ainés en résidences

Je crois bien que c’est en lisant l’article de Lafortune, Béland et Bergman Le vieillissement et les services de santé : une réorientation des pratiques cliniques plutôt qu’un défi économique (dans le dernier Vie économique) que je suis arrivé au rapport S’améliorer avec le temps : planifier, des systèmes de santé adaptés à la population vieillissante rendant compte d’une démarche de la Fondation canadienne de la recherche sur les services de santé. Une série de tables-rondes réalisées dans différentes régions du pays mettent en évidence la nécessité de mieux intégrer les soins, de faire plus de promotion, de mieux soutenir les aidants et les personnes vieillissantes… Ici le rapport synthèse, et ici le  compte rendu de la Table régionale du Québec (pdf) avec présentation de François Béland, dont voici quelques savoureux extraits :

L’évolution de la structure par âge, au Québec et dans le reste du Canada, attribuable au changement du taux de dépendance démographique, n’a pas en soi d’incidence directe sur la viabilité du régime d’assurance-maladie. (…) [A]u Québec, de 1998 à 2007, l’augmentation continue des dépenses de santé est principalement attribuable à la combinaison d’une hausse de l’utilisation et du prix des médicaments et des technologies médicales, et d’une hausse de l’utilisation des services (hausse du volume). (…) Les dépenses non couvertes par le régime d’assurance-maladie continueront de grimper à mesure que la population vieillit. (…) Une bonne part de l’augmentation des dépenses liées aux services de santé et sociaux associées à l’âge est en fait attribuable à l’utilisation des services de santé au cours  des dernières années de vie. On constate toutefois une diminution des dépenses de santé au cours de la dernière année de vie plus l’âge est élevé au moment du décès.

En outre, l’utilisation des soins de longue durée augmente avec l’âge, mais ces services ne sont pas couverts par le régime d’assurance-maladie. (GeV souligne) (Béland, 2010)

Tiré des conclusion du même rapport de la Table régionale : [L]es crédits d’impôt accordés aux personnes âgées qui bénéficient de soins à domicile sont un des programmes clés mis de l’avant par le gouvernement du Québec afin d’aider les personnes âgées à demeurer plus longtemps à la maison.

Parlant des soins de longue durée non couverts par le régime d’assurance-maladie, la commission parlementaire portant sur le projet de loi 16, modifiant principalement les procédure d’accréditation des résidences pour aînés, on retrouve dans les mémoires présentés à cette commission une belle brochette de points de vue sur la situation — mémoires de l’AQESSS, du Regroupement des résidences pour aînés, de l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitéesLe Protecteur du citoyen (et plusieurs autres accessibles à la page Documents déposés du site de l’ANQ); Le Devoir de ce matin rapporte le point de vue de l’Ordre professionnel des diététistes sur la situation alimentaire des aînés en résidences.

Plusieurs de ces mémoires citaient ces deux sources d’information : Info-hébergement — un bulletin statistique disponible sur le nouveau Portail informationnel Santé et Services sociaux ; et Vieillissement de la population, état fonctionnel des personnes âgées et besoins futurs en soins de longue durée au Québec, un essai de prospective de Robert Choinière de l’INSPQ (voir aussi l’errata corrigeant le tableau 14). Le premier document trace le portrait des taux d’hébergement des personnes âgées, par sous-groupes d’âge et par type de service (CHSLD, RI, RTF et « résidences privées avec services »), tout cela par région administrative. Au total, sur les 140 190 personnes de 65 ans ou plus qui étaient hébergées au 31 mars 2009, 98 211 l’étaient dans des RPSPA (résidence privée avec services pour personnes âgées). Le document de l’INSPQ quant à lui tente d’établir une fourchette de besoins de soins prolongés (qu’il évalue de 12 à 24 % chez les personnes âgées de 65 ans et plus) à partir de trois modèles : les besoins d’aide pour les activités de la vie quotidienne (AVQ), suivant l’ESCC (Enquête sur la santé des collectivités canadiennes); les incapacités sévères et très sévères, suivant l’Enquête (post-censitaire) sur la participation et les limitations d’activités (EPLA); et les difficultés (souvent) avec les AVQ – tirées du recensement.

Un exercice qui lui permet de quantifier les besoins de soins de longue durée par région administrative, puis par territoire de CSSS (Tableau 13, pages 25 et ss). Ce qui met en lumière des différences importantes entre régions et entre CSSS, dues aux taux de personnes âgées mais aussi aux taux de besoins en AVQ selon l’âge. Si les taux pour chaque région demeurent assez stables, le nombre de personnes ayant des besoins de soins de longue durée doublera à l’échèle du Québec, d’ici 20 ans, et triplera dans certaines régions.

