{"id":9686,"date":"2026-03-17T10:59:21","date_gmt":"2026-03-17T14:59:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/?page_id=9686"},"modified":"2026-03-26T16:23:42","modified_gmt":"2026-03-26T20:23:42","slug":"controle-des-marches-habermas","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/controle-des-marches-habermas\/","title":{"rendered":"Reprendre le contr\u00f4le des march\u00e9s : J\u00fcrgen Habermas sur la colonisation de la politique par l&rsquo;\u00e9conomie"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Traduction de l&rsquo;article <a href=\"https:\/\/journals.sagepub.com\/doi\/10.1177\/00323217211018621\">Taking Back Control over Markets: J\u00fcrgen Habermas on the Colonization of Politics by Economics<\/a> par Peter J Verov\u0161ek. Publi\u00e9 le 9 juin <strong>2021 <\/strong>dans la revue Political Studies. (10 220 mots)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 noter que j&rsquo;ai demand\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0Claude\u00a0\u00bb (Anthropic) de <a href=\"https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/resume-par-claude\/\">r\u00e9sumer en 1000 mots<\/a> le pr\u00e9sent texte. <\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong><br>Les \u00e9v\u00e9nements r\u00e9cents ont mis en \u00e9vidence la tension entre la d\u00e9mocratie et l&rsquo;\u00e9conomie du capitalisme tardif. Au lendemain de la Grande R\u00e9cession, les forces du march\u00e9 international ont pris de plus en plus le contr\u00f4le de facto de la politique. Ma th\u00e8se fondamentale est qu\u2019une version modifi\u00e9e de la th\u00e8se de la colonisation de J\u00fcrgen Habermas, qui s\u2019oppose \u00e0 la mainmise des forces du pouvoir (l\u2019administration) et de l\u2019argent (l\u2019\u00e9conomie) sur la vie sociale et politique, permet de conceptualiser de mani\u00e8re productive ces \u00e9volutions. Je soutiens que ce cadre peut aider \u00e0 la fois \u00e0 diagnostiquer et \u00e0 combattre les dangers associ\u00e9s \u00e0 la surexpansion des forces syst\u00e9miques fonctionnelles, ainsi que l\u2019instrumentalisation plus large qu\u2019elles favorisent. En m\u2019appuyant sur ses \u00e9crits politiques concernant l\u2019avenir de l\u2019Union europ\u00e9enne apr\u00e8s la crise de la zone euro, je m\u2019oppose aux interpr\u00e9tations qui pr\u00e9sentent Habermas comme un lib\u00e9ral pacifi\u00e9 en d\u00e9montrant qu\u2019il partage l\u2019engagement de Karl Marx \u00e0 combattre les visions naturalis\u00e9es de l\u2019\u00e9conomie et de la reproduction mat\u00e9rielle en tant que forces \u00e9chappant au contr\u00f4le humain.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les \u00e9v\u00e9nements g\u00e9opolitiques depuis le d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle ont mis en \u00e9vidence la tension croissante entre la prise de d\u00e9cision d\u00e9mocratique et les imp\u00e9ratifs syst\u00e9matiques du capitalisme tardif. Au lendemain de la Grande R\u00e9cession (2007\u20132012), les int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques ont de plus en plus pris le contr\u00f4le de facto de la politique, les march\u00e9s financiers mondiaux et des institutions telles que le Fonds mon\u00e9taire international (FMI) ont d\u00e9montr\u00e9 leur capacit\u00e9 \u00e0 dicter leur politique \u00e0 des communaut\u00e9s politiques formellement souveraines. Confront\u00e9s \u00e0 la perspective d\u2019une hausse des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat et d\u2019un d\u00e9faut de paiement sur la dette publique, les \u00c9tats du monde entier ont \u00e9t\u00e9 contraints de lib\u00e9raliser leurs \u00e9conomies, d\u2019abaisser les normes du travail, de renflouer des banques surendett\u00e9es et de brader des actifs publics afin d\u2019apaiser le capital financier mondial.<br>Cela a conduit \u00e0 une \u00ab crise de l\u00e9gitimation \u00bb (Habermas, 1975) qui a \u00e9branl\u00e9 les pr\u00e9suppos\u00e9s du paradigme \u00e9conomique n\u00e9olib\u00e9ral, fond\u00e9 sur l\u2019id\u00e9e que tous les domaines de la vie devraient \u00eatre organis\u00e9s selon les principes du libre march\u00e9 (Honneth, 2017 ; Sandel, 2013). En r\u00e9ponse \u00e0 ces \u00e9volutions, je soutiens qu\u2019une version modifi\u00e9e de la th\u00e8se de J\u00fcrgen Habermas concernant la \u00ab colonisation du monde de la vie \u00bb (Kolonialisierung der Lebenswelt) par les forces du pouvoir et de l\u2019argent fournit les outils conceptuels n\u00e9cessaires pour th\u00e9oriser la r\u00e9sistance politique au fondamentalisme de march\u00e9. Malgr\u00e9 les gains en mati\u00e8re de capacit\u00e9 de pilotage socio-\u00e9conomique offerts par l\u2019administration (le pouvoir) et les march\u00e9s (argent), ces forces \u00ab syst\u00e9miques \u00bb qui op\u00e8rent selon leurs propres logiques internes sont de plus en plus capables de passer outre<strong> les normes discursives qui constituent le fondement de la vie sociale, culturelle et politique<\/strong>. Habermas (1987 [1984] : II.283) conclut donc que \u00ab le mod\u00e8le capitaliste de modernisation se caract\u00e9rise par une d\u00e9formation, une r\u00e9ification des structures symboliques du monde de la vie sous l\u2019imp\u00e9ratif de sous-syst\u00e8mes diff\u00e9renci\u00e9s par l\u2019argent et le pouvoir et rendus autonomes \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Outre ces probl\u00e8mes structurels, Habermas observe que l\u2019occupation d\u2019autres domaines de la vie par ces syst\u00e8mes est probl\u00e9matique, car elle encourage les individus \u00e0 se traiter mutuellement comme des moyens au service de fins pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9es, plut\u00f4t que comme des acteurs ind\u00e9pendants capables de choisir leurs propres objectifs. La pr\u00e9dominance de formes de pens\u00e9e qui \u00ab contournent enti\u00e8rement les intentions conscientes des agents sociaux \u00bb conduit ainsi les individus et les communaut\u00e9s institutionnalis\u00e9es \u00e0 \u00ab s\u2019instrumentaliser mutuellement comme moyens pour la r\u00e9ussite de leurs actions respectives \u00bb (Cooke, 2006 : 54). Cette intuition permet \u00e0 Habermas de relier sa critique de la raison fonctionnaliste (funktionalistischen Vernunft) aux critiques ant\u00e9rieures de Horkheimer et Adorno concernant la propagation de la rationalit\u00e9 instrumentale (Zweckrationalit\u00e4t) dans les ann\u00e9es 1940 et 1950.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque Habermas a d\u00e9velopp\u00e9 pour la premi\u00e8re fois la th\u00e8se de la colonisation dans les ann\u00e9es 1970 et 1980, c&rsquo;\u00e9tait en r\u00e9ponse \u00e0 l&#8217;empi\u00e9tement croissant du syst\u00e8me juridique sur le monde de la vie intime et familial par le biais de l&rsquo;\u00c9tat-providence administratif, dont il craignait qu&rsquo;il ne finisse par restreindre le potentiel \u00e9mancipateur des nouveaux mouvements politiques. Bien que la affaiblissement fonctionnel de l\u2019\u00c9tat westphalien depuis cette \u00e9poque a apais\u00e9 certaines de ces pr\u00e9occupations politiques nationales, les id\u00e9es de Habermas ont gagn\u00e9 en pertinence dans les affaires mondiales. En mettant en \u00e9vidence le potentiel des forces syst\u00e9miques \u00e0 submerger le monde de la vie (Lebenswelt) par des processus de r\u00e9ification (Verdinglichung ou Vergegenst\u00e4ndlichung), dans lesquels les relations sociales \u00ab prennent le caract\u00e8re d\u2019une chose \u00bb (Ding ou Gegenstand), je soutiens qu\u2019une version r\u00e9vis\u00e9e de la th\u00e8se de la colonisation peut contribuer \u00e0 \u00e9tayer l\u2019argument normatif selon lequel la reproduction socioculturelle internationale devrait \u00eatre r\u00e9gie par une prise de d\u00e9cision politique collective, et non par des syst\u00e8mes \u00ab&nbsp;autopo\u00ef\u00e9tiques \u00bb fonctionnant selon leurs propres logiques internes. R\u00e9fl\u00e9chissant aux r\u00e9percussions de la Grande R\u00e9cession, qui t\u00e9moignent de la colonisation croissante du monde de la vie par de telles forces, Habermas (2009 : 186) soutient donc que \u00ab l\u2019ensemble du programme visant \u00e0 subordonner le monde de la vie aux imp\u00e9ratifs du march\u00e9 doit \u00eatre soumis \u00e0 un examen minutieux. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malgr\u00e9 son utilit\u00e9 diagnostique et explicative, la th\u00e8se de la colonisation de Habermas a \u00e9galement suscit\u00e9 une forte opposition. Par exemple, de nombreux commentateurs craignent que sa d\u00e9finition du pouvoir et de l\u2019argent comme \u00ab sph\u00e8res organis\u00e9es exclusivement sur la base de la rationalit\u00e9 instrumentale \u00bb (Kreide, 2015 : 46) \u00ab c\u00e8de trop de terrain \u00e0 la th\u00e9orie des syst\u00e8mes \u00bb (McCarthy, 1991 : 120). D&rsquo;autres encore s&rsquo;inqui\u00e8tent que son approche se fasse \u00ab au prix de l&rsquo;abandon de l&rsquo;id\u00e9al d&rsquo;une organisation rationnelle et transparente du travail social et de la reproduction mat\u00e9rielle qui est constitutif de la tradition marxiste \u00bb (J\u00fctten, 2013 : 588) .<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En r\u00e9ponse \u00e0 ces critiques, je soutiens l\u2019argument de Rahel Jaeggi (2019 : 37) selon lequel la th\u00e8se de la colonisation pr\u00e9sent\u00e9e dans la \u00abTh\u00e9orie de l\u2019action communicative est l\u2019une des rares conceptualisations qui tente m\u00eame de d\u00e9fendre le projet d\u2019une critique socioth\u00e9orique de la soci\u00e9t\u00e9 \u00bb en l\u2019appliquant \u00e0 la relation de plus en plus asym\u00e9trique entre la politique et l\u2019\u00e9conomie. S\u2019il est vrai qu\u2019il fait souvent r\u00e9f\u00e9rence aux forces syst\u00e9miques du pouvoir et de l\u2019argent d\u2019une mani\u00e8re qui semble essentialiste, je m\u2019oppose \u00e0 ce que je consid\u00e8re comme des \u00ab lectures territoriales \u00bb erron\u00e9es de Habermas en soutenant que cette bifurcation doit \u00eatre comprise comme une distinction entre deux orientations ou dispositions fondamentalement diff\u00e9rentes qui fa\u00e7onnent les attentes des individus dans diff\u00e9rents domaines de la vie. Ces concepts fonctionnent ainsi comme des raccourcis heuristiques qui mettent en \u00e9vidence les structures d\u2019incitation qui op\u00e8rent g\u00e9n\u00e9ralement dans ces domaines, et non comme des classifications rigides de domaines totalement s\u00e9par\u00e9s ou autonomes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Outre ce travail d\u2019interpr\u00e9tation, mon argumentation r\u00e9examine \u00e9galement la relation entre Habermas et Karl Marx \u00e0 la lumi\u00e8re de la \u00ab menace croissante que fait peser sur la d\u00e9mocratie un pouvoir des entreprises sans contr\u00f4le \u00bb (Staats, 2004). Contrairement aux interpr\u00e9tations qui affirment que Habermas \u00ab retire en effet la sph\u00e8re \u00e9conomique du champ de la critique \u00bb (Fraser et Jaeggi, 2018 : 5), je soutiens que ce que j\u2019appelle le \u00ab&nbsp;marxisme temp\u00e9r\u00e9 \u00bb de Habermas lui permet de mettre en \u00e9vidence les dangers associ\u00e9s \u00e0 l\u2019acceptation irr\u00e9fl\u00e9chie de solutions fond\u00e9es sur le march\u00e9 comme fonctionnellement ou instrumentalement n\u00e9cessaires, tout en reconnaissant \u00e9galement les avantages des march\u00e9s dans la mesure o\u00f9 leur fonctionnement est effectivement contraint par des limites mises en place par le fonctionnement du monde de la vie. En avan\u00e7ant cet argument, je r\u00e9interpr\u00e8te la th\u00e8se de la colonisation comme la tentative de Habermas \u00ab&nbsp;d\u2019atteindre les objectifs intrins\u00e8ques \u00e0 la pens\u00e9e de Marx par un changement de paradigme [\u2026] destin\u00e9 \u00e0 r\u00e9aliser ce que le mat\u00e9rialisme historique signifiait, mais n\u2019a pas pu accomplir \u00bb (Rockmore, 1987 : 212).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur le plan m\u00e9thodologique, je m\u2019appuie non seulement sur les recherches philosophiques de Habermas, mais aussi sur ses interventions politiques, peu \u00e9tudi\u00e9es, dans lesquelles il cherche \u00e0 mettre ses id\u00e9es abstraites en pratique \u00ab en tant qu\u2019intellectuel engag\u00e9 dans la m\u00eame \u00ab sph\u00e8re publique politique \u00bb qu\u2019il a th\u00e9oris\u00e9e en tant que philosophe \u00bb (Pensky, 2013 : 31). Je m\u2019oppose ainsi \u00e0 ce que je consid\u00e8re comme des lectures trop \u00e9troites de Habermas qui confinent sa th\u00e9orie sociale et politique \u00e0 \u00ab l\u2019interaction entre les publics d\u00e9mocratiques et les structures \u00e9conomiques pour la communication par le biais du m\u00e9dium juridique \u00bb (Klein, 2020 : 19\u201320). En me concentrant sur le \u00ab philosophe en tant que citoyen engag\u00e9 \u00bb (Verov\u0161ek, 2021), je soutiens que Habermas d\u00e9montre de mani\u00e8re performative le r\u00f4le crucial que les formes de communication non juridiques \u00e9mergeant de la sph\u00e8re publique \u2014 notamment la d\u00e9nonciation publique, la r\u00e9glementation juridique en r\u00e9ponse aux revendications populaires, l\u2019activisme des travailleurs ainsi que la pression des actionnaires \u2014 ont \u00e0 jouer pour contenir le pouvoir des institutions \u00e9conomiques et des march\u00e9s mondiaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, l\u2019attention que je porte \u00e0 ses \u00ab courts \u00e9crits politiques \u00bb (Kleine politische Schriften) vise \u00e0 r\u00e9habiliter la vision que Habermas (1992a : 469) a de lui-m\u00eame en tant que \u00ab dernier marxiste \u00bb. Malgr\u00e9 les diff\u00e9rences de contexte historique \u2013 ainsi que certains d\u00e9saccords philosophiques fondamentaux \u2013, je d\u00e9montre que Marx et Habermas s\u2019opposent tous deux \u00e0 la pens\u00e9e \u00e9conomique de leur \u00e9poque en affirmant que \u00ab les questions en jeu ne sont pas seulement techniques ; elles sont morales et politiques \u00bb (Robin, 2019) . Au milieu du XIXe si\u00e8cle, Marx a d\u00e9ploy\u00e9 sa th\u00e9orie sociale contre les physiocrates et les \u00e9conomistes lib\u00e9raux classiques partisans du laissez-faire, qui assimilaient les r\u00e9gularit\u00e9s \u00e9conomiques \u00e0 des lois naturelles pouvant \u00eatre comprises et accept\u00e9es par la science, mais non modifi\u00e9es, remises en cause ou combattues (Gehrke et Kurz, 1995).