survivre à la surcharge informationnelle

Non, je ne vais pas demander à l’IA de choisir pour moi, ou de résumer le flot d’infos.

Oui, je sais, j’ai trop de fils RSS dans mon agrégateur Inodeader. Et trop de lettres Substack et autres formes de newsletters qui m’arrivent chaque jour. Sans compter les 34 groupes dont je fais partie sur Passerelles. Je pourrais sans doute éliminer certaines sources, ce que je fais de temps en temps. Mais je prends garde à ne pas éliminer uniquement parce que certaines opinions me déplaisent ! Je ne veux pas m’enfermer dans une « bulle ».

Et puis toutes ces sources ne sont pas toujours actives : plusieurs fils RSS (ou groupes Passerelles) sont silencieux de longs moments.

Ce qui a changé dernièrement : j’ai cessé de vouloir rattraper les jours passés. Je n’hésite pas à passer par dessus des piles nouvelles que je n’ai pu lire au cours des derniers jours. Je ne suis pas un filtre responsable de ne manquer aucune information… Je suis conscient de ne pas pouvoir tout lire, aussi je me contente de ce que je peux saisir dans les flots que je peux traverser avec l’attention et l’intuition limitées dont je dispose.

Avec d’autres, sur Passerelles/Praxis, avec les abonnés au groupe Google du RQIIAC, et les lecteurs de mon blogue… je joue ma partition d’une jazz session qui suit l’actualité tout en soutenant la construction d’un savoir collectif nourri par ces « sources » qui prennent diverses formes mais qui sont toutes d’origine humaine. Je pense à ce Bill McKibben, dont je lis presque tous les billets de sa lettre Substack The Crucial Years sur les questions climatiques. Chaque fois il me surprend par l’ampleur de ses références, la qualité de son écriture. Je vous recommande son dernier Just my imagination, que j’ai traduit : Ce n’est que mon imagination. Les remarques qu’il y fait à propos de la publicité pour les véhicules électriques sont tellement justes.

Parmi ceux et celles dont les lettres Substack m’apprennent toujours quelque chose : Lawrence Lessig, ce prof de droit très pédagogue quand il décrit l’évolution de la corruption chez nos voisins (Les multiples facettes de notre corruption); Philippe Fournier, de QC125.CA, avec son dernier billet Les Québécois sont les plus favorables à l’immigration; Patrick Déry et sa critique sans merci dans Avez-vous voté pour ça ?.

Je pense aussi à Michelle Monette, contributrice infatigable à de multiples groupes Passerelles…

Oui, je l’avoue, certains jours j’ai l’impression d’être submergé d’information. Mais quand je regarde la qualité des contributions de ces militants, citoyens et professeurs je ne puis qu’être reconnaissant d’être partie prenante, humblement, de cette conscience collective.

quelques nouvelles

Sélectionnées à la main

Extraites de mes fils RSS et de mes furetages


Quelques articles traduits récemment

Titre (et lien)ThèmesMinutes
Ce n’est que mon imaginationClimat24
L’IA à l’urgence de l’hôpital… IA 6
Le piège de la quantification Techno 5
L’IA en tant que technologie sociale IA 70
Pourquoi les philanthropes ne créent-ils plus rien ? Philo36
Quelques paradoxes de la vie domestique.Anthropo12
Que faire alors que le monde s’écroule : un cadre d’actionPolitique37

Pour la liste évolutive des traductions que je fais pour ma propre facilité de lecture.


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Modifié le 29.05.2026

Une IA pro-sociale et catholique ? ou pas ?

Quelques jours avant le lancement de la première encyclique du pape Léon XIV Magnifica Humanitas je traduisais une conférence donnée devant une assemblée d’évêques du Pays de Galles et d’Angleterre : La réalité de l’IA et la crise du sens. Le conférencier terminait son intervention en annonçant que l’après-midi serait consacrée à des démonstrations d’utilisations positives de l’IA.

