Nate Hagens reprend, en la développant, la fameuse pyramide des besoins de Maslow. J’ai traduit celle de Hagens :

Comme c’est souvent le cas les réflexions de Nate font du bien. Je vous invite à lire son essai : La pyramide de consommation. Ça nous (me) change des débats de plus en plus byzantins entourant l’IA !
L’intelligence artificielle au cœur de la modernisation de l’État, dit Québec.
Le ministère de la Cybersécurité et du Numérique publie le Portrait des utilisations de l’intelligence artificielle dans l’administration publique (ci-après le Portrait), qui présente l’ensemble des initiatives en intelligence artificielle (IA) en développement ou en production au sein des organismes publics, à l’exception des initiatives en lien avec la cybersécurité.
On peut aussi se procurer les données fondant ce Portrait (pour 2025 et 2024) au format CSV ou Excel sur le portail Données Québec.
Cet engouement pour l’IA dans les officines gouvernementales, qui se donne des airs de transparence avec un fichier .xlsx, nous enferme encore plus profondément dans la dépendance aux technologies propriétaires américaines, alors que nous devrions contribuer par nos efforts (financiers, en données, en temps) à la construction d’une IA qui nous appartienne, qui soit sous le contrôle de la collectivité et qui lui profite avant d’enrichir les oligarques américains. Incidemment, les propriétaires (ou fournisseurs externes) des différentes « solutions IA » énumérées ne sont même pas identifiés dans le fichier gouvernemental. Autant pour la transparence et l’utilité de tels fichiers de données « ouvertes ».
La Suisse, avec son Apertus, a construit une telle IA souveraine, rapportent Nathan Sanders et Bruce Schneier dans un article du G&M : OpenAI a démontré qu’on ne pouvait pas lui faire confiance.
Si on doit suivre l’utilisation que fait le gouvernement de ces outils, il faudrait savoir de qui nous devenons dépendants dans l’utilisation de ces « baguettes magiques »… et combien cela nous coûte, en argent, en opportunités (systèmes fermés, à faible interopérabilité), en données (d’usage, de traitement) et en temps et ressources consacrées à l’appropriation et la formation.
J’hésite à ajouter mon grain de sel dans une soupe déjà assaisonnée. Claude a été utilisé au cours de l’attaque contre l’Iran. Un camouflet de plus sur les prétentions à l’indépendance et la hauteur morale de Anthropic. Dario Amodei, cofondateur et PDG de Anthropic, publiait The Adolescence of Technology1L’adolescence de la technologie en janvier dernier, une vaste (20 000 mots) description des enjeux entourant le développement et l’adoption de l’IA. Ce n’est pas un scénario catastrophe comme Citrini en a diffusé (voir sa critique sur Grand Continent) un récemment, ou encore la semaine précédente, c’était Matt Shumer qui faisait frémir la bourse avec Something Big is Happening.
Ce n’est pas non plus le rêve éveillé d’un technophile qui ne touche plus terre… comme Jack Clark, co-fondateur de Anthropic, se plaisait à le faire en entrevue avec Klein. Voir la transcription de cette entrevue : À quelle vitesse les agents IA vont-ils boulverser l’économie.
C’est un discours plus responsable que celui d’un Sam Altman (La vision anti-humaine du monde de Sam Altman). Mais un discours qui est, lui aussi, pas mal détaché des conditions environnementales et matérielles qui le rendent possible. Dans Un pays de génies, Nate Hagens analyse et critique la proposition de Amodei. Sur l’autoroute du progrès, il vaut mieux avoir la plus grosse cylindrée… mais ne pas trop se demander où mène cette autoroute.
L’hubris des développeurs de l’IA les a conduit à soutenir l’autoritarisme d’un T. afin de freiner toute règlementation publique au nom de la compétition avec la Chine et, surtout, dans le but de maintenir, renforcer la domination américaine sur le domaine. Mais comme le souligne Henry Farrell, l’appui d’un pouvoir arbitraire peut s’avérer instable et bien temporaire ! Qui sont les perdants de la lutte Anthropic ? Peut-être Elon Musk et Alex Karp. Le même Farrell ajoutait le lendemain L’IA est une technologie bureaucratique. Tout comme la guerre.
Notes
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