{"id":8742,"date":"2025-11-17T15:27:21","date_gmt":"2025-11-17T20:27:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/?page_id=8742"},"modified":"2025-11-20T13:04:18","modified_gmt":"2025-11-20T18:04:18","slug":"internet-detruit-culture","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/internet-detruit-culture\/","title":{"rendered":"Internet d\u00e9t\u00e9riore-t-il la culture ?"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Traduction de <a href=\"https:\/\/asteriskmag.com\/issues\/12-books\/is-the-internet-making-culture-worse\">Is the Internet Making Culture Worse?<\/a>, par Celine Nguyen, <a href=\"https:\/\/asteriskmag.com\/issues\/12-books\">Asteriskmag<\/a>, <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le d\u00e9clin de la critique pourrait expliquer le sentiment de stagnation de notre culture. Comment pouvons-nous la faire rena\u00eetre ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne me souviens pas avoir lu de grands romans dans les ann\u00e9es 90. Ni \u00e9cout\u00e9 de bons albums, d&rsquo;ailleurs. Ce n&rsquo;est pas la faute de cette d\u00e9cennie, mais la mienne : je suis n\u00e9e en 1993. Au moment o\u00f9 j&rsquo;ai pu lire des livres et choisir ma propre musique, les choses \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 en train de se d\u00e9grader. Le XXe si\u00e8cle a apparemment \u00e9t\u00e9 la derni\u00e8re p\u00e9riode o\u00f9 nous avons connu de grands chefs-d&rsquo;\u0153uvre artistiques, litt\u00e9raires ou musicaux. Alors que le si\u00e8cle actuel devait \u00eatre marqu\u00e9 par une explosion cambrienne de cr\u00e9ativit\u00e9 \u2014 inaugur\u00e9e par Internet, l&rsquo;\u00e9conomie des cr\u00e9ateurs, les NFT ou l&rsquo;IA \u2014, rien ne s&rsquo;est am\u00e9lior\u00e9, tout a empir\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est du moins l&rsquo;argument avanc\u00e9 par W. David Marx dans son ouvrage r\u00e9solument pessimiste intitul\u00e9&nbsp;<em>Blank Space: A Cultural History of the Twenty-First Century<\/em>. Le premier ouvrage de cet auteur bas\u00e9 \u00e0 Tokyo, Ametora, \u00e9tait une histoire culturelle de la mode japonaise inspir\u00e9e de l&rsquo;Am\u00e9rique. Son deuxi\u00e8me ouvrage, Status and Culture, \u00e9tait une tentative audacieuse \u2013 et largement couronn\u00e9e de succ\u00e8s \u2013 de synth\u00e9tiser toute la discipline de la sociologie pour expliquer comment se d\u00e9veloppe le go\u00fbt. Son dernier ouvrage se situe, en termes d&rsquo;ambition et de port\u00e9e, quelque part entre les deux. Selon Marx, l&rsquo;art produit au cours du premier quart du XXIe si\u00e8cle est dans l&rsquo;ensemble peu impressionnant. \u00ab Il y a eu moins d&rsquo;inventeurs culturels \u00bb, \u00e9crit-il, et bien que \u00ab l&rsquo;industrie culturelle \u00bb et \u00ab les cr\u00e9ateurs en ligne produisent plus de contenu que jamais&#8230; les formes les plus radicales d&rsquo;invention culturelle se sont rar\u00e9fi\u00e9es \u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Consid\u00e9rons l&rsquo;abondance des mouvements artistiques d&rsquo;avant-garde du XXe si\u00e8cle (du fauvisme \u00e0 l&rsquo;expressionnisme) et des genres pop innovants (punk, rock progressif, synth pop, rap). Selon Marx, ce si\u00e8cle n&rsquo;a pas r\u00e9ussi \u00e0 atteindre les m\u00eames sommets. Malgr\u00e9 les nouvelles technologies et les nouvelles plateformes permettant de d\u00e9couvrir, de cr\u00e9er et de diffuser des \u0153uvres, Internet a conduit \u00e0 la \u00ab m\u00e9diocrit\u00e9 \u00bb et non \u00e0 l&rsquo;innovation artistique. Le web \u00e9tait cens\u00e9 aider les artistes&nbsp;<a href=\"https:\/\/slate.com\/technology\/2008\/07\/why-chris-anderson-s-long-tail-theory-might-be-all-wrong.html\">\u00e0 longue tra\u00eene<\/a>&nbsp;\u00e0 trouver un public pour leurs \u0153uvres exp\u00e9rimentales de niche et \u00e0 gagner leur vie gr\u00e2ce \u00e0 leurs&nbsp;<a href=\"https:\/\/kk.org\/thetechnium\/1000-true-fans\/\">1 000 vrais fans<\/a>. Au lieu de cela, l&rsquo;attention s&rsquo;est port\u00e9e sur une minorit\u00e9 d&rsquo;acteurs majeurs qui, sous le r\u00e8gne du&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.nytimes.com\/2014\/04\/06\/magazine\/the-pernicious-rise-of-poptimism.html\">poptimisme<\/a>, sont c\u00e9l\u00e9br\u00e9s pour leur qu\u00eate du succ\u00e8s commercial. Dans l&rsquo;histoire de la culture pop am\u00e9ricaine de Marx, qui met fortement l&rsquo;accent sur les m\u00e9dias, la musique et la mode, avec quelques mentions en passant de la litt\u00e9rature, de l&rsquo;art et de la danse, un th\u00e8me \u00e9merge : tout le monde se vend ou fait de son mieux pour le faire. Le mercantilisme effr\u00e9n\u00e9 a remplac\u00e9 la cr\u00e9ativit\u00e9. La culture est devenue \u00ab un vecteur de divertissement, de politique et de profit, mais au d\u00e9triment de la pure innovation artistique \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;ai aim\u00e9&nbsp;<em>Blank Space<\/em>, qui passe en revue avec une rapidit\u00e9 remarquable des noms et des scandales notables \u2014 d&rsquo;Ezra Klein \u00e0 \u00ab Elsagate \u00bb, de&nbsp;<em>Buzzfeed<\/em>&nbsp;\u00e0 BTS, de St\u00fcssy \u00e0 Stewart Brand. Tout livre qui s&rsquo;en prend \u00e0&nbsp;<em>d&rsquo;autres<\/em>&nbsp;personnes (pour leur mauvais go\u00fbt et leur art banal) suscite souvent un sentiment de satisfaction suffisante chez le lecteur. Mais je ne savais pas si j&rsquo;\u00e9tais vraiment d&rsquo;accord avec Marx. La culture contemporaine est-elle vraiment pire que celle du pass\u00e9 ? Consid\u00e9rons que lorsque le critique musical Simon Reynolds, dans son livre&nbsp;<em>Retromania<\/em>&nbsp;publi\u00e9 en 2010, a affirm\u00e9 que la pop contemporaine ne faisait que remixer, recycler et \u00e9puiser le pass\u00e9, la critique Sara Marcus&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.thenation.com\/article\/archive\/last-years-model-simon-reynolds\/\">a observ\u00e9<\/a>&nbsp;que la th\u00e8se de Reynolds \u00ab pr\u00e9sente plusieurs probl\u00e8mes fondamentaux, \u00e0 commencer par son m\u00e9pris flagrant de la premi\u00e8re loi de la thermodynamique pop : aucune musique n&rsquo;aura jamais autant d&rsquo;importance que celle que vous aimiez \u00e0 16 ans \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela signifiait-il que l&rsquo;argument de&nbsp;<em>Blank Space<\/em>&nbsp;\u00e9tait erron\u00e9 ? Car je me sentais effectivement priv\u00e9 d&rsquo;un avenir utopique. On m&rsquo;avait promis une information gratuite, de grands chefs-d&rsquo;\u0153uvre artistiques et une semaine de travail de quatre jours pour en profiter. Au lieu de cela, j&rsquo;avais un profond sentiment de FOMO g\u00e9n\u00e9rationnel. Les r\u00e9cits d&rsquo;autres personnes sur le XXe si\u00e8cle m&rsquo;ont donn\u00e9 le sentiment distinct que les artistes et les \u00e9crivains du pass\u00e9 \u00e9taient plong\u00e9s dans un milieu artistique et intellectuel stimulant, qui a donn\u00e9 naissance \u00e0 de v\u00e9ritables&nbsp;<em>stars<\/em>. Le pr\u00e9sent, avec son d\u00e9luge de personnalit\u00e9s des r\u00e9seaux sociaux, ne tient pas tout \u00e0 fait la route.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le probl\u00e8me avec les diagnostics de d\u00e9clin culturel, cependant, est qu&rsquo;ils ont tendance \u00e0 \u00eatre bas\u00e9s sur des impressions. L&rsquo;art&nbsp;<em>semble<\/em>&nbsp;moins bon. La musique&nbsp;<em>semble<\/em>&nbsp;moins bonne. Les jugements subjectifs sont souvent le seul moyen de distinguer le&nbsp;<a href=\"https:\/\/issues.org\/limits-of-data-nguyen\/\">bon art<\/a>&nbsp;du mauvais, mais ils ne sont pas satisfaisants. Je n&rsquo;\u00e9tais pas enti\u00e8rement convaincu par l&rsquo;approche de Marx, qui d\u00e9fie le d\u00e9terminisme nominatif en n&rsquo;\u00e9tant pas particuli\u00e8rement, disons, marxiste.