Le grondement grandissant

La politique — hélas — est ce dont nous avons besoin

Traduction de The growing rumble par Bill McKibben, le 30 AOÛT 2026

J’ai eu plus de mal que d’habitude à écrire ces derniers jours, et cela parce que l’effondrement du glacier et la catastrophe qui s’en est suivie le long de la frontière entre le Tibet et le Népal m’ont profondément bouleversé. Il se trouve que je me suis déjà tenu à ce poste frontalier d’où vous avez vu la vague géante anéantir… tout en une fraction de seconde. J’avais passé des semaines dans les hauteurs sèches et froides du Tibet bouddhiste, puis j’avais traversé la frontière pour entrer dans le chaos luxuriant et humide du Népal hindou; je peux donc imaginer un peu ce que cela a dû être, et ce qu’ont vécu ces gens qui sont morts presque avant même que la panique ne s’empare d’eux.

De plus, je savais que cela allait arriver. Pas ce jour-là, bien sûr, mais j’étais allé au Tibet il y a vingt ans en partie pour faire un reportage sur ce que nous savions déjà être une menace énorme : les répercussions de la fonte rapide de ce qu’on appelle parfois le « troisième pôle de la Terre ». Le danger de ces effondrements, et des lacs de barrage qu’ils peuvent créer, était bien connu des scientifiques; ils se produisent souvent, mais généralement dans des vallées inhabitées. Je ne vais pas m’attarder sur ces reportages — ils ont fait l’objet d’une excellente couverture ces derniers jours. Jonathan Watts, par exemple, rend un service important en mettant en évidence le lien exact entre la crise climatique et l’effondrement.

Deux jours avant l’effondrement, la température au sol a atteint son niveau le plus élevé des deux dernières années, selon le Dr Hamish Pritchard, glaciologue au British Antarctic Survey, dont l’équipe disposait de capteurs situés à 6 milles (10 km) du site.

« Ces températures élevées auraient affaibli le manteau neigeux, rempli les crevasses d’eau et fait fondre les liaisons entre la glace et la roche qui maintiennent ces glaciers en place », a-t-il déclaré au Science Media Centre.

Jeff Berardelli suit de près la hausse continue des températures dans la région (elle est environ le double de la moyenne mondiale, avec une augmentation de 5 degrés Fahrenheit depuis 1940). Quant à Jonathan Mingle, il offre un très beau récit de ses propres voyages dans la région, ainsi que des incidents similaires, de moindre ampleur, qui se sont produits au fil des ans.

Je voudrais simplement vous inviter à vous concentrer sur l’image en haut de ce bulletin d’information, prise par un alpiniste chinois nommé Zhia Yitie, qui montre l’effondrement — c’est le cours d’eau au centre de la photo qui ressemble à une chute d’eau. Et ce que je veux que vous remarquiez, c’est la quantité de glace qui reste encore — à l’œil nu, on dirait que 99 % du glacier est encore là. Et ce n’est là qu’un seul glacier parmi les quelque 50 000 que comptent l’Himalaya et l’Hindu Kush. Ce que je veux dire, c’est que : les dégâts à venir sont infiniment plus importants, ou, pour le dire autrement, il y a infiniment plus de dégâts que nous pourrions encore éviter. Et c’est cela qui devrait nous préoccuper.


Il est plus important que vous souteniez les gens de la région que de soutenir ce bulletin d’information. Voici un site où vous pouvez apporter votre aide


Faisons rapidement le calcul : en moyenne, les Népalais émettent environ quatre dixièmes de tonne de CO₂ par année, contre environ 14 tonnes pour un Américain. Plus de 99 % de l’électricité du pays provient de l’hydroélectricité (même si une grande partie de cette capacité a été anéantie par les inondations de la semaine dernière). Ce ne sont pas eux qui causent la crise qui les tue : c’est nous.

En effet, alors même que la boue se déposait sur les ruines des villages himalayens, nous avons pris les mesures suivantes pour garantir que ces catastrophes se poursuivent, en annonçant un « accord » avec le Venezuela, que nous contrôlons, visant à augmenter considérablement sa production pétrolière. Comme l’a souligné Al Jazeera,

Peu avant l’annonce de l’entente, l’analyste énergétique Gregory Brew a comparé les informations concernant cet accord imminent aux concessions pétrolières recherchées par l’Empire britannique au début du XXe siècle.

