si les faits vous dérangent… oubliez-les !

C’est un peu – beaucoup – la logique à l’œuvre derrière la décision harperiste (ou serait-ce harperiote) de réduire le prochain recensement à sa portion congrue : les faits sont souvent inutiles et même parfois gênants pour un gouvernement conservateur : il faut expliquer les raisons de ses actions, alors qu’on a seulement des convictions profondes (que plus de prisons réduira le nombre de criminels… qu’une réduction de la TPS sera juste…). Comme le dit bien Jeffrey Simpson dans le Globe and Mail d’aujourd’hui : From consumption tax to foreign policy, from “tough on crime” to social policy, the Conservatives almost delight in ignoring what people experienced in the field have to say. Ce n’est pas tous les jours que j’abonde dans le sens de Simpson… mais il nous donne ici un beau petit papier… qui fait jaser, à en juger par les nombreux et intéressants commentaires.

En fait, je crois que Simpson s’est inspiré, sans le reconnaître – mais c’est là le privilège du journaliste d’opinion, d’un billet récent du blogue The Frontal Cortex : Political Dissonance. Jonah Lehrer y cite plusieurs recherches récentes qui montrent à quel point l’esprit humain a peu de respect pour la logique ou encore qu’il préférera de beaucoup trier les faits qui viennent confirmer une idée préconçue plutôt que de faire la part des choses…

Alors pourquoi faire un recensement quand on n’a que faire des données qu’il nous fournira ! Malheureusement l’étroitesse d’esprit partisane n’est pas une exclusivité des conservateurs… mais ceux-ci ont moins de scrupules à en utiliser sans vergogne les ressorts. Si je me souviens bien, c’est un peu ce que disait George Lakoff, dans son The political mind : a cognitive scientist’s guide to your brain and its politics. Je viens de retrouver ce petit bouquin délaissé pour d’autres lectures… il serait temps que je le finisse, peut-être !

l’ISQ et le recensement

[C]ompte tenu du caractère facultatif de la nouvelle enquête, une diminution des taux de réponse est appréhendée. Cela laisserait présager une perte de la fiabilité des statistiques produites, notamment celles portant sur des découpages géographiques fins ou sur des populations ou des sous-groupes de personnes pouvant bénéficier d’interventions de nature publique ou privée. De plus, certaines statistiques produites à la suite des recensements passés pourraient ne plus être publiées avec la nouvelle enquête. Or, ces informations sont souvent nécessaires pour la recherche et la prise de décision des différents acteurs de la société québécoise. [Recensement 2011 : impacts pour le Québec, Institut de la statistique du Québec]

Un commentaire (suivre le lien pour voir tout le communiqué) de l’ISQ qui se veut le résultat de son analyse scientifique de la nouvelle orientation concernant le recensement de 2011.

nouvelles de ville

Le Conseil régional de l’environnement de Montréal publiait récemment son Guide sur le verdissement pour les propriétaires institutionnels, commerciaux et industriels. Un document de 42 pages bien fait ! Au moment où la première vague de chaleur accablante de l’été frappe Montréal (4 jours à plus de 30 — jusqu’à 35 — et les nuits à plus de 20, dont 3 à 24-26°) , il est bon de se rappeler qu’on n’a pas seulement à subir ces vagues… on peut aussi en diminuer l’impact et accroître la capacité de résistance de notre environnement, essentiellement en verdissant nos rues, toits, cours et stationnements ! On peut bien voir l’effet temporisateur des espaces verts sur ces cartes.

Un Bureau du Plan sera mis en place à Montréal pour diriger les travaux devant conduire à un nouveau Plan d’urbanisme d’ici 2013. Imaginer le Montréal de demain et améliorer le cadre de vie d’une métropole du XXIe siècle… Tout en tenant compte des travaux déjà réalisés : le Plan de développement durable, le Plan de transport, la Politique de développement culturel de Montréal, la Politique du patrimoine, le Plan de protection et de mise en valeur du Mont-Royal, la Stratégie d’inclusion des logements abordables… en plus de l’ancien (ou plutôt l’actuel) plan d’urbanisme !

Notre plan local d’action de santé publique au CSSS Lucille-Teasdale (document de consultation) devrait comprendre une forte intention de participation aux discussions entourant ce prochain plan d’urbanisme…

[Inspiré de Collectif quartiers]

profil de santé – 2009

Un Profil de la santé publié le 15 juin dernier par Statistique Canada, permet d’extraire des tableaux (par région ou province) pour un ensemble de données tirées principalement de la dernière itération (2009) de l’Enquête sur la santé des collectivités canadiennes.

Par ailleurs, le tableau CANSIM – 105-501 – rassemble quant à lui des indicateurs de santé par régions, et par année (2003, 2005, 2007, 2008 et 2009). Ce qui m’a permis de tracer l’évolution depuis 2003 pour ces régions (Montréal, Québec, Ontario, Toronto et le Canada) sur un certain nombre de questions.

