recherche sociale sous influence

Juste ce court billet pour signaler les articles traduits récemment qui portent sur la transformation des conditions et du financement de la recherche sociale.

Dans un article publié dans le New York Times le 6 septembre dernier, Henry Farrell, Alison Gopnik et James Evans dénoncent les coupures drastiques faites par la National Science Foundation dans le financement de la recherche en sciences sociales. J’ai traduit cet article : La recherche dont nous avons besoin pour comprendre l’intelligence artificielle est en train de s’effondrer. Dans le même temps les entreprises dominantes du domaine de l’IA ont versé le double du financement perdu.

Sous l’administration Trump, la National Science Foundation, qui finance la plupart des recherches en sciences sociales aux États-Unis, n’accorde aucune subvention aux recherches traditionnelles en sociologie, en économie ou en sciences politiques, dans le cadre d’un effort plus large visant à démanteler complètement les activités de l’agence dans ces domaines.

Parallèlement, OpenAI et Anthropic souhaitent tous deux que les spécialistes en sciences sociales fournissent des orientations sur la manière dont la société peut aider les travailleurs déplacés, refondre les systèmes fiscaux, moderniser les aides au revenu et peut-être même commencer à envisager une certaine forme de propriété publique de l’IA. La Fondation OpenAI, qui détient une participation de 26 % dans OpenAI, a engagé 250 millions de dollars dans des projets visant à comprendre et à soutenir la transition vers une économie centrée sur l’IA, ainsi qu’à en partager les bénéfices. Anthropic consacre 200 millions de dollars à « une recherche externe ambitieuse sur les interventions visant à préparer la société aux impacts économiques de l’IA ». Au total, cela représente plus du double des 216 millions de dollars que la NSF avait budgétisés pour les sciences sociales en 2024, avant tout changement administratif.

Farrell poursuivait sa réflexion dans un billet Substack publié le 12 septembre (ma traduction) : Comment les sciences sociales devraient-elles aborder l’IA? Il y dévoile le type de « collaboration » entre les grands de l’IA et certains chercheurs, notamment en mathématiques. J’y (re)découvre cet article publié dans la revue Science en mars 2025 par Farrell et al. qui m’apparaît plus abordable (et plus court) que d’autres publiés depuis. Aussi je l’ai traduit : Les grands modèles d’IA sont des technologies culturelles et sociales.

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La nouvelle question nationale

Un long article, The New National Question, 18000 mots soit plus d’une heure trente de lecture, par Benjamin Kunkel dans le dernier numéro de New Left Review. La question est pertinente, et les références sont solides, notamment le Taking Back Control? de Wolfgang Streeck que j’ai lu aussitôt sorti1Voir aussi l’entrevue avec l’auteur La « gouvernance mondiale » est une chimère car j’avais beaucoup apprécié en 2015 son Du temps acheté La crise sans cesse ajournée du capitalisme démocratique (2014).

Le questionnement de la « mondialisation » et l’affirmation des intérêts nationaux a été surtout le fait de la droite au cours des dernières décennies. Kunkel fait l’histoire de cette critique du néolibéralisme triomphant, et la remontée d’un nationalisme économique, tant à droite qu’à gauche. En s’appuyant sur plusieurs études récentes…

Il conclut sur une note souhaitant que la gauche se saisisse de l’opportunité pour construire un bloc d’États-nations, « un réseau d’accords bilatéraux ou multilatéraux entre — idéalement, des États écosocialistes — qui limiteraient leur propre consommation de ressources et leur pollution environnementale à des niveaux compatibles avec la viabilité de sociétés complexes ».

J’ai donc traduit l’article de Kunkel : La nouvelle question nationale (18 470 mots, 98 minutes de lecture) et j’ai même demandé à Claude de produire un résumé (477 mots) qui me semble, après lecture de l’original, assez fidèle. Un résumé qui, je crois bien, vous incitera à plonger dans le texte complet.

Notes

santé publique, municipalités et fédéralisme

Une série de fiches ont été créées. Je reprend ici le libellé du site.

Gouvernance municipale et santé publique au Canada
Les municipalités agissent sur de nombreux facteurs qui influencent la santé et le bien-être, ce qui en fait des partenaires importantes pour la santé publique. Mais comment mieux comprendre les dynamiques et processus municipaux pour se positionner efficacement? Le Centre de collaboration nationale sur les politiques publiques et la santé propose une collection de fiches sur la gouvernance municipale. Les trois premières fiches portent sur le rôle du conseil municipal, sur celui de l’administration municipale et sur le déroulement du processus décisionnel dans les municipalités. Elles proposent aux équipes de santé publique des repères sur quand, comment et auprès de qui intervenir dans leurs démarches de collaboration avec des municipalités.   

L’INSPQ disparait !

J’ai appris dans l’article de l’Actualité Les Québécois, champions de la longévité, que l’INSPQ sera aboli en avril 2027.

