{"id":8757,"date":"2025-11-25T12:32:40","date_gmt":"2025-11-25T17:32:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/?page_id=8757"},"modified":"2026-01-24T18:35:55","modified_gmt":"2026-01-24T23:35:55","slug":"etat-ecologique-humain","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/etat-ecologique-humain\/","title":{"rendered":"Les contradictions de l&rsquo;\u00c9tat \u00e9cologique : l&rsquo;\u00c9tat, l&rsquo;humain et la nature"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>C. Taylor Brown<\/strong>, traduction de <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Contradictions of the Ecowelfare State: The State, the Human, and Nature<\/a>, 2025.11.17<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>R\u00c9SUM\u00c9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cet article th\u00e9orise l&rsquo;\u00e9cowelfare comme le domaine dans lequel l&rsquo;\u00c9tat capitaliste g\u00e8re les crises coproduites du changement climatique et des in\u00e9galit\u00e9s en ajoutant un troisi\u00e8me imp\u00e9ratif r\u00e9glementaire \u2013 l&rsquo;\u00e9cor\u00e9gulation \u2013 \u00e0 l&rsquo;accumulation et \u00e0 la l\u00e9gitimation. \u00c0 travers le prisme de la rupture m\u00e9tabolique et de l&rsquo;\u00e9cologie mondiale, l&rsquo;\u00e9cor\u00e9gulation est la (re)composition continue des relations entre l&rsquo;homme et la nature via des techniques discursives, administratives et mat\u00e9rielles \u2013 l&rsquo;\u00e9co(d\u00e9\/re)commodification. D\u00e9ploy\u00e9e de mani\u00e8re heuristique, cette perspective fait appara\u00eetre trois contradictions r\u00e9currentes : la l\u00e9gitimation, car les programmes stabilisent les binaires homme\/nature alors m\u00eame que l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue les \u00e9rode ; l&rsquo;accumulation, car la satisfaction des besoins carbonis\u00e9e et marchandis\u00e9e emp\u00eache la suffisance ; et l&rsquo;\u00e9chelle\/le temps, car les politiques nationales ne correspondent pas \u00e0 la dynamique plan\u00e9taire. Les cas am\u00e9ricains \u2013 le programme d&rsquo;aide individuelle de la FEMA et le programme national d&rsquo;assurance contre les inondations \u2013 montrent comment l&rsquo;\u00e9ligibilit\u00e9, la cartographie et la tarification humanisent et excluent. L&rsquo;article propose des crit\u00e8res d&rsquo;\u00e9valuation et esquisse des conceptions \u00e9cosociales qui r\u00e9orientent la gouvernance des crises.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>MOTS-CL\u00c9S :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Politique \u00e9cosociale<\/strong>, <strong>\u00e9cosoci\u00e9tal<\/strong>, <strong>changement climatique<\/strong>, <strong>\u00e9co-marxisme<\/strong>, <strong>th\u00e9orie critique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le changement climatique et les in\u00e9galit\u00e9s sont coproduits par les relations sociales capitalistes qui extraient de la valeur de la terre et du travail, perturbant le m\u00e9tabolisme entre l&rsquo;homme et la nature (Foster&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2000<\/a>&nbsp;; Fraser&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2023<\/a>&nbsp;; Patel et Moore&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2018<\/a>&nbsp;; Saito&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2017<\/a>). L&rsquo;\u00c9tat r\u00e9agit par le biais de l&rsquo;\u00e9cosoci\u00e9talit\u00e9, ensemble d&rsquo;institutions sociales et environnementales qui se recoupent et r\u00e9gissent les risques climatiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Historiquement, les \u00c9tats providence ont absorb\u00e9 les chocs distributifs et renforc\u00e9 la l\u00e9gitimit\u00e9 politique, en mettant en place une mutualisation solidaire des risques tout en garantissant l&rsquo;accumulation pendant l&rsquo;expansion de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre (Baldwin&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1990<\/a>&nbsp;; Titmuss&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1958<\/a>). Avec l&rsquo;expansion de la r\u00e9glementation environnementale et des secours en cas de catastrophe, l&rsquo;\u00e9cowelfare a \u00e9tendu cette logique aux risques climatiques. Aujourd&rsquo;hui, il est confront\u00e9 \u00e0 au moins deux crises simultan\u00e9es : les tensions fiscales\/de l\u00e9gitimation et l&rsquo;effondrement \u00e9cologique. Les dispositifs mis en place traitent donc souvent les sympt\u00f4mes tout en reproduisant la dynamique d&rsquo;accumulation (Habermas&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1975<\/a>&nbsp;; Offe&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1984<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cet article s&rsquo;appuie sur la th\u00e9orie critique de l&rsquo;\u00c9tat de J\u00fcrgen Habermas et Claus Offe pour reconstruire l&rsquo;\u00c9tat providence en tant qu&rsquo;appareil r\u00e9glementaire m\u00e9diateur entre les imp\u00e9ratifs concurrents de l&rsquo;accumulation et de la l\u00e9gitimation. S&rsquo;appuyant sur cette tradition, il propose une quatri\u00e8me fonction de l&rsquo;\u00c9tat capitaliste : l&rsquo;<em>\u00e9cor\u00e9gulation<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire la gestion du m\u00e9tabolisme socio-environnemental entre les humains et la nature. Inscrire l&rsquo;\u00e9cor\u00e9gulation dans cette tradition permet de poser de nouvelles questions analytiques sur les tensions de longue date entre la politique climatique et la politique \u00e9cosociale, notamment le d\u00e9bat entre croissance et post-croissance\/d\u00e9croissance. Cette extension est d\u00e9ploy\u00e9e comme une heuristique, pr\u00e9cisant les conditions dans lesquelles l&rsquo;\u00e9cosoci\u00e9talit\u00e9 s&rsquo;articule dans la pratique, plut\u00f4t que comme une t\u00e9l\u00e9ologie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette extension r\u00e9v\u00e8le des contradictions sous-explor\u00e9es au c\u0153ur de l&rsquo;\u00c9tat \u00e9cosoci\u00e9tal, notamment : la reproduction des binaires id\u00e9ologiques entre \u00ab l&rsquo;humain \u00bb et \u00ab la nature \u00bb qui sapent la l\u00e9gitimit\u00e9 de l&rsquo;\u00c9tat ; le renforcement des paradigmes ax\u00e9s sur la croissance qui exacerbent la d\u00e9gradation \u00e9cologique ; et l&rsquo;insuffisance des cadres politiques nationaux pour faire face aux crises \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle plan\u00e9taire. Cette contribution est un compte rendu fonctionnel de l&rsquo;\u00e9cor\u00e9gulation et de ses contradictions dans une g\u00e9n\u00e9alogie de la th\u00e9orie critique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour \u00e9tayer cette analyse, l&rsquo;article se concentre sur la construction discursive et mat\u00e9rielle de l&rsquo;\u00ab humain \u00bb et de la \u00ab nature \u00bb dans la politique \u00e9cosociale am\u00e9ricaine. Des programmes tels que l&rsquo;aide individuelle de la FEMA et les programmes nationaux d&rsquo;assurance contre les inondations, qui constituent les \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;un \u00ab filet de s\u00e9curit\u00e9 \u00e9cosocial \u00bb rudimentaire (Brown et Chang&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2024<\/a>), illustrent la mani\u00e8re dont l&rsquo;\u00e9cosoci\u00e9talise cherche \u00e0 humaniser certaines populations tout en g\u00e9rant les risques pos\u00e9s \u00e0 la fois par la d\u00e9gradation de l&rsquo;environnement et les subjectivit\u00e9s marginalis\u00e9es. Ces constructions op\u00e8rent de mani\u00e8re id\u00e9ologique et mat\u00e9rielle, renfor\u00e7ant l&rsquo;accumulation capitaliste par l&rsquo;inclusion s\u00e9lective et la reproduction des cat\u00e9gories coloniales de l&rsquo;humain. En m\u00eame temps, elles rec\u00e8lent des possibilit\u00e9s latentes de r\u00e9imaginer la relation entre l&rsquo;\u00c9tat, le travail et la terre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette analyse s&rsquo;inspire de courants concurrents dans la litt\u00e9rature. L&rsquo;\u00e9conomie politique critique et l&rsquo;explication de l&rsquo;\u00e9cologie mondiale sur la mani\u00e8re dont l&rsquo;accumulation capitaliste se sape elle-m\u00eame (O&rsquo;Connor&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1988<\/a>&nbsp;; Patel et Moore&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2018<\/a>) ; les propositions de r\u00e9forme durable du bien-\u00eatre et de la post-\/d\u00e9croissance (Gough&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2017<\/a>) ; et la justice environnementale et les \u00e9tudes autochtones sur les pr\u00e9judices in\u00e9gaux et les charges de soins (Whyte&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2017<\/a>). Si ces courants compl\u00e8tent l&rsquo;analyse de cet article et d\u00e9crivent le contexte plus large des tensions socio-\u00e9cologiques sous le capitalisme, la principale contribution de cet article est d&rsquo;\u00e9tendre la g\u00e9n\u00e9alogie marxiste et structurelle\/fonctionnaliste d&rsquo;une th\u00e9orie critique de l&rsquo;\u00c9tat et de l&rsquo;\u00c9tat providence \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat providence \u00e9cologique et au risque climatique en expliquant ses contradictions \u00e0 travers une critique immanente. Cette analyse approfondit donc notre compr\u00e9hension de la gouvernance \u00e9mergente des crises dans le contexte du changement climatique capitaliste, en mettant en \u00e9vidence des lieux de r\u00e9sistance qui compl\u00e8tent la litt\u00e9rature existante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cet article soutient \u00e9galement que l&rsquo;\u00c9tat \u00e9co-social est \u00e0 la fois un m\u00e9canisme de domination et un terrain de rupture potentielle. En r\u00e9interpr\u00e9tant les fonctions r\u00e9glementaires de l&rsquo;\u00c9tat \u00e0 travers l&rsquo;\u00e9co-marxisme et l&rsquo;\u00e9cologie mondiale, il cherche \u00e0 mettre en \u00e9vidence les conditions dans lesquelles l&rsquo;\u00e9co-social pourrait passer de la gestion de crise \u00e0 une transformation \u00e9mancipatrice.