partis municipaux et délibération

Michel Venne commente l’intention avouée de Denis Coderre disant qu’il se passera d’une structure de parti dans sa course à la mairie de Montréal.

L’existence de partis politiques assure la présence au Conseil municipal d’une opposition mieux structurée, ce qui est une condition de base du débat démocratique. [Le blogue de Michel Venne]

Oui, c’est sans doute vrai. L’efficace de cet « esprit de parti » repose sur la tendance naturelle au biais de confirmation dans le fonctionnement spontané du raisonnement humain. Wikipedia définit ce biais comme « la tendance qu’ont les individus à privilégier les informations qui confirment leurs idées préconçues ». À défaut de pouvoir éliminer cette tendance, on peut la canaliser dans l’intérêt d’un débat plus poussé, plus approfondi. Cela implique certains effets pervers ou dommages collatéraux, mais on peut espérer qu’ils seront moindres que les défauts (dont la diminution de la participation aux élections) d’une réduction de la politique municipale à un « concours de personnalité ».

J’essaie de me rappeler qui a énoncé cette idée, de cette utilisation positive du biais de confirmation dans le contexte parlementaire des politiques partisanes… Ça me revient : c’est un billet du 9 mai 2011 qui sort en premier lorsque je google « biais de confirmation et parlementarisme » ! Hugo Mercier en parle, dans ses textes sur la raison argumentative.

« reasoning is not about truth but about convincing others when trust alone is not enough. » ; « The premise is that reasoning should help us make better decisions, get at better beliefs. And if you start from this premise, then it follows that reasoning should help us deal with logical problems and it should help us understand statistics. But reasoning doesn’t do all these things, or it does all these things very, very poorly.» ; « the function of reasoning, the reason it evolved, is to help us convince other people and to evaluate their arguments. » ; « Maybe the most salient of phenomena that the argumentative theory explains is the confirmation bias. Psychologists have shown that people have a very, very strong, robust confirmation bias. » [Tiré de la page Argumentative theory de Edge – une source que je n’avais pas cité dans mon billet sur la théorie de Mercier]

Ainsi le parlementarisme mettrait à profit ce qui peut être vu, a priori, comme un défaut : le biais de confirmation. Les partis construisent leur argumentaire en s’opposant et critiquant celui des autres.

Pour revenir à l’argument de Michel Venne, Les partis [politiques] sont des organisations qui débattent des enjeux politiques, les rendent intéressants, les mettent en évidence, attirent l’attention des citoyens, stimulent la discussion. Là je suis tenté de lui répondre que les lignes et politiques de partis ont souvent pour effet de faire taire les débats ou imposer le silence aux éléments dissidents internes. Probable, comme il le souligne, que les partis ne sont pas les seuls à avoir incité ou profité de la collusion. « Des enveloppes brunes ont servi, apparemment, à financer les élections de candidats indépendants, qui, sans parti, sans les bénévoles, membres et militants qui lui donnent sa vitalité, ont d’autant plus besoin de recourir aux services de firmes qui leur vendront des élections clés en main apparentées à la corruption. ».

Si les partisans sont souvent retranchés dans des guerres de clochers, argumentant fiévreusement et déformant allègrement les positions adverses, il faudrait, pour que cela en vaille la peine, que les décisions finales puissent s’élever au dessus des lignes de partis pour accepter que les bons arguments prévalent… et non seulement la ligne du parti (ou de la coalition) majoritaire. Alors que nous sommes confrontés aux limites importantes imposées par le mode de représentation uninominal à un tour, qui privilégient un petit nombre de grands partis au niveau fédéral et provincial, avec pour conséquence l’exclusion de l’arène parlementaire de beaucoup de points de vue, ne peut-on imaginer que les questions cruciales qui confrontent les cités et villes contemporaines puissent profiter de modes de délibération qui soient moins ancrées dans des programmes de partis que soutenues par des structures et commissions indépendantes ? Les délibérations et enjeux posés au niveau municipal arrivent souvent après que les grands ensembles (provincial, fédéral) aient posé des balises et des programmes. C’est au niveau local que doivent, finalement, être réconciliés les intérêts et plans des grandes administrations et corporations avec ceux des communautés et voisinages.

