Les leçons que les dirigeants peuvent tirer de l’incendie d’Omsk
Traduction de Oil as Achilles Heel, par Bill McKibben sur Substack, le 7 juillet 2026.

Je me suis rendu une fois à Omsk, ou du moins à son aéroport; nous étions en route de Moscou vers Oulan-Adé, à la frontière mongole, et l’avion d’Aeroflot y avait atterri pour faire le plein. (Ce fut un voyage mémorable; c’était encore l’Union soviétique, et lors de l’embarquement pour ce vol d’une journée entière, l’hôtesse de l’air avait remis à chaque passager un sac en plastique contenant un pilon de poulet maigrichon). Tout cela pour dire que je suis bien placé pour affirmer, avec le sérieux qui sied à un expert, qu’Omsk est à mille lieues de tout le reste.
Y compris de la frontière ukrainienne, ce qui rend d’autant plus remarquable le fait que les spécialistes des drones de Zelensky aient réussi à faire voler tout un escadron de leurs appareils à plus de 2 500 kilomètres de chez eux et à bombarder sans merci la plus grande raffinerie de pétrole de Poutine. Ce fut le point culminant d’une campagne en cours visant à mettre en lumière ce qui pourrait bien être la plus grande faiblesse de la Russie : le fait qu’elle soit, comme un certain nombre d’autres pays, fortement dépendante du pétrole.
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Tout comme Donald Trump a proposé de bâtir la prospérité américaine sur la « domination énergétique » grâce à « l’or liquide », le pétrole était censé être la force de la Russie, la source de ses plus grandes richesses. (John McCain l’avait qualifié de manière mémorable de « station-service dotée d’armes nucléaires ».) Et en effet, au début de la guerre, la Russie a fait valoir sa puissance en matière d’hydrocarbures, menaçant de couper l’approvisionnement en gaz de l’Europe. Tout au long de son invasion de son voisin, la Russie s’est appuyée sur l’exportation souvent clandestine de pétrole via sa flotte de « pétroliers fantômes » pour maintenir ses revenus. Trump a bien sûr rendu cela plus facile et plus rentable pour son ami en levant temporairement les sanctions à la suite de notre propre attaque malavisée contre l’Iran.
Mais si notre attaque contre l’Iran a manifestement rendu d’autres pays plus réticents à dépendre des importations d’hydrocarbures, les attaques de l’Ukraine contre le réseau pétrolier russe devraient les inciter à se méfier de cette dépendance, même s’ils n’ont pas à s’approvisionner de loin. Il s’avère qu’à l’ère des drones, c’est une activité très risquée, car elle repose sur des infrastructures colossales difficiles à défendre.
L’un d’entre eux est le superpétrolier — il y en a un qui est en feu aujourd’hui dans le golfe, apparemment touché par un missile iranien parce qu’il s’était écarté de la voie maritime approuvée par Téhéran. Des drones ukrainiens en ont attaqué un autre hier dans la mer d’Azov, mettant le navire hors d’état de naviguer. Il n’existe pratiquement aucun moyen de défense pour ces navires géants et lents si un adversaire disposant de quelques drones veut en détruire un — après tout, ce ne sont que des réservoirs flottants de liquide inflammable.
Une autre vulnérabilité réside dans le terminal où l’on charge et décharge le pétrole brut — l’Ukraine en a également touché un de ceux-là hier, en Crimée occupée
Cette installation sert de plaque tournante logistique majeure pour les produits pétroliers sur la péninsule occupée, assurant la réception, le stockage et le transfert du pétrole entre l’infrastructure ferroviaire, les réservoirs de stockage et les camions-citernes
Et une troisième — peut-être la plus exposée — est la raffinerie. Une raffinerie de pétrole est l’une des installations les plus spécialisées que l’humanité ait jamais construites; quiconque en a déjà vu une depuis l’autoroute reconnaîtra cet enchevêtrement de tuyaux et de réservoirs qui rend chacune d’entre elles si complexe. C’est un adage du secteur que toutes les raffineries sont différentes les unes des autres.