J’avais bien hâte de lire l’encyclique sous-titrée « Sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle ». Une lecture que je n’ai pas encore terminée (245 paragraphes sur le site du Vatican, 134 pages en format PDF). Mais déjà la critique de l’appropriation privée de cette technologie, rendant difficile le contrôle dans l’intérêt public et l’orientation vers le bien commun me semble bienvenue. Incidemment, je trouve, parmi mes abonnements, des commentaires d’intérêt, notamment de la part d’une personne présente lors du lancement de l’ouvrage : Eli Pariser, co-directeur de New_Public1(Je rendais compte de son webinaire tenu il y a deux semaines : des réseaux sociaux renouvelés par l’IA ?). Il reproduit dans sa lettre Substack son intervention lors de cette vénérable assemblée Ce qu’Eli a déclaré au Vatican au sujet de l’IA.

Pariser est un fervent défenseur des technologies mises au service des communautés : c’est son organisation qui développe, notamment, Roundabout. Aussi je n’ai pas été surpris de sa déclaration : Nous avons donc besoin d’une IA prosociale pour nous aider à rester unis face aux bouleversements provoqués par l’IA. C’était dans le ton du discours papal, même de la part d’un « juif agnostique [de] Brooklyn ».

Samuel Mercier, prof de littérature au cégep Saint-Laurent, dans sa lettre Des nouvelles du Père Duchesne, m’informait (Faudra-t-il briser les machines ?) du lancement, le jour même de la parution de l’encyclique, de l’appel à boycottage de l’IA dans le monde de l’éducation : Manifeste d’objection de conscience face à l’intelligence artificielle générative en éducation au Québec.

Face à un phénomène qui nous dépasse mais dont nous savons qu’il est mortifère, nous choisissons d’opposer un refus net, indiscutable, et politique parce qu’il est partagé : nous ne les utiliserons pas, à moins d’y être expressément contraint·es, dans nos cours, dans nos communications, dans nos recherches, dans nos activités administratives.

Si nous ne voulons pas que les étudiant-e-s utilisent l’IA pour tricher ou éviter de faire le travail exigé, la seule posture conséquente est que les professeur-e-s refusent aussi d’employer ces machines et de soutenir leur expansion.

Mercier revient un peu sur l’histoire des Luddites et sur la difficulté de se libérer complètement de cette technologie qui traverse de plus en plus notre quotidien : identifier une plante ou un oiseau avec son téléphone, c’est utiliser l’IA. Mes traductions sont grandement facilitées par l’IA.2(Je me déculpabilise un peu en me disant que DeepL est un produit allemand et non américain :-/) Il fait aussi le lien avec l’encyclique, qui appelle à une reprise de contrôle sur ce qui est aujourd’hui entre quelques mains privées. Et puis, même le Manifeste n’est pas « puriste » :

Nous sommes par ailleurs conscient·es que le terme « IAg » recouvre des applications très diverses, dont certaines sont déjà largement intégrées à nos pratiques, telles que la traduction ou la transcription automatique. S’il n’est pas réaliste de tout remettre en cause, il s’agit au moins de stopper ce qui peut encore l’être.

Face à l’IA générative, l’objection de conscience

Finalement, avec l’engouement que je constate déjà dans le monde communautaire (qui veut encore prendre les notes durant les réunions quand l’IA peut le faire ?), je me demande si nous pourrons résister longtemps à la déferlante. À moins que les coûts ne deviennent prohibitifs… comme cela semble de plus en plus évident. La stratégie de vendre à bas prix pour rendre dépendant puis les augmenter par la suite a fait ses preuves, notamment avec le cloud

Plutôt que de se concentrer uniquement sur l’IA, c’est toute la chaine de dépendance technologique qu’il faut remettre en question… même si ça fait mal.

Notes

Les catholiques et l’IA : un discours aux évêques d’Angleterre et du Pays de Galles

John Naughton, un prof de Cambridge dont je lis la lettre Memex 1.1 sur Substack, suggérait cette semaine une lecture en soulignant à quel point il est difficile en ce moment d’aborder le sujet.