Il y a peut-être une différence de fond entre l’administration d’une ville et la gestion de l’ État. C’est un politologue de Victoria, B.C. qui écrivait ce court papier distinguant ce qu’il appelait Voir comme un État et voir comme une ville.

the city is not the imposition of an over-arching authority, but the multiplication of challenges to existing authorities of all sorts. (W. Magnusson, dans Seeing Like a State, Seeing Like a City – pdf)

 

une revue des sciences, en français

Après avoir annoncé qu’il cesserait de produire sa revue mensuelle des sciences, Jean Zin nous a fait plaisir en acceptant de continuer à survoler l’actualité scientifique comme il l’a fait depuis… des années.

Moi-même « amateur » de sciences (biologie, génétique, anthropologie, paléo-anthropologie, écologie, climatologie, informatique…) je trouve très stimulantes ces revues du mois, collation d’articles et de nouveautés dans des domaines cruciaux. Le blogue d’un « touche-à-tout » parfois étourdissant… mais toujours éclairant !

l’amour idéal

Comment l’amour réel, ce lien affectif, quotidien, cet attachement profond qui se développe « pour le meilleur et pour le pire » avec la personne choisie, significative, élue… comment cet amour de chaque jour peut-il supporter la continuelle comparaison avec les modèles de beauté, d’intelligence, d’humour et de tendresse qui se donnent à voir en grand format, à haute définition sur tous les écrans de nos désirs ?

Faudrait-il user d’artifice et couvrir d’un voile l’amour réel pour éviter la comparaison et nourrir le mystère, la singularité de la relation ? Mais cette personne ainsi cachée ne devient-elle pas un objet thésaurisé, approprié comme privé en contradiction avec la quête, la conquête d’une place, d’une participation accrue, libre des femmes à la société ?

User d’artifice sous forme de voyage rêvé qu’on réalise, de fête ou de réception réussie, de collection d’objets désirables. Des façons d’incarner sa propre aventure, d’écrire son roman. Des artifices qui n’en sont plus lorsque l’aventure s’épaissit, s’opacifie avec le temps pour prendre corps, devenir souvenir inscrit dans la chair. Ces photos qui me font du bien parce qu’elle me rappellent le temps passé… avec toi.

Sans artifice, l’amour dans la peau. L’amour de ton cul, de ta bouche, de tes seins, de tes fesses, de tes bras de tes jambes, tes yeux tes cheveux… de tes jours et tes nuits, j’ai envie, ma mie. Évidemment cet amour charnel n’est plus ce qu’il était. Son appel moins pressant, se fait sentir moins fréquemment. Ce qui n’en fait pas diminuer l’importance. Il faut que le désir de recommencer survive, que le plaisir vive encore dans 15 ans, dans 20 ans. Que la tendreté ou la sécheresse des corps ne fasse pas disparaitre l’aiguillon, la sémillante offrande du sexe. Que la tendresse des coeurs accepte et soutienne, un peu, toujours, la folie des corps.

science sociale fiction

Je voulais écrire une courte nouvelle décrivant une collaboration idéale, inspirée de situations réelles ou fictives, articulant des partenaires indépendants (publics, privés, philanthropiques, communautaires, municipaux, nationaux) autour d’objectifs de développement économique et social. Une collaboration créative autour d’un but : la croissance optimale des enfants de 0 à 5 ans. Améliorer la qualité de l’éducation et du support accordés aux enfants de cet âge est un des investissements les plus rentables qui soit. [ voir les rapports « Early Years Study »] Plus de santé = de meilleurs résultats à l’école = moins de décrochage scolaire = une meilleure intégration au travail = moins de pauvreté, moins d’enfants négligés… Entre la chronique sociale, la politique-fiction et l’essai sociologique.