Cela signifie qu’elles sont extrêmement vulnérables. Si vous visez bien avec votre drone, vous pourriez détruire, par exemple, l’unité ELOU-AVT-11, qui, à Omsk, est l’installation chargée de la distillation initiale et de la désalination du brut. Sans elle, les unités secondaires qui produisent, par exemple, de l’essence et du carburant d’avion n’ont plus de matière première à traiter. Or, il s’agit d’équipements extrêmement complexes et difficiles à remplacer — compte tenu des sanctions occidentales, on estime actuellement que cela prendrait de six mois à un an. Et ce n’est pas comme si l’Ukraine n’avait frappé que cette raffinerie-là — en fait, c’était l’une des dernières cases sur la carte de bingo d’un pilote de drone. Comme le rapporte Illia Kabachynskyi
Il convient également de rappeler que l’Ukraine a déjà frappé les dix plus grandes raffineries russes, certaines d’entre elles à plusieurs reprises. Cela signifie qu’il ne s’agit plus d’une seule usine en attente de réparations — mais bien de toutes à la fois, ce qui exerce une pression supplémentaire sur les équipes de réparation et sur l’approvisionnement en pièces de rechange, difficiles à se procurer en raison des sanctions.
C’est bien sûr la Russie qui a déclenché cette guerre énergétique : au fil des années de conflit, elle a pris pour cible des centrales de chauffage et autres installations similaires, tentant de briser le moral des Ukrainiens pendant leurs longs hivers. Cette stratégie a réussi à faire régner le froid, mais pas à gagner la guerre; tout comme les attaques contre les écoles, les hôpitaux et d’autres cibles civiles, elle semble avoir contribué à renforcer la volonté de résistance des Ukrainiens.
Aujourd’hui — en veillant beaucoup plus à éviter les pertes civiles —, les Ukrainiens ripostent en frappant les usines d’armement, et surtout les raffineries. Comme l’a déclaré Zelensky ce matin,
L’idée même que la Russie dispose d’un arrière-pays stratégique a disparu. Pendant longtemps, la Russie a cru disposer d’un avantage territorial que personne d’autre ne possédait : un arrière-pays profond, où elle pouvait conserver en toute sécurité tout ce dont dépend sa guerre, convaincue que personne ne pourrait l’atteindre. Nous l’avons atteint.
Mais bien sûr, ce qui est en jeu ici, ce n’est pas seulement le pétrole qui alimente la machine de guerre russe. En Russie, comme aux États-Unis, presque tout fonctionne au pétrole. Je me souviens que la seule et unique fois où je me suis entretenu avec Barack Obama, la première chose qu’il m’a dite était que « le prix de l’essence est le facteur le plus déterminant de la politique américaine ». Si la situation est ne serait-ce qu’un peu similaire en Russie, Poutine ferait bien de se méfier : en Crimée occupée, le prix de l’essence dépasse les dix dollars le gallon. Le gouvernement tente désespérément d’importer de l’essence d’aussi loin que l’Inde. Comme Pjotr Sauer l’a rapporté ce matin, la police doit dégainer ses armes pour réprimer les troubles aux stations-service où les files d’attente peuvent s’étendre sur des kilomètres, des « touristes du carburant » traversent les frontières avec la Chine et le Kazakhstan pour remplir leurs réservoirs, et par conséquent
« la lassitude générale face à la guerre se transforme en irritation généralisée », a déclaré Andreï Kolesnikov, un analyste politique basé à Moscou. Il a toutefois ajouté que ces pénuries avaient peu de chances de déclencher des manifestations généralisées dans le système politique russe, étroitement contrôlé. « Il y a certes un choc, mais l’absence de moyens réels d’influencer la situation – et les risques associés à toute tentative en ce sens – rendent les manifestations peu probables. »
La situation semble devoir s’aggraver. Voici une publication sur les médias sociaux d’un résident d’Omsk qui observe les frappes de drones : « Ne perdez pas une seconde. Tous ceux qui ont une auto et qui me regardent : filez à la station-service! Les files d’attente vont devenir folles. »
Et voici un témoignage expliquant comment les éleveurs de chevaux russes font état d’une hausse des ventes, car un cheval coûte désormais moins cher à entretenir qu’une auto; regardez la vidéo du cavalier au galop devant la file d’attente interminable à la station-service.
L’Ukraine a résisté aux attaques russes contre ses infrastructures énergétiques principalement en se diversifiant : comme Paul Hockenos l’a rapporté l’hiver dernier, le pays connaît une révolution rapide dans le domaine des énergies renouvelables
Selon les estimations de l’Association ukrainienne de l’énergie solaire, le pays a installé au moins 1,5 gigawatts de nouvelle capacité de production solaire en 2025 — suffisamment pour alimenter environ 1,1 million de foyers — et les opérateurs de réseau ont l’intention de presque doubler la production d’énergie renouvelable du pays au cours des quatre prochaines années.