Ces études mettent aussi en lumière le fait que nous n’avons même pas de chiffres clairs sur le nombre de personnes vivant en institution : le recensement parle de 90 000 personnes en 2006, alors qu’il y en avait de 30 à 40 000 en CHSLD, c’est donc dire qu’une partie des personnes en résidences privées étaient comptées, mais pas toutes. De même, lorsque Choinière parle des services à domicile, à aucun moment il ne cite le nombre d’usagers de ces services : il est vrai que les services à domicile sont offerts à toutes les personnes, sans égard à l’âge et de plus en plus souvent, dans des domiciles qui sont des résidences privées. Si on veut avoir un portrait fidèle de la situation, il faudrait distinguer les lieux de résidence des clientèles desservies par les services à domicile, de même que les groupes d’âge (ce qui est déjà disponible).

Mais il y a une autre information qu’il serait utile d’inclure dans le portrait, et que je n’ai pas encore trouvée : le nombre de personnes âgées habitant en résidences privées soutenues (et à quelle hauteur) par le programme de Crédit d’impôt pour maintien à domicile d’une personne âgée. On retrouve même sur le site du ministère du revenu un outil de calcul du montant qui pourrait être perçu, selon l’état de la personne et les services reçus. Ces crédits donnent droit à un maximum de 4680$ pour une personne de 70 ans seule autonome, et 6480 $ si cette personne est non autonome. Ces crédits maximums représentent 30 % des dépenses admissibles : ainsi pour obtenir le maximum, une personne non autonome devra avoir payé 21 600 $ en frais de services (repas, entretien, soins personnels, soins infirmiers). Combien l’État a-t-il déboursé, par territoire de CSSS, pour ce crédit d’impôt, pour combien de personnes ? Cela devrait faire parti de l’équation quand il s’agit d’évaluer les besoins à combler en soins de longue durée. La pression sur les services publics est sans doute plus grande là où les aînés ont peu de moyens personnels, alors que dans les quartiers plus riches, l’État subventionne les services, à hauteur plus substantielle, par la porte toute discrète de l’impôt sur le revenu personnel.

politiques et politique

Vaillancourt fait une intéressante synthèse de l’évolution des politiques sociales au Québec, (Le modèle québécois de politique sociale, hier et aujourd’hui) dans le contexte de l’évolution canadienne. Parcours rapide qui ne met pas assez en évidence, il me semble, les contextes politiques (gouvernements minoritaires, préparation du premier référendum, suite du second…) qui ont pu marquer les choix et décisions de l’époque.

mère une première fois à plus de 35 ans

Le moment propice : pourquoi l’âge de la mère est déterminant : une solide étude pan-canadienne à propos des risques associés à la naissance de mères ayant atteint l’âge « avancé » de 35 ans ou plus. Peut-être cela incitera-t-il les décideurs en santé publique à penser un peu plus loin que les mères de moins de 20 ans…Des données qui viennent mettre un contexte à celles dont je faisais part ici, concernant les naissances sur le territoire du CSSS Lucille-Teasdale.

Le premier des moyens de prévention est de se faire suivre de près par un médecin. Encore faut-il pouvoir en trouver un qui ait les qualités nécessaires d’un médecin de famille : n’être pas à l’autre bout de la ville !

quelques minutes en moins &?%!##

Une image qui confondra les plus jeunes... Francis Lai est l'auteur de la musique, par ailleurs éternelle, de ce film

Je viens d’écouter Une homme et une femme, de Claude Lelouch (1966). Je ne l’avais jamais vu. Palme d’or à Canne, 3 Oscars ! Et, comme c’est devenu une habitude avec les films enregistrés à la programmation de Télé Québec, j’ai raté les dernières minutes du film : qu’arrive-t-il lorsque le train arrive en gare, et que Jean-Louis s’y trouve pour surprendre Anne ? Mon histoire s’arrête là…

C’est devenu une désagréable habitude : Télé Québec ne semble pas capable de planifier son temps d’antenne avec assez de précision pour me permettre d’enregistrer correctement les films de répertoire proposés. Alors j’ajoute ce film à la collection de ceux que je devrai louer, un jour, pour en connaître les dernières minutes… Ou bien je l’achèterai, car c’est si bon que ça, pour ajouter à ma collection de films « classiques » qui pour l’instant ne comptent que des Woody Allen et quelques Michel Brault et Denis Arcand. Et aussi la version du réalisateur de Blade Runner.

