Propriété des médias
Deux articles fouillés sur la question de la propriété des médias et la domination des grands du numérique non seulement en tant que propriétaires (de plus en plus) mais comme forces dominantes de l’environnement dans lequel évoluent les médias. Propriété médiatique : cartographie du domaine et perspectives d’avenir à l’ère numérique (2024, 6000 mots) et Déconstruire la propriété : médias, propriété et pouvoir en pleine mutation (2025, résumé et pdf de 26 pages).
Nous soutenons donc que l’influence des géants de la technologie sur la création de valeur et les environnements informationnels des médias d’information nécessite des analyses des processus de captation qui doivent aller au-delà d’une simple focalisation sur les influences potentielles de la propriété et du financement. (…) C’est plutôt l’espace de communication entre et autour de tous les acteurs participant à la sphère publique qui est soumis à la logique des géants de la technologie. (…)
Ce concept [capture de l’environnement médiatique] implique en outre que les politiques médiatiques progressistes doivent aller au-delà de la simple prise en compte des acteurs individuels de la sphère publique. (…) En ce sens, la mainmise sur l’environnement médiatique renforce les appels en faveur d’un « socialisme des plateformes », d’un « coopérativisme des plateformes » ou d’un « Internet de service public ».
Déconstruire…
Une question pour la recherche future est donc de savoir quelles conséquences la monopolisation intellectuelle dans l’industrie des médias élargie a sur la constitution démocratique de la sphère publique et quelles implications ont ici les différents équivalents fonctionnels et pratiques identifiés de la propriété privée capitaliste (dans les médias). En outre, la recherche sur les effets d’un contrepoids ou de la mise à l’échelle de plateformes de service public sous propriété publique ou coopérative devrait être intensifiée.
Propriété médiatique…
Infrastructures post-croissance
Une référence de The Syllabus, Toward post-growth infrastructure: Features, logics, strategies par Elisa Schramm et Federico Savini (Vers des infrastructures post-croissance : caractéristiques, logiques, stratégies – 11 200 mots) développe trois stratégies : d’appropriation, de reconstruction et de maintenance (entretien, gestion) des infrastructures qui seront nécessaires dans une société post-croissance plus sobre. Ces infrastructures post-croissance sont définies par trois caractéristiques : elles répondent à des besoins situés, limitent la consommation matérielle et permettent des formes de résistance à l’emprise capitaliste. En identifiant trois mécanismes clés par lesquels l’infrastructure façonne les pratiques sociales (la coercition, la séduction et la suggestibilité) les auteurs suggèrent que les infrastructures post-croissances devront aussi faire jouer de tels mécanismes.
Je retiens l’importance de favoriser l’interaction entre les partenaires et acteurs de la post-croissance, qui sont encore en minorité et qui ont besoin de ces moments pour renforcer les résistances aux pressions capitalistes et encourager, faire connaître les initiatives de réappropriation, de réorientation ou de maintenance d’infrastructures post-croissance. Un discours universitaire bardé de références (111) mais qui a le mérite de débusquer les conceptions superficielles ou idéalistes de l’infrastructure nécessaire à la vie commune. Les infrastructures ne sont pas simplement des machines qu’il s’agit de démenteler ou d’en réduire le débit… ce sont des rapports sociaux, des pratiques sociales. Un texte promouvant de nouveaux objets de recherche. Ça m’a rappelé la mésoéconomie comme méthodologie d’approche de situations concrètes, régionales ou locales, mobilisant entreprises, réseaux, écologies et communautés.
Conquérir les infrastructures en place en tenant compte des habitudes, de l’esthétique ambiante tout en sachant contenir, contrer les efforts de privatisation et de récupération du capital à l’endroit des nouvelles infrastructures. Un texte qui pourrait nous inspirer dans nos efforts de développement d’alternatives aux médias sociaux capitalistes.
Incidemment, je me demandais ce que signifait ce titre de la revue qui publiait ce texte : Environment and Planning F. En fait il s’agit de la 6e revue « Environment and Planning », portant sur la philosophie, les modèles, méthodes et pratiques les autres (de A à E) portant sur Économie et espace, Urbanisme, Politique, Société, Nature et espace…
Entreprises écervelées
Howard Yu (One Inch Ahead) : « Lorsque la technologie déçoit, lorsque les gains d’efficacité promis ne se concrétisent pas, lorsque la fidélité des clients s’évapore, et lorsqu’il ne reste plus personne sur le terrain qui comprenne réellement l’activité, Wall Street ne sauvera pas ces entreprises. [Elles] périssent à cause de la disruption de l’IA parce que leurs dirigeants ont déjà perdu la tête, oubliant que les affaires ont toujours été(…) fondamentalement humaine. »
Comment les entreprises perdent la tête — De Circuit City aux licenciements liés à l’IA en 2026.
Yu donne des exemples éclairants de décisions (ou absence de décision) qui signent la faillite d’entreprises parce qu’elles ne voyaient pas plus loin que les résultats boursiers du prochain trimestre… On se précipite pour « ne pas être le dernier »…