« Une telle chose est sans précédent », a écrit Brew sur les médias sociaux. « L’exemple le plus proche serait celui de BP [British Petroleum] (à l’époque où elle était détenue majoritairement par le gouvernement britannique) revendiquant la propriété des réserves de pétrole irakiennes et iraniennes avant la Deuxième Guerre mondiale. »

Trump lui-même a repris à son compte le slogan de l’époque coloniale « Manifest Destiny », dans le cadre de son plan pour une « nation en pleine croissance » qui « accroît notre richesse » et « étend notre territoire ».

Il s’agit là de colonialisme au sens propre, au service des donateurs de Trump issus des grandes sociétés pétrolières — c’est pratiquement exactement ce que nous avons fait à Mossadegh en Iran en 1953, déclenchant une série d’événements sanglants qui se poursuivent encore aujourd’hui.

Et cela survient, bien sûr, alors que nous continuons de saboter les énergies renouvelables — le dernier épisode en date, grâce à un excellent reportage d’investigation d’Evan Halper, révèle que la Maison-Blanche paie une entreprise européenne pour annuler encore davantage de baux éoliens, à condition que l’argent soit « réinvesti » auprès d’un important donateur de Trump qui construit des installations d’exportation de gaz naturel liquéfié sur la côte de la Louisiane.

En bref : dans un monde qui commence à se détourner du pétrole, les États-Unis sont devenus la principale force qui tente de s’assurer que nous continuions à rejeter du carbone dans l’atmosphère. Si le reste de cette glace venait à se détacher de ce glacier népalais, ce serait à cause de cela.

Ce qui signifie que la question que j’avais promis de soulever dans le bulletin de la semaine dernière est plus importante que jamais : comment traduire ces horreurs (dont il y aura bien plus encore à mesure que le phénomène El Niño, qui prend de l’ampleur, enveloppera le monde de températures record) en changement politique ici?

Soyons clairs : je ne parle pas d’avant les élections de mi-mandat de novembre. Les enjeux sur lesquels se jouera la bataille — la démocratie, les centres de données, la démence — sont déjà bien établis à ce stade. Le prix de l’essence jouera également un rôle crucial, ce qui signifie que quiconque s’oppose au Parti républicain devrait souligner l’absurdité de notre politique énergétique : les sondages montrent clairement que les Américains détestent les attaques de Trump contre l’éolien et le solaire. Je passerai le reste de l’automne sur le terrain avec Third Act et Gray Pac, à mobiliser les électeurs dans des circonscriptions clés; pour l’instant, l’objectif est simplement de rétablir une tête de pont pour le bon sens à Washington.

Mais la physique ne nous laisse plus beaucoup de temps, et je pense donc que la prochaine série d’élections dans ce pays sera notre dernière véritable chance d’opérer le changement radical – remplacer le pétrole et le gaz par le soleil et le vent – qui constitue notre meilleur espoir de limiter le réchauffement. Et El Niño atteindra son apogée au moment même où les candidats démocrates commenceront à se positionner. Il n’est donc pas trop tôt pour commencer à les amener à réfléchir à tout cela.

Matt Pawa, l’avocat qui a contribué à lancer une grande partie des poursuites visant à tenir les sociétés pétrolières responsables du réchauffement climatique, a utilement fourni un résumé en trois parties expliquant pourquoi les démocrates devraient axer en partie leur campagne sur le climat. Ce résumé est « juridique » dans le meilleur sens du terme, c’est-à-dire qu’il regorge de faits — il s’appuie sur des données de sondages à long terme, propose des exemples historiques remontant à 1988 et conclut par ce qui, à mon avis, sera l’argument le plus convaincant : l’énergie propre est une énergie potentiellement très abordable.

Nous vivons un moment tout à fait extraordinaire de transformation énergétique. Pourtant, de puissantes sociétés nous obligent à continuer de brûler des combustibles datant de l’ère des dinosaures pour produire de l’énergie. Cela réchauffe dangereusement le climat et provoque des phénomènes météorologiques extrêmes. Cela tue des millions de personnes qui respirent de l’air vicié. Cela empoisonne notre eau. Et pourtant, l’énergie renouvelable est désormais le moyen le moins coûteux de produire de l’énergie. Ce n’est pas le moment de rester silencieux face au changement climatique. C’est le moment d’agir.