&nbsp;<em>Blank Space&nbsp;<\/em>reconna\u00eet<em>&nbsp;<\/em>les changements structurels dans tous les secteurs et la mani\u00e8re dont les politiques \u00e9conomiques n\u00e9olib\u00e9rales ont remodel\u00e9 l&rsquo;\u00e9conomie mondiale, mais il attribue en grande partie le d\u00e9clin apparent de l&rsquo;art \u00e0 des causes plus proches de nous, \u00e0 savoir les \u00ab attentes mutuelles \u00bb que nous avons les uns envers les autres. Nous avons rejet\u00e9 les hi\u00e9rarchies du go\u00fbt et le succ\u00e8s commercial au profit de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 artistique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour d\u00e9cider si j&rsquo;\u00e9tais d&rsquo;accord avec&nbsp;<em>Blank Space<\/em>, je me suis tourn\u00e9 vers une technique de l&rsquo;<em>autre<\/em>&nbsp;Marx : le mat\u00e9rialisme historique. Quelles conditions sociales et \u00e9conomiques ont contribu\u00e9 \u00e0 la production de grandes \u0153uvres au XXe si\u00e8cle ? Et quels changements ont pu aggraver la situation ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Artistes, critiques et artistes-critiques<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a quelques ann\u00e9es, mon int\u00e9r\u00eat de longue date pour les livres m&rsquo;a amen\u00e9 \u00e0 exercer une activit\u00e9 secondaire de critique litt\u00e9raire : je me levais \u00e0 5 heures du matin pour r\u00e9diger des critiques de livres, j&rsquo;allais travailler comme concepteur de logiciels, puis je faisais de la r\u00e9vision le soir. En tant que projet parall\u00e8le, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;une des activit\u00e9s les moins r\u00e9mun\u00e9ratrices que je pouvais faire. Intellectuellement, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;activit\u00e9 la plus stimulante que je pouvais imaginer.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les critiques sont souvent consid\u00e9r\u00e9s comme des esth\u00e8tes \u00e9litistes et grincheux charg\u00e9s de juger de la qualit\u00e9 des livres. Mais les critiques que j&rsquo;admirais le plus et que je cherchais \u00e0 \u00e9crire \u00e9vitaient les simples notes par \u00e9toiles. Au contraire, elles examinaient les livres avec plus d&rsquo;attention, de perspicacit\u00e9 et de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, en les situant dans un contexte social et artistique plus large. \u00ab La critique a un lien inextricable avec le jugement \u00bb,&nbsp;<a href=\"http:\/\/4columns.org\/kitnick-alex\/manifesto\">a observ\u00e9<\/a>&nbsp;le professeur d&rsquo;art Alex Kitnick, \u00ab mais peut-\u00eatre plus important encore, elle ouvre un espace \u00e0 la complexit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque je suis tomb\u00e9 sur le livre de Chaim Gingold, Building SimCity: How to Put the World in a Machine, j&rsquo;ai su que je devais \u00e9crire \u00e0 son sujet. Pendant des ann\u00e9es, j&rsquo;avais eu le sentiment que les bons articles sur les logiciels \u00e9taient rares. Dans la plupart des r\u00e9cits, les logiciels \u00e9taient cr\u00e9\u00e9s par des gar\u00e7ons g\u00e9niaux ou des m\u00e9chants inconscients. Ils \u00e9taient rarement pr\u00e9sent\u00e9s comme un acte cr\u00e9atif ou une activit\u00e9 sociale impliquant des \u00e9quipes de penseurs, de cr\u00e9ateurs, d&rsquo;ing\u00e9nieurs et de designers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au moment o\u00f9 ma&nbsp;<a href=\"https:\/\/lareviewofbooks.org\/article\/seeing-like-a-simulation\/\">critique<\/a>&nbsp;a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e \u2014 un essai de 3 500 mots qui \u00e9tablissait des liens entre Building SimCity, le livre d&rsquo;anthropologie pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de la Silicon Valley, Seeing Like a State, et un projet controvers\u00e9 de construction de ville en Californie \u2014, j&rsquo;avais pass\u00e9 plus de 40 heures \u00e0 la r\u00e9diger. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s heureux de recevoir un e-mail de M. Gingold me faisant part de sa gratitude.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 penser que le r\u00f4le d&rsquo;un critique \u00e9tait \u00e9galement relationnel : Si quelqu&rsquo;un a consacr\u00e9 des ann\u00e9es de sa vie \u00e0 une \u0153uvre, il m\u00e9rite une r\u00e9ponse s\u00e9rieuse et soutenue. Les critiques qui r\u00e9digent de telles critiques n&rsquo;offrent pas seulement quelque chose au cr\u00e9ateur d&rsquo;une \u0153uvre, mais au monde entier. \u00ab Regardez ici \u00bb, dit un critique. \u00ab Imaginez ce que pourrait \u00eatre la culture \u00bb \u2014 s&rsquo;il y avait plus ou moins d&rsquo;une certaine tendance, un revirement, un mouvement qui ressemblerait \u00e0 ceci.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les critiques ont besoin de ces raisons id\u00e9alistes et nobles pour justifier leur travail, car les conditions \u00e9conomiques de leur profession sont d\u00e9sastreuses.&nbsp;<em>Los Angeles Review of Books&nbsp;<\/em>m&rsquo;a pay\u00e9 100 dollars pour ma critique ; je n&rsquo;ai jamais re\u00e7u plus de 600 dollars d&rsquo;une publication. \u00ab \u00c0 ma connaissance,&nbsp;<a href=\"https:\/\/worldliteraturetoday.org\/2025\/september\/criticism-literature-why-it-vanishing-adam-morgan\">\u00e9crit<\/a>&nbsp;le journaliste et critique Adam Morgan dans le num\u00e9ro de septembre de&nbsp;<em>World Literature Today<\/em>, il ne reste plus que sept critiques litt\u00e9raires \u00e0 plein temps aux \u00c9tats-Unis. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si vous lisez une critique d&rsquo;une exposition d&rsquo;art, d&rsquo;un album ou d&rsquo;un roman, l&rsquo;auteur a probablement \u00e9t\u00e9 pay\u00e9 moins que le salaire minimum pour son travail. Dans cette profession, c&rsquo;est un autre travail (ou d&rsquo;autres personnes) qui paie le loyer. \u00ab La v\u00e9rit\u00e9, \u00e9crit la critique et romanci\u00e8re Christine Smallwood, <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">c&rsquo;est que les personnes qui font cette chose assez folle et marginale qu&rsquo;est l&rsquo;\u00e9criture de critiques le font parce qu&rsquo;elles ont un attachement passionn\u00e9 \u00e0 la litt\u00e9rature.&nbsp;Cela ne rapporte ni argent ni pouvoir, et n&rsquo;apporte aucune renomm\u00e9e. Aujourd&rsquo;hui, \u00e9crire des critiques litt\u00e9raires est une vocation, pas une carri\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais la viabilit\u00e9 financi\u00e8re de la critique est-elle un probl\u00e8me pour quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre que les critiques eux-m\u00eames ? Pour les auteurs, peut-\u00eatre : moins de publications, moins de personnel \u00e0 temps plein et moins de budget pour les pigistes, cela signifie moins de critiques. C&rsquo;est une mauvaise nouvelle pour les romanciers d\u00e9butants, qui sont pouss\u00e9s \u00e0 \u00eatre \u00e0 la fois \u00e9crivains&nbsp;<em>et<\/em>&nbsp;experts des r\u00e9seaux sociaux afin de faire conna\u00eetre leur travail au public. Et c&rsquo;est une mauvaise nouvelle, je dirais, si nous nous soucions du dynamisme culturel et de l&rsquo;innovation artistique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est \u00e9vident que les mouvements artistiques ont besoin d&rsquo;artistes. Je soutiens qu&rsquo;ils ont \u00e9galement besoin de critiques. Les critiques aident \u00e0 nommer, d\u00e9crire et contextualiser les mouvements. Ils historicisent les artistes \u2014 pour r\u00e9v\u00e9ler ce qui est nouveau et innovant \u2014 et pr\u00e9sentent des arguments convaincants sur les \u0153uvres qui seront importantes \u00e0 l&rsquo;avenir. En bref, les critiques racontent l&rsquo;histoire de l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;art et de la culture au fil du temps, et de leur \u00e9volution actuelle. Et sans une histoire captivante, la culture stagne et d\u00e9cline.