deux webinaires, deux comités, deux documents

Deux ajouts de fin de semaine :

L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) lance une nouvelle collection, Question de santé publique — Comprendre pour agir, afin de promouvoir une culture de santé publique et de prévention au Québec.

Première politique gouvernementale sur les soins et services de première ligne – Une approche qui mise sur des équipes multidisciplinaires et un accès facilité, notamment par les CLSC Communiqué du ministère.

La politique : La politique gouvernementale sur les soins et services de première ligne (pdf)


Une semaine qui fut occupée


médiations sociales et culturelles

Jeudi je me suis demandé si dans nos visées de médiation sociale par la culture dans les efforts collectifs de développement des communautés, on ne profiterait pas d’une approche, ou d’une boîte à outils mésoéconomique. J’avais l’impression qu’on évitait de saisir la dimension infrastructure, économique des enjeux en se concentrant sur les aspects socio-culturels des histoires, mais on m’a corrigé en soulignant que dans les travaux jusqu’ici réalisés (notamment du projet des Récits régionaux) la relation aux dimensions économique était toujours importante, sinon centrale. Ce qui pourrait rendre la, les lunettes de la mésoéconomie encore plus utiles. Je dis lunettes pour re-nommer les ‘canaux’ de définition des projets/objets d’étude : nature, futurité, concurrence/produit, travail auxquels certains ajoutent la gouvernance comme cinquième angle d’examen, de différenciation.

Mais qu’est-ce qu’on ferait de ces multiples grilles de lecture des réalités complexes que sont les processus régionaux (ou localisés) de développement (humain ? soutenable ?). Du data de plus pour alimenter la machine ? On peut se le demander. À moins que ces lectures superposées ou croisées ne nous permettent de mieux saisir la complexité des motivations des acteurs et actants ?

Mais pourquoi appliquer l’approche méso à l’économie sociale ? Parce que cette approche ne s’applique pas à l’économie tout court ? Que c’est une approche permettant de situer l’économie dans son écosystème, dans la société et la nature qui l’incluent ? Mais si on se concentre sur l’ÉS au moment de faire connaître la méso, ne risque-t-on pas de nuire à l’adoption-diffusion de cette « boîte à outils » pour la (transition) transformation ? Les secteurs ayant fait l’objet d’analyse mésoéconomique dans le livre (Méso-économie : penser la pluralité des dynamiques économiques ne sont pas tous d’économie sociale. Pour sa part le numéro que la revue Intervention économique consacre à la méso est centré sur l’ÉS : L’approche méso de l’économie sociale et solidaire : vers un nouveau paradigme ?


Surveiller les flux

Pendant la discussion avec les « veilleurs et veilleuses », mercredi matin, je soulignais que certains agrégateurs de fils RSS permettaient d’intégrer les abonnements à des lettres (newsletters). Puis je me suis demandé pourquoi je n’utilise pas cette fonctionnalité ?

Parce que m’abonner à une lettre en passant par un agrégateur, ce n’est plus moi qui suis abonné mais une adresse fictive créée par le logiciel. Et puis je trouve l’interface de mon lecteur de courriels plus simple, j’y suis habitué… aussi c’est simple de me désabonner. Je me suis créé une adresse spécifique pour mes abonnements… et ainsi je peux les lire dans une boite-courriel réservée aux newsletters et abonnements Substack.

Il faudra qu’on aborde la gestion des stocks et pas seulement des flux… comment, quand conserve-t-on des éléments ? Quels traitements des items ? Rediffusion vers autres flux… stockage dans des dossiers, des carnets, des bases de connaissances ?


Une IA pure jus québécois

Le webinaire de vendredi, organisé dans le cadre de l’IID (Institut intelligence et données) de l’Université Laval, avec Jean-Baptiste Martinoli aurait été meilleur avec une prise de son de qualité (un écho persistent rendait l’audition difficile) et si le « chat » dans l’interface Zoom avait été ouvert tel que promis. La question que j’aurais posée à M. Martinoli : votre entreprise est privée, c’est à dire qu’elle pourrait être vendue à d’autres intérêts privés (canadiens, américains ou européens…) réduisant à néant sa contribution à la souveraineté numérique qui est une qualité mise de l’avant aujourd’hui par vos compagnies. Peut-on se prémunir contre une telle possibilité ?

Il m’a semblé que l’essentiel du travail réalisé par Matania (et GoIA, ProductivIA) tourne autour d’une utilisation locale (québécoise) de l’IA, dans une interface multi-IA mettant en compétition plusieurs moteurs d’IA afin de se prémunir des biais que ces entités ont nécessairement. L’utilisation de l’IA pour développer du code (et des applications) grâce à une application pour développer des applications : La fabrique. La capacité de produire des vidéos et podcasts sur des sujets éducatifs (une série sur l’histoire de la planète et de l’humanité…) traduits en 18 (?) langues… Les applications sur sys.quebec : mail, agrégateur, réseau social, production vidéo, production de texte accessibles une fois que vous avez donné une adresse courriel valide, à laquelle est envoyé un code de connexion.