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La section suivante reconstruit l&rsquo;accumulation\/l\u00e9gitimation et introduit l&rsquo;\u00e9cor\u00e9gulation ; la troisi\u00e8me section pr\u00e9sente le changement climatique comme une crise socio-environnementale ; la quatri\u00e8me section th\u00e9orise les contradictions entre les fonctions ; la cinqui\u00e8me section retrace la construction de l&rsquo;humain\/nature dans l&rsquo;\u00e9cowelfare am\u00e9ricain ; et la conclusion discute les implications de l&rsquo;analyse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Capitalisme et crise : une th\u00e9orie critique de l&rsquo;\u00c9tat et de l&rsquo;\u00c9tat providence<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette section reconstruit le probl\u00e8me de l&rsquo;\u00c9tat critique en quatre \u00e9tapes : les crit\u00e8res d&rsquo;Offe et leurs critiques ; la probl\u00e9matique de l&rsquo;accumulation\/l\u00e9gitimation ; les limites de la gestion de crise qui motivent l&rsquo;extension \u00e0 l&rsquo;\u00e9cor\u00e9gulation ; et son lien avec la deuxi\u00e8me contradiction d&rsquo;O&rsquo;Connor.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Offe, \u00e9minent sociologue de l&rsquo;\u00e9cole de Francfort, a soutenu que l&rsquo;\u00c9tat moderne a la qualit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre un \u00c9tat&nbsp;<em>capitaliste<\/em>fonctionnellement li\u00e9 aux exigences du processus d&rsquo;accumulation, en ce sens que l&rsquo;\u00c9tat est incit\u00e9 \u00e0 intervenir de mani\u00e8re \u00e0 promouvoir une croissance continue (Borchert et Lessenich&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2016<\/a>). Cette affirmation s&rsquo;inspire des perspectives de Habermas (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1975<\/a>) et Marcuse (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1964<\/a>) sur la soci\u00e9t\u00e9 industrielle avanc\u00e9e, caract\u00e9ris\u00e9e par la r\u00e9gulation de l&rsquo;\u00c9tat providence. Au c\u0153ur de la th\u00e9orisation de l&rsquo;\u00c9tat par Offe se trouvent quatre crit\u00e8res pour l&rsquo;\u00c9tat capitaliste : l&rsquo;\u00c9tat capitaliste est exclu de la production et de l&rsquo;accumulation de capital ; il est un \u00ab \u00c9tat fiscal \u00bb d\u00e9pendant de la production et de l&rsquo;accumulation ; il est responsable du maintien de conditions favorables \u00e0 la production et \u00e0 l&rsquo;accumulation ; et il doit maintenir une image de neutralit\u00e9 et donc nier les trois premiers crit\u00e8res pour conserver sa l\u00e9gitimit\u00e9. S&rsquo;appuyant sur Habermas, Offe (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1984<\/a>) a th\u00e9oris\u00e9 une relation tripartite de \u00ab triangle magique \u00bb entre l&rsquo;\u00c9tat capitaliste, le capitalisme et le syst\u00e8me politique, dans laquelle l&rsquo;\u00c9tat \u00e9quilibre les exigences concurrentes de l&rsquo;accumulation capitaliste et de la l\u00e9gitimation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En termes classiques, l&rsquo;accumulation repose sur l&rsquo;extraction de surplus et la marchandisation du travail, organis\u00e9e par le circuit argent-marchandise-argent et \u00e9tendue par la dynamique du march\u00e9 mondial qui normalise la crise (Marx&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1867<\/a>\/<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2024<\/a>). Historiquement, les r\u00e9volutions de la productivit\u00e9 et la baisse mondiale des co\u00fbts des intrants \u00e9tendent cette dynamique \u00e0 l&rsquo;ensemble de l&rsquo;espace, entrem\u00ealant l&rsquo;accumulation et les crises r\u00e9currentes (Marx&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1867<\/a>\/<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2024<\/a>). D&rsquo;autre part, selon les principes de Weber et de l&rsquo;\u00e9cole de Francfort, la l\u00e9gitimation concerne le consentement ou la conformit\u00e9 minimale requise pour la capacit\u00e9 administrative. Le r\u00f4le de l&rsquo;\u00c9tat, \u00e0 travers l&rsquo;\u00c9tat-providence, dans l&rsquo;accumulation et la l\u00e9gitimation, contribue \u00e0 son tour \u00e0 la reproduction du capitalisme \u2013 ou \u00e0 la stabilisation des relations sociales capitalistes \u2013 et plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 la reproduction de la force de travail via la satisfaction des besoins gr\u00e2ce \u00e0 des syst\u00e8mes (d\u00e9)marchandis\u00e9s, potentiellement intensifs en carbone.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si l&rsquo;analyse d&rsquo;Offe met en lumi\u00e8re les contradictions structurelles auxquelles l&rsquo;\u00c9tat doit faire face, elle a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9e pour ses hypoth\u00e8ses fonctionnalistes. Comme le soutient O&rsquo;Connor (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1973<\/a>), l&rsquo;\u00c9tat n&rsquo;est pas un acteur unitaire qui remplit des fonctions stabilisatrices, mais un lieu contradictoire fa\u00e7onn\u00e9 par la lutte des classes, les limites fiscales et la fragmentation interne. De ce point de vue, les tendances \u00e0 la crise ne sont peut-\u00eatre pas tant g\u00e9r\u00e9es que report\u00e9es, d\u00e9plac\u00e9es ou intensifi\u00e9es de mani\u00e8re impr\u00e9visible dans l&rsquo;ombre de la lutte entre le capital et le travail. Cette tension entre n\u00e9cessit\u00e9 syst\u00e9mique et contingence politique hante l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;\u00c9tat providence et devient encore plus aigu\u00eb dans l&rsquo;\u00c9tat providence \u00e9cologique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La probl\u00e9matique classique de l&rsquo;\u00c9tat providence appara\u00eet d\u00e9sormais clairement : la tension entre l&rsquo;accumulation (garantir les conditions de rentabilit\u00e9 et de croissance) et la l\u00e9gitimation (maintenir la conformit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;action de l&rsquo;\u00c9tat). Selon Habermas (et Luhmann), l&rsquo;accumulation et la l\u00e9gitimation sont consid\u00e9r\u00e9es comme des logiques interd\u00e9pendantes mais conflictuelles au sein du syst\u00e8me politico-administratif, chacune \u00e9tant n\u00e9cessaire \u00e0 la continuit\u00e9 de l&rsquo;\u00c9tat et chacune \u00e9tant susceptible de g\u00e9n\u00e9rer des crises pour l&rsquo;autre. L&rsquo;\u00c9tat doit \u00e9quilibrer ces pulsions conflictuelles pour assurer sa p\u00e9rennit\u00e9. Cependant, en raison des contradictions du capitalisme \u2013 notamment l&rsquo;\u00e9puisement de la main-d&rsquo;\u0153uvre et des conditions socio-\u00e9cologiques sur lesquelles repose l&rsquo;accumulation \u2013, la fonction principale de l&rsquo;\u00c9tat est la gestion des crises engendr\u00e9es par le capitalisme (O&rsquo;Connor&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1973<\/a>). L&rsquo;accumulation contemporaine tire m\u00eame profit du risque climatique tout en externalisant les co\u00fbts (Klein&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2007<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;\u00c9tat se heurte alors \u00e0 des \u00ab crises de second ordre \u00bb ou \u00e0 des \u00ab crises de gestion de crise \u00bb, qui sont des crises de rationalit\u00e9 et de l\u00e9gitimit\u00e9 de l&rsquo;intervention de l&rsquo;\u00c9tat dans les crises du capitalisme (Offe&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1984<\/a>). Cette approche identifie l&rsquo;\u00e9laboration des politiques comme un m\u00e9canisme d&rsquo;\u00e9quilibrage des int\u00e9r\u00eats concurrents du capitalisme et du syst\u00e8me politique, un \u00ab double dilemme \u00bb impossible o\u00f9 \u00e9mergent des crises de second ordre, susceptibles de contribuer \u00e0 des crises suppl\u00e9mentaires impr\u00e9vues. Sans nier l&rsquo;antagonisme entre le capital et le travail, Offe reformule la contradiction centrale de l&rsquo;\u00c9tat capitaliste comme une opposition syst\u00e9mique entre accumulation et l\u00e9gitimation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;\u00c9tat providence, tout comme les institutions d\u00e9mocratiques telles que la politique \u00e9lectorale, a pour fonction de g\u00e9rer les crises engendr\u00e9es par les contradictions du capitalisme en \u00e9quilibrant les pulsions conflictuelles de l&rsquo;accumulation et de la l\u00e9gitimit\u00e9, principalement par le biais de la d\u00e9commodification. S&rsquo;appuyant sur la notion de travail de Polanyi (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1944<\/a>), qui sugg\u00e8re que certains types de travail sont exclus de la marchandisation et n\u00e9cessitent des formes de protection pour maintenir la fonction de reproduction sociale de la main-d&rsquo;\u0153uvre, Borchert et Lessenich (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2016<\/a>) affirment que le march\u00e9 du travail capitaliste subsiste gr\u00e2ce au travail reproductif non marchand, suivant les arguments \u00e9tablis de longue date de la th\u00e9orie de la reproduction sociale (Bhattacharya&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2017<\/a>&nbsp;; Fraser&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2023<\/a>). Dans&nbsp;<em>Disorganized Capitalism<\/em>, Offe (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1985<\/a>) affirme que le travail d\u00e9commodifi\u00e9 reproduit \u00e0 la fois la main-d&rsquo;\u0153uvre n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;accumulation capitaliste et r\u00e9siste subtilement \u00e0 sa logique d&rsquo;exploitation, r\u00e9v\u00e9lant ainsi son potentiel lib\u00e9rateur. Le travail d\u00e9commodifi\u00e9 n&rsquo;est pas motiv\u00e9 par la production de valeur, mais par sa valeur d&rsquo;usage, c&rsquo;est-\u00e0-dire la reproduction du travail commodifi\u00e9. Fondamentalement, c&rsquo;est l&rsquo;\u00c9tat qui g\u00e8re le r\u00e9servoir de travail d\u00e9commodifi\u00e9 en augmentant et en retirant (recommodifiant) une partie de la main-d&rsquo;\u0153uvre par le biais de l&rsquo;\u00c9tat providence, en puisant dans les restes de la force de travail exploit\u00e9e. Gosta Esping-Andersen (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1990<\/a>) note que l&rsquo;\u00c9tat providence est fond\u00e9 sur cette notion de d\u00e9commodification, de sorte que chacun peut vivre sans d\u00e9pendre enti\u00e8rement du march\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la lign\u00e9e marxiste, il est important de noter que cette conception de la d\u00e9commodification diff\u00e8re des notions de Marx sur l&rsquo;ali\u00e9nation par la production capitaliste, l&rsquo;hyperconcentration sur l&rsquo;\u00e9change et la d\u00e9pendance forc\u00e9e au capital en raison de la s\u00e9paration des moyens de production. La d\u00e9commodification ici ne consiste pas \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer les moyens de production, mais \u00e0 prot\u00e9ger les individus d&rsquo;une exposition totale au march\u00e9, toujours partielle et contingente.