Le Web ATmosphérique montre que nous ne sommes pas obligés d’accepter le faux dilemme entre propriété et distribution
Traduction de Let’s build an Atmospheric Web par Jim Ray, sur Applied Meteorology, 21 janvier 2026
Il y a une histoire que nous nous racontons au sujet du dernier quart de siècle de l’édition sur le Web, qui se résume à peu près ainsi : alors que les blogues et les sites Web personnels commençaient à gagner du terrain et à défier les gardiens des médias traditionnels, des plateformes technologiques ont émergé pour canaliser cette énergie vers leurs espaces fermés. Facebook et Twitter, autrefois considérés comme les champions d’un nouveau « média social » démocratisé, ont clôturé le bien commun numérique, et tout, de la disparition de Google Reader à la montée en puissance des influenceurs, a transformé la promesse d’Internet en un espace sclérosé, contrôlé par quelques grandes entreprises qui ont favorisé une vague mondiale croissante d’autoritarisme réactionnaire.
Pour avoir moi-même raconté cette histoire à maintes reprises, je reconnais bien sûr qu’elle est terriblement incomplète. D’une part, je me souviens de ce qu’était le blogue à ses débuts : passionnant, certes, mais aussi souvent trop difficile pour accomplir des tâches simples, difficile de gagner en popularité, et trop inaccessible aux mêmes personnes qui avaient été exclues par les gardiens mêmes que nous voulions renverser. Et puis : vous vous souvenez d’IE 6? Ce n’était pas vraiment l’âge d’or.
Le Web d’aujourd’hui est un enchevêtrement de ces années de choix, des choix que nous n’avons souvent pas pu faire nous-mêmes ou qui ont été dictés par la recherche de la valeur pour les actionnaires, mais des choix tout de même. Les plateformes offraient la visibilité et la monétisation en échange de l’ouverture et de la propriété, par exemple. L’idée selon laquelle nous devons choisir entre la propriété et la distribution est toutefois de plus en plus fausse grâce à la décentralisation.
En fait, nous pouvons désormais utiliser le protocole AT, la technologie sous-jacente à Bluesky, pour donner à chacun accès à un réseau ouvert et facile à découvrir dont il peut conserver la propriété. Nous appelons ce réseau The ATmosphere (vous comprenez le jeu de mots?) et il semble tout aussi révolutionnaire que l’était le Web à ses débuts.
Comment fonctionne la publication « atmosphérique »
Les débuts du blogue ont été marqués par une ouverture maximale sur un Web beaucoup plus restreint. Quiconque disposait d’un minimum de compétences techniques pouvait créer un nom de domaine, installer un logiciel libre, peut-être modifier quelques modèles, et se lancer. Les premiers adeptes ont bénéficié de l’avantage du précurseur et d’une couverture médiatique, ce qui a efficacement résolu leur problème de visibilité.
Plus de gens signifiait plus de voix et de points de vue, mais cela signifiait aussi qu’il était plus difficile pour tous ces nouveaux arrivants de trouver du contenu de qualité, voire pertinent. Lorsque l’idée d’un « graphe social », où l’on pouvait trouver et suivre ses amis, a fait son apparition, les plateformes ont compris que ce graphe pouvait servir de point de départ pour offrir des recommandations personnalisées, bientôt suivies de publicités. Pendant une période glorieuse, tout cela a globalement bien fonctionné, tant que les incitatifs étaient alignés.
Narrateur : les incitatifs ne sont pas restés alignés
Finalement, l’idée de maximiser l’engagement a pris le dessus sur les plateformes, au grand détriment des utilisateurs. À ce moment-là, cependant, tout le monde était pris au piège, sans moyen de transférer son graphe social vers un autre réseau, voire de se passer complètement de réseau. Opérant à l’échelle de milliards d’utilisateurs, les plateformes étaient pratiquement à l’abri de tout nouveau concurrent.
Atmosphere offre quelque chose de différent : la propriété et la distribution. Lorsque vous publiez quelque chose à l’aide du protocole AT, cela s’ajoute à un flux mondial regroupant tous les autres contenus publiés sur le réseau, un peu comme un index Google ouvert auquel n’importe qui peut écrire et, tout aussi important, à partir duquel n’importe qui peut lire.
Et n’importe qui peut exploiter n’importe quelle partie du réseau, depuis les serveurs de stockage de données jusqu’aux vues de l’application qui affichent vos publications, en passant par les flux de recherche personnalisés qui vous permettent de trouver ce qui vous intéresse.
À l’heure actuelle, la grande majorité des publications sur The Atmosphere proviennent de Bluesky, le réseau de microblogage créé par les mêmes personnes qui ont développé le protocole AT (et mon employeur, pour info). Il n’y a toutefois aucune raison que cela reste ainsi — cette publication que vous lisez en ce moment même, publiée sur Leaflet, est une publication de The Atmosphere.
Pour commencer
Publier sur The Atmosphere est un peu plus complexe que de simplement mettre en ligne un site Web.
Heureusement, de nouveaux outils font leur apparition pour simplifier les étapes fastidieuses, afin que chacun puisse se concentrer sur ce qu’il fait le mieux, qu’il s’agisse de bloguer, d’enregistrer des tutoriels de maquillage en vidéo verticale, de coder lors d’un diffusion en direct, d’enregistrer des signets ou de gribouiller dans les marges de vos sites préférés.
Tous ces services sauvegardent vos données sur votre serveur de données personnel; ainsi, même s’ils disparaissent ou si vous décidez de passer à autre chose, vos données restent avec vous. De plus, les formats de fichiers de ces données sont des Lexicons ouverts sur lesquels n’importe qui peut s’appuyer et qu’il peut étendre, afin que vous ne perdiez jamais vos données (des outils de programmation comme Claude Code sont particulièrement efficaces pour créer des applications Web simples à partir de Lexicons existants).
Et ce n’est encore que le début pour les développeurs qui souhaitent créer sur un Web véritablement ouvert, et non pas simplement dans les limites de ce que permettent les plateformes centralisées. La documentation du protocole contient tout ce dont vous avez besoin pour commencer à créer — qu’il s’agisse d’un nouveau type d’application Atmosphere, d’algorithmes de flux personnalisés ou d’intégrations avec des outils existants.
Si vous avez déjà un blogue, ou si vous avez peut-être pour objectif en 2026 de redonner vie à votre blogue inactif, vous pouvez utiliser le Lexicon standard.site pour ajouter vos articles à The Atmosphere. À mesure que de plus en plus d’articles utiliseront standard.site, de nouveaux outils comme docs.surf regrouperont ces articles, les rendant ainsi consultables et faciles à découvrir. N’importe qui peut créer des flux personnalisés, avec des algorithmes qu’il choisit lui-même, et non pas un code opaque destiné à vous garder prisonnier et « engagé ».
Et vous conservez votre identité, en commençant par un nom de domaine classique, tout comme nous l’avons fait il y a vingt (ou, oups, trente) ans.
L’idée d’un Web « atmosphérique » n’est pas de la nostalgie pour la nostalgie, pour revenir à un Web qui semblait souvent moins contraignant, certes, mais qui était aussi plus restreint, moins diversifié et plus difficile à utiliser. Le Web « atmosphérique » montre ce qui est possible lorsque n’importe qui peut participer à une infrastructure sociale véritablement mondiale tout en conservant la propriété de son travail.
Liste évolutive des traductions par Gilles en vrac
Les caractères gras dans le texte sont de Gilles.
