« On fait davantage confiance aux personnes avec lesquelles on discute qu’à celles qui se contentent de nous parler. »
Traduction du compte-rendu du panel How the Public Spaces Incubator is building civic engagement.
10 juillet 2026
Lors du DW Global Media Forum de cette année, qui s’est tenu en juin à Bonn, en Allemagne, la PMA a animé une séance avec les membres du Public Spaces Incubator.

Au fil de plusieurs années de collaboration, le Public Spaces Incubator (PSI) a développé des prototypes numériques pouvant être intégrés aux plateformes des organismes de presse, permettant ainsi aux auditoires de s’engager, de discuter et de se rassembler dans un esprit civique. Ces prototypes sont désormais opérationnels et ont été déployés sur les plateformes des membres du PSI. Dans cette optique, la Public Media Alliance a animé une séance lors du Global Media Forum de cette année afin de faire le point sur le projet à ce jour.
Le Public Spaces Incubator a été lancé en 2022, dans le cadre d’un partenariat entre quatre organismes de médias de service public (PSM) – CBC/Radio-Canada, la RTBF (Belgique), la SRG SSR (Suisse) et la ZDF (Allemagne) – et un laboratoire de R-D sans but lucratif basé aux États-Unis, New_Public. Après une première phase de travail, l’ARD (Allemagne) et ARTE (France-Allemagne) se sont jointes au partenariat.1GB Il n’y avait pas l’Australie ? Voir : L’incubateur d’espaces publics annonce sa prolongation pour deux ans et l’entrée de l’ABC (Australie) et de l’ARD (Allemagne) dans ce partenariat de diffuseurs publics
Au départ, le projet visait à explorer la manière dont les gens découvrent les espaces en ligne qu’ils fréquentent et ce qu’ils en pensent. Les premiers résultats ont montré que de nombreuses personnes s’abstiennent de participer aux discussions en ligne en raison de leur toxicité et de la crainte d’être victimes d’abus. Mais surtout, ils ont également révélé que les gens souhaitaient une alternative – un espace où ils pourraient s’exprimer. À partir de là, les partenaires ont travaillé à l’élaboration des outils. À la fin du projet, en 2027, tous ces outils seront rendus open source et mis à la disposition d’autres entreprises médiatiques pour qu’elles puissent les déployer.2GB De là l’importance de l’interopérabilité et des protocoles utilisés pour développer ces outils…
Au cours d’une discussion d’une heure, animée par Kristian Porter, chef de la direction de la PMA3Public Media Alliance, les panélistes ont abordé les origines du projet et sa mission, les raisons pour lesquelles les médias de service public assument la responsabilité de concevoir de tels espaces, ainsi que les outils déjà mis en place sur les plateformes des médias publics.
Représentant le PSI lors de cette table ronde, il y avait : Chris Skinner,4directeur principal, Affaires et planification stratégique pour le développement de l’entreprise, de CBC/Radio-Canada, Samuel Profumo, 5chef des données et de l’IAde la RTBF, et Robert Amlung6, conseiller principal en innovation, de la ZDF.
Une transcription éditée de la discussion est disponible ci-dessous.
Kristian Porter : J’aimerais commencer par examiner la situation dans son ensemble. Pourquoi vos organisations souhaitent-elles mener des recherches, concevoir et développer ces espaces? Quel est le contexte et la force motrice dans chacun de vos pays?
Robert Amlung : Le point de départ a été de réaliser qu’au sein d’une grande entreprise comme la ZDF – nous sommes le premier diffuseur de télévision en Allemagne –, nous avons toujours agi de notre propre chef et, d’une certaine manière, nous ne faisions que prêcher aux gens. C’était une démarche très unidirectionnelle. Nous nous adressions à vous, le public. Or, dans le monde numérique d’aujourd’hui, nous réalisons de plus en plus que cela ne fonctionne plus ainsi. De nos jours, si l’on observe les plateformes numériques qui connaissent du succès, on constate qu’il s’agit de relations bidirectionnelles. Nous devons donc être capables d’écouter et de communiquer avec les gens.