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Offe (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1985<\/a>) sugg\u00e8re que si la d\u00e9commodification sert le capital en maintenant la reproduction sociale, elle a un effet r\u00e9siduel \u00e9tranger au capitalisme qui remet en question la rationalit\u00e9 de la r\u00e9ussite, de la productivit\u00e9 et de la croissance. Cette \u00ab contagion \u00bb a contribu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;expansion de motivations non capitalistes qui \u00ab remettent en question la soci\u00e9t\u00e9 du travail \u00bb. Cette contagion, reformul\u00e9e \u00e0 travers l&rsquo;\u00e9cosoci\u00e9talit\u00e9, pourrait \u00e0 nouveau \u00eatre un outil permettant de saisir le processus de d\u00e9\/re-marchandisation en vue de l&rsquo;\u00e9mancipation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En dialogue avec le compte rendu de Gough (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2017<\/a>) sur le bien-\u00eatre durable, l&rsquo;\u00e9cosoci\u00e9talit\u00e9 pourrait \u00eatre structur\u00e9e comme un syst\u00e8me ax\u00e9 sur les besoins et contraint par les limites plan\u00e9taires. Cette lecture compl\u00e8te l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;O&rsquo;Connor (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1998<\/a>) selon laquelle le capitalisme g\u00e9n\u00e8re non seulement des crises de distribution\/l\u00e9gitimation, mais aussi une seconde contradiction enracin\u00e9e dans la d\u00e9gradation de ses conditions socio-\u00e9cologiques de production, une fonction de l&rsquo;\u00c9tat explor\u00e9e dans les sections suivantes. Nous passons donc des tendances g\u00e9n\u00e9rales \u00e0 la crise aux crises socio-environnementales du changement climatique et des in\u00e9galit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le changement climatique et les in\u00e9galit\u00e9s comme crise<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette section se d\u00e9roule en trois \u00e9tapes : la rupture m\u00e9tabolique comme diagnostic historique de la perturbation capitaliste des cycles socio-\u00e9cologiques ; une approche relationnelle et \u00e9cologique mondiale qui rejette le dualisme ontologique tout en pr\u00e9servant la distinction analytique ; et la reconstruction de Marx par Saito comme fondement textuel. Le changement climatique est utilis\u00e9 comme un cas paradigmatique, bien que l&rsquo;\u00e9cosoci\u00e9tal r\u00e9gisse \u00e9galement d&rsquo;autres relations socio-\u00e9cologiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La th\u00e9orie dominante de l&rsquo;\u00c9tat-providence a historiquement trait\u00e9 le \u00ab social \u00bb comme distinct du \u00ab naturel \u00bb. Dans cette tradition, la terre et la nature apparaissent principalement comme des intrants de l&rsquo;accumulation capitaliste, des rouages dans la reproduction du travail et de la valeur, tandis que les conditions \u00e9cologiques plus larges de la vie ne font l&rsquo;objet d&rsquo;aucune th\u00e9orisation. Conform\u00e9ment \u00e0 la deuxi\u00e8me contradiction du capitalisme d&rsquo;O&rsquo;Connor, cette n\u00e9gligence a occult\u00e9 la mani\u00e8re dont la cat\u00e9gorie m\u00eame de la nature est constitutive de la crise capitaliste et de la formation de l&rsquo;\u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une correction \u00e0 cela vient de Marshall et Goldstein (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2006<\/a>), qui ont identifi\u00e9 un quatri\u00e8me axe au triangle magique d&rsquo;Offe, le \u00ab syst\u00e8me \u00e9cologique \u00bb, avec des fonctions d&rsquo;accumulation et de l\u00e9gitimation pour l&rsquo;\u00c9tat environnemental. Cette d\u00e9marche permet de clarifier o\u00f9 les \u00c9tats providence et environnementaux se recoupent \u2013 l&rsquo;\u00e9coprovidence \u2013 et comment la probl\u00e9matique de la \u00ab nature \u00bb entre dans la th\u00e9orie de l&rsquo;\u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La vision de Marshall et Goldstein (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2006<\/a>) fait \u00e9cho au tournant \u00e9co-marxiste vers la th\u00e9orie de la rupture m\u00e9tabolique. Bien que Marx ait beaucoup \u00e9crit sur la nature dans ses premiers \u00e9crits et plus tard dans de nombreuses notes (Saito&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2017<\/a>), l&rsquo;\u00ab \u00e9co-marxisme \u00bb n&rsquo;a vu le jour que ces derni\u00e8res d\u00e9cennies. Suivant la distinction entre l&rsquo;esprit et le corps inscrite dans la g\u00e9n\u00e9alogie de la pens\u00e9e moderne d\u00e9finie par Descartes et Bacon, Marx semble avoir trait\u00e9 la nature comme une extension du corps humain. Marx pensait que l&rsquo;humanit\u00e9 cr\u00e9e des relations humaines-naturelles distinctes \u00e0 travers la praxis mat\u00e9rielle (Saito&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2017<\/a>, 5), selon laquelle la relation entre les humains et la nature est m\u00e9diatis\u00e9e par la production et les technologies de production (c&rsquo;est-\u00e0-dire la subsistance) dans un processus appel\u00e9 \u00ab m\u00e9tabolisme \u00bb (Foster&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2000<\/a>) . Une interpr\u00e9tation d\u00e9sormais populaire de la pens\u00e9e m\u00e9tabolique de Marx est que le capitalisme a provoqu\u00e9 une \u00ab rupture \u00bb dans le m\u00e9tabolisme entre l&rsquo;homme et la nature (Foster&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2000<\/a>). Foster (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2000<\/a>) soutient que le concept de \u00ab nature \u00bb prend forme \u00e0 travers les pratiques de maintien de la vie. \u00c0 son tour, l&rsquo;id\u00e9e de Marx sur l&rsquo;ali\u00e9nation du travail humain \u00e9tait directement li\u00e9e \u00e0 une compr\u00e9hension de l&rsquo;ali\u00e9nation des humains par rapport \u00e0 la nature (Burkett&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2014<\/a>&nbsp;; Foster&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2000<\/a>), selon laquelle les humains sont ali\u00e9n\u00e9s de la nature par leur ali\u00e9nation du travail. Marx l&rsquo;affirme en disant que l&rsquo;ali\u00e9nation du travail \u00ab \u00e9loigne l&rsquo;homme de son propre corps, de la nature telle qu&rsquo;elle existe en dehors de lui, de son essence spirituelle, de son essence humaine \u00bb (Marx&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1844<\/a>\/<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1992<\/a>, 255).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La notion de m\u00e9tabolisme de Marx a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9e par les th\u00e9ories de ses contemporains sur la relation r\u00e9ciproque entre les humains et le climat (Saito&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2017<\/a>). Saito (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2017<\/a>) sugg\u00e8re que Marx comprenait que les limites de la nature n&rsquo;\u00e9taient pas infiniment \u00e9lastiques, affirmant que le capitalisme \u00e0 lui seul ne cr\u00e9e pas la d\u00e9sertification, mais qu&rsquo;il transforme et approfondit la r\u00e9organisation du m\u00e9tabolisme. Ce passage du capitalisme lui-m\u00eame aux processus sous-jacents sur lesquels il agit est une id\u00e9e importante pour un discours qui pourrait attribuer le changement climatique au capitalisme abstrait, point final.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela met en garde contre le fait d&rsquo;attribuer le changement climatique \u00e0 un capitalisme g\u00e9n\u00e9ral et ahistorique : pour Marx, le capitalisme est un processus de production sociale sp\u00e9cifique dont les cat\u00e9gories f\u00e9tichis\u00e9es dissimulent leur construction historique. Comme Marx (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1894<\/a>\/<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1995<\/a>) le souligne dans sa critique de la formule de la trinit\u00e9, les concepts f\u00e9tichis\u00e9s dissimulent leur qualit\u00e9 socio-historique en tant que processus eux-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les sp\u00e9cialistes de l&rsquo;\u00e9cologie mondiale comme Moore (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2015<\/a>) prolongent cet argument en rejetant compl\u00e8tement la dichotomie nature\/soci\u00e9t\u00e9. Moore (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2015<\/a>) apporte ici un \u00e9clairage en affirmant que la dichotomie soci\u00e9t\u00e9\/nature est la condition fondamentale de l&rsquo;accumulation capitaliste : le capitalisme comme mode d&rsquo;organisation de la nature. L&rsquo;\u00e9cologie mondiale de Moore (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2015<\/a>) propose une relation dialectique entre l&rsquo;humain et la nature, caract\u00e9ris\u00e9e par le concept relationnel d&rsquo;<em>oikeios<\/em>, qui sugg\u00e8re une \u00ab double internalit\u00e9 \u00bb bidirectionnelle entre le capitalisme et la nature comme co-constitu\u00e9s. L&rsquo;humanit\u00e9 dans la nature et la nature dans l&rsquo;humanit\u00e9 ; la cr\u00e9ation de l&rsquo;environnement et la cr\u00e9ation de l&rsquo;humain. \u00c0 bien des \u00e9gards, cette double internalit\u00e9 entre l&rsquo;humanit\u00e9 et la nature contredit la conception d&rsquo;une humanit\u00e9 dominant une nature ext\u00e9rieure qui sous-tend une grande partie de la pens\u00e9e et de la pratique occidentales (Leiss&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2023<\/a>&nbsp;; Smith&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2010<\/a>). Ce r\u00e9cit s&rsquo;appuie sur l&rsquo;id\u00e9e classique de l&rsquo;\u00e9cologie politique selon laquelle les crises socio-environnementales sont produites par des relations de pouvoir et de production historiquement sp\u00e9cifiques (Blaikie et Brookfield&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1987<\/a>), une caract\u00e9ristique que l&rsquo;\u00e9cologie politique urbaine prolonge en montrant comment les m\u00e9tabolismes et les infrastructures urbains mat\u00e9rialisent ces relations \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9chelles (par exemple Heynen, Kaika et Swyngedouw&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2006<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est important de noter que l&rsquo;\u00e9cologie mondiale, \u00e0 l&rsquo;instar de Marx, semble r\u00e9sister \u00e0 une vision holistique de tout ce qui est nature, \u00e0 la tendance moniste et vitaliste populaire qui vise \u00e0 effacer la distinction entre nature et soci\u00e9t\u00e9. Si Marx ne s&rsquo;est pas n\u00e9cessairement align\u00e9 sur la \u00ab premi\u00e8re \u00bb et la \u00ab deuxi\u00e8me \u00bb nature de Hegel, il semble avoir opt\u00e9 pour un mat\u00e9rialisme dialectique. Saito (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2017<\/a>, 258-259) explique que Marx pensait que l&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;humanit\u00e9 et de la nature existe dans l&rsquo;abstrait transhistorique, mais que le travail humain la modifie et la conditionne. Si l&rsquo;humanit\u00e9 fait partie de la nature, le capitalisme nous \u00e9loigne de celle-ci, construisant et renfor\u00e7ant la dichotomie. De m\u00eame, l&rsquo;\u00e9cologie mondiale reconna\u00eet que les humains font partie de la nature tout en affirmant une distinction entre les deux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De mani\u00e8re critique, Saito (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2017<\/a>) affirme en outre que Marx ne pr\u00f4nait pas un retour complet \u00e0 la nature. Si les soci\u00e9t\u00e9s pr\u00e9-capitalistes n&rsquo;\u00e9taient pas confront\u00e9es \u00e0 l&rsquo;ampleur du changement climatique anthropique que nous connaissons sous le capitalisme, elles contribuaient n\u00e9anmoins au changement environnemental en tant que r\u00e9alit\u00e9 existentielle. Marx postule plut\u00f4t une relation m\u00e9tabolique consciemment r\u00e9gul\u00e9e entre la nature et la soci\u00e9t\u00e9. En d&rsquo;autres termes, Marx s&rsquo;est oppos\u00e9 \u00e0 la r\u00e9duction \u00e0 une unit\u00e9 non contradictoire entre les humains et la nature avant le capitalisme, sugg\u00e9rant que des ruptures dans le m\u00e9tabolisme ont exist\u00e9 tout au long de l&rsquo;histoire tant que la nature n&rsquo;\u00e9tait pas consciemment organis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ensemble, la rupture m\u00e9tabolique et l&rsquo;\u00e9cologie mondiale produisent une analyse puissante des contradictions de l&rsquo;\u00e9cowelfare. La rupture d\u00e9signe une tendance historiquement sp\u00e9cifique sous le capitalisme ; l&rsquo;\u00e9cologie mondiale fournit une ontologie relationnelle qui \u00e9vite de transformer la rupture en un dualisme permanent entre la soci\u00e9t\u00e9 et la nature, en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la description de Moore d&rsquo;une nature bon march\u00e9. Du point de vue du risque climatique \u2013 les risques sociaux \u00e9mergents associ\u00e9s aux effets du changement climatique sur les syst\u00e8mes sociaux (Brown et Chang&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2024<\/a>) \u2013, les effets du changement climatique contribuent certainement \u00e0 une polycrise dans les syst\u00e8mes d&rsquo;organisation humains et non humains (Fraser&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2023<\/a>). Mais consid\u00e9r\u00e9es comme m\u00e9tabolisme et \u00e9cologie mondiale, les crises engendr\u00e9es par les contradictions du capitalisme peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme des processus relationnels entre le capitalisme et la nature, \u00e0 la fois comme une crise pour le capitalisme et pour la nature.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans cette optique, la deuxi\u00e8me contradiction du capitalisme dans la crise du changement climatique devient un flux relationnel entre l&rsquo;humanit\u00e9 et la nature, avec une myriade de cons\u00e9quences r\u00e9siduelles pour les deux parties. Le capitalisme tire parti de la nature (appropriation et consommation de mati\u00e8res premi\u00e8res, exploitation du travail humain et extra-humain, externalit\u00e9s telles que les \u00e9missions de carbone) et est \u00e9galement pouss\u00e9 par la nature (\u00e0 savoir la reconnaissance des limites naturelles et l&rsquo;\u00e9puisement du travail humain et extra-humain par la d\u00e9gradation de l&rsquo;environnement). La crise du changement climatique sugg\u00e8re donc que le capitalisme a fait plus que cr\u00e9er un foss\u00e9 entre les humains et la nature, il a engendr\u00e9 un changement de phase dans leur double internalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La pauvret\u00e9 et les in\u00e9galit\u00e9s suivent la m\u00eame logique : elles sont coproduites avec la d\u00e9gradation \u00e9cologique par l&rsquo;organisation de la main-d&rsquo;\u0153uvre humaine dans la nature. \u00c0 leur tour, le changement climatique et les in\u00e9galit\u00e9s sont les deux faces d&rsquo;une m\u00eame m\u00e9daille, le risque climatique et social, tous deux n\u00e9cessaires \u00e0 l&rsquo;accumulation capitaliste et sous-produits r\u00e9siduels du m\u00eame processus de production sociale. La nature devient \u00e0 la fois un cadre omnipr\u00e9sent et une cat\u00e9gorie relationnelle pour l&rsquo;humanit\u00e9 et le capitalisme, et le changement climatique et les in\u00e9galit\u00e9s sont intimement li\u00e9s \u00e0 cette corr\u00e9lation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce contexte, l&rsquo;\u00e9cowelfare, en tant qu&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;\u00c9tat providence, h\u00e9rite (ou sublate) les contradictions du syst\u00e8me h\u00e9rit\u00e9 tout en r\u00e9v\u00e9lant les relations socio-\u00e9cologiques omnipr\u00e9sentes qui sous-tendent les deux. Les \u00e9tudes sur la d\u00e9croissance\/post-croissance (par exemple Gough&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2017<\/a>&nbsp;; Koch&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2013<\/a>) soulignent que l&rsquo;\u00e9cowelfare ne peut \u00eatre analytiquement neutre par rapport \u00e0 la croissance. Il peut soit recomposer la satisfaction des besoins carbonis\u00e9s et marchandis\u00e9s afin de stabiliser l&rsquo;accumulation, soit s&rsquo;orienter vers l&rsquo;\u00e9cod\u00e9marchandisation dans les limites plan\u00e9taires. Vu sous cet angle, l&rsquo;\u00e9cobien-\u00eatre est un domaine dans lequel les \u00c9tats peuvent potentiellement affronter la deuxi\u00e8me contradiction d&rsquo;O&rsquo;Connor et r\u00e9guler consciemment le m\u00e9tabolisme entre l&rsquo;homme et la nature. Cela nous am\u00e8ne \u00e0 une analyse plus approfondie des contradictions fonctionnelles de l&rsquo;\u00e9cobien-\u00eatre au-del\u00e0 de la cartographie standard des instruments et des normes politiques et politiques (par exemple, Bonvin et Laruffa&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2022<\/a>&nbsp;; Domorenok, Graziano et Zimmermann&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2025<\/a>&nbsp;; Laruffa&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2025<\/a>&nbsp;; Mandelli&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2022<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Contradictions naturelles de l&rsquo;\u00c9tat capitaliste et de l&rsquo;\u00c9tat (\u00e9co)social<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette section \u00e9largit la th\u00e9orie de l&rsquo;\u00c9tat en ajoutant un axe \u00e9cologique au triangle d&rsquo;Offe. Plut\u00f4t que de tout r\u00e9duire \u00e0 la \u00ab nature \u00bb, je traite le syst\u00e8me \u00e9cologique comme un n\u0153ud analytique distinct, int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat, \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie capitaliste et au syst\u00e8me politique, et co-constitutif de ceux-ci. \u00c0 la suite de Marshall et Goldstein (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2006<\/a>), qui d\u00e9fendent la semi-autonomie d&rsquo;un syst\u00e8me \u00e9cologique dans un mod\u00e8le de syst\u00e8mes de crise, cela donne un sch\u00e9ma \u00e0 quatre n\u0153uds \u2014 \u00c9tat, capitalisme, syst\u00e8me politique, syst\u00e8me \u00e9cologique \u2014 qui pr\u00e9serve la distinction analytique tout en reconnaissant la co-constitution. Je m&rsquo;\u00e9carte de cette approche en refondant cet axe comme une fonction de l&rsquo;\u00c9tat \u2013 l&rsquo;\u00e9cor\u00e9gulation \u2013 avec des m\u00e9canismes et des conditions de port\u00e9e explicites, en reliant l&rsquo;\u00c9tat environnemental \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat providence sous la forme de l&rsquo;\u00e9coprovidence et en d\u00e9rivant des contradictions fonctionnelles qui n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9es dans leur cadre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cependant, ce cadre complique encore davantage une th\u00e9orie critique de l&rsquo;\u00c9tat et de l&rsquo;\u00c9tat (\u00e9co)providence en impliquant un crit\u00e8re suppl\u00e9mentaire pour l&rsquo;\u00c9tat capitaliste li\u00e9 aux trois premiers : la r\u00e9gulation de la relation entre l&rsquo;homme et la nature. Offe a class\u00e9 l&rsquo;\u00c9tat capitaliste comme \u00e9tant exclu de la production et de l&rsquo;accumulation de capital, d\u00e9pendant de la production et de l&rsquo;accumulation par le biais du syst\u00e8me fiscal, responsable du maintien de conditions favorables \u00e0 la production et \u00e0 l&rsquo;accumulation, et capable de maintenir une image de neutralit\u00e9 par rapport aux trois premiers crit\u00e8res. Cependant, en tant que d\u00e9pendant de la production et de l&rsquo;accumulation capitalistes, l&rsquo;\u00c9tat capitaliste a \u00e9galement pour fonction de r\u00e9guler les relations entre l&rsquo;homme et la nature de mani\u00e8re \u00e0 maintenir des conditions favorables \u00e0 la production et \u00e0 l&rsquo;accumulation. La figure 1 illustre cette formulation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Figure 1.&nbsp;<\/strong>Les contradictions de l&rsquo;\u00e9cowelfare.