Le dernier numéro de Backbone. En plus de l’inévitable article sur les médias sociaux, un cour et clair article sur les Digital Wallets qui s’en viennent. Suivi d’un article sur le choix actuel de tablettes.

Vie économique et santé

La revue Vie économique publie un numéro sur le thème de la santé : Comment va la santé ? Les articles sont accessibles en ligne, dont un Comment va le système de santé québécois ? par Paul Lamarche; Le viellissement et les services de santé : une réorientation des pratiques cliniques plutôt qu’un défi économique par Louise Lafortune, François Béland et Howard Bergman…

Ajout – Dans l’ordre d’idées soulevées par l’article de Lafortune, Béland, Bergman, une étude de l’OCDE vient de paraître Help Wanted? Providing and Paying for Long-Term Care. Une version française est annoncée pour le 17 octobre.

développement urbain local durable

À voir : le Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD) de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), sur lequel elle tiendra des consultations publiques du 28 septembre au 20 octobre prochain (document complet de consultation, document résumé). Mais si vous voulez dire votre mot, il faut s’annoncer avant le 2 septembre. Un plan axé sur la densification, le transport collectif…

Le projet de PMAD propose d’orienter 40 % de l’urbanisation projetée dans un rayon de 1 kilomètre autour des stations de métro, de trains de banlieue, de service léger sur rail (SLR) et de services rapides par autobus afin de développer des quartiers de type TOD (Transit-Oriented Development).

La Direction de santé publique de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal se prononcera sur le PMAD proposé, appuyant l’intention de développer en densifiant autour des pôles et axes de transport collectif, favorisant autant le transport actif que la rentabilité des services de proximité [1]. J’avais bien, à l’arrière plan de mon radar personnel, une préoccupation de soutenir, favoriser la formulation d’objectifs et d’engagements de la part des partenaires locaux à l’occasion des discussions entourant le renouvellement du Plan d’urbanisme de la Ville de Montréal. L’échéance ultime (2015) étant plus lointaine, j’imaginais que nous aurions le temps de se faire à l’idée… de pousser localement (au niveau des arrondissements, notamment) pour articuler concrètement les principes et moyens du développement durable, favorable à la santé des individus et des collectivités tout comme à leur développement social et économique.

Mais là, avant le 2 septembre, décider qu’on ira dire quelque chose d’intelligent ou de partagé avec quelques partenaires locaux… un mois plus tard ? Ne pourrait-on prendre cela comme un exercice, une répétition, ou encore un premier pas vers la formulation d’un plan de développement local durable ? Un premier pas vers une conversation, des échanges sur ces questions afin de faire de ces étapes de planification des moments utiles, en maximiser les synergies. Le CSSS n’est pas obligé de se prononcer. Particulièrement sur le plan métropolitain, il peut compter sur une bonne réflexion de la part de l’équipe régionale.

Tout de même, plusieurs partenaires locaux (en plus des arrondissements) ont amorcé une réflexion sur l’aménagement des quartiers (la démarche du CDLC, celles dans Rosemont avec la SODER). Il y a bien eu une réaction concertée des partenaires autour de la mesure et l’amenuisement de l’impact de l’autoroute Ville-Marie. Peu de choses à l’échèle du CSSS, cela se passe plutôt au niveau des quartiers ou des arrondissements.

À ma connaissance (limitée) il y a peu de quartiers qui ont poussé la réflexion sur l’aménagement urbain aussi loin que les quartiers de Centre-Sud et Ville-Marie, avec Habiter Ville-Marie. Le CSSS Jeanne-Mance [2] déposait un mémoire en mai (pdf) dernier sur le Plan particulier d’urbanisme (PPU) pour le quartier Ste-Marie. Continuer la lecture de « développement urbain local durable »

une richesse, le vieillissement

Beau petit topo de Jean Carette, dénonçant les discours catastrophistes faisant du vieillissement la cause de tous les maux d’aujourd’hui et de demain.

Le vieillissement accéléré est un phénomène inévitable et que d’autres pays ont déjà traité avec audace et courage; qu’on songe à certains états d’Europe, comme les Pays-bas et autres pays plus au Nord, où la proportion des plus de 60, 65, 75 ou 85 ans dépasse depuis belle lurette nos prévisions québécoises pour les 30 prochaines années. Ces pays sont-ils en faillite ? Sclérosés ? En panne de développement ? Ont-ils décidé une euthanasie collective des plus âgés ? Ou une institutionnalisation massive, ce qui pourrait y ressembler ? Au contraire, cherchent-ils à faire de leurs aînés non seulement une nouvelle clientèle de leur marché intérieur, mais un atout sur le plan des services communautaires et de la vie citoyenne ? S’attachent-ils à éviter toute forme d’âgisme et à développer le sens de la participation et la valorisation de l’expérience et de la maturité des aînés ? [Extrait de Les Manies-tu la peur]

optimiste ou pessimiste ?