Nous le faisons déjà, mais uniquement sur des plateformes qui ne nous appartiennent pas. Nous le faisons sur TikTok, YouTube et Instagram.
Mais cela ne peut pas être la solution. Et c’est là que nous avons lancé ce projet.
Samuel Profumo : En tant que diffuseur, nous avions l’habitude de nous adresser aux gens; c’était la façon de faire du journalisme et de transmettre l’information au public. Mais nous nous sommes ensuite demandé : pourquoi sommes-nous à la traîne dans le domaine du numérique? Et c’est évidemment en observant les géants de la technologie que nous avons compris les deux éléments principaux que les gens recherchent dans le numérique : la personnalisation et l’interactivité. Ces éléments n’étaient pas présents sur notre plateforme.
Nous avons également compris à cette époque que la façon dont ces éléments étaient intégrés dans les géants de la technologie posait un véritable problème en raison de la toxicité des discussions, notamment à cause de l’hyper-personnalisation qui enfermait les gens dans des « bulles de filtrage », par exemple. Nous avons donc conclu que nous devions proposer une solution plus conforme aux valeurs des médias de service public. C’est donc là que nous avons lancé le projet, en essayant de comprendre comment offrir aux gens de la personnalisation [et] de l’interactivité sur nos plateformes, mais sans les écueils du système actuel.
Chris Skinner : Pour notre part, nous avons réalisé qu’au cours des 10, 12 ou 15 dernières années, nous avons progressivement « externalisé » la conversation vers les grandes plateformes. Et au fil du temps, sur ces plateformes, on a constaté une augmentation de la toxicité, de la polarisation, de la mésinformation et de la désinformation. De plus, on s’est rendu compte que ces plateformes sont conçues pour des objectifs différents des nôtres, n’est-ce pas? Elles sont conçues et construites à des fins commerciales. En d’autres termes, pour générer des clics et de l’engagement. Et bien souvent, ces intérêts sont en contradiction avec l’intérêt du service public.
KP : Qu’entend-on par « engagement civique »?
RA : La question par laquelle nous avons commencé ce projet était la suivante : les gens sont-ils satisfaits de ce qu’ils trouvent sur les grandes plateformes? Parce que nous pensons que ce qu’on y trouve – la toxicité, toutes ces conneries, toutes ces personnes qui crient plus fort que les autres – n’est pas ce que les gens veulent, mais nous n’en étions pas sûrs, alors nous avons posé la question. Et nous avons eu le plaisir de recevoir la réponse que nous espérions : les gens ne sont pas satisfaits.
Alors, pourquoi ne sont-ils pas satisfaits? Parce que beaucoup de gens nous ont dit, lors de notre première étude : « Nous ne sommes pas satisfaits de ce que nous trouvons sur les grandes plateformes, car normalement, nous ne participerions pas à une conversation comme celles qui s’y déroulent. Nous nous contentons de garder le silence là-bas. » Il s’agit donc d’un débat sur les grandes plateformes mené par quelques personnes qui apprécient ce type d’engagement, mais beaucoup d’autres ne l’apprécient pas.
Nous avons pris cela comme point de départ et nous nous sommes dit : « Bon, que pouvons-nous faire de mieux? Si nous le construisons nous-mêmes, nous pourrons contrôler les algorithmes, nous pourrons contrôler la façon dont il est conçu. » Cela nous a donné un principe que nous appelons « Civility by Design » (la civilité par conception), ce qui signifie que nous voulons le concevoir à l’aide d’algorithmes, d’IA et d’idées ingénieuses issues de la pensée de conception, afin de faciliter la tâche à ceux qui ne correspondent pas au profil classique des utilisateurs de médias sociaux, mais qui souhaitent avoir une bonne conversation. Et c’est ce que nous essayons de réaliser.