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Les acteurs concrets ne sont pas idéaux. Les acteurs concrets ont des motivations multiples dont plusieurs sont cachées aux acteurs eux-mêmes, inconscientes. Issues de l’histoire plurigénérationnelle de familles, clans, corps, intérêts.

S’il peut être utile de formuler, d’expliciter les motivations et objectifs des réseaux d’acteurs il serait présomptueux de tenter de tout contractualiser. La part d’implicite sera toujours la plus importante. Autrement dit, il y a un capital de confiance (ou de méfiance), préexistant à la relation d’aujourd’hui, que cette relation viendra renforcer ou dilapider. Un capital de confiance issu de l’histoire récente (les actions et rôles passés des acteurs présents) ou plus lointaine (savoirs incorporés dans des institutions, des organisations, des capitaux). Continuer la lecture de « science sociale fiction »

repas de Noël avec les Bochimans

Je résume ici (en français) une belle histoire contée par l’anthropologue Richard B. Lee — suivie de quelques réflexions et citations sur le sens anthropologique de ce temps des fêtes de fin (début) d’année. 

Il y avait encore, il y a cinquante ans, quelques tribus San (des bushmen, chasseur-cueilleurs) vivant toujours suivant la tradition dans le désert de Kalahari. L’anthropologue canadien terminait un séjour de plusieurs années parmi eux pendant lequel il s’était imposé d’influencer le moins possible l’économie et le mode de vie ancestral. Tout au plus s’était-il permis d’échanger du tabac avec les membres des tribus participant à ses entrevues.

Pour ceux qui souhaiteraient lire l’histoire originale en anglais, résumée en trois pages par l’anthropologue l’ayant vécu, voir Eating Christmas in the Kalahari (pdf) par Richard Borshay Lee. [Voir aussi The Dobe Ju/’hoansi]

Souhaitant d’une certaine façon remercier les membres des tribus environnantes, quelques 75 personnes, pour leur accueil en achetant un boeuf pour le repas de Noël qui serait servi quelques semaines avant son départ, Lee avait pris soin de bien choisir le plus gras et grand spécimen parmi les troupeaux venant boire à la rivière au cours des mois précédents.

Quelques heures après avoir choisi et payé (56 $ de 1965) le boeuf en question, en demandant à l’éleveur de bien vouloir le garder dans son troupeau jusqu’au jour du banquet, des membres du village commencèrent à venir le voir pour se plaindre de son choix : il avait vraiment choisi la pire des bêtes, la plus maigre et la moins valable des pièces qu’il aurait pu offrir. Tous les membres de la communauté à qui il s’adressa au cours des semaines qui suivirent, ou qui vinrent le voir directement sur le sujet, lui tinrent le même langage : ce boeuf était le plus maigre qu’ils aient jamais vu, le souper de Noël qu’il préparait serait décevant et on pouvait même prévoir des disputes et conflits autour de la table, entre des participants qui s’en retourneraient le ventre vide.

Le ton était si unanime dans sa réprobation que Lee songea même à s’éclipser dans la savane une dernière fois plutôt que d’assister à ce repas qu’il avait souhaité. Il décida finalement de rester et put suivre de près le dépeçage de la bête, arguant auprès de ses détracteurs de la quantité appréciable de gras et de viande visible dès les premiers coups de couteau. Mais les participants continuaient de nier l’évidence et de critiquer la petitesse et maigreur de l’offrande tout en s’empiffrant et finalement faisant bombance du repas.

Ce n’est que le lendemain que Lee pût comprendre la raison de ce comportement, un membre de la tribu lui expliquant que la tradition voulait que les trophées de chasse rapportés soient systématiquement dépréciés pour éviter que le chasseur ne s’enfle la tête et se prenne pour un Big man.

when a young man kills much meat he comes to think of himself as a chief or a big man, and he thinks of the rest of us as his servants or inferiors. We can’t accept this. We refuse one who boasts, for someday his pride will make him kill somebody. So we always speak of his meat as worthless. This way we cool his heart and make him gentle.