On peut observer cette dynamique se dérouler en ce moment même au Royaume-Uni, qui n’est pas en pleine campagne électorale mais qui — le système parlementaire impliquant une sorte de bataille politique quotidienne — tente néanmoins de trouver comment faire face au choc qu’il a subi cet été : des semaines consécutives de chaleur torride, accompagnées d’une sécheresse. Cette terre verte et agréable a passé la majeure partie de l’été brune et en sueur. (Et ce n’est pas tout : il s’avère que les consommateurs achètent moins lorsque la température dépasse les 25 degrés Celsius, ce qui met également les entreprises de mauvaise humeur).

Tout cela place le gouvernement travailliste dans une situation délicate. D’un côté, il aimerait apaiser la presse de Murdoch et ouvrir davantage la mer du Nord au forage. Cela ne servirait à rien pour réduire les prix de l’énergie, puisque les prix du pétrole sont fixés sur un marché mondial et qu’il ne reste pas assez de pétrole brut au large des côtes britanniques pour influencer ce chiffre. Mais cela enverrait un signal de « modération », le même genre de signal que les politiciens américains — la gouverneure de New York, Kathy Hochul, par exemple — ont tenté d’envoyer en se tournant vers le gaz. (Il s’avère, comme le révèlent de nouveaux reportages cette semaine, que Mme Hochul a également fait l’objet d’un lobbying persuasif de la part d’un groupe de pression pro-gaz naturel).

Mais le problème, c’est cette maudite chaleur, ainsi que la montée des inquiétudes, de la colère et du militantisme qu’elle suscite chez les électeurs — il s’avère que cet espoir latent d’un avenir viable refait rapidement surface dès que la température grimpe. C’est ainsi que nous avons vu ces dernières semaines une avalanche de nouvelles données comparant les dommages climatiques causés par le forage pétrolier en mer du Nord aux retombées économiques : « les dommages économiques causés par la pollution au carbone provenant du pétrole et du gaz produits se situeraient entre 119 milliards et 336 milliards de livres sterling au cours des prochaines décennies, comparativement à la valeur de 28,7 milliards de livres sterling pour le Royaume-Uni estimée par Adura, la société de combustibles fossiles qui fait la promotion des nouveaux gisements. »

Comme l’explique Matthew Taylor dans un long et utile essai, c’est devenu un enjeu crucial de la politique britannique, avec d’un côté les Verts en pleine ascension et de l’autre les conservateurs et le parti d’extrême droite Reform

Le chef de Reform UK, Nigel Farage, et la chef du Parti conservateur, Kemi Badenoch, ont appelé à une expansion massive des forages en mer du Nord, affirmant qu’ils annuleraient l’interdiction des nouvelles licences s’ils étaient élus.

Dans un discours prononcé cette année, Farage a déclaré que le Royaume-Uni devrait être « autosuffisant en gaz ». Badenoch a emboîté le pas en promettant une industrie pétrolière et gazière britannique en pleine croissance qui « garantirait notre sécurité énergétique pour les générations à venir ».

Pour l’instant, le nouveau chef du Parti travailliste, Andy Burnham, tente de déterminer s’il est possible de trouver un juste milieu. Sa nouvelle secrétaire à l’Environnement, Angela Eagle – qui porte un nom merveilleux –, a tenté de s’en sortir à grands mots dans une récente chronique pour le Guardian, mais je soupçonne que les promesses d’« écosystèmes plus sains » pour lutter contre les risques d’incendie ne suffiront pas. Les gens sont généralement assez avertis aujourd’hui pour savoir que la véritable question porte sur les combustibles fossiles.

Je ne sais pas quelle sera la décision du Royaume-Uni concernant le forage la semaine prochaine — encore une fois, bien des éléments sont déjà figés à ce stade —, mais je sais que les politiciens américains ambitieux auraient tout intérêt à prendre les devants face à cette tempête. Je ne pense pas que ce soit difficile. L’argument de base est le suivant :

« Donald Trump et le Parti républicain sont corrompus et stupides d’insister sur le fait que l’avenir repose sur les combustibles fossiles. Je cesserai de dorloter les géants du pétrole et je commencerai plutôt à faciliter considérablement le passage des États-Unis à l’énergie solaire et éolienne. Au lieu de fermer des parcs éoliens, nous en ouvrirons; au lieu d’imposer des droits de douane sur les panneaux solaires, nous ferons en sorte qu’il soit simple pour les Américains de les installer sur leur toit et leur balcon. C’est notre meilleure chance de réduire le risque et le coût d’une catastrophe (sans parler de la hausse des primes d’assurance).

