{"id":9455,"date":"2026-02-25T20:17:15","date_gmt":"2026-02-26T01:17:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/?page_id=9455"},"modified":"2026-02-27T17:06:15","modified_gmt":"2026-02-27T22:06:15","slug":"philo-transcendantale-des-llm","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/philo-transcendantale-des-llm\/","title":{"rendered":"Une philosophie transcendantale des grands mod\u00e8les linguistiques"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Traduction de <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/view\/11665\">A Transcendental Philosophy of Large Language Models<\/a> par M. Beatrice Fazi, 10 juillet 2025.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>R\u00e9sum\u00e9 :<\/strong> Dans cet article, M. Beatrice Fazi r\u00e9pond au commentaire de Shane Denson sur son article \u00ab The Computational Search for Unity: Synthesis in Generative AI \u00bb (La recherche computationnelle de l&rsquo;unit\u00e9 : synth\u00e8se dans l&rsquo;IA g\u00e9n\u00e9rative), publi\u00e9 dans le <em>Journal of Continental Philosophy<\/em> en 2024. L&rsquo;article d\u00e9veloppe l&rsquo;argument transcendantal de Fazi sur les grands mod\u00e8les linguistiques (LLM). Alors que Denson soul\u00e8ve des questions sur le relativisme conceptuel \u00e0 travers la critique des sch\u00e9mas conceptuels de Donald Davidson, Fazi maintient sa position selon laquelle les LLM construisent \u00ab un monde repr\u00e9sentatif \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur \u00bb plut\u00f4t que de se r\u00e9f\u00e9rer au \u00ab monde \u00bb. En r\u00e9ponse \u00e0 la proposition de Denson d&rsquo;un mod\u00e8le de synth\u00e8se bas\u00e9 sur la ph\u00e9nom\u00e9nologie de Jean-Paul Sartre, Fazi soutient qu&rsquo;une r\u00e9interpr\u00e9tation structuraliste de la synth\u00e8se kantienne rend mieux compte du fonctionnement des LLM, o\u00f9 l&rsquo;unit\u00e9 est celle d&rsquo;une structure, et non d&rsquo;un soi, et o\u00f9 la repr\u00e9sentation est techniquement au c\u0153ur de l&rsquo;activit\u00e9 synth\u00e9tique. Ces distinctions pr\u00e9servent les aspects fonctionnels de la synth\u00e8se kantienne sans anthropomorphiser l&rsquo;intelligence artificielle, renfor\u00e7ant ainsi la position initiale de Fazi selon laquelle les LLM cr\u00e9ent leur propre r\u00e9alit\u00e9 repr\u00e9sentationnelle interne.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Mots-cl\u00e9s : <\/strong>intelligence artificielle ; Emmanuel Kant ; grands mod\u00e8les linguistiques ; repr\u00e9sentation ; synth\u00e8se ; philosophie transcendantale<\/h3>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je tiens \u00e0 remercier les r\u00e9dacteurs et les r\u00e9dacteurs invit\u00e9s de <em>Philosophy &amp; Digitality<\/em> de m&rsquo;avoir invit\u00e9 \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;article de Shane Denson publi\u00e9 dans ce num\u00e9ro <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/download\/11665\/11886#ref-191\">(Denson 2025)<\/a>. J&rsquo;ai beaucoup appr\u00e9ci\u00e9 le commentaire de Denson sur mon essai \u00ab The Computational Search for Unity: Synthesis in Generative AI \u00bb <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/download\/11665\/11886#ref-122\">(Fazi 2024)<\/a>, initialement publi\u00e9 dans le <em>Journal of Continental Philosophy<\/em>. Le dialogue philosophique est essentiel au d\u00e9veloppement du domaine des \u00e9tudes num\u00e9riques. Cet \u00e9change vise \u00e0 perp\u00e9tuer la tradition des d\u00e9bats savants qui ont toujours caract\u00e9ris\u00e9 les revues philosophiques. Denson soul\u00e8ve des points importants concernant mon analyse philosophique de la synth\u00e8se dans l&rsquo;intelligence artificielle g\u00e9n\u00e9rative (IA). Il propose un cadre alternatif bas\u00e9 sur une approche ph\u00e9nom\u00e9nologique, et ce recadrage soul\u00e8ve des questions intrigantes sur certaines implications de ma propre position. Je maintiens la validit\u00e9 de ma th\u00e8se originale sur la synth\u00e8se en tant que recherche d&rsquo;unit\u00e9 fondamentale \u00e0 la cr\u00e9ation d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 repr\u00e9sentative. Les perspectives offertes par Denson ont toutefois r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des dimensions de cette hypoth\u00e8se qui m\u00e9ritent notre attention. Ce qui suit n&rsquo;est donc pas simplement une d\u00e9fense de mes affirmations initiales, mais une tentative d&rsquo;aborder de mani\u00e8re substantielle les remarques de Denson. Je m&rsquo;abstiendrai de r\u00e9capituler les principaux arguments de mon article de 2024, car Denson en donne d\u00e9j\u00e0 un aper\u00e7u. Il identifie \u00e0 juste titre ma proposition comme un <em>argument transcendantal<\/em>. Dans cette r\u00e9ponse, je d\u00e9velopperai cette position transcendantale tout en abordant d&rsquo;autres points soulev\u00e9s dans le commentaire de Denson.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>Structures transcendantales<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La philosophie scolastique utilisait le qualificatif \u00ab transcendantal \u00bb pour d\u00e9signer les propri\u00e9t\u00e9s universelles ou \u00ab les pr\u00e9dicats les plus g\u00e9n\u00e9raux des choses \u00bb <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/download\/11665\/11886#ref-188\">(Aertsen 2012, 14)<\/a>. Cependant, dans la seconde moiti\u00e9 du XVIIIe si\u00e8cle, Emmanuel Kant a introduit une perspective nouvelle dans la pens\u00e9e moderne. Chez Kant, \u00ab transcendantal \u00bb fait r\u00e9f\u00e9rence aux conditions fondamentales qui rendent nos exp\u00e9riences possibles : les esprits poss\u00e8dent des structures inh\u00e9rentes (telles que les formes pures de l&rsquo;intuition, telles que l&rsquo;espace et le temps, et les cat\u00e9gories de la compr\u00e9hension) qui influencent la mani\u00e8re dont la r\u00e9alit\u00e9 est construite. Aujourd&rsquo;hui, le concept de transcendantal continue d&rsquo;\u00eatre d&rsquo;une importance cruciale pour aborder les limites de la connaissance, de la compr\u00e9hension et de la raison. Il nous rappelle que lorsque nous essayons de comprendre le monde, nous devons reconna\u00eetre l&rsquo;impact des processus mentaux sur les exp\u00e9riences et la mani\u00e8re dont la r\u00e9alit\u00e9 est constitu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est important de noter que la philosophie transcendantale de Kant n&rsquo;est pas un projet psychologique. Au contraire, il s&rsquo;agit d&rsquo;un argument contre le psychologisme.<sup id=\"mfn-content-00000000000008950000000000000000_9455-1\" class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"00000000000008950000000000000000_9455\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000008950000000000000000_9455-1\">1<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">Le psychologisme r\u00e9duit les lois logiques, la v\u00e9rit\u00e9 math\u00e9matique et les concepts philosophiques \u00e0 des processus psychologiques. La distinction op\u00e9r\u00e9e par Kant entre \u00ab logique transcendantale \u00bb et \u00ab psychologie empirique \u00bb a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 les d\u00e9bats sur le psychologisme, mais les a influenc\u00e9s. Aujourd&rsquo;hui, ces d\u00e9bats recoupent les pr\u00e9occupations li\u00e9es au naturalisme philosophique.<\/span>Elle postule que certaines structures mentales sont des conditions pr\u00e9alables intrins\u00e8ques \u00e0 toute exp\u00e9rience, mais que ces structures ne sont pas des \u00e9tats psychologiques d\u00e9couverts par l&rsquo;introspection ou l&rsquo;observation empirique, mais les conditions m\u00eames qui d\u00e9finissent la mani\u00e8re dont nous pouvons avoir des exp\u00e9riences, y compris tout \u00e9tat ou r\u00e9ponse psychologique coh\u00e9rent. \u00c0 la fin du XIXe si\u00e8cle, des philosophes tels que Frege <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/download\/11665\/11886#ref-196\">(Frege 1960)<\/a> et Husserl <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/download\/11665\/11886#ref-197\">(Husserl 1970)<\/a> ont d\u00e9velopp\u00e9 la critique du psychologisme formul\u00e9e par Kant (voir <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/download\/11665\/11886#ref-203\">(Mohanty 1999)<\/a>) . Bien qu&rsquo;une \u00e9tude approfondie de ces positions d\u00e9passe le cadre de mon propos actuel, nous devons consid\u00e9rer ici que les opinions contraires au psychologisme prennent une importance nouvelle lorsqu&rsquo;elles sont abord\u00e9es parall\u00e8lement aux principes op\u00e9rationnels de l&rsquo;IA g\u00e9n\u00e9rative contemporaine, en particulier les grands mod\u00e8les linguistiques (LLM).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le cadre kantien, la subjectivit\u00e9 n&rsquo;est pas psychologique mais structurelle. Toutes les exp\u00e9riences sont fa\u00e7onn\u00e9es par des structures transcendantales n\u00e9cessaires, qui sont universelles mais aussi subjectives, car elles forment l&rsquo;architecture de l&rsquo;esprit plut\u00f4t que les objets eux-m\u00eames. Dans mon article de 2024 sur la synth\u00e8se dans l&rsquo;IA g\u00e9n\u00e9rative, j&rsquo;ai \u00e9crit que \u00ab l&rsquo;esprit est une structure qui structure \u00bb. Cette affirmation mettait l&rsquo;accent sur les structures non pas comme des arrangements fixes, mais comme des activit\u00e9s ayant une fonction. Bien que le contexte de cette phrase f\u00fbt kantien, mon argumentation allait dans le sens du structuralisme. Je visais \u00e0 faire comprendre les structures comme des ensembles dynamiques et transformationnels. Historiquement, la philosophie transcendantale de Kant a servi de base \u00e0 plusieurs concepts structuralistes, qui ont \u00e9merg\u00e9 en partie gr\u00e2ce \u00e0 une r\u00e9interpr\u00e9tation des th\u00e8mes de la philosophie transcendantale. Si le structuralisme s&rsquo;est \u00e9cart\u00e9 de certains aspects fondamentaux du cadre kantien (il existe sans aucun doute des diff\u00e9rences entre les deux) , les deux approches partagent une caract\u00e9ristique cl\u00e9 fascinante : elles tentent de d\u00e9passer le \u00ab moi personnel \u00bb en abandonnant le sujet en tant que postulat psychologique. La notion de sujet est g\u00e9n\u00e9ralement associ\u00e9e \u00e0 une entit\u00e9 empirique, c&rsquo;est-\u00e0-dire un sujet en tant qu&rsquo;entit\u00e9 dot\u00e9e d&rsquo;une substance et de propri\u00e9t\u00e9s qui persistent dans le temps et qui fait l&rsquo;exp\u00e9rience directe de son monde. Cependant, tant dans la philosophie transcendantale de Kant que dans le structuralisme, le sujet fait l&rsquo;objet d&rsquo;une r\u00e9interpr\u00e9tation significative. Les deux perspectives