Médecins utilisant l’IA = millions de minutes d’économie
Le Journal de Montréal: «Ç’a révolutionné ma pratique!»: l’intelligence artificielle s’impose dans les bureaux de médecins québécois
« Après avoir obtenu le consentement du patient, l’urgentologue utilise le logiciel sur son cellulaire pour enregistrer la consultation. Une retranscription est ensuite complétée en quelques secondes avec l’aide de l’intelligence artificielle (IA). »
Faudrait qu'avec le consentement du patient, ce dernier ait aussi un droit de révision... le médecin, conseillé par l'IA, n'aura peut-être pas remarqué1lui qui n'habite pas dans le même quartier, ou n'est peut-être pas de même origine culturelle ou ethnique l'interprétation erronée d'une expression vernaculaire utilisée par le patient.
1987 – Le CLSC s’informatise, enfin…
Les enjeux et l’engouement actuels autour de l’IA m’ont rappelé les circonstances entourant la décision d’informatiser le CLSC où je travaillais, depuis 1976. On était en 1987 et j’avais moi-même un ordinateur depuis fin 1983, avec lequel je m’étais familiarisé avec le traitement de texte, la gestion de listes et bases de données. Les organisations avec lesquelles nous, organisateurs communautaires, travaillions possédaient presque toutes un ou des ordinateurs. Les services de courriel et messagerie numérique privés (CompuServe2le premier des grands fournisseurs de services en ligne aux États-Unis. Il domine le marché pendant les années 1980-Wikipedia) ou publics (universités, Minitel) devenaient courants.
Le CLSC a fait appel à un consultant de la firme Mallette-Major pour assister le comité de gestion dans sa décision. On s’est retrouvé avec des imprimantes à marguerite connectées à un écran jaune… des systèmes conçus pour des bureaux d’avocats ou de notaires, ou peut-être des cliniques médicales, mais pas pour des services sociaux et communautaires devant produire des documents attrayants pour l’éducation et l’information de la clientèle, ou des portraits statistiques et cartographiques de la situation. J’avais l’impression que le consultant n’avait aucune idée de ce qu’était un CLSC. En fait on s’équipait en fonction de ce qu’on avait été3Ce que le consultant imaginait qu’on avait été plutôt que de ce qu’on pouvait devenir.
Ce qu’il y a de semblable entre la période actuelle et celle des années ’90, en plus de l’effervescence entourant les capacités « mirifiques » d’un nouvel outil techno, c’est que nos décideurs n’y connaissent rien et doivent s’appuyer sur les conseils de consultants plus près des intérêts des producteurs de machinerie que des services publics. Des décideurs aux prises avec des contraintes économiques grandissantes (déficits, manque de main-d’oeuvre) qui orientent l’utilisation des technologies vers l’automatisation de ce qu’on faisait hier plutôt que l’invention de ce qu’on devrait faire aujourd’hui pour demain. Pour imaginer cela (ce qu’on devra faire demain), il faut travailler avec ceux-celles qui sont en contact avec la population, le terrain qui, eux ne changeront pas parce qu’on aura utilisé l’IA plutôt que des entrevues pour établir le plan de soin…
Réinventer, réclamer, résister, refuser : quatre stratégies devant l’IA
J’ai tiré le graphique suivant (que j’ai ensuite traduit) du texte Resisting, Refusing, Reclaiming, Reimagining: Charting Challenges to Narratives of AI Inevitability, une suggestion de Laura Burney Nissen qui publie quelques fois l’an des Notes en provenance du futur, un futur examiné, imaginé à partir de la lunette du travail social (intervention, gestion, conditions de pratique et problématiques nouvelles ou anciennes confrontées au changement…). Voir son dernier Notes from the Future (November 2025 Edition) que j’ai traduit (Notes en provenance du futur du travail social) pour plus de facilité d’examen. Attention : les libellés des nombreux liens dans le texte ont été traduits, mais pas les textes auxquels ils réfèrent, qui sont tous en anglais.
Le phénomène de l’IA se présente sous plusieurs couverts et incitations. Il impose déjà des changements et ajustements dans plusieurs milieux (dont celui de l’enseignement, auquel réfèrent plusieurs des documents cités par Laura B. Nissen). Certains en font déjà leur pain et leur beurre dans la foulée des expérimentations et développements (réels ou potentiels) qui se multiplient. Mais il faut résister au discours emphatique clamant l’inévitable ubiquité de l’IA.

Quelques perles parmi les dizaines qui sont enfilées dans ce Notes en provenance du futur de novembre, organisées sous les thèmes Signaux et tendances générales, L’avenir des questions sociales, L’avenir du changement social, L’avenir de la protection sociale, L’avenir des professions, Informations, outils et/ou informations prospectifs :
- Le nouveau guide de l’Unicef consacré spécifiquement à la prospective et à l’avenir du bien-être des enfants
- Rapport annuel sur la « santé » du secteur à but non lucratif (aux États-Unis)
- Document stimulant sur l’avenir de la mort et la manière dont les humains y font face
- « Comment imaginer un avenir meilleur pour la démocratie », une conversation TED
- Une bibliographie annotée récente sur la question de l’équité intergénérationnelle
Autres critiques et avertissements concernant l’IA : [articles traduits] L’IA se propage comme une traînée de poudre. Cela va être très douloureux, mais incroyablement salutaire, par Dion Lim. La bulle de l’IA est plus importante que vous ne le pensez, par David Dayen. L’ère sociologique de l’IA, par Jenny L. Davis et Mona Sloane. L’humanité a besoin d’un contrôle démocratique de l’IA, par Giorgos Galanis.