Les San chasseurs-cueilleurs ont été sédentarisés, de force, après avoir été confinés dans des parcs de plus en plus limités. Les familles d’aujourd’hui survivent grâce à une agriculture de subsistance et certains programmes d’aide. Les jeunes dansant au rythme de la musique moderne.

La sagesse ancestrale des !Kung San, réduisant l’inégalité à sa source, correspondait bien au mode de vie chasseur-cueilleur. Alors que dans les premières sociétés sédentaires, où les rentes de position stratégique et de possession foncière devenaient possibles, on ne peut plus nier l’évidence de l’inégalité. Les potlatch et autres formes de dons ritualisés se développèrent pour justifier, contrer ou compenser symboliquement et culturellement ces inégalités.

Alors que les religions avaient, de tout temps, souligné le passage de l’automne à l’hiver, le retour de l’allongement des jours et du temps d’ensoleillement, avec l’avènement de la famille et de l’individualisme contemporains une version bourgeoise (ou petite-bourgeoise) de cette fête religieuse-païenne s’imposa. Un moment de paix, dans une culture traversée de guerres mondiales ou frontalières, puis un moment de célébration des liens familiaux, dans des sociétés de plus en plus éclatées, segmentées. Il reste encore des traces du potlatch dans ces occasions de faire bombance, mais il devient difficile de surpasser l’ordinaire de la culture extra-large de consommation. Il reste les occasions de réseautage, où l’on soigne ses relations humaines. Occasions de rapprochement, ou de friction générant chaleur et tension.

Le soleil déclinant tous les jours, existait la crainte qu’il disparaisse à jamais. D’où les cultes destinés à ranimer le feu solaire, comme celui de la bûche que le christianisme n’est pas arrivé à éradiquer.

Cette période (…) où la famille se sacrifie (en se ruinant en cadeaux de Noël) pour les générations futures. Les enfants devenus, récemment, les rois de cette fête redevenue païenne. D’où l’agacement du Vatican à l’égard du Père Noël.

En exaltant le bonheur domestique, cette célébration confortait aussi l’idée de la famille comme refuge, rempart contre les « dangers » du monde extérieurs qui s’urbanisait et s’industrialisait rapidement. (…) cette bourgeoisie anglaise qui sut tirer parti d’une fête collective pour valoriser et imposer aux milieux populaires la morale du foyer et l’amour de ses enfants.

L’argent, la famille, la solitude, le rêve, le divin et le trivial s’y conjuguent au pied d’un sapin sur lequel l’aventure des hommes a accroché quelques-uns de ses plus anciens secrets. 

Ethnologie de Noël, une fête paradoxale par Martyne Perrot

Reste-t-il un message, un sens pertinent pour une tradition tant de fois détournée, soumise aux déformations du désir, de l’appétit, de l’envie — pulsions  manipulées par des puissances financières gigantesques. Les histoires de Noël traditionnelles racontaient le malheur d’une petite fille aux allumettes, réaffirmant  le bonheur de l’enfant à qui l’on raconte. Le bonheur de l’abondance — même provisoire — donnant confiance en l’avenir. Mais qu’est-ce qui se passe quand l’abondance devient synonyme de malheur, d’un avenir incertain ?

On peut démoniser (ou sacraliser) la consommation rituelle, ou la célébrer comme emblème de liberté et de dignité. On peut aussi s’inventer une culture familiale, faite de rituels et de souvenirs. Mais on ne peut plus se fier à la nature ni à la tradition pour donner du sens au temps présent et à avenir. Il faut s’inventer des manières de célébrer la vie, et la mort, autrement qu’en brûlant plus de bûches. Quelques chandelles suffiront. L’homme a changé de manière irréversible la nature et la Terre. Il ne suffit plus de célébrer la générosité de cette dernière. Célébrer la sagesse de l’homme, critiquer sa folie. Devenir plus conscient, plus responsable, plus heureux.

la conscience commence quand ?