Effet positif de ChatGPT sur l’apprentissage des étudiants ? Oui, mais…

« L’impact de ChatGPT sur les résultats scolaires des élèves : les résultats ont montré que ChatGPT avait un effet modérément positif »

ChatGPT’s impact on student learning outcomes : The results indicated a moderately positive effect of ChatGPT on student learning outcomes (g = 0.670), significantly enhancing both cognitive and non-cognitive skills.

https://www.nature.com/articles/s41599-026-07019-z

Mais…

Il semble avoir un effet délétère sur les comportements prosociaux, en gratifiant les attitudes nocives, générant de la dépendance.

Sycophantic AI decreases prosocial intentions and promotes dependence

Traduction : Une IA flagorneuse réduit les intentions prosociales et favorise la dépendance.

Voir aussi et même d’abord sur cette même recherche : À la défense des tensions sociales :

Le bien-être humain dépend de la capacité à naviguer dans le monde social, une compétence acquise principalement par le biais d’interactions avec les autres. Cet apprentissage social repose sur un retour d’information fiable : reconnaître quand nous nous trompons, quand un préjudice a été causé et quand les points de vue des autres méritent d’être pris en considération.


Habermas, garçon de café ?

J’ai voulu ce titre provocateur parce que je suis un peu fâché du traitement que l’ami Patrick Tanguay a fait subir (dans son dernier Sentiers) à ce philosophe. Non pas que j’en aie contre les garçons de café, c’est un métier que j’ai pratiqué plusieurs années. 

Réduire Habermas à une intuition, une image (les discussions dans les bistrots) utilisée dans ses premiers écrits (L’espace public), comme si le vieux était resté accroché aux médias anciens… Alors que ce philosophe s’est démarqué par sa participation à l’espace public, on le dit souvent « intellectuel public ». 

Je me suis souvenu de la discussion entre Habermas et Streeck sur l’avenir de l’Europe que j’ai cité dans mon carnet en… 2015, le 18 février. Dans 40 ans de gestion de crise, je commente le livre de Streeck, paru en 2014 : Du temps acheté – La crise sans cesse ajournée du capitalisme démocratique. Dans la postface de la version française de son livre il y a une réponse à Habermas. À l’époque (2015) j’avais cherché l’article auquel répondait Streeck, mais n’avais trouvé qu’une version en allemand, aujourd’hui derrière le « paywall » du journal. En 2026 j’ai trouvé une version italienne réalisée en 2014, que j’ai pu traduire en français : Habermas : je vais vous expliquer pourquoi la gauche anti-européenne a tort. Le débat était résumé dans une revue italienne à l’époque : Le débat entre Habermas et Streeck sur la gauche et l’avenir de l’Europe

Aujourd’hui, Habermas est mort, et je suis triste parce qu’il ne pourra produire le troisième tome de sa démarche articulant philosophie et religion (Une histoire de la philosophie I et II). Sur la page L’héritage de Jürgen Habermas, neuf articles sont listés décrivant son parcours, dont le quatrième que j’ai traduit : Une société « post-séculière » : qu’est-ce que cela signifie ? Une conférence donnée à Istambul en juin 2008. J’ai bien l’intention de lire cet article. 

Je n’ai pas fini d’étudier Habermas. À l’heure où nous avons une obligation de plus en plus urgente de concerter des efforts internationaux pour faire contrepoids au capital international, afin de sauver la planète, les démocraties, les cultures, le dialogue des civilisations… une telle étude ne me semble pas inutile.

Une histoire de la philo -I et II et Du temps acheté

Les Norvégiens frappent !

Le Conseil norvégien des consommateurs (Forbrukerrådet) publiait récemment une courte (et drôle) vidéo sur l’emmerdification (enshittification), ainsi qu’un rapport élaboré (100 pages) Breaking free – pathways to a fair technological future : pdf version anglaise

Une page en anglais de leur site présentant ces outils : Digital products and services are getting worse – but the trend can be reversed

J’ai traduit avec DeepL la brochure Breaking free (pdf en français) : Se libérer Vers un avenir technologique équitable

médias, infrastructures, entreprises en perdition

Propriété des médias

Deux articles fouillés sur la question de la propriété des médias et la domination des grands du numérique non seulement en tant que propriétaires (de plus en plus) mais comme forces dominantes de l’environnement dans lequel évoluent les médias. Propriété médiatique : cartographie du domaine et perspectives d’avenir à l’ère numérique (2024, 6000 mots) et Déconstruire la propriété : médias, propriété et pouvoir en pleine mutation (2025, résumé et pdf de 26 pages).

Nous soutenons donc que l’influence des géants de la technologie sur la création de valeur et les environnements informationnels des médias d’information nécessite des analyses des processus de captation qui doivent aller au-delà d’une simple focalisation sur les influences potentielles de la propriété et du financement. (…) C’est plutôt l’espace de communication entre et autour de tous les acteurs participant à la sphère publique qui est soumis à la logique des géants de la technologie. (…)

Ce concept [capture de l’environnement médiatique] implique en outre que les politiques médiatiques progressistes doivent aller au-delà de la simple prise en compte des acteurs individuels de la sphère publique. (…) En ce sens, la mainmise sur l’environnement médiatique renforce les appels en faveur d’un « socialisme des plateformes », d’un « coopérativisme des plateformes » ou d’un « Internet de service public ».