consid\u00e8rent le sujet comme fa\u00e7onn\u00e9 par des conditions pr\u00e9alables ; elles rejettent toutes deux la possibilit\u00e9 d&rsquo;un sujet cart\u00e9sien purement autosuffisant, totalement transparent, ayant un acc\u00e8s privil\u00e9gi\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame et \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 et constituant un fondement existentiel de la connaissance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le sujet transcendantal de Kant n&rsquo;est ni un individu, ni une personne sp\u00e9cifique, ni un moi substantiel et continu. Il s&rsquo;agit plut\u00f4t d&rsquo;un cadre formel qui rend la connaissance possible pour les \u00eatres rationnels. Le sujet transcendantal est logique, et non empirique : c&rsquo;est une abstraction qui non seulement exprime, mais \u00e9tablit \u00e9galement la possibilit\u00e9 de toute relation avec la connaissance. Pour Kant, le sujet transcendantal est \u00ab la seule condition accompagnant toute pens\u00e9e \u00bb <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/download\/11665\/11886#ref-3\">(Kant 1998, 440)<\/a> ; c&rsquo;est un synth\u00e9tiseur universel, \u00ab l&rsquo;unit\u00e9 logique de toute pens\u00e9e \u00bb (Kant 1998, 440) qui est cependant \u00ab totalement vide de contenu \u00bb (Kant 1998, 419) et donc, en fin de compte, inconnaissable en soi. Le sujet transcendantal est la condition logique pr\u00e9alable \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience, mais il n&rsquo;est pas accessible \u00e0 cette derni\u00e8re pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu&rsquo;il est ce qui rend l&rsquo;exp\u00e9rience possible en premier lieu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour le structuralisme, le sujet est tout aussi inaccessible : tout comme, pour les structuralistes, un signe est d\u00e9tach\u00e9 de son r\u00e9f\u00e9rent et n&rsquo;est pas directement li\u00e9 \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure, mais \u00e0 d&rsquo;autres signes dans un syst\u00e8me de diff\u00e9rences, le sujet existe en tant que position au sein d&rsquo;une structure. Les chercheurs structuralistes ont \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9s pour avoir apparemment abandonn\u00e9 le concept de sujet, pour avoir cr\u00e9\u00e9 ce que Paul Ricoeur a appel\u00e9 \u00ab un kantisme sans sujet transcendantal, voire un formalisme absolu \u00bb <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/download\/11665\/11886#ref-204\">(Ricoeur 1974, 52)<\/a>.<sup id=\"mfn-content-00000000000008950000000000000000_9455-2\" class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"00000000000008950000000000000000_9455\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000008950000000000000000_9455-2\">2<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">Cette critique courante trouve en partie son origine dans les pr\u00e9occupations philosophiques li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue, telles que celles de Jean-Paul Sartre, Paul Ricoeur et Henri Lefebvre. Ces penseurs ont d\u00e9fendu l&rsquo;action humaine contre sa r\u00e9duction au d\u00e9terminisme structurel. Sartre <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/view\/11665#ref-207\">(Sartre 1966)<\/a> a contest\u00e9 la description faite par L\u00e9vi-Strauss du sujet humain comme un effet des structures sous-jacentes ; Ricoeur <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/view\/11665#ref-204\">(Ricoeur 1974)<\/a> <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/view\/11665#ref-205\">(Ricoeur 1991)<\/a> a mis en garde contre la dissolution de la subjectivit\u00e9 humaine dans les syst\u00e8mes linguistiques ; Lefebvre <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/view\/11665#ref-202\">(Lefebvre 1971)<\/a> a prolong\u00e9 cette d\u00e9fense en insistant sur l&rsquo;irr\u00e9ductibilit\u00e9 de l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue \u00e0 l&rsquo;analyse structurelle abstraite.<\/span> Cette critique passe toutefois \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;essentiel. Le structuralisme pr\u00e9suppose en fait un sujet d&rsquo;exp\u00e9rience, m\u00eame s&rsquo;il est minimal. Si le structuralisme privil\u00e9gie m\u00e9thodologiquement les structures abstraites par rapport aux exp\u00e9riences individuelles, les penseurs structuralistes tels que Claude L\u00e9vi-Strauss, Roland Barthes, Jacques Lacan et Louis Althusser le font pour d\u00e9montrer comment cette \u00ab structuralit\u00e9 \u00bb op\u00e8re \u00e0 travers les sujets plut\u00f4t que de les \u00e9liminer. Au lieu d&rsquo;effacer la subjectivit\u00e9, les structures la fa\u00e7onnent ; elles lui donnent forme et possibilit\u00e9. Il n&rsquo;est peut-\u00eatre pas surprenant que le langage offre une d\u00e9monstration fondamentale de cette relation r\u00e9cursive : les humains deviennent des sujets parlants en entrant dans les structures pr\u00e9existantes du langage, mais le langage lui-m\u00eame n&rsquo;existe que par son utilisation active par les locuteurs.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>R\u00e9sultats r\u00e9els<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ma position transcendantale concernant les LLM vise \u00e0 d\u00e9passer le cognitivisme anthropomorphique pour aborder les conditions de possibilit\u00e9 de la connaissance, du sens et de la compr\u00e9hension qui sont en jeu dans ces syst\u00e8mes computationnels. Je d\u00e9place ainsi l&rsquo;attention des affirmations selon lesquelles l&rsquo;IA ressemble \u00e0 la cognition humaine vers une perspective philosophique qui comprend la mentalit\u00e9 comme n&rsquo;\u00e9tant jamais exclusivement humaine par nature. Kant n&rsquo;a peut-\u00eatre pas fait ce saut lui-m\u00eame, mais sa conception du sujet transcendantal ne doit pas n\u00e9cessairement \u00eatre une personne ou un \u00eatre humain. En ce qui concerne les LLM, nous pouvons donc \u00e9tendre ce cadre transcendantal pour contrer une vision du langage comme ph\u00e9nom\u00e8ne purement psychologique, selon laquelle les mots ont un sens en raison des associations mentales tir\u00e9es des exp\u00e9riences v\u00e9cues par les personnes, et les r\u00e8gles grammaticales sont des descriptions des habitudes et tendances psychologiques humaines.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Denson identifie une cons\u00e9quence radicale implicite dans ma proposition : mon approche reconna\u00eet les sorties d&rsquo;un LLM comme <em>r\u00e9elles<\/em>. J&rsquo;ai beaucoup appr\u00e9ci\u00e9 ce commentaire. Pour Denson, cependant, cette reconnaissance de la r\u00e9alit\u00e9 est d\u00e9duite d&rsquo;une homologie entre les processus cognitifs humains et les espaces vectoriels des grands mod\u00e8les linguistiques. Il se base sur ce qu&rsquo;il per\u00e7oit comme un parall\u00e8le que j&rsquo;\u00e9tablirais entre les activit\u00e9s de synth\u00e8se computationnelles et humaines. Avant d&rsquo;aller plus loin, je tiens \u00e0 pr\u00e9ciser que ce dernier point ne repr\u00e9sente pas correctement ma position. Ma proposition implique que le langage synth\u00e9tique est r\u00e9el, mais je ne pr\u00e9tends pas que les LLM imitent la synth\u00e8se cognitive humaine. \u00c0 mon avis, les r\u00e9sultats des LLM sont r\u00e9els, car toute production linguistique (humaine ou autre) synth\u00e9tise des repr\u00e9sentations en structures unifi\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette distinction essentielle m&rsquo;aide \u00e0 d\u00e9limiter les contours du type de philosophie transcendantale des grands mod\u00e8les linguistiques que je souhaite d\u00e9fendre. Je ne pr\u00e9conise pas l&rsquo;application du cadre transcendantal de Kant, qui d\u00e9finit les structures n\u00e9cessaires au raisonnement, \u00e0 l&rsquo;IA comme moyen de permettre une compr\u00e9hension de niveau humain au sein des syst\u00e8mes computationnels. De m\u00eame, je ne propose pas de transposer les structures cognitives kantiennes dans les programmes d&rsquo;IA. Je ne d\u00e9fends pas un \u00ab kantisme computationnel \u00bb <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/download\/11665\/11886#ref-210\">(Wolfendale 2015)<\/a> <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/download\/11665\/11886#ref-211\">(Wolfendale 2016)<\/a>, c&rsquo;est-\u00e0-dire une interpr\u00e9tation de la philosophie transcendantale \u00e0 travers le prisme de la th\u00e9orie computationnelle, affirmant que les cat\u00e9gories et les formes kantiennes sont analogues aux op\u00e9rations computationnelles. Kant n&rsquo;a pas d\u00e9crit quelque chose de n\u00e9cessairement humain ; il a pr\u00e9sent\u00e9 un cadre normatif universel pour le raisonnement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cependant, je ne suis pas convaincu par une refonte computationnaliste d&rsquo;une telle infrastructure inhumaine, car je suis sceptique \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du computationnalisme en g\u00e9n\u00e9ral, en particulier de son affirmation selon laquelle l&rsquo;esprit est un processus computationnel. Je ne crois pas que l&rsquo;esprit doive n\u00e9cessairement \u00eatre assimil\u00e9 \u00e0 la computation, mais je m&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 l&rsquo;hypoth\u00e8se sp\u00e9culative inverse, \u00e0 savoir que <em>la computation pourrait \u00eatre un type d&rsquo;esprit<\/em>, qui fait quelque chose de similaire \u00e0 ce que l&rsquo;on croit que fait l&rsquo;esprit (par exemple, penser).