électricité, patrimoniale ou autre

Un article du NYT illustré de graphiques dynamiques sur l’utilisation et la distribution d’électricité aux États-Unis : It’s the Age of Electricity and America Isn’t Ready. J’ai été surpris d’apprendre que l’éclairage était le principal usage domestique (et industriel) [aux USA] de l’électricité jusqu’à récemment (en 2000). La « révolution » des LED a fait chuter la consommation pour éclairage, la première place revenant dorénavant à la climatisation… mais bientôt, ce sera, pour le secteur résidentiel, la mise en charge de l’automobile.

[Le chargement de cette vidéo peut prendre quelques secondes. J’ai enregistré le passage de mon curseur sur le graphe dynamique illustrant l’évolution de l’affectation de l’électricité résidentielle. Pour ceux-celles qui n’ont pas accès au NYT]

L’argument principal de l’article du NYT porte sur les réseaux de distribution et centres de production d’électricité vieillissants qui n’ont pas été mis-à-jour, dans lesquels on n’a pas investi depuis des décennies, les propriétaires se contentant de faire fructifier l’investissement passé… sans considération des besoins futurs.

Plutôt que de se battre systématiquement contre l’installation de centres de données, les auteurs suggèrent qu’il faut saisir la nouvelle demande comme une opportunité, le client (i.e. les Big Tech) ayant des moyens, pour mettre à niveau les installations et équipements vieillissant ou dépassés… et brancher les régions sur de nouvelles connexions nationales reliant les régions productrices d’éolien et de solaire aux régions consommatrices d’électricité. L’auteur souligne que les projets de nucléaire (dont un dans l’État de New York) ont le soutien, chose rare, des partis Démocrate et Républicain.

En lisant cet article je me demandais si Hydro-Québec n’était pas de cette espèce de pourvoyeur traditionnel, plus intéressé à garder son monopole et ses profits (i.e. les redevances versées au gouvernement provincial du moment) qu’à développer une capacité de répondre aux besoins de demain, en tant que société et non en tant qu’entreprise de gestion de barrages.

S’agit-il pour autant de « libéraliser » la production et distribution d’électricité ? Ce serait soumettre les communautés locales aux fortes pressions et incitations d’entrepreneurs et de porteurs de capitaux pour installer un peu partout des parcs éoliens ou solaires. Pour éviter de mettre en péril l’équilibre social, la paix sociale dans les régions populeuses ne pourrions-nous éloigner l’implantation de telles installations dans des parties moins habitées du territoire ? Ce n’est pas ce qui manque au Québec et au Canada !

Il y a un enjeu de production et un enjeu de transport. Une production qui serait majorée pour compenser les pertes encourrues par le transport sur de longues distances. La mise en réseau des capacités nouvelles dans le moyen-nord à l’échelle du Canada permettrait de relier les nouveaux barrages de Terre-Neuve-Labrador aux besoins de l’Ontario et de l’Ouest en passant par cette nouvelle ligne nordique. Une ligne de transmission qui relierait au passage les communautés nordique aujourd’hui souvent dépendantes de générateurs diesels. Reliant aussi des expériences de production éolienne adaptée aux vents et aux températures du Nord ; des parcs solaires adaptés aux forêts boréales ?

Les prix de l’électricité pour les clients résidentiels aux É-U : augmentation de près de 50% en 5 ans !

La hausse de la demande finira par se traduire par une augmentation des prix, à moins que nous ne développions davantage de capacités de production d’électricité dans les années à venir. (…)

Ces États touchés par des catastrophes ont dû reconstruire le réseau de distribution de dernier kilomètre qui alimente les foyers et les entreprises. Cela a entraîné une augmentation des coûts de leur réseau, ce qui a fait grimper le prix de l’électricité et incité leurs habitants à réduire leur consommation globale.

Mais chaque État devra bientôt reconstruire de larges pans de son réseau. Une grande partie des équipements de distribution américains a plusieurs décennies et arriverait de toute façon bientôt en fin de vie. Nous devrons également moderniser et étendre le réseau de transport, qui achemine l’électricité sur de longues distances depuis les centrales vers les villes. (…)

En d’autres termes, l’inflation de l’électricité peut se produire de nombreuses façons. Parfois, le réseau doit être reconstruit. Parfois, les coûts des combustibles augmentent. Et parfois, la demande en électricité dépasse tout simplement l’offre, ce qui oblige à dépenser plus d’argent pour une quantité d’électricité moindre. Dans certaines régions du pays, comme le centre du littoral atlantique et le nord du Midwest, la croissance des centres de données a entraîné des déficits prévisibles d’approvisionnement et contribué à faire grimper les prix de l’électricité. (…)

Lorsqu’un nouveau gros consommateur d’électricité arrive sur le réseau, cela peut parfois contribuer à maintenir les coûts de l’électricité à un niveau bas pour tous les autres, car il achète tellement d’électricité qu’il peut couvrir une part bien plus importante des coûts du réseau, ce qui permet de limiter la hausse des tarifs. (…)

Certaines des entreprises les plus riches et les plus innovantes de l’économie sont prêtes à investir dans de nouvelles centrales électriques et à améliorer l’infrastructure du réseau. C’est une opportunité générationnelle. (…)

À l’heure actuelle, le réseau est planifié soit par les services publics locaux eux-mêmes, soit par des autorités régionales souvent dominées par les intérêts de ces services publics. Cela signifie souvent qu’ils mettent trop de temps à raccorder de nouvelles centrales électriques et qu’ils sous-investissent dans des projets de transport à grande échelle qui réduiraient les coûts de l’électricité pour les consommateurs — mais qui affaibliraient également leur pouvoir de monopole. (…)

Il faudrait plutôt obliger les entreprises technologiques à financer les améliorations à long terme du réseau en contribuant à un fonds national de modernisation du réseau. Ce fonds pourrait alors construire de nouvelles lignes électriques à grande échelle ou acheter en gros des équipements électriques de nouvelle génération. Il pourrait également installer des batteries au niveau des quartiers, mettre en place des programmes rémunérant les ménages pour qu’ils soient plus flexibles dans leur consommation d’électricité et apporter des améliorations ciblées afin que nos câbles et équipements existants puissent supporter davantage de puissance. (…)

Il n’y a pas beaucoup de machines vieilles de 120 ans que la plupart des Américains utilisent tous les jours — mais le réseau électrique en fait partie. Nos dirigeants ont une occasion rare de rajeunir ce système vieillissant mais essentiel pour un nouveau siècle de croissance.

It’s the Age of Electricity and America Isn’t Ready par Robinson Meyer, NYT

Il existe au Canada un Programme des énergies renouvelables intelligentes et de trajectoires d’électrification (ERITE), lancé en 2021. C’est un programme de 4,5 milliards de dollars conçu pour appuyer le déploiement de la modernisation du réseau, du stockage de l’énergie et des énergies renouvelables dans toutes les régions du Canada.

Qu'en pensez vous ?