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Afficher en taille r\u00e9elle<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Selon les termes d&rsquo;O&rsquo;Connor (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1988<\/a>,&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1991<\/a>&nbsp;;&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1998<\/a>), cela renvoie directement \u00e0 la deuxi\u00e8me contradiction du capitalisme : la tendance du capital \u00e0 saper les conditions socio-\u00e9cologiques de sa propre reproduction. L&rsquo;\u00e9cor\u00e9gulation d\u00e9signe la mani\u00e8re dont les \u00c9tats cherchent \u00e0 socialiser ou \u00e0 d\u00e9placer ces externalit\u00e9s par la r\u00e9duction des risques, souvent en stabilisant l&rsquo;accumulation et la l\u00e9gitimit\u00e9 dans le cadre de la croissance verte, mais aussi en ouvrant la voie \u00e0 des alternatives ax\u00e9es sur la suffisance et la d\u00e9commodification. Dans cette valence, l&rsquo;\u00e9cor\u00e9gulation suit la mani\u00e8re dont les \u00c9tats g\u00e8rent l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 une nature bon march\u00e9 via des syst\u00e8mes d&rsquo;approvisionnement (Patel et Moore&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2018<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En dehors de la tradition marxiste, ce crit\u00e8re est all\u00e9 de soi dans les discussions sur l&rsquo;\u00c9tat environnemental. Par exemple, dans la litt\u00e9rature sur les politiques \u00e9cosociales, l&rsquo;\u00c9tat environnemental a \u00e9t\u00e9 caract\u00e9ris\u00e9 comme la gestion par l&rsquo;\u00c9tat de l&rsquo;environnement et de sa relation avec la soci\u00e9t\u00e9, en mettant l&rsquo;accent sur la protection de l&rsquo;environnement (par exemple, Duit, Feindt et Meadowcroft&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2016<\/a>). L&rsquo;\u00c9tat environnemental, en tant que bras arm\u00e9 de l&rsquo;\u00c9tat capitaliste, est n\u00e9 des mouvements environnementaux du milieu du XXe si\u00e8cle (Meadowcroft&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2012<\/a>) et consiste principalement en des interventions r\u00e9glementaires pour l&rsquo;utilisation et la protection de l&rsquo;environnement. Brown et Chang (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2024<\/a>) plaident \u00e9galement en faveur de l&rsquo;inclusion des politiques de secours en cas de catastrophe dans l&rsquo;\u00c9tat environnemental, car elles r\u00e9glementent \u00e9galement la relation entre l&rsquo;homme et la nature, classant certains programmes de secours en cas de catastrophe comme un filet de s\u00e9curit\u00e9 \u00e9cosocial rudimentaire. Conform\u00e9ment \u00e0 Bond (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2022<\/a>), l&rsquo;\u00c9tat capitaliste, par le biais de l&rsquo;\u00c9tat environnemental, renforce et construit les conceptions soci\u00e9tales de la nature et de l&rsquo;humanit\u00e9, et les efforts visant \u00e0 r\u00e9former le capitalisme, tels que les seuils de toxicit\u00e9 et les \u00e9valuations d&rsquo;impact environnemental, sont r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s au profit de l&rsquo;accumulation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est clair que l&rsquo;\u00c9tat capitaliste g\u00e8re les relations socio-environnementales par le biais de l&rsquo;\u00c9tat environnemental et de la politique de secours en cas de catastrophe aux \u00c9tats-Unis depuis au moins le XIXe si\u00e8cle. Cependant, la r\u00e9glementation \u00e9tatique de cette relation va bien au-del\u00e0 et est beaucoup plus profonde que cette version de l&rsquo;\u00c9tat environnemental. Par exemple, l&rsquo;\u00e9conomie politique coloniale \u00e9tait souvent organis\u00e9e autour de l&rsquo;exploitation des ressources naturelles telles que la terre et le charbon (Bhattacharya&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2018<\/a>&nbsp;; Shutzer&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2021<\/a>). La colonisation, l&rsquo;esclavage et les colonies elles-m\u00eames \u00e9taient, en partie, des interventions \u00e9tatiques visant \u00e0 extraire de force les ressources humaines et naturelles, une sorte de r\u00e9glementation des relations socio-environnementales. Ou, comme l&rsquo;explique plus justement Coronil (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1997<\/a>, 29), \u00ab la division internationale du travail n&rsquo;est pas seulement une division sociale du travail, mais aussi une division mondiale de la nature \u00bb. L&rsquo;histoire de la r\u00e9glementation \u00e9tatique de l&rsquo;\u00e9cor\u00e9gulation peut se poursuivre telle qu&rsquo;elle est actuellement abstraite ; toute intervention \u00e9tatique dans l&rsquo;agriculture, la terre, la production et m\u00eame le travail humain et extra-humain peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e sous cet angle, bien que la construction de ces relations semble varier consid\u00e9rablement d&rsquo;une culture \u00e0 l&rsquo;autre (Norton&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2024<\/a>). Ce qui est pertinent pour cette discussion, cependant, c&rsquo;est que sous l&rsquo;\u00c9tat capitaliste, cette \u00e9cor\u00e9gulation est mise \u00e0 profit pour maintenir les autres crit\u00e8res d&rsquo;Offe, c&rsquo;est-\u00e0-dire pour promouvoir une accumulation et une production sans fin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maintenant, comment cet axe \u00e9cologique pourrait-il compliquer l&rsquo;\u00e9quilibre fonctionnel de l&rsquo;\u00c9tat entre accumulation et l\u00e9gitimation ? Au lieu d&rsquo;un \u00e9quilibre entre deux p\u00f4les, cet ajout sugg\u00e8re une optimisation relationnelle entre les anciens axes et une fonction abstraite d&rsquo;\u00e9cor\u00e9gulation. En tant que crise \u00e9mergente, le changement climatique semble avoir renforc\u00e9 cette fonction. Les nations capitalistes ont lentement accept\u00e9 que leurs habitants et elles-m\u00eames contribuent au changement climatique et ont entrepris de nombreuses interventions d&rsquo;\u00e9cor\u00e9gulation par le biais de politiques d&rsquo;att\u00e9nuation et d&rsquo;adaptation au changement climatique. De plus, les trois p\u00f4les sont naturellement li\u00e9s les uns aux autres. L&rsquo;\u00e9cor\u00e9gulation a souvent servi \u00e0 maintenir la l\u00e9gitimit\u00e9 de l&rsquo;\u00c9tat tout en favorisant les conditions n\u00e9cessaires \u00e0 une accumulation sans entrave.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cependant, les trois p\u00f4les sont souvent conflictuels, ce qui entra\u00eene au moins trois contradictions de l&rsquo;\u00c9tat capitaliste tel qu&rsquo;il est mis en \u0153uvre. L&rsquo;\u00e9cosoci\u00e9talit\u00e9 est un exemple frappant de l&rsquo;interaction entre ces p\u00f4les. La premi\u00e8re contradiction concerne les fonctions de l&rsquo;\u00e9cor\u00e9gulation et de la l\u00e9gitimation : la politique \u00e9cosociale a mis en avant une distinction entre l&rsquo;humain et la nature qui maintient des constructions de l&rsquo;humain qui menacent souvent la l\u00e9gitimit\u00e9 de l&rsquo;\u00c9tat. La deuxi\u00e8me contradiction concerne l&rsquo;\u00e9cor\u00e9gulation et l&rsquo;accumulation : la politique \u00e9cosociale s&rsquo;est appuy\u00e9e sur des r\u00e9gimes de travail centr\u00e9s sur la croissance qui victimisent davantage les personnes concern\u00e9es tout en r\u00e9v\u00e9lant les potentialit\u00e9s lib\u00e9ratrices de la post-croissance et de la d\u00e9croissance. La troisi\u00e8me contradiction est alors interne \u00e0 l&rsquo;\u00e9cor\u00e9gulation elle-m\u00eame : la politique \u00e9cosociale repose sur des initiatives nationales qui sont inad\u00e9quates pour une crise plan\u00e9taire, mena\u00e7ant \u00e0 la fois l&rsquo;accumulation par les capitalistes nationaux et la l\u00e9gitimit\u00e9 des limites de l&rsquo;\u00c9tat lui-m\u00eame. La synth\u00e8se de ces contradictions peut, en partie, expliquer les d\u00e9veloppements historiques et les variations spatiales de l&rsquo;\u00c9tat-providence (\u00e9cologique).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le p\u00f4le \u00e9cologique complique \u00e9galement le concept de d\u00e9commodification et de recommodification. Parall\u00e8lement \u00e0 la d\u00e9\/re-marchandisation, nous pourrions d\u00e9velopper une conception de \u00ab l&rsquo;\u00e9co(d\u00e9\/re)marchandisation \u00bb int\u00e9gr\u00e9e au processus d&rsquo;\u00e9cor\u00e9gulation, dans laquelle l&rsquo;\u00c9tat \u00e9tend et r\u00e9duit la main-d&rsquo;\u0153uvre (\u00e9co)marchandis\u00e9e \u2014 y compris la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e comme la terre, les ressources naturelles, le travail humain et extra-humain, et m\u00eame les constructions du binaire humain\/nature \u2014, modifiant ainsi le degr\u00e9 de d\u00e9pendance au march\u00e9 dans la reproduction socio-environnementale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette analyse n&rsquo;est pas une t\u00e9l\u00e9ologie. Elle pr\u00e9cise les conditions et les m\u00e9canismes dans le cadre des d\u00e9pendances spatio-temporelles et des luttes en cours. Les contradictions se recoupent avec le patriarcat, la supr\u00e9matie blanche, le colonialisme et l&rsquo;imp\u00e9rialisme ; elles soul\u00e8vent \u00e9galement des dilemmes strat\u00e9giques et des risques autoritaires dans l&rsquo;\u00e9cosocialisme (Albert&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2022<\/a>), m\u00eame si l&rsquo;\u00e9cosoci\u00e9talit\u00e9 reste un domaine cl\u00e9 pour r\u00e9guler consciemment le m\u00e9tabolisme entre l&rsquo;homme et la nature (Barkdull et Harris&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2024<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L&rsquo;humain et la nature dans l&rsquo;\u00e9cosoci\u00e9talit\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette section soutient que l&rsquo;\u00e9cosoci\u00e9talit\u00e9 produit \u00e0 la fois \u00ab l&rsquo;humain \u00bb et \u00ab la nature \u00bb \u00e0 travers des techniques discursives, administratives et mat\u00e9rielles de gouvernance. Ces productions \u2014 cat\u00e9gories d&rsquo;\u00e9ligibilit\u00e9 et r\u00e8gles de documentation, cartes des risques et primes, infrastructures et rachats \u2014 sont des formes d&rsquo;\u00e9cor\u00e9gulation qui l\u00e9gitiment simultan\u00e9ment l&rsquo;\u00c9tat et rationnent la protection. Une construction donn\u00e9e des fonctions binaires visant \u00e0 promouvoir la l\u00e9gitimit\u00e9 de l&rsquo;\u00c9tat et de l&rsquo;\u00e9cowelfare, fonctionnant comme une id\u00e9ologie humaniste produite par des relations productives qui servent la classe dirigeante. Ou, comme Gramsci (1929-1935\/<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2022<\/a>, 