« Nous estimons que l’équilibre réside davantage dans la possibilité d’entrer en contact avec les gens, de faire participer nos journalistes à la discussion, car, en fin de compte, cela aura des retombées positives. On fait davantage confiance aux personnes à qui l’on parle qu’à celles qui se contentent de nous parler. » – Samuel Profumo, chef des données et de l’IA, RTBF
KP : Aujourd’hui, nous parlons d’engagement civique, de cette civilité en ligne, à travers le prisme du Public Spaces Incubator (PSI), une initiative unique, notamment parce qu’elle est collaborative. Elle dépasse les frontières, ne se limitant pas à l’Europe, mais incluant également le Canada. Elle a par ailleurs bénéficié du soutien d’un autre organisme sans but lucratif. Pouvez-vous expliquer ce qu’est le PSI et qui en fait partie?
CS : Pour nous, l’élément clé était que le « I » signifie « Incubateur ». L’idée était de ne pas acheter une solution toute faite. Nous l’avions déjà fait. Nous avions acheté divers outils. Nous avions acquis différents outils de dialogue et de conversation que nous intégrions au contenu. Mais ceux-ci ne fonctionnaient pas pour nous. L’idée de l’incubateur était donc de partir d’un ensemble d’énoncés de problèmes liés à l’engagement civique et citoyen ainsi qu’aux valeurs des médias de service public. L’idée était la suivante : pourrions-nous faire quelque chose ensemble, de manière collaborative, qui nous permettrait d’atteindre les objectifs que nous nous étions fixés?
L’idée était : unissons nos forces. Mettons nos ressources collectives au service d’un projet qui nous soit mutuellement bénéfique à tous. Partageons les coûts. Partageons les risques. Nous partageons tous les mêmes valeurs; pouvons-nous donc produire quelque chose? Il y a un risque à cela : celui d’arriver au bout du projet sans avoir atteint tout ce que nous voulions réaliser. Mais nous étions assez certains que le problème était suffisamment important – c’était quelque chose dans lequel nous devions nous impliquer et que nous devions tenter.
KP : La dimension internationale du PSI est vraiment importante. Y a-t-il un avantage à ce qu’il soit international plutôt que de se concentrer uniquement sur, disons, le Canada ou la Belgique, par exemple?
CS : Il y a certainement un avantage à ce que ce soit un projet international. Nous le faisons déjà tout le temps dans le cadre de coproductions et de contenu. Il s’agit d’appliquer le même type de modèle à la conception et au développement de produits, comme nous le faisons avec le contenu. Et nous avons constaté qu’il y avait beaucoup de recoupements. Nous nous connaissions déjà auparavant, mais plus nous approfondissions les défis, les obstacles et les objectifs, plus nous nous rendions compte que nos points communs l’emportaient largement sur nos différences. Et là où nos approches divergent, cela n’a fait qu’ajouter de nouveaux éléments au développement du produit.
SP : Nous sommes un petit pays. Évidemment, nous devons proposer des solutions évolutives, ce que nous ne pouvons pas réaliser seuls du côté francophone de la Belgique. Nous avons eu l’occasion de collaborer avec New_Public – des experts chevronnés qui ont fait leurs preuves dans la conception de ce genre d’interfaces. Nous avons donc eu la chance de travailler avec eux, ce qui n’aurait pas été possible autrement.
« L’idée était la suivante : unissons nos forces. Mettons nos ressources collectives au service d’un projet qui nous profite à tous. Partageons les coûts. Partageons les risques. Nous partageons tous les mêmes valeurs; pouvons-nous donc créer quelque chose ensemble? » – Chris Skinner, directeur principal, Planification d’affaires et stratégique pour le développement de l’entreprise, CBC/Radio-Canada
KP : Mais ce n’est pas… ce n’est pas une alternative aux médias sociaux. Ce n’est pas une nouvelle plateforme de médias sociaux ou quoi que ce soit de ce genre que vous essayez de créer, n’est-ce pas?