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De m\u00eame, tout au long de sa carri\u00e8re, Habermas a consacr\u00e9 une grande partie de ses interventions publiques \u00e0 s\u2019opposer au fondamentalisme de march\u00e9 des \u00e9coles de Fribourg et de Bocconi (Dullien et Gu\u00e9rot, 2012 : 2). Tout comme les physiocrates et les \u00e9conomistes lib\u00e9raux classiques partisans du laissez-faire, les penseurs associ\u00e9s \u00e0 ces traditions du XXe si\u00e8cle \u00ab s\u2019opposent \u00e9galement \u00e0 toute intervention dans le cours normal de l\u2019\u00e9conomie \u00bb et inculquent une \u00ab profonde m\u00e9fiance envers l\u2019\u00c9tat \u00bb (Blyth, 2013 : 167) en pr\u00e9sentant les r\u00e9gularit\u00e9s \u00e9conomiques comme des lois naturelles. En s\u2019opposant \u00e0 ces id\u00e9ologies \u00e9conomiques, Habermas ne se contente pas de r\u00e9v\u00e9ler certaines affinit\u00e9s entre sa philosophie et celle de Marx ; sa participation fr\u00e9quente aux d\u00e9bats publics r\u00e9fute \u00e9galement l\u2019accusation selon laquelle il \u00ab abandonne l\u2019objectif d\u2019un changement social fondamental \u00bb (Rockmore, 1989 : 166).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019argumentation se d\u00e9roule comme suit. Je commence par exposer bri\u00e8vement pourquoi Habermas peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un marxiste malgr\u00e9 ses nombreux d\u00e9saccords et \u00e9carts par rapport \u00e0 Marx. La deuxi\u00e8me section d\u00e9crit ensuite la m\u00e9diation de Habermas entre le syst\u00e8me et le monde de la vie. \u00c0 partir de ses \u00e9crits politiques, je montre ensuite comment il utilise la Grande R\u00e9cession et la crise de la zone euro pour soutenir que la politique doit se d\u00e9velopper au niveau supranational afin de lutter contre le capitalisme financier international. Dans la derni\u00e8re partie, je soutiens que la volont\u00e9 de Habermas de lutter contre l\u2019ali\u00e9nation (Entfremdung) en combattant la domination de la vie humaine par les forces externes et \u00ab quasi-naturelles \u00bb du march\u00e9 valide sa conception de lui-m\u00eame en tant que marxiste.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Penser avec Marx contre Marx<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;affirmation selon laquelle Habermas est marxiste peut sembler \u00e9trange compte tenu de ses nombreux d\u00e9saccords avec des aspects cl\u00e9s de la philosophie de Marx et de ses critiques r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de la tradition marxiste. Par exemple, \u00e9voquant sa relation au marxisme, Habermas admet : \u00ab Je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 convaincu par la pi\u00e8ce ma\u00eetresse de l\u2019\u00e9conomie politique, la th\u00e9orie de la plus-value, compte tenu de l\u2019intervention de l\u2019\u00c9tat-providence dans l\u2019\u00e9conomie \u00bb (dans Foessel, 2015). En soutenant que la gestion bureaucratique et les march\u00e9s d\u00e9brid\u00e9s faussent les structures de l\u2019intersubjectivit\u00e9, il dissocie les pathologies fondamentales du capitalisme tardif de la question de classe, situant plut\u00f4t ces probl\u00e8mes au niveau syst\u00e9mique de la communication fauss\u00e9e et du monde de la vie.<br>Bien qu\u2019il (Habermas, 1970 : 101) soutienne qu\u2019\u00ab une th\u00e9orie critique de la soci\u00e9t\u00e9 ne peut plus se constituer sous la forme exclusive d\u2019une critique de l\u2019\u00e9conomie politique \u00bb, ma tentative de r\u00e9habiliter l\u2019image que Habermas se fait de lui-m\u00eame en tant que marxiste s\u2019appuie sur l\u2019orientation th\u00e9orique qu\u2019il a conserv\u00e9e de cette tradition. Cet h\u00e9ritage est particuli\u00e8rement visible dans le fait que Habermas concentre son diagnostic des probl\u00e8mes de la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine sur les effets sociaux, politiques et culturels plus larges d\u2019\u00ab un syst\u00e8me \u00e9conomique qui s\u2019autor\u00e9gule en ob\u00e9issant exclusivement \u00e0 la logique d\u2019une auto-utilisation du capital orient\u00e9e vers le profit \u00bb, que Marx a identifi\u00e9 comme \u00ab le v\u00e9ritable moteur de la modernisation sociale \u00bb (cit\u00e9 dans Foessel, 2015). Bien que Habermas soit plus favorable aux march\u00e9s que Marx, il en va de m\u00eame pour de nombreux critiques marxistes non orthodoxes du capital. Par exemple, malgr\u00e9 ses d\u00e9saccords avec Habermas, Axel Honneth (2017 : 47) a \u00e9galement appel\u00e9 les mouvements socialistes contemporains \u00e0 surmonter leur \u00ab handicap th\u00e9orique auto-impos\u00e9 \u00bb en s\u2019ouvrant \u00e0 une plus grande exp\u00e9rimentation de formes r\u00e9glement\u00e9es d\u2019\u00e9changes fond\u00e9s sur le march\u00e9, car la conviction marxiste traditionnelle selon laquelle \u00ab le march\u00e9 ne pouvait \u00eatre remplac\u00e9 que par une \u00e9conomie planifi\u00e9e .\u2004.\u2004. [n\u2019a] laiss\u00e9 aucune place \u00e0 la m\u00e9diation institutionnelle ou \u00e0 une r\u00e9\u00e9valuation des priorit\u00e9s. \u00bb Dans cette perspective, le fait que Habermas s\u2019\u00e9loigne d\u2019une approche \u00e9troitement centr\u00e9e sur l\u2019\u00e9conomie politique ne marque pas une rupture avec Marx, mais constitue plut\u00f4t une r\u00e9ponse au fait qu\u2019au cours du si\u00e8cle dernier \u00ab l\u2019objet de la critique lui-m\u00eame a n\u00e9cessit\u00e9 la transcendance de la critique de l\u2019\u00e9conomie politique sous la forme d\u2019une <strong>critique de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie sociale technoscientifique<\/strong> \u00bb (Dorahy, 2020 : 2). Bien que Habermas ne soit pas un marxiste orthodoxe, sa th\u00e9orie sociale et politique s\u2019inscrit n\u00e9anmoins dans cette tradition plus large, au m\u00eame titre que d\u2019autres adeptes du marxisme critique, r\u00e9visionniste, humaniste, h\u00e9g\u00e9lien ou occidental font partie de ce mouvement. Habermas (1992b : 81) souligne ce point en notant que ce qui l\u2019a attir\u00e9 vers les travaux de Horkheimer et Adorno dans les ann\u00e9es 1950, c\u2019est qu\u2019<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br>ils ne se livraient pas \u00e0 une r\u00e9ception de Marx .\u2004.\u2004. ils l\u2019utilisaient. [.\u2004.\u2004.] [I]ls \u00e9laboraient une th\u00e9orie du d\u00e9veloppement dialectique de la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine, et ce faisant, ils s\u2019inscrivaient dans une tradition de pens\u00e9e marxiste.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme je le montre dans la section suivante, Habermas partage cette orientation fondamentale vis-\u00e0-vis de Marx avec ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs de la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration de l\u2019\u00c9cole de Francfort.<br><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Monde de la vie et syst\u00e8me chez Habermas<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La th\u00e8se de la colonisation de Habermas doit beaucoup \u00e0 la combinaison, par Gy\u00f6rgy Luk\u00e1cs, de l\u2019analyse de la marchandisation de Marx et de la th\u00e9orie de la rationalisation de Max Weber. \u00c0 la suite de Marx, Luk\u00e1cs soutient que le capitalisme oblige les individus \u00e0 consid\u00e9rer leur force de travail (Arbeitskraft) de mani\u00e8re marchandis\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire comme un objet \u00e0 acheter et \u00e0 vendre sur le march\u00e9. En cons\u00e9quence, la reproduction mat\u00e9rielle devient un sous-syst\u00e8me distinct de la vie dans lequel \u00ab le processus de production domine l&rsquo;homme, au lieu d&rsquo;\u00eatre contr\u00f4l\u00e9 par lui \u00bb (Marx, 1978 : 321). Luk\u00e1cs compl\u00e8te cette conclusion marxiste par l\u2019id\u00e9e de Weber selon laquelle, dans la modernit\u00e9, de tels syst\u00e8mes ont \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 \u00ab la rationalisation m\u00e9thodologique de la vie \u00bb, ce qui conduit \u00e0 \u00ab l\u2019accomplissement des affaires selon des r\u00e8gles calculables et \u201csans \u00e9gard pour les personnes\u201d \u00bb (Weber, 1985 : 128). Fusionnant ces deux perspectives, Luk\u00e1cs (1972 : 86) soutient que les individus vivant dans des soci\u00e9t\u00e9s modernes, capitalistes et industrialis\u00e9es en viennent de plus en plus \u00e0 percevoir le pouvoir et l\u2019argent comme faisant partie d\u2019une \u00ab&nbsp;seconde nature \u00bb r\u00e9ifi\u00e9e (assimile \u00e0 une chose ou \u00ab objective \u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien que Habermas (1987 [1984] : I.357) approuve l\u2019id\u00e9e centrale de l\u2019analyse de Luk\u00e1cs et son d\u00e9sir de \u00ab relations de vie rationnelles \u00bb, il soutient que la volont\u00e9 de son pr\u00e9d\u00e9cesseur de r\u00e9unifier ces aspects divergents de la vie va trop loin. Au contraire, \u00e0 la suite de Weber, il affirme que la rationalisation des sph\u00e8res de l\u2019argent et du pouvoir est irr\u00e9vocable en tant qu\u2019\u00e9volution historique. De cette mani\u00e8re, Habermas (1991b : 37) tire parti de cette \u00ab combinaison f\u00e9conde de Marx et Max Weber \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Outre le caract\u00e8re irr\u00e9versible de la s\u00e9paration de ces sph\u00e8res de la vie, Habermas affirme \u00e9galement que la r\u00e9int\u00e9gration de l\u2019argent et du pouvoir dans le monde de la vie n\u2019est pas souhaitable, car la s\u00e9paration fonctionnelle de ces syst\u00e8mes a conduit \u00e0 des progr\u00e8s sans pr\u00e9c\u00e9dent en mati\u00e8re de bien-\u00eatre \u00e9conomique. Compte tenu de la complexit\u00e9 croissante de la soci\u00e9t\u00e9 moderne, il soutient qu\u2019il n\u2019est pas certain que les m\u00e9canismes du monde de la vie soient encore capables d\u2019organiser la reproduction mat\u00e9rielle. Plut\u00f4t que d\u2019appeler \u00e0 un retour \u00e0 un pass\u00e9 pr\u00e9capitaliste (comme le fait Luk\u00e1cs), Habermas (1987 [1984] : II.181) soutient au contraire que le pouvoir et l\u2019argent agissent comme un \u00ab m\u00e9canisme de d\u00e9charge \u00bb qui permet au monde de la vie de se concentrer sur la reproduction symbolique et culturelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Afin de d\u00e9terminer comment cette relation devrait fonctionner, dans la Th\u00e9orie de l&rsquo;action communicative, Habermas (1987 [1984] : I.363) \u00ab reprend la probl\u00e9matique de la r\u00e9ification&nbsp;\u00bb. Cependant, cette fois-ci, il la reformule \u00ab en termes d\u2019action communicative, d\u2019une part, et de formations de sous-syst\u00e8mes via des m\u00e9dias de pilotage, d\u2019autre part \u00bb (Habermas 1987 [1984] : I.399). Il s\u2019appuie ainsi sur les avantages en termes d\u2019efficacit\u00e9 et de productivit\u00e9 r\u00e9sultant de la s\u00e9paration fonctionnelle du pouvoir et de l\u2019argent par rapport aux autres domaines de la vie, tout en veillant \u00e0 ce que ces syst\u00e8mes servent les besoins et les int\u00e9r\u00eats humains.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Habermas d\u00e9veloppe ces id\u00e9es dans son d\u00e9bat avec Niklas Luhmann. Contrairement au d\u00e9sir de Habermas de pr\u00e9server le contr\u00f4le discursif sur les formes de rationalit\u00e9 technique ou instrumentale (Zweckrationalit\u00e4t), Luhmann (1990 : 3) soutient que ces syst\u00e8mes \u00ab autopo\u00ef\u00e9tiques \u00bb (qui se perp\u00e9tuent d\u2019eux-m\u00eames) non seulement \u00ab produisent et modifient leurs propres structures \u00bb, mais sont \u00e9galement ferm\u00e9s \u00e0 toute ing\u00e9rence des agents sociaux du fait que \u00ab tout ce qui est utilis\u00e9 comme unit\u00e9 par le syst\u00e8me est produit par le syst\u00e8me lui-m\u00eame \u00bb. Bien qu\u2019ils ne \u00ab cr\u00e9ent pas un monde qui leur est propre \u00bb \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, il soutient que chaque syst\u00e8me \u00ab op\u00e8re au sein d\u2019un monde qui lui est propre \u00bb \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour r\u00e9sumer son argument, Luhmann (1982 : 78) insiste :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br>On ne peut plus dire que la r\u00e9alit\u00e9 fondamentale de la soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9side dans sa capacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer et \u00e0 maintenir un syst\u00e8me d\u2019interaction. [.