242) pourrait l&rsquo;expliquer, l&rsquo;\u00e9ducation publique \u00ab cr\u00e9ant des types de civilisation nouveaux et sup\u00e9rieurs \u00bb. Lue \u00e0 la lumi\u00e8re de la gouvernementalit\u00e9 (Foucault&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2007<\/a>&nbsp;;&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2010<\/a>) et de la n\u00e9cropolitique (Mbembe&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2019<\/a>), l&rsquo;\u00e9cosoci\u00e9talit\u00e9 rend la vie gouvernable et diff\u00e9remment disponible. Cependant, cette construction a \u00e9galement compliqu\u00e9 l&rsquo;\u00e9quilibre entre l&rsquo;\u00e9cor\u00e9gulation et la l\u00e9gitimation, car la construction du binaire s&rsquo;effondre face \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, cr\u00e9ant des contradictions qui stimulent l&rsquo;innovation politique par l&rsquo;effondrement et la synth\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;\u00e9cowelfare am\u00e9ricain peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme le chevauchement \u00e9volutif entre l&rsquo;\u00c9tat providence et l&rsquo;\u00c9tat environnemental, tous deux soucieux d&rsquo;am\u00e9liorer les risques climatiques par la redistribution. La colonne vert\u00e9brale de cet \u00c9tat \u00e9cowelfare est le programme d&rsquo;aide individuelle (IAP) de la FEMA, qui offre tout, du logement temporaire et de l&rsquo;aide financi\u00e8re \u00e0 l&rsquo;assistance m\u00e9dicale et \u00e0 la garde d&rsquo;enfants, et son programme national d&rsquo;assurance contre les inondations (NFIP), une assurance immobili\u00e8re rudimentaire, socialis\u00e9e et subventionn\u00e9e (Brown et Chang&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2024<\/a>). Nous pourrions ajouter \u00e0 cela les programmes d&rsquo;aide sociale traditionnels adapt\u00e9s au climat, tels que le programme d&rsquo;aide alimentaire suppl\u00e9mentaire en cas de catastrophe et l&rsquo;assurance ch\u00f4mage en cas de catastrophe, qui \u00e9tendent les crit\u00e8res d&rsquo;\u00e9ligibilit\u00e9 aux programmes traditionnels en cas de catastrophe, ainsi que certaines formes d&rsquo;aide sociale civique, telles que la philanthropie en cas de catastrophe et les organisations d&rsquo;entraide. Bien s\u00fbr, certaines dispositions de la r\u00e9forme durable de l&rsquo;aide sociale par le biais de transitions telles que le Green New Deal peuvent \u00e9galement \u00eatre ajout\u00e9es \u00e0 cette liste.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La distinction entre l&rsquo;humain et la nature semble cr\u00e9er une dichotomie qui fonctionne comme une dialectique. Dans l&rsquo;histoire de la pens\u00e9e occidentale illustr\u00e9e par Descartes, Kant et Bacon, ce qui n&rsquo;est pas humain est la nature, et ce qui n&rsquo;est pas la nature est humain, bien que la tradition post-humaniste croissante ait critiqu\u00e9 cette distinction. Dans ce cadre, la soci\u00e9t\u00e9 et la culture, en tant que substituts de l&rsquo;humain, ont \u00e9galement une relation dialectique avec la nature. Ainsi, selon Horkheimer, Adorno et Noerr (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2002<\/a>), la nature est la n\u00e9gation de l&rsquo;humain et de la soci\u00e9t\u00e9 : la nature est la non-identit\u00e9 de l&rsquo;humain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En effet, ce cadre cr\u00e9e un compromis entre l&rsquo;humanit\u00e9 et la nature. Si l&rsquo;un en b\u00e9n\u00e9ficie, l&rsquo;autre en souffre. Si la politique environnementale prot\u00e8ge un \u00e9cosyst\u00e8me, cela se traduit par moins d&#8217;emplois, moins d&rsquo;espace pour des logements abordables et une marginalisation des personnes d\u00e9favoris\u00e9es. Si l&rsquo;\u00e9cosoci\u00e9tal prot\u00e8ge les humains contre les risques climatiques, cela entra\u00eene une augmentation de la consommation de carbone et alimente la croissance \u00e9conomique. Plut\u00f4t qu&rsquo;un jeu \u00e0 somme nulle inh\u00e9rent entre les humains et la nature, l&rsquo;\u00e9cosoci\u00e9talit\u00e9 traduit les relations entre les humains et la nature en compromis calculables (cartes, seuils, prix). Selon leur conception, ceux-ci peuvent aligner la protection sociale et la protection \u00e9cologique, ou les mettre en opposition.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais comme l&rsquo;explique Marcuse (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1982<\/a>, 444), la pens\u00e9e dialectique commence par la reconnaissance que les faits ne correspondent pas \u00e0 leurs concepts. Comme l&rsquo;a raisonn\u00e9 Hegel (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1807<\/a>\/<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2018<\/a>), la dialectique a tendance \u00e0 s&rsquo;effondrer lorsqu&rsquo;on examine de plus pr\u00e8s ses composants ; les contradictions produites par des oppositions logiques se r\u00e9solvent (ou non, selon la dialectique n\u00e9gative d&rsquo;Adorno) en devenant quelque chose de plus par la n\u00e9gation tout en sublatant les anciennes cat\u00e9gories.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme nous l&rsquo;avons vu \u00e0 travers Marx et Moore, la relation binaire entre l&rsquo;humanit\u00e9 et la nature est une construction id\u00e9ologique. Dans le cas de l&rsquo;\u00e9cosoci\u00e9talit\u00e9, il s&rsquo;agit d&rsquo;une simple apparence, d&rsquo;une fausse repr\u00e9sentation impos\u00e9e pour des raisons obscures. Aussi vraie soit-elle, cette imposition repr\u00e9sentationnelle a des cons\u00e9quences importantes tant pour l&rsquo;humanit\u00e9 que pour la nature.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;\u00e9cosoci\u00e9talit\u00e9 peut avoir pour effet d&rsquo;humaniser ou de d\u00e9shumaniser certains sujets. Elle construit des sujets politiques \u00e0 travers des cat\u00e9gories administratives et des r\u00e8gles de programme. Les m\u00e9nages sont souvent l&rsquo;unit\u00e9 administrative, mais les droits et les obligations sont individualis\u00e9s, et les cat\u00e9gories sociales aident \u00e0 d\u00e9finir les populations cibles et leur m\u00e9rite : par exemple, les programmes IAP et NFIP de la FEMA g\u00e8rent les m\u00e9nages \u00e9ligibles et leurs risques. Dans ce registre, l&rsquo;humain est produit comme un individu \u00e9ligible et responsable dans un champ politique m\u00e9diatis\u00e9 par des cat\u00e9gories \u2014 productif, conforme et v\u00e9rifiable. Il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;une dynamique disciplinaire classique de la politique sociale moderne. Par l&rsquo;exclusion et l&rsquo;inclusion, l&rsquo;\u00e9cosoci\u00e9tal d\u00e9shumanise ses sujets, faisant progresser sa conception de l&rsquo;humain plut\u00f4t que celle d&rsquo;une vie bonne. L&rsquo;humanit\u00e9 devient une aspiration, un id\u00e9al contraint inscrit dans la loi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour l&rsquo;\u00e9cosoci\u00e9tal, la nature est \u00e0 la fois une force mat\u00e9rielle et la nature humaine. En tant que force mat\u00e9rielle, la nature est la composante de la r\u00e9alit\u00e9 qui pourrait nuire \u00e0 l&rsquo;humain construit. La nature, en ce sens, est le climat auquel les humains sont expos\u00e9s. Mais la nature est aussi la composante de la r\u00e9alit\u00e9 qui favorise l&rsquo;existence, comme l&rsquo;\u00e9nergie, ainsi que le processus de vieillissement et de maladie. L&rsquo;\u00e9cowelfare prot\u00e8ge l&rsquo;humain de ces formulations de la nature, du non-humain : l&rsquo;IAP prot\u00e8ge les personnes des cons\u00e9quences des \u00e9v\u00e9nements climatiques extr\u00eames, le NFIP des dommages caus\u00e9s par les inondations. Mais la nature a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 transform\u00e9e en nature humaine et en relations humaines. Pour l&rsquo;\u00e9cowelfare, la nature est la partie animale de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine qui manque la cible de sa conception de l&rsquo;humain. La nature humaine comme paresseuse, \u00e9go\u00efste et violente, une notion profond\u00e9ment enracin\u00e9e dans les philosophies politiques de Hobbes, Rousseau, Locke, Montesquieu et bien d&rsquo;autres. La nature humaine, en tant que nature, est aussi pr\u00e9visible que le destin. Elle peut rarement \u00eatre apprivois\u00e9e ou conquise, et lorsqu&rsquo;elle l&rsquo;est, c&rsquo;est au prix de luttes et de conqu\u00eates. \u00c0 son tour, l&rsquo;\u00e9cowelfare prot\u00e8ge les humains de leur nature humaine en limitant l&rsquo;action de celle-ci : l&rsquo;IAP et le NFIP ont des seuils d&rsquo;\u00e9ligibilit\u00e9 stricts avec des incitations implicites con\u00e7ues pour \u00e9viter l&rsquo;al\u00e9a moral.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le virage vers le n\u00e9olib\u00e9ralisme, l&rsquo;activation du travail et l&rsquo;\u00e9comodernisme (ici, l&rsquo;id\u00e9ologie de la croissance verte associ\u00e9e \u00e0 la d\u00e9carbonisation par le d\u00e9veloppement technologique) pourrait \u00e9galement \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme un moyen d&rsquo;apprivoiser cette construction de la nature. Au milieu du XXe si\u00e8cle, les d\u00e9cideurs politiques \u00e9taient de plus en plus nombreux \u00e0 consid\u00e9rer que l&rsquo;aide sociale \u00e9tait un frein \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie nationale et un obstacle social, car elle encourageait la paresse et la d\u00e9pendance. Bien s\u00fbr, d&rsquo;autres facteurs entrent en jeu dans la tendance n\u00e9olib\u00e9rale mondiale, mais nous pourrions relire cela en termes d&rsquo;\u00e9cor\u00e9gulation. L&rsquo;aide sociale (\u00e9cologique) avait d\u00e9pass\u00e9 les limites, encourageant les humains \u00e0 c\u00e9der \u00e0 leur nature humaine ; pour corriger cette erreur, l&rsquo;aide sociale (\u00e9cologique) a d\u00fb \u00eatre reformul\u00e9e afin de limiter cette capacit\u00e9 d&rsquo;action pour promouvoir la productivit\u00e9 et la consommation. La r\u00e9duction n\u00e9olib\u00e9rale a affect\u00e9 la FEMA, ainsi que d&rsquo;autres institutions am\u00e9ricaines qui g\u00e8rent son \u00e9tat d&rsquo;aide sociale \u00e9cologique, se tournant de plus en plus vers des programmes privatis\u00e9s et la responsabilit\u00e9 individuelle (Brown et Chang&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2024<\/a>). Un \u00e9co-bien-\u00eatre post-\/d\u00e9croissance ou durable doit alors prendre