Investir au Canada… pour fournir les USA ?

Le gouverneur de la Banque du Canada, était à Paris. Overinvestment in U.S. and global imbalances creating financial risks, Macklem says (lien cadeau G&M).

« Les flux financiers transfrontaliers sont une bonne chose », a déclaré M. Macklem dans son allocution devant la Chambre de commerce France-Canada. « Mais lorsque ces flux deviennent excessifs, ils peuvent creuser les déficits commerciaux, alimenter le protectionnisme et fausser les prix des actifs. Les capitaux sont mal alloués. Les pressions s’accumulent et les risques pour la stabilité financière s’accroissent. »

M. Macklem a indiqué qu’il existait certains signes encourageants allant dans ce sens.

Le dernier plan quinquennal de la Chine met l’accent sur la consommation intérieure, ce qui pourrait faire des consommateurs chinois un moteur de croissance plus important et alléger ainsi la pression sur les exportations. En Europe, on observe un intérêt accru pour l’intégration continentale, ainsi que pour les investissements dans les infrastructures et la défense. Aux États-Unis, on aspire à réduire le déficit budgétaire.

D’autres pays peuvent contribuer à cet effort en créant davantage d’actifs propices à l’investissement, afin que l’épargne mondiale puisse s’orienter vers d’autres marchés que celui des États-Unis. « Au Canada, cela passe notamment par l’élimination des barrières commerciales interprovinciales et la réduction de l’incertitude réglementaire », a déclaré M. Macklem.

La Nouvelle-Écosse prévoit investir 60G$ pour atteindre 80% d’énergie renouvelable d’ici 2030 ! Nova Scotia is betting big on its offshore wind power project (lien-cadeau G&M)

Zones désignées pour le développement de l’énergie éolienne en mer – john sopinski/the globe and mail, Source: novascotia.ca
Sites d’éoliennes terrestres-À titre indicatif – john sopinski/the globe and mail, Source: novascotia.ca

Un beau projet d’actifs canadiens dans lesquels investir. Mais qui risque de servir surtout aux américains…

In February, Mr. Houston signed an agreement with Massachusetts Governor Maura Healey to work toward supplying the state with clean energy from offshore wind. He said New England and New York are interested in similar agreements.

Les investissements japonais

Alors que le Canada intensifie et approfondit ses relations avec le Japon (Extraits de Why Canada’s Massive New Indo-Pacific Coalition Has the Pentagon Sweating)1par The Planet Democracy: Unfiltered North :

Le Canada a pris une nouvelle mesure remarquable pour diversifier ses relations au-delà des États-Unis. Cette semaine, une délégation de 300 personnes composée de cadres supérieurs canadiens, de fournisseurs du secteur de la défense, d’ingénieurs en aérospatiale et d’exploitants de minéraux essentiels a fait ses valises, a complètement ignoré les rebondissements politiques de Washington et a pris des vols intercontinentaux à destination de Tokyo.

Le Japon est déjà l’investisseur le plus important de cette région

Tokyo est déjà la première source d’investissements directs au Canada provenant de l’ensemble de la région indo-pacifique, avec 54,8 milliards de dollars. Rien que l’année dernière, les échanges de marchandises entre ces deux pays ont atteint 35,6 milliards de dollars. (…) Les entreprises japonaises assurent la fabrication d’environ 70 % de tous les véhicules assemblés sur le sol canadien.

Mais les intérêts derrière l’approfondissement des relations entre nos deux pays sont peut-être contradictoires :

Le Canada se tourne explicitement vers le Japon parce qu’il a désespérément besoin d’une alternative à sa dépendance économique écrasante et accablante envers les États-Unis. Ottawa veut un moyen de pression. Il veut des options. Il veut un refuge pour le moment où le climat politique américain deviendra toxique.

Mais voici le paradoxe hilarant : le Japon veut le Canada précisément en raison du lien structurel que ce dernier entretient avec le marché américain. La raison pour laquelle ces gigantesques conglomérats automobiles et ces géants de la technologie japonais ont injecté 54,8 milliards de dollars dans les usines de l’Ontario et les secteurs des ressources de l’Ouest était avant tout d’établir une porte dérobée stable et sécuritaire vers l’énorme marché de consommation des États-Unis, en vertu des règles du libre-échange continental.

Notes

le Grand Nord et la souveraineté canadienne

Trois articles (dont j’ai fait des traductions) nous rappellent l’importance du Grand Nord pour le Canada (et le Québec) en terme de souveraineté, qu’elle soit entendue en termes politique, militaire ou numérique.