SP : Dans le monde réel, la façon dont on interagit avec les gens est différente de celle qu’on adopte lorsqu’on se trouve dans un stationnement, dans une église, à un mariage ou ailleurs. On change de contexte, on change la façon dont les gens interagissent entre eux.
La façon dont les interfaces sont conçues à l’heure actuelle ressemble davantage à des stationnements et à des embouteillages qu’à un endroit agréable où l’on pourrait faire de belles rencontres. Je pense que c’est vraiment ce qui nous a convaincus d’aller de l’avant, plutôt que de nous contenter de dire que nous allions créer un nouveau réseau social qui ressemblerait aux autres. À un moment donné, nous voulons simplement créer des espaces numériques conçus pour que les gens se rencontrent [les uns les autres] comme ils le font ici.
Cela s’inscrit dans une décision stratégique plus large : si nous affirmons vouloir maintenir un contact direct avec le public, nous ne voulons pas dépendre uniquement des grandes plateformes.
C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il y a quelques années, nous avons pris la décision générale de conserver nos propres plateformes. Nous disposons d’une plateforme de diffusion en continu, d’une plateforme d’actualités, et nous voulons les conserver. Cela signifie que nous devons y investir et les maintenir à un niveau leur permettant de rivaliser avec les autres. Nous savons que nous ne parviendrons pas à attirer l’ensemble des auditoires vers notre plateforme. C’est pourquoi nous sommes également présents sur YouTube, sur Instagram, et nous continuerons de l’être. Mais nos propres plateformes doivent être aussi attrayantes que les autres pour que les gens viennent vers nous.
KP : Pourquoi devrait-ce être les médias publics qui mènent des initiatives comme celle-ci?
RA : Le principe fondamental ici est que, grâce au modèle de financement qui sous-tend les médias de service public, nous avons la chance de pouvoir investir un peu plus dans l’innovation et d’expérimenter de nouvelles choses. Le rendement [n’a pas besoin] d’être immédiat. Et dans le cas de l’Allemagne, il y a également une particularité. La loi sur les médias a récemment été modifiée, l’année dernière, et la nouvelle version stipule clairement que les médias de service public doivent investir dans la communication et le dialogue avec le public, et qu’ils doivent le faire de leur propre initiative, sans se contenter de s’en remettre à des tiers. Ainsi, même si nous n’avions pas encore ce projet, nous devrions en lancer un dès maintenant, car l’UE souhaite que cela se fasse.
En savoir plus sur l’incubateur Public Spaces
Le PSI en action

Cette capture d’écran du site Web de Radio-Canada montre un espace de conversation créé à l’occasion de l’atterrissage d’Artemis II en avril. Quatre experts de Radio-Canada sont également « en ligne » pour répondre aux questions et interagir avec les utilisateurs. « Lors de nos essais, nous avons constaté que les conversations sont beaucoup, beaucoup moins toxiques lorsque des journalistes et d’autres experts y participent », a déclaré Chris Skinner. « Leur participation rehausse la qualité globale de nos échanges. » Un code QR diffusé pendant l’émission télévisée en direct redirigeait les téléspectateurs vers l’espace en ligne, ce qui a généré plus de 4 000 lectures de code QR.