« La transition énergétique de l’Ukraine n’est pas un simple slogan », affirme Ievgeniia Kopytsia, analyste ukrainienne en énergie à l’Institut pour la protection du climat, l’énergie et la mobilité. « Depuis le début de l’invasion à grande échelle, l’Ukraine a ajouté plus de 3 gigawatts de nouvelle capacité en énergies renouvelables. Il s’agit d’une transformation motivée par des impératifs de sécurité, qui se déroule dans des conditions extrêmement contraignantes et qui privilégie la décentralisation, la flexibilité et la rapidité de rétablissement. »
En termes très simples, un seul missile peut mettre hors service une centrale au gaz. Mais comme l’explique Jeff Oatham, de DTEK, la plus grande entreprise énergétique d’Ukraine et son plus important investisseur privé dans le secteur de l’énergie,
« il faudrait environ 40 missiles pour causer des dommages équivalents à la capacité d’un parc éolien. »
L’énergie solaire constitue également une cible peu attrayante. « Attaquer des installations solaires décentralisées n’est pas rationnel sur le plan économique », affirme Olena Kondratiuk, experte ukrainienne en énergie. « Les missiles et les drones coûtent cher, et perturber de manière significative ces systèmes nécessiterait un grand nombre de frappes, alors que l’impact global sur le réseau énergétique resterait limité. » Les parcs solaires et éoliens peuvent fonctionner même lorsque certaines de leurs parties sont hors service.
En effet, le soleil, le vent et les batteries ne sont pas comparables au pétrole : ce sont de petites composantes d’infrastructure interchangeables, faciles à remplacer. Il n’y a pas de goulots d’étranglement comme les raffineries, les pétroliers et les terminaux; il n’y a pas de défaillance en cascade. Mon toit est recouvert de panneaux solaires, et j’imagine qu’un saboteur pourrait appuyer une échelle contre le mur, grimper là-haut avec un marteau et causer des dégâts. Mais cela ne mettrait pas le réseau électrique de toute la Nouvelle-Angleterre hors service; ce serait un problème, pas une crise. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’aucun saboteur rationnel ne se donnerait jamais cette peine.
Et dès lors que l’on peut faire fonctionner des autos, des thermopompes et des cuisinières grâce à l’électricité produite par ces panneaux et ces éoliennes, on est bien mieux protégé contre les attaques. Si Vladimir Poutine disposait d’une Russie électrifiée, il s’inquiéterait bien moins des drones ukrainiens. Bien sûr, si le monde fonctionnait à l’électricité, la Russie n’aurait jamais pu constituer le trésor nécessaire pour se comporter comme une bête belliqueuse.
Écoutez, les dirigeants mondiaux devraient passer rapidement à l’énergie propre, car c’est la seule arme évolutive dans la lutte contre les changements climatiques. Mais je m’accommoderai de n’importe quelle motivation — et je considérerai comme un véritable avantage si un monde plus propre est aussi un monde où il est plus difficile d’attaquer ses voisins, car ils ne disposent pas d’infrastructures vulnérables. Les retombées de paix issues du soleil et du vent pourraient être bien réelles.
Autres nouvelles sur l’énergie et le climat :
+Guy Trebay rapporte que pour les riches, les changements climatiques posent moins de problèmes — ils installent des « salles de neige » dans leurs manoirs et sur leurs yachts.
Une salle de neige est plus ou moins l’opposé d’un sauna — un espace semblable à une grotte, fait de glace et de neige. Dans certaines, des flocons blancs tombent doucement du plafond pour créer l’impression d’être à l’intérieur d’une boule à neige.
Le milliardaire de l’industrie pétrochimique Mukesh Ambani en a fait installer une à Antilia, le gratte-ciel de Mumbai, en Inde, où réside sa famille. Le superyacht Serene, de 440 pieds, appartenant au prince héritier Mohammed ben Salmane d’Arabie saoudite, en possède également une.
Je me contenterai de noter que ce sont précisément ces personnes-là qui ont fait grimper la température en flèche.
Pendant ce temps, le Wall Street Journal rapporte que le nouvel accessoire que toutes les « filles branchées » convoitent est un VUS vintage qui consomme beaucoup d’essence, pour lequel elles sont prêtes à payer le prix fort.