Déconstruire…

Une question pour la recherche future est donc de savoir quelles conséquences la monopolisation intellectuelle dans l’industrie des médias élargie a sur la constitution démocratique de la sphère publique et quelles implications ont ici les différents équivalents fonctionnels et pratiques identifiés de la propriété privée capitaliste (dans les médias). En outre, la recherche sur les effets d’un contrepoids ou de la mise à l’échelle de plateformes de service public sous propriété publique ou coopérative devrait être intensifiée.

Propriété médiatique…

Infrastructures post-croissance

Une référence de The Syllabus, Toward post-growth infrastructure: Features, logics, strategies par Elisa Schramm et Federico Savini (Vers des infrastructures post-croissance : caractéristiques, logiques, stratégies – 11 200 mots) développe trois stratégies : d’appropriation, de reconstruction et de maintenance (entretien, gestion) des infrastructures qui seront nécessaires dans une société post-croissance plus sobre. Ces infrastructures post-croissance sont définies par trois caractéristiques : elles répondent à des besoins situés, limitent la consommation matérielle et permettent des formes de résistance à l’emprise capitaliste. En identifiant trois mécanismes clés par lesquels l’infrastructure façonne les pratiques sociales (la coercition, la séduction et la suggestibilité) les auteurs suggèrent que les infrastructures post-croissances devront aussi faire jouer de tels mécanismes.

Je retiens l’importance de favoriser l’interaction entre les partenaires et acteurs de la post-croissance, qui sont encore en minorité et qui ont besoin de ces moments pour renforcer les résistances aux pressions capitalistes et encourager, faire connaître les initiatives de réappropriation, de réorientation ou de maintenance d’infrastructures post-croissance. Un discours universitaire bardé de références (111) mais qui a le mérite de débusquer les conceptions superficielles ou idéalistes de l’infrastructure nécessaire à la vie commune. Les infrastructures ne sont pas simplement des machines qu’il s’agit de démenteler ou d’en réduire le débit… ce sont des rapports sociaux, des pratiques sociales. Un texte promouvant de nouveaux objets de recherche. Ça m’a rappelé la mésoéconomie comme méthodologie d’approche de situations concrètes, régionales ou locales, mobilisant entreprises, réseaux, écologies et communautés.

Conquérir les infrastructures en place en tenant compte des habitudes, de l’esthétique ambiante tout en sachant contenir, contrer les efforts de privatisation et de récupération du capital à l’endroit des nouvelles infrastructures. Un texte qui pourrait nous inspirer dans nos efforts de développement d’alternatives aux médias sociaux capitalistes.

Incidemment, je me demandais ce que signifait ce titre de la revue qui publiait ce texte : Environment and Planning F. En fait il s’agit de la 6e revue « Environment and Planning », portant sur la philosophie, les modèles, méthodes et pratiques les autres (de A à E) portant sur Économie et espace, Urbanisme, Politique, Société, Nature et espace…


Entreprises écervelées

Howard Yu (One Inch Ahead) : « Lorsque la technologie déçoit, lorsque les gains d’efficacité promis ne se concrétisent pas, lorsque la fidélité des clients s’évapore, et lorsqu’il ne reste plus personne sur le terrain qui comprenne réellement l’activité, Wall Street ne sauvera pas ces entreprises. [Elles] périssent à cause de la disruption de l’IA parce que leurs dirigeants ont déjà perdu la tête, oubliant que les affaires ont toujours été(…) fondamentalement humaine. »
Comment les entreprises perdent la tête — De Circuit City aux licenciements liés à l’IA en 2026.

Yu donne des exemples éclairants de décisions (ou absence de décision) qui signent la faillite d’entreprises parce qu’elles ne voyaient pas plus loin que les résultats boursiers du prochain trimestre… On se précipite pour « ne pas être le dernier »…


Habermas, R.I.P.

Le décès du grand philosophe m’a ramené en mémoire l’intense travail réalisé au cours de l’été 2025 que j’ai tenté de résumer en août de la même année dans Chroniques habermassiennes. Pour sauter par dessus la liste pêle-mêle des articles lus : Que conclure ?

La parution de ses deux tomes sur la Théorie de l’agir communicationnel, en 1987, a été pour moi, comme pour beaucoup d’étudiants de cette période, une ancre dans un monde ballotté depuis la (quasi)disparition de l’orthodoxie marxiste [ou la victoire du néolibéralisme ?].

Trop de confiance dans la puissance de la raison et de l’argumentation, diront certains. Ou encore pas assez d’ancrage dans ce « monde vécu » dominé, « colonisé par les forces du pouvoir et de l’argent », qui existe en dehors des arènes communicationnelles, c’était un peu ma réserve, difficile à exprimer clairement après une seule lecture de sa Théorie de l’agir.

Une fois terminée ma maîtrise en sociologie (1991)1Entre l’institution et la communauté, des transactions aux frontières – mémoire socio (112p.), je ne suis pas revenu à ce texte de Habermas mais j’ai souvent rencontré et parfois référé à ses écrits sur les questions d’éthique de la discussion… mais surtout, depuis l’arrivée d’Internet, à propos de ce nouvel « espace public ». En octobre 2005 je note dans féodalisation de l’espace public que Al Gore citait Habermas, ce qui m’amène le lendemain, dans Habermas et l’Internet comme espace public, à pousser plus loin en m’appuyant sur un article publié quelques jours plus tôt, en septembre 2005, dans la revue First Monday : L’héritage d’Habermas : l’avenir de l’espace public dans une société en réseaux (ma traduction faite en 2025).