En ce moment, je consacre beaucoup de temps et d’énergie à chercher des moyens de parler de l’IA à des personnes et à des groupes qui sont perplexes, enthousiastes ou inquiets à ce sujet. Le débat public sur cette technologie étant particulièrement confus, ce n’est pas une tâche facile.

Il semblait lui-même surpris de l’origine de cette référence : un discours prononcé devant la conférence des évêques d’Angleterre et du Pays de Galles. Intitulée The reality of AI and the crisis of meaning que j’ai traduit : La réalité de l’IA et la crise du sens (7 300 mots, 40 minutes de lecture). 

L’auteur, Matthew Harvey Sanders, souligne d’entrée de jeu que les gens, en particulier les jeunes hommes, sont en quête de sens et sont (re)venus en grand nombre à l’église lors des récentes célébrations pascales. 

Je ne sais pas si le phénomène se présente ici aussi, et je ne partage nécessairement pas la croyance, professée par Sanders, en la « friction sanctifiante du Christ. » Je ne crois pas non plus que tout le travail pénible sera de sitôt réalisé par des machines… Mais je crois en l’importance de construire des alternatives humaines et vivantes qui puissent répondre à la quête de sens qui traverse notre temps, particulièrement pour les jeunes… que ces alternatives s’enracinent dans nos réseaux communautaires, paroissiaux, régionaux ou syndicaux. L’appel à utiliser autrement l’IA, comme un outil plutôt qu’à être utilisé par lui peut inspirer…

Un discours qui vaut son trois-quart d’heure de lecture ! Et lundi prochain (25 mai), le pape Léon XIV livrera son encyclique Magnifica Humanitas qui devrait renchérir sur cette question de l’IA vue par l’institution catholique. 

La réalité de l’IA et la crise du sens

petit saut dans un trou de lapin

Je découvre cette lettre, My Subschtick, par Sarah Stein Lubrano sur Substack. Son dernier billet, Some Paradoxes of Domestic Life, me fait découvrir ce philosophe de la bicyclette Kent’s Bike Blog qui, dans un billet de 2007, partageait un extrait de Ivan Illich à propos de la bicyclette. Que je décide de traduire : Ivan Illich et le vélo. Dans un commentaire au bas de ce billet quelqu’un souligne que Illich avait développé encore plus dans un texte Energy and Equity, qui n’est plus à l’adresse indiquée mais que je peux retrouver sur un blog de l’UBC. C’est un chapitre du livre Toward a History of Needs, publié en 1978. Énergie et équité, c’est aussi le titre d’un livre publié en français en 1975, au Seuil. Je trouve aussi dans un numéro de 2010 de la revue Esprit, consacré à Ivan Illich, l’article L’énergie, un objet social, par Illich, traduit par Jean Robert. Je ne suis malheureusement plus abonné à cette revue. Je trouve tout de même le texte, en deux parties, publié en 2022 dans une revue en ligne Topophile : L’énergie, un objet social 1/2L’énergie, un objet social 2/2. Il s’agit de l’allocution inaugurale du séminaire « Options fondamentales pour une société de bas profil énergétique », tenu au Collegio de Mexico en juillet 1983.

Je retourne, finalement, à l’article de Mme Lubrano que je traduis pour plus de facilité : Quelques paradoxes de la vie domestique.

de nouvelles institutions à créer

Un très bon article tiré de la revue Stanford Social Innovation Review, par Sarah Cone que j’ai traduit en Pourquoi les philanthropes ne créent-ils plus rien ?

Les États-Unis vivent actuellement un deuxième Âge d’or. Mais contrairement aux magnats d’autrefois, les milliardaires d’aujourd’hui préfèrent faire des dons à des organisations existantes. Ils devraient plutôt créer des institutions durables.