\u2004.\u2004.] Dans cette optique, les exigences moralisantes d\u2019une plus grande \u00ab participation personnelle&nbsp;\u00bb aux processus sociaux sont d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment d\u00e9connect\u00e9es de la r\u00e9alit\u00e9 sociale.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En revanche, Habermas (dans Habermas et Henrich, 1974 : 60) note que si Luhmann a raison, alors<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br>les individus n\u2019appartiennent d\u00e9sormais plus qu\u2019\u00e0 l\u2019environnement de leurs syst\u00e8mes sociaux. Par rapport \u00e0 eux, la soci\u00e9t\u00e9 rev\u00eat une objectivit\u00e9 qui ne peut plus \u00eatre int\u00e9gr\u00e9e dans le contexte intersubjectif de la vie, car elle n\u2019est plus li\u00e9e \u00e0 la subjectivit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9tant donn\u00e9 que cette situation repr\u00e9sente une \u00ab d\u00e9shumanisation de la soci\u00e9t\u00e9 \u00bb intenable, Habermas cherche \u00e0 s\u00e9parer le monde de la vie du fonctionnement des syst\u00e8mes fonctionnels, ainsi que de l\u2019id\u00e9ologie de l\u2019instrumentalisation \u00e0 laquelle il est li\u00e9.<br>Tout comme il r\u00e9siste \u00e0 l\u2019appel de Luk\u00e1cs en faveur d\u2019un rejet total de la s\u00e9paration fonctionnelle du pouvoir et de l\u2019argent, Habermas s\u2019oppose \u00e9galement \u00e0 la tentative de Luhmann tentative d\u2019int\u00e9grer la th\u00e9orie des syst\u00e8mes dans tous les domaines de la vie. Thomas McCarthy (1985 : 28) note que la \u00ab strat\u00e9gie de Habermas consiste \u00e0 conclure une sorte de pacte avec la th\u00e9orie des syst\u00e8mes sociaux : certains domaines sont d\u00e9limit\u00e9s au sein desquels elle peut \u00e9voluer assez librement, \u00e0 condition qu\u2019elle reste totalement \u00e0 l\u2019\u00e9cart des autres \u00bb. Contrairement \u00e0 Luhmann, Habermas soutient que le contr\u00f4le humain r\u00e9gi par un accord discursif doit pr\u00e9server \u00e0 la fois le droit et la capacit\u00e9 de soumettre ces syst\u00e8mes \u00e0 une r\u00e9gulation lorsqu\u2019ils produisent des r\u00e9sultats ind\u00e9sirables et\/ou colonisent des domaines de la vie dont les d\u00e9bats dans le monde de la vie ont d\u00e9termin\u00e9 qu\u2019ils ne devaient pas \u00eatre ouverts au contr\u00f4le syst\u00e9mique. Le point essentiel est que les m\u00e9canismes de formation de l\u2019opinion et de la volont\u00e9 dans le monde de la vie conservent la capacit\u00e9 non seulement de r\u00e9guler les syst\u00e8mes autonomes du pouvoir et de l\u2019argent, mais aussi de d\u00e9terminer la port\u00e9e et l\u2019\u00e9tendue de ces syst\u00e8mes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette volont\u00e9 de <strong>donner aux groupes sociaux<\/strong> les moyens de <strong>d\u00e9terminer de mani\u00e8re communicative le r\u00f4le des forces syst\u00e9miques dans leur vie collective<\/strong> est au c\u0153ur de son analyse de la colonisation, ainsi que de son rejet de la technocratie. Pour Habermas, les ressources d\u00e9mocratiques du monde de la vie sont la cl\u00e9 pour r\u00e9guler \u00e0 la fois le pouvoir et l\u2019argent :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br>Nous sommes confront\u00e9s au probl\u00e8me de savoir comment les capacit\u00e9s d\u2019auto-organisation peuvent \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9es \u00e0 un tel point au sein de sph\u00e8res publiques autonomes que <strong>le processus d\u00e9mocratique radical de formation de la volont\u00e9 <\/strong>puisse en venir \u00e0 avoir un impact d\u00e9cisif sur les m\u00e9canismes de r\u00e9gulation et les conditions marginales des <strong>sous-syst\u00e8mes pilot\u00e9s par les m\u00e9dias dans un monde de la vie orient\u00e9 vers les valeurs d\u2019usage, vers les fins<\/strong> en g\u00e9n\u00e9ral. Cette t\u00e2che implique de contenir les imp\u00e9ratifs syst\u00e9miques d\u2019un appareil d\u2019\u00c9tat interventionniste et ceux d\u2019un syst\u00e8me \u00e9conomique, et elle est formul\u00e9e en termes d\u00e9fensifs. Pourtant, ce r\u00e9ajustement d\u00e9fensif ne pourra aboutir sans une d\u00e9mocratisation radicale et largement efficace (Habermas, 1991a : 261).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les grandes lignes de la r\u00e9ponse de Habermas \u00e0 Luhmann, ainsi que son d\u00e9sir de construire un \u00ab concept de <strong>soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 deux niveaux<\/strong> \u00bb qui int\u00e8gre <strong>les paradigmes du monde de la vie et du syst\u00e8me<\/strong> (McCarthy, 1985 : 27) sont essentiels pour comprendre son point de vue sur la place qui revient aux march\u00e9s dans la vie d\u00e9mocratique moderne.<sup id=\"mfn-content-00000000000008570000000000000000_9686-1\" class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"00000000000008570000000000000000_9686\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000008570000000000000000_9686-1\">1<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">Bien que le \u00ab pouvoir \u00bb de l&rsquo;administration moderne soit \u00e9galement important, je ne l&rsquo;aborde pas ici, faute de place et parce qu&rsquo;il n&rsquo;est pas au c\u0153ur de cet argument.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un certain nombre de commentateurs s\u2019inqui\u00e8tent des implications de l\u2019affirmation de Habermas (1987 [1984] : II.150) selon laquelle \u00ab le march\u00e9 est l\u2019exemple le plus important d\u2019une r\u00e9gulation sans normes des contextes coop\u00e9ratifs \u00bb. \u00c0 premi\u00e8re vue, cette affirmation semble en effet nier que les interactions \u00e9conomiques puissent \u00eatre r\u00e9gul\u00e9es par le monde de la vie. En cons\u00e9quence, Habermas (1991a : 256) a par la suite admis que cette phrase \u00ab a donn\u00e9 lieu \u00e0 des malentendus \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M\u00eame si elle a peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 mal formul\u00e9e, une telle lecture est \u00e9galement une interpr\u00e9tation erron\u00e9e. Comme le souligne Timo J\u00fctten (2013: 589) le souligne, \u00ab lorsque Habermas caract\u00e9rise une sph\u00e8re d\u2019action sociale comme exempte de normes, le contraste vis\u00e9 est avec les sph\u00e8res d\u2019action sociale dont l\u2019int\u00e9gration est r\u00e9gie par les normes de l\u2019action communicative orient\u00e9e vers la compr\u00e9hension mutuelle \u00bb. L\u2019affirmation de Habermas selon laquelle le march\u00e9 fonctionne comme une forme de \u00ab socialit\u00e9 sans normes \u00bb vise simplement \u00e0 souligner le fait que le march\u00e9 non r\u00e9glement\u00e9 est une force syst\u00e9mique dot\u00e9e de sa propre logique interne, qui fonctionne de mani\u00e8re autopo\u00ef\u00e9tique sans tenir compte des normes coop\u00e9ratives de l\u2019action communicative qui r\u00e9gissent le monde de la vie non colonis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Partant de l\u00e0, je soutiens qu\u2019il vaut mieux consid\u00e9rer l\u2019approche de Habermas concernant le syst\u00e8me \u2014 et le fait qu\u2019il place le pouvoir et l\u2019argent dans cette cat\u00e9gorie \u2014 en termes de types id\u00e9aux weberiens (id\u00e9al type). Son argument n\u2019est pas que les interactions \u00e9conomiques et administratives ne sont jamais m\u00e9diatis\u00e9es de mani\u00e8re communicative ; il s\u2019agit simplement de dire que ces sph\u00e8res de la vie ont tendance \u00e0 \u00eatre r\u00e9gies par des consid\u00e9rations instrumentales ou strat\u00e9giques. Dans une r\u00e9ponse \u00e0 ses d\u00e9tracteurs, Habermas (1991a : 257) note ainsi que \u00ab ma th\u00e8se se r\u00e9sume simplement \u00e0 l\u2019affirmation selon laquelle l\u2019int\u00e9gration de ces syst\u00e8mes d\u2019action ne repose pas, en derni\u00e8re instance, sur le potentiel d\u2019int\u00e9gration sociale des actions communicatives et du monde de la vie qui les sous-tend. \u00bb Du point de vue de Habermas, la caract\u00e9ristique <strong>distinctive du syst\u00e8me<\/strong> est son <strong>caract\u00e8re fonctionnaliste<\/strong>. Si cela incite les individus \u00e0 <strong>agir de mani\u00e8re strat\u00e9gique<\/strong>, cela n\u2019exclut pas pour autant les interactions communicatives. Cela signifie toutefois que, lorsqu\u2019ils op\u00e8rent au sein de ces sph\u00e8res fonctionnelles de la vie, les individus ne peuvent \u00ab agir de mani\u00e8re communicative qu\u2019avec r\u00e9serve .\u2004.\u2004. [car] il n\u2019y a pas de n\u00e9cessit\u00e9 de parvenir \u00e0 un consensus par des moyens communicatifs \u00bb (Habermas, 1987 [1984] : II.310\u2013311).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, ma r\u00e9flexion s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e sur le plan th\u00e9orique. Bien qu\u2019importante, cette perspective ne dit pas grand-chose sur la mani\u00e8re dont ces id\u00e9es peuvent \u00eatre appliqu\u00e9es dans la pratique. Heureusement, Habermas a \u00e9galement produit un grand nombre d\u2019\u00e9crits politiques dans lesquels il cherche \u00e0 appliquer ses id\u00e9es th\u00e9oriques aux d\u00e9veloppements du monde r\u00e9el. Afin d\u2019atteindre leur plein potentiel, il (Habermas, 1996 : 302) soutient que les principes de l\u2019ordre politique abstrait doivent aller \u00ab \u00e0 mi-chemin \u00bb \u00e0 la rencontre des \u00e9v\u00e9nements (Entgegenkommen ; voir Verov\u0161ek, 2012). Depuis 2008, Habermas a consacr\u00e9 la grande majorit\u00e9 de ces \u00e9crits politiques \u00e0 la Grande R\u00e9cession et \u00e0 ses effets au sein de l\u2019UE, r\u00e9futant ainsi de mani\u00e8re performative l\u2019id\u00e9e selon laquelle sa philosophie n\u2019a rien \u00e0 dire sur les d\u00e9veloppements politiques concrets (voir Verov\u0161ek, 2021). En abordant ces pathologies, Habermas (2009: 186) conclut : \u00ab J\u2019esp\u00e8re que le programme n\u00e9olib\u00e9ral ne sera plus accept\u00e9 tel quel. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Lutter contre la colonisation au niveau supranational<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En r\u00e9ponse \u00e0 la Grande R\u00e9cession de 2008, Habermas a consacr\u00e9 une grande partie de son \u00e9nergie \u00e0 s\u2019opposer aux solutions technocratiques \u00e0 la crise financi\u00e8re qui a submerg\u00e9 les \u00c9tats membres de l\u2019UE partageant la monnaie commune, l\u2019euro. Bien que la contagion ait commenc\u00e9 par une crise des subprimes qui mena\u00e7ait les bilans du secteur bancaire am\u00e9ricain, elle a rapidement travers\u00e9 l\u2019Atlantique. Les banques europ\u00e9ennes, en particulier celles des \u00c9tats membres riches d\u2019Europe du Nord qui avaient massivement investi dans les titres de cr\u00e9ance reconditionn\u00e9s cr\u00e9\u00e9s aux \u00c9tats-Unis, ont \u00e9t\u00e9 contraintes de faire face \u00e0 la perspective d\u2019un d\u00e9faut de paiement. Cela a, \u00e0 son tour, menac\u00e9 l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique dans les \u00c9tats membres plus pauvres du sud et de l&rsquo;est de l&rsquo;UE. Comme ils ne pouvaient pas d\u00e9valuer unilat\u00e9ralement la monnaie qu&rsquo;ils partageaient avec les autres membres de la zone euro, ils ont d\u00fb faire face \u00e0 des taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat plus \u00e9lev\u00e9s sur leur dette existante, en pleine crise \u00e9conomique la plus grave depuis la Grande D\u00e9pression (cette analyse s&rsquo;appuie sur Verov\u0161ek, 2017) .<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour faire face \u00e0 ces probl\u00e8mes, les gouvernements de toute l\u2019UE \u2014 en particulier ceux dont le secteur financier \u00e9tait surendett\u00e9 \u2014 ont \u00e9t\u00e9 contraints de renflouer leurs banques en augmentant l\u2019endettement public afin d\u2019\u00e9viter l\u2019effondrement de leur secteur financier. Cette r\u00e9ponse politique a \u00e9t\u00e9 dict\u00e9e par les visions ordolib\u00e9rales et n\u00e9olib\u00e9rales des \u00e9coles allemande de Fribourg et italienne de Bocconi, dont les partisans respectifs se sont unis pour dominer \u00e0 la fois le FMI et la Banque centrale europ\u00e9enne (BCE). Ces id\u00e9ologies \u00e9conomiques reposent toutes deux sur une insistance profond\u00e9ment ancr\u00e9e \u00ab sur la rationalit\u00e9 de laisser les m\u00e9canismes du march\u00e9 agir de leur propre chef \u00bb (Habermas cit\u00e9 dans Foessel, 2015) et une \u00ab m\u00e9fiance tenace envers l\u2019\u00c9tat et sa gestion de la dette publique \u00bb (Blyth, 2013 : 167).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cependant, si ces r\u00e9ponses politiques sont logiques dans le cadre de ces paradigmes id\u00e9ologiques, la transformation de l\u2019endettement priv\u00e9 en dette souveraine a effectivement appauvri la population europ\u00e9enne, les \u00c9tats membres ayant \u00e9t\u00e9 contraints de r\u00e9agir en r\u00e9duisant les services publics afin de conserver la confiance des march\u00e9s mondiaux. Ces d\u00e9veloppements montrent comment le fonctionnement de syst\u00e8mes semi-autonomes et autopo\u00ef\u00e9tiques peut d\u00e9railler lorsqu\u2019ils ne sont pas soumis \u00e0 une r\u00e9gulation politique suffisante, dans laquelle des institutions formelles de formation de la volont\u00e9 r\u00e9pondent aux m\u00e9canismes de pilotage de la formation de l\u2019opinion au sein du monde de la vie. En cons\u00e9quence, la n\u00e9cessit\u00e9 \u00ab d\u2019apprivoiser [les march\u00e9s] est r\u00e9apparue comme une question morale et politique avec une nouvelle urgence \u00bb (J\u00fctten, 2013 : 588).