On pouvait encore en 2005 croire aux rêves émancipateurs des débuts d’Internet :

« Si l’utilisation de l’Internet s’étend aux groupes à revenus moyens, aux groupes à faibles revenus et aux femmes, elle pourrait encore offrir une réelle opportunité pour une plus grande participation, une communication démocratique et une véritable revitalisation de la sphère publique. » Alinta Thornton dit cela, en 1996. [Citation tirée de Chroniques habermassiennes]

Entre 1991 et 2005 j’ai été mobilisé autour-sur la question de l’économie sociale et l’expérimentation de formules de soutien public à cette frange essentielle de l’économie, surtout dans une période de crise et de chômage élevé prolongé… Une période où l’intervention publique dans l’économie est freinée par le recul de la taxation ( en conformité avec le dogme néolibéral) et les résistances aux bureaucraties développées à la faveur de la croissance rapide de l’après-guerre. Économie sociale, autonomie communautaire c’était d’abord d’autres manières de répondre aux besoins que par la construction d’édifices coûteux, rigides, autoritaires et arbitraires parce que peu sensibles à l’évolution des besoins de leurs clientèles.

Trouver moyen que se parlent les différents acteurs, qu’ils soient institutionnels, communautaires, commerciaux, familiaux… était toujours à l’ordre du jour.

En 2005 — 2008, j’étais moi-aussi promoteur d’une telle conception horizontale de l’Internet. À travers les forums et blogues installés pour le réseau des organisateurs (RQIIAC) communautaire dont j’étais le webmestre. Mais la réponse était toujours plutôt (très) timide. Contrairement à mon intuition qui me disait que les organisateurs et organisatrices qui sont des « animateurs, agents de liaison, passeurs » cela devrait les porter à « prendre le micro » ou à utiliser illico ces nouveaux cannaux de communication pour rallier, réunir les forces et intentions de la communauté ? Pour faciliter les échanges entre pairs et construire la société alternative ? Mais peine perdue, enfin jusqu’à ce qu’arrive FaceBook et Twitter, c’est à dire les téléphones intelligents et abordables.


Le concept d’espace public (ou de sphère publique, en anglais et allemand), qui avait lancé la carrière de Habermas, était encore au coeur de la vingtaine d’articles traduits au cours de l’été 2025. Le point de vue du philosophe a évolué avec la nature des médias.

En 1962 Habermas était plutôt pessimiste (comme il l’avoue dans sa préface de 1992) devant la commercialisation des mass-médias, qui effaçait la dimension critique de l’espace public; en 1991, il était optimiste, devant le potentiel de communication critique ouvert par les médias numériques. En 2023, dans sa contribution Réflexions et hypothèses sur un nouveau changement structurel de l’espace public politique, il considère le danger des « fake news » : « aucun enfant ne pourrait grandir sans développer des symptômes cliniques ». [Chroniques…]

La vérité et l’accord sur les procédures de validation. Ou la confiance construite dans l’action, la complicité vécue… qui doivent s’articuler aux objectifs et procédures d’évaluation développés dans les espaces publics d’appartenance des sujets démocratiques. La transformation des auditeurs-spectateurs des anciens médias en « réactants » des nouveaux médias interactifs a donné naissance à un réseau, une culture d’influenceurs qui se sont développés hors les murs des institutions traditionnelles (universités et mass médias). Certains pour y revenir à titre de « blogueur invité » ou commentateur-maison.

Les critères de vérité se sont échappés. Le diable est aux vaches et dans les détails des nouveaux espaces semi-publics (Nancy Fraser) qui doivent tricoter-détricoter-retricoter leurs liens entre eux et avec les espaces publics institutionnels. Cela demande des efforts de transcription et de traduction de réalités qui sont peu comparables ni comptabilisables entre les mondes institutionnels-professionnels-bureaucratiques et les mondes vécus des clientèles-familles-communautés.


Les glaces de l’ancien système sont près de la débâcle. À moins que ce soit les plaques tectoniques qui s’excitent… le chambardement sera plus important si c’est le cas. Les politiques du laisser-faire et de renforcement monopolistique appliquées aux domaines numériques ont conduit à une situation oligopolistique (les sept magnifiques) où règne un petit nombre d’entreprises puissantes financièrement et politiquement. La machine financière des technologies numériques nourrit celle des campagnes politiques dont les élus continueront à laisser toute liberté aux géants de la tech. Incidemment je trouve cet article de 2021 qui résume bien les débats entourant la position de Habermas sur la question du contrôle de l’économie mondialisée : Reprendre le contrôle des marchés : Jürgen Habermas sur la colonisation de la politique par l’économie.

Les centaines de milliards qui sont investis dans la chasse à l’IA générique, ou l’IA de demain… ce sont des ressources qui devraient plutôt servir à développer le mix d’énergie-activités pour le monde plus sobre qui nous attend demain. Le laisser faire a permis l’accumulation de cette fortune entre les mains d’une poignée d’hommes alors que les responsabilités collectives s’enfonçaient dans la dette… il faut revenir à plus d’équilibre entre l’enrichissement individuel et le bien commun. Un plan de redressement vers l’équité pourrait comprendre une première phase d’engagement volontaire des possédants.