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les critiques ont jou\u00e9 un r\u00f4le cl\u00e9 dans deux mouvements artistiques importants du XXe si\u00e8cle : l&rsquo;expressionnisme abstrait et la Nouvelle Vague fran\u00e7aise. Apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, une g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;artistes, dont Jackson Pollock, Lee Krasner, Willem de Kooning et Arshile Gorky, a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de loyers bon march\u00e9 \u00e0 Manhattan et d&rsquo;un financement g\u00e9n\u00e9reux de l&rsquo;\u00c9tat : le Federal Art Project a permis aux artistes de conserver leur emploi pendant la Grande D\u00e9pression, et les anciens combattants ont pu utiliser le GI Bill pour payer leurs \u00e9tudes dans une \u00e9cole d&rsquo;art. Tout en travaillant, le critique Clement Greenberg a \u00e9crit,&nbsp;<a href=\"https:\/\/monoskop.org\/images\/c\/ce\/Greenberg_Clement_1955_1961_American-Type_Painting.pdf\">affirmant que<\/a>&nbsp;les peintres am\u00e9ricains \u2014 et non europ\u00e9ens \u2014 \u00e9taient \u00e0 la pointe de l&rsquo;art. Le mouvement AbEx a \u00e9galement b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l&rsquo;apport d&rsquo;artistes-critiques comme Elaine de Kooning, peintre (et \u00e9pouse de Willem de Kooning) qui a critiqu\u00e9 les \u0153uvres de Pollock, Gorsky et d&rsquo;autres artistes influents de la sc\u00e8ne. Dans le cas de Greenberg et Elaine de Kooning, la critique ne d\u00e9coulait pas d&rsquo;un antagonisme, mais d&rsquo;une affinit\u00e9 affectueuse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais m\u00eame l&rsquo;agressivit\u00e9 avait une valeur artistique : lorsque le magazine de cin\u00e9ma&nbsp;<em>Cahiers du Cin\u00e9ma<\/em>&nbsp;a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 \u00e0 Paris en 1951, ses r\u00e9dacteurs \u00e9taient jeunes, id\u00e9alistes et f\u00e9roces. L&rsquo;un d&rsquo;eux, Fran\u00e7ois Truffaut, est devenu c\u00e9l\u00e8bre sous le nom de \u00ab fossoyeur \u00bb pour ses&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.newwavefilm.com\/about\/a-certain-tendency-of-french-cinema-truffaut.shtml\">critiques acerbes<\/a>&nbsp;des cin\u00e9astes fran\u00e7ais. Mais la critique, comme l&rsquo;a not\u00e9 Emilie Bickerton dans son&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.versobooks.com\/en-gb\/products\/2110-a-short-history-of-em-cahiers-du-cinema-em?srsltid=AfmBOop2SaZCyNE-C5CzHCxfqIvlKkjJIIVBzV4fM87tKojMhKrGpfQD\">histoire du magazine<\/a>,<em>&nbsp;<\/em>lui a donn\u00e9, ainsi qu&rsquo;\u00e0 d&rsquo;autres, \u00ab une formation sur la fa\u00e7on de faire des films&#8230; L&rsquo;\u00e9criture les a oblig\u00e9s \u00e0 se demander, et \u00e0 r\u00e9pondre, comment un r\u00e9alisateur utilisait diverses techniques \u00e0 ses propres fins \u00bb. Huit ans apr\u00e8s le premier num\u00e9ro des Cahiers, Truffaut a remport\u00e9 le prix du \u00ab meilleur r\u00e9alisateur \u00bb \u00e0 Cannes pour son premier film. Aujourd&rsquo;hui, Truffaut et ses pairs de la Nouvelle Vague fran\u00e7aise \u2014 Claude Chabrol, Jean-Luc Godard, Jacques Rivette et \u00c9ric Rohmer, qui ont tous \u00e9crit pour les Cahiers \u2014 t\u00e9moignent de la fronti\u00e8re t\u00e9nue qui s\u00e9pare le critique de l&rsquo;artiste. Comme l&rsquo;a observ\u00e9 A.O. Scott dans Better Living Through Criticism, \u00ab chaque \u00e9crivain est un lecteur, chaque musicien un auditeur, anim\u00e9 par le d\u00e9sir d&rsquo;imiter, de corriger, d&rsquo;am\u00e9liorer ou de r\u00e9pondre aux mod\u00e8les qui se pr\u00e9sentent \u00e0 eux \u00bb. Au lieu d&rsquo;accuser \u00ab tous les critiques d&rsquo;\u00eatre des artistes rat\u00e9s \u00bb, il serait peut-\u00eatre plus juste de dire que \u00ab tout art est une critique r\u00e9ussie \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 ce stade, j&rsquo;aimerais revenir \u00e0 notre question initiale \u2014 l&rsquo;innovation artistique et culturelle est-elle vraiment en d\u00e9clin ? \u2014 et proposer une hypoth\u00e8se. Si de grandes \u0153uvres d&rsquo;art peuvent \u00eatre produites de mani\u00e8re isol\u00e9e, ce sont les&nbsp;<em>mouvements<\/em>artistiques \u2014 qui organisent des \u0153uvres disparates en sc\u00e8nes et sensibilit\u00e9s coh\u00e9rentes \u2014 qui contribuent \u00e0 un sentiment de progr\u00e8s. Si l&rsquo;on part du principe que l&rsquo;innovation peut \u00eatre mesur\u00e9e \u00e0 l&rsquo;aune des nouveaux mouvements artistiques,&nbsp;<em>et que<\/em>&nbsp;ces mouvements sont facilit\u00e9s par une culture critique, alors un \u00e9cosyst\u00e8me critique affaibli conduira au \u00ab vide \u00bb d\u00e9crit par W. David Marx, o\u00f9 l&rsquo;art et la culture semblent stagnants.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est exactement ce qui s&rsquo;est produit au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie du XXe si\u00e8cle, avec des r\u00e9percussions durables au XXIe si\u00e8cle. Le&nbsp;<em>Village Voice<\/em>, un hebdomadaire alternatif influent dont l&rsquo;histoire r\u00e9v\u00e8le ce qu&rsquo;une culture critique saine peut accomplir \u2014 et ce qui se passe lorsqu&rsquo;elle dispara\u00eet \u2014, constitue une \u00e9tude de cas utile \u00e0 cet \u00e9gard.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Les Bell Labs de la critique culturelle<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque le psychologue Ed Fancher, le v\u00e9t\u00e9ran de la Seconde Guerre mondiale Dan Wolf et le romancier Norman Mailer ont fond\u00e9 le&nbsp;<em>Village Voice<\/em>&nbsp;en 1955, ils ne connaissaient pas grand-chose au journalisme ni \u00e0 la gestion d&rsquo;un journal. Le premier num\u00e9ro a \u00e9t\u00e9 financ\u00e9 par leurs \u00e9conomies et publi\u00e9 dans un appartement de deux chambres \u00e0 Greenwich Village. Malgr\u00e9 de fr\u00e9quents changements de propri\u00e9taire et de direction, ses r\u00e9dacteurs \u2014 qui b\u00e9n\u00e9ficiaient d&rsquo;une grande libert\u00e9 \u00e9ditoriale et de r\u00e9mun\u00e9rations nettement moins g\u00e9n\u00e9reuses \u2014 en ont fait l&rsquo;un des hebdomadaires alternatifs les plus influents du XXe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour ceux qui ont manqu\u00e9 l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or du journal, le meilleur moyen d&rsquo;en savoir plus est de lire l&rsquo;ouvrage de Tricia Romano,&nbsp;<em>The Freaks Came Out to Write: The Definitive History of the Village Voice<\/em>. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un v\u00e9ritable who&rsquo;s who des \u00e9crivains et personnalit\u00e9s influents, dont bon nombre des critiques qui m&rsquo;ont inspir\u00e9 \u00e0 mes d\u00e9buts, comme Peter Schjeldahl, Vivian Gornick et Lynn Yaeger. Il semblait improbable que&nbsp;<em>toutes<\/em>&nbsp;ces stars aient travaill\u00e9 au m\u00eame endroit ! Cela m&rsquo;a \u00e9galement rappel\u00e9 une autre puissance intellectuelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le&nbsp;<em>Village Voice<\/em>&nbsp;\u00e9tait, en substance, le Bell Labs de la critique culturelle. Les deux institutions ont \u00e9t\u00e9 fond\u00e9es \u00e0 New York : Bell Labs en 1925, le&nbsp;<em>Village Voice<\/em>&nbsp;en 1955. Toutes deux \u00e9taient extr\u00eamement innovantes dans leurs domaines respectifs : les chercheurs de Bell Labs ont invent\u00e9 le transistor, le langage de programmation C, UNIX et la discipline de la th\u00e9orie de l&rsquo;information. Les r\u00e9dacteurs et les \u00e9crivains du&nbsp;<em>Voice<\/em>, quant \u00e0 eux, ont \u00e9t\u00e9 les premiers d\u00e9fenseurs de genres musicaux influents (rock, disco, hip-hop) et d&rsquo;id\u00e9es (th\u00e9orie de l&rsquo;auteur dans le cin\u00e9ma), le tout dans le style pionnier du Nouveau Journalisme, o\u00f9 les techniques litt\u00e9raires \u00e9taient utilis\u00e9es pour produire des critiques et des reportages impr\u00e9gn\u00e9s d&rsquo;exp\u00e9rience subjective. Les hebdomadaires alternatifs comme le Voice, observait son ancien r\u00e9dacteur en chef Kit Rachlis, montraient que \u00ab l&rsquo;\u00e9criture sur la culture \u00e9tait une chose extr\u00eamement importante&#8230; \u00e0 couvrir, \u00e0 \u00e9crire, \u00e0 rapporter, \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir, \u00e0 analyser \u00bb. Et les r\u00e9dacteurs du Voice n&rsquo;\u00e9taient pas seulement des faiseurs de tendance ; ils ont \u00e9galement fa\u00e7onn\u00e9 le paysage politique am\u00e9ricain, couvrant les premi\u00e8res transactions immobili\u00e8res de Trump, la corruption judiciaire, le mouvement f\u00e9ministe naissant, la crise du sida et ACT UP.