Cette capture d’écran montre une conversation en cours sur le site d’actualités Actu de la RTBF. Dans ce cas précis – consacré à l’urbanisme à Bruxelles –, les utilisateurs peuvent d’abord rédiger un commentaire détaillé, puis sélectionner leur position parmi les options proposées. Cela « présente une grande valeur éditoriale pour les journalistes », a déclaré Samuel Profumo. « Lorsque l’on explore les commentaires que nous recevons sur cette plateforme, on peut découvrir de nouvelles opinions authentiques qui rendent la rédaction d’un article sur le sujet plus intéressante. Cela offre également une meilleure représentation du débat, car parfois, lorsqu’on aborde un sujet comme celui-ci, on peut aussi se retrouver polarisé dans sa façon de percevoir la situation. »

Cette capture d’écran provient du site Web « logo! » de la ZDF, qui s’adresse spécifiquement à un public plus jeune. La question – qui porte sur votre enthousiasme à l’égard de la Coupe du monde de soccer de cette année – permet aux utilisateurs de choisir l’une des cinq positions sur le curseur, allant de « Nein » d’un côté à « Ja » de l’autre. « Il ne s’agit pas d’avoir des “j’aime” ou des “je n’aime pas”, ni d’une polarisation, mais d’offrir une possibilité intermédiaire », a expliqué Robert Amlung. « Il s’agit de se situer sur le spectre. C’est ce que nous proposons également aux jeunes. » Les utilisateurs peuvent aussi laisser un commentaire, et un outil d’IA vérifie ce qu’ils écrivent; il peut suggérer à l’utilisateur de revoir son commentaire, tout en signalant aux modérateurs humains si le commentaire a été publié, afin qu’ils puissent intervenir.
KP : En ce qui concerne l’IA utilisée, s’agit-il d’un outil partagé entre vous, ou est-ce que chaque organisation dispose de sa propre IA?
CS : C’est collaboratif. L’un des avantages de la collaboration, c’est justement le partage, n’est-ce pas? Nous partageons donc tout : des pratiques exemplaires pour la formulation des questions aux types de conversations qui fonctionnent bien, en passant par les indicateurs de performance.
Mais aussi des éléments comme l’IA et son développement, notamment là où nous partageons une langue commune. Par exemple, nous avons le français québécois – au Canada – et le français belge. Ces deux variantes sont quelque peu différentes.
Il y a donc des expressions idiomatiques différentes, du sarcasme, et les Suisses apportent aussi leur propre variante du français. Nous considérons tout cela comme un atout pour le produit global; c’est pourquoi, autant que possible, nous essayons de ne pas cloisonner les choses par partenaire, par pays ou par culture. Nous essayons de partager le plus possible.
KP : Le thème de cette conférence est « Journalism Out Loud »; comment ce projet peut-il améliorer le journalisme?
RA : Je pense que la force de ces outils réside dans le fait qu’ils offrent une multitude de possibilités aux équipes éditoriales de la ZDF. Cela signifie que si vous venez vraiment du monde de l’actualité, par exemple, et que vous souhaitez enrichir votre pratique journalistique, vous pouvez le faire en invitant des gens à participer à un débat raisonné et en faisant valoir des arguments qui contribuent réellement au travail journalistique et qui enrichissent l’ensemble du produit. C’est une possibilité.
Mais d’un autre côté, [il ne s’agit pas toujours] d’un débat avec des arguments. Il s’agit de participer. Et ce qui a le mieux fonctionné, c’est lorsque l’animateur a dit : « Bon, après l’émission que vous venez de voir, vous pouvez continuer à discuter avec moi ici grâce aux outils PSI. » Et cette discussion a connu un grand succès, mais il ne s’agissait pas vraiment d’apprendre quelque chose. Il s’agissait avant tout de créer des liens.
Autre exemple : nous avons une énorme production de fiction à la ZDF. Il n’y a donc rien de journalistique là-dedans. Mais les créateurs de fiction s’intéressent eux aussi à ces outils, car ils ont plusieurs séries qui ont un énorme potentiel auprès des fans. Ces fans veulent discuter de ce qu’ils ont vu et de ce qu’ils regardent. Et là encore, les outils sont un excellent moyen de faciliter cela. Et tout cela peut se faire sur nos plateformes.
CS : J’aimerais simplement ajouter à cela, en considérant les deux côtés, que les utilisateurs s’attendent à des échanges et à de l’engagement autour du contenu. Il s’agit donc d’un comportement et d’une attente généraux auxquels nous devons répondre.