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">S&rsquo;inspirant des traditions philosophiques qui con\u00e7oivent la synth\u00e8se comme un processus d&rsquo;amalgamation, de composition et de combinaison, mon article de 2024 a r\u00e9\u00e9valu\u00e9 la qualification de \u00ab synth\u00e9tique \u00bb dans l&rsquo;expression largement utilis\u00e9e aujourd&rsquo;hui \u00ab m\u00e9dias synth\u00e9tiques \u00bb (c&rsquo;est-\u00e0-dire les contenus m\u00e9diatiques produits par l&rsquo;IA g\u00e9n\u00e9rative). Comme dans tous mes travaux, je souhaitais d\u00e9passer le \u00ab paradigme simulatif \u00bb qui a limit\u00e9 la sp\u00e9culation philosophique dans la recherche sur l&rsquo;IA. Ce paradigme simulatif est centr\u00e9 sur une relation imitative entre la cognition humaine et celle des machines (voir <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/download\/11665\/11886#ref-192\">(Fazi 2019)<\/a>). Le contenu g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par l&rsquo;IA a souvent \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9 de \u00ab synth\u00e9tique \u00bb pour souligner son origine artificielle ; en me concentrant sur les \u00e9laborations philosophiques du concept de synth\u00e8se, j&rsquo;ai cherch\u00e9 \u00e0 d\u00e9montrer que les LLM ne sont pas synth\u00e9tiques parce qu&rsquo;ils cr\u00e9ent un langage factice, mais parce qu&rsquo;ils g\u00e9n\u00e8rent des r\u00e9sultats gr\u00e2ce \u00e0 des processus d&rsquo;unification. Pour d\u00e9passer la conception du synth\u00e9tique comme quelque chose d&rsquo;artificiel, il faut reconna\u00eetre que ce que produisent les m\u00e9dias synth\u00e9tiques n&rsquo;est pas une simple imitation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis que les grands mod\u00e8les linguistiques ont attir\u00e9 l&rsquo;attention du grand public en 2022 (apr\u00e8s la sortie de ChatGPT par OpenAI, qui a acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 l&rsquo;adoption g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de ces technologies), de nombreux articles d&rsquo;opinion, publications universitaires et articles de presse ont avanc\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e que le langage g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par les machines manque d&rsquo;authenticit\u00e9. Il s&rsquo;agit, nous dit-on, d&rsquo;une simulation de communication, ou d&rsquo;un texte coh\u00e9rent mais creux. Alors qu&rsquo;Emily M. Bender et ses coauteurs, dans l&rsquo;article largement cit\u00e9 \u00ab perroquets stochastiques \u00bb <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/download\/11665\/11886#ref-118\">(Bender et al. 2021)<\/a>, avancent des arguments convaincants sur les limites des LLM, la m\u00e9taphore de l&rsquo;oiseau a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e (dans cet essai puis ailleurs) pr\u00e9cis\u00e9ment pour souligner que ces mod\u00e8les produisent des approximations computationnelles du langage, imitant en fait les processus de cr\u00e9ation humaine. Le linguiste vivant le plus influent, Noam Chomsky, s&rsquo;est \u00e9galement exprim\u00e9 sur ce point, qualifiant avec d\u00e9dain les LLM de sorte d&rsquo;autocompl\u00e9tion glorifi\u00e9e et affirmant sans rel\u00e2che que ces syst\u00e8mes ne g\u00e9n\u00e8rent pas de v\u00e9ritables expressions linguistiques (voir <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/download\/11665\/11886#ref-140\">(Chomsky, Roberts et Watamull 2023)<\/a>). La liste des voix sceptiques pourrait s&rsquo;allonger \u00e0 l&rsquo;infini, le d\u00e9bat touchant \u00e0 des questions centrales sur la nature du langage, de la compr\u00e9hension et de l&rsquo;intelligence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une bonne dose de scepticisme est n\u00e9cessaire lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;aborder et d&rsquo;\u00e9valuer les affirmations des entreprises d&rsquo;IA qui op\u00e8rent dans le cadre d&rsquo;\u00e9conomies politiques et poursuivent des objectifs technosociaux et commerciaux. M\u00eame avec toutes les r\u00e9serves qui s&rsquo;imposent, reconna\u00eetre les diff\u00e9rences entre l&rsquo;IA et le langage humain devrait servir de point de d\u00e9part plut\u00f4t que de conclusion dans les discussions sur ces technologies. La nature non humaine des r\u00e9sultats des LLM est une \u00e9vidence. Cependant, si l&rsquo;IA n&rsquo;\u00e9crit ou ne parle pas comme les humains, la question d\u00e9cisive devient : quels processus distinctifs caract\u00e9risent r\u00e9ellement ses r\u00e9sultats ? Autrement dit, si ces r\u00e9sultats textuels ne ressemblent pas au langage humain, alors <em>que sont-ils<\/em> ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La dichotomie entre quelque chose d&rsquo;authentique\/naturel et quelque chose de faux\/artificiel n&rsquo;a pas d&rsquo;utilit\u00e9. Je suis convaincu de cette affirmation car je ne partage pas la pr\u00e9occupation heidegg\u00e9rienne pour l&rsquo;authenticit\u00e9. Ne vous m\u00e9prenez pas :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">je suis tout \u00e0 fait favorable \u00e0 la sinc\u00e9rit\u00e9, \u00e0 l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 et \u00e0 la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 soi-m\u00eame, mais ce n&rsquo;est pas ce qui est en jeu ici, dans ce d\u00e9bat, qui est id\u00e9ologiquement limit\u00e9 \u00e0 (et par) un choix binaire forc\u00e9 entre la \u00ab v\u00e9ritable compr\u00e9hension \u00bb d&rsquo;une part, et les \u00ab simples statistiques \u00bb d&rsquo;autre part. Toute opposition authentique\/inauthentique ne tient pas compte de la complexit\u00e9 (et du potentiel philosophique) de la production computationnelle du langage, ni de la complexit\u00e9 (et du potentiel philosophique) de la vie humaine et de la pens\u00e9e humaine (comme l&rsquo;ont d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9 de nombreux critiques du concept de Heidegger ; voir, par exemple, Adorno <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/download\/11665\/11886#ref-187\">(Adorno 2003)<\/a> et Derrida <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/download\/11665\/11886#ref-170\">(Derrida 1976)<\/a>). Je tiens donc \u00e0 pr\u00e9ciser que, de mon point de vue, reconna\u00eetre la r\u00e9alit\u00e9 des r\u00e9sultats de l&rsquo;IA g\u00e9n\u00e9rative n&rsquo;implique pas n\u00e9cessairement que les machines poss\u00e8dent une capacit\u00e9 de compr\u00e9hension. Je garde l&rsquo;esprit ouvert et r\u00e9serve mon jugement quant \u00e0 la possibilit\u00e9 que l&rsquo;IA ait des capacit\u00e9s de cr\u00e9ation de sens, tout en poursuivant l&rsquo;\u00e9tude de ces syst\u00e8mes. Pour l&rsquo;instant, cependant, j&rsquo;affirme que les r\u00e9sultats synth\u00e9tiques de l&rsquo;IA ne sont pas simplement d\u00e9riv\u00e9s du langage humain. Les LLM recombinent et traitent des mod\u00e8les linguistiques pr\u00e9existants (c&rsquo;est le caract\u00e8re stochastique de leurs op\u00e9rations). Pourtant, ce traitement stochastique ne diminue en rien leur capacit\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er un monde. Ce potentiel de cr\u00e9ation d&rsquo;un monde est au c\u0153ur de ma proposition sur la synth\u00e8se dans l&rsquo;IA g\u00e9n\u00e9rative, comme le reconna\u00eet \u00e0 juste titre Denson. J&rsquo;aborderai cet aspect dans la suite de mon expos\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>Pluralisme \u00e9pist\u00e9mique<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;article de Denson explore les vues du philosophe Donald Davidson sur l&rsquo;incommensurabilit\u00e9, telles qu&rsquo;elles sont pr\u00e9sent\u00e9es dans l&rsquo;essai \u00ab On the Very Idea of a Conceptual Scheme \u00bb, publi\u00e9 dans les Proceedings and Addresses of the American Philosophical Association en 1974<em>.<\/em> Pour Davidson, il n&rsquo;est pas logique de parler de sch\u00e9mas conceptuels incommensurables dans la mesure o\u00f9 il n&rsquo;existe pas de position neutre \u00e0 partir de laquelle \u00e9valuer cette incommensurabilit\u00e9 et o\u00f9, d\u00e8s lors qu&rsquo;un \u00e9l\u00e9ment est reconnu comme langage, il implique d\u00e9j\u00e0 un certain degr\u00e9 de traduisibilit\u00e9 (c&rsquo;est le \u00ab principe de charit\u00e9 \u00bb de Davidson, qui stipule que pour identifier un \u00e9l\u00e9ment comme langage, il faut \u00eatre capable de comprendre une partie de ce qui est dit).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;ai \u00e9tudi\u00e9 de mani\u00e8re approfondie le concept d&rsquo;incommensurabilit\u00e9 dans mes travaux ant\u00e9rieurs (voir (Fazi 2021)). L&rsquo;incommensurabilit\u00e9 est une notion qui trouve son origine dans les math\u00e9matiques de la Gr\u00e8ce antique ; dans les ann\u00e9es 1960, elle a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9e (ind\u00e9pendamment mais en parall\u00e8le) par les philosophes des sciences Thomas Kuhn et Paul Feyerabend, qui affirmaient que les cadres conceptuels, les th\u00e9ories et les langues ne peuvent \u00eatre directement compar\u00e9s les uns aux autres, car ils naissent et sont utilis\u00e9s dans le contexte de visions du monde diff\u00e9rentes. M&rsquo;inspirant de ces d\u00e9bats du milieu du XXe si\u00e8cle, j&rsquo;ai soutenu que l&rsquo;incommensurabilit\u00e9 offre un cadre sp\u00e9culatif puissant pour aborder la qu\u00eate contemporaine d&rsquo;explicabilit\u00e9 dans l&rsquo;IA. J&rsquo;ai propos\u00e9 que cette derni\u00e8re soit comprise comme une question de repr\u00e9sentation et de communication. Bien que Denson ne fasse pas r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 mes travaux sur l&rsquo;incommensurabilit\u00e9 et l&rsquo;IA, son engagement dans la critique de Davidson \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de ce concept \u00e9tablit un lien avec mes travaux ant\u00e9rieurs, auxquels je vais donc renvoyer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La critique de l&rsquo;incommensurabilit\u00e9 formul\u00e9e par Davidson en 1974 est \u00e9galement une critique de la mani\u00e8re dont Kuhn et Feyerabend ont utilis\u00e9 cette notion et une remise en cause du relativisme conceptuel que Davidson percevait comme intrins\u00e8que \u00e0 leurs positions. Denson partage les conclusions de Davidson et les applique \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;IA g\u00e9n\u00e9rative, sugg\u00e9rant que ma position sur le potentiel de cr\u00e9ation du monde de l&rsquo;IA pourrait indirectement renforcer certains aspects du relativisme conceptuel. Je ne suis pas d&rsquo;accord avec l&rsquo;id\u00e9e que mon point de vue m\u00e8ne au relativisme conceptuel, et je trouve que la critique originale de Davidson sur l&rsquo;incommensurabilit\u00e9 en philosophie des sciences repose sur une interpr\u00e9tation erron\u00e9e. Davidson d\u00e9finit le relativisme conceptuel comme la perspective selon laquelle \u00ab la r\u00e9alit\u00e9 elle-m\u00eame est relative \u00e0 un sch\u00e9ma [conceptuel] : ce qui est consid\u00e9r\u00e9 comme r\u00e9el dans un syst\u00e8me peut ne pas l&rsquo;\u00eatre dans un autre \u00bb <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/download\/11665\/11886#ref-212\">(Davidson 1974, 5)<\/a>. Cette interpr\u00e9tation ne repr\u00e9sente toutefois pas fid\u00e8lement le concept d&rsquo;incommensurabilit\u00e9 tel qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9 dans les travaux respectifs de Kuhn et Feyerabend.