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Qu&rsquo;est-ce qui a rendu le Voice si influent ? Deux \u00e9l\u00e9ments cl\u00e9s ont jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant : des personnes talentueuses ayant des perspectives distinctives sur l&rsquo;art et une culture qui s&rsquo;\u00e9loignait des normes conventionnelles des autres publications. Certains des premiers employ\u00e9s venaient d&rsquo;horizons non traditionnels. Mary Perot Nichols \u00e9tait une femme au foyer, m\u00e8re et militante de quartier \u00e0 Greenwich Village lorsqu&rsquo;elle a demand\u00e9 \u00e0 Dan Wolf (l&rsquo;un des r\u00e9dacteurs fondateurs du Voice) si quelqu&rsquo;un allait couvrir les projets de Robert Moses pour Washington Square Park. \u00ab \u00c9crivez-le vous-m\u00eame \u00bb, lui a-t-il r\u00e9pondu. Sa chronique, \u00ab Runnin&rsquo; Scared \u00bb, a eu une influence majeure sur la politique municipale et a fait d&rsquo;elle l&rsquo;une des adversaires les plus redoutables de Moses, m\u00eame si Wolf s&rsquo;est un jour plaint \u00e0 un coll\u00e8gue que ses articles \u00e9taient \u00ab illisibles \u00bb. (Nichols \u00e9tait \u00e9galement amie avec d&rsquo;autres opposants \u00e0 Moses ; elle et Jane Jacobs emmenaient souvent leurs enfants au parc ensemble, et elle aida le jeune Robert Caro, qui avait du mal \u00e0 publier un article important sur Moses, \u00e0 obtenir l&rsquo;acc\u00e8s aux dossiers de l&rsquo;urbaniste).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les r\u00e9dacteurs ont jou\u00e9 un r\u00f4le essentiel dans la recherche et la formation des talents. Selon Richard Goldstein, qui a rejoint le journal en 1966 et en est devenu plus tard le r\u00e9dacteur en chef, la philosophie du journal \u00e9tait la suivante :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\"> \u00ab Vous n&rsquo;engagez pas un expert, vous engagez quelqu&rsquo;un qui vit le ph\u00e9nom\u00e8ne qui m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre couvert&#8230; Beaucoup de personnes que j&rsquo;ai engag\u00e9es \u00e9taient en fait des amateurs en tant qu&rsquo;\u00e9crivains, mais elles avaient une sensibilit\u00e9 incroyablement int\u00e9ressante et \u00e9taient totalement en phase avec les sujets sur lesquels elles \u00e9crivaient.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des r\u00e9dacteurs en chef comme Robert Christgau, qui se d\u00e9crivait lui-m\u00eame comme le \u00ab doyen des critiques rock am\u00e9ricains \u00bb, bien qu&rsquo;il ait \u00e9galement un penchant pour le hip-hop et le riot grrrl, ont fait entrer des \u00e9crivains embl\u00e9matiques dans le giron du journal. \u00c9tudiant \u00e0 Howard, Greg Tate s&rsquo;int\u00e9ressait au&nbsp;<em>Voice<\/em>&nbsp;pour sa couverture du jazz avant-gardiste et du hip-hop. Plus tard, Christgau l&rsquo;a fait entrer dans l&rsquo;\u00e9quipe, et Tate est devenu l&rsquo;un des critiques culturels noirs les plus influents de sa g\u00e9n\u00e9ration. (Son style inimitable l&rsquo;a sans doute plac\u00e9 au m\u00eame rang que les artistes dont il parlait : David Bowie \u00e9tait un fan, et Flea, le bassiste des Red Hot Chili Peppers,&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.rollingstone.com\/music\/music-news\/greg-tate-tribute-rob-sheffield-1268200\/\">aurait<\/a>&nbsp;fondu en larmes apr\u00e8s avoir lu la critique \u00e9logieuse de Tate sur l&rsquo;album&nbsp;<em>Californification<\/em>&nbsp;du groupe de rock.) Christgau a r\u00e9ussi \u00e0 \u00ab d\u00e9fier l&rsquo;illogisme de la supr\u00e9matie blanche dans l&rsquo;\u00e9dition \u00bb, explique Tate dans le livre de Romano, \u00e0 propos de \u00ab&nbsp;<em>Nous ne trouvons aucun Noir qualifi\u00e9.<\/em>&nbsp;\u00bb Christgau \u00ab semblait en croiser partout o\u00f9 il allait \u00bb. Bien que le bilan du&nbsp;<em>Voice<\/em>&nbsp;en mati\u00e8re de race n&rsquo;ait pas \u00e9t\u00e9 parfait, il \u00e9tait souvent en avance sur les autres publications. Selon la dramaturge et journaliste Lisa Jones, il s&rsquo;agissait de \u00ab l&rsquo;organisme de presse le plus important \u00bb des ann\u00e9es 90 pour former des \u00e9crivains noirs et leur donner un espace pour \u00e9crire sur la culture noire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les \u00e9crivains ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9s par la culture conflictuelle et intellectuellement combative du Voice. Bien que le Voice f\u00fbt largement de gauche, avec un contingent important de f\u00e9ministes, de lesbiennes et d&rsquo;homosexuels, ses \u00e9crivains occupaient un large \u00e9ventail id\u00e9ologique. Il y avait une culture que l&rsquo;on pourrait poliment qualifier de franchise radicale ; une formulation moins positive parlerait d&rsquo;antagonisme id\u00e9ologique total. Beaucoup, dont le r\u00e9dacteur Lucian K. Truscott IV, consid\u00e9raient le Voice comme \u00ab l&rsquo;organe du mouvement f\u00e9ministe \u00bb, gr\u00e2ce \u00e0 des articles influents tels que la couverture par Vivian Gornick du groupe New York Radical Feminists et l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.villagevoice.com\/when-an-abortionist-dies\/\">article de couverture<\/a>&nbsp;de Susan Brownmiller en 1969 sur un m\u00e9decin \u00ab l\u00e9gendaire \u00bb pratiquant des avortements sur la c\u00f4te Est. Mais lorsque David Schneiderman a rejoint le Voice en tant que r\u00e9dacteur en chef et a commenc\u00e9 \u00e0 embaucher davantage de femmes, Jack Newfield \u2014 c\u00e9l\u00e8bre pour son article \u00ab Les 10 pires propri\u00e9taires \u00bb \u2014 s&rsquo;est plaint \u00e0 Schneiderman qu&rsquo;il embauchait trop de \u00ab f\u00e9ministes staliniennes \u00bb. Et le chroniqueur de jazz Nat Hentoff, un libertarien juif ath\u00e9e, est devenu c\u00e9l\u00e8bre dans tout le pays pour ses positions politiques vigoureusement anti-avortement. Mais le&nbsp;<em>Voice<\/em>&nbsp;n&rsquo;aurait pas pu \u00eatre ce qu&rsquo;il \u00e9tait sans cette diversit\u00e9 id\u00e9ologique, qui se traduisait souvent par des attaques entre r\u00e9dacteurs dans ses pages.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le livre de Romano met en lumi\u00e8re l&rsquo;id\u00e9alisme noble et les griefs mesquins qui ont fait du&nbsp;<em>Voice<\/em>&nbsp;une influence aussi fascinante, originale et durable sur la vie intellectuelle am\u00e9ricaine.