Un impôt sur la fortune, exceptionnel mais nécessaire pour affronter la transformation écologique et économique devenue inévitable.

Notes

lectures du dimanche

Steve Hanley (Notre façon de concevoir l’énergie est irrationnelle. C’est un problème) me rapelle le rapport publié récemment par Ember concernant la comptabilité énergétique qui favorise le gaspillage, en valorisant de même façon les kilojoules bruts, qu’ils viennent du charbon ou d’un panneau solaire.

Le plus gros de l’énergie en provenance des fossiles (charbon, pétrole, gaz) part en fumée ou en chaleur inutilisable.

L’article de Hanley est assez court (2000 mots) et très pédagogique, mais si vous préféréz une version vidéo (12 minutes) sur le même sujet, dans un anglais clair et articulé :


glace lumineuse

Dans une même veine scientifique je me promet de lire cet article tiré de la dernière livraison hebdomadaire de la revue Science, que je viens de traduire Témoin de glace (2900 mots) qui tire de carottes glaciaires forées en Alaska des connaissances nouvelles sur une longue, la plus longue période interglaciaire.


Dans une revue sur le site de Nature1Incidemment plusieurs articles sont en accès libre, Humanities and Social Sciences Communications : La technologie ne suffit pas : repenser les politiques relatives aux marchés informels de l’eau souterraine dans un contexte de changement climatique (3700 mots) . Comment l’utilisation de nouvelles technologies (pompes alimentées par panneau solaire et réseaux numériques…) permet aux pays du Sud de s’adapter aux conditions changeante du climat, mais pourrait aussi accélérer la déplétion des ressources aquifères. [réf. The Syllabus]


beaucoup de mots pour peu de sens

Un article du G&M : Nous avons plus de contenu que jamais. Pourquoi n’arrivons-nous pas à y prêter attention ? (1700 mots) ma traduction, mais avec un lien-cadeau vers l’original) par un prof de philo de l’Université de Toronto. Il s’écoute un peu trop parler (se regarde écrire ?) mais quelques chiffres et sa réflexion de fond sont intéressants. Notamment sur la question de l’attention… que l’on mesure et triture sans trop savoir ce qu’elle est. [Une référence de Sebastien Provencher, blogueur de la première heure]

Dans le même ordre d’idées cet article de 2024, par Tim O’Reilly, Ilan Strauss et Mariana Mazzucato : Rentes algorithmiques d’attention (12 700 mots) développe le pouvoir des grandes plateformes qui monétisent notre attention. Une conscience qui amenait Daron Acemoglu et Simon Johnson à demander urgemment que la publicité numérique soit fortement taxée : 50% au delà des premiers 500M$ (The Urgent Need to Tax Digital Advertizing – pdf 8 pages). Ce qui représenterait beaucoup d’argent pour nos gouvernements appauvris quand les profits se chiffrent en centaines de milliards !

Ce même Acemoglu2lauréat du prix Nobel d’économie 2024 et professeur titulaire de la chaire d’économie au MIT, réalisait une entrevue avec Michael J. Sandel3lauréat 2025 du Prix Berggruen pour la philosophie et la culture, est professeur de sciences politiques à l’université Harvard le 6 mars : Reprendre la démocratie aux mains du marché (5800 mots). La version originale sur Project Syndicate. L’entrevue d’une heure vingt sur YouTube :

Une discussion intéressante (suivant l’article, je n’ai pas écouté la vidéo) qui souligne la disparition de l’espace commun, de la culture commune au profit d’une liberté de consommer… Mais les perspectives concrètes visant à « reprendre aux capital-risqueurs de la Silicon Valley le pouvoir de décider à quoi sert la technologie » sont minces.

Sur ce thème des superpouvoirs accumulés par les « sept magnifiques » l’article de Jessica Burbank me semble plus prometteur (je ne l’ai pas encore lu mais je l’ai traduit) : Les syndicats du capital (4000 mots). Une référence de la lettre dominicale de Patrick Tanguay, Sentiers.


À propos de l’IA

Le même numéro de Sentiers cite un article qui identifie trois types de savoirs :

Kevin Kelly explore ici ce qu’il considère comme trois modes de cognition distincts (Three Modes of Cognition) qui, ensemble, pourraient constituer l’intelligence. Le premier, le raisonnement par la connaissance, est le domaine dans lequel les grands modèles linguistiques actuels excellent : cette « super-intelligence » qui découle de l’assimilation de tous les livres et messages jamais écrits, voilà ce qui constitue l’essentiel des grands modèles linguistiques d’aujourd’hui. Le deuxième, la perception du monde, relève de l’intelligence spatiale : une compréhension du comportement des objets dans l’espace physique, intégrant la gravité, la continuité et le bon sens concernant la réalité physique. Il s’agit ici de modèles du monde et de robotique, un domaine en plein essor. Le troisième, l’apprentissage continu, est la capacité à s’améliorer progressivement à partir de l’expérience quotidienne et des erreurs — ce que les humains font constamment, mais dont les IA actuelles sont totalement dépourvues. Hormis les systèmes de mémoire et l’utilisation des données utilisateur pour les phases ultérieures de l’entraînement des modèles, le concept d’apprentissage continu n’est pas encore vraiment mis en pratique.
(ma traduction)