Dans les quartiers chics et les stations balnéaires huppées, les voitures de luxe flambant neuves ont perdu de leur importance en tant que symbole de statut social. À la place, les jeunes femmes rêvent de VUS tout-terrain rétro. Ce sont des autos de « filles branchées » — des accessoires destinés à être exhibés sur les médias sociaux.
« Je vais simplement m’asseoir dans un café et regarder un million de filles prendre une photo devant mon auto », a déclaré Tezza Barton, une créatrice de contenu et fondatrice de 35 ans de Los Angeles qui s’est procuré l’an dernier un VUS Mercedes-Benz 230GE à toit souple de 1995, de couleur brune, pour environ 100 000 $. « C’est la toile de fond parfaite. »
Les autos classiques ont toujours fasciné les collectionneurs. Aujourd’hui, l’intérêt pour les Jeeps d’époque, les Land Rover Defender et les Ford Bronco est en plein essor chez les femmes prêtes à payer le prix fort pour des autos anciennes, au mépris des coûts d’entretien sans fin. Kendall Jenner possède un Toyota Land Cruiser de 1989. Sydney Sweeney a été aperçue à Los Angeles au volant d’un Bronco rouge de 1969 qu’elle a restauré elle-même. La méga-influenceuse Alix Earle publie souvent des photos d’elle à l’intérieur de camionnettes d’époque et de Broncos.
Dans ce cas-ci, je me contenterai de noter que si elles continuent ainsi, elles seront des filles en vogue à plus d’un titre
+Andy Revkin raconte l’histoire du Clearwater — le magnifique sloop de Pete Seeger, aujourd’hui décédé, qui naviguait sur la rivière Hudson — qui a été expulsé d’un défilé de grands voiliers pour avoir osé évoquer la question des changements climatiques
Le Clearwater a été retiré de la parade nautique « Sail4th 250 » par la Garde côtière américaine (USCG) et escorté hors de la zone d’exclusion par la Garde côtière américaine, la Marine américaine et la police de New York (NYPD).
Le capitaine Rory Kane a demandé pourquoi, et on lui a répondu que cette exclusion était due à la présence de bannières sur lesquelles on pouvait lire : « Sauvez la Loi sur l’eau propre et les droits des Autochtones, la justice raciale, les solutions climatiques ».
Un représentant de Sail4th 250 a informé le capitaine que la décision « ne relevait pas de leur autorité ».
+Juste pour que les chiffres soient clairs : les efforts de Trump pour freiner les projets solaires et éoliens mettent au placard au moins 92 gigawatts d’énergie propre et abordable, rapporte Catherine Boudreau
Selon une analyse de Wood Mackenzie, des projets d’énergie renouvelable en phase de démarrage, d’une valeur de plus de 121 milliards de dollars, risquent d’être bloqués par le ministère de l’Intérieur au niveau des permis.
Ce total représente un portefeuille de 92 gigawatts de projets solaires, éoliens et de stockage par batterie prévus sur des terres fédérales et privées jusqu’en 2029. Ils pourraient faire l’objet d’un examen plus rigoureux de la part du ministère de l’Intérieur en vertu de cinq politiques publiées l’an dernier — dont une qui exige que le bureau du secrétaire Doug Burgum approuve les permis plutôt que les fonctionnaires de carrière. L’analyse de Wood Mackenzie n’inclut pas les quelque 29 gigawatts de projets éoliens terrestres que le Pentagone bloque également, invoquant des préoccupations de sécurité nationale.
Combien cela nous coûtera-t-il? Une nouvelle modélisation montre que répondre à la demande croissante en électricité à l’aide d’énergies renouvelables permettrait au pays d’économiser 5 milliards de dollars par année par rapport à l’utilisation de combustibles fossiles.
Par ailleurs, une nouvelle étude montre que les coûts liés à l’utilisation du gaz pour produire de l’électricité sont systématiquement sous-estimés. Comme l’écrit Cassady Craighill
Alors que les services publics sollicitent souvent l’approbation de nouvelles centrales au gaz en se basant uniquement sur leurs coûts de construction initiaux, une nouvelle analyse réalisée par Current Energy Group et GridLab révèle que ces « prix affichés » omettent toute une série de coûts d’infrastructure cachés, notamment les contrats obligatoires à long terme pour le transport garanti par gazoduc, le stockage du gaz et l’équipement de traitement du gaz.