En 1891, Leland Stanford avait 61 ans et une fortune qui équivaudrait aujourd’hui à environ 1,9 milliard de dollars. Il aurait pu financer une chaire à l’université Harvard, construire une aile d’hôpital ou faire de généreux dons aux associations caritatives de son époque. Au lieu de cela, lui et sa femme, Jane, ont consacré 8 180 acres de leur domaine équestre de Palo Alto à la fondation d’une université portant le nom de leur fils décédé. Pas un bâtiment ni un programme, mais une université à part entière qui, au cours du siècle suivant, allait devenir le moteur intellectuel de la Silicon Valley et peut-être le plus important incubateur d’innovation technologique de l’histoire de l’humanité. Stanford n’a pas fait de don à une institution. Il en a créé une.

Illustration de Ross MacDonald

Un beau retour historique, critique aussi : pas une célébration nunuche de la générosité. Une critique aussi de la tendance « vider les fonds plutôt que de créer des fondations permanentes ». Mais une chose n’est pas abordée : et si les milliardaires avaient assis leur fortune sur la destruction des institutions publiques ? Demander aux Google et Meta de ce monde de financer le journalisme… c’est un peu comme demander aux compagnies de tabac de soutenir les hôpitaux, non ? Mais ce n’est pas vraiment ce que Cone dit : elle ne parle pas de soutenir financièrement une ou l’autre cause ou institution mais bien de créer des institutions qui répondent aux défis d’aujourd’hui.

Je ne sais pas ce qui pourrait venir en aide aux médias et au journalisme en difficulté. Peut-être le problème vient-il de la dépendance à la publicité qu’avait développée les médias, bien avant la montée du numérique. Philippe de Grosbois dans La collision des récits, dont j’ai parlé ici, proposait une formule de financement public avec participation citoyenne… [Voir aussi casse-tête et médias sociaux; médias, réseaux et données]


Si Amazon a pu, à l’origine, profiter d’une certaine inertie du monde du livre pour monter son affaire, les GAFAM ont certainement bénéficié de protections sans égales imposées par les gouvernements américains à leurs partenaires commerciaux. Cory Doctorow le dénonçait avec verve dans son The Internet Con: How To Seize the Means of Computation (aujourd’hui traduit : Le rapt d’internet mais non disponible en format numérique au Canada !) :

« L’interdiction de contourner la gestion des droits numériques, ou DRM (digital right management), énoncée dans la section 1201 du DMCA, l’article 6 de l’EUCD et des lois similaires dans le monde, font du logiciel la classe d’œuvres la plus protégée par le droit d’auteur au monde. Les auteurs de logiciels (ou plutôt les entreprises qui les emploient) bénéficient de plus de restrictions en matière de droit d’auteur que le compositeur le plus talentueux, le sculpteur le plus brillant ou le plus grand écrivain. » Ma traduction (GB)

Les succès de l’action concertée

Il y a quelques semaines un article du Globe and Mail décrivait le succès du site LesLibraires.ca qui sert les librairies indépendantes du Québec. J’ai traduit cet article : Un réseau de librairies en ligne basé au Québec s’étend à l’ensemble du Canada, offrant ainsi un avantage concurrentiel aux librairies indépendantes.

Je me suis demandé si on ne pouvait pas appliquer cette formule à d’autres secteurs dans cette page intitulée Après les librairies, les quincailleries ?

Je me demande pourquoi les entreprises ne se liguent pas, localement ou par secteur, pour offrir un tel service de livraison, associé à une plateforme commune ? Pour sauver les commerces locaux de la concurrence d’Amazon… 

Ce serait un beau défi d’interopérabilité : unifier les catalogues de Canadian Tire, Rona, Réno-dépot… Si je ne me trompe, c’est sans doute un terrain propice à l’utilisation de l’IA ? Reste à voir s’il y a une volonté. Le contexte me semble encore favorable : désir de souveraineté numérique; sentiment anti-Amazon… 

Le Canada est une fédération multinationale

Oui les Canadiens ont appuyé le message autonomiste du premier ministre Carney à Davos. Oui ils sont avec lui quand il promeut des politiques pour un Canada fort… mais le Canada n’est pas UNE nation, c’est une fédération de provinces et territoires, qui comprennent plusieurs « premières nations » et deux nations fondatrices. Quand je lis, dans la Stratégie d’électrification, qu’il s’agit d’un « exercice d’édification de la nation« (souligné dans l’original), dans le contexte de discussions à venir avec les premières nations et le Québec, je me demande si on ne pourrait pas y aller mollo avec de tels slogans.