Ce qui peut mettre un peu de sourdine aux appels catastrophistes…

Mais ça n’empêchera pas beaucoup de prosélytes de l’IA de vouloir l’utiliser à toutes les sauces… y compris pour « renforcer la démocratie ». Utiliser les grands modèles de langage pour renforcer la démocratie (26 pages-pdf) fait le tour de telles initiatives pour conclure que

[L]e bilan est mitigé. En présence d’inégalités de fond en matière de pouvoir et de ressources, ainsi que de profonds désaccords moraux et politiques, nous ne devrions pas utiliser les LLM pour automatiser des composantes du processus démocratique qui n’ont pas de valeur instrumentale, ni être tentés de supplanter les procédures décisionnelles équitables et transparentes qui sont pratiquement nécessaires pour concilier des intérêts et des valeurs concurrents.

Les auteurs Seth Lazar et Lorenzo Manuali ajoutent cependant que l’IA peut être utile aux « commettants » afin de mieux suivre et demander des comptes à leurs représentants.

Toute cette « folie de l’IA »… c’est ben fatiguant ! La fatigue liée à l’IA est bien réelle, mais personne n’en parle (4500 mots).


En provenance de l’Écosse, de bonnes nouvelles ?

Dans L’Écosse montre la voie vers une nouvelle économie (956 mots), Neil Mclnroy nous précente une nouvelle loi récemment adoptée par le parlement écossais, la Community Wealth Building Act. Des outils pour soutenir le développement économique communautaire qui pourraient nous inspirer ici, non ? [en provenance de la lettre Substack de Project-Syndicate, tout comme l’entrevue de Acemoglu]

Une vidéo de sept minutes avec ce McInroy, avec un bel accent écossais !


Bon dimanche !

Notes

  • 1
    Incidemment plusieurs articles sont en accès libre
  • 2
    lauréat du prix Nobel d’économie 2024 et professeur titulaire de la chaire d’économie au MIT
  • 3
    lauréat 2025 du Prix Berggruen pour la philosophie et la culture, est professeur de sciences politiques à l’université Harvard

le Québec est plus heureux, pourquoi ?

Un article (ma traduction) Du PIB à quoi ? L’appel à changer la façon dont les pays mesurent le bien-être met en valeur deux pays qui ont fait des efforts pour mesurer autrement qu’avec le PIB l’évolution de la qualité de vie : la Nouvelle Zélande et… le Canada.

Depuis quelques années Statistique Canada rassemble des données sur un Carrefour de la qualité de vie autour d’un Cadre pour la qualité de la vie illustré ainsi :

Sans avoir fait le tour de cette mine d’information, j’ai tout de même jeté un coup d’oeil sur certains tableaux, dont celui de La satisfaction à l’égard de la vie selon le genre et la province. À la question « Sur une échelle de 0 à 10, où 0 correspond à “Très insatisfait” et 10 à “Très satisfait”, quel sentiment éprouvez-vous présentement par rapport à votre vie en général? » 46,1% des Canadiens ont répondu 8,9 ou 10 alors que 57,3% des Québécois ont montré un tel niveau de satisfaction. L’Alberta, avec 38,1% s’avère la province la moins satisfaite.

Des résultats similaires sur la question du « sens de la vie ». À la question « Sur une échelle de 0 à 10, où 0 correspond à “Pas du tout” et 10 à “Entièrement”, dans quelle mesure pensez-vous que les choses que vous faites dans votre vie sont utiles? » 55,7% des Canadiens répondent 8,9 ou 10 alors que les Québecois sont à 63,7%. Avec l’Île-du-Prince-Édouard (64,1%) et le Nouveau-Brunswick (63%) ils montrent les plus hauts scores. Encore là, l’Alberta est au plus bas, avec 49,7% suivie de l’Ontario à 52,3%.

Le tableau Confiance à l’égard des institutions, selon le genre et la province présente les réponses à la question : « Sur une échelle de 1 à 5 où 1 signifie “Aucune confiance” et 5 signifie “Une grande confiance”, dans quelle mesure faites-vous confiance aux institutions suivantes (le service de police, le système judiciaire et les tribunaux, le système scolaire, le Parlement fédéral, les médias canadiens) ? ». J’ai extrait du tableau général les % de réponses cotées 4 ou 5 pour quelques provinces et le Canada. Là encore le Québec se démarque avec un plus haut niveau de confiance envers les institutions, et l’Alberta un plus bas.

Extrait du Tableau 45-10-0073-01  Confiance à l’égard des institutions, selon le genre et la province, StatCan

Je note que c’est au regard de l’institution scolaire que le « supplément de confiance » québécois est à son plus bas.

Pour ce qui est de la confiance à l’égard des autres, j’ai extrait le tableau suivant :

Extrait du tableau  Tableau 45-10-0075-01  Confiance à l’égard des autres, selon le genre et la province, StaCan

Si les Québécois sont un peu plus portés que les Canadiens à être « jamais trop prudents dans nos relations avec les gens », cela ne se reflète pas sur la confiance qu’ils démontrent à l’égard de gens d’autres langues ou religion.