La prise en compte de ces engagements fixes liés au combustible, s’étalant sur plusieurs décennies, gonfle systématiquement le coût réel d’un projet pour les consommateurs d’environ 30 %, ce qui altère considérablement sa compétitivité économique par rapport aux ressources énergétiques plus propres. C’est comme établir un budget pour l’achat d’une nouvelle maison et d’une nouvelle auto l’année prochaine, sans tenir compte des frais de clôture et des honoraires d’agent immobilier, des factures de services publics, des frais de déménagement, de l’assurance, des taxes, de l’essence et de l’entretien.
+Alors que des vagues de chaleur extrêmes frappent une grande partie de la planète, Cam Fenton propose un récit remarquable à l’occasion d’un anniversaire sur ce qui pourrait être la plus grande anomalie de « dôme de chaleur » jamais observée, la catastrophe de 2021 qui a vu les températures atteindre 121 F en Colombie-Britannique
Pour la plupart des ambulanciers paramédicaux de Vancouver, la relève a lieu vers 6 h du matin, lorsque l’équipe de nuit part et que l’équipe de jour prend la relève. Il fait généralement frais, surtout à Vancouver, où la brise océanique contribue à tempérer les températures. Mais le 28 juin 2021, il faisait déjà 22 °C et la température continuait de grimper lorsque Jayne Hamilton a commencé son quart de travail.
« Je savais qu’il allait faire chaud, je savais que ça allait être insupportable », explique-t-elle. « Mais même en sachant cela, je ne me rendais pas compte à quel point il allait faire chaud. »
Tout comme Ackerman, Hamilton a été immédiatement dépêchée sur les lieux d’un arrêt cardiaque. À peine avait-elle terminé cette intervention qu’on l’envoyait vers une autre.
« Entre le deuxième et le troisième, on a commencé à dire à voix haute que “ce n’est pas normal” », raconte-t-elle. « Quand on en est déjà à trois arrêts cardiaques avant 10 h du matin, c’est bizarre. »
Mme Hamilton est une ambulancière spécialisée en soins avancés. En tant que spécialiste affectée aux urgences les plus graves, elle a suivi une formation plus poussée que les ambulanciers de soins primaires qui constituent l’essentiel du service d’ambulance. Mais même avec cette spécialisation, Mme Hamilton explique qu’une « semaine chargée en arrêts cardiaques » correspondrait à trois cas au cours d’un bloc de travail de quatre jours. Or, le 28 juin, elle dit avoir répondu à 11 des 27 appels qui sont apparus sur son écran de répartition.
« Ça semblait interminable, comme une avalanche sans fin », dit-elle.
+Les dix nouveaux lauréats du prix Keeling Curve ont été annoncés la semaine dernière. Parmi eux figurait le Barefoot College International, qui forme des femmes des régions rurales au métier d’ingénieure en énergie solaire.
+Brandon Loomis a publié un excellent article dans l’Arizona Republic détaillant à quel point la situation se détériore sur le fleuve Colorado
Le débit naturel — terme désignant le volume d’eau qui passerait probablement par Lees Ferry s’il n’y avait pas le barrage et les autres réservoirs situés en amont — s’élevait en moyenne à 15,2 millions d’acre-pieds au XXe siècle, selon Brad Udall, chercheur en sciences du climat au Colorado Water Center de l’Université d’État du Colorado.
Au cours de ce siècle, jusqu’à présent, il n’a atteint en moyenne que 12 millions. La différence s’élève à 80 millions d’acre-pieds sur les 27 années écoulées depuis que le réservoir a oscillé pour la dernière fois près de sa capacité maximale dans les années 1990 — un volume d’eau perdue depuis 2000 qui aurait pu remplir plus de trois fois la capacité de stockage du lac Powell.
Le débit annuel moyen au cours de la pire période de 27 ans du XXe siècle était supérieur de plus d’un million d’acres-pieds à celui observé pendant cette mégasécheresse. Les sept dernières années ont été encore plus sombres, avec une moyenne de seulement 10,2 millions d’acre-pieds. Même comparées à la pire période de sept ans du XXe siècle, les sept dernières années ont entraîné un déficit annuel de 1,7 million, une perte qui représente plus de cinq fois la quantité d’eau que Phoenix, la cinquième plus grande ville des États-Unis, fournit à ses abonnés.
et ce qui se passe n’est un secret pour personne
Le bassin du fleuve Colorado se réchauffe à un rythme de 3 degrés Celsius par siècle, a déclaré M. Udall, contre une moyenne mondiale de 2 degrés. Chaque degré Celsius devrait réduire le débit du fleuve Colorado de 9 % supplémentaires en raison d’une évapotranspiration accrue, a-t-il ajouté, citant une étude de 2020 menée par des scientifiques de l’U.S. Geological Survey publiée dans la revue Science.