<strong>&nbsp;<\/strong>Les personnes qu&rsquo;elle a interview\u00e9es d\u00e9crivent de mani\u00e8re vivante comment ses critiques ont contribu\u00e9 \u00e0 populariser de nouveaux mouvements artistiques, amenant des sous-cultures innovantes dans le courant dominant. Malheureusement, le livre sert \u00e9galement d&rsquo;\u00e9l\u00e9gie au journal ; apr\u00e8s avoir p\u00e9niblement franchi le seuil du XXIe si\u00e8cle, le&nbsp;<em>Voice<\/em>&nbsp;a cess\u00e9 de para\u00eetre en version imprim\u00e9e en 2017. Bien qu&rsquo;il ait \u00e9t\u00e9 relanc\u00e9 quelques ann\u00e9es plus tard, il n&rsquo;a plus rien \u00e0 voir avec la publication iconoclaste d&rsquo;autrefois. Ici, malheureusement, la comparaison entre Bell Labs et le&nbsp;<em>Village Voice<\/em>&nbsp;est tout \u00e0 fait pertinente. Aujourd&rsquo;hui, Bell Labs existe en tant que filiale de Nokia. Mais hormis son nom, l&rsquo;ing\u00e9nieur Brian Potter a not\u00e9 dans sa&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.construction-physics.com\/p\/what-would-it-take-to-recreate-bell\">lettre d&rsquo;information<\/a><em>Construction Physics<\/em>&nbsp;qu&rsquo;\u00ab il n&rsquo;a plus grand-chose \u00e0 voir avec le g\u00e9ant de la recherche industrielle du XXe si\u00e8cle \u00bb. La nostalgie se manifeste souvent par le d\u00e9sir de faire revivre d&rsquo;anciennes institutions appr\u00e9ci\u00e9es, mais il est plus facile d&rsquo;en r\u00eaver que de le faire. Comme le souligne Potter, \u00ab le monde dans lequel Bell Labs prosp\u00e9rait n&rsquo;existe plus : pour faire avancer le progr\u00e8s technologique, nous devons comprendre \u00e0 la fois pourquoi Bell Labs a fonctionn\u00e9 et pourquoi il ne peut plus fonctionner \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On pourrait en dire autant du&nbsp;<em>Voice<\/em>, qui a atteint son apog\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 un mod\u00e8le \u00e9conomique sp\u00e9cifique au journalisme, d\u00e9truit par les technologies du XXIe si\u00e8cle. Lorsque le journal a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 en 1951, il disposait de deux sources de revenus : les achats des lecteurs et les petites annonces. (Les annonces concernaient principalement des appartements, m\u00eame si Bruce Springsteen a trouv\u00e9 son batteur gr\u00e2ce aux petites annonces du&nbsp;<em>Village Voice<\/em>.) En 1996, cependant, le Voice \u00e9tait le seul hebdomadaire new-yorkais payant (1,25 dollar en kiosque) et son tirage \u00e9tait en baisse. Leonard Stern, alors propri\u00e9taire du Voice, a d\u00e9cid\u00e9 de rendre le journal gratuit. Ce fut une d\u00e9cision brillante \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque : la distribution est pass\u00e9e de 75 000 exemplaires par semaine \u00e0 250 000, et les revenus ont \u00e9galement augment\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais ce mod\u00e8le \u00e9conomique s&rsquo;est effondr\u00e9 avec l&rsquo;essor d&rsquo;Internet. \u00c0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 2001, Anil Dash, alors \u00e2g\u00e9 d&rsquo;une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es, a commenc\u00e9 \u00e0 travailler comme d\u00e9veloppeur web pour le Voice. \u00ab Je devais m&rsquo;occuper des petites annonces \u00bb, raconte-t-il \u00e0 Romano. \u00ab Il s&rsquo;agissait d&rsquo;annonces personnelles et d&rsquo;annonces immobili\u00e8res \u00bb, et ces derni\u00e8res permettaient de payer les factures. \u00ab Le troisi\u00e8me jour, Craigslist a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 \u00e0 New York. Je savais. Je me suis dit : \u00ab Oh mon Dieu \u00bb \u00bb. Le Voice ne pouvait plus vendre ce que Craigslist offrait gratuitement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vous connaissez probablement la suite de l&rsquo;histoire. Apr\u00e8s Craigslist, le d\u00e9luge. De nouvelles start-ups technologiques ont \u00e9merg\u00e9, anim\u00e9es par une volont\u00e9 missionnaire de rendre l&rsquo;information gratuite, et les journaux ont d\u00fb s&rsquo;adapter \u2014 p\u00e9niblement \u2014 \u00e0 ce nouveau monde. La politique \u00ab&nbsp;<a href=\"https:\/\/web.archive.org\/web\/20101202035750\/http:\/googlewebmastercentral.blogspot.com\/2008\/10\/first-click-free-for-web-search.html\">first click free<\/a>&nbsp;\u00bb (premier clic gratuit) de Google, instaur\u00e9e en 2008, a contraint les \u00e9diteurs en ligne \u00e0 proposer des articles sans paywall s&rsquo;ils voulaient \u00eatre index\u00e9s dans la recherche Google. Cette politique a \u00e9trangl\u00e9 les profits des journaux pendant des ann\u00e9es : \u00ab Si vous ne vous inscrivez pas au \u00ab premier clic gratuit \u00bb, se&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.theguardian.com\/technology\/2017\/oct\/02\/google-to-ditch-controversial-first-click-free-policy\">est plaint<\/a>&nbsp;le PDG de News Corp, \u00ab vous disparaissez pratiquement des r\u00e9sultats de recherche \u00bb. Lorsque le&nbsp;<em>Wall Street Journal<\/em>&nbsp;a men\u00e9 une&nbsp;<a href=\"https:\/\/digiday.com\/media\/wall-street-journal-close-google-loophole-entirely\/\">exp\u00e9rience de<\/a>&nbsp;deux semaines en 2017 consistant \u00e0 supprimer le \u00ab premier clic gratuit \u00bb pour 40 % de ses lecteurs, il a constat\u00e9 une augmentation de 86 % des abonnements. Mais lorsqu&rsquo;il a rendu cette exp\u00e9rience permanente, Google l&rsquo;a&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.wsj.com\/articles\/google-offers-hand-to-news-publishers-1506916861?mod=e2tw&amp;mg=prod\/accounts-wsj\">sanctionn\u00e9<\/a>&nbsp;en r\u00e9trogradant les liens vers le WSJ dans ses produits, ce qui a entra\u00een\u00e9 une baisse de 38 % du trafic provenant des recherches et de 89 % de celui provenant de Google Actualit\u00e9s. Bien que Google ait finalement mis fin \u00e0 cette politique fin 2017, le mal \u00e9tait fait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui est arriv\u00e9 au journalisme au XXIe si\u00e8cle est, \u00e0 bien des \u00e9gards, l&rsquo;histoire du conflit entre deux valeurs utopiques : \u00ab L&rsquo;information veut \u00eatre libre \u00bb et \u00ab Les \u00e9crivains doivent \u00eatre r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s \u00bb. Se concentrer sur la premi\u00e8re a conduit \u00e0 des r\u00e9sultats ind\u00e9niablement positifs, comme une meilleure recherche et une r\u00e9duction des obstacles \u00e0 l&rsquo;acc\u00e8s aux informations importantes. Mais cela a \u00e9galement d\u00e9truit le mod\u00e8le \u00e9conomique qui a permis au Village Voice de former une g\u00e9n\u00e9ration de critiques et de journalistes l\u00e9gendaires. Bien s\u00fbr, les publications continuent d&rsquo;essayer de faire fonctionner ce mod\u00e8le. En 2011, le&nbsp;<em>New York Times<\/em>&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.nytimes.com\/2011\/03\/21\/business\/media\/21times.html\">a mis en place un syst\u00e8me de p\u00e9age<\/a>, et c&rsquo;est aujourd&rsquo;hui l&rsquo;une des rares r\u00e9ussites des m\u00e9dias traditionnels, en partie gr\u00e2ce \u00e0 son offre de jeux et de recettes. D&rsquo;autres publications d&rsquo;information b\u00e9n\u00e9ficient de propri\u00e9taires milliardaires qui ont fait fortune gr\u00e2ce au boom technologique : The&nbsp;<em>Atlantic<\/em>&nbsp;appartient \u00e0 Laurene Powell Jobs, et le&nbsp;<em>Washington Post<\/em>&nbsp;\u00e0 Jeff Bezos. Pourtant, les critiques d&rsquo;aujourd&rsquo;hui doivent avoir de la chance&nbsp;<em>et<\/em>\u00eatre dou\u00e9s pour d\u00e9crocher l&rsquo;une des rares places disponibles dans les quelques publications qui survivent. Certains anciens de&nbsp;<em>Voice<\/em>&nbsp;y sont parvenus : le r\u00e9dacteur et critique de th\u00e9\u00e2tre Hilton Als est d\u00e9sormais critique attitr\u00e9 au&nbsp;<em>New Yorker<\/em>. Mais le prochain Hilton Als devra faire face \u00e0 une triple menace : peu de travail, des salaires bas et un co\u00fbt de la vie \u00e9lev\u00e9. Et je n&rsquo;ai m\u00eame pas mentionn\u00e9 la menace imminente de l&rsquo;IA. Peu importe qu&rsquo;un LLM puisse&nbsp;<em>r\u00e9ellement<\/em>&nbsp;remplacer un critique humain. Le v\u00e9ritable risque est qu&rsquo;il remplace le travail quotidien d&rsquo;un critique une fois que les dirigeants auront d\u00e9cid\u00e9 que les r\u00e9dacteurs exp\u00e9riment\u00e9s et les r\u00e9dacteurs techniques ne sont plus n\u00e9cessaires.