
On ose de plus en plus parler de fascisme pour qualifier la direction prise par Trump. Son leadership en manifeste de plus en plus les caractéristiques :
une crise de légitimité des institutions ; la normalisation de mesures extraordinaires ; une opposition recodée comme un ennemi interne ; la conversion des mécanismes juridiques en instruments de pouvoir personnel ; et la transformation de la politique en un plébiscite permanent de loyauté. [Fascisme américain ? par Alex Taek-Gwang Lee – 24 janvier 2026]
Je croyais qu’il fallait trouver la source de cette gangrène fasciste en 2010, ce moment où la Cour suprême américaine (Citizens United v. FEC) a jugé inconstitutionnel d’interdire les dépenses indépendantes des corporations et syndicats, ceci ouvrant la voie aux Super PACs qui peuvent récolter et dépenser des sommes illimitées pour soutenir ou s’opposer à des candidats, tant qu’ils n’ont pas de coordination directe avec les campagnes.
Mais ATG Lee, lui, la fait remonter au début de la colonie !
Au XIXe siècle, l’exceptionnalisme puritain s’est transformé en doctrine de la « destinée manifeste » de la nation américaine, justifiant l’expansionnisme et la violence coloniale. Au XXe siècle le christianisme évangélique a été mobilisé comme une arme idéologique dans la guerre froide, fusionnant politique et religion contre l’ennemi mondial du communisme. L’anticommunisme s’est peu à peu traduit en guerres culturelles contre le féminisme, la laïcité et le multiculturalisme. « Les universités, les scientifiques et les penseurs critiques ont été présentés comme des corrupteurs de la foi et des ennemis de la nation. «
Le nationalisme chrétien américain présente ainsi toutes les caractéristiques structurelles du fascisme, traduites dans un registre religieux : l’Amérique est présentée comme ayant sombré dans la décadence à cause du féminisme, de la laïcité, du multiculturalisme et du mondialisme. Sa renaissance nécessite une purification par la souveraineté chrétienne. [Fascisme américain ? par Alex Taek-Gwang Lee]
Le texte de 4350 mots de ATG Lee donne à voir la profondeur historique de l’actuel mouvement de la droite américaine trumpiste.
Dans un texte plus court et moins académique, ICE, l’État de droit et le totalitarisme1Ma traduction, Patrick Lennox2Ancien directeur du renseignement de la GRC retrace les conditions dans lesquelles en quatre mois « l’ICE a plus que doublé ses effectifs, passant de 10 000 à 22 000 agents », à coups de primes de 50 000$ à la signature, réduisant la formation à 47 jours seulement. « Sous l’administration Trump, [ICE] assume rapidement le rôle d’une police secrète chargée d’éradiquer l’opposition intérieure. C’est une caractéristique saillante de tout régime totalitaire. »
La fonction première des forces de l’ordre est de préserver et de protéger la vie. La protection des droits et des libertés, le maintien de l’ordre public, les enquêtes et la dissuasion criminelle dans le but de faire respecter l’état de droit sont au cœur de la fonction des forces de l’ordre dans une société libre et démocratique.
(…) Le principe de l’indépendance de la police est au cœur de l’État de droit. Si les citoyens croient qu’ils sont pris pour cible par la police en raison d’orientations politiques, le principe de l’indépendance de la police s’effondre, tout comme l’État de droit. [ICE, l’État de droit et le totalitarisme]
En conclusion de son article du 16 janvier Lennox décrit les six (6) caractéristiques d’un régime totalitaire. L’administration Trump les présente toutes.
Moins de dix jours plus tard, le 25 janvier, le même Lennox publiait (ma traduction) Le Canada est-il prêt pour la guerre civile américaine ?
« C’est de la tyrannie », a déclaré le procureur général du Minnesota à la journaliste du New York Times Lydia Polgreen. « Il n’y a pas d’autre façon de le dire. Nous sommes tous choqués. Personne n’aurait jamais pensé que l’Amérique en arriverait là. Nous n’avons plus besoin de spéculer sur ce à quoi ressemble le fascisme américain. Il est juste à notre porte.3Voir : https://www.nytimes.com/2026/01/19/opinion/trump-minneapolis-ice.html
Le Canada est-il prêt ?
Le Canada est-il prêt pour la guerre civile américaine ?
Quand on y pense, la tyrannie est également à nos portes au Canada. L’État du Minnesota partage une frontière de 880 km avec le Manitoba et l’Ontario.
Dans un article publié par la revue Wired : Pourquoi le Minnesota ne peut pas faire plus pour mettre fin à l’ICE, Garrett M. Graff rappelle les contraintes et les utilisations passées de l’armée et des forces fédérales américaines contre la volonté des États.
« LES ÉTATS-UNIS N’ONT JAMAIS connu dans leur histoire moderne un moment comparable à l’occupation fédérale de Minneapolis. «
Dans son texte You’re Not a Progressive. You’re a Constitutionalist (ma traduction : Vous n’êtes pas un progressiste. Vous êtes un constitutionnaliste.) Christopher Armitage fait lui aussi référence à l’origine de la nation américaine, mais en rappelant que les « fondateurs » ont inscrits dans la constitution le devoir de se débarrasser des tyrans.
Les derniers articles traduits cette semaine, du 19 au 25 janvier
Notes
- 1Ma traduction
- 2Ancien directeur du renseignement de la GRC
- 3