À noter qu’il s’agit de pourcentages. Pour en savoir plus sur les variables on peut consulter la liste ci-contre, pour celles qui se trouvent aussi dans le « profil de la santé » mais j’ai dû me rendre jusqu’au questionnaire de l’ESCC 2009 [pdf] pour avoir des précisions sur la question de l’allaitement. Pour des précisions à propos des rapports entre embonpoint, obésité et l’effet de l’autodéclaration. voir cette page de Statistiques Canada.




Certains graphiques sont plutôt difficile à lire au format actuel : vous pouvez les visualiser en mode plein écran (le petit bouton en bas à l’extrême droite) ou encore cliquer sur les images et les voir dans une fenêtre séparée (que vous pourrez sauvegarder…).

plus d’arbitraire

Moins d’information publique = plus de décisions arbitraires, ou encore basées sur des données non publiées. C’est à cela que conduira la décision de rendre volontaire le questionnaire détaillé du prochain recensement.

Les questions relatives au revenu des ménages, à l’éducation, au logement… feront dorénavant partie de l’Enquête nationale auprès des ménages. Une enquête que Statistique Canada fera, certainement, avec tout le sérieux et le professionnalisme qu’on lui connait… mais sans l’incitatif de l’obligation de répondre que comportait le questionnaire détaillé du recensement. Quelles seront les populations sous-représentées ? Les populations pauvres et ayant des difficultés à lire… et, sur les questions de revenus, les populations à revenus plus élevés.

Et d’ailleurs, à quoi sert d’accumuler des données, si on ne compte pas s’en servir pour agir… si on a une vision minimaliste de la responsabilité publique !

de mères et d’autres

Je viens de terminer la lecture d’un livre passionnant… et je me demandais ce qui pouvait bien intéresser d’autres lecteurs, peut-être un peu moins éclectiques que moi, dans ce pavé de 300 pages bien tassées. Un livre que le professeur J. Fraser Mustard citait avec enthousiasme lors de sa présentation aux JASP (voir le dernier vidéo) de mars dernier [sa présentation en PPT].

Pourquoi l’étude des formes ancestrales de la maternité, ou plus généralement des formes collectives de l’éducation et des soins apportés aux enfants qu’on peut déduire de l’analyse de la culture des sociétés traditionnelles de cueilleurs et chasseurs, mais aussi de l’éthologie des primates et d’autres espèces animales… pourquoi cela aurait-il quelqu’importance pour l’orientation de la société d’aujourd’hui ?

Les solides arguments avancés par Sarah Hrdy ramènent à leur juste dimension les prétentions de certains politiciens, anthropologues ou autres savants prompts à définir la « nature humaine » et en particulier la place et le rôle des femmes dans les sociétés humaines. Le sous-titre du volume : l’origine évolutionniste de la compréhension mutuelle (the evolutionary origins of mutual understanding) donne une idée de la largeur de vue déployée par l’auteure. Continuer la lecture de « de mères et d’autres »

déprimants horizons

So I don’t think this is really about Greece, or indeed about any realistic appreciation of the tradeoffs between deficits and jobs. It is, instead, the victory of an orthodoxy that has little to do with rational analysis, whose main tenet is that imposing suffering on other people is how you show leadership in tough times.

And who will pay the price for this triumph of orthodoxy? The answer is, tens of millions of unemployed workers, many of whom will go jobless for years, and some of whom will never work again. [Krugman, NYT, The Third Depression]

Krugman, dans cet éditorial du New York Times mais aussi J-F Lisée, sur son blogue de l’Actualité, soulignent le danger et le caractère idéologique des « solutions » mises de l’avant par les leaders orthodoxes et conservateurs, Harper le premier.

nouvel urbanisme

Le numéro de juin de la revue The Atlantic comporte un « mini » dossier sur l’avenir de la ville, le changement dans les modes d’occupation du territoire… Notamment un article sur le retour en faveur des quartiers qu’on peut traverser à pied (walkable neighborhoods)… et les moyens de transport en commun sur lesquels de tels développements doivent reposer.

Moi qui suis allé voir mon petit-fils hier, en utilisant le train de banlieue jusqu’à Saint-Jérôme, j’ai dû revenir par l’autobus, car le train ne se déplace que dans le sens des mouvements de la banlieue vers la ville, pour y venir travailler, et pour retourner en banlieue le soir. La fin de semaine, on oublie ça. Les trains de banlieue c’est pas pour les gens de la ville : on n’utilise pas le train pour sortir de la ville, pour aller dans les Laurentides la fin de semaine… Il faut prendre son auto pour cela. J’y reviendrai certainement…