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis optimiste de nature, mais m\u00eame moi, je dois admettre que les choses ne s&rsquo;annoncent pas bien pour les critiques am\u00e9ricains. \u00ab Il est impossible de savoir \u00bb,&nbsp;<a href=\"https:\/\/yalereview.org\/article\/christine-smallwood-reviewers-life\">\u00e9crit<\/a>&nbsp;la critique Christine Smallwood, \u00ab quelles id\u00e9es n&rsquo;ont jamais vu le jour parce que quelqu&rsquo;un ne pouvait ou ne voulait pas accepter un tarif horaire qui couvre \u00e0 peine la baby-sitter \u00bb. Il est difficile de mesurer l&rsquo;impact que cela a eu sur la vie intellectuelle et culturelle am\u00e9ricaine, mais je ressens un certain d\u00e9sespoir. \u00ab On ne paie plus les \u00e9crivains aujourd&rsquo;hui, explique Laurie Stone, ancienne collaboratrice du magazine&nbsp;<em>Voice<\/em>, dans le livre de Romano, parce que la culture a d\u00e9cid\u00e9 que les contributions intellectuelles et esth\u00e9tiques \u00e9taient quelque chose que l&rsquo;on pouvait faire \u00e0 c\u00f4t\u00e9, comme un hobby. Et voyez ce qu&rsquo;il advient d&rsquo;une culture qui traite ainsi ses artistes et ses intellectuels ? Rien de bon. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Nous avons la critique chez nous<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je m&rsquo;impatiente cependant lorsque je tombe sur un \u00e9ni\u00e8me essai qui regrette le pass\u00e9. Oui, si seulement nous pouvions revenir \u00e0 ce monde o\u00f9 les journaux engrangeaient des revenus publicitaires, o\u00f9 les loyers \u00e9taient bon march\u00e9 dans le sud de Manhattan, o\u00f9 il y avait des milliers d&#8217;emplois dans le journalisme \u00e0 travers le pays, alors peut-\u00eatre que la critique am\u00e9ricaine pourrait redevenir grande. Mais nous ne pouvons pas faire revivre le pass\u00e9, pas plus que les gauchistes ne peuvent ramener les syndicats d&rsquo;apr\u00e8s-guerre dans une \u00e9conomie mondialis\u00e9e, ou que les conservateurs ne peuvent ramener les mariages traditionnels des ann\u00e9es 1950 dans un monde o\u00f9&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.pewresearch.org\/short-reads\/2024\/11\/18\/us-women-are-outpacing-men-in-college-completion-including-in-every-major-racial-and-ethnic-group\/\">plus de femmes<\/a>&nbsp;que d&rsquo;hommes ont un dipl\u00f4me universitaire. En juillet, le&nbsp;<em>New York Times<\/em>&nbsp;a annonc\u00e9 que quatre de ses critiques de longue date seraient r\u00e9affect\u00e9s. Leurs rempla\u00e7ants, a&nbsp;<a href=\"https:\/\/variety.com\/2025\/tv\/news\/new-york-times-culture-desk-critics-margaret-lyons-jon-pareles-jesse-green-zach-woolfe-reassigned-1236461249\/\">\u00e9crit<\/a>&nbsp;la r\u00e9dactrice en chef de la rubrique culture, Sia Michel, dans une note interne, seraient charg\u00e9s de guider les lecteurs \u00ab non seulement \u00e0 travers des critiques traditionnelles, mais aussi \u00e0 travers des essais, de nouvelles formes narratives, des vid\u00e9os et des exp\u00e9rimentations avec d&rsquo;autres plateformes \u00bb. La r\u00e9action a \u00e9t\u00e9 imm\u00e9diate : le critique de cin\u00e9ma Richard Brody a r\u00e9dig\u00e9 une&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.newyorker.com\/culture\/the-lede\/in-defense-of-the-traditional-review\">d\u00e9fense<\/a>&nbsp;passionn\u00e9e de la critique traditionnelle, tandis que le&nbsp;<a href=\"https:\/\/hellgatenyc.com\/nyt-critics-reassigned-tiktok-culture-writers\/\">commentaire<\/a>&nbsp;de l&rsquo;\u00e9crivain Adlan Jackson dans la publication new-yorkaise&nbsp;<em>Hell Gate<\/em>, d\u00e9tenue par ses employ\u00e9s, avait pour titre percutant : \u00ab Le NYT veut-il des articles culturels ou des vid\u00e9os TikTok ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais la partie la plus r\u00e9v\u00e9latrice de la note de service de Sia Michel n&rsquo;\u00e9tait pas le contenu des formats qu&rsquo;elle mentionnait, mais sa description de l&rsquo;\u00e9volution du paysage culturel. \u00ab Les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations d&rsquo;artistes et de publics \u00bb, \u00e9crivait-elle, \u00ab contournent les institutions traditionnelles \u00bb. Internet a profond\u00e9ment remodel\u00e9 la relation triangulaire entre l&rsquo;artiste, le critique et le public. C&rsquo;est particuli\u00e8rement \u00e9vident dans le domaine de la musique. \u00c0 l&rsquo;apog\u00e9e de l&rsquo;\u00e9mission&nbsp;<em>The Voice<\/em>, les musiciens pouvaient se montrer susceptibles face aux critiques n\u00e9gatives, et c&rsquo;\u00e9tait souvent le cas : Apr\u00e8s la critique n\u00e9gative de Robert Christgau sur un album de Sonic Youth, le compositeur du groupe, Thurston Moore, a \u00e9crit une chanson intitul\u00e9e \u00ab Kill Yr Idols \u00bb, dont les paroles disaient : \u00ab Je ne sais pas pourquoi \/ Tu veux impressionner Christgau. \u00bb (La&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.robertchristgau.com\/get_artist.php?name=Sonic+Youth\">r\u00e9ponse<\/a>&nbsp;laconique de Christgau : \u00ab L&rsquo;idol\u00e2trie est r\u00e9serv\u00e9e aux rock stars&#8230; les critiques veulent juste un peu de respect. \u00bb) Mais m\u00eame si les artistes pouvaient autrefois se montrer \u00ab froidement rancuniers, voire ouvertement hostiles \u00bb envers leurs d\u00e9tracteurs, comme l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.cjr.org\/criticism\/stan-hater-music-criticism.php\">a observ\u00e9<\/a>&nbsp;l&rsquo;\u00e9crivain Luke Ottenhof, ils comprenaient que les critiques \u00e9taient indispensables. Les chroniques \u00ab Consumer Guide \u00bb de Christgau pour le&nbsp;<em>Voice<\/em>&nbsp;ont contribu\u00e9 \u00e0 faire d\u00e9couvrir de nouveaux artistes et de nouvelles musiques au public. Mais les r\u00e9seaux sociaux ont modifi\u00e9 la dynamique entre les artistes et les critiques : non seulement les artistes peuvent inciter leurs fans \u00e0 harceler un critique, mais ils disposent \u00e9galement d&rsquo;un nouveau moyen de pression sur les publications. Comme l&rsquo;\u00e9crit Ottenhof,<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entour\u00e9s de fans qui ne d\u00e9pendent pas de la presse musicale pour acc\u00e9der \u00e0 leurs idoles ou en savoir plus sur elles, les artistes c\u00e9l\u00e8bres peuvent prendre en otage leurs relations avec les publications musicales en difficult\u00e9 financi\u00e8re en \u00e9change d&rsquo;une couverture favorable \u2014 une couverture que la plupart des publications dans une \u00e9conomie ax\u00e9e sur les clics ne peuvent se permettre de laisser passer&#8230; Cette dynamique p\u00e9nalise le dialogue, la nuance et m\u00eame la dissidence prudente, nous poussant peu \u00e0 peu vers une monoculture h\u00e9g\u00e9monique.