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Conférence de Ben Recht

Après avoir traduit la transcription de cette conférence de Ben Recht, auteur de The Irrational Decision: How We Gave Computer the Power to Choose for Us, j’ai voulu voir comment je pourrais regarder la vidéo en même temps que lire la transcription. Notamment parce qu’il y a dans la vidéo des illustrations que je ne voulais pas avoir à recopier (par saisies d’écran). J’ai d’abord pensé fonctionner en deux fenêtres en parallèle puis je me suis rendu compte qu’en cliquant sur l’icône de « plein écran » en bas à droite, cela faisait se dérouler la vidéo dans une fenêtre « flottante » qui restait au dessus de la page alors que je pouvais dérouler le texte de la transcription. Cool. Mais pas autant que cette conférence de cet auteur-professeur que je lis régulièrement sur Substack.

La vidéo ci-contre ne fait qu’illustrer ce que je viens de dire… pour voir la transcription française et la conférence c’est sur cette page.

Correction : ce n’est pas sur l’icône « plein écran » qu’il faut cliquer mais plutôt sur l’icône « incrustation »(pour lecture d’une vidéo en mode incrustation). Il y avait confusion car les deux icônes étaient superposés. L’icône apparaît lorsque la vidéo est lancée.

environnement, médias et réseaux sociaux

Ces quelques notes pour pointer vers des articles et publications colligés récemment.

A) Autour de la question environnementale

courlis

Le syndrome de la ligne de référence mobile explique sans doute une bonne partie de notre indifférence collective à l’égard de la disparition de tant d’espèces vivantes, de la réduction de la biosphère comme « peau de chagrin ». Dans Le vide que nous appelons abondance, Elisabeth Robson, en s’appuyant sur Sea of Slaughter de Farley Mowat rappelle et illustre ce principe :

Quelqu’un qui a grandi en voyant des milliers de courlis passer au-dessus de sa tête en vient à considérer des centaines comme une petite volée. Ses propres enfants, qui n’en ont jamais vu que des centaines, grandissent en pensant qu’en observer cinquante, c’est une bonne journée d’observation des oiseaux. Leurs petits-enfants, qui n’en ont vu que cinquante, considèrent un seul courlis comme une merveille qui vaut le déplacement. Quant à leurs arrière-petits-enfants, ils ne voient plus du tout cet oiseau et n’ont aucune raison particulière de remarquer son absence.

Toujours en s’appuyant sur Sea of Slaughter de Farley Mowat, la même Elisabeth Robson dans Le dernier pays de Nanuk retrace la disparition des ours blancs de la côte est de l’Amérique du nord. Je ne savais pas qu’il y avait eu tant d’ours blancs sur l’île d’Anticosti !

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Quelles communautés ?

Extraits de Où vit la communauté ? de Laurens Hof, 18 février 2026.

« La façon la plus simple de comprendre ActivityPub est de considérer que les serveurs s’échangent des messages. Une personne sur un serveur peut suivre une personne sur un autre serveur, et lorsque l’une ou l’autre publie quelque chose, son serveur transmet ce message à l’autre.

« Vers 2023, Mastodon traitait les serveurs comme une infrastructure invisible; en 2026, Mastodon souhaite que les serveurs soient des communautés. PeerTube les traite comme des contenants institutionnels pour des bibliothèques vidéo auto-hébergées, la fédération étant une fonctionnalité secondaire. 

« Là où ActivityPub s’organise autour du serveur en tant qu’unité sociale, ATProto s’organise autour des données.

« Les fils d’actualité organisent ce que les individus voient sans créer d’espaces partagés, de gouvernance partagée ni d’appartenance partagée. Dans la mise en œuvre par défaut de Bluesky, vous faites défiler un fil d’actualité, mais vous n’en faites pas partie. L’absence d’infrastructure communautaire au niveau du fil d’actualité découle directement de la raison d’être de ces fils : ils répondent à un besoin de curation individuelle, et non d’organisation collective.

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Harrison White, sociologue des réseaux

L’auteur est qualifié de leader de la « révolution de Harvard » en matière de sociologie, amenant les chercheurs à délaisser l’étude des individus et leurs personnalités pour s’intéresser plutôt aux modèles de relations et de connectivité, donnant ainsi naissance à l’analyse des réseaux sociaux moderne. L’article publié en mars 2025 dans La vie des idées, Harrison White, pionnier de l’analyse des réseaux1C’est la meilleure introduction aux concepts développés par White dans Identité et contrôle que j’ai trouvée., par Alain Degenne, spécialiste de la sociologie des réseaux et les deux traducteurs de Identité et contrôle, Frédéric Godart et Michel Grossetti, résume bien la contribution de White à la sociologie contemporaine.