<br>Malgr\u00e9 les revendications populaires en faveur d\u2019une r\u00e9forme fondamentale du secteur bancaire et financier, l\u2019UE s\u2019est trouv\u00e9e incapable d\u2019intervenir en raison des contraintes id\u00e9ologiques impos\u00e9es par la pens\u00e9e ordolib\u00e9rale et n\u00e9olib\u00e9rale. En r\u00e9alit\u00e9, les interventions les plus d\u00e9cisives en mati\u00e8re de gestion de crise sont venues d\u2019acteurs technocratiques op\u00e9rant selon les principes luhmanniens. Ainsi, alors que les agents au sein de ce que John Kenneth Galbraith (2007) appelait la \u00ab technostructure \u00bb \u00e9taient capables d\u2019actionner les leviers internes du syst\u00e8me mon\u00e9taire europ\u00e9en \u2014 la d\u00e9cision de Mario Draghi, pr\u00e9sident de la BCE, d\u2019\u00e9largir la base mon\u00e9taire de la zone euro en rachetant des cr\u00e9ances douteuses et en les inscrivant au bilan de la BCE en est un bon exemple \u2014, les gouvernements de la zone euro \u00ab n\u2019avaient \u00e9labor\u00e9 aucune politique et les ministres des Finances n\u2019avaient pris aucune d\u00e9cision \u00bb (Galbraith, 2016 : 99). Regina Kreide (2015 : 42) souligne que lorsque \u00ab la politique est r\u00e9duite \u00e0 une planification technique \u00bb de cette mani\u00e8re, \u00ab la gouvernance devient un outil d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 de r\u00e9gulation conforme au march\u00e9 et, par l\u00e0 m\u00eame, un substitut \u00e0 la d\u00e9mocratie \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si cette approche s\u2019explique en partie par les d\u00e9saccords entre les dirigeants europ\u00e9ens concernant l\u2019Union \u00e9conomique et mon\u00e9taire (UEM) de l\u2019UE, elle refl\u00e8te \u00e9galement la conviction ordolib\u00e9rale et n\u00e9olib\u00e9rale selon laquelle l\u2019ing\u00e9rence politique dans le fonctionnement du syst\u00e8me \u00e9conomique complexe doit \u00eatre r\u00e9duite au minimum. Ces th\u00e9ories \u00e9conomiques, qui d\u00e9finissent l\u2019architecture fondamentale de l\u2019UEM, soutiennent que \u00ab les march\u00e9s fonctionnent toujours sans heurts \u00bb et interpr\u00e8tent les tentatives d\u2019ing\u00e9rence politique \u00ab comme portant atteinte au principe de stabilit\u00e9 mon\u00e9taire et cr\u00e9ant un al\u00e9a moral \u00bb (Dullien et Gu\u00e9rot, 2012 : 3, 2). Bien que cette approche de laissez-faire se pr\u00e9sente comme neutre, elle est motiv\u00e9e par une structure de classes qui favorise les \u00c9tats membres du nord et de l\u2019ouest de l\u2019Europe, ainsi que les citoyens fortun\u00e9s de ces pays, qui auraient pris des risques en pr\u00eatant aux citoyens et aux \u00c9tats membres plus pauvres du sud et de l\u2019est. Loin d\u2019\u00eatre purement technocratique, ce soutien \u00e0 l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 est en r\u00e9alit\u00e9 le r\u00e9sultat d\u2019\u00ab un \u00e9trange m\u00e9lange de positions politiques et de pr\u00e9suppos\u00e9s id\u00e9ologiques \u00bb (Blyth, 2013 : 59) qui privil\u00e9gient les int\u00e9r\u00eats des pr\u00eateurs par rapport \u00e0 ceux des d\u00e9biteurs.<br>Les \u00e9crits politiques r\u00e9cents de Habermas s\u2019appuient sur son diagnostic de la situation au d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle. Dans ses interventions au sein de la sph\u00e8re publique europ\u00e9enne transnationale \u00e9mergente, il a appel\u00e9 les peuples d\u2019Europe \u00e0 encourager leurs repr\u00e9sentants politiques \u00e0 soutenir une plus grande r\u00e9gulation des march\u00e9s afin de repousser la colonisation du monde de la vie. Je m\u2019appuie sur les \u00e9crits politiques de Habermas concernant l\u2019avenir de l\u2019Europe (dont beaucoup ont \u00e9t\u00e9 rassembl\u00e9s dans Habermas, 2009, 2012, voir Verov\u0161ek, 2012) pour faire valoir les deux points importants suivants : (1) son travail d\u2019intellectuel public r\u00e9v\u00e8le une pr\u00e9occupation profonde et constante pour le capitalisme et ses effets sur la vie quotidienne des individus et (2) son engagement politique t\u00e9moigne de sa conviction que l\u2019action d\u00e9mocratique collective, \u00e9clair\u00e9e par l\u2019activit\u00e9 intellectuelle publique, peut exercer un contr\u00f4le sur les forces syst\u00e9miques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Conform\u00e9ment \u00e0 son rejet de la s\u00e9paration stricte entre les forces syst\u00e9miques et l\u2019ing\u00e9rence sociale et politique, Habermas insiste \u00e9galement sur la n\u00e9cessit\u00e9 de <strong>soumettre les forces du march\u00e9 \u00e0 une r\u00e9gulation politique issue de la formation discursive de l\u2019opinion et de la volont\u00e9<\/strong>. Contrairement aux \u00e9conomistes ordolib\u00e9raux et n\u00e9olib\u00e9raux, qui soutiennent que la crise se r\u00e9soudra d\u2019elle-m\u00eame gr\u00e2ce au fonctionnement interne du syst\u00e8me \u00e9conomique, la th\u00e8se fondamentale de Habermas (2001 : 84) est que \u00ab la politique doit rattraper son retard sur les march\u00e9s mondialis\u00e9s, et elle doit le faire sous des formes institutionnelles qui ne reculent pas au-del\u00e0 des conditions de l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019autod\u00e9termination d\u00e9mocratique. \u00bb La colonisation, dans le contexte g\u00e9o\u00e9conomique mondialis\u00e9 actuel, se produit donc lorsque le d\u00e9calage entre les puissantes forces syst\u00e9miques des march\u00e9s internationaux et le d\u00e9veloppement relativement faible des institutions politiques mondiales, capables de d\u00e9fendre les mondes de vie des individus dans un monde multiculturel de plus en plus globalis\u00e9, devient trop grand.<br>La crise de la zone euro n\u2019a fait qu\u2019accro\u00eetre les craintes de Habermas concernant la colonisation de la politique par l\u2019\u00e9conomie. Dans un article publi\u00e9 dans l\u2019influent hebdomadaire allemand Die Zeit, il (Habermas, 2010) fait valoir que la n\u00e9cessit\u00e9 de renflouements politiques pour le syst\u00e8me \u00e9conomique constitue un \u00ab changement de paradigme \u00bb qui \u00ab modifie les principes fondateurs de l\u2019Union europ\u00e9enne \u00bb. Le probl\u00e8me fondamental est que l\u2019int\u00e9gration \u00e9conomique de l\u2019UE par le biais du March\u00e9 commun (MC) n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9e de la cr\u00e9ation d\u2019<strong>institutions politiques de formation de la volont\u00e9 <\/strong>capables de superviser l\u2019une des r\u00e9gions les plus industrialis\u00e9es et d\u00e9velopp\u00e9es du monde. Bien que l\u2019UE f\u00fbt cens\u00e9e pallier l\u2019incapacit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat-nation \u00e0 r\u00e9guler les relations \u00e9conomiques dans un monde de plus en plus globalis\u00e9, Habermas (2006: 84) note : \u00ab Aujourd\u2019hui, l\u2019Union europ\u00e9enne constitue une vaste r\u00e9gion continentale qui est travers\u00e9e par un r\u00e9seau dense de march\u00e9s dans la dimension horizontale, mais qui est soumise \u00e0 une r\u00e9gulation politique relativement faible par des autorit\u00e9s l\u00e9gitim\u00e9es indirectement dans la dimension verticale. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, il souligne que la n\u00e9cessit\u00e9 des plans de sauvetage est la preuve que l\u2019id\u00e9ologie ordolib\u00e9rale de non-ing\u00e9rence est une absurdit\u00e9, puisque l\u2019\u00e9volution de la crise montre que les march\u00e9s ne peuvent fonctionner sans le soutien des contribuables et les plans de sauvetage publics. La Grande R\u00e9cession offre donc une occasion d\u2019approfondir l\u2019int\u00e9gration politique, puisqu\u2019elle prouve qu\u2019un contr\u00f4le politique accru de l\u2019\u00e9conomie est n\u00e9cessaire pour maintenir le syst\u00e8me \u00e9conomique tel qu\u2019il est. De plus, \u00e9tant donn\u00e9 que les \u00c9tats individuels se sont trouv\u00e9s incapables de r\u00e9pondre \u00e0 la crise financi\u00e8re \u2014 qui a \u00e9t\u00e9 en partie aliment\u00e9e par un nivellement par le bas en mati\u00e8re de r\u00e9glementation \u2014, ces \u00e9v\u00e9nements d\u00e9montrent la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un contr\u00f4le politique supranational des politiques \u00e9conomiques, financi\u00e8res et bancaires. Dans un essai public sur la \u00ab crise de l\u2019Union europ\u00e9enne \u00bb, Habermas (2012 : 10) soutient que<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br>ce n\u2019est que gr\u00e2ce \u00e0 ces nouvelles capacit\u00e9s de pilotage transnational que les forces sociales de la nature qui se sont d\u00e9cha\u00een\u00e9es au niveau transnational \u2014 c\u2019est-\u00e0-dire les contraintes syst\u00e9miques qui op\u00e8rent sans entrave au-del\u00e0 des fronti\u00e8res nationales, aujourd\u2019hui en particulier celles du secteur bancaire mondial \u2014 peuvent \u00e9galement \u00eatre ma\u00eetris\u00e9es.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br>L\u2019analyse de Habermas (2013b : 378) sur la n\u00e9cessit\u00e9 de se prot\u00e9ger contre la colonisation du monde de la vie au niveau supranational repose sur la prise de conscience \u00ab que <strong>l\u2019\u00e8re des \u00c9tats-nations touche \u00e0 sa fin et que la cr\u00e9ation d\u2019institutions de politique int\u00e9rieure mondiale doit \u00eatre ouverte au d\u00e9bat<\/strong> \u00bb. Bien que les \u00c9tats aient effectivement perdu une part importante de leur capacit\u00e9 de pilotage face aux march\u00e9s mondiaux au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, cette conclusion est loin de faire l\u2019unanimit\u00e9. En effet, le d\u00e9but de la Grande R\u00e9cession a conduit un certain nombre de penseurs \u2013 en particulier de la gauche politique \u2013 \u00e0 soutenir que soumettre les forces du march\u00e9 mondial \u00e0 un contr\u00f4le politique n\u00e9cessite un retrait des institutions internationales et un retour \u00e0 <strong>une forme plus westphalienne de souverainet\u00e9 \u00e9tatique<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019un des intellectuels publics les plus en vue \u00e0 plaider pour un tel <strong>\u00ab retour \u00e0 l\u2019\u00c9tat-nation \u00bb est Wolfgang Streeck<\/strong>. Son analyse s\u2019appuie sur les le\u00e7ons du Wirtschaftswunder (\u00ab miracle \u00e9conomique \u00bb) ou des trente glorieuses, qui repr\u00e9sentent l\u2019apog\u00e9e de l\u2019\u00c9tat-providence et de la ma\u00eetrise politique des march\u00e9s. Une analyse historique de la p\u00e9riode allant de 1945 \u00e0 1975 conduit Streeck (2014) \u00e0 conclure que la politique mon\u00e9taire doit \u00eatre rendue aux \u00c9tats-nations qui ont permis la prosp\u00e9rit\u00e9 de l\u2019Europe d\u2019apr\u00e8s-guerre, puisque l\u2019\u00c9tat souverain a \u00e9t\u00e9 la seule institution de l\u2019histoire \u00e0 avoir r\u00e9ussi \u00e0 r\u00e9guler les march\u00e9s. Si Streeck (2013) et Habermas (2013a) partagent un diagnostic commun des probl\u00e8mes de la zone euro, ils divergent sur la question de savoir si les pathologies r\u00e9v\u00e9l\u00e9es au cours de la Grande R\u00e9cession et de la crise de la zone euro n\u00e9cessitent un recul ou une poursuite de l\u2019int\u00e9gration (pour plus d\u2019informations sur ce d\u00e9bat, voir Shoikhedbrod, 2021).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Contrairement \u00e0 Habermas, Streeck soutient qu\u2019il est possible de revenir aux politiques qui ont cr\u00e9\u00e9 le boom \u00e9conomique d\u2019apr\u00e8s-guerre, lorsque l\u2019\u00c9tat-nation \u00e9tait capable d\u2019utiliser ses pouvoirs souverains pour influencer les forces du march\u00e9 mondial. Bien que Habermas reconnaisse la coh\u00e9rence de cette position, il fait valoir que l\u2019argumentation de Streeck repose sur des hypoth\u00e8ses qui ne sont plus valables. Les d\u00e9veloppements observ\u00e9s depuis la fin de la guerre froide montrent que le pouvoir de l\u2019\u00c9tat de contr\u00f4ler les \u00e9v\u00e9nements \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ses fronti\u00e8res \u2014 un \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 de la doctrine traditionnelle de la souverainet\u00e9 \u2014 est en d\u00e9clin, en particulier en ce qui concerne la r\u00e9gulation de l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique. Comme le souligne Matti Koskenniemi (2011 : 63), \u00ab Le mod\u00e8le d\u2019influence et de prise de d\u00e9cision qui r\u00e9git le monde n\u2019a plus qu\u2019un lien de plus en plus marginal avec la souverainet\u00e9.\u00a0\u00bb Cela est particuli\u00e8rement vrai en Europe, o\u00f9 la cr\u00e9ation de l\u2019UE en tant qu\u2019entit\u00e9 supranationale dot\u00e9e de pouvoirs d\u00e9cisionnels ind\u00e9pendants a rendu \u00ab l\u2019\u00c9tat-nation creux et ses institutions d\u00e9nu\u00e9es de sens \u00bb (Weiler, 1999 : 98).