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela met en \u00e9vidence un autre changement majeur. Internet a facilit\u00e9 l&rsquo;\u00e9valuation de tous les contenus, y compris les critiques, \u00e0 l&rsquo;aide de trois indicateurs cl\u00e9s : les vues, les likes et les partages. Il s&rsquo;av\u00e8re que les critiques sont moins performantes. \u00ab Le consensus \u00bb,&nbsp;<a href=\"https:\/\/nymag.com\/intelligencer\/article\/do-media-organizations-even-want-cultural-criticism.html\">rapporte<\/a>&nbsp;la chroniqueuse Charlotte Klein dans le&nbsp;<em>New York Magazine<\/em>, est que \u00ab les critiques isol\u00e9es ne g\u00e9n\u00e8rent tout simplement pas de trafic \u00bb. Les m\u00e9dias, d\u00e9j\u00e0 confront\u00e9s \u00e0 une&nbsp;<a href=\"https:\/\/nymag.com\/intelligencer\/article\/inside-the-medias-traffic-apocalypse.html\">apocalypse du trafic<\/a>, ont une \u00ab sensibilit\u00e9 aigu\u00eb \u00bb, \u00e9crit Klein, \u00e0 ce qui n&rsquo;est pas lu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est difficile de contester les chiffres. Mais je ne peux m&#8217;emp\u00eacher de penser au concept de capture de valeur de C. Thi Nguyen qui, comme il l&rsquo;\u00e9crit dans son prochain livre,&nbsp;<em>The Score<\/em>, se produit \u00ab lorsque nous sommes expos\u00e9s \u00e0 un syst\u00e8me de notation public simple \u2014 un classement, une mesure, une note num\u00e9rique \u2014 et que celui-ci prend le dessus sur notre prise de d\u00e9cision \u00bb. Les journaux, \u00e9crit-il, \u00ab peuvent \u00eatre soumis \u00e0 la capture de valeur par les clics et les pages vues \u00bb, ce qui permet des comparaisons quantitatives efficaces entre des formes de contenu qualitativement diff\u00e9rentes. Une critique de 3 000 mots qui r\u00e9sume avec \u00e9l\u00e9gance l&rsquo;histoire du hip-hop vise \u00e0 accomplir quelque chose de tr\u00e8s diff\u00e9rent d&rsquo;un r\u00e9sum\u00e9 de 500 mots sur deux artistes qui se disputent sur Twitter, mais les pages vues nous permettent de les comparer directement. Et une critique qui d\u00e9fend un artiste inconnu a un public intrins\u00e8quement plus restreint qu&rsquo;une couverture flatteuse et superficielle d&rsquo;une star existante. Bien que la premi\u00e8re soit plus susceptible de favoriser une culture artistiquement innovante, la seconde est r\u00e9compens\u00e9e dans l&rsquo;\u00e9conomie de l&rsquo;attention actuelle. (Un probl\u00e8me similaire touche les sites de critiques sociales tels que Goodreads et Letterboxd. Les critiques qui recueillent le plus de \u00ab likes \u00bb sont g\u00e9n\u00e9ralement des phrases d&rsquo;accroche spirituelles et tr\u00e8s polaris\u00e9es, plut\u00f4t que des critiques qui abordent avec soin la complexit\u00e9 d&rsquo;une \u0153uvre, c&rsquo;est-\u00e0-dire celles qui fonctionnent comme de v\u00e9ritables&nbsp;<em>critiques<\/em>.)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du point de vue d&rsquo;un investisseur en capital-risque, l&rsquo;\u00e9conomie des cr\u00e9ateurs a relativement bien r\u00e9ussi. Mais en ce qui concerne la culture du XXIe si\u00e8cle, il ne suffit pas qu&rsquo;une poign\u00e9e de start-ups technologiques atteignent des valorisations de licorne. Nous devrions plut\u00f4t voir si elles peuvent faciliter la cr\u00e9ation et la diffusion d&rsquo;\u0153uvres artistiquement ambitieuses. Car le grand art est, \u00e0 bien des \u00e9gards, la solution aux probl\u00e8mes de l&rsquo;\u00e9conomie de l&rsquo;attention. Une grande partie de l&rsquo;internet est d\u00e9sormais optimis\u00e9e pour des contenus superficiels et trivialement dopaminergiques, mais cela a peut-\u00eatre aussi accentu\u00e9 la valeur unique, si l&rsquo;on peut dire, des \u0153uvres artistiques authentiques. L&rsquo;art peut retenir notre attention d&rsquo;une mani\u00e8re plus enrichissante, en restaurant les capacit\u00e9s qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9grad\u00e9es par d&rsquo;autres applications.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque je termine un grand roman, un film ou un jeu vid\u00e9o, je ne me sens pas d\u00e9courag\u00e9 et vid\u00e9 par l&rsquo;exp\u00e9rience. Au contraire, j&rsquo;ai l&rsquo;impression d&rsquo;avoir v\u00e9cu avec et \u00e0 travers ses personnages. Souvent, j&rsquo;ai envie de revivre cette exp\u00e9rience, de l&rsquo;approfondir et de la ressentir \u00e0 nouveau. Je peux le faire en tant que spectateur, en recherchant des recommandations, des critiques et des&nbsp;<em>commentaires<\/em>&nbsp;pour me guider. Mais je peux aussi le faire en tant que critique \u2014 en \u00e9valuant une \u0153uvre avec soin, g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et rigueur \u2014 ou en tant qu&rsquo;artiste, en r\u00e9pondant aux pr\u00e9c\u00e9dents historiques et \u00e0 mes pairs contemporains avec ma propre \u0153uvre d&rsquo;art. Le XXIe si\u00e8cle a d\u00e9mocratis\u00e9 la production et le discours artistiques comme jamais auparavant ; il est plus facile que jamais pour les artistes d&rsquo;apprendre du pass\u00e9, de trouver une communaut\u00e9 de pairs et d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 des outils de qualit\u00e9 professionnelle. Plus de gens que jamais peuvent critiquer l&rsquo;art et le cr\u00e9er. Il y a deux ans, le critique Ryan Ruby a sugg\u00e9r\u00e9 que nous vivons un&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.vinduet.no\/essayistikk\/a-golden-age-ryan-ruby-on-literary-criticism-and-the-internet\">\u00e2ge d&rsquo;or<\/a>&nbsp;de la critique litt\u00e9raire. \u00ab Il n&rsquo;est pas rare \u00bb,&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.newyorker.com\/magazine\/2023\/01\/23\/has-academia-ruined-literary-criticism-professing-criticism-john-guillory\">\u00e9crit<\/a>&nbsp;la critique et universitaire Merve Emre, \u00ab de tomber sur un essai sur Goodreads ou Substack qui est tout aussi perspicace que les essais universitaires ou journalistiques \u00bb. Dans le monde de l&rsquo;art, le&nbsp;<em>Manhattan Art Review<\/em>&nbsp;de Sean Tatol s&rsquo;<a href=\"https:\/\/thepointmag.com\/criticism\/negative-criticism\/\">inspire directement<\/a>&nbsp;de l&rsquo;approche de Christgau en mati\u00e8re de critique musicale, et ses efforts pour critiquer de mani\u00e8re exhaustive m\u00eame les petites expositions dans des galeries ont fait de ce site, selon les termes de Ben Davies, \u00ab un projet m\u00e9diatique ind\u00e9pendant au sens propre du terme \u00bb. C&rsquo;est une forme de critique que l&rsquo;internet est le plus \u00e0 m\u00eame de faciliter.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il existe \u00e9galement des artistes qui cr\u00e9ent des \u0153uvres dans des m\u00e9dias typiques du XXIe si\u00e8cle. Je m&rsquo;int\u00e9resse particuli\u00e8rement aux \u0153uvres pr\u00e9sent\u00e9es dans des lieux tels que&nbsp;<a href=\"http:\/\/thehtml.review\/\"><em>The HTML Review<\/em>,&nbsp;<\/a>une revue annuelle de litt\u00e9rature en ligne. Le quatri\u00e8me num\u00e9ro, publi\u00e9 ce printemps, comprend des \u0153uvres telles que \u00ab&nbsp;<a href=\"https:\/\/reubenson.com\/projects\/airs\/\">Airs<\/a>&nbsp;\u00bb de Reuben Son, ing\u00e9nieur en informatique et artiste, qui pr\u00e9sente des po\u00e8mes dans une police de caract\u00e8res d\u00e9form\u00e9e par programmation, accompagn\u00e9s d&rsquo;une bande sonore g\u00e9n\u00e9rative inspir\u00e9e par le vent. Le travail de Son s&rsquo;inspire de formes artistiques existantes \u2014 la po\u00e9sie concr\u00e8te et la musique d&rsquo;ambiance \u2014 et les combine dans une forme particuli\u00e8rement adapt\u00e9e au web, avec son accumulation de technologies multim\u00e9dias. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un m\u00e9dium artistique encore \u00e0 ses balbutiements. Dans le m\u00eame num\u00e9ro, le po\u00e8te et codeur Theo Ellin Ballew&nbsp;<a href=\"https:\/\/thehtml.review\/04\/new-legibility\/\">observe que<\/a>&nbsp;de plus en plus d&rsquo;\u0153uvres d&rsquo;art et de po\u00e9sie bas\u00e9es sur le web commencent \u00e0 \u00e9merger. Peut-\u00eatre, sp\u00e9culent-ils, existe-t-il d\u00e9sormais \u00ab une masse critique [&#8230;] suffisante d&rsquo;artistes et de po\u00e8tes ayant grandi avec Internet pour cr\u00e9er un dialogue dynamique. Ou peut-\u00eatre avons-nous simplement besoin d&rsquo;un peu de temps pour nous familiariser avec un nouvel outil avant de pouvoir lui permettre de nous apporter beaut\u00e9, sens ou intensit\u00e9. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Que faudrait-il pour que l&rsquo;art sur le web devienne un mouvement artistique important ? Je pense qu&rsquo;il faudrait que davantage de personnes s&rsquo;int\u00e9ressent \u00e0 ces \u0153uvres, \u00e9crivent \u00e0 leur sujet et les contextualisent dans les r\u00e9cits culturels existants. Il faudrait participer \u00e0 leur cr\u00e9ation et \u00e0 leur critique, afin d&rsquo;inciter les artistes et le public \u00e0 en attendre davantage. Il s&rsquo;agit de nouvelles formes d&rsquo;art qui ont besoin de critiques et de public. (\u00ab Un public dot\u00e9 d&rsquo;un haut niveau de connaissance \u00bb, a&nbsp;<a href=\"https:\/\/youtu.be\/WT3SdN0YVx8?start=126&amp;end=134\">d\u00e9clar\u00e9<\/a>&nbsp;Fran Lebowitz, \u00ab est aussi important pour la culture que les artistes \u00bb). Cela me rappelle une proposition du professeur d&rsquo;art et critique Alex Kitnick qui, lors d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement organis\u00e9 en mars par le site web de critique artistique&nbsp;<em>4Columns<\/em>, a cit\u00e9 une \u0153uvre du po\u00e8te David Antin sur le monde artistique new-yorkais des ann\u00e9es 1960 :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y avait des millions de personnes tout autour et la plupart d&rsquo;entre elles semblaient \u00eatre des artistes d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre&#8230; Les artistes allaient voir le travail des autres et nous \u00e9tions tous tr\u00e8s enthousiastes \u00e0 propos de tout ce que nous faisions et nous faisions tous tout&#8230; Et tout le monde \u00e9tait critique d&rsquo;art&#8230; Tous les artistes \u00e9taient des critiques d&rsquo;art.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce monde, note Kitnick, \u00ab le fait d&rsquo;avoir beaucoup de critiques autour de soi est consid\u00e9r\u00e9&#8230; comme quelque chose de plut\u00f4t positif \u00bb. Cela signifiait que la critique n&rsquo;\u00e9tait pas seulement \u00ab cloisonn\u00e9e, professionnalis\u00e9e&#8230; mais qu&rsquo;elle appartenait \u00e0 tout le monde et \u00e9tait pratiqu\u00e9e par tout le monde, en particulier les artistes \u00bb. Un investissement collectif dans la cr\u00e9ation artistique contribue \u00e0 cr\u00e9er un \u00e9cosyst\u00e8me artistique vivant et vari\u00e9. Et la critique, avec ses qualit\u00e9s publiques et sociales, peut aider cette communaut\u00e9 \u00e0 construire une compr\u00e9hension commune de l&rsquo;excellence artistique. \u00ab Aujourd&rsquo;hui, poursuit Kitnick,<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">nous utilisons cette expression de mani\u00e8re p\u00e9jorative : \u00ab Tout le monde est critique \u00bb signifie que personne ne l&rsquo;est, que tout a \u00e9t\u00e9 nivel\u00e9, que le jugement a \u00e9t\u00e9 suspendu ou que son ampleur a c\u00e9d\u00e9 la place \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre. Mais il est important d&rsquo;aller \u00e0 contre-courant de cette pens\u00e9e et d&rsquo;imaginer que la critique ne peut exister que lorsque tout le monde, ou du moins une masse critique de personnes, participe activement \u00e0 la culture artistique. La critique est meilleure lorsque davantage de personnes y participent.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela ne r\u00e9sout bien s\u00fbr pas les probl\u00e8mes mat\u00e9riels auxquels sont confront\u00e9s les critiques d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Mais la fonction sociale de la critique est trop pr\u00e9cieuse pour \u00eatre perdue. Et la relation triangulaire entre les artistes, les critiques et le public doit \u00eatre soigneusement r\u00e9tablie si nous voulons que le XXIe si\u00e8cle produise des innovations artistiques significatives.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous vivons une \u00e9poque d\u00e9courageante. Mais je refuse de croire que le pass\u00e9 sera toujours meilleur que l&rsquo;avenir, que l&rsquo;art et la technologie sont in\u00e9vitablement oppos\u00e9s, que la Silicon Valley ne peut que d\u00e9truire \u2014 au lieu de transformer \u2014 l&rsquo;innovation culturelle. Et je refuse de croire qu&rsquo;une participation accrue conduit \u00e0 une d\u00e9gradation de l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me culturel. Nous ne pouvons pas revenir au pass\u00e9, mais c&rsquo;est peut-\u00eatre une bonne chose ; des millions de personnes se voyaient refuser l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la sph\u00e8re culturelle en raison de leur sexe, de leur race ou de leur sexualit\u00e9. Des personnes qui n&rsquo;auraient jamais pu acc\u00e9der au sanctuaire de la culture am\u00e9ricaine, m\u00eame dans une publication r\u00e9solument contre-culturelle comme le&nbsp;<em>Voice<\/em>, peuvent d\u00e9sormais, pour la premi\u00e8re fois dans l&rsquo;histoire, publier depuis n&rsquo;importe o\u00f9 et toucher un public partout dans le monde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Quand une fen\u00eatre se ferme, une porte s&rsquo;ouvre, t\u00f4t ou tard \u00bb, a&nbsp;<a href=\"https:\/\/4columns.org\/fateman-johanna\/manifesto\">d\u00e9clar\u00e9<\/a>&nbsp;la critique Johanna Fateman lors du m\u00eame \u00e9v\u00e9nement. C&rsquo;est une man\u0153uvre critique typique : ni d\u00e9sespoir apocalyptique, ni optimisme aveugle, mais une troisi\u00e8me voie secr\u00e8te : une prescription d&rsquo;espoir hautement contingente et prudente. Car malgr\u00e9 tous les rapports inqui\u00e9tants annon\u00e7ant la mort de la litt\u00e9ratie, la mort de la pens\u00e9e critique, la mort des sous-cultures et la mort de l&rsquo;innovation artistique, personne ne semble pr\u00eat, en fin de compte, \u00e0 abandonner. Le fait que les gens continuent \u00e0 cr\u00e9er de l&rsquo;art et de la culture, m\u00eame si les conditions \u00e9conomiques ne cessent de se d\u00e9t\u00e9riorer, continue de m&rsquo;inspirer. Comment pouvons-nous faire en sorte qu&rsquo;ils ne s&rsquo;arr\u00eatent pas ?<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Celine Nguyen<\/strong>&nbsp;est une conceptrice de logiciels et \u00e9crivaine originaire de Californie. Ses critiques ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es dans&nbsp;<em>ArtReview<\/em>,&nbsp;<em>The Atlantic<\/em>,&nbsp;<em>The Believer<\/em>&nbsp;et&nbsp;<em>Cleveland Review of Books<\/em>. Elle r\u00e9dige la newsletter personal canon sur la litt\u00e9rature, le design et la technologie.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">Voir la&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/traductions-2\/\">LISTE \u00c9VOLUTIVE des articles<\/a><br><a href=\"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/traductions-2\/\">traduits par Gilles en vrac\u2026<\/a><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Traduction de Is the Internet Making Culture Worse?, par Celine Nguyen, Asteriskmag, Le d\u00e9clin de la critique pourrait expliquer le sentiment de stagnation de notre culture. Comment pouvons-nous la faire rena\u00eetre ? Je ne me souviens pas avoir lu de grands romans dans les ann\u00e9es 90. Ni \u00e9cout\u00e9 de bons albums, d&rsquo;ailleurs. Ce n&rsquo;est pas &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/internet-detruit-culture\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Internet d\u00e9t\u00e9riore-t-il la culture ?&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-8742","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack-related-posts":[{"id":11565,"url":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/farrell\/ia-technologies-culturelles-sociales\/","url_meta":{"origin":8742,"position":0},"title":"Les grands mod\u00e8les d\u2019IA sont des technologies culturelles et sociales","author":"Gilles Beauchamp","date":"15 mars 2025","format":false,"excerpt":"Leurs implications s\u2019inspirent de l\u2019histoire des syst\u00e8mes d\u2019information transformateurs du pass\u00e9 Traduction de Large AI models are cultural and social technologies par Henry Farrell, Alison Gopnik, Cosma Shalizi et James Evans, paru dans Science le 13 mars 2025. 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