au s\u00e9rieux cette analyse de l&rsquo;\u00e9cor\u00e9gulation s&rsquo;il esp\u00e8re dissocier la protection contre les risques du productivisme et de la consommation, qui sont construits comme la nature humaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par extension, l&rsquo;\u00e9co-bien-\u00eatre a \u00e9galement transform\u00e9 les aspects de la soci\u00e9t\u00e9 et de l&rsquo;\u00c9tat en nature soci\u00e9tale. Certaines parties de la soci\u00e9t\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 cod\u00e9es comme nature, dans une jungle sociale et concr\u00e8te o\u00f9 r\u00e8gnent le hasard et les lois naturelles. Sous le capitalisme, la nature soci\u00e9tale plonge les entreprises dans la faillite et les licenciements, les individus dans le ch\u00f4mage et les familles dans la pauvret\u00e9. Sous le colonialisme, les \u00c9tats-nations se disputent le pouvoir en asservissant et en exploitant les ressources d&rsquo;autres territoires et d&rsquo;autres peuples, ce qui complique encore davantage la jungle sociale. Comme pour d&rsquo;autres conceptions de la nature, nous avons d\u00e9velopp\u00e9 des th\u00e9ories pour tenter d&rsquo;expliquer la nature soci\u00e9tale. Tout comme Galil\u00e9e et Newton ont cartographi\u00e9 les explications de la nature, les sciences humaines et sociales ont \u00e9galement esquiss\u00e9 des th\u00e9ories pour la jungle sociale. Des forces sociales telles que le racisme, le sexisme, le pouvoir et l&rsquo;int\u00e9r\u00eat personnel se disputent la domination dans cette jungle. L&rsquo;\u00e9cowelfare att\u00e9nue les risques lorsque les humains s&rsquo;aventurent dans la jungle sociale et sont victimes de rencontres fortuites avec la nature sociale et ses forces myst\u00e9rieuses. Il offre une \u00e9ducation pour pr\u00e9parer les humains \u00e0 la jungle et apprivoiser leur nature humaine, ainsi qu&rsquo;une assurance lorsqu&rsquo;ils sont victimes des fluctuations du march\u00e9. Il tente de contraindre la nature sociale par l&rsquo;\u00e9cor\u00e9gulation et de prot\u00e9ger les individus par l&rsquo;\u00e9cowelfare.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme c&rsquo;est souvent le cas avec les relations dialectiques, cette analyse commence \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler des fissures dans la d\u00e9marcation entre les concepts. La confrontation entre la forme et le contenu, le concept et la r\u00e9alit\u00e9, menace la l\u00e9gitimit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9cor\u00e9gulation de l&rsquo;\u00c9tat capitaliste. Non seulement les conceptions de \u00ab l&rsquo;humain \u00bb et de la \u00ab nature \u00bb sont socialement construites, mais elles commencent \u00e0 s&rsquo;effondrer sur les rochers de l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue. Cette d\u00e9construction de la dichotomie homme\/nature de l&rsquo;\u00e9cobien-\u00eatre trouve une profondeur suppl\u00e9mentaire dans la th\u00e9orie post\/d\u00e9coloniale. Pour Fanon (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1952\/2016<\/a>), le concept d&rsquo;humain n&rsquo;est pas biologique mais relationnel et politique, accord\u00e9 ou refus\u00e9 par des syst\u00e8mes de reconnaissance. La r\u00e9interpr\u00e9tation et la critique h\u00e9g\u00e9liennes de l&rsquo;humain par Fanon illustrent bien l&rsquo;effondrement de la dichotomie homme\/nature. Pour Fanon, l&rsquo;humanit\u00e9 se conquiert par la reconnaissance de l&rsquo;autre, qui a \u00e9t\u00e9 emprisonn\u00e9e par la colonisation et la racialisation (Sekyi-Otu&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1996<\/a>). Sous le colonialisme, bien que le colonisateur et le colonis\u00e9 appartiennent \u00e0 la m\u00eame esp\u00e8ce, la reconnaissance de l&rsquo;humanit\u00e9 est refus\u00e9e. Cela sugg\u00e8re que l&rsquo;humanit\u00e9 est autre chose ou un compl\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;\u00eatre de l&rsquo;esp\u00e8ce que d\u00e9signe la dialectique homme\/nature. L&rsquo;humanit\u00e9 est un statut, une cat\u00e9gorie socialement construite, ou un club ; et le fait d&rsquo;\u00eatre exclu de l&rsquo;humanit\u00e9 entra\u00eene la domination.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La domination coloniale a ni\u00e9 le statut d&rsquo;\u00eatre humain \u00e0 de nombreuses personnes, mais cette notion peut \u00e9galement s&rsquo;\u00e9tendre \u00e0 d&rsquo;autres interventions \u00e9tatiques. Dans le sens de Fanon, nous pourrions \u00e9tendre la non-reconnaissance de l&rsquo;autre sur la base de la race, de la citoyennet\u00e9, du genre, de la sexualit\u00e9, des capacit\u00e9s, de la classe sociale et de nombreuses autres identit\u00e9s. Wynter (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2003<\/a>&nbsp;;&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2013<\/a>) utilise le concept de \u00ab sociog\u00e9nie \u00bb de Fanon \u2014 ce qu&rsquo;est \u00ab l&rsquo;humain \u00bb n&rsquo;est pas seulement biologique, mais aussi socialement construit \u00e0 travers une signification symbolique \u2014 pour affirmer que les puissances coloniales occidentales ont construit une certaine construction normative de l&rsquo;humain comme \u00e9tant blanc et masculin. Dans Les Damn\u00e9s de la Terre, Fanon (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1963<\/a>, 35, 36-37) soutient que \u00ab la d\u00e9colonisation est tout simplement le remplacement d&rsquo;une certaine \u00ab esp\u00e8ce \u00bb d&rsquo;hommes par une autre \u00ab esp\u00e8ce \u00bb d&rsquo;hommes \u00bb et que \u00ab la d\u00e9colonisation est la v\u00e9ritable cr\u00e9ation d&rsquo;hommes nouveaux \u00bb. Cela se produit principalement avec la (re)d\u00e9couverte de son humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La d\u00e9colonisation et la (re)humanisation d\u00e9passent le cadre d&rsquo;un groupe ethnique, d&rsquo;une nation ou d&rsquo;un continent particulier. Fanon (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1963<\/a>, 96) parle d&rsquo;\u00ab un monde inhumain dans sa pauvret\u00e9 \u00bb. Bien que Fanon (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1963<\/a>) parle du \u00ab tiers-monde \u00bb, ses conclusions dans Les Damn\u00e9s de la Terre renvoient \u00e0 l&rsquo;ensemble. Une \u00e9mergence dialectique de l&rsquo;humanit\u00e9. Fanon consid\u00e9rait le tiers-monde comme un acteur central de la (r\u00e9)humanisation du monde, une prescription pour l&rsquo;homme bourgeois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les fronti\u00e8res entre l&rsquo;homme et la nature s&rsquo;estompent, et leur devenir donne une image plus compl\u00e8te de la relation entre l&rsquo;\u00e9cowelfare, la rupture m\u00e9tabolique et l&rsquo;\u00e9cologie mondiale. Dans leur construction, ces cat\u00e9gories sont rendues lisibles pour la domination de la nature par l&rsquo;\u00c9tat \u00e0 travers l&rsquo;accumulation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La domination de la nature pourrait s&rsquo;\u00e9tendre en tant que th\u00e9orie explicative lors de la conceptualisation du d\u00e9veloppement de l&rsquo;\u00e9cosoci\u00e9talit\u00e9. En tant qu&rsquo;intervention \u00e9tatique, l&rsquo;\u00e9cosoci\u00e9talit\u00e9 est sous-tendue par une philosophie fondamentale qui consiste \u00e0 poursuivre une conception sp\u00e9cifique de l&rsquo;humain en dominant la nature mat\u00e9rielle, sociale et humaine par la facilitation de la production et de la consommation. Aux \u00c9tats-Unis, l&rsquo;\u00e9cosoci\u00e9talit\u00e9 organise la protection contre les risques climatiques comme une \u00ab reconstruction en mieux \u00bb, une reprise de la croissance \u00e9conomique. Marcuse (<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation1964<\/a>, xvi) a identifi\u00e9 la domination de la nature avec la soci\u00e9t\u00e9 technologique du capitalisme avanc\u00e9, arguant que \u00ab l&rsquo;exp\u00e9rience, la transformation et l&rsquo;organisation de la nature comme simple mati\u00e8re de domination \u00bb faisaient partie du projet capitaliste. L&rsquo;humanit\u00e9 r\u00eave d&rsquo;un monde qu&rsquo;elle a elle-m\u00eame cr\u00e9\u00e9, un souhait r\u00e9alis\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 la domination de la nature.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;\u00e9cowelfare conquiert la nature gr\u00e2ce \u00e0 sa construction de la dialectique homme\/nature. Il permet \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9, une civilisation, de conqu\u00e9rir la nature. Au minimum, l&rsquo;\u00e9cowelfare d\u00e9commodifie les mat\u00e9riaux n\u00e9cessaires \u00e0 la protection et \u00e0 la r\u00e9cup\u00e9ration des forces de la nature. Cependant, par le biais de la recommodification, il transforme cette capacit\u00e9 en capacit\u00e9 productive afin que l&rsquo;humanit\u00e9 puisse conqu\u00e9rir la nature par la consommation : concr\u00e8tement, l&rsquo;IAP et le NFIP remplacent les mat\u00e9riaux perdus ou d\u00e9grad\u00e9s en fournissant des ressources telles que de l&rsquo;argent et des logements afin que les m\u00e9nages et les communaut\u00e9s puissent retourner au travail.