C’est également notre meilleure chance de permettre aux Américains de profiter de la chute des prix de l’énergie que d’autres régions du monde ont déjà commencé à observer. Et c’est peut-être la seule voie qui s’offre à nous pour restaurer ne serait-ce qu’un peu de notre prestige dans un monde qui nous considère désormais comme un État imprudent et voyou. »

À tout le moins, les candidats potentiels devraient y voir un moyen de mettre leur campagne à l’abri des effets d’El Niño. Et ils devraient s’y atteler le plus tôt possible.


Dans l’actualité de l’énergie et du climat :

+ L’analyse la plus exhaustive que j’aie vue sur les besoins énergétiques de l’IA, réalisée par Erald Kolasi et Jesse Damiani, montre que

en 2026… la diffusion et le déploiement de l’IA représenteront jusqu’à 1,1 % de la demande énergétique mondiale totale, un chiffre nettement supérieur à ce que suggèrent la plupart des estimations conventionnelles naïves. Par exemple, une analyse simpliste de Our World in Data affirme que la diffusion de l’IA ne représente que 0,2 % de la demande mondiale en énergie primaire.

Comme nous l’expliquons en détail dans cet article, ce genre d’évaluations est généralement peu utile, car elles se concentrent uniquement sur la consommation d’électricité et négligent la dynamique énergétique plus large tout au long du cycle de vie qui alimente la diffusion de l’IA à l’échelle mondiale. En réalité, nous montrons que la consommation énergétique mondiale liée à l’IA est probablement déjà supérieure à celle de l’ensemble du Royaume-Uni. Nous estimons également que l’IA sera responsable d’environ 1,2 % de toutes les émissions mondiales de GES pour cette année. Ce sont là des chiffres stupéfiants qui contredisent les discours habituels sur l’insignifiance relative de l’IA en matière de consommation énergétique mondiale.

Tout aussi intéressant, voici une étude de l’Université d’État de l’Arizona datant de mai, qui m’avait échappé, et qui montre que les centres de données peuvent faire grimper la température ambiante de quatre degrés.

Selon David Sailor, de l’ASU, la chaleur résiduelle produite par un seul centre de données peut dépasser celle émise par 40 000 foyers. Les rangées de condenseurs refroidis à l’air rejettent de l’air chauffé à une température de 14 à 25 degrés F au-dessus de la température ambiante, créant ainsi des panaches thermiques qui se déplacent sous le vent vers les zones avoisinantes.

« Ils représentent une charge tellement concentrée de consommation d’électricité, et donc d’émissions de chaleur, que nous avons commencé à nous inquiéter de l’impact qu’ils pourraient avoir localement, mais aussi dans les quartiers situés sous le vent », a déclaré M. Sailor.

Avec des centaines de mégawatts de capacité de centres de données en service dans de nombreuses villes et des milliers d’autres centres proposés, l’impact combiné sur la température urbaine pourrait être considérable. La capacité des centres de données aux États-Unis devrait plus que doubler d’ici 2030.

« « Même si ces centres de données ne contribuent qu’à une augmentation de l’effet d’îlot de chaleur de 1 ou 2 degrés, cela peut tout de même avoir un impact très significatif sur nos vies », a déclaré M. Sailor.

Cela est particulièrement vrai dans les endroits où la chaleur extrême pose déjà de graves risques pour la santé publique.

Une augmentation de 1 degré de la température de l’air, par exemple, suffit à entraîner une utilisation accrue de la climatisation dans des quartiers entiers. Ces climatiseurs, à leur tour, rejettent encore plus de chaleur dans l’environnement.

Tout cela explique sans doute pourquoi l’Agence de protection de l’environnement — dont le nom est désormais ridiculement inapproprié — vient de prendre des mesures pour restreindre les commentaires du public sur les centres de données. Comme le rapporte Maxine Joselow :

L’Agence de protection de l’environnement prévoit d’éliminer une exigence fédérale selon laquelle les États doivent rendre publiques et solliciter les commentaires du public sur les demandes de permis de pollution atmosphérique pour toute une gamme d’installations industrielles, y compris les nouveaux centres de données et les centrales électriques nécessaires à leur fonctionnement.

Cette mesure pourrait empêcher les résidents d’exprimer leurs préoccupations au sujet des centres de données — ou même d’en prendre connaissance — avant que les permis ne soient approuvés et que la construction ne commence.