+Emily Pontecorvo rend compte des dernières mesures prises par l’administration Trump pour mettre fin définitivement aux normes d’efficacité énergétique des appareils électroménagers
Selon l’Appliance Standards Awareness Project, les modifications apportées à la « Process Rule » menacent la possibilité de générer des économies substantielles pour les consommateurs. Le groupe estime que, compte tenu des récentes avancées technologiques, la prochaine série de mises à jour des normes du ministère de l’Énergie (DOE) pourrait permettre à un ménage américain moyen d’économiser 160 $ par année sur ses factures de services publics, et aux entreprises d’économiser collectivement 15 milliards de dollars en coûts d’exploitation annuels sur une période de 20 ans. Le groupe prévoit également que ces normes mises à jour pourraient réduire la demande de pointe en électricité estivale de 34 gigawatts d’ici 2040, ce qui équivaudrait à retirer la ville de New York du réseau. Il y a bien sûr aussi des avantages sur le plan climatique : une réduction estimée à 800 millions de tonnes métriques d’émissions de carbone d’ici 2050.
+Diffusion en ligne ce soir du nouveau documentaire important Vs Goliath, qui retrace la lutte épique menée pour empêcher des projets d’aménagement encore plus dangereux dans le « Cancer Alley »
+Nous avons l’habitude de considérer les « sombres usines sataniques » comme les lieux où la consommation de combustibles fossiles a véritablement pris son essor, mais un nouveau livre soutient que c’est en réalité dans les foyers, en particulier dans les Pays-Bas, que cela s’est produit. Wout Saelens s’appuie sur
des inventaires successoraux, des manuels ménagers, des journaux intimes, des traités médicaux et des œuvres d’art contemporaines pour révéler comment les ménages des Pays-Bas au début de l’époque moderne ont adopté la tourbe et le charbon pour répondre à de nouvelles normes en matière de chaleur, d’éclairage et de vie domestique.
+Le Glacier Challenge bat son plein, et si vous gagnez, vous pourriez faire partie des 18 personnes qui se rendront en Colombie pour travailler à la restauration des glaciers
+Une nouvelle étude fascinante établit un lien étroit entre les cuisinières à gaz et l’asthme
Au début de l’étude, 10 personnes (11,8 %) avaient consulté un service d’urgence ou avaient été hospitalisées au cours des 4 dernières semaines. Lors du suivi, 3 personnes (3,5 %) avaient été admises à la salle d’urgence ou hospitalisées au cours des 4 dernières semaines (différence absolue de -8,2 %, IC à 95 % : de -16,2 % à -3,4 %). On a également observé des améliorations significatives au chapitre des jours d’absence au travail ou à l’école. Les concentrations de NO2 à l’intérieur ont diminué, passant de 21,0 à 6,3 ppb (variation de -14,7, IC à 95 % : de -20,8 à -8,7).
+Si vous considérez toujours cela comme une « énergie de remplacement », il est grand temps de revoir vos a priori. L’infatigable Mark Gongloff rend compte de l’ampleur considérable de l’économie verte
Un rapport récent du London Stock Exchange Group Plc (LSEG) a révélé que les entreprises de l’« économie verte », c’est-à-dire celles qui tirent une part importante de leurs revenus d’activités telles que l’énergie propre, l’efficacité énergétique et la gestion de l’eau, affichent désormais une valeur boursière totale de 10 billions de dollars. S’il s’agissait d’un secteur à part entière, il serait plus important que celui des soins de santé et occuperait la troisième place mondiale, derrière les secteurs de la technologie et de l’industrie.
Depuis 2008, les valorisations de ces entreprises ont augmenté de 18 % par année, contre 12 % pour l’ensemble du marché, selon le rapport. Leurs actions ont surperformé les actions mondiales de 133 %. Un échantillon représentatif de ces entreprises, l’indice FTSE Environmental Opportunities All Share, a surpassé l’indice FTSE Global All-Cap de 12 % l’année dernière.