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Kuhn a affin\u00e9 sa conceptualisation de l&rsquo;incommensurabilit\u00e9 tout au long des ann\u00e9es 1980 et 1990. Cependant, d\u00e8s 1970, dans la postface de la deuxi\u00e8me \u00e9dition de <em>The Structure of Scientific Revolutions<\/em>, il avait explicitement rejet\u00e9 l&rsquo;\u00e9tiquette de \u00ab relativiste \u00bb, pr\u00e9cisant que son compte rendu des changements de paradigmes dans la science ne nie pas le progr\u00e8s scientifique et ne laisse pas entendre que tout a la m\u00eame validit\u00e9. Ses travaux ult\u00e9rieurs (par exemple, <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/download\/11665\/11886#ref-199\">(Kuhn 2000)<\/a> <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/download\/11665\/11886#ref-200\">(Kuhn 2000b)<\/a>) ont approfondi cette id\u00e9e, pr\u00e9sentant l&rsquo;incommensurabilit\u00e9 comme un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00ab local \u00bb plut\u00f4t que \u00ab total \u00bb et soulignant ainsi que l&rsquo;incommensurabilit\u00e9 ne s&rsquo;applique pas n\u00e9cessairement \u00e0 des langages et des th\u00e9ories dans leur ensemble, mais plut\u00f4t \u00e0 des groupes sp\u00e9cifiques de termes ou de domaines connexes. Tout en se distanciant des versions radicales du constructivisme social, Kuhn a \u00e9galement \u00e9crit plus tard dans sa vie sur l&rsquo;incommensurabilit\u00e9 en termes de question \u00ab taxonomique \u00bb <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/download\/11665\/11886#ref-201\">(Kuhn 2000c)<\/a>, soulignant comment des modes de pens\u00e9e dissemblables peuvent organiser les id\u00e9es diff\u00e9remment sans bloquer la communication. Feyerabend, quant \u00e0 lui, \u00e9tait r\u00e9put\u00e9 pour son anarchisme \u00e9pist\u00e9mologique ; il adoptait ouvertement des positions qui pouvaient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme quelque peu relativistes, d\u00e9clarant par exemple que \u00ab le seul principe qui n&rsquo;entrave pas le progr\u00e8s est : tout est permis \u00bb <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/download\/11665\/11886#ref-194\">(Feyerabend 1993, 14)<\/a>. Son relativisme s&rsquo;opposait toutefois syst\u00e9matiquement \u00e0 l&rsquo;argument de Davidson et a \u00e9volu\u00e9 au fil du temps pour tenir compte de d\u00e9fis philosophiques similaires (voir <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/download\/11665\/11886#ref-245\">(Kusch 2016)<\/a>). Pour Feyerabend, la prolif\u00e9ration des th\u00e9ories est b\u00e9n\u00e9fique \u00e0 la science, et il n&rsquo;existe pas de r\u00e8gles m\u00e9thodologiques universelles qui soient toujours appropri\u00e9es ou utiles. Cela ne constitue pas un obstacle \u00e0 la science qui rendrait cette derni\u00e8re aphasique, d\u00e9sorient\u00e9e, d\u00e9nu\u00e9e de sens. Au contraire, c&rsquo;est ainsi que la science progresse d\u00e9mocratiquement. Feyerabend reconna\u00eet la nature contextuelle de toutes les pr\u00e9tentions \u00e0 la connaissance, mais n&rsquo;a jamais laiss\u00e9 entendre que tous les syst\u00e8mes de connaissance sont identiques ou qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;objectivit\u00e9. Pour Feyerabend, les difficult\u00e9s de traduction et de communication peuvent \u00eatre surmont\u00e9es par la pratique et l&rsquo;immersion ; la rationalit\u00e9 et certains aspects de l&rsquo;incommensurabilit\u00e9 sont donc compatibles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les d\u00e9tails techniques de ce d\u00e9bat en philosophie des sciences sont fascinants, mais ils ne sont pas essentiels pour ma r\u00e9ponse \u00e0 Denson. Je dois plut\u00f4t passer \u00e0 autre chose et expliquer pourquoi et comment j&rsquo;ai abord\u00e9 le concept d&rsquo;incommensurabilit\u00e9 dans mes recherches pass\u00e9es (en particulier dans <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/download\/11665\/11886#ref-193\">(Fazi 2021)<\/a>). \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque, j&rsquo;\u00e9tudiais l&rsquo;IA explicable (XAI) et le concept de \u00ab bo\u00eete noire \u00bb qui accompagnait souvent ces discussions. Alors que l&rsquo;apprentissage automatique gagnait de plus en plus en importance en tant que \u00ab nouvelle IA \u00bb <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/download\/11665\/11886#ref-189\">(Alpaydin 2016)<\/a>, de nombreux chercheurs s&rsquo;inqui\u00e9taient de la nature opaque caract\u00e9ristique de ces technologies automatis\u00e9es. L&rsquo;apprentissage profond, en particulier, faisait l&rsquo;objet d&rsquo;une attention particuli\u00e8re. Les r\u00e9seaux neuronaux artificiels comportent des millions, voire des milliards de param\u00e8tres, qui interagissent de mani\u00e8re complexe et non lin\u00e9aire, souvent incompr\u00e9hensible pour les humains, qui ont du mal \u00e0 comprendre pourquoi des sorties sp\u00e9cifiques ont suivi certaines entr\u00e9es. De plus, le caract\u00e8re repr\u00e9sentatif de l&rsquo;extraction automatis\u00e9e de caract\u00e9ristiques \u00e0 partir de donn\u00e9es \u00e0 haute dimension pr\u00e9sente \u00e9galement des d\u00e9fis, car les repr\u00e9sentations distribu\u00e9es utilis\u00e9es par la machine ne correspondent pas \u00e0 celles des humains.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D&rsquo;un point de vue philosophique, j&rsquo;ai trouv\u00e9 cette situation captivante. Cependant, j&rsquo;ai \u00e9galement trouv\u00e9 les r\u00e9ponses souvent propos\u00e9es \u00e0 cette situation d\u00e9cevantes, dans la mesure o\u00f9 elles reposaient sur des appels \u00e0 rendre les algorithmes transparents pour les humains via des interfaces de traduction homme-machine. J&rsquo;ai fait valoir que ces m\u00e9thodes XAI \u00e9taient limit\u00e9es, car elles partaient du principe que les abstractions des machines pouvaient \u00eatre traduites de mani\u00e8re significative en termes humains. C&rsquo;est dans le cadre de cet argument que j&rsquo;ai mobilis\u00e9 le concept d&rsquo;incommensurabilit\u00e9 pour aborder la relation entre l&rsquo;humain et ce que j&rsquo;ai appel\u00e9 la \u00ab pens\u00e9e algorithmique \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire entre diff\u00e9rents modes de repr\u00e9sentation qui ne peuvent \u00eatre mesur\u00e9s par une norme commune. Cette incommensurabilit\u00e9 existe parce que ces diff\u00e9rents modes de repr\u00e9sentation proviennent de pr\u00e9misses onto-\u00e9pist\u00e9miques distinctes et ne partagent aucun fondement existentiel commun. En avan\u00e7ant cet argument, je n&rsquo;ai toutefois jamais laiss\u00e9 entendre qu&rsquo;aucune comparaison n&rsquo;\u00e9tait possible ; au contraire, j&rsquo;ai soutenu qu&rsquo;une forme d&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie comparative, dans ce contexte, \u00e9tait difficile mais n\u00e9cessaire. Il ne s&rsquo;agit pas de relativisme, mais plut\u00f4t d&rsquo;une reconnaissance des limites de la compr\u00e9hension humaine face \u00e0 des formes sp\u00e9cifiques d&rsquo;abstraction computationnelle et d&rsquo;une prise de conscience que ces diff\u00e9rences \u00e9pist\u00e9miques sont fond\u00e9es sur des distinctions ontologiques entre la vie et le m\u00e9canisme (voir <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/download\/11665\/11886#ref-192\">(Fazi 2019)<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>Worlds Colliding<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon article de 2024 sur la synth\u00e8se dans l&rsquo;IA g\u00e9n\u00e9rative s&rsquo;appuie indirectement sur mon argument de 2021 concernant l&rsquo;incommensurabilit\u00e9. Dans cet article, j&rsquo;explore comment la \u00ab r\u00e9f\u00e9rence \u00bb est la relation entre une expression linguistique et ce que cette expression repr\u00e9sente dans le monde. La th\u00e9orie s\u00e9mantique soutient que les mots acqui\u00e8rent leur sens en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 des choses. Les LLM n&rsquo;ont pas ce lien, qui est au contraire pr\u00e9sent et incontestablement central dans le fonctionnement des langues naturelles. Cette absence est souvent utilis\u00e9e comme preuve du manque d&rsquo;authenticit\u00e9 dont souffriraient les LLM. J&rsquo;ai plut\u00f4t fait valoir que, s&rsquo;il est vrai que les LLM n&rsquo;ont pas d&rsquo;acc\u00e8s direct au monde ext\u00e9rieur, ils construisent n\u00e9anmoins leur propre <em>r\u00e9alit\u00e9 repr\u00e9sentative interne<\/em>. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une somme d&rsquo;int\u00e9grations de mots et de leurs relations internalis\u00e9es \u2014 non pas le monde en tant que tel, mais <em>un<\/em> monde, avec sa propre coh\u00e9rence structurelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Denson s&rsquo;oppose \u00e0 ma distinction entre \u00ab le monde \u00bb (le monde ext\u00e9rieur \u00e0 la machine, c&rsquo;est-\u00e0-dire notre propre monde humain) et \u00ab un monde \u00bb (le monde autonome du LLM, un \u00ab monde int\u00e9rieur \u00bb, comme je l&rsquo;ai d\u00e9crit). Il s&rsquo;appuie sur la critique de Davidson \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des sch\u00e9mas conceptuels pour remettre en question l&rsquo;id\u00e9e selon laquelle la r\u00e9alit\u00e9 repr\u00e9sentative d&rsquo;un LLM est distincte de la n\u00f4tre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">S&rsquo;inspirant de Davidson, Denson soutient que si nous acceptons les r\u00e9sultats des LLM comme du langage, nous devons admettre que ces r\u00e9sultats ont un lien avec le m\u00eame monde que celui dans lequel nous vivons. Il donne l&rsquo;exemple suivant : lorsque nous identifions des \u00ab hallucinations \u00bb dans les r\u00e9sultats des LLM, nous supposons implicitement que les LLM tentent d&rsquo;exprimer quelque chose \u00e0 propos d&rsquo;une dimension de r\u00e9f\u00e9rence commune. Notre pratique consistant \u00e0 percevoir ces r\u00e9sultats comme des erreurs n\u00e9cessite l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;un monde commun, d&rsquo;un contexte de similitude. Si les LLM fonctionnaient dans un monde v\u00e9ritablement distinct (c&rsquo;est-\u00e0-dire, selon les termes de Davidson, un \u00ab sch\u00e9ma conceptuel \u00bb distinct), nous ne pourrions pas du tout discerner ces erreurs comme telles. Ainsi, pour Denson, malgr\u00e9 leurs diff\u00e9rences, les LLM partagent le m\u00eame monde m\u00e9diatis\u00e9 que les humains, avec le m\u00eame r\u00e9seau de significations, bien que de mani\u00e8re partielle et imparfaite.