Surtout à une époque où nous fermions les sections de commentaires parce qu’elles ne fonctionnaient tout simplement pas pour nous : lorsque vous interrogiez les journalistes à ce sujet, ils répondaient : « Oui, dans certains cas, c’était toxique, mais quand ça fonctionnait, ça fonctionnait vraiment bien. » En d’autres termes, cela nous a donné des idées d’articles. Nous avons pu établir un lien avec l’auditoire d’une manière bien plus profonde que nous n’aurions pu le faire autrement. Et depuis que nous avons désactivé ces commentaires, nous nous sommes privés d’une source d’information et d’une perspective très précieuses auxquelles nous n’aurions pas eu accès autrement.
Si l’on prend simplement le cas du Canada, beaucoup de gens savent sans doute que Meta a supprimé les actualités de ses plateformes, sur Facebook et sur Instagram. Il n’y a donc plus d’actualités pour les Canadiens, qu’il s’agisse de nos propres actualités ou de celles provenant de n’importe où dans le monde. Et donc, dans le cadre de nos discussions sur le contenu, nous avions besoin d’une réponse à cela. Nous n’allions pas l’obtenir à l’échelle de Facebook ou d’Instagram, mais, à notre petite échelle, nous voulions offrir ces éléments sur notre propre site.
« Grâce au modèle de financement qui sous-tend les médias de service public, nous avons la chance de pouvoir investir un peu plus dans l’innovation et d’expérimenter de nouvelles choses. Le rendement [n’a pas besoin] d’être immédiat. » – Robert Amlung, conseiller principal en innovation, ZDF
KP : Cela semble toucher à tout : le journalisme de qualité, le rôle dans la cohésion et les contributions sociétales, ainsi que l’engagement civique. Quels sont les risques associés à cela?
SP : Je tiens à souligner l’opportunité que cela représente, car pour l’instant, comme je l’ai dit, le principal risque est que, tant que nous sommes la source d’information la plus fiable en Belgique francophone, selon le Rapport sur l’information numérique de l’Institut Reuters, nous pouvons avoir l’impression que tout va bien. Mais en réalité, nous avons pensé que la confiance que les gens accordent à nos nouvelles pourrait être encore plus grande si nous participions à la conversation.
Nous y voyons donc une occasion, même si cela peut mal tourner pour de nombreuses raisons différentes. Nous estimons que la balance penche davantage du côté de l’occasion d’entrer en contact avec les gens, de faire participer nos journalistes à la discussion, car cela s’avérera, en fin de compte, positif. On fait davantage confiance aux gens à qui l’on parle qu’à ceux qui se contentent de nous parler.
L’écoute est une interaction entre les gens – c’est extrêmement important. Et si vous vous contentez de parler à quelqu’un sans jamais l’écouter, vous n’obtiendrez aucune confiance, ou du moins pas celle à laquelle vous pourriez vous attendre. C’est donc ce que nous voulons vraiment faire. Et nous ne pensons pas que le risque l’emporterait sur cette occasion.
RA : Et permettez-moi d’ajouter que nous étions un peu inquiets à l’idée d’utiliser l’IA. Nous avons donc effectué de nombreux essais auprès d’utilisateurs avant le lancement. Et lors de ces essais, les résultats ont été assez surprenants, car nous étions un peu timides et nous disions : « Bon, n’en faisons pas trop. » Les commentaires constants des utilisateurs lors des essais étaient : « Allez-y davantage – si ça améliore la qualité de la conversation, c’est très bien. » Et cela correspond à nos expériences récentes avec l’IA : les gens sont très conscients du contexte dans lequel s’inscrit l’IA. Et ils n’aiment pas que nous utilisions l’IA pour notre produit journalistique. C’est rarement fait. Mais ils sont plutôt satisfaits si cela contribue, par exemple, à une bonne conversation.
Liste évolutive des traductions par Gilles en vrac
Les caractères gras dans le texte sont de Gilles.
Notes
- 1
- 2GB De là l’importance de l’interopérabilité et des protocoles utilisés pour développer ces outils…
- 3Public Media Alliance
- 4directeur principal, Affaires et planification stratégique pour le développement de l’entreprise,
- 5chef des données et de l’IA
- 6, conseiller principal en innovation