Je vous laisse plonger vous-même dans les données présentées. Voir la liste des tableaux (« Annexe B ») à la fin de cette page.

On pourra se reparler, pour tenter de répondre à deux questions : Pourquoi les Québecois sont-ils (semblent-ils) plus heureux, plus confiants sur beaucoup de critères ? Est-ce que c’est important ? Cela a-t-il des conséquences sur la santé ? sur les comportements ?


P.S. J’ai voulu expérimenter « Claude », le compétiteur de ChatGPT, en lui posant la question… Voici la réponse qu’il m’a donnée. C’est pas mal ce que j’aurais dit 😉

La première victime de la guerre est la vérité.

Je ne sais plus qui a dit ça, mais c’est probablement encore plus vrai à l’ère de l’IA. Le dernier AI Ethics Brief en parle. Incidemment, cette lettre du Montreal AI Ethics Institute n’est publiée qu’en anglais. Tout comme son site web d’ailleurs. J’ai traduit leur newsletter #185 : Quand l’IA part en guerre.

Et la seconde victime sera… ChatGPT ?

Parce que OpenAI (ChatGPT) a manoeuvré pour remplacer Anthropic (Claude) auprès du ministère de la guerre américain, une campagne de boycottage de CHatGPT s’est levée, avec Rutger Bregman comme un des porte-drapeaux (dans The Guardian) : Quit ChatGPT: right now! Your subscription is bankrolling authoritarianism. Une traduction de cet article a été faite par Jonathan Durand Folco sur son blogue, mais il faut s’y inscrire pour la voir… aussi je lui ai repiqué sa traduction pour la déposer ici : Il faut boycotter ChatGPT ! Pour réussir un boycottage, il faut passer le message !

Incidemment, j’ai effacé mon compte (gratuit) sur ChatGPT, et j’ai téléchargé l’appli (pour iPad et iPhone) de Claude. Non pas que je sois un grand utilisateur de chatbots. Il semble que je n’ai pas été le seul :

Il me semblait que j’avais lu quelque chose par ce Rutger Bregman… et oui, en juillet 2020 je parlais de son Humankind : A Hopeful History.1Tiens, la version numérique (en anglais) de ce livre ne coûte que 2,99$ ! Écrit en 2019, c’est un discours optimiste, qui rappelle que les hommes (et femmes) sont « bons dans le fond ». Incidemment, il a été traduit depuis. Humanité – Une histoire optimiste.

Finalement, les centres de données liés au développement de l’IA sont de plus en plus contestés, fait remarquer Wallace-Wells dans sa lettre du New York Times (ma traduction : Un règlement de comptes tardif sur la surveillance de l’IA a commencé). 

L’IA arrive dans ce paysage comme un symbole global de l’impuissance des gens, qui est déjà là mais qui ne peut que s’aggraver, annonçant une vision de l’avenir dans laquelle une grande partie de l’ordre social a été confiée à des robots fonctionnant dans des boîtes noires contrôlées par un petit nombre de personnes immensément riches. (…)

Et ceux qui espèrent jouer un rôle plus actif dans la construction de l’avenir qu’elle [l’IA] laisse entrevoir devront probablement faire plus que simplement empêcher la construction de quelques nouveaux centres de données.

Les centres d’appel des ministères fédéraux sous IA

Entre les discours prosélytes et les cris d’effraie catastrophistes, l’IA s’immisce déjà partout. Dans les universités, les industries, les administrations publiques (augmentation de 54% du nombre de projets IA dans les ministères québécois (de 168 à 258)… Déjà des ententes avec trois ministères fédéraux (BCE to modernize three federal call centres, G&M, 4 mars) viendront ajouter des agents IA dans la relation avec les citoyens :

BCE Inc. a annoncé un nouveau partenariat avec le gouvernement fédéral visant à moderniser les centres d’appels de trois grands ministères : Emploi et Développement social Canada, l’Agence du revenu du Canada et Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.

La société mère de Bell Canada, BCE, collaborera avec Genesys Canada, une entreprise spécialisée dans l’intelligence artificielle basée à Toronto, afin d’améliorer les services à la clientèle du gouvernement grâce à la mise en œuvre d’outils numériques et d’intelligence artificielle.


Utopies socialistes alimentées IA

Dans la suite de mes lectures du débat entre Morozov, Benanav dont je parlais ici IA, démocratie et planification.

« mon cadre comprend non seulement des procédures d’innovation au niveau des entreprises et de sélection au niveau des industries, mais aussi des comités de coordination interindustriels. Ces organismes seraient chargés de projets sociaux à grande échelle – tels que l’écologisation de l’économie, la réduction de la semaine de travail ou la réparation des injustices historiques – organisés dans le cadre de mandats renouvelables de cinq ans. Des assemblées citoyennes aideraient à décider des grandes orientations. Les comités de coordination déploieraient ensuite des fonds d’investissement afin de réduire le coût des investissements complémentaires dans tous les secteurs, fonctionnant comme une forme de politique de crédit axée sur la mission. »

Une véritable économie politique de la technologie, Benanav.