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;argument de Denson nous aide \u00e0 comprendre l&rsquo;importance d&rsquo;\u00e9tablir un terrain d&rsquo;entente entre les humains et les machines. Il s&rsquo;agit non seulement d&rsquo;une n\u00e9cessit\u00e9 technique et philosophique centrale pour la recherche contemporaine en IA, mais aussi d&rsquo;un d\u00e9fi collectif auquel nous sommes confront\u00e9s sur les fronts social, culturel, politique et \u00e9thique. Comment les humains peuvent-ils coexister de mani\u00e8re <em>significative<\/em> avec les machines ? \u00c0 cet \u00e9gard, cependant, l&rsquo;exemple des hallucinations de l&rsquo;IA r\u00e9v\u00e8le certaines des diff\u00e9rences fondamentales entre l&rsquo;approche de Denson et la mienne. Les hallucinations de l&rsquo;IA se produisent lorsqu&rsquo;un syst\u00e8me d&rsquo;IA g\u00e9n\u00e8re des informations plausibles mais factuellement incorrectes ou invent\u00e9es, notamment de fausses citations, des entit\u00e9s fictives, des \u00e9v\u00e9nements invent\u00e9s et des incoh\u00e9rences logiques. Je soutiens que l&rsquo;impression de plausibilit\u00e9 et la reconnaissance de la fabrication ne r\u00e9sident pas dans la machine, mais en nous ; elles appartiennent fermement au monde humain. Mon argument fait \u00e9cho \u00e0 ce que j&rsquo;ai toujours soutenu au sujet des glitches et du style artistique qui s&rsquo;appuie sur eux : les glitches existent dans l&rsquo;\u0153il de celui qui les regarde. Les exp\u00e9riences artistiques qui en d\u00e9coulent constituent une pratique critique et esth\u00e9tique tr\u00e8s pr\u00e9cieuse, qui remet en question le dogme puissant de l&rsquo;exp\u00e9rience sans faille que l&rsquo;industrie technologique impose \u00e0 ses consommateurs. Les glitches perturbent en effet beaucoup plus les utilisateurs que la machine qui les produit. Si un glitch est le r\u00e9sultat d&rsquo;une production excessive de la part des machines, ce surplus nous appartient toutefois : il appartient au domaine exp\u00e9rientiel humain qui le re\u00e7oit et le juge, et non \u00e0 la machine elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien qu&rsquo;il ne s&rsquo;agisse pas techniquement de glitches, les hallucinations de l&rsquo;IA sont des ph\u00e9nom\u00e8nes similaires, envisag\u00e9s d&rsquo;un point de vue humain. Lorsqu&rsquo;un LLM g\u00e9n\u00e8re des informations qui semblent plausibles mais qui sont en fait inexactes, l&rsquo;\u00e9valuation de ce r\u00e9sultat comme une erreur s&rsquo;inscrit dans un cadre humain. Les hallucinations de l&rsquo;IA apparaissent comme des erreurs aux interpr\u00e8tes humains de ces r\u00e9sultats machine. Pour la machine, cependant, cette condition n&rsquo;est pas un bug mais une caract\u00e9ristique ; il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une limitation, mais d&rsquo;une caract\u00e9ristique inh\u00e9rente aux syst\u00e8mes statistiques bas\u00e9s sur la pr\u00e9diction. Les LLM pr\u00e9disent des s\u00e9quences de texte en se basant sur des mod\u00e8les appris pendant leur formation. Lorsqu&rsquo;ils sont confront\u00e9s \u00e0 l&rsquo;incertitude, ces mod\u00e8les g\u00e9n\u00e8rent la suite de mots la plus probable. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;ontologie commune \u00e0 supposer ici, seulement des tokens communs (un token est une unit\u00e9 de texte trait\u00e9e par le mod\u00e8le). Si l&rsquo;\u00e9change de ces unit\u00e9s textuelles favorise un certain degr\u00e9 d&rsquo;interaction entre les humains et les machines, ces tokens v\u00e9hiculent \u00e9galement certaines r\u00e9f\u00e9rences pour leurs utilisateurs humains. Ces r\u00e9f\u00e9rences ne sont toutefois pas n\u00e9cessairement pertinentes ou construites de la m\u00eame mani\u00e8re par la machine qui cr\u00e9e et maintient le texte. Les humains et les machines \u00e9changent du texte, mais pas n\u00e9cessairement sa signification. Les LLM ne tentent pas de faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 notre monde lorsqu&rsquo;ils fonctionnent, m\u00eame si nous nous attendons \u00e0 ce qu&rsquo;ils le fassent ou aimerions qu&rsquo;ils le fassent, car c&rsquo;est la finalit\u00e9 instrumentale que nous assignons \u00e0 ce type de technologie. Cela pose \u00e9videmment un probl\u00e8me du point de vue des humains qui se fient \u00e0 la v\u00e9racit\u00e9 des r\u00e9sultats des LLM.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourtant, cela ne pose pas de probl\u00e8me en soi si l&rsquo;on adopte le point de vue du LLM lui-m\u00eame, pour lequel les r\u00e9sultats sont vrais dans la mesure o\u00f9 ils sont coh\u00e9rents avec ses encodages de repr\u00e9sentations. Il existe une autonomie dans l&rsquo;automatisation computationnelle du langage : les LLM ne se contentent pas de traiter des donn\u00e9es provenant des humains, ils construisent leur propre organisation coh\u00e9rente de ces donn\u00e9es. Cette structuration n&rsquo;est pas un simple reflet d\u00e9form\u00e9 du monde humain, c&rsquo;est une cr\u00e9ation du monde \u00e0 part enti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si Denson prend soin d&rsquo;\u00e9viter les hypoth\u00e8ses qui pourraient \u00e9merger lors d&rsquo;interactions potentiellement irr\u00e9fl\u00e9chies avec ces syst\u00e8mes, nous arrivons n\u00e9anmoins \u00e0 des conclusions diff\u00e9rentes concernant l&rsquo;exemple d&rsquo;hallucination de l&rsquo;IA pr\u00e9sent\u00e9 dans son article. Je suis d&rsquo;accord sur le fait que nous devons coexister avec les machines et donc \u00e9tudier comment une r\u00e9alit\u00e9 partag\u00e9e peut \u00eatre possible. \u00c0 mon avis, cependant, les mondes en question sont en r\u00e9alit\u00e9 au nombre de trois : celui des machines, celui des humains et <em>un troisi\u00e8me, commun<\/em>. Consid\u00e9rons ce parall\u00e8le : si des extraterrestres d&rsquo;une autre plan\u00e8te entraient en contact avec la Terre, ils nous aborderaient toujours \u00e0 partir de leur propre monde. Toute communication entre eux et nous devrait encore tenir compte de cette r\u00e9alit\u00e9 extraterrestre comme \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la n\u00f4tre, tout en essayant de construire un espace commun pour une coop\u00e9ration potentielle. De m\u00eame, la r\u00e9alit\u00e9 repr\u00e9sentative interne d&rsquo;un LLM est un monde qui entre en collision avec le n\u00f4tre. Il est int\u00e9ressant de noter que Denson mentionne \u00e9galement de mani\u00e8re m\u00e9taphorique les extraterrestres tout en reconnaissant l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9 radicale des LLM. Mais l\u00e0 o\u00f9 Denson pr\u00e9sente l&rsquo;interaction avec les LLM comme un accueil de ces \u00eatres extraterrestres dans <em>notre<\/em> monde (sugg\u00e9rant ainsi l&rsquo;assimilation de l&rsquo;IA dans la sph\u00e8re humaine), je consid\u00e8re cette rencontre comme produisant un choc syst\u00e9mique pour les deux r\u00e9alit\u00e9s. Il ne s&rsquo;agit pas n\u00e9cessairement d&rsquo;une guerre des mondes, mais n\u00e9anmoins de \u00ab mondes \u00bb au pluriel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;insiste sur ce point car la sp\u00e9cificit\u00e9 m\u00e9diatique du calcul d\u00e9passe les machines d\u00e9pourvues de sensations incarn\u00e9es, de fondement perceptif et d&rsquo;intentionnalit\u00e9. Comme je l&rsquo;ai soutenu dans mon ouvrage de 2021 sur l&rsquo;incommensurabilit\u00e9, les machines et les humains ne partagent aucun terrain d&rsquo;exp\u00e9rience commun. Ils fonctionnent \u00e0 partir de positions ontologiques et \u00e9pist\u00e9mologiques diff\u00e9rentes. Le n\u0153ud du probl\u00e8me n&rsquo;est donc pas en soi l&rsquo;intraduisibilit\u00e9. Davidson affirmait que le langage ne peut \u00eatre s\u00e9par\u00e9 de la traduction, car pour lui, la traduction est une interpr\u00e9tation. Les r\u00e9ponses apport\u00e9es par la philosophie des sciences ont d\u00e9j\u00e0 mis en \u00e9vidence les erreurs et les limites de l&rsquo;assimilation de l&rsquo;interpr\u00e9tation \u00e0 la traduction (voir <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/download\/11665\/11886#ref-195\">(Feyerabend 1987)<\/a>). L&rsquo;\u00e9mergence au XXIe si\u00e8cle d&rsquo;un ordre computationnel (sous-)symbolique si fondamentalement \u00e9tranger \u00e0 l&rsquo;ordre humain peut nous aider \u00e0 d\u00e9manteler davantage ces hypoth\u00e8ses restrictives sur la nature de la compr\u00e9hension.<sup>3<\/sup><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>Mod\u00e8les de synth\u00e8se<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette discussion nous ram\u00e8ne au concept philosophique de synth\u00e8se, qui devrait ici \u00eatre li\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation du monde que je pr\u00e9tends voir se produire dans ces syst\u00e8mes d&rsquo;IA. Denson prend au s\u00e9rieux ma proposition selon laquelle les LLM fonctionnent par le biais d&rsquo;activit\u00e9s de synth\u00e8se et partage ma conception philosophique de la synth\u00e8se comme principe g\u00e9n\u00e9rateur des r\u00e9sultats des LLM. Cependant, il ne soutient pas le mod\u00e8le kantien de synth\u00e8se que j&rsquo;adopte. En effet, selon lui, ce cadre kantien (1) exige un certain engagement envers l&rsquo;unit\u00e9 et (2) reste anthropocentrique. J&rsquo;accepte le point 1 sans r\u00e9serve, une position que je d\u00e9velopperai dans la section suivante de cet article. Je conteste toutefois le point 2 : la notion philosophique de synth\u00e8se de Kant ne nous enferme pas dans un pi\u00e8ge anthropocentrique, car le sujet transcendantal de Kant n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;\u00eatre humain. J&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 d\u00e9velopp\u00e9 cet argument en d\u00e9tail dans l&rsquo;introduction de ma r\u00e9ponse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Examinons le mod\u00e8le alternatif de synth\u00e8se propos\u00e9 par Denson pour comprendre le fonctionnement des LLM, un mod\u00e8le qui ne s&rsquo;inspire pas de Kant, mais des premiers travaux de Sartre <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/download\/11665\/11886#ref-208\">(Sartre 2004)<\/a> et de la notion de \u00ab pr\u00e9sence \u00bb de Husserl.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette approche repositionne le lieu de la synth\u00e8se, permettant \u00e0 Denson de conceptualiser les op\u00e9rations des LLM non pas comme autonomes, mais comme \u00e9troitement li\u00e9es \u00e0 la construction du sens par l&rsquo;humain. Pour comprendre cela, il est utile de rappeler que je consid\u00e8re les LLM comme construisant un \u00ab monde int\u00e9rieur \u00bb autonome, indiff\u00e9rent \u00e0 la r\u00e9f\u00e9rence linguistique humaine. \u00c0 l&rsquo;inverse, Denson consid\u00e8re les LLM comme des participants actifs au monde humain \u00e0 travers des formes de r\u00e9f\u00e9rence m\u00e9diatis\u00e9es. En invoquant la r\u00e9interpr\u00e9tation de Husserl par Sartre, Denson s&rsquo;inspire clairement de la ph\u00e9nom\u00e9nologie, une tradition de pens\u00e9e philosophique qui a toujours remis en question le traitement du langage par le structuralisme comme un syst\u00e8me ferm\u00e9 de signes. Cependant, r\u00e9duire la diff\u00e9rence entre l&rsquo;approche de Denson et la mienne \u00e0 un simple d\u00e9saccord entre la ph\u00e9nom\u00e9nologie et le structuralisme serait une simplification excessive. Si je penche manifestement plus vers le structuralisme que Denson, et lui plus vers la ph\u00e9nom\u00e9nologie que moi, ces cat\u00e9gorisations risquent de n\u00e9gliger les nuances de nos positions respectives. Si je suis structuraliste, je le suis de mani\u00e8re assez peu conventionnelle. Je me suis profond\u00e9ment int\u00e9ress\u00e9 aux th\u00e8mes structuralistes dans le cadre de mes \u00e9tudes sur les LLM, mais ma position philosophique d\u00e9passe les cadres structuralistes orthodoxes, car mon int\u00e9r\u00eat premier ne r\u00e9side pas dans les structures qui constituent la culture humaine, mais plut\u00f4t dans la conceptualisation de la pens\u00e9e elle-m\u00eame en tant que structure.