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019argument de Habermas sur la n\u00e9cessit\u00e9 de lutter contre la \u00ab colonisation du monde de la vie \u00bb en s\u2019orientant vers ce qu\u2019il appelle une \u00ab constellation postnationale \u00bb est \u00e9galement \u00e9tay\u00e9 par des \u00e9l\u00e9ments montrant que les efforts de l\u2019UE pour dompter les forces \u00e9conomiques mondiales au niveau supranational ont abouti, du moins en partie. Cela se manifeste par l\u2019\u00e9mergence de deux mod\u00e8les de mondialisation distincts dans le monde de l\u2019apr\u00e8s-guerre froide. <strong>La voie am\u00e9ricaine<\/strong> repose sur des accords bilat\u00e9raux, une planification limit\u00e9e et l\u2019id\u00e9e que <strong>le pouvoir des multinationales et d\u2019autres int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques doit pr\u00e9valoir<\/strong>. Cette approche ad hoc de la mondialisation ignore \u00ab la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u00e9gitimer les processus d\u2019int\u00e9gration transfrontali\u00e8re des march\u00e9s \u00bb et conduit \u00e0 \u00ab une lib\u00e9ralisation sans organisation ni m\u00eame supervision des march\u00e9s \u00bb (Abdelal et Meunier, 2010 : 350\u2013351).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br>Alors que les \u00c9tats-Unis ont utilis\u00e9 leur position h\u00e9g\u00e9monique dans la politique mondiale pour soutenir leur vision de la mondialisation fond\u00e9e sur le laissez-faire et lib\u00e9ralisation des march\u00e9s, l\u2019Europe a d\u00e9velopp\u00e9 <strong>une approche alternative de \u00ab mondialisation r\u00e9gul\u00e9e \u00bb<\/strong>. Cette seconde voie partage l\u2019objectif de la lib\u00e9ralisation des march\u00e9s, mais cherche \u00e0 ancrer la politique \u00e9conomique dans des <strong>accords multilat\u00e9raux<\/strong> qui permettent une planification sociale par les gestionnaires, les responsables politiques et les fonctionnaires, sur la base de r\u00e8gles codifi\u00e9es ainsi que d\u2019une prise de conscience des cons\u00e9quences \u00e9conomiques de la lib\u00e9ralisation des march\u00e9s :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br>Contrairement aux th\u00e9ories n\u00e9olib\u00e9rales am\u00e9ricaines selon lesquelles les profits sont en fin de compte b\u00e9n\u00e9fiques pour tous car la prosp\u00e9rit\u00e9 se r\u00e9percutera vers le bas, l\u2019approche europ\u00e9enne s\u2019enracine dans une th\u00e9orie de la justice plus \u00e9galitaire .\u2004.\u2004. [qui] la rend compatible avec un mod\u00e8le de soci\u00e9t\u00e9 social-d\u00e9mocrate plus juste (Reich et Lebow, 2014 : 61, 64).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le mod\u00e8le europ\u00e9en de mondialisation r\u00e9gul\u00e9e n\u2019est ni parfait ni incontest\u00e9. Au contraire, cette approche \u00e0 dominante fran\u00e7aise est vivement contest\u00e9e par les \u00e9conomistes ordolib\u00e9raux et n\u00e9olib\u00e9raux bas\u00e9s en Allemagne et en Italie. Dans la pratique, les \u00e9v\u00e9nements de la Grande R\u00e9cession d\u00e9montrent que, lorsque les choses se g\u00e2tent, ces derniers ont tendance \u00e0 l&#8217;emporter sur les premiers, car la gestion dirigiste n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9e \u00e0 r\u00e9guler les forces syst\u00e9miques op\u00e9rant au sein de la zone euro, mais a d\u00fb au contraire s&rsquo;incliner devant le pouvoir pr\u00e9tendument neutre du march\u00e9. Il y a toutefois un certain espoir que le premier puisse \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9 davantage en permettant \u00e0 des acteurs politiques supranationaux comme l&rsquo;UE de superviser les march\u00e9s internationaux.<br>\u00c0 ce jour, le mod\u00e8le europ\u00e9en de mondialisation r\u00e9gul\u00e9e a principalement fonctionn\u00e9 par le biais d\u2019une d\u00e9finition des priorit\u00e9s descendante au sein des organisations internationales et d\u2019initiatives ascendantes d\u00e9finissant les comportements acceptables des entreprises (Reich et Lebow, 2014 : 63). Cependant, m\u00eame si le mod\u00e8le fran\u00e7ais de mondialisation r\u00e9gul\u00e9e remporte cette bataille id\u00e9ologique, le probl\u00e8me fondamental r\u00e9side dans le fait que <strong>l\u2019int\u00e9gration des march\u00e9s de l\u2019UE n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9e d\u2019un degr\u00e9 similaire d\u2019int\u00e9gration politique<\/strong>, l\u2019UEM ayant \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie sous l\u2019influence de l\u2019id\u00e9ologie du laissez-faire des \u00e9coles de Bocconi et de Fribourg. Cette victoire est un artefact historique, car la cr\u00e9ation d\u2019une banque centrale apolitique et non interventionniste, dont le seul mandat \u00e9tait de maintenir la stabilit\u00e9 des prix en luttant contre l\u2019inflation sur le mod\u00e8le de la Banque centrale allemande (la Bundesbank), a \u00e9t\u00e9 le prix que les Fran\u00e7ais ont d\u00fb payer pour convaincre la R\u00e9publique f\u00e9d\u00e9rale de renoncer au mark allemand (Van Middelaar, 2013 : 183\u2013192 ; Verov\u0161ek, 2014 : 241, 245, 2020 : 93\u201394). Cependant, au lendemain de la Grande R\u00e9cession, il est apparu clairement que ce mod\u00e8le ne fonctionne pas lorsqu\u2019il est appliqu\u00e9 aux \u00e9conomies h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes de la zone euro.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malgr\u00e9 ses origines allemandes, Habermas rompt avec l\u2019orthodoxie \u00e9conomique germanique en affirmant que le moment est venu pour la politique de cesser de \u00ab retenir son souffle et d\u2019esquiver les questions cl\u00e9s au seuil menant de l\u2019unification \u00e9conomique \u00e0 l\u2019unification politique de l\u2019Europe \u00bb. Il (Habermas, 2012 : 7, 10) note que<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br>ce n\u2019est que gr\u00e2ce \u00e0 ces nouvelles capacit\u00e9s de pilotage transnational que les forces sociales de la nature qui se sont d\u00e9cha\u00een\u00e9es au niveau transnational \u2014 c\u2019est-\u00e0-dire les contraintes syst\u00e9miques qui op\u00e8rent sans entrave au-del\u00e0 des fronti\u00e8res nationales, aujourd\u2019hui en particulier celles du secteur bancaire mondial \u2014 pourront \u00e9galement \u00eatre ma\u00eetris\u00e9es.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est cet appel \u00e0 une nouvelle autonomisation des forces sociales et politiques du monde de la vie, afin de les opposer aux \u00ab lois \u00bb apparemment naturelles qui r\u00e9gissent le fonctionnement de l\u2019\u00e9conomie mondiale et des march\u00e9s internationaux, qui t\u00e9moigne du marxisme r\u00e9siduel de Habermas.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Habermas, le \u00ab dernier marxiste \u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien qu\u2019il soit associ\u00e9 au marxisme occidental de l\u2019\u00c9cole de Francfort, Habermas entretient une relation complexe avec Marx. S\u2019il admire l\u2019analyse de Marx sur l\u2019ali\u00e9nation qui accompagne la marchandisation de la force de travail sous le capitalisme, Habermas rejette le cadre analytique mat\u00e9rialiste de Marx et ses appels r\u00e9volutionnaires \u00e0 une \u00ab dictature du prol\u00e9tariat \u00bb. \u00c0 l\u2019instar de Weber, il est \u00e9galement profond\u00e9ment sceptique quant au d\u00e9sir de Marx de r\u00e9unifier les diff\u00e9rentes sph\u00e8res de valeur qui se sont s\u00e9par\u00e9es au cours des 200 derni\u00e8res ann\u00e9es, car il consid\u00e8re cette \u00e9volution comme un aspect irr\u00e9vocable de la modernisation qui pr\u00e9sente des avantages importants en termes d\u2019efficacit\u00e9 soci\u00e9tale et de reproduction mat\u00e9rielle.<br>Je ne peux pas fournir un compte rendu exhaustif de l\u2019interpr\u00e9tation marxiste ni de la relation de Habermas avec Marx.<sup id=\"mfn-content-00000000000008570000000000000000_9686-2\" class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"00000000000008570000000000000000_9686\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000008570000000000000000_9686-2\">2<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">Pour en savoir plus sur le rapport entre Habermas et le marxisme, voir, par exemple, Flood (1977 : 448\u2013464), Rockmore (1979, 1989 : 195\u2013206), Heller (1982), Jay (1984 : 462\u2013509), Anievas (2010), Holmwood (2009 : 148\u2013151) et Yos (2019).<\/span> Mon objectif est plus modeste. Bien que son affirmation selon laquelle il serait \u00ab le dernier marxiste \u00bb soit exag\u00e9r\u00e9e, je soutiens que Habermas est un marxiste en ce sens qu\u2019il cherche lui aussi \u00e0 garantir que le processus de production serve les besoins humains, et non l\u2019inverse. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, je souligne comment Marx et Habermas s\u2019opposent tous deux aux th\u00e9ories \u00e9conomiques qui interpr\u00e8tent le fonctionnement des march\u00e9s comme soumis \u00e0 des lois quasi-naturelles qui ne peuvent ou ne doivent pas \u00eatre soumises \u00e0 une ing\u00e9rence ext\u00e9rieure. De plus, ils cherchent \u00e9galement \u00e0 remplir ce que Habermas appelle l\u2019engagement de la philosophie \u00ab envers la d\u00e9fense \u00bb (Holton, 1987 : 516) \u2014 c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab changer le monde \u00bb, comme Marx l\u2019a si bien dit dans sa 11e th\u00e8se sur Feuerbach \u2014 en encourageant les communaut\u00e9s politiques \u00e0 prendre le contr\u00f4le actif des forces du march\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette interpr\u00e9tation du c\u0153ur du projet de Marx d\u00e9coule de sa critique immanente de l\u2019\u00e9conomie classique, dans laquelle il s\u2019oppose aux vues du laissez-faire de l\u2019\u00e9conomie classique anglaise et des physiocrates fran\u00e7ais (Gehrke et Kurz, 1995). L\u2019exemple le plus c\u00e9l\u00e8bre de la premi\u00e8re est sans doute Adam Smith. Bien qu\u2019il soit vrai, comme le souligne John Maynard Keynes (2004 : 24), que Smith et les autres \u00e9conomistes classiques anglais n\u2019utilisent jamais le terme \u00ab laissez-faire \u00bb, la conviction de Smith selon laquelle \u00ab les int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s et les passions des hommes \u00bb produisent ce \u00ab ce qui est le plus conforme \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat de la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble \u00bb, implique certainement que la plupart des \u00ab r\u00e9glementations gouvernementales peuvent, sans aucun doute, \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme une violation de la libert\u00e9 naturelle \u00bb (Smith cit\u00e9 dans Naggar, 1977 : 35, 36). Ainsi, bien que Smith \u00ab n\u2019ait pas \u00e9t\u00e9 un d\u00e9fenseur doctrinaire du laissez-faire \u00bb (Viner, 1927 : 231), sa conception de l\u2019\u00e9go\u00efsme et des \u00ab heureuses cons\u00e9quences \u00bb (Smith, 1976 : IV.ix) de la libert\u00e9 naturelle le conduisent toutes deux vers une doctrine minimaliste du pouvoir de l\u2019\u00c9tat. M\u00eame dans les cas o\u00f9 il conclut que le gouvernement doit intervenir pour assurer la d\u00e9fense du royaume et la fourniture de certains biens publics limit\u00e9s, Smith ne fait appel \u00e0 l\u2019\u00c9tat qu\u2019\u00e0 contrec\u0153ur, arguant que cela doit \u00eatre accompli avec une fiscalit\u00e9 minimale afin de ne pas perturber le syst\u00e8me \u00e9conomique de la libert\u00e9 naturelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors que les opinions de Smith concernant les avantages de la non-intervention du gouvernement font partie du canon de l\u2019\u00e9conomie politique, les th\u00e9ories des \u00e9conomistes, tels que A.R.J. Turgot, le marquis de Condorcet, Fran\u00e7ois Quesnay et Louis Paul Abeille, sont quelque peu plus obscures malgr\u00e9 leur stature \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 Marx \u00e9crivait au XIXe si\u00e8cle. Tout comme Smith, ces penseurs cherchaient \u00e9galement \u00e0 comprendre les origines de la richesse des nations. Cependant, contrairement \u00e0 l\u2019accent mis par Smith sur la division du travail, Marx (1978 : 240) note que les physiocrates posent \u00ab un certain type de travail \u2014 l\u2019agriculture \u2014 comme cr\u00e9ateur de richesse \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malgr\u00e9 cette divergence, ce sont les points communs entre ces courants de pens\u00e9e qui importent pour Marx. En particulier, \u00e0 l\u2019instar de Smith, les physiocrates soutiennent \u00e9galement qu\u2019un \u00ab ordre naturel \u00bb de lois immuables r\u00e9git les processus \u00e9conomiques. Par exemple, Quesnay, qui avait une formation de m\u00e9decin, cherchait \u00e0 appliquer les principes de la science physique de la m\u00e9decine \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la richesse \u00e9conomique. Son c\u00e9l\u00e8bre Tableau \u00e9conomique (Quesnay, 1758) a jet\u00e9 les bases de son opposition \u00e0 l\u2019intervention gouvernementale, en s\u2019appuyant sur l\u2019argument selon lequel une telle ing\u00e9rence est n\u00e9faste et contre-productive \u00e0 long terme. Tout comme dans la La richesse des nations, \u00ab l\u2019\u00e9conomie physiocratique reposait sur le laissez-faire et pr\u00f4nait un march\u00e9 du travail libre contre le mercantilisme de Colbert et le monde f\u00e9odal des corporations sur lequel il s\u2019\u00e9tait greff\u00e9 \u00bb (Van der Pijl, 2002 : 133).