Dans Après le dégel, Bolton trace les parcours actuels et éventuels des navires transportant produits pétroliers et manufacturés entre l’Europe et l’Asie. La navigation saisonnière s’accélérera avec la fonte des glaces, qui devrait permettre la traversée de l’Arctique dans les eaux internationales d’ici 2036 !

Illustration de Jacob Bolton

L’article de Griffiths et celui de Macdonald et Hadfield mettent en lumière la dimension militaire des enjeux. Le premier indique à quel point la souveraineté canadienne dans les eaux arctiques est fragile. Il imagine comment les États-Unis pourraient contester cette souveraineté en y envoyant des navires de guerre… Hadfield, l’astronaute canadien, et Macdonald font la promotion d’une présence accrue du Canada dans l’espace nordique, pour affirmer notre souveraineté tout en contribuant à la surveillance de la région, dans le cadre des ententes de NORAD ou de l’OTAN. Une partie de l’augmentation des budgets militaires annoncée par le gouvernement Carney devrait être utilisée à cette fin, selon les auteurs.

Un Nord numérique ?

L’Europe, le Canada et les pays d’Asie autres que la Chine souhaitent réduire leur dépendance aux Big Tech américaines, ce qui ne sera pas facile considérant que ces dernières fournissent une grande partie des services numériques dans le monde actuellement.

Amazon, Microsoft, Google et leurs homologues ont acquis un pouvoir énorme sur nos système sociaux, économiques et politiques en s’emparant du contrôle monopolistique des principales technologies numériques. Ces trois entreprises contrôlent à elles seules près de 70 % du marché de l’informatique dématérialisée et plus de la moitié des câbles sous-marins dans le monde si l’on inclut Meta. L’adoption accélérée de l’intelligence artificielle (IA) n’a fait qu’aggraver la situation.

Reclaiming Digital Sovereignty, par Durand, Rikap, Marx et Gerbaudo

Le poids démographique et économique du Canada l’oblige à faire alliance avec d’autres dans ses efforts vers plus de souveraineté numérique. Mais sa position géographique pourrait lui permettre d’offrir à ses alliés une avenue pour plus d’indépendance en matière de communication internationale. Une liaison numérique par cables sous-marins passant par l’Arctique permettrait de relier l’Europe à l’Asie sans passer par les serveurs américains. Cela pourrait aussi représenter une perspective de développement différente pour le nord canadien, autre que l’acheminement du pétrole !

Une telle liaison numérique ne pourrait-elle aussi servir à l’établissement de centres de données profitant des basses températures ambiantes ? À condition d’y amener aussi de l’électricité dont ces centres sont gourmands ! Actuellement les communautés arctiques se fournissent en électricité grâce à des générateurs au diesel.

Nous disposons actuellement de 25 génératrices dans chacune des 25 collectivités du Nunavut, toutes fonctionnent au diésel pour produire de l’électricité. Chaque année, le diésel est acheté et acheminé en vrac durant la courte saison estivale et entreposé dans des réservoirs situés dans chaque collectivité.

Électricité au Nunavut

La Société d’énergie Qulliq a développé des programmes pour inciter les acteurs locaux à développer des projets d’énergie renouvelable. Des études ont été menées pour chacune des 25 communautés du Nunavut en vue du développement d’énergie renouvelable qui viendrait complémenter ou graduellement remplacer la génération au diesel . Par exemple, pour les communautés dans la région de Kitikmeot – Cambridge Bay / Gjoa Haven / Taloyoak / Kugaaruk / Kugluktuk. Un programme d’achat de l’énergie produite par les acteurs locaux, dont on peut consulter le contrat-type.

Mais plus que des études, des projets ont été développés et sont en fonction dans différentes communautés du Nunavut et du Nunavik.


[Ajout : 6 octobre] Le gouvernement du Canada finance de grands projets d’énergie propre dans des communautés autochtones au Québec.


La perspective, la promesse canadienne de consacrer des dizaines de milliards en dépenses militaires au cours des prochaines années devrait servir à faire plus que d’acheter des avions et des navires hors de prix. L’indépendance numérique du pays devrait faire parti du « package », considérant que l’actuelle concentration des réseaux autour, à travers de quelques grands fournisseurs américains est un risque contre lequel se prémunir. Une liaison numérique pan-canadienne passant par le nord serait un atout non seulement pour le pays mais aussi pour nos alliés qui souhaitent contrebalancer leur propre dépendance aux infrastructures états-uniennes.


lectures du dimanche

Je vous propose ici quelques articles que j’ai trouvé assez intéressants pour les traduire en français.


Ensauvager nos villes, ou les réensauvager. Créer des ponts de nature, des aménagements qui rendent la cohabitation avec d’autres formes de vie qu’humaine plus facile. Un article publié le 27 mars par Alexi Freeman, sur le site Matters dont la devise est: Stories, people and ideas doing good.