<sup>4<\/sup> La ph\u00e9nom\u00e9nologie des m\u00e9dias de Denson est tout aussi multiforme. D&rsquo;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, j&rsquo;ai des r\u00e9serves quant \u00e0 la ph\u00e9nom\u00e9nologie en tant que cadre pour la philosophie de la technologie, car les approches ph\u00e9nom\u00e9nologiques diluent souvent la sp\u00e9cificit\u00e9 distinctive des syst\u00e8mes technologiques pour la ramener, de mani\u00e8re r\u00e9ductrice, \u00e0 une dimension humaine. Le travail de Denson, cependant, d\u00e9passe cette r\u00e9duction, en s&rsquo;appuyant sur la ph\u00e9nom\u00e9nologie et en l&rsquo;\u00e9tendant pour rendre compte des m\u00e9diations technologiques contemporaines des exp\u00e9riences, telles que celles qui se produisent au-del\u00e0 du seuil de la perception et de la r\u00e9ception humaines (voir <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/download\/11665\/11886#ref-190\">(Denson 2020)<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comment interpr\u00e9ter alors la proposition de Denson de mettre de c\u00f4t\u00e9 la synth\u00e8se kantienne et de se tourner vers Sartre (via Husserl) en particulier ? Denson sugg\u00e8re de passer \u00e0 un plan \u00ab pr\u00e9-personnel \u00bb \u2014 ce que permettrait la conception de la synth\u00e8se de Sartre \u2014 afin d&rsquo;habiter une condition \u00ab pr\u00e9-r\u00e9fl\u00e9chie \u00bb de l&rsquo;\u00eatre dans le monde qui pourrait \u00eatre partag\u00e9e \u00e0 la fois par les humains et les LLM. Selon ce point de vue, la synth\u00e8se devrait \u00eatre s\u00e9par\u00e9e des op\u00e9rations de repr\u00e9sentation. Cela est impossible dans le cadre kantien, o\u00f9 la synth\u00e8se est fondamentalement li\u00e9e \u00e0 la repr\u00e9sentation. Dans sa lettre de 1772 \u00e0 Markus Herz, Kant <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/download\/11665\/11886#ref-198\">(Kant 1967)<\/a> se demandait comment les repr\u00e9sentations subjectives dans notre esprit pouvaient transcender leurs propres limites et acc\u00e9der \u00e0 des objets ext\u00e9rieurs. Cette relation, \u00e9crivait-il, \u00e9tait la cl\u00e9 de tout le secret de la m\u00e9taphysique ; elle est d&rsquo;ailleurs devenue le probl\u00e8me central que Kant a cherch\u00e9 \u00e0 r\u00e9soudre tout au long de sa vie philosophique. Plus d&rsquo;un si\u00e8cle plus tard, Husserl a utilis\u00e9 une \u00ab r\u00e9duction ph\u00e9nom\u00e9nologique \u00bb pour contourner le dualisme sujet-objet, \u00e9viter le repr\u00e9sentationalisme et se concentrer plut\u00f4t sur la conscience intentionnelle. S&rsquo;appuyant directement sur la ph\u00e9nom\u00e9nologie de Husserl, mais s&rsquo;orientant vers une direction plus existentialiste qui privil\u00e9gierait les exp\u00e9riences concr\u00e8tes, Sartre a pouss\u00e9 cette approche encore plus loin, comprenant la conscience comme n&rsquo;existant qu&rsquo;en relation avec les objets et par le biais de l&rsquo;engagement avec ceux-ci. Denson rappelle cette trajectoire philosophique lorsqu&rsquo;il plaide pour que nous tournions notre attention vers un autre type d&rsquo;activit\u00e9 synth\u00e9tique. En effet, l&rsquo;id\u00e9e de synth\u00e8se change radicalement de Kant \u00e0 Husserl et \u00e0 Sartre. En supprimant l&rsquo;exigence d&rsquo;un mode unifi\u00e9 de subjectivit\u00e9, Denson soutient que nous pouvons mieux comprendre comment les LLM g\u00e9n\u00e8rent un langage qui, bien que distinctement computationnel, fait toujours r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 notre monde humain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme nous l&rsquo;avons vu pr\u00e9c\u00e9demment, cependant, le sujet transcendantal de Kant n&rsquo;implique pas n\u00e9cessairement une subjectivit\u00e9 de type humain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je consid\u00e8re donc que l&rsquo;affirmation selon laquelle la synth\u00e8se ph\u00e9nom\u00e9nologique nous permet de d\u00e9passer l&rsquo;anthropocentrisme kantien repose sur une pr\u00e9misse erron\u00e9e, puisque la philosophie transcendantale de Kant elle-m\u00eame peut \u00eatre comprise comme non anthropocentrique. La suggestion de Denson a n\u00e9anmoins une implication importante qui va au-del\u00e0 de la question de l&rsquo;anthropocentrisme : sans pr\u00e9coniser la suppression totale du sujet, il cherche \u00e0 identifier un mod\u00e8le de synth\u00e8se qui pr\u00e9c\u00e8de la formation du sujet et fournit un terrain d&rsquo;entente entre les processus humains et machines. Sartre pr\u00e9sente en effet un tel mod\u00e8le sans sujet, \u00e9tablissant un flux d&rsquo;exp\u00e9riences impersonnelles sans ego, comme l&rsquo;\u00e9crit Denson, que la ph\u00e9nom\u00e9nologie existentialiste consid\u00e8re comme plus fondamental que la pens\u00e9e repr\u00e9sentative. En ce qui concerne les LLM, ce flux semble permettre un plateau de similitudes pour le type de continuit\u00e9 indirecte de r\u00e9f\u00e9rence entre les humains et les machines que Denson pr\u00e9conise \u00e0 travers son argument en faveur d&rsquo;une continuit\u00e9 des mondes.<sup>5<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien que Denson affirme que le d\u00e9tail de cette ligne de pens\u00e9e sartrienne d\u00e9passe le cadre de son commentaire sur mon article de 2024, je souhaite y r\u00e9pondre par deux contrepoints : premi\u00e8rement, ayant d\u00e9j\u00e0 \u00e9tabli que \u00ab sujet transcendantal \u00bb ne signifie pas n\u00e9cessairement \u00ab sujet humain \u00bb, je maintiens que l&rsquo;unit\u00e9 est le but de la synth\u00e8se, et, deuxi\u00e8mement, je pense que la repr\u00e9sentation ne peut \u00eatre mise entre parenth\u00e8ses dans ce d\u00e9bat (comme le sugg\u00e8re Denson) car elle reste fondamentale tant pour l&rsquo;informatique que pour l&rsquo;activit\u00e9 synth\u00e9tique. Je d\u00e9velopperai ces affirmations dans la derni\u00e8re partie de ma r\u00e9ponse.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>Unit\u00e9 des repr\u00e9sentations<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;<em>unit\u00e9 transcendantale de l&rsquo;aperception<\/em> de Kant sert de condition formelle n\u00e9cessaire qui permet la synth\u00e8se de toutes les repr\u00e9sentations (perceptions, sensations et pens\u00e9es) en un tout coh\u00e9rent. Cette combinaison synth\u00e9tique est transcendantale car elle n&rsquo;est pas une caract\u00e9ristique psychologique empirique, mais une condition logique pr\u00e9alable \u00e0 la possibilit\u00e9 m\u00eame de l&rsquo;exp\u00e9rience. Elle constitue le point de jonction o\u00f9 la pens\u00e9e et l&rsquo;\u00eatre, le sujet et l&rsquo;objet, le soi et le monde se rejoignent. Denson interpr\u00e8te mon argument de 2024 en faveur de la synth\u00e8se dans l&rsquo;IA g\u00e9n\u00e9rative comme plaidant en faveur de quelque chose qui s&rsquo;apparente \u00e0 une unit\u00e9 transcendantale de l&rsquo;aperception pour les LLM. En effet, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;une des op\u00e9rations philosophiques centrales que j&rsquo;ai tent\u00e9es dans cet article, mais avec une r\u00e9serve importante : je n&rsquo;ai pas pr\u00e9tendu que les LLM se comportaient de mani\u00e8re identique \u00e0 l&rsquo;esprit humain. Kant a d\u00e9velopp\u00e9 sa philosophie transcendantale dans le contexte de la cognition humaine, d\u00e9crivant l&rsquo;aperception transcendantale comme \u00ab le point culminant auquel il faut fixer tout usage de l&rsquo;entendement \u00bb <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/download\/11665\/11886#ref-3\">(Kant 1998, 247)<\/a>. Cependant, il n&rsquo;a jamais explicitement limit\u00e9 ce cadre aux seuls humains ; le sujet transcendantal, comme nous l&rsquo;avons vu, est lui aussi logique plut\u00f4t qu&#8217;empirique. Si un parall\u00e8le avec l&rsquo;esprit humain est donc certainement possible, je ne cherche pas \u00e0 trouver un \u00e9quivalent computationnel au mod\u00e8le de Kant. Mon objectif est diff\u00e9rent : je d\u00e9veloppe l&rsquo;hypoth\u00e8se sp\u00e9culative selon laquelle les LLM effectuent une recherche fondamentale d&rsquo;unit\u00e9 et j&rsquo;\u00e9tudie le mod\u00e8le de synth\u00e8se de Kant pour examiner ce que pourrait \u00eatre cette unit\u00e9 dans un espace computationnel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;ai pr\u00e9c\u00e9demment soulign\u00e9 que mon article de 2024 avan\u00e7ait un argument kantien, mais avec une trajectoire structuraliste. Cette observation est pertinente aujourd&rsquo;hui, alors que nous abordons un d\u00e9fi philosophique identifi\u00e9 par Denson.