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En retour, l&rsquo;\u00e9cowelfare a cr\u00e9\u00e9 et renforc\u00e9 une forme de m\u00e9tabolisme qui incite et contraint les humains \u00e0 produire et \u00e0 consommer, \u00e0 contribuer aux industries par un travail qui exploite la nature. Cette logique capitaliste construit un \u00ab humain \u00bb qui exploite la nature sans se soucier d&rsquo;elle. Mais l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;\u00e9cowelfare construit cette image, elle pourrait \u00eatre r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e pour nous lib\u00e9rer d&rsquo;un concept oppressif. Tout comme la d\u00e9commodification a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00e0 Offe la futilit\u00e9 de l&rsquo;exploitation du travail, l&rsquo;\u00e9cod\u00e9commodification met en \u00e9vidence l&rsquo;illogisme de cette exploitation tant pour la terre que pour le travail, ouvrant la voie \u00e0 des possibilit\u00e9s de post-\/d\u00e9croissance, de post-productivisme et de suffisance. Cette potentialit\u00e9, aussi improbable soit-elle, appara\u00eet comme une menace pour l&rsquo;accumulation et la l\u00e9gitimit\u00e9, renfor\u00e7ant la n\u00e9cessit\u00e9 pour l&rsquo;\u00c9tat de d\u00e9fendre ses id\u00e9ologies de l&rsquo;humain et de la nature par le biais de l&rsquo;\u00e9cor\u00e9gulation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;\u00e9cosoci\u00e9talit\u00e9 d\u00e9signe la mani\u00e8re dont l&rsquo;\u00c9tat capitaliste g\u00e8re d\u00e9sormais les crises coproduites du changement climatique et des in\u00e9galit\u00e9s en ajoutant un troisi\u00e8me imp\u00e9ratif r\u00e9glementaire \u2013 l&rsquo;\u00e9cor\u00e9gulation \u2013 \u00e0 l&rsquo;accumulation et \u00e0 la l\u00e9gitimation. \u00c0 la lumi\u00e8re de la rupture m\u00e9tabolique et de l&rsquo;\u00e9cologie mondiale, l&rsquo;\u00e9cor\u00e9gulation est la (re)composition continue des relations entre l&rsquo;homme et la nature par le biais de techniques discursives, administratives et mat\u00e9rielles, ce que j&rsquo;ai appel\u00e9 l&rsquo;\u00e9co(d\u00e9\/re)commodification. Il en r\u00e9sulte trois contradictions fonctionnelles r\u00e9currentes : l\u00e9gitimation &#x2194; \u00e9cor\u00e9gulation, accumulation &#x2194; \u00e9cor\u00e9gulation, et un d\u00e9calage scalaire\/temporel interne au sein de l&rsquo;\u00e9cor\u00e9gulation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 travers les diff\u00e9rents axes qui ont motiv\u00e9 cette analyse, trois r\u00f4les \u00e9mergent : l&rsquo;\u00e9conomie politique critique et l&rsquo;\u00e9cologie mondiale clarifient la mani\u00e8re dont les tensions entre accumulation et l\u00e9gitimation se reproduisent ; la recherche sur le bien-\u00eatre durable et l&rsquo;\u00c9tat environnemental montre l&rsquo;oscillation entre la croissance verte et les assemblages post-croissance ; et l&rsquo;\u00e9cologie politique environnementale, f\u00e9ministe et d\u00e9coloniale pr\u00e9cise qui est inclus, exclu et charg\u00e9 de la protection. Dans ce cadre, Habermas\/Offe servent d&rsquo;heuristique pour cartographier les contradictions de l&rsquo;\u00e9cobien-\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aux \u00c9tats-Unis, le programme Individuals and Households Program (IHP) de la FEMA et le National Flood Insurance Program (NFIP) montrent comment l&rsquo;\u00e9cor\u00e9gulation de l&rsquo;\u00c9tat construit l&rsquo;\u00ab humain \u00bb et la \u00ab nature \u00bb pour d\u00e9finir les limites de la gouvernance des risques climatiques. La m\u00eame logique s&rsquo;\u00e9tend \u00e0 d&rsquo;autres domaines politiques connexes. Dans le domaine de l&rsquo;\u00e9nergie et de l&rsquo;eau, les protections contre les coupures, la conception des tarifs et les tarifs de survie traduisent la d\u00e9carbonisation et le recouvrement des co\u00fbts en un acc\u00e8s conditionnel, ce qui soul\u00e8ve des questions classiques de justice \u00e9nerg\u00e9tique\/hydrique (Sovacool&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2021<\/a>). Dans le domaine de l&rsquo;utilisation des sols et du retrait, le zonage, les cartes des risques, les rachats et les r\u00e9gimes de relocalisation mat\u00e9rialisent les cat\u00e9gories actuarielles et les relations de propri\u00e9t\u00e9 (Mandelli&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2022<\/a>). Dans le domaine des assurances et de la finance, la tarification bas\u00e9e sur le risque et les march\u00e9s de r\u00e9assurance redistribuent l&rsquo;exposition et privil\u00e9gient les d\u00e9tenteurs d&rsquo;actifs. Dans le domaine de la sant\u00e9 et de la sant\u00e9 publique, les centres de rafra\u00eechissement, les codes de construction et l&rsquo;extension de la protection sociale r\u00e9v\u00e8lent comment les infrastructures de soins favorisent la survie. D&rsquo;un point de vue pratique, la tradition du travail social \u00e9cosocial met l&rsquo;accent sur les capacit\u00e9s, la participation et les infrastructures de soins afin de renforcer la l\u00e9gitimit\u00e9 des \u00e9tablissements ax\u00e9s sur la suffisance et d&rsquo;aligner la satisfaction des besoins sur les limites plan\u00e9taires (Matthies et N\u00e4rhi&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2017<\/a>). Dans tous ces domaines, les questions d&rsquo;\u00e9valuation restent institutionnelles : qui paie, qui en b\u00e9n\u00e9ficie et si l&rsquo;approvisionnement s&rsquo;oriente vers l&rsquo;\u00e9cod\u00e9commodification, reliant l&rsquo;\u00e9cosoci\u00e9talit\u00e9 au bien-\u00eatre durable\/post-croissance et aux services de base universels (Gough&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2017<\/a>&nbsp;; Koch&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2013<\/a>), aux traditions de justice environnementale (Schlosberg&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2007<\/a>) et \u00e0 la justice climatique autochtone (Whyte&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10455752.2025.2587871\">Citation2017<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La description de l&rsquo;\u00e9cor\u00e9gulation pr\u00e9sent\u00e9e dans cet article contribue \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;une th\u00e9orie \u00e9tatique de l&rsquo;\u00e9cosocialisme. Plut\u00f4t que de traiter l&rsquo;administration environnementale comme un domaine p\u00e9riph\u00e9rique, l&rsquo;argument recadre l&rsquo;\u00c9tat en tant qu&rsquo;organisateur du m\u00e9tabolisme homme-nature et identifie l&rsquo;\u00e9co(d\u00e9\/re)commodification comme le levier strat\u00e9gique permettant de transf\u00e9rer la satisfaction des besoins (\u00e9nergie, eau, logement, mobilit\u00e9) des march\u00e9s vers l&rsquo;approvisionnement public. Les trois contradictions fonctionnelles servent alors de diagnostic pour d\u00e9terminer o\u00f9 les r\u00e9formes \u00e9cosociales peuvent aboutir, o\u00f9 elles peuvent se retourner contre elles et comment elles peuvent \u00eatre s\u00e9quenc\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un \u00e9co-bien-\u00eatre \u00e9cosocialiste met l&rsquo;accent sur les services de base universels pour la reproduction sociale, la propri\u00e9t\u00e9 publique des infrastructures cl\u00e9s, une assurance climatique commune qui inclut les locataires et une gouvernance bior\u00e9gionale int\u00e9gr\u00e9e dans un cadre f\u00e9d\u00e9ral solide, avec un retrait planifi\u00e9\/une transition juste envisag\u00e9s comme une suffisance ax\u00e9e sur les soins. Une \u00e9cor\u00e9gulation d\u00e9mocratique renforcerait sa l\u00e9gitimit\u00e9 en r\u00e9visant la reconnaissance et l&rsquo;\u00e9ligibilit\u00e9 (l&rsquo;\u00ab humain \u00bb), en rempla\u00e7ant le tri actuariel par des bases universelles et en s&rsquo;ouvrant au consentement participatif. Pour la recherche et la pratique, les institutions devraient \u00eatre \u00e9valu\u00e9es en fonction de leur construction du binaire humain\/nature et de la question de savoir si l&rsquo;acc\u00e8s \u00e9volue vers la suffisance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En termes de th\u00e9orie \u00e9cosociale plus large, l&rsquo;explication donn\u00e9e dans cet article de la construction de l&rsquo;humain\/nature dans l&rsquo;\u00e9cobien-\u00eatre met \u00e9galement en \u00e9vidence le potentiel lib\u00e9rateur de la red\u00e9finition de l&rsquo;humain et la mani\u00e8re dont la politique limite ces possibilit\u00e9s. Plut\u00f4t qu&rsquo;un simple artefact discursif, \u00ab l&rsquo;humain \u00bb est un ensemble de capacit\u00e9s dans des limites biophysiques (m\u00e9tabolisme) et sociomat\u00e9rielles (\u00e9conomie politique\/id\u00e9ologie). Une politique et une pratique r\u00e9volutionnaires devraient tenir compte des deux.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n\n\n\n<ol start=\"1\" class=\"wp-block-list\">\n<li>Albert, Michael J. 2022. \u201cEcosocialism for Realists: Transitions, Trade-Offs, and Authoritarian Dangers.\u201d&nbsp;<em>Capitalism Nature Socialism<\/em>&nbsp;34 (1): 11\u201330. https:\/\/doi.org\/10.1080\/10455752.2022.2106578.<\/li>\n\n\n\n<li>Baldwin, Peter. 1990.&nbsp;<em>The Politics of Social Solidarity: Class Bases of the European Welfare State, 1875\u20131975<\/em>. Cambridge: Cambridge University Press.<\/li>\n\n\n\n<li>Barkdull, John, and Paul G. 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Taylor Brown, traduction de Contradictions of the Ecowelfare State: The State, the Human, and Nature, 2025.11.17 R\u00c9SUM\u00c9 Cet article th\u00e9orise l&rsquo;\u00e9cowelfare comme le domaine dans lequel l&rsquo;\u00c9tat capitaliste g\u00e8re les crises coproduites du changement climatique et des in\u00e9galit\u00e9s en ajoutant un troisi\u00e8me imp\u00e9ratif r\u00e9glementaire \u2013 l&rsquo;\u00e9cor\u00e9gulation \u2013 \u00e0 l&rsquo;accumulation et \u00e0 la l\u00e9gitimation. \u00c0 &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/etat-ecologique-humain\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Les contradictions de l&rsquo;\u00c9tat \u00e9cologique : l&rsquo;\u00c9tat, l&rsquo;humain et la nature&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-8757","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack-related-posts":[{"id":7834,"url":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/fragile-leviathan\/","url_meta":{"origin":8757,"position":0},"title":"Fragile L\u00e9viathan?","author":"Gilles Beauchamp","date":"31 janvier 2025","format":false,"excerpt":"C\u00c9DRIC DURAND30 JANUARY 2025Sidecar on NLR [Traduction : GB] Dans L'homme sans qualit\u00e9s (1930) de Robert Musil, qui se d\u00e9roule \u00e0 Vienne \u00e0 la veille de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, le g\u00e9n\u00e9ral Stumm von Bordwehr demande : \"Comment ceux qui sont directement impliqu\u00e9s dans ce qui se passe peuvent-ils savoir\u2026","rel":"","context":"Article similaire","block_context":{"text":"Article similaire","link":""},"img":{"alt_text":"","src":"","width":0,"height":0},"classes":[]},{"id":8245,"url":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/economie-des-fondements-socio-ecologique\/","url_meta":{"origin":8757,"position":1},"title":"L&rsquo;\u00e9conomie des fondements, pierre angulaire d&rsquo;une transformation socio-\u00e9cologique","author":"Gilles Beauchamp","date":"5 juin 2025","format":false,"excerpt":"Par Richard B\u00e4rnthaler, Andreas Novy et Leonhard Plank Traduction de The Foundational Economy as a Cornerstone for a Social\u2013Ecological Transformation, Sustainability, 2021. R\u00e9sum\u00e9 Cet article th\u00e9orique synth\u00e9tise la recherche sur l'\u00e9conomie des fondements et sa contribution \u00e0 une transformation socio-\u00e9cologique. 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