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019exemple le plus (tristement) c\u00e9l\u00e8bre de cet argument contre l\u2019action gouvernementale dans l\u2019\u00e9conomie vient peut-\u00eatre d\u2019Abeille. \u00c9voquant le commerce des c\u00e9r\u00e9ales au XVIIIe si\u00e8cle, il soutient que l\u2019intervention de l\u2019\u00c9tat visant \u00e0 faire baisser les prix des c\u00e9r\u00e9ales en p\u00e9riode de famine afin que la population puisse se les procurer \u00e9tait contre-productive, car le fait de subventionner les prix inciterait les agriculteurs \u00e0 produire moins de c\u00e9r\u00e9ales tout en r\u00e9duisant leurs profits. Comme ils auraient moins d\u2019argent \u00e0 investir l\u2019ann\u00e9e suivante, la production serait encore plus faible. Le r\u00e9sultat final, selon Abeille, est que l\u2019intervention gouvernementale devient une proph\u00e9tie auto-r\u00e9alisatrice, qui ne fait qu\u2019aggraver la famine en perturbant le fonctionnement efficace du march\u00e9 (voir Foucault, 2009 : 43\u201345). Cela explique pourquoi Jacob Viner (1960 : 45) classe les physiocrates et Smith parmi \u00ab les premiers d\u00e9fenseurs syst\u00e9matiques du [laissez-faire] \u00bb et de \u00ab la limitation de l\u2019activit\u00e9 gouvernementale \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ses critiques de l\u2019\u00e9conomie politique, Marx s\u2019oppose \u00e0 ces visions naturalis\u00e9es des lois \u00e9conomiques. Il soutient que l\u2019\u00e9conomie, bien que soumise \u00e0 certaines r\u00e9gularit\u00e9s analytiques internes, reste une cr\u00e9ation humaine qui peut et doit \u00eatre soumise \u00e0 un contr\u00f4le social. Marx (1978 : 321) affirme donc que la th\u00e9orie \u00e9conomique classique \u00ab\u00a0appartient \u00e0 un \u00e9tat de la soci\u00e9t\u00e9 dans lequel le processus de production domine l\u2019homme, au lieu d\u2019\u00eatre contr\u00f4l\u00e9 par lui \u00bb. Il soutient que le v\u00e9ritable enjeu est id\u00e9ologique, car l\u2019orthodoxie \u00e9conomique conduit les individus vivant sous le capitalisme \u00e0 consid\u00e9rer les lois \u00e9conomiques comme immuables. Selon les termes de Marx (1978: 327), le probl\u00e8me fondamental est que \u00ab ces formules apparaissent \u00e0 l\u2019esprit bourgeois comme une n\u00e9cessit\u00e9 \u00e9vidente impos\u00e9e par la nature, au m\u00eame titre que le travail productif lui-m\u00eame \u00bb. La f\u00e9tichisation des lois \u00e9conomiques du laissez-faire, pr\u00e9sent\u00e9es comme l\u2019\u00e9quivalent des lois physiques d\u00e9couvertes par les sciences naturelles, masque le fait qu\u2019elles sont en r\u00e9alit\u00e9 le produit de relations sociales, qui sont donc, par d\u00e9finition, susceptibles de changer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les penseurs de la premi\u00e8re \u00c9cole de Francfort ont rapidement saisi ce lien. Dans sa critique des \u00ab Manuscrits \u00e9conomiques et philosophiques \u00bb apr\u00e8s leur publication int\u00e9grale pour la premi\u00e8re fois en 1932, Herbert Marcuse (1972 : 12) identifie \u00ab le passage des faits \u00e9conomiques aux facteurs humains, du fait (Tat\u2018sache\u2019) \u00e0 l\u2019acte (Tat\u2018handlung \u2019) \u00bb comme \u00ab\u00a0l\u2019une des d\u00e9couvertes cruciales de la th\u00e9orie de Marx \u00bb, qui rev\u00eat une \u00ab importance r\u00e9volutionnaire \u00bb. Le passage cl\u00e9 consiste \u00e0 passer de \u00ab la compr\u00e9hension de \u201csituations\u201d fig\u00e9es et de leurs lois (qui, sous leur forme r\u00e9ifi\u00e9e, \u00e9chappent au pouvoir de l\u2019homme) \u00bb \u00e0 l\u2019id\u00e9e que, en tant qu\u2019\u00eatres sociaux, les individus ont la capacit\u00e9 d\u2019exercer un contr\u00f4le sur le fonctionnement du syst\u00e8me \u00e9conomique. Commentant Marx, Marcuse (1972: 36) conclut :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br>Si les rapports de production sont devenus un \u00ab carcan \u00bb et une force \u00e9trang\u00e8re d\u00e9terminant l\u2019homme, c\u2019est uniquement parce que l\u2019homme s\u2019est lui-m\u00eame, \u00e0 un certain stade, ali\u00e9n\u00e9 de son pouvoir sur les rapports de production. Cela vaut \u00e9galement si l\u2019on consid\u00e8re que les rapports de production sont d\u00e9termin\u00e9s principalement par les forces de production \u00ab naturelles \u00bb donn\u00e9es (par exemple les conditions climatiques ou g\u00e9ographiques, l\u2019\u00e9tat du sol, la r\u00e9partition des mati\u00e8res premi\u00e8res) et ignore le fait que toutes ces donn\u00e9es physiques ont toujours exist\u00e9 sous une forme transmise historiquement et ont fait partie de \u00ab\u00a0formes de relations \u00bb.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour les ma\u00eetres de Habermas au sein de la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration de l\u2019\u00c9cole de Francfort, la prise de conscience que les lois \u00e9conomiques ne sont pas naturelles et immuables, mais qu\u2019elles sont au contraire sociales et contr\u00f4lables, est au c\u0153ur de l\u2019humanisme \u00ab\u00a0pleinement d\u00e9velopp\u00e9 \u00bb, \u00ab positif \u00bb ou \u00ab r\u00e9el \u00bb de Marx (1978 : 84, 121) (Marcuse, 1972 : 40) . En tant qu\u2019h\u00e9ritier de cet h\u00e9ritage, Habermas soutient que l\u2019exercice d\u2019un contr\u00f4le sur l\u2019\u00e9conomie par le biais de la r\u00e9gulation politique est l\u2019essence m\u00eame du socialisme, en particulier apr\u00e8s la chute du communisme en 1989. L\u2019id\u00e9e cl\u00e9 de Marx est que toute civilisation qui \u00ab s\u2019aveugle face \u00e0 tout ce qui, aussi important soit-il, ne peut s\u2019exprimer en termes de prix .\u2004.\u2004. porte en elle les germes de sa propre destruction \u00bb (Habermas, 1991b : 32). Dans le monde contemporain du capitalisme tardif, ce danger ne se concr\u00e9tise plus par \u00ab une classe qui r\u00e8gne \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des fronti\u00e8res nationales [comme \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Marx], mais plut\u00f4t par <strong>un syst\u00e8me \u00e9conomique anonyme op\u00e9rant \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale<\/strong> \u00bb.<br>L\u2019essence du \u00ab marxisme temp\u00e9r\u00e9 \u00bb de Habermas r\u00e9side donc dans son rejet des th\u00e9ories \u00e9conomiques qui traitent les march\u00e9s comme l\u2019incarnation de lois quasi-naturelles. Son objectif (Habermas, 1991b : 42) est de garantir que la politique soit \u00ab en mesure de faire valoir ses droits face aux autres forces sociales, \u00e0 l\u2019argent et au pouvoir administratif, \u00e0 travers <strong>un large \u00e9ventail de forums et d\u2019institutions d\u00e9mocratiques<\/strong> \u00bb. Bien qu\u2019il reconnaisse que les interventions au sein de ces sous-syst\u00e8mes fonctionnels de reproduction mat\u00e9rielle puissent avoir des cons\u00e9quences impr\u00e9vues, il ne consid\u00e8re pas que la r\u00e9gulation soit ill\u00e9gitime en soi. Il cherche donc \u00e0 tirer parti des gains d\u2019efficacit\u00e9 et de bien-\u00eatre apport\u00e9s par le d\u00e9veloppement du capitalisme, tout en veillant \u00e0 ce que le monde de la vie puisse r\u00e9sister \u00e0 la colonisation par les forces syst\u00e9miques en r\u00e9glementant les domaines de la vie dans lesquels leur action est autoris\u00e9e \u00e0 s\u2019imposer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela repr\u00e9sente une rupture radicale avec Marx, qui pr\u00e9voyait la fin du march\u00e9, la dissolution de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e et du \u00ab travail libre \u00bb au sens formel, qui est souvent contraint dans la pratique (voir Rioux et al., 2020). Si Habermas (1991b : 37) est favorable \u00e0 ces objectifs, il reste sceptique face \u00e0 ces \u00ab images nostalgiques des types de communaut\u00e9 \u2014 la famille, le voisinage et la corporation \u2014 que l\u2019on trouve dans le monde des paysans et des artisans \u00bb. Il soutient au contraire que les d\u00e9veloppements historiques depuis le XIXe si\u00e8cle montrent que \u00ab les soci\u00e9t\u00e9s complexes sont incapables de se reproduire si elles ne laissent pas intacte la logique d\u2019une \u00e9conomie qui s\u2019autor\u00e9gule par le march\u00e9 \u00bb. Compte tenu des conditions du capitalisme financiaris\u00e9 tardif, l\u2019objectif n\u2019est pas d\u2019abandonner ou de supplanter le march\u00e9, mais de \u00ab <strong>passer d\u2019un processus de production dict\u00e9 par le march\u00e9 \u00e0 un processus contr\u00f4l\u00e9 d\u00e9mocratiquement<\/strong> \u00bb (Habermas, 1991b : 40) capable de tirer parti des m\u00e9canismes \u00e9conomiques tout en r\u00e9gulant leur port\u00e9e et leur \u00e9tendue afin d\u2019emp\u00eacher la colonisation du monde de la vie (voir Honneth, 2017).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Outre le fait que Habermas accepte le r\u00f4le du march\u00e9 et des syst\u00e8mes de pouvoir et d\u2019argent, il existe \u00e9galement d\u2019autres diff\u00e9rences importantes entre lui et Marx. Par exemple, outre certains des points que j\u2019ai mentionn\u00e9s dans la premi\u00e8re section, Habermas ne croit pas que la politique puisse \u00eatre d\u00e9pass\u00e9e au sein d\u2019un ordre communiste qui rejette compl\u00e8tement les march\u00e9s et l\u2019ordre juridique constitutionnel de l\u2019Rechtsstaat [\u00c9tat de droit]. Il (Habermas, 1991b : 34, 35) critique donc Marx pour son \u00ab analyse restreinte et fonctionnaliste de la d\u00e9mocratie constitutionnelle \u00bb, qui \u00ab est incapable d\u2019imaginer des formes institutionnelles au-del\u00e0 de la dictature du prol\u00e9tariat \u00bb. En revanche, Habermas soutient que les institutions politiques seront toujours n\u00e9cessaires pour <strong>traduire la formation communicative de l\u2019opinion dans la sph\u00e8re publique en une formation l\u00e9gitime de la volont\u00e9 sous la forme de la loi<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon interpr\u00e9tation des principes cl\u00e9s du socialisme de Habermas \u2014 qui s\u2019appuie sur les d\u00e9veloppements \u00e9conomiques et historiques depuis la mort de Marx, ainsi que sur les apports de la th\u00e9orie post-marxiste, en particulier les travaux de Luk\u00e1cs, Weber et Luhmann \u2014 \u00e9tablit un parall\u00e8le int\u00e9ressant entre Marx et Habermas en ce qui concerne leurs interventions dans la sph\u00e8re publique et leur <strong>engagement philosophique commun en faveur de l\u2019activisme politique<\/strong>. Cette similitude tient \u00e0 leur positionnement au sein des d\u00e9bats pr\u00e9dominants sur l\u2019\u00e9conomie politique \u00e0 leurs \u00e9poques respectives. Alors que Marx s\u2019opposait aux physiocrates en affirmant que les march\u00e9s n\u2019\u00e9taient pas naturels et devaient \u00eatre soumis \u00e0 un contr\u00f4le social, Habermas s\u2019oppose aux ordolib\u00e9raux des \u00e9coles de Fribourg et de Bocconi en soutenant que les march\u00e9s peuvent et doivent \u00eatre davantage r\u00e9glement\u00e9s afin de garantir qu\u2019ils servent les citoyens europ\u00e9ens, et non l\u2019inverse.<br>Bien qu\u2019il existe de nombreuses diff\u00e9rences entre les \u00e9coles de Fribourg et de Bocconi par rapport aux physiocrates et aux \u00e9conomistes lib\u00e9raux classiques du XIXe si\u00e8cle, il existe \u00e9galement des parall\u00e8les r\u00e9v\u00e9lateurs. Le plus important pour mon propos est leur opposition commune \u00e0 l\u2019intervention gouvernementale sur les march\u00e9s et la fonction id\u00e9ologique de cette position, qui favorise les int\u00e9r\u00eats de classe des riches pr\u00eateurs par rapport aux emprunteurs de capitaux plus pauvres. Ainsi, tout comme Abeille s\u2019opposait aux subventions c\u00e9r\u00e9ali\u00e8res destin\u00e9es \u00e0 soutenir les pauvres m\u00eame si cela signifiait qu\u2019ils risquaient de mourir, les ordo et les n\u00e9olib\u00e9raux des \u00e9coles de Fribourg et de Bocconi ont contraint les gouvernements du sud de l\u2019Europe, en proie \u00e0 la crise, \u00e0 intervenir moins dans l\u2019\u00e9conomie au cours de la Grande R\u00e9cession et de la crise de la zone euro, malgr\u00e9 les cons\u00e9quences humaines tragiques que cela a eu sur les individus vivant en Gr\u00e8ce et dans les autres pays de la zone euro en crise, situ\u00e9s en Europe de l\u2019Est et du Sud.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De m\u00eame, tout comme Marx s\u2019opposait aux th\u00e9ories du laissez-faire des physiocrates et \u00e0 leur indiff\u00e9rence face au sort des individus vivant au sein du syst\u00e8me \u00e9conomique, Habermas s\u2019oppose \u00e0 la position non interventionniste de l\u2019ordo-lib\u00e9ralisme. Au contraire, il (Habermas, 2014 : 12) appelle les Europ\u00e9ens \u00e0 \u00ab faire pression pour une int\u00e9gration politique plus pouss\u00e9e afin d\u2019\u00e9tendre leur contr\u00f4le sur les forces \u00e9conomiques quasi-naturelles [afin de] r\u00e9tablir un \u00e9quilibre d\u00e9mocratique entre la politique et le march\u00e9 \u00bb. Compte tenu des <strong>conditions du monde postmoderne, globalis\u00e9 et multiculturel<\/strong>, Habermas est convaincu qu\u2019un tel r\u00e9\u00e9quilibrage entre les march\u00e9s et les peuples doit se produire <strong>au-del\u00e0 de l\u2019\u00c9tat-nation<\/strong>. \u00c0 la suite des transformations de 1989, il (Habermas, 1991b : 41) soutient que \u00ab la question fondamentale autour de laquelle s\u2019articule aujourd\u2019hui le d\u00e9bat \u00bb concerne la \u00ab formule internationale dans laquelle les objectifs sociaux-d\u00e9mocrates de ma\u00eetrise sociale du capitalisme [sont] vou\u00e9s \u00e0 \u00eatre g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s \u00bb. S\u2019appuyant sur cette id\u00e9e, il conclut que les peuples d\u2019Europe doivent poursuivre leur \u00ab exp\u00e9rimentation de nouvelles formes de gouvernance en dehors de l\u2019\u00c9tat-nation \u00bb (Sissenich, 2008 : 143) afin de faire face aux march\u00e9s internationaux qui ont r\u00e9ussi \u00e0 dicter leur politique aux \u00c9tats souverains.