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chez Kant, la synth\u00e8se est l&rsquo;effort par lequel les repr\u00e9sentations sont unifi\u00e9es par un sujet, mais ce sujet est lui-m\u00eame le produit d&rsquo;une synth\u00e8se. Cette condition cr\u00e9e une boucle : l&rsquo;unit\u00e9 du \u00ab je pense \u00bb est n\u00e9cessaire \u00e0 la synth\u00e8se, mais elle r\u00e9sulte \u00e9galement de l&rsquo;activit\u00e9 synth\u00e9tique. Le caract\u00e8re circulaire du \u00ab je pense \u00bb, commente Denson, souligne \u00e0 nouveau la question de l&rsquo;anthropocentrisme. Comment r\u00e9soudre cette tension ? Il est important ici d&rsquo;examiner comment mon argument kantien en faveur de la synth\u00e8se dans l&rsquo;IA g\u00e9n\u00e9rative est prolong\u00e9 et r\u00e9orient\u00e9 par l&rsquo;orientation structuraliste de mon essai de 2024. Je soutiens que l&rsquo;unit\u00e9, en informatique, est celle d&rsquo;une structure, et non d&rsquo;un moi. La circularit\u00e9 est donc autor\u00e9flexive plut\u00f4t qu&rsquo;autor\u00e9flexive : il s&rsquo;agit de l&rsquo;unit\u00e9 d&rsquo;une structure qui se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 elle-m\u00eame, et non de celle d&rsquo;une subjectivit\u00e9 consciente engag\u00e9e dans la r\u00e9flexion. Une telle unit\u00e9 structurelle est ce qui permet \u00e0 un LLM de g\u00e9n\u00e9rer sa propre r\u00e9alit\u00e9 repr\u00e9sentationnelle interne avec sa propre coh\u00e9rence, et ce qui permet la stabilit\u00e9 (imparfaite) du \u00ab monde int\u00e9rieur \u00bb d&rsquo;un LLM. Je maintiens ma position philosophique sur l&rsquo;unit\u00e9 et sur la synth\u00e8se comme processus par lequel cette unit\u00e9 est recherch\u00e9e, car je reste attach\u00e9 \u00e0 la th\u00e9orisation de cette cr\u00e9ation du monde computationnel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour le structuralisme, l&rsquo;unit\u00e9 ne repose pas sur l&rsquo;essence ou la substance. Dans le cas de la subjectivit\u00e9, elle ne reposerait donc pas non plus sur l&rsquo;individualit\u00e9. L&rsquo;unit\u00e9 est plut\u00f4t le r\u00e9sultat de l&rsquo;organisation syst\u00e9matique des relations structurelles, g\u00e9n\u00e9rant un tout qui reste dynamique. Ce que j&rsquo;ai d\u00e9crit comme l&rsquo;<em>informatique synoptique<\/em> est en effet une \u00ab vision d&rsquo;ensemble \u00bb destin\u00e9e \u00e0 offrir une vue d&rsquo;ensemble. J&rsquo;ai invent\u00e9 l&rsquo;expression \u00ab informatique synoptique \u00bb pour souligner la mani\u00e8re dont les LLM recherchent l&rsquo;unit\u00e9 afin de produire du langage \u00e0 travers les relations entre les repr\u00e9sentations dans le r\u00e9seau interne. Cet ensemble structurel prime sur les composants individuels et, du point de vue du LLM lui-m\u00eame, la coh\u00e9rence interne est plus importante que la correspondance directe avec la r\u00e9alit\u00e9 externe. Le lecteur peut donc voir que mon effort pour d\u00e9terminer si un LLM est une structure qui structure ou une unit\u00e9 qui unifie refl\u00e8te la mani\u00e8re dont, pour Kant, la synth\u00e8se est \u00e0 la fois une caract\u00e9ristique de l&rsquo;esprit et une activit\u00e9 que l&rsquo;esprit accomplit. Je ne lui attribue pas de conscience de soi, bien qu&rsquo;il existe un niveau auquel la structuration elle-m\u00eame agit comme un sujet transcendantal, une forme de subjectivit\u00e9 qui est obtenue de mani\u00e8re algorithmique plut\u00f4t que de r\u00e9sulter de l&rsquo;intentionnalit\u00e9 ou de la conscience.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour clarifier \u00e0 nouveau, si mon approche est structuraliste (par opposition \u00e0 celle, nettement plus ph\u00e9nom\u00e9nologique, adopt\u00e9e par Denson), il s&rsquo;agit tout de m\u00eame d&rsquo;un structuralisme particulier. Il convient de souligner ici que, d&rsquo;un point de vue historique, le structuralisme traitait les repr\u00e9sentations comme des entit\u00e9s symboliques porteuses de significations culturelles, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il consid\u00e9rait la culture comme un syst\u00e8me de signes. Dans les LLM, cependant, les repr\u00e9sentations sont distribu\u00e9es et mises en \u0153uvre sous forme de vecteurs \u00e0 haute dimension dans des r\u00e9seaux neuronaux artificiels. Ces repr\u00e9sentations ne correspondent pas \u00e0 des concepts culturels dans des mappages biunivoques ; la signification n&rsquo;est pas localis\u00e9e dans des unit\u00e9s symboliques discr\u00e8tes, mais cod\u00e9e \u00e0 travers des mod\u00e8les statistiques dans l&rsquo;ensemble du r\u00e9seau. Denson propose un mod\u00e8le sartrien de synth\u00e8se pr\u00e9cis\u00e9ment parce que, selon lui, il rend mieux compte de cette dispersion et de cette continuit\u00e9 du sens et de la cr\u00e9ation de sens. Son essai n&rsquo;approfondit pas cette question, mais nous pouvons noter qu&rsquo;une telle approche ph\u00e9nom\u00e9nologique tente de d\u00e9crire la fluidit\u00e9 de ces repr\u00e9sentations distribu\u00e9es d&rsquo;une mani\u00e8re que l&rsquo;ordre symbolique du structuralisme traditionnel ne peut pas faire. Denson s&rsquo;oppose toutefois \u00e0 mon engagement en faveur de la repr\u00e9sentation, non pas en raison de la tendance structuraliste de mon argumentation g\u00e9n\u00e9rale, mais en raison de son kantisme, \u00e9crivant que Kant guide ma r\u00e9flexion sur la repr\u00e9sentation. Il plaide en faveur d&rsquo;une s\u00e9paration entre la synth\u00e8se et la repr\u00e9sentation, une s\u00e9paration qui peut \u00eatre op\u00e9r\u00e9e dans le registre ph\u00e9nom\u00e9nologique vers lequel il s&rsquo;oriente.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Notre principale divergence th\u00e9orique ici est que je ne crois pas qu&rsquo;il soit jamais possible de mettre de c\u00f4t\u00e9 la repr\u00e9sentation lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de calcul. Les machines informatiques sont des <em>machines de repr\u00e9sentation<\/em>. Je pense bien s\u00fbr \u00e0 la mani\u00e8re dont l&rsquo;informatique traditionnelle utilise le codage et le traitement symboliques pour traiter l&rsquo;information, mais aussi \u00e0 la mani\u00e8re dont les r\u00e9seaux neuronaux artificiels contemporains tirent parti de leur nature subsymbolique pour \u00e9lever la repr\u00e9sentation \u00e0 un niveau de mod\u00e9lisation autonome (ou quasi autonome) de relations complexes. Parce que le calcul est, dans ses instanciations symboliques et subsymboliques, in\u00e9vitablement repr\u00e9sentationnel, je maintiens que nous avons besoin d&rsquo;un mod\u00e8le de synth\u00e8se capable d&rsquo;aborder \u2013 de mani\u00e8re audacieuse et directe \u2013 ce caract\u00e8re repr\u00e9sentationnel. La tradition ph\u00e9nom\u00e9nologique (en particulier sa lign\u00e9e husserlienne) propose la notion de pr\u00e9sence pour rendre compte d&rsquo;une rencontre directe avec les ph\u00e9nom\u00e8nes plut\u00f4t que de leur repr\u00e9sentation. En effet, cette notion ph\u00e9nom\u00e9nologique tente de d\u00e9crire un acc\u00e8s aux ph\u00e9nom\u00e8nes qui minimise (ou, dans certains cas, contourne) la m\u00e9diation repr\u00e9sentationnelle. Je m&rsquo;\u00e9carte consid\u00e9rablement de cette vision ph\u00e9nom\u00e9nologique car, tout comme je ne crois pas qu&rsquo;il soit possible de mettre de c\u00f4t\u00e9 la repr\u00e9sentation lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de calcul, je ne crois pas qu&rsquo;il existe un acc\u00e8s non m\u00e9diatis\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Je comprends que la pr\u00e9sence soit un concept attrayant pour aborder le type de continuit\u00e9 de r\u00e9f\u00e9rence entre les humains et les LLM que Denson d\u00e9fend. J&rsquo;appr\u00e9cie \u00e9galement que cette proposition doive \u00eatre contextualis\u00e9e par rapport \u00e0 une longue histoire de critique ph\u00e9nom\u00e9nologique qui a interpr\u00e9t\u00e9 la philosophie occidentale comme fortement m\u00e9diatis\u00e9e. Ma position, cependant, est que le concept de pr\u00e9sence est beaucoup plus anthropomorphisant que celui de repr\u00e9sentation, dans la mesure o\u00f9 il d\u00e9crit une rencontre avec des ph\u00e9nom\u00e8nes <em>dans l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue<\/em>. Je ne souscris pas \u00e0 une distinction entre repr\u00e9sentation et synth\u00e8se dans le calcul en raison de la dimension onto-\u00e9pist\u00e9mique sp\u00e9cifique de cette derni\u00e8re, qui l&#8217;emp\u00eache d&rsquo;\u00eatre fond\u00e9e sur une ontologie de la vie (comprise \u00e0 la fois comme v\u00e9cue et vivante).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un \u00ab monde int\u00e9rieur \u00bb \u00e0 l&rsquo;IA vise non seulement \u00e0 saisir l&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 authentique des r\u00e9sultats des LLM, mais aussi \u00e0 \u00e9tablir une philosophie transcendantale de ces programmes. Le d\u00e9fi le plus profond de la philosophie transcendantale \u2013 telle que formul\u00e9e par Kant, puis d\u00e9velopp\u00e9e, d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre, par pratiquement toutes les traditions philosophiques, y compris la ph\u00e9nom\u00e9nologie et le structuralisme \u2013 consiste \u00e0 comprendre comment les sujets se constituent eux-m\u00eames et leur monde tout en \u00e9tant simultan\u00e9ment des objets au sein de ce monde, parmi d&rsquo;innombrables autres objets. Les LLM sont limit\u00e9s par leurs architectures et leurs m\u00e9thodes d&rsquo;entra\u00eenement. Pourtant, en relation avec ces contraintes m\u00eames, la notion de repr\u00e9sentation est essentielle pour comprendre comment le calcul synoptique de ces syst\u00e8mes est g\u00e9n\u00e9ratif, c&rsquo;est-\u00e0-dire comment il cr\u00e9e de nouvelles structures plut\u00f4t que de simplement recevoir et analyser celles qui existent d\u00e9j\u00e0. Comme je l&rsquo;ai soutenu dans mon article de 2024, les processus computationnels se produisent eux-m\u00eames parall\u00e8lement \u00e0 leurs propres mondes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cet \u00e9change philosophique que Denson et moi avons d\u00e9velopp\u00e9 d\u00e9montre que la culture, la soci\u00e9t\u00e9 et la technologie ont toutes besoin de nouvelles th\u00e9ories philosophiques pour comprendre les m\u00e9dias synth\u00e9tiques et leurs r\u00e9sultats. Denson et moi partageons cette conviction et nous nous engageons \u00e0 faire ce travail. Bien que des points de d\u00e9saccord persistent entre nos approches respectives, cette conviction et cet engagement sugg\u00e8rent une compatibilit\u00e9 fondamentale dans l&rsquo;esprit entre nos propositions par ailleurs diff\u00e9rentes. Cet objectif commun sert \u00e9galement de pierre angulaire \u00e0 notre dialogue continu.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>Bibliographie<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Adorno, Theodor W. 2003. <em>The Jargon of Authenticity<\/em>. Traduit par Knut Tarnowski et Frederic Will. Londres : Routledge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aertsen, Jan A. 2012. <em>Medieval Philosophy as Transcendental Thought<\/em>. Leyde : Brill.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alpaydin, Ethem. 2016. <em>Machine Learning: The New AI<\/em>. Cambridge, MA : MIT Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bender, Emily M., Timnit Gebru, Angelina McMillan-Major et Shmargaret Shmitchell. 2021. \u00ab On the Dangers of Stochastic Parrots: Can Language Models Be Too Big? &#x1f99c; \u00bb. Dans <em>FAccT \u201921: Proceedings of the 2021 ACM Conference on Fairness, Accountability, and Transparency<\/em>, 610\u201323.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chomsky, Noam, Ian Roberts et Jeffrey Watamull. 2023. \u00ab The False Promise of ChatGPT. \u00bb <em>The New York Times<\/em>, 8 mars 2023. https:\/\/www.nytimes.com\/2023\/03\/08\/opinion\/noam-chomsky-chatgpt-ai.html.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Davidson, Donald. 1974. \u00ab On the Very Idea of a Conceptual Scheme \u00bb. <em>Proceedings and Addresses of the American Philosophical Association<\/em> 47:5\u201320.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Denson, Shane. 