végétal-isme

Cet article de Elise Desaulniers, Aimer les animaux et les gens qui les mangent, m’append que se tient présentement le Festival végane de Montréal. Son long billet est riche d’exemples des frictions et tensions culturelles et sociales qui accompagnent les changements alimentaires. Et Lloyd Alter qui rediffusait récemment son billet de janvier : Fight Trump Tariffs with a Patriotic Canadian Diet dans lequel il se remémore une expérience de régime canadien XIXe siècle… Des constats surprenants : la facture énergétique (et en carbone) des tomates de serre cultivées ici (au Canada) en hiver est plus élevée que celle de tomates importées par camion depuis le Mexique !

Bon, celles cultivées au Québec avec de l’hydroélectricité, sont sans doute moins carbo-intensives. Et si les serres sont chauffées avec de la chaleur récupérée des toits (comme Lufa le fait), alors ce sont des tomates vertueuses ! Mais je ne suis pas sûr qu’il faille toujours accepter l’argument de l’électricité « propre » du Québec : remplacer le gaz ou l’essence par l’électricité sans changer les modes (de transport, de nourriture, d’habitation) nous empêche d’investir l’électricité que nous avons dans les bonnes filières…

L’article de Lloyd me rappelle les données (de Our World in Data) connues mais oubliées trop facilement, qu’il vaut de répéter : l’alimentation carnée produit des émissions de GES ET mobilise de l’espace qui autrement pourrait servir à la séquestration de carbone en laissant les forêts reprendre leur place.

Devenir végétalien permettrait de réduire considérablement les émissions de carbone, mais même une simple réduction de la consommation de viande et de produits laitiers, sans les éliminer complètement, peut également avoir un impact considérable. En fait, un régime alimentaire qui remplace le bœuf par du poulet et supprime les produits laitiers permettrait d’obtenir des résultats presque équivalents à ceux d’un régime entièrement végétalien.

What are the carbon opportunity costs of our food?

Ce que ce graphe ajoute aux effets immédiats de la diète végé sur la réduction des émissions de GES, c’est l’utilisation des sols ainsi libérés (pâturage et agriculture pour nourrir les animaux) comme vecteurs de séquestration de carbone.

Même si les changements de régime alimentaire peuvent avoir un impact appréciable sur nos objectifs climatiques, ils ne peuvent nous exempter de sortir des énergies fossiles : Dietary changes could double our carbon budget for 1.5°C – but it’s no substitute for getting off fossil fuels.


Nous pourrions réduire des trois-quarts la surface mobilisée par l’agriculture humaine, en passant à l’alimentation non-carnée.

If the world adopted a plant-based diet, we would reduce global agricultural land use from 4 to 1 billion hectares

Voir aussi sur ce carnet : empreinte et désirs (2021)

empreinte et désirs

Réduire notre empreinte écologique, parce que la planète n’en peut plus. Parce que la planète c’est plus que des champs de maïs, de soya et des pâturages.
Mais pour réduire notre empreinte, il faut commencer par le vouloir ! À moins, bien sûr qu’on compte sur les prochaines crises pour nous forcer la main…
On pourrait commencer par cesser de titiller les désirs de chacun par la publicité. Comme disait Francis Vailles dans Nos cigarettes du XXIe siècle | La Presse :

Permettra-t-on encore longtemps aux constructeurs automobiles, qui font vivre les pétrolières, de vanter les vertus de leurs VUS polluants dans des publicités, les associant à montagnes et forêts, quand on sait les ravages des GES ?

Vous êtes pas tannés de voir des publicités de VUS quatre fois l’heure interrompre les bulletins de nouvelles ? Ou même les émissions consacrées à l’état déplorable de la planète ? Et si on commençait par interdire ces publicités insensées !