On pourrait parler d’un exercice d’édification du pays, de la fédération…

Le problème c’est que si le Québec est une nation et que le Canada est un pays multinational, comment nommera-t-on la nation canadienne « hors Québec » ? Le Canuk ? Le Cascadia ? Si elle souhaite continuer de s’appeler Canada, tout en reconnaissant que le pays est multinational, alors il faudrait trouver un nouveau nom pour le pays ? Le Canabec ?? Le Canavik ?

En attendant de statuer sur cette délicate question d’identité il serait judicieux d’éviter de parler des initiatives canadiennes en des termes qui supposent une unicité fictive. Je me rappelle que la Grande-Bretagne a eu un peu le même problème. En 1999, j’étais dans l’avion en direction de l’Écosse pour un colloque international sur le développement communautaire. Pour me mettre dans le bain j’avais acheté un exemplaire du Guardian dans lequel on annonçait que la BBC, l’équivalent de notre CBC/Radio-Canada ici, avait édicté une nouvelle règle pour ses journalistes : dorénavent le terme « nation » ne serait plus utilisé pour décrire les enjeux et politiques concernant la Grande-Bretagne par respect pour les nations écossaise et galloise.

Peut-on imaginer avoir un tel tact ici ? Ou si la nation canadienne est si peu sûre d’elle-même qu’il lui faut affirmer son identité en niant celles des autres nations constitutives de notre fédération ? Est-ce que ce serait moins fort de parler de Stratégie canadienne d’électrification plutôt que de Stratégie nationale ?? Je ne crois pas.

un réseau électrique pan-canadien ?

Une nouvelle politique « pour un Canada fort » Une stratégie nationale pour une économie canadienne électrifiée. Annoncée par le premier ministre Carney, hier le 14 mai : Stratégie nationale d’électrification, je me demande ce qu’elle reprend du rapport (Powering the Federation: A Blueprint for National Electricity Integration in Canada) publié par le CD Howe Institute en octobre 2025 ? Je vais devoir lire les deux.

Une telle stratégie semble répondre (déjà ! 😉 à des questions que je me posais dans un billet le 9 mai dernier : comment soutenir les échanges d’électricité est-nord-ouest alors que les échanges principaux se font aujourd’hui avec le sud, les États-Unis, comme le montre bien cette carte tirée du document de Ressources naturelles Canada.


Sans avoir lu le détail de la nouvelle Stratégie d’électrification, je me demande si l’approche d’appel aux capitaux privés que privilégie la politique Carney n’ira pas à l’encontre de la propriété collective dans ce domaine, au moins pour le Québec. Incidemment, est-ce que les autres provinces et territoires canadiens ont un attachement aussi fort à la propriété collective en matière d’électricité ? La couleur différente donnée aux provinces sur la carte ci-dessus répond à cette question : seules deux provinces (Ontario et Alberta) ne sont pas à propriété publique.

Ce qui ne veut pas dire que les investissements et la mise à niveau des systèmes ont été fait de manière prospectives. Les compagnies d’électricité, qu’elles soient publiques ou privées1Comme souligné dans l’article du NYT auquel je référais dans électricité, patrimoniale ou autre, ont tendance à n’investir qu’en réponse-réaction à la demande plutôt qu’en prévision d’une demande future, d’autant moins s’il s’agit d’une demande future liée à un changement de paradigme. La gestion concervatrice de ces institutions publiques vise surtout à ne pas augmenter les tarifs, ou diminuer les transferts aux gouvernements…