2020. <em>Discorrelated Images<\/em>. Durham, Caroline du Nord : Duke University Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014\u2014\u2014. 2025. \u00ab On the Very Idea of a (Synthetic) Conceptual Scheme \u00bb. <em>Philosophy &amp; Digitality<\/em> 2 (1) : 199-216.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Derrida, Jacques. 1976. <em>Of Grammatology<\/em>. Traduit par Gayatri Chakravorty Spivak. Baltimore, MD : The John Hopkins University Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fazi, M. Beatrice. 2019. \u00ab Can a Machine Think (Anything New)? Automation Beyond Simulation \u00bb. <em>AI &amp; Society: Knowledge, Culture and Communication<\/em> 34 (4) : 813-24.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014\u2014\u2014. 2021. \u00ab Beyond Human: Deep Learning, Explainability and Representation \u00bb. <em>Theory, Culture &amp; Society<\/em> 38 (7-8) : 55-77.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014\u2014\u2014. 2024. \u00ab The Computational Search for Unity: Synthesis in Generative AI \u00bb. <em>Journal of Continental Philosophy<\/em> 5 (1) : 31-56.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Feyerabend, Paul. 1987. \u00ab Putnam on Incommensurability \u00bb. <em>British Journal for the Philosophy of Science<\/em> 38 (1) : 78-81.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014\u2014\u2014. 1993. <em>Against Method<\/em>. 3e \u00e9d. Londres : Verso.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Frege, Gottlob. 1960. <em>The Foundations of Arithmetic: A Logico-Mathematical Enquiry Into the Concept of Number<\/em>. Traduit par J.L. Austin. 2e \u00e9d. Evanston : Northwestern University Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Husserl, Edmund. 1970. <em>Logical Investigations<\/em>. Londres : Routledge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Kant, Immanuel. 1967. \u00ab \u00c0 Marcus Herz, 21 f\u00e9vrier 1772 \u00bb. Dans <em>Correspondance philosophique 1759-1799<\/em>, \u00e9dit\u00e9 et traduit par Arnulf Zweig, 70-76. Chicago : University of Chicago Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014\u2014\u2014. 1998. <em>Critique de la raison pure<\/em>. \u00c9dit\u00e9 et traduit par Allen W. Wood et Paul Guyer. Cambridge : Cambridge University Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Kuhn, Thomas S. 2000a. \u00ab Commensurabilit\u00e9, comparabilit\u00e9, communicabilit\u00e9 \u00bb. Dans <em>The Road Since Structure: Philosophical Essays, 1970\u20131993, with an Autobiographical Interview<\/em>, \u00e9dit\u00e9 par James Conant et John Haugeland, 33\u201357. Chicago : University of Chicago Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014\u2014\u2014. 2000b. \u00ab R\u00e9flexions sur mes d\u00e9tracteurs \u00bb. Dans <em>The Road Since Structure: Philosophical Essays, 1970\u20131993, with an Autobiographical Interview<\/em>, \u00e9dit\u00e9 par James Conant et John Haugeland, 123\u201375. Chicago : University of Chicago Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014\u2014\u2014. 2000c. \u00ab The Road Since <em>Structure<\/em> \u00bb. Dans <em>The Road Since Structure: Philosophical Essays, 1970\u20131993, with an Autobiographical Interview<\/em>, \u00e9dit\u00e9 par James Conant et John Haugeland, 90\u2013104. Chicago : University of Chicago Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Kusch, Martin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2016. \u00ab Relativism in Feyerabend\u2019s Later Writings \u00bb. <em>Studies in History and Philosophy of Science Part A<\/em> 57:106\u201313.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lefebvre, Henri. 1971. <em>Au-Del\u00e0 Du Structuralisme<\/em>. Paris : Editions Anthropos.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mohanty, Jitendra Nath. 1999. <em>Logic, Truth and the Modalities: From a Phenomenological Perspective<\/em>. Dordrecht : Springer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ricoeur, Paul. 1974. <em>The Conflict of Interpretations: Essays in Hermeneutics<\/em>. Sous la direction de Don Ihde. Evanston : Northwestern University Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014\u2014\u2014. 1991. <em>From Text to Action<\/em>. Traduit par John B. Thompson et Kathleen Blamey. Evanston : Northwestern University Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sankey, Howard. 1997. <em>Rationality, Relativism and Incommensurability<\/em>. Londres : Routledge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sartre, Jean-Paul. 1966. \u00ab Jean-Paul Sartre R\u00e9pond \u00bb. <em>L\u2019Arc<\/em> 30.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014\u2014\u2014. 2004. <em>The Transcendence of the Ego: A Sketch for Phenomenological Description<\/em>. Traduit par Andrew Brown. Londres : Routledge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Weatherby, Leif. 2025. <em>Language Machines: Cultural AI and the End of Remainder Humanism<\/em>. Minneapolis, MI : University of Minnesota Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Wolfendale, Peter. 2015. \u00ab The Reformatting of Homo Sapiens \u00bb. Fridericianum, 10 ao\u00fbt. https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=1IpDTUhQA5U.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014\u2014\u2014. 2016. \u00ab Computational Kantianism \u00bb. deontologistics, 15 octobre. https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=EWDZyOWN4VA.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size wp-block-paragraph\">Les&nbsp;<a href=\"https:\/\/1drv.ms\/x\/c\/52b2e58f9a01f490\/IQApkc2vwYtfTpsZ-j248N0MAUKIOl08sRQqs_6JWIhCmM4?e=Ujie1P\">traductions de 2026<\/a>&nbsp;(.xlsx) \u2013&nbsp;<a href=\"https:\/\/1drv.ms\/x\/c\/52b2e58f9a01f490\/IQBehw9hF4P9T6ZQKSS_BLgvAZYlVs7_rkII-hENtJn7ZXo?e=5JaTMu\">celles de 2025<\/a>&nbsp;\u2013 par&nbsp;<em>Gilles en vrac<\/em><br>Les<strong>&nbsp;caract\u00e8res gras<\/strong>&nbsp;dans le texte sont de Gilles<br>Pour vous recevoir un courriel&nbsp;<a href=\"mailto:gilles@gillesenvrac.ca?subject=Trad_hebdo\">hebdomadaire<\/a>&nbsp;vers mes traductions.<\/p>\n<h3 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes <\/h3><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li id=\"footnote-00000000000008950000000000000000_9455-1\"><span>1<\/span><div>Le psychologisme r\u00e9duit les lois logiques, la v\u00e9rit\u00e9 math\u00e9matique et les concepts philosophiques \u00e0 des processus psychologiques. La distinction op\u00e9r\u00e9e par Kant entre \u00ab logique transcendantale \u00bb et \u00ab psychologie empirique \u00bb a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 les d\u00e9bats sur le psychologisme, mais les a influenc\u00e9s. Aujourd&rsquo;hui, ces d\u00e9bats recoupent les pr\u00e9occupations li\u00e9es au naturalisme philosophique. <a href=\"#mfn-content-00000000000008950000000000000000_9455-1\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 1 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000008950000000000000000_9455-2\"><span>2<\/span><div>Cette critique courante trouve en partie son origine dans les pr\u00e9occupations philosophiques li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue, telles que celles de Jean-Paul Sartre, Paul Ricoeur et Henri Lefebvre. Ces penseurs ont d\u00e9fendu l&rsquo;action humaine contre sa r\u00e9duction au d\u00e9terminisme structurel. Sartre <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/view\/11665#ref-207\">(Sartre 1966)<\/a> a contest\u00e9 la description faite par L\u00e9vi-Strauss du sujet humain comme un effet des structures sous-jacentes ; Ricoeur <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/view\/11665#ref-204\">(Ricoeur 1974)<\/a> <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/view\/11665#ref-205\">(Ricoeur 1991)<\/a> a mis en garde contre la dissolution de la subjectivit\u00e9 humaine dans les syst\u00e8mes linguistiques ; Lefebvre <a href=\"https:\/\/journals.ub.uni-koeln.de\/index.php\/phidi\/article\/view\/11665#ref-202\">(Lefebvre 1971)<\/a> a prolong\u00e9 cette d\u00e9fense en insistant sur l&rsquo;irr\u00e9ductibilit\u00e9 de l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue \u00e0 l&rsquo;analyse structurelle abstraite. <a href=\"#mfn-content-00000000000008950000000000000000_9455-2\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 2 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Traduction de A Transcendental Philosophy of Large Language Models par M. Beatrice Fazi, 10 juillet 2025. R\u00e9sum\u00e9 : Dans cet article, M. Beatrice Fazi r\u00e9pond au commentaire de Shane Denson sur son article \u00ab The Computational Search for Unity: Synthesis in Generative AI \u00bb (La recherche computationnelle de l&rsquo;unit\u00e9 : synth\u00e8se dans l&rsquo;IA g\u00e9n\u00e9rative), publi\u00e9 &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/philo-transcendantale-des-llm\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Une philosophie transcendantale des grands mod\u00e8les linguistiques&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-9455","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack-related-posts":[{"id":11132,"url":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/ouvert-ferme\/","url_meta":{"origin":9455,"position":0},"title":"Ouvert et ferm\u00e9","author":"Gilles Beauchamp","date":"2 ao\u00fbt 2026","format":false,"excerpt":"Qu\u2019est-ce qui devrait relever de l\u2019utilisation l\u00e9gitime et \u00e9quitable des corpus ouverts d\u2019intelligence publique? 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J\u2019esp\u00e8re que l\u2019intention de mon appel de lundi \u00e9tait claire : nous devrions viser un mod\u00e8le que n\u2019importe quelle \u00e9quipe puisse construire \u00e0\u2026","rel":"","context":"Article similaire","block_context":{"text":"Article similaire","link":""},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/open_shut.webp?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200,"srcset":"https:\/\/i0.wp.com\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/open_shut.webp?resize=350%2C200&ssl=1 1x, https:\/\/i0.wp.com\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/open_shut.webp?resize=525%2C300&ssl=1 1.5x, https:\/\/i0.wp.com\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/open_shut.webp?resize=700%2C400&ssl=1 2x, https:\/\/i0.wp.com\/gillesenvrac.ca\/carnet\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/open_shut.webp?resize=1050%2C600&ssl=1 3x"},"classes":[]},{"id":8403,"url":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/llm-technologies-culturelles\/","url_meta":{"origin":9455,"position":1},"title":"Les grands mod\u00e8les linguistiques sont des technologies culturelles. 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