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Remarques finales<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En actualisant et en r\u00e9interpr\u00e9tant la th\u00e8se de Habermas concernant la \u00ab colonisation du monde de la vie \u00bb par les forces syst\u00e9miques du pouvoir et de l\u2019argent, j\u2019ai cherch\u00e9 \u00e0 d\u00e9montrer la pertinence persistante de ses id\u00e9es pour la relation entre les march\u00e9s et les peuples. En m\u2019appuyant sur ses \u00e9crits politiques sur l\u2019avenir de l\u2019Europe, j\u2019ai \u00e9galement montr\u00e9 que sa philosophie a une intention pratique et politique claire, qui transpara\u00eet dans son argument selon lequel <strong>la politique doit se d\u00e9velopper davantage au niveau supranational si elle veut se r\u00e9affirmer face au pouvoir croissant des march\u00e9s internationaux qui dictent la politique int\u00e9rieure \u00e0 des \u00c9tats formellement souverains<\/strong>. En d\u00e9montrant le r\u00f4le crucial que jouent les interventions de Habermas dans la sph\u00e8re publique au sein de son projet philosophique et politique plus large, j\u2019ai \u00e9galement contest\u00e9 \u00ab le d\u00e9s\u00e9quilibre particulier en faveur de la th\u00e9orie qui a caract\u00e9ris\u00e9 la r\u00e9ception de Habermas dans les pays anglophones \u00bb (Pensky, 1995 : 67\u201368).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, j\u2019ai soutenu que la volont\u00e9 de Habermas d\u2019affirmer son contr\u00f4le sur les march\u00e9s en s\u2019attaquant \u00e0 l\u2019\u00e9conomie n\u00e9olib\u00e9rale dominante relie son projet \u00e0 Marx et justifie l\u2019image qu\u2019il a de lui-m\u00eame en tant que marxiste, voire \u00ab le dernier marxiste \u00bb. Tout comme Marx s\u2019opposait \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie du laissez-faire des \u00e9conomistes classiques et des physiocrates, qui cherchaient \u00e0 pr\u00e9server le syst\u00e8me \u00e9conomique en tant que sph\u00e8re fonctionnant selon des lois \u00ab quasi-naturelles \u00bb, Habermas s\u2019est oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie ordolib\u00e9rale et n\u00e9olib\u00e9rale qui pr\u00f4ne l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 comme r\u00e9ponse appropri\u00e9e \u00e0 la crise de la zone euro, malgr\u00e9 ses effets tragiques sur la vie des individus dans toute l\u2019UE. Malgr\u00e9 les , ces deux th\u00e9oriciens peuvent donc \u00eatre rapproch\u00e9s car ce sont tous deux des universitaires-militants dont l\u2019engagement sur le r\u00f4le de l\u2019\u00e9conomie dans la vie sociale et politique vise \u00e0 faire de \u00ab la relation influente du philosophe avec son \u00e9poque le centre, plut\u00f4t que le sous-produit, de l\u2019activit\u00e9 philosophique elle-m\u00eame \u00bb (Pensky, 2013 : 15).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La question de la relation entre les march\u00e9s et les peuples, entre l\u2019\u00e9conomie et la politique, et entre les forces du syst\u00e8me et le pouvoir du monde de la vie, est cruciale pour comprendre tant Marx que Habermas. Il est int\u00e9ressant de noter que ces questions restent tout aussi saillantes au d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle qu\u2019elles l\u2019\u00e9taient au milieu du XIXe si\u00e8cle. Revenant sur la Grande R\u00e9cession dix ans apr\u00e8s les faits, Henry Paulson, le secr\u00e9taire am\u00e9ricain au Tr\u00e9sor qui a contribu\u00e9 \u00e0 faire adopter le plan de sauvetage gouvernemental de nombreuses grandes institutions financi\u00e8res am\u00e9ricaines, a fait remarquer : \u00ab Lorsque la politique et les march\u00e9s s\u2019affrontent, ce sont les march\u00e9s qui l\u2019emportent \u00bb (cit\u00e9 dans Ryssdal, 2018). Si cela est vrai en tant que constat factuel \u00e0 l\u2019heure actuelle, c\u2019est normativement inqui\u00e9tant car cela implique que le monde de la vie de la politique d\u00e9mocratique ne peut pas riposter contre les forces syst\u00e9miques du capitalisme tardif.<br>Lorsque Marx \u00e9crivait au XIXe si\u00e8cle, les th\u00e9ories \u00e9conomiques dominantes soutenaient que le fonctionnement du march\u00e9 devait \u00eatre trait\u00e9 \u00e0 l\u2019instar de celui de la nature, c\u2019est-\u00e0-dire comme un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 \u00e9tudier et \u00e0 comprendre, mais non \u00e0 perturber ni \u00e0 influencer. Au lendemain de l\u2019\u00e8re de la guerre totale en Europe (1914\u20131945) et de la mobilisation totale de la soci\u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaire pour mener ces guerres, l\u2019intervention de l\u2019\u00c9tat dans l\u2019\u00e9conomie s\u2019est normalis\u00e9e \u00e0 un degr\u00e9 surprenant (Polanyi, 2001). C&rsquo;est une \u00e9volution que Marx aurait salu\u00e9e, car aujourd&rsquo;hui, les gouvernements n&rsquo;h\u00e9sitent plus \u00e0 intervenir pour att\u00e9nuer les crises \u00e9conomiques graves \u00e0 l&rsquo;aide de mesures de relance budg\u00e9taire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cependant, malgr\u00e9 ces changements, cette question reste d\u2019actualit\u00e9. Bien que l\u2019intervention keyn\u00e9sienne anticyclique sur le march\u00e9 soit devenue la norme pendant l\u2019apr\u00e8s-guerre, de nombreux \u00e9conomistes conservateurs, notamment les ordolib\u00e9raux et les n\u00e9olib\u00e9raux des \u00e9coles de Fribourg et de Bocconi, ont r\u00e9ussi \u00e0 faire reculer ces id\u00e9es, arguant que les mesures de relance budg\u00e9taire constituaient un al\u00e9a moral qui favorisait de mauvaises politiques \u00e9conomiques \u00e0 long terme. Les cons\u00e9quences tragiques de ces nouvelles id\u00e9ologies du laissez-faire sont apparues au grand jour au cours de la Grande R\u00e9cession et de ses suites, les march\u00e9s internationaux ayant r\u00e9ussi \u00e0 contraindre les \u00c9tats \u00e0 mettre en \u0153uvre des r\u00e9gimes d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 malgr\u00e9 les souffrances humaines que cela a engendr\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;incapacit\u00e9 des \u00c9tats individuels \u00e0 r\u00e9sister aux imp\u00e9ratifs de ces forces syst\u00e9miques t\u00e9moigne de l&rsquo;importance de poursuivre le combat de Marx contre les visions naturalis\u00e9es de l&rsquo;\u00e9conomie, o\u00f9 les humains servent les int\u00e9r\u00eats des march\u00e9s, et non l&rsquo;inverse. Bien qu&rsquo;il soit souvent accus\u00e9 de ne pas \u00eatre assez radical, Habermas a poursuivi le combat de Marx en soutenant que<strong> la politique doit rattraper son retard sur les march\u00e9s mondiaux si l&rsquo;on veut que le monde de la vie ait une chance de r\u00e9guler et de contr\u00f4ler ces forces syst\u00e9miques<\/strong>. \u00c9crivant imm\u00e9diatement apr\u00e8s la chute du communisme en 1989, Habermas (1991b : 45) affirme :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br>Les d\u00e9fis du XXIe si\u00e8cle seront d\u2019un ordre et d\u2019une ampleur qui exigent des r\u00e9ponses .\u2004.\u2004. auxquelles on ne peut parvenir, ni les mettre en pratique, sans une universalisation radicalement d\u00e9mocratique des int\u00e9r\u00eats par le biais d\u2019institutions destin\u00e9es \u00e0 la formation de l\u2019opinion publique et de la volont\u00e9 politique. La gauche socialiste a encore une place et un r\u00f4le politique \u00e0 jouer dans cette ar\u00e8ne.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019interpr\u00e8te la r\u00e9f\u00e9rence de Habermas \u00e0 l\u2019\u00ab universalisation radicalement d\u00e9mocratique des int\u00e9r\u00eats \u00bb comme <strong>un appel \u00e0 des solutions politiques postnationales face au pouvoir croissant des forces du march\u00e9 international<\/strong>. Si cet appel \u00e9tait n\u00e9cessaire en 1990, il est encore plus urgent au lendemain de la Grande R\u00e9cession et des souffrances humaines, ainsi que de la domination des forces du march\u00e9 engendr\u00e9e par cette crise \u00e9conomique mondiale. M\u00eame s\u2019il est peut-\u00eatre <strong>encore vrai que les march\u00e9s l\u2019emportent<\/strong> lorsqu\u2019ils s\u2019opposent \u00e0 la politique, une version r\u00e9vis\u00e9e et actualis\u00e9e de la th\u00e8se de la colonisation de Habermas, \u00e9tay\u00e9e par ses \u00e9crits politiques, fournit un argument de poids pour expliquer pourquoi cela ne doit pas n\u00e9cessairement \u00eatre le cas \u2013 et <strong>pourquoi cela ne devrait pas l\u2019\u00eatre<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>Remerciements<\/strong><br>L\u2019auteur tient \u00e0 remercier Lisa Ellis, Steven Klein, Gregory Koutnik, Samuel Bagg, John McGuire, Maeve Cooke et aux deux relecteurs de cette revue pour leurs commentaires utiles sur cet article. Il a pr\u00e9sent\u00e9 pour la premi\u00e8re fois une version ant\u00e9rieure de cet argument en octobre 2018 lors de la 16e conf\u00e9rence annuelle de l\u2019Association for Political Theory, dans le cadre de l\u2019atelier \u00ab Capitalisme et d\u00e9mocratie \u00bb organis\u00e9 aux Haverford et Bryn Mawr Colleges. Il a \u00e9galement eu le plaisir de le pr\u00e9senter lors d\u2019une s\u00e9rie de conf\u00e9rences sur invitation au d\u00e9partement de philosophie de l\u2019University College Dublin en novembre 2019. Il remercie les participants de ces deux \u00e9v\u00e9nements pour leurs questions et commentaires utiles.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size wp-block-paragraph\">Liste \u00e9volutive des&nbsp;<a href=\"https:\/\/1drv.ms\/x\/c\/52b2e58f9a01f490\/IQApkc2vwYtfTpsZ-j248N0MAUKIOl08sRQqs_6JWIhCmM4?e=Ujie1P\">traductions<\/a> par&nbsp;<em>Gilles en vrac<\/em><br>Les<strong>&nbsp;caract\u00e8res gras<\/strong>&nbsp;dans le texte sont de Gilles.<br>Pour vous recevoir un courriel&nbsp;<a href=\"mailto:gilles@gillesenvrac.ca?subject=Trad_hebdo\">hebdomadaire<\/a>&nbsp;vers mes traductions.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Abdelal R, Meunier S (2010) Managed Globalization: Doctrine, Practice and Promise. Journal of European Public Policy 17 (3): 350\u2013367.<\/li>\n\n\n\n<li>Anievas A (2010) Chapter 13: On Habermas, Marx and the Critical Theory Tradition: Theoretical Mastery or Drift? In: Moore C, Ferrands C (eds) International Relations and Philosophy: Interpretive Dialogues. London: Routledge, pp.144\u2013156.<\/li>\n\n\n\n<li>Blyth M (2013) Austerity: The History of a Dangerous Idea. Oxford: Oxford University Press.<\/li>\n\n\n\n<li>Cooke M (2006) Re-presenting the Good Society. Cambridge, MA: MIT Press.<\/li>\n\n\n\n<li>Dorahy JF (2020) Habermas and the Critique of Political Economy. Philosophy &amp; Social Criticism. Epub ahead of print 27 April.<\/li>\n\n\n\n<li>Dullien S, Gu\u00e9rot U (2012) The Long Shadow of Ordoliberalism: Germany\u2019s Approach to the Euro Crisis. ECFR Policy Brief 49: 1\u201315.<\/li>\n\n\n\n<li>Flood T (1977) Jurgen Habermas\u2019s Critique of Marxism. Science &amp; Society 41 (4): 448\u2013464.<\/li>\n\n\n\n<li>Foessel M (2015) Critique and Communication: Philosophy\u2019s Missions. Eurozine, 16 October. Available at: https:\/\/www.eurozine.com\/critique-and-communication-philosophys-missions\/ (accessed 13 May 2021).<\/li>\n\n\n\n<li>Foucault M (2009) Security, Territory, Population: Lectures at the Coll\u00e8ge De France, 1977-78 (ed. Senellart M). New York: Picador.<\/li>\n\n\n\n<li>Fraser N, Jaeggi R (2018) Capitalism: A Conversation (ed. B Milstein). London: Polity Press.<\/li>\n\n\n\n<li>Galbraith JK (2007) The New Industrial State. Princeton, NJ: Princeton University Press.<\/li>\n\n\n\n<li>Galbraith JK (2016) Welcome to the Poisoned Chalice: The Destruction of Greece and the Future of Europe. New Haven, CT: Yale University Press.<\/li>\n\n\n\n<li>Gehrke C, Kurz HD (1995) Karl Marx on Physiocracy. The European Journal of the History of Economic Thought 2 (1): 53\u201390.<\/li>\n\n\n\n<li>Habermas J (1970) Toward a Rational Society: Student Protest, Science, and Politics. Boston, MA: Beacon Press.<\/li>\n\n\n\n<li>Habermas J (1975) Legitimation Crisis. Boston, MA: Beacon Press.<\/li>\n\n\n\n<li>Habermas J (1984\/1987) The Theory of Communicative Action. Boston, MA: Beacon Press.<\/li>\n\n\n\n<li>Habermas J (1991a) A Reply. In: Honneth A, Joas H (eds) Communicative Action: Essays on J\u00fcrgen Habermas\u2019s Theory of Communicative Action. Cambridge, MA: MIT Press, pp.214\u2013264.<\/li>\n\n\n\n<li>Habermas J (1991b) What Does Socialism Mean Today? The Revolutions of Recuperation and the Need for New Thinking. In: Blackburn R (ed.) After the Fall: The Failure of Communism and the Future of Socialism. London: Verso, pp.25\u201346.