Rêver de structures intersectorielles de coordination industrielle et d’assemblées citoyennes souveraines en matière d’investissements… c’est encore plus « compliqué » et utopique que les rêves de cliniques, coopératives et municipalités expérimentant avec l’IA de Morozov. Malgré mes réticences j’y vois tout de même, dans l’approche de Benanav, une prise en compte de moyens de coordination et de décisions qui doivent se prendre à un niveau plus général et « élevé » que l’initiative locale ou communautaire. Le rêve d’une coordination spontanée émergeant de la base aux multiples initiatives interconnectées… de Morozov n’est pas moins utopique. Mais il flatte les tendances dominantes, adoratrices de l’autonomie individuelle ou locale, promotrices de l’agentivité personnelle avant tout. L’individualisme, quoi. Augmenté de toutes sortes de gadgets, de drogues et de technologies. Une position qui n’ose confronter le préjuger anti-gouvernement qui afflige nos sociétés depuis le lavage de cerveau néolibéral…


L’impact sur les publications universitaires est pressenti comme majeur : Les universitaires doivent se réveiller face à l’IA.

Notes

  • 1
    Tiens, la version numérique (en anglais) de ce livre ne coûte que 2,99$ !

en vrac : consommation, IA et politique québécoise

Nate Hagens reprend, en la développant, la fameuse pyramide des besoins de Maslow. J’ai traduit celle de Hagens :

Comme c’est souvent le cas les réflexions de Nate font du bien. Je vous invite à lire son essai : La pyramide de consommation. Ça nous (me) change des débats de plus en plus byzantins entourant l’IA !


L’intelligence artificielle au cœur de la modernisation de l’État, dit Québec.

Le ministère de la Cybersécurité et du Numérique publie le Portrait des utilisations de l’intelligence artificielle dans l’administration publique (ci-après le Portrait), qui présente l’ensemble des initiatives en intelligence artificielle (IA) en développement ou en production au sein des organismes publics, à l’exception des initiatives en lien avec la cybersécurité.

On peut aussi se procurer les données fondant ce Portrait (pour 2025 et 2024) au format CSV ou Excel sur le portail Données Québec.


Cet engouement pour l’IA dans les officines gouvernementales, qui se donne des airs de transparence avec un fichier .xlsx, nous enferme encore plus profondément dans la dépendance aux technologies propriétaires américaines, alors que nous devrions contribuer par nos efforts (financiers, en données, en temps) à la construction d’une IA qui nous appartienne, qui soit sous le contrôle de la collectivité et qui lui profite avant d’enrichir les oligarques américains. Incidemment, les propriétaires (ou fournisseurs externes) des différentes « solutions IA » énumérées ne sont même pas identifiés dans le fichier gouvernemental. Autant pour la transparence et l’utilité de tels fichiers de données « ouvertes ».

La Suisse, avec son Apertus, a construit une telle IA souveraine, rapportent Nathan Sanders et Bruce Schneier dans un article du G&M : OpenAI a démontré qu’on ne pouvait pas lui faire confiance.

Si on doit suivre l’utilisation que fait le gouvernement de ces outils, il faudrait savoir de qui nous devenons dépendants dans l’utilisation de ces « baguettes magiques »… et combien cela nous coûte, en argent, en opportunités (systèmes fermés, à faible interopérabilité), en données (d’usage, de traitement) et en temps et ressources consacrées à l’appropriation et la formation.


J’hésite à ajouter mon grain de sel dans une soupe déjà assaisonnée. Claude a été utilisé au cours de l’attaque contre l’Iran. Un camouflet de plus sur les prétentions à l’indépendance et la hauteur morale de Anthropic. Dario Amodei, cofondateur et PDG de Anthropic, publiait The Adolescence of Technology1L’adolescence de la technologie en janvier dernier, une vaste (20 000 mots) description des enjeux entourant le développement et l’adoption de l’IA. Ce n’est pas un scénario catastrophe comme Citrini en a diffusé (voir sa critique sur Grand Continent) un récemment, ou encore la semaine précédente, c’était Matt Shumer qui faisait frémir la bourse avec Something Big is Happening.

Ce n’est pas non plus le rêve éveillé d’un technophile qui ne touche plus terre… comme Jack Clark, co-fondateur de Anthropic, se plaisait à le faire en entrevue avec Klein. Voir la transcription de cette entrevue : À quelle vitesse les agents IA vont-ils boulverser l’économie.

C’est un discours plus responsable que celui d’un Sam Altman (La vision anti-humaine du monde de Sam Altman). Mais un discours qui est, lui aussi, pas mal détaché des conditions environnementales et matérielles qui le rendent possible. Dans Un pays de génies, Nate Hagens analyse et critique la proposition de Amodei. Sur l’autoroute du progrès, il vaut mieux avoir la plus grosse cylindrée… mais ne pas trop se demander où mène cette autoroute.

L’hubris des développeurs de l’IA les a conduit à soutenir l’autoritarisme d’un T. afin de freiner toute règlementation publique au nom de la compétition avec la Chine et, surtout, dans le but de maintenir, renforcer la domination américaine sur le domaine. Mais comme le souligne Henry Farrell, l’appui d’un pouvoir arbitraire peut s’avérer instable et bien temporaire ! Qui sont les perdants de la lutte Anthropic ? Peut-être Elon Musk et Alex Karp. Le même Farrell ajoutait le lendemain L’IA est une technologie bureaucratique. Tout comme la guerre.


Notes