Comment les nationalistes québécois joueront-ils la carte de l’identité et l’intérêt national du Québec dans ce contexte ? Le Québec est la province qui échange le plus d’électricité avec les EUA : 4 274 MW vendus et 4 169 MW achetés. Mais les nouveaux projets de génération au Labrador et la mise en service de sources solaires et éoliennes (et de nouveaux barrages ? centrales nucléaires ?) devraient inciter à développer les échanges Est-Ouest… Notamment parce que les sources d’énergie éoliennes et solaires suivent le passage du soleil… Comme l’explique Bill McKibben2Militant environnemenal, fondateur de 350.org mieux que moi dans Everyone Knows It’s Windy sur son excellent carnet The Crucial Years :

En fait, [le solaire et l’éolien] c’est un phénomène tout à fait complémentaire. Le long d’une côte, par exemple, comme il faut un certain temps au soleil pour réchauffer les molécules d’air qui produisent la brise, le vent a tendance à gagner en puissance en fin d’après-midi, alors que l’effet photovoltaïque commence à s’atténuer. Et plus on va vers le nord, plus le vent est fort, ce qui est utile puisque la Grèce bénéficie d’un ensoleillement plus important que la Norvège. De plus, les vitesses du vent ont tendance à être plus élevées en hiver qu’en été, grâce à des gradients de température plus marqués.

Pendant que les investissements dans le solaire et l’éolien (et l’électrification en général) semblent bloqués chez nos voisins, une stratégie nationale canadienne pourrait donner une logueur d’avance en matière d’équipements, de savoirs, d’innovation en matière de transport longue distance, etc. Les enjeux sont grands pour la mise à niveau de nos réseaux comme le soulevait le billet Solar Storms sur Lesswrong, que j’ai traduit partiellement : Tempêtes solaires.

Comme le disaient Colleen Giroux-Schmidt et Merran Smith hier dans le Globe and Mail (Ottawa wants to double electricity supply. Provinces will determine whether it happens) [ma traduction d’un extrait] :

Ces ressources ne peuvent être mobilisées du jour au lendemain. Le Canada doit dès maintenant envoyer des signaux clairs au marché pour montrer qu’il s’engage à investir sur 20 à 30 ans dans la construction d’infrastructures électriques. Cela rassurerait les investisseurs, les promoteurs commerciaux, les nations autochtones et l’industrie sur le fait que le Canada est déterminé à maintenir un réseau électrique fiable, peu coûteux et à faibles émissions de carbone face à une demande croissante.

Le gouvernement fédéral peut et doit tracer cette voie, et la stratégie fédérale en matière d’électricité jouera un rôle important. Mais ce sont les provinces qui doivent la mettre en œuvre.

Cela exigera un changement délibéré dans les approches provinciales en matière d’infrastructures électriques – passant d’une construction qui suit (ou qui est légèrement en retard sur) la demande, à une construction qui anticipe celle-ci.

Donc, lecture de la Propulser un Canada fort : Une stratégie nationale pour une économie canadienne électrifiée, et de ma traduction du document de l’institut CD Howe (document ci-après). Aussi, voir le commentaire critique de l’Institut climatique du Canada : Dans la bonne direction mais esquive des enjeux cruciaux.

Notes

des réseaux sociaux renouvelés par l’IA ?

La discussion organisée par New_Public, tenue le 12 mai : After the feed with Eli Pariser, Ben Smith, and Jasmine Sun a été très animée, notamment par l’activité de chat des quelques 200 participants à la session Zoom.

La présentation de l’événement (ma traduction) :

En 2011, Eli Pariser, codirecteur de New_ Public1L’organisation à l’origine de Roundabout, a donné un nom à un concept que nous connaissons tous bien aujourd’hui : les bulles de filtrage. Il s’intéresse désormais à la manière dont l’IA va transformer notre rapport à l’information et nos interactions les uns avec les autres.

​Quelle sera la prochaine étape, après les flux sociaux algorithmiques qui ont défini nos vies sociales numériques au cours de la dernière décennie ? Eli est ravi de partager les nouvelles recherches de l’équipe de New_ Public sur la manière dont l’IA va remodeler l’environnement de l’information – et de mettre en lumière certaines grandes opportunités pour façonner cet avenir de manière à ce qu’il soit bénéfique pour les communautés et pour une société saine.