<\/li>\n\n\n\n<li>Habermas J (1992a) Further Reflections on the Public Sphere. In: Calhoun CJ (ed.)<\/li>\n\n\n\n<li>Habermas and the Public Sphere. Cambridge, MA: MIT Press, pp.421\u2013461.<\/li>\n\n\n\n<li>Habermas J (1992b) Autonomy and Solidarity: Interviews. London: Verso.<\/li>\n\n\n\n<li>Habermas J (1996) Between Facts and Norms: Contributions to a Discourse Theory of Law and Democracy (Studies in Contemporary German Social Thought). Cambridge, MA: MIT Press.<\/li>\n\n\n\n<li>Habermas J (2001) The Postnational Constellation and the Future of Democracy. In:<\/li>\n\n\n\n<li>Habermas J (ed.) The Postnational Constellation: Political Essays. Cambridge, MA: MIT Press, pp.58\u2013112.<\/li>\n\n\n\n<li>Habermas J (2006) Euroskepticism, Market Europe, Or a Europe of (World) Citizens? In: Schott G, Habermas J (eds) Time of Transitions. Cambridge: Polity Press, pp.73\u201388.<\/li>\n\n\n\n<li>Habermas J (2009) Europe: The Faltering Project (trans. Cronin C). Cambridge: Polity Press.<\/li>\n\n\n\n<li>Habermas J (2010) Wir brauchen Europa! Die Zeit, 20 Mai. Available at: http:\/\/www.zeit.de\/2010\/21\/Europa-Habermas (accessed 29 June 2010).<\/li>\n\n\n\n<li>Habermas J (2012) The Crisis of the European Union: A Response. Cambridge: Polity Press.<\/li>\n\n\n\n<li>Habermas J (2013a) Demokratie oder Kapitalismus? Vom Elend der nationalstaatlichen Fragmentierung in einer kapitalistisch integrierten Weltgesellschaft.Bl\u00e4tter f\u00fcr deutsche und internationale Politik 58 (5): 59\u201370.<\/li>\n\n\n\n<li>Habermas J (2013b) Reply to My Critics. In: Calhoun CJ, Mendieta E, Vanantwerpen J (eds)<\/li>\n\n\n\n<li>Habermas and Religion. Cambridge: Polity Press, pp.347\u2013390.<\/li>\n\n\n\n<li>Habermas J (2014) Plea for a Constitutionalization of International Law. Philosophy &amp; Social Criticism 40 (1): 5\u201312.<\/li>\n\n\n\n<li>Habermas J, Henrich D (1974) Zwei Reden. Frankfurt am Main: Suhrkamp.<\/li>\n\n\n\n<li>Heller A (1982) Habermas and Marxism. In Thompson JB, Held D (eds) Habermas: Critical Debates. London: Macmillan Education UK, pp.21\u201341.<\/li>\n\n\n\n<li>Holmwood J (2009) From 1968 to 1951: How Habermas Transformed Marx into Parsons. In: Bhambra GK, Demir I (eds) 1968 in Retrospect: History, Theory, Alterity. London: Palgrave Macmillan UK, pp.59\u201372.<\/li>\n\n\n\n<li>Holton RJ (1987) The Idea of Crisis in Modern Society. The British Journal of Sociology 38 (4): 502\u2013520.<\/li>\n\n\n\n<li>Honneth A (2017) The Idea of Socialism: Towards a Renewal. London: Polity Press.<\/li>\n\n\n\n<li>Jaeggi R (2019) Moralisieren Ist \u00dcberfl\u00fcssig: Er Hat Die Kapitalismuskritik Verraten? Von Wegen! Die Zeit, 13 Juni, p.37.<\/li>\n\n\n\n<li>Jay M (1984) Marxism and Totality: The Adventures of a Concept from Luk\u00e1cs to Habermas. Berkeley, CA: University of California Press.<\/li>\n\n\n\n<li>J\u00fctten T (2013) Habermas and Markets. Constellations 20 (4): 587\u2013603.<\/li>\n\n\n\n<li>Keynes JM (2004) The End of Laissez Faire: The Economic Consequences of the Peace. Amherst, NY: Prometheus Books.<\/li>\n\n\n\n<li>Klein S (2020) The Power of Money: Critical Theory, Capitalism, and the Politics of Debt. Constellations 27 (1): 19\u201335.<\/li>\n\n\n\n<li>Koskenniemi M (2011) What Use for Sovereignty Today? Asian Journal of International Law 1: 61\u201370.<\/li>\n\n\n\n<li>Kreide R (2015) Democracy in Crisis: Why Political Philosophy Needs Social Theory. In: Celikates R, Kreide R, Wesche T (eds) Transformations of Democracy: Crisis, Protest and Legitimation. London: Rowman &amp; Littlefield, pp.37\u201364.<\/li>\n\n\n\n<li>Luhmann N (1982) The Differentiation of Society. New York: Columbia University Press.<\/li>\n\n\n\n<li>Luhmann N (1990) Essays on Self-reference. New York: Columbia University Press.<\/li>\n\n\n\n<li>Luk\u00e1cs G (1972) History and Class Consciousness: Studies in Marxist Dialectics. Cambridge, MA: MIT Press.<\/li>\n\n\n\n<li>McCarthy T (1985) Complexity and Democracy, Or the Seducements of Systems Theory. New German Critique 35: 27\u201353.<\/li>\n\n\n\n<li>McCarthy T (1991) Complexity and Democracy, Or the Seducements of Systems Theory. In: Honneth A, Joas H (eds) Communicative Action: Essays on J\u00fcrgen Habermas\u2019s Theory of Communicative Action. Cambridge, MA: MIT Press, pp.119\u2013139.<\/li>\n\n\n\n<li>Marcuse H (1972) The Foundation of Historical Materialism. In: Marcuse H (ed.) Studies in Critical Philosophy. Boston, MA: Beacon Press, pp.3\u201348.<\/li>\n\n\n\n<li>Marx K (1978) The Marx-Engels Reader (ed. RC Tucker), 2nd edn. New York: W.W. Norton &amp; Company.<\/li>\n\n\n\n<li>Naggar T (1977) Adam Smith\u2019s Laissez Faire. The American Economist 21 (2): 35\u201339.<\/li>\n\n\n\n<li>Pensky M (1995) Universalism and the Situated Critic. In White SK (ed.) The Cambridge Companion to Habermas. Cambridge: Cambridge University Press, pp.67\u201394.<\/li>\n\n\n\n<li>Pensky M (2013) Historical and Intellectual Contexts. In: Fultner B (ed.) J\u00fcrgen Habermas: Key Concepts. New York: Acumen Publishing, pp.13\u201332.<\/li>\n\n\n\n<li>Polanyi K (2001) The Great Transformation: The Political and Economic Origins of Our Time. Boston, MA: Beacon Press.<\/li>\n\n\n\n<li>Reich S, Lebow RN (2014) Good-bye Hegemony: Power and Influence in the Global System. Princeton, NJ: Princeton University Press.<\/li>\n\n\n\n<li>Rioux S, LeBaron G, Verov\u0161ek PJ (2020) Capitalism and Unfree Labor: A Review of Marxist Perspectives on Modern Slavery. Review of International Political Economy 27 (3): 709\u2013731.<\/li>\n\n\n\n<li>Robin C (2019) Uninstalling Hayek: Economics After Neoliberalism. Boston Review, Summer, 3 March. Available at: http:\/\/bostonreview.net\/forum\/economics-after-neoliberalism\/corey-robin-uninstalling-hayek (accessed 13 May 2021).<\/li>\n\n\n\n<li>Rockmore T (1979) Habermas and the Reconstruction of Historical Materialism. Journal of Value Inquiry 13 (1): 195\u2013206.<\/li>\n\n\n\n<li>Rockmore T (1987) Theory and Practice Again: Habermas on Historical Materialism. Philosophy &amp; Social Criticism 13 (3): 211\u2013225.<\/li>\n\n\n\n<li>Rockmore T (1989) Habermas on Historical Materialism. Bloomington, IN: Indiana University Press.<\/li>\n\n\n\n<li>Ryssdal K (2018) Panic, Fear and Regret. Marketplace, 13 March. Available at: https:\/\/features.marketplace.org\/bernanke-paulson-geithner\/ (accessed 14 March 2018).<\/li>\n\n\n\n<li>Sandel MJ (2013) What Money Can\u2019t Buy: The Moral Limits of Markets. New York: Farrar, Straus and Giroux.<\/li>\n\n\n\n<li>Shoikhedbrod I (2021) Revolution or Legality? Confronting the Spectre of Marx in Habermas\u2019s Legal Philosophy. Contemporary Political Theory 20 (1): 72\u201395.<\/li>\n\n\n\n<li>Sissenich B (2008) Postnational Rulemaking, Compliance, and Justification: The New Europe. Perspectives on Politics 6 (1): 143\u2013157.<\/li>\n\n\n\n<li>Smith AQ (1976) An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations. Chicago, IL: University of Chicago Press.<\/li>\n\n\n\n<li>Staats JL (2004) Habermas and Democratic Theory: The Threat to Democracy of Unchecked Corporate Power. Political Research Quarterly 57 (4): 585\u2013594.<\/li>\n\n\n\n<li>Streeck W (2013) Vom DM-Nationalismus zum Euro-Patriotismus? Eine Replik auf J\u00fcrgen Habermas. Bl\u00e4tter f\u00fcr deutsche und internationale Politik 58 (9): 75\u201392.<\/li>\n\n\n\n<li>Streeck W (2014) Buying Time: The Delayed Crisis of Democratic Capitalism (trans. P Camiller). London: Verso.<\/li>\n\n\n\n<li>Van der Pijl K (2002) Historical Materialism and the Emancipation of Labour. In: Rupert M, Smith H (eds) Historical Materialism and Globalization: Essays on Continuity and Change. London: Routledge, pp.129\u2013146.<\/li>\n\n\n\n<li>Van Middelaar L (2013) The Passage to Europe. New Haven, CT: Yale University Press.<\/li>\n\n\n\n<li>Verov\u0161ek PJ (2012) Meeting Principles and Lifeworlds Halfway: J\u00fcrgen Habermas on the Future of Europe. Political Studies 60 (2): 363\u2013380.<\/li>\n\n\n\n<li>Verov\u0161ek PJ (2014) Memory and the Euro-Crisis of Leadership: The Effects of Generational Change in Germany and the EU. Constellations 21 (2): 239\u2013248.<\/li>\n\n\n\n<li>Verov\u0161ek PJ (2017) The Immanent Potential of Economic Integration: A Critical Reading of the Eurozone Crisis. Perspectives on Politics 15 (2): 396\u2013410.<\/li>\n\n\n\n<li>Verov\u0161ek PJ (2020) Memory and the Future of Europe: Rupture and Integration in the Wake of Total War. Manchester: Manchester University Press.<\/li>\n\n\n\n<li>Verov\u0161ek PJ (2021) The Philosopher as Engaged Citizen: Habermas on the Role of the Public Intellectual in the Modern Democratic Public Sphere. European Journal of Social Theory. Epub ahead of print 24 March.<\/li>\n\n\n\n<li>Viner J (1927) Adam Smith and Laissez Faire. Journal of Political Economy 35 (2): 198\u2013232.<\/li>\n\n\n\n<li>Viner J (1960) The Intellectual History of Laissez Faire. The Journal of Law &amp; Economics 3: 45\u201369.<\/li>\n\n\n\n<li>Weber M (1985) The Protestant Ethic and the Spirit of Capitalism. Counterpoint (trans. Parsons T). London: Unwin Paperbacks.<\/li>\n\n\n\n<li>Weiler JHH (1999) The Constitution of Europe: \u201cDo the New Clothes Have an Emperor?\u201d and Other Essays on European Integration. Cambridge: Cambridge University Press.<\/li>\n\n\n\n<li>Yos R (2019) Der junge Habermas: Eine ideengeschichtliche Untersuchung sienes fr\u00fchen Denkens, 1952\u201362. Berlin: Suhrkamp.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size wp-block-paragraph\">Les&nbsp;<a href=\"https:\/\/1drv.ms\/x\/c\/52b2e58f9a01f490\/IQApkc2vwYtfTpsZ-j248N0MAUKIOl08sRQqs_6JWIhCmM4?e=Ujie1P\">traductions de 2026<\/a>&nbsp;(.xlsx) \u2013&nbsp;<a href=\"https:\/\/1drv.ms\/x\/c\/52b2e58f9a01f490\/IQBehw9hF4P9T6ZQKSS_BLgvAZYlVs7_rkII-hENtJn7ZXo?e=5JaTMu\">celles de 2025<\/a>&nbsp;\u2013 par&nbsp;<em>Gilles en vrac<\/em><br>Les<strong>&nbsp;caract\u00e8res gras<\/strong>&nbsp;dans le texte sont de Gilles.<br>Pour vous recevoir un courriel&nbsp;<a href=\"mailto:gilles@gillesenvrac.ca?subject=Trad_hebdo\">hebdomadaire<\/a>&nbsp;vers mes traductions.<\/p>\n<h3 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes <\/h3><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li id=\"footnote-00000000000008570000000000000000_9686-1\"><span>1<\/span><div>Bien que le \u00ab pouvoir \u00bb de l&rsquo;administration moderne soit \u00e9galement important, je ne l&rsquo;aborde pas ici, faute de place et parce qu&rsquo;il n&rsquo;est pas au c\u0153ur de cet argument. <a href=\"#mfn-content-00000000000008570000000000000000_9686-1\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 1 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000008570000000000000000_9686-2\"><span>2<\/span><div>Pour en savoir plus sur le rapport entre Habermas et le marxisme, voir, par exemple, Flood (1977 : 448\u2013464), Rockmore (1979, 1989 : 195\u2013206), Heller (1982), Jay (1984 : 462\u2013509), Anievas (2010), Holmwood (2009 : 148\u2013151) et Yos (2019). <a href=\"#mfn-content-00000000000008570000000000000000_9686-2\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 2 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Traduction de l&rsquo;article Taking Back Control over Markets: J\u00fcrgen Habermas on the Colonization of Politics by Economics par Peter J Verov\u0161ek. Publi\u00e9 le 9 juin 2021 dans la revue Political Studies. (10 220 mots) \u00c0 noter que j&rsquo;ai demand\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0Claude\u00a0\u00bb (Anthropic) de r\u00e9sumer en 1000 mots le pr\u00e9sent texte. R\u00e9sum\u00e9Les \u00e9v\u00e9nements r\u00e9cents ont mis &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/controle-des-marches-habermas\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Reprendre le contr\u00f4le des march\u00e9s : J\u00fcrgen Habermas sur la colonisation de la politique par l&rsquo;\u00e9conomie&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-9686","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack-related-posts":[{"id":9746,"url":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/resume-par-claude\/","url_meta":{"origin":9686,"position":0},"title":"R\u00e9sum\u00e9 par Claude","author":"Gilles Beauchamp","date":"25 mars 2026","format":false,"excerpt":"Voici un r\u00e9sum\u00e9 d\u2019environ 1 000 mots de cet article de Peter J. Verov\u0161ek, traduit en fran\u00e7ais sur le blogue Gilles en vrac. https:\/\/www.gillesenvrac.ca\/carnet\/controle-des-marches-habermas\/ Reprendre le contr\u00f4le des march\u00e9s : Habermas contre la colonisation de la politique par l\u2019\u00e9conomie Contexte et th\u00e8se centrale Cet article, publi\u00e9 en 2021 dans la\u2026","rel":"","context":"Article similaire","block_context":{"text":"Article similaire","link":""},"img":{"alt_text":"","src":"","width":0,"height":0},"classes":[]},{"id":9755,"url":"https:\/\/gillesenvrac.ca\/carnet\/heritage-jurgen-habermas\/","url_meta":{"origin":9686,"position":1},"title":"L&rsquo;h\u00e9ritage de J\u00fcrgen Habermas","author":"Gilles Beauchamp","date":"26 mars 2026","format":false,"excerpt":"Benhabib, Bosetti, Habermas, Schwering Traduction de The Legacy of J\u00fcrgen HabermasURL acc\u00e9d\u00e9 le 26 mars 2026, non dat\u00e9, sur ResetDOC. Les march\u00e9s mondiaux s\u2019\u00e9tendent, les soci\u00e9t\u00e9s se fragmentent et la d\u00e9mocratie risque de se vider de sa substance. 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