Ridley (The Rational Optimist) mène sa bataille contre les pessimistes, avec raison dans la mesure où toutes les prédictions de fin du monde se sont avérées fausses, mais il a tendance à oublier à quel point les histoires de peur ont pu amener, accélérer les changements nécessaires : la peur et le catastrophisme sont peut-être nécessaires pour faire bouger les « masses » ou les systèmes politiques démocratiques ?

Je n’ai pas aimé ses pointes régulières contre les « gouvernements bureaucratiques », qui font trop échos aux diatribes antigouvernementales républicaines américaines… même s’il s’est timidement racheté à la fin, convenant que les gouvernements font aussi de bonnes choses !

J’ai par ailleurs apprécié non seulement le coup d’oeil sur l’évolution millénaire de l’échange comme moteur du développement… mais aussi son point de vue sur la nécessaire poursuite du développement – à l’encontre des prophètes du minimalisme et de la croissance négative. Sa critique des « solutions écologiques », genre faire du fuel avec le maïs ou le sucre, avec les effets sur les prix de la nourriture et en terme de terres affermées, je l’ai trouvée rafraichissante. L’utilisation de l’énergie fossile restera encore la solution la plus économique et écologiquement et socialement responsable pour beaucoup de sociétés en développement.

Powering the world with such renewables [parcs éoliens, bio-fuels…] now is the surest way to spoil the environment. (Of course, coal mining and oil drilling can and do spoil the environment, too, but compared with most renewables their footprints are surprisingly small for the energy they yield.) [tiré de The Rational Optimist, page 343]

L’énergie nucléaire de nouvelle génération, une taxe sur le carbone (qui saurait éviter d’enrichir les spéculateurs, la corruption et le soutien des fausses solutions – biofuels – ce qui est en soi un défi), réduction des subventions au secteur de l’agriculture en Europe et Amérique du Nord, création de zones de libre échange et consolidation des droits informels (non documentés) de propriété actuellement poussés vers les franges illicites ou illégales en Afrique… Quelques-unes des pistes de solution envisagées par Ridley pour soutenir sa vision optimiste de l’avenir. Son crédo final ? Libérer (ou préserver des contraintes) les échanges et l’innovation et l’humanité trouvera des solutions à ses problèmes.

Je qualifierais sa position d’optimisme économique politiquement naïf. Il est relativement facile de dire que les États doivent cesser de subventionner l’agriculture. Mais pourquoi cela se fait-il encore ? Parce que les structures politiques des États du nord sont encore basées sur des territoires où les populations agricoles, même en petits nombres, ont un pouvoir disproportionné. Parce que les structures politiques sont encore marquées par les structures claniques ou corporatives… alors il ne suffit pas d’identifier les solutions rationnelles mais bien de les négocier, de les concrétiser à partir des matériaux disponibles, qui ne sont pas des métaux malléables à souhait mais plutôt des tissus sociaux formés par l’histoire, porteurs de sentiments et ressentiments. Matériaux foncièrement irrationnels, même s’ils sont la source de seules décisions rationnelles possibles.

Incidemment, le blogueur JF Lisée poursuit sa publications d’extraits ( premier, deuxième, troisième, quatrième) de son bouquin « Imaginer l’après-crise ». De nombreuses pistes de solutions politiques sont suggérées, allant de changements à la fiscalité internationale (disparition des paradis fiscaux, imposition du prix écologique…) à de nouvelles règles de responsabilisation des corporations. Mais pourquoi de telles bonnes idées ne sont-elles pas sur le programme de tous les partis politiques de la planète ? Parce que les partis politiques nationaux (ou provinciaux) gèrent la passivité ou l’inconscience des populations beaucoup plus qu’ils ne mobilisent l’action ou la conscience de leurs commettants. Parce que les « populations » sont composées d’hommes et de femmes aux horizons plutôt restreints : trouver un emploi, prendre sa retraite, payer sa maison ou encore l’éducation de ses enfants… quand ce n’est pas la prochaine épicerie.

Autre lecture : Cinq clés pour une gestion européenne de la crise (Le Monde).