L’importance de la régénération biorégionale pour la santé de la planète, un article qui n’est pas récent (2020) mais qui définit bien le concept de biorégion et donne plusieurs exemples de tels initiatives.


Dans L’espoir d’un avenir différent, j’ai rassemblé 4 articles publiés par Sally Lowndes et Jessica Prendergrast, en février 2025 en un document PDF. Des modèles de transition à l’écosystème des praticiens de l’avenir alternatif (au Royaume-Uni)… Des textes inspirants !


Dark Matter Labs, c’est un ensemble d’initiatives, de laboratoires, de studios… visiter leur site, c’est plonger dans une structure à plusieurs dimensions. J’ai voulu mieux saisir un aspect de cette complexité : les capacités (capabilities) que DM cherche à développer. J’en ai traduit les définitions dans La matrice de Dark Matter Labs.


Le dernier (ou récent) billet de Andrew Curry, sur Just Two Things, porte sur deux choses (!) : A. Une initiative d’un artiste gallois qui dénonce l’endettement des personnes aux prises avec des prêteurs frauduleux, en rachetant leurs dettes avec son propre argent. B. Une liste de 10 livres qui expliquent pourquoi on en est rendu là… Il y a au moins UN livre de cette liste que je veux lire : celui de Svetlana Alexievitch : La fin de l’homme rouge. Ma traduction : Les sombres rouages du marché des créances douteuses // Les livres qui expliquent le moment politique actuel.


Le Canada s’éveille à son propre pouvoir, ou à ce qu’il pourrait être. Un article de Adam Radwanski, publié dans le Globe and Mail du 5 avril. Le pays a les moyens de s’éloigner du « grand frère »…

Toronto-Vancouver, par rail

Un voyage « de rêve » ? Non. Mais une délicieuse façon de traverser le Canada. À bien y penser, si je dis que ce n’était pas un voyage de rêve j’ai (nous avons) pourtant très bien dormi ! Malgré les secousses (plutôt que le ronron).

Le ministre Pablo Rodriguez annonce le remplacement des trains de longues distance (wagons-lits + wagons-restaurants), dans La Presse: Nouveaux wagons-lits… à venir. Les banquettes qui se transforment en couchettes seront-elles encore disponibles ? C’était plus intéressant que les petites cabines, durant le jour, parce qu’on y voit des deux côtés du train. J’espère que les prix ne seront pas majorés : pour quatre nuits d’hôtel, avec repas de qualité en salle à dîner, en plus du transport sur… 4500 km, c’était « pas cher » à 1450$ par personne (j’avais écrit 750$ – ce n’est pas si “pas cher” que ça !).

Banquettes de jour… couchettes la nuit. La formule économique1Pour la comparaison des tarifs du wagon-lit, avec accès au wagon-restaurant. L’album-thématique de 24 photos sur Flickr.


Partis de Toronto à 09:55 le dimanche matin, le parcours à travers l’Ontario nous amena à Sudbury (vers 17:00), puis Sioux Lookout (lundi, 11:30, heure du Centre). À Winnipeg le même jour vers 20:00, puis Saskatoon, le lendemain mardi 10:00 (heure des Rocheuses).

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Notes

plus de transparence dans le secteur minier

Le Groupe de travail sur la transparence dans les industries extractives publiait en janvier dernier un nouveau cadre ouvrant la voie à plus de transparence dans ce secteur, notamment en faisant « que les sociétés minières cotées en bourse divulguent, à l’échelle de leurs projets, les montants versés aux autorités intérieures et aux gouvernements étrangers. » [le nouveau cadre – pdf]

Considérant ce que disait récemment Deneault (Paradis fiscaux, la filière canadienne) à propos des compagnies minières

« [L]es entités canadiennes vouées à l’exploitation de richesses à l’extérieur du pays sont de véritables passoires fiscales. Il leur suffit de se constituer en fiducies de revenu pour ne payer ici aucun impôt. En principe, la facture fiscale échoit aux bénéficiaires. Des lors que ces derniers enregistrent comptes et entités dans les paradis fiscaux traditionnels, plus personne ne paie d’impôt. Il s’agit d’une particularité du modèle canadien que le Canada a adopté en 2011. Les fiducies de revenu sont taxées comme tout autre entité, sauf lorsqu’elles ne possèdent pas d’Actifs au Canada. »

Il faudra se rappeler ces choses lorsque le nouveau ministre des finance Oliver ne manquera pas de se vanter du Cadre de transparence pendant la campagne électorale de 2015… comme il le faisait déjà le 3 mars dernier. C’est bien de forcer les entreprises canadiennes dans le domaine minier à divulguer leurs paiements aux gouvernements africains (par exemple), dans le souci de lutter contre la pauvreté, « afin d’inciter les gouvernements à orienter les recettes provenant des ressources naturelles vers la promotion du développement et la lutte contre la pauvreté. » [communiqué du 16 janvier]

Si on pouvait éviter d’offrir à ces mêmes compagnies des facilités d’évasion fiscales… ce serait bien, pour permettre aux gouvernements d’ici de rencontrer leurs propres obligations de développement et de lutte à la pauvreté.