En googlant autour de la matière grise, dont la quantité (dans la région temporo-pariétale) semble corrélée à la propension à l’altruisme – voir aussi l’article sur le site de l’Université de Zurich – je suis passé par le site Le cerveau dans tous ses états, où Bruno Dubuc annonçait le thème de la quatri`me École d’été de l’Institut des sciences cognitives (ISC) de l’Université du Québec à Montréal : L’évolution et la fonction de la conscience.

Gros évènement avec, entre autres, Daniel Dennett et Antonio Damasio pour la journée d’ouverture, John Searle pour la conférence de clôture, et un tas d’autres dont Joseph Ledoux. J’aurai manqué cette occasion de voir en personne ces gens que je lis depuis quelques années : la conférence se terminait mercredi le 11 juillet. Mais je l’aurais su que  je n’aurais sans doute pas déboursé les 600$ d’inscription.

Heureusement pour moi, et les autres dans mon cas, les conférences sont (ou seront) disponibles en format vidéo sur le site ! (voir aussi cette page) J’ai bien hâte de jeter un coup d’œil…

Ici la vidéo de la conférence de Joseph Ledoux, Emotion and Consciousness.

lectures

The problem with digital books is that you can always find what you are looking for but you need to go to a bookstore to find what you weren’t looking for, Paul Krugman

Sans parler du fait que tous les livres sont loin d’être disponibles en format numérique. Et c’est encore plus vrai pour les livres en français.

Ça faisait un bout de temps que je n’étais allé chez Olivieri. Et j’y ai mis la main sur deux livres qui me semblent intéressants. Le premier autour du thème Animal Thinking: Contemporary Issues in Comparative Cognition et le second, par Paul Churchland (dont j’ai déjà lu le Neurophilosophy at Work), Plato’s Camera How the Physical Brain Captures a Landscape of Abstract Universals. Si les films « animalistes » récents sont de moins en moins anthropomorphistes, c’est à dire qu’ils prêtent de moins en moins des sentiments et comportements humains à des animaux, la connaissance fine que nous avons de ces comportements (éthologie) nous fait mieux comprendre la profondeur et la complexité de l’intelligence chez les espèces non humaines. La puissance du langage humain, en particulier depuis l’invention de l’écriture, nous aura permis de, littéralement, déplacer des montagnes… mais les scories de cette entreprise associées à la courte vue et au narcissisme de notre espèce réduisent chaque jour la diversité et la beauté du monde.

P.S. La caverne de Platon… une allégorie encore pleine de sens.

aux origines catholiques des services publics et communautaires québécois

Plusieurs trouveront irritante la question que je pose. Quelle est la part des services publics et communautaires québécois qui reste influencée par la tradition catholique ? Question innocente, ou inutile diront certains, mais que je trouve d’actualité à chaque fois que Statistique Canada publie les résultats de son enquête sur la participation et le don… ou encore lorsque je lis certains discours canadiens sur le développement des services aux enfants et aux familles. Ainsi ce Early Years Study 2 – une cette étude du Dr Mustard et al., celui-là même qui était invité à ouvrir le colloque sur le développement de l’enfant réalisé aux JASP de 2008 et dont le document EYS2 est donné comme toute référence à la vision de Avenir d’enfants. (Depuis que j’ai commencé d’écrire cet article, la version 3 de ce travail au long cours, Le point sur la petite enfance 3, est parue. Voir le billet précédent).