Ce ne sont pas que les automobiles qui pèsent dans notre bilan environnemental. Tous ces objets qui « coutent moins cher à remplacer qu’à réparer »… Hubert Guillaud, dans son Sans transition : de nos vies avec et dans les machines du quotidien | InternetActu.net :

[C’est] à partir des années 1990 que la délocalisation achève la réparabilité : désormais, remplacer un produit est moins cher que le réparer. (…)
Les appareils se dupliquent plutôt qu’ils ne s’économisent… Nous démultiplions chez nous les écrans comme nos machines à café. Nous démultiplions l’adoption d’appareils sans abandonner les précédents. (…)
Nous nous sommes fondus, identifiés à nos bardas d’objets essentiels et inutiles que la mondialisation et l’industrialisation ont rendus si facilement accessibles à tous. Perclus de confort, nous regardons encore devant nous pour nous demander… : pour combien de temps ?

Et cette pression sur l’environnement ne met pas seulement en danger notre confort. Dans les « zones frontières » du capitalisme, ce sont des cultures millénaires et une connaissance fine des fruits et équilibres de ces milieux de vie qui sont éradiqués pour faire place aux productions industrielles. Grâce à ses recherches sur le terrain étalées sur plus de 20 ans (1980-2004), et son approche à la fois anthropologique, philosophique et politique, Anna Lowenhaupt TSING nous fait vivre les tragédies, les drames et les espoirs de la vie dans les montagnes du Kalimantan du sud, sur l’île de Bornéo, en Indonésie. De Sukarno à Suharto, et son Ordre nouveau, l’Indonésie s’est de plus en plus intégrée au marché global (du contre-plaqué, d’abord, puis aujourd’hui, de la production d’huile de palme…). On a beaucoup entendu parler de la disparition des orang-outans que la culture des palmiers à huile déplace, mais qu’en est-il des populations humaines vivant dans les mêmes forêts ?

« Rendues possibles par la militarisation du tiers-monde en pleine guerre froide et la puissance grandissante des entreprises transnationales, les zones-frontières de ressources se développent là où les entrepreneurs et les militaires sont en mesure de défaire les liens entre la nature et les écologies et modes de subsistance locaux, « libérant » ainsi des ressources naturelles que bureaucrates et généraux offriront comme matière première aux entreprises. »
Cela au détriment des « Dayaks meratus, qui y vivent depuis des temps anciens et dont les moyens de subsistance dépendent des cultures itinérantes et de la cueillette en forêt. »
« La zone-frontière se fait sur le terrain instable entre légalité et illégalité, propriété publique et privée, viol brutal et charisme passionné, collaboration ethnique et hostilité, violence et loi, restauration et extermination. » (Friction, de Anna L. Tsing)

La culture du palmier, pour son huile, est responsable de la destruction des forêts de Bornéo. Voir le site : nopalm.org
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vitamine D

Je suis « vendu » depuis quelques temps à la vitamine D (2000 UI par jour de novembre à mars). Un autre article, dans le G&M d’aujourd’hui, ajoute des arguments pour des suppléments de cette vitamine dans la diète des habitants du « nord » (dont nous sommes).

sauté, s.v.p.

Un généreux filet de mérou, sauce citron-vin blanc, avec ses légumes sautés, précédé d’un potage à l’oignon caramélisé au porto… C’était bien. Rue Laurier, près de Garnier : Un monde sauté.

Puisqu’il n’y a rien de parfait (à ce prix-là, à tout le moins), j’aurais mis un peu moins de « caramel » dans le potage. Mais ce sera une bonne raison de m’essayer à faire mieux : juste un peu de sucre dans les oignons, avec le porto, sinon, ça coupe un peu trop la faim.

Et les légumes : comme j’étais au bar, j’ai pu reluquer le chef qui les faisait sauter une première fois, puis les mettait à la vapeur, pour les refaire sauter une dernière fois… Les courgettes (zucchinis) jaunes et vertes et carottes étaient tendres tout en conservant une fermeté et plein de saveurs… Un délice.

Je crois que j’avais faim !