En fait, ce secteur méconnu vient de connaître l’une de ses meilleures années de son histoire, malgré le fait que de nombreux gouvernements et entreprises à travers le monde aient renoncé à leurs engagements d’avant l’ère Trump visant à réduire à zéro les émissions de carbone pour éviter le pire du réchauffement planétaire. Les revenus verts ont augmenté de 5,3 % l’année dernière, soit la croissance la plus rapide depuis 2022, année de l’adoption de la Loi sur la réduction de l’inflation (IRA) du président Joe Biden.
Les preuves s’accumulent pour montrer que l’économie verte est entrée dans une nouvelle phase, où ses performances économiques en rapide amélioration lui confèrent une immunité durable face aux caprices de la politique. Alors même que les rêves de l’Accord de Paris de 2015, de la neutralité carbone, de l’IRA et bien d’autres encore se sont effondrés, la technologie capable de concrétiser certains de ces rêves n’a fait que prendre de l’élan.
« Ce que les données de la LSEG nous montrent, c’est que la résilience de l’économie verte ne dépend plus de la politique », a déclaré dans un communiqué Matthew Roling, directeur exécutif fondateur de l’Abrams Climate Academy à la Kellogg School of Management de l’Université Northwestern. « La sécurité énergétique, la fiabilité du réseau et la sécurité de la chaîne d’approvisionnement sont désormais les principaux moteurs. Ce sont là des arguments qui trouvent un écho dans les conseils d’administration. Il s’agit d’une base nettement plus durable que ne l’a jamais été le consensus de l’Accord de Paris. »
+Ketan Joshi présente les chiffres illustrant à quelle vitesse les géants de la technologie font grimper leur consommation d’électricité pour que l’IA continue de nous fournir toutes les hallucinations dont nous pourrions rêver :
Je ne savais pas trop à quoi m’attendre du dernier rapport climatique de Google, mais bon sang, je ne m’attendais pas à ça.
La consommation totale d’électricité de l’entreprise a bondi de 31 térawattheures (TWh) en 2024 à 43 TWh en 2025. Il s’agit très clairement de la plus forte augmentation de leur consommation d’électricité jamais enregistrée, ce qui les place loin devant Microsoft. Cela reflète presque certainement l’appétit énergétique obscène de leurs systèmes d’IA générative, toujours plus volumineux et en constante expansion, et confirme les avertissements que nous lançons depuis plusieurs années déjà.
Autrement dit, Google consomme plus d’électricité que la Nouvelle-Zélande, le Nigeria ou le Maroc.
Google ne prend même pas la peine de prétendre être en voie d’atteindre ses objectifs climatiques. Mélangez les décisions insensées de dirigeants en proie à la peur de passer à côté (FOMO) avec l’outil logiciel le plus incroyablement inefficace que les géants de la technologie aient jamais créé, et vous obtenez une entreprise autrefois efficace transformée en une véritable bombe climatique à la manière du Bitcoin, étrangement toujours convaincue qu’elle sauve la planète.
+Pour revenir à notre point de départ, voici une histoire en quelque sorte belle qui nous vient d’Ukraine. Il s’avère que lorsque les Pays-Bas (qui ont une certaine tradition en matière de moulins à vent) remplacent leurs éoliennes par des modèles plus modernes, ils envoient les anciennes en Ukraine, pays en proie à des conflits, car celles-ci ont encore de nombreuses années de vie devant elles. Comme le rapporte Yuri Zoria
Un entrepreneur ukrainien nommé Serhii en a déjà acheté six. Il dirige une usine dans le sud qui extrait de l’huile de graines pour le marché mondial, et il souhaite que neuf éoliennes soient installées sur une colline voisine d’ici la fin de l’année. Son approvisionnement en électricité en est la raison. Le réseau lui fournit environ deux heures d’électricité, puis dix heures sans. Une seule éolienne néerlandaise peut changer la donne.
La guerre touche également les machines — les attaques russes visent non seulement les sous-stations et les centrales électriques conventionnelles, mais aussi les parcs solaires et éoliens. Un drone russe a heurté les pales de l’une d’entre elles, a déclaré Serhii, et son équipe s’est mise à la réparer. Il prévoit en commander trois autres avant la fin de l’année.
Liste évolutive des articles traduits par Gilles en vrac
Les caractères gras dans le texte sont de l’auteur.e