 

budget fédéral

On va se faire ami-ami avec les entreprises qui sauront « innover ». J’ai l’impression qu’il va y avoir une vague bleue dans le monde des entreprises : seules celles qui sauront se montrer belles auprès des fonctionnaires du gouvernement Harper seront soutenues. Finis les programmes pour tout le monde, pas de soutien à ceux qui n’innovent pas, ne sont pas « compétitifs ».

On laissera les vieux pauvres encore plus longtemps pauvres – ceux qui ont dû s’arrêter pour cause de maladie, d’épuisement. Car les autres, ceux qui ont pu contribuer à un fonds de pension, prennent leur retraite à 60 ans, ou même 50 ans comme les policiers. Ils n’auront qu’à cotiser un peu plus pour pouvoir encore partir tôt. Ceux qui comptaient uniquement sur les régimes publics… Mais combien sont-ils ?

On nous rabâche le fait que les personnes vivent plus longtemps en meilleure santé, mais où sont les programmes permettant de réduire plutôt que d’arrêter le travail ? On ne veut pas se préoccuper de déployer des politiques de retrait progressif, parce que c’est plus compliqué et qu’on veut en finir au plus tôt… pour revenir à la normale, ou encore pour réduire le champ de responsabilité de l’État.

naissances en 2006

Pour ceux que la question intéresse… qui voudraient comparer les taux de naissance de leur territoire avec ceux du Québec ou du Canada… Statistique Canada publie un bilan des naissances pour 2006.

Le Québec a connu une hausse de 7,3% du nombre des naissances de 2005 à 2006, passant de 76 346 à 81 937. La moyenne canadienne est de 3,6%. Après une baisse durant toutes les années ’90, le Canada connait une hausse constante depuis le début de la décennie. Les taux de fécondité des femmes de moins de 30 ans sont tous à la baisse. La croissance du taux général repose donc sur l’importante avancée du taux des femmes de 30 ans et plus.

quelques rapports et données récents

L’ICIS publiait récemment un rapport sur Les soins de santé au Canada 2007 où l’on peut voir que la part des hôpitaux dans le « gâteau de la santé » est passée de 45% à 30%.

Le langage n’est pas innocent (on s’attendrait à mieux de la part d’un institut qui se veut être au dessus de la mêlée ) « Le secteur public a englouti environ 72 % de ces dépenses, et les 28 % restants ont été pris en charge par le secteur privé, principalement par des paiements directs. » C’est moi qui souligne.

D’autre part,

[E]n 2004-2005, les patients qui ont reçu un diagnostic de maladie mentale représentaient 6 % de l’ensemble des sorties (congés ou décès) enregistrées dans les hôpitaux généraux du Canada, mais 13 % de l’ensemble des jours-présence des patients hospitalisés. (…) Au cours de la même période, les chiffres combinés des hôpitaux généraux et psychiatriques démontrent que le diagnostic principal pour plus du tiers (34 %) de l’ensemble des sorties associées à la maladie mentale était lié aux troubles de l’humeur, suivis des troubles schizophréniques et psychotiques (21 %) et des troubles liés à la consommation de psychotropes (16 %). [ Services de santé mentale en milieu hospitalier au Canada 2004-2005]

Aussi, l’évolution du rôle des médecins montre que « en 2003, plus de 84 % des médecins de famille dispensaient des soins de santé mentale (p. ex. counseling et psychothérapie familiale ou de groupe) ». Une proportion n’ayant pas changé de 1994 à 2003. Mais ces chiffres sont pour le Canada. Dans l’analyse des profils provinciaux, on peut voir que ce taux se situe pour le Québec à 79%, soit 10% de moins que l’Ontario. Ce qui s’explique peut-être par la consultations deux fois plus importante des psychologues par les Québécois que les Canadiens (4% VS 2% ont consulté au cours de la dernière année, suivant l’ESCC 1.2 ); ce dernier fait s’explique (à moins qu’il n’explique… la poule ou l’oeuf ?) quand à lui par la présence de deux fois plus de psychologues au Québec qu’au Canada (cité par Fournier). Le problème c’est que les psychologues, eux, ne sont pas couverts par l’assurance publique.