Nous sommes ravis de partager nos réflexions à ce sujet avec vous lors d’un événement virtuel le 12 mai à 13 h (heure de l’Est). Eli sera accompagné de deux journalistes à la fine pointe de la manière dont l’IA façonne la culture et la société :

Ben Smith a consacré sa carrière à retracer la manière dont la technologie remodèle les médias et la vie publique, de Politico à BuzzFeed News et maintenant chez Semafor, où il occupe le poste de rédacteur en chef.

Jasmine Sun est une voix émergente dotée d’un grand talent pour la traduction et la synthèse en cette ère incertaine de l’IA, tant dans sa propre infolettre qu’à titre de rédactrice collaboratrice pour The Atlantic.

Jasmine Sun est aussi l’autrice d’un article récent (30 avril) dans le NYT : Silicon Valley Is Bracing for a Permanent Underclass. Ma traduction : La Silicon Valley se prépare à l’émergence d’une classe défavorisée permanente.


Les planches de la présentation de Eli Pariser qui a lancé la conversation.


Pariser souligne la perte de confiance amenée par la multiplication du « slop » dans les productions visibles sur les réseaux sociaux. 51% du trafic sur internet en 2024 était généré par des « bots » ou l’IA.

La popularité, le nombre de like ou d’amis ne sont plus la valeur recherchée… c’est plutôt la confiance (trust) qui devient importante. Une confiance qui pourrait être accrue grâce à des environnements privés, facilement développés grâce à l’IA… Il donne en exemple une réplique de Strava développée grâce à Claude Code, pour les coureurs d’un voisinage.

Il devient possible financièrement de développer des micro-plateformes.

Abondance logicielle : les outils de développement basés sur l’IA réduisent les coûts et les efforts nécessaires à la création de nouveaux produits et de nouvelles plateformes. Il est désormais possible de créer et d’exploiter une plateforme communautaire destinée à 500 personnes pour quelques centaines de dollars par mois, au lieu de plusieurs millions. Cela rend viables les modèles d’abonnement, les modèles financés par les membres et les modèles gérés par la communauté à une échelle qui, auparavant, était trop modeste pour être économiquement viable.

Ces « micro-communautés » n’ont pas à être refermées sur elles-mêmes : les AT Protocol et ActivityPub permettent de transporter son identité d’une communauté à l’autre ou encore de fédérer plusieurs petites communautés…

Principes communautaires prosociauxOrientation des produits
01. L’identité est clairement identifiable et les membres savent à qui ils s’adressent.
Adhésion et limites : invitations, rôles et contrôles de perméabilité qui permettent aux communautés de décider elles-mêmes qui en fait partie.
02. Les règles sont respectées et les normes communautaires ont un réel poids. Règles et application : une gouvernance allégée avec des procédures d’escalade claires – une véritable responsabilisation sans bureaucratie.
03. La réputation se mérite. La confiance se construit au fil du temps, et non en fonction du nombre d’abonnés. Contexte commun : un référentiel établi, des archives consultables et une mémoire institutionnelle qui survivent aux changements de direction.
04. Les incitations entre les membres et les modérateurs sont partagées, ce qui permet de créer un cadre de modération cohérent.Une expérience utilisateur réfléchie : moins de mécanismes de viralité, plus de mécanismes axés sur l’intention. Concevoir pour favoriser le partage avec les autres, et non pas simplement pour consommer ce qu’ils ont produit.

Extrait (traduit) de la page « Thousands of spaces, built for specific communities« , Pariser

La perspective présentée par Pariser ouvre sur la possibilité d’une gestion partagée IA-humaine. Il souligne à quel point nous sommes au début d’une nouvelle ère, et comme en 1999, les acteurs importants ne seront peut-être plus là demain…

Continuer la lecture de « des réseaux sociaux renouvelés par l’IA ? »

Notes