels sont les risques li\u00e9s \u00e0 la dynamique croissante de la communication publique ? M\u00eame si l&rsquo;on discute de ph\u00e9nom\u00e8nes individuels li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution de la structure de la sph\u00e8re publique, il n&rsquo;y a <strong>toujours pas de d\u00e9bat syst\u00e9matique et continu sur les plateformes et leur effet sur la soci\u00e9t\u00e9<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le processus d&rsquo;<strong>institutionnalisation des plateformes<\/strong> n\u00e9cessite, au-del\u00e0 d&rsquo;une communication renforc\u00e9e, de nouvelles politiques. Les plateformes doivent \u00eatre r\u00e9glement\u00e9es afin de permettre de nouvelles formes de m\u00e9diation sociale et d&rsquo;expression personnelle. Un nouvel \u00e9quilibre doit \u00eatre trouv\u00e9 entre les pr\u00e9occupations g\u00e9n\u00e9rales et publiques et les pr\u00e9occupations individuelles et priv\u00e9es. \u00c0 cette fin, le processus d&rsquo;institutionnalisation n\u00e9cessite une observation et une analyse scientifiques ainsi que la participation de la soci\u00e9t\u00e9 civile \u00e0 un d\u00e9bat public critique. Ce <strong>d\u00e9bat<\/strong> pourrait \u00eatre intensifi\u00e9 par de <strong>nouveaux acteurs sociaux, tant au niveau national qu&rsquo;europ\u00e9en<\/strong> (Jarren 2018). Cependant, ce n&rsquo;est que si le discours d\u00e9passe le cadre des plateformes que nous pourrons d\u00e9velopper un large d\u00e9bat public. Les propri\u00e9taires de plateformes refusent institutionnellement que le d\u00e9bat ait lieu sur leurs propres plateformes. Ils n&rsquo;ont pas r\u00e9pondu aux demandes de la soci\u00e9t\u00e9 avant que la pression politique, les auditions parlementaires et les mesures r\u00e9glementaires concr\u00e8tes ne les y obligent. Dans le d\u00e9bat sur les opportunit\u00e9s et les menaces des nouvelles structures de la sph\u00e8re publique, les journalistes et les m\u00e9dias traditionnels doivent jouer un r\u00f4le important, en plus des discours de la communaut\u00e9 scientifique et de la soci\u00e9t\u00e9 civile (Jarren 2018). Cependant, la crise des m\u00e9dias traditionnels limite leur capacit\u00e9 \u00e0 lancer de grands d\u00e9bats, en g\u00e9n\u00e9ral, mais aussi en ce qui concerne le processus de plateformisation en cours. Si l&rsquo;on adh\u00e8re aux principes de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale, mais que l&rsquo;on pr\u00e9conise un changement des normes, des institutions et des processus, alors<strong> un d\u00e9bat fondamental sur la constitution future de la soci\u00e9t\u00e9 ainsi que sur le d\u00e9veloppement d&rsquo;un \u00ab nouveau syst\u00e8me de m\u00e9dias publics \u00bb <\/strong>(Pickard 2020, 161)<strong> doit avoir lieu<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Retour \u00e0 la table des mati\u00e8res du num\u00e9ro sp\u00e9cial <br><a href=\"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/transformation-sphere-publique\/\">Transformation structurelle de la sph\u00e8re publique<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">References<\/h2>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Allen Danielle. 2020. 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R\u00e9sum\u00e9&nbsp; La d\u00e9mocratie repose sur une sph\u00e8re publique vivante, o\u00f9 les id\u00e9es se diffusent aupr\u00e8s du grand public &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/plateformisation-sphere-publique\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;La plateformisation de la sph\u00e8re publique et son d\u00e9fi pour la d\u00e9mocratie&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-8277","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack-related-posts":[{"id":8281,"url":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/transformation-sphere-publique\/","url_meta":{"origin":8277,"position":0},"title":"Transformation structurelle de la sph\u00e8re publique","author":"Gilles Beauchamp","date":"26 juin 2025","format":false,"excerpt":"Revue Philosophy & Social Criticism, Vol. 50, no. 1, janvier 2024 : Special Issue: Structural Transformation of the Public Sphere NOTE \u00e0 propos des traductions : ce sont des documents de travail. Les soulignements (gras ou italiques) sont, en g\u00e9n\u00e9ral, de GB. 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Un article dans le num\u00e9ro sp\u00e9cial,\u00a0Structural Transformation of the Public Sphere, de la revue\u00a0Philosophy & Social Criticism, par Hans-J\u00f6rg Trenz. R\u00e9sum\u00e9 La transformation structurelle de la sph\u00e8re publique est une contribution majeure \u00e0 la philosophie politique,\u2026","rel":"","context":"Article similaire","block_context":{"text":"Article similaire","link":""},"img":{"alt_text":"","src":"","width":0,"height":0},"classes":[]},{"id":8359,"url":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/chronique-habermassienne\/","url_meta":{"origin":8277,"position":5},"title":"chroniques habermassiennes","author":"Gilles Beauchamp","date":"7 ao\u00fbt 2025","format":false,"excerpt":"[2025.08.07] Apr\u00e8s avoir traduit et lu la douzaine d'articles du num\u00e9ro sp\u00e9cial de la revue Philosophy & Social Criticism sur la Transformation structurelle de la sph\u00e8re publique (2024), j'ai poursuivi avec les traductions d'un num\u00e9ro sp\u00e9cial d'une autre revue (Theory, Culture & Society) sur un th\u00e8me semblable \u00a0A New Structural\u2026","rel":"","context":"Article similaire","block_context":{"text":"Article similaire","link":""},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/sepassernumerique.jpg?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200,"srcset":"https:\/\/i0.wp.com\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/sepassernumerique.jpg?resize=350%2C200&ssl=1 1x, https:\/\/i0.wp.com\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/sepassernumerique.jpg?resize=525%2C300&ssl=1 1.5x, https:\/\/i0.wp.com\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/sepassernumerique.jpg?resize=700%2C400&ssl=1 2x, https:\/\/i0.wp.com\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/sepassernumerique.jpg?resize=1050%2C600&ssl=1 3x"},"classes":[]}],"jetpack_likes_enabled":true,"jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/8277","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8277"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/8277\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8277"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}