Dion Lim n’est pas le premier à prévoir un feux de broussaille dans les forêts de data-centers, ce qui devrait , à terme, offrir ces ressources à bon marché… une fois la valeur spéculative dégonflée. Ce qui serait une aubaine pour les ministères, gouvernements, villes et universités qui souhaiteraient devenir plus souverains et en contrôle de leurs données. Il ne s’agit pas seulement de l’IA, mais bien de tout l’environnement numérique, constitué d’un « stack », d’un empilement de hardwares et de softwares qui, pour l’instant, sont entre les mains des Big Tech. Comme le souligne François William Croteau dans Le Devoir d’aujourd’hui, en citant plusieurs pays (Italie, Danemark, France…) ayant posé des gestes clairs. « La souveraineté numérique n’est plus un caprice technologique, c’est une question de sécurité, de résilience et de démocratie. L’Europe l’a compris. Il serait temps que le Québec engage la même réflexion.«
Dans son billet du 26 novembre, intitulé O(N^2) nationalism, Cory Doctorow dit la difficulté, l’immense tâche que représente cette souveraineté :
Une véritable souveraineté numérique nécessite plus que la construction de centres de données Eurostack et des logiciels qui les font fonctionner. Elle nécessite plus que l’abrogation des lois sur la propriété intellectuelle qui empêchent les clients du cloud de migrer leurs données vers ces serveurs Eurostack. Elle nécessite le remplacement des logiciels cloud et du code intégré qui alimentent notre infrastructure et nos outils administratifs.
Il s’agit d’une tâche gigantesque. Supprimer tout le code propriétaire qui alimente nos logiciels et appareils cloud et le remplacer par des logiciels libres/open source robustes, vérifiables et modifiables par l’utilisateur est un projet colossal. (…)
Car si le code Eurostack est ouvert et libre, il peut également être le code canadien, mexicain, ghanéen et vietnamien. Il peut être un bien commun, un ensemble de technologies de base que tout le monde étudie pour en détecter les vulnérabilités et les améliorer, auquel tout le monde ajoute des fonctionnalités, que tout le monde localise et administre et dont tout le monde supporte les coûts.
Extrait de ma traduction de l’article O(N^2) nationalism
Parmi les critiques francophones du numérique, Olivier Ertzscheid (et son Affordance) vient en haut de ma liste. Récemment il s’entretenait (video sur Youtube) à propos de son dernier article sur le web pourrissant et l’IA florissante. Aussi, en haut de ma liste : Dans les algorithmes, de Hubert Guillaud.
Voir aussi Une vision pour le data space de la démocratie.
Prochaines traductions de PDF
Mon abonnement au service de traduction en ligne DeepL me permet de traduire autant de texte que je veux mais un nombre limité de fichiers (PDF, Word…). Voir la page TRADUCTIONS. Mais je n’ai droit de traduire que cinq (5) fichiers par mois. Aussi, après avoir traduit 4 documents, je me demande lequel des titres suivants je devrait traduire :
- AI for Radicals, un document de 30 pages publié sur espaces-marx.eu
- The Housing-Ready City: A Toolkit for Local Code Reform, un guide de 32 pages publié par Strong Towns, dont j’ai déjà traduit l’autre guide : Qui construira la ville prête à accueillir des logements ? (26 pages). Notez qu’il faut vous inscrire (gratuitement) pour pouvoir télécharger la version anglaise de ces guides.
- Resisting, Refusing, Reclaiming, Reimagining: Charting Challenges to Narratives of AI Inevitability, document dont j’ai tiré le graphique plus haut.
- Struggles for Justice in the Energy Transition: Voices from the Front Lines, 364 pages ! Publié par l’Institut of Development Studies.
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Varia – action collective
- Appel à projets | Comment améliorer la marche à pied dans votre quartier grâce au projet Collectivités qui marchent
- DÉPART: Programme développement économique pour l’aide à la redynamisation des territoires
- Quel modèle économique pour le développement de centres de données au Québec? Pourquoi pas le modèle coopératif?
- Panorama des régions du Québec 2025 par l’Institut de la statistique du Québec
- Après le feu : traverser la catastrophe et réinventer un territoire qui répare et nourrit
P.S. Je serai au colloque du Collectif des partenaires en développement des communautés: Résister et réinventer – Le développement des communautés comme pilier de la transition socioécologique, les deux prochains jours. Aussi je me permets de publier ce treizième Vendredi vrac un… mercredi !
Notes
- 1lui qui n'habite pas dans le même quartier, ou n'est peut-être pas de même origine culturelle ou ethnique
- 2le premier des grands fournisseurs de services en ligne aux États-Unis. Il domine le marché pendant les années 1980-Wikipedia
- 3Ce que le consultant imaginait qu’on avait été