Je ne peux m’empêcher de voir dans la différence importante que les sociétés québécoise et canadienne anglaise montrent dans leur façon de répondre à un besoin social contemporain (les services à la petite enfance) un reflet des traditions catholique et protestante qui ont marqué et marquent encore nos deux nations. Une tradition catholique française qui semble moins craintive devant le développement de solutions publiques, étatiques alors que sa contrepartie protestante semble résister, au nom du rôle de la famille sans doute, à l’instauration de services nouveaux, d’accès universel.

Mais cet exemple n’est qu’un exemple, et il n’est peut-être pas le plus représentatif de la dynamique à l’œuvre dans le mouvement communautaire québécois. Un mouvement où je me plais à voir à l’œuvre une logique citoyenne qui se mobilise pour identifier des problèmes, des besoins, faisant pression pour que soient affectées à ces besoins des ressources collectives… après quoi les citoyens rentrent chez eux, redevenant des utilisateurs, des usagers de ce nouveau service. Je sais que c’est tourner les coins ronds… mais il me semble que du côté protestant il y a un désir, un principe de participation, d’engagement qui perdure, plus encore il me semble que du côté communautaire quasi-publique québécois.

Cette image est certes grossière en ce que le dit mouvement communautaire est justement un mélange des traditions française et anglo-saxonne, un mélange d’affirmation de la responsabilité publique (en terme de financement) et de l’autonomie de la société civile. En ce sens la comparaison serait sans doute plus crue et complète à mettre côte à côte la société française et l’anglo-saxonne. Mais c’est la société d’ici qu’il m’intéresse de réfléchir. Et je ne peux m’empêcher de rappeler les racines pas si lointaines mais bien catholiques de plusieurs organisations communautaires encore à l’oeuvre sur le terrain. Que serait le Resto-pop s’il n’y avait eu Soeur Annette ? Et Interaction famille, s’il n’y avait eu Pierrette Lafleur, elle aussi religieuse ? Et ASTA, et le Centre culturel et sportif…

Autrement dit, la présence des communautés religieuses catholiques n’est pas si lointaine dans l’histoire des organisations communautaires. Ce que je me demande c’est si cette présence aurait eu un effet différent si elle avait été d’obédience protestante. Est-ce qu’il y aurait une « manière catholique », orientée par un dévouement, une charité à l’endroit des « nécessiteux », charité pratiquée d’abord par les « permanents » que sont les membres des communautés religieuses, alors que la « manière protestante », moins basée sur la main-d’œuvre de communautés religieuses (qui – c’est mon hypothèse – étaient moins nombreuses que du côté catholique), serait plus orientée vers l’entraide et l’engagement des membres laïcs des paroisses ?

Je sais que c’est vite dit… mais c’est une question que j’aimerais bien creuser. Une meilleure compréhension des racines culturelles et historiques, où la religion était étroitement mêlée aux structures sociales (services sociaux, de santé, d’éducation), nous permettrait de mieux saisir les différences entre les sociétés d’aujourd’hui, pour mieux préparer celle de demain.

raison, biais de confirmation et délibération

Hugo Mercier fait parler de lui (ici, ou ) et de sa thèse sur la raison argumentative, à la suite de la parution d’un article dans la revue Behavioral and Brain Sciences. Un chercheur que j’ai eu l’occasion d’entendre à Montréal, dans une conférence organisée par l’Institut es sciences cognitives de Montréal en 2009.

Si l’article de la revue BBS n’est pas disponible, on peut retrouver sur le Social Science Research Network (SSRN) deux articles reprenant l’essentiel de l’argumentation (!) sans avoir l’étendue de la thèse de 376 page de M. Mercier :

Jonah Lehrer résume assez bien l’intérêt de ces textes, dans son billet The reason we reason, alors que Chris Mooney, qui publiait récemment un texte sur un sujet similaire dans la revue Mother Jones, The science of why we don’t believe science, s’entretient avec Mercier dans un billet sur Discover Magazine.

La raison n’est plus ce qu’elle était ! Continuer la lecture de « raison, biais de confirmation et délibération »