D’entrée de jeu les sociologues français réfèrent à la notice nécrologique publiée par le New York Times en juin 2024, à l’occasion du décès du sociologue américain à l’âge de 94 ans : Harrison White, Groundbreaking (and Inscrutable) Sociologist, Dies at 94 (lien-cadeau). Ma traduction : Harrison White, sociologue novateur (et énigmatique), décède à l’âge de 94 ans.

À la lecture de ce dernier article, je me sens moins seul à trouver difficile la lecture de Identité et contrôle ! Comme racontaient ses étudiants de second cycle lors d’une rencontre d’anciens, en parlant du professeur White :

« Il se tenait debout devant la classe et parlait essentiellement au tableau noir, de sorte que personne ne pouvait entendre ni comprendre ce qu’il disait », a expliqué Mme Nelson.

Les assistants d’enseignement étaient censés expliquer, lors de petites séances de discussion, le contenu des cours magistraux.

« Mais eux non plus ne savaient pas de quoi il parlait », a-t-elle ajouté. « Ils se réunissaient donc pour s’entendre sur ce dont il pouvait bien s’agir. »

Mais l’article de Degenne, Godart et Grossetti me convainc, par ailleurs, de poursuivre mon effort !

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Notes

  • 1
    C’est la meilleure introduction aux concepts développés par White dans Identité et contrôle que j’ai trouvée. ↩︎

complémentarités : trois panels et une conférencière

Trois panels et une conférence « tenus « keynote » qui se sont tenus à Amsterdam en juin dernier autour du thème « Technologie et démocratie ». Le lancement d’une « pile sociale » européenne, avec l’appui des grands de l’Open source (qui sont souvent plus concurrents que collaborateurs) : sera-ce plus qu’une déclaration ? ; une discussion autour des relations entre médias traditionnels et réseaux sociaux : comment les grands médias (et leurs journalistes) peuvent-ils regagner la confiance de leurs publics ? Le projet d’incubateur d’espaces publics voudrait les aider; des leaders d’initiatives (dont le fondateur de Blacksky) basées sur l’Open social web (ATproto et ActivityPub) présentent leurs perspectives de développement.


Ce panel tenu lors du PublicSpaces Conference 2026 : Technology for Democracy, présentait la déclaration signée par les grands de l’Open : The European Social Stack.1[Voir La pile sociale européenne.]

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Notes

espaces publics, protocoles et communication

Déjà la fin juillet… comme le temps passe vite. L’an dernier, à pareille date (été 2025), j’étais en pleine chroniques habermassiennes : tombé sur deux revues qui avaient chacune publié un numéro spécial autour du concept d’espace public de Habermas, j’ai pris le temps de lire la vingtaine d’articles après les avoir traduits. Une réflexion qui s’est poursuivie en mars dernier, alors que le grand philosophe nous quittait : Habermas, R.I.P. et Habermas, garçon de café ?

Ce n’est pas le concept d’espace public qui aiguillonnait mes lectures en cet été 2026 mais plutôt celui de protocoles, comme dans AT protocole et ActivityPub, les deux écosystèmes de codes ouverts qui soutiennent respectivement les réseaux sociaux Bluesky et Mastodon. Je souhaitais me faire une tête sur les enjeux et particularités de chacun de ces environnements, d’autant que j’avais trouvé quelques auteurs et textes qui me semblaient éclairants en la matière, en particulier Laurens Hof et Robin Berjon (voir liste plus bas). Cette recherche-réflexion n’est pas sans lien avec mon implication au conseil d’administration de Projet collectif, l’organisation responsable (entre autre chose) du développement de la plateforme En commun (comprenant les applications Passerelles, Praxis et bientôt Babillard).

Les quelques citations et références à Elinor Ostrom pour ancrer les principes de gouvernance des communautés en ligne me parlaient… mais je me suis demandé s’il ne fallait pas aller du côté de la sociologie des réseaux sociaux. Alain Degenne (Les réseaux sociaux; Sociologie des comportements intentionnels) mais aussi Harrison White avec son Identité et contrôle me semblaient des pistes à explorer pour trouver des outils d’analyse applicables aux réalités sociotechniques des communautés en ligne d’aujourd’hui. J’avais commencé la lecture de Identité et contrôle il y a des années. Une lecture ardue parce que Harrison White invente de nouveaux concepts ou transforme des concepts usuels rendant la compréhension difficile. J’ai trouvé quelques commentaires et chapitres qui m’introduisaient à Identité et contrôle que j’ai rassemblé ici Harrison White et Identité et contrôle.

Est-il possible que la méso-sociologie puisse aussi être utile ?

Le 26 juillet dernier un billet sur le fil de New_Public m’accrochait l’oeil : on y parlait d’incubateur d’espaces publics et Catherine Tait, ancienne PDG de Radio-Canada en était l’autrice. J’ai traduit ce billet et plusieurs autres qui décrivait cette initiatives menées depuis quelques années par plusieurs diffuseurs publics : Incubateur d’espaces publics.

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