+Le réseau électrique du Texas a connu un été « ennuyeux », rapporte Matthew Zeitlin, grâce à ces boîtes « ennuyeuses » remplies de batteries qui n’existaient même pas il y a encore quelques années.

L’opérateur du réseau de l’État, ERCOT, n’a émis aucun « appel à la conservation » jusqu’à présent cet été, demandant aux Texans de réduire volontairement leur consommation d’électricité pour soutenir le réseau. En revanche, en 2023, le gestionnaire du réseau en avait émis six entre le 24 et le 30 août…

Les batteries du réseau peuvent continuer à se charger même lorsque la demande est à son maximum, puis se décharger en soirée pour aider à compenser la perte d’énergie solaire. « Même lorsque nous battions des records de demande de pointe, nous continuions à charger les batteries en net, ce qui, à première vue, semble tout à fait paradoxal », m’a confié M. Rhodes. « Nous disposons d’une telle quantité d’énergie solaire dans le réseau que nous chargeons les batteries lorsque les prix sont bas, en prévision d’une décharge au coucher du soleil, avant que le vent ne reprenne de la vigueur. »

Prenons à nouveau l’exemple de lundi : à 19 h 50, alors que la production solaire n’représentait plus que 1,5 % du mix du réseau, les batteries déchargeaient 11 573 mégawatts et les prix en temps réel avoisinaient les 125 $ par mégawatt-heure. Ce même lundi de 2023, à 19 h 50, les prix en temps réel oscillaient juste en dessous du plafond réglementaire de 5 000 $ par mégawatt-heure et les batteries fournissaient un peu plus d’un gigawatt.

+L’armée de Pete Hegseth a renvoyé un professeur de West Point pour avoir osé enseigner que les humains sont responsables des changements climatiques. Selon le journal militaire Stars and Stripes (dont l’éditeur a également été congédié la semaine dernière),

Adam Kalkstein, un climatologue qui a passé 17 ans à enseigner aux futurs officiers de l’Armée, a déclaré avoir toujours reçu des évaluations « exceptionnelles » de son travail. Lorsque la haute direction a imposé l’année dernière une interdiction d’enseigner que les humains contribuent au changement climatique, il a tenté de s’y conformer, mais a finalement résisté, affirmant que cela nuisait à l’éducation des cadets.

« Ce n’est pas un cours de niveau universitaire. Ce n’est même pas un cours de niveau secondaire. Non pas parce qu’il n’est pas rigoureux; il l’est. Mais parce qu’on omet des renseignements essentiels », a déclaré M. Kalkstein lors d’une réunion du département de géographie en novembre 2025 en présence du brigadier-général Shane Reeves, alors doyen du conseil académique, selon la poursuite. « On ne raconte aux cadets qu’une partie de l’histoire. Nous leur mentons, nous les trompons. Ce serait comme essayer d’enseigner le droit sans même pouvoir mentionner la Constitution », a déclaré Kalkstein…

Le doyen a répondu à Kalkstein en lui rappelant que Trump, en tant que commandant en chef, définit le programme de West Point. La réunion s’est terminée par le départ précipité du doyen, selon la poursuite.

Je dirais simplement : quel mépris cela témoigne envers les cadets, à qui on demande de risquer leur vie.

+En France, on récolte les raisins de champagne un mois plus tôt que prévu, afin de faire face à la chaleur record. Comme le rapportent Claire Moses et Ségolène Le Stradic,

« On a été un peu déconcertés par cette récolte », a déclaré M. Toubart, un viticulteur local. « On n’a jamais rien vu de tel. »

Il a expliqué que « les vignes commencent à pousser plus tôt, les hivers sont plus doux qu’auparavant, et les conditions météorologiques tout au long du printemps et de l’été accélèrent en fait le cycle de croissance des vignes. »

La France a connu quatre vagues de chaleur depuis mai, totalisant 63 jours de conditions de canicule, selon le service météorologique national. Les records quotidiens et mensuels de chaleur estivale ont été battus cette année, et la vague de chaleur de juillet a duré plus longtemps que celle de 2003, qui avait causé la mort de 15 000 personnes en France.

+La vénérable Fiona Harvey propose le meilleur compte rendu que j’aie vu à ce jour sur les raisons pour lesquelles les chefs optent pour les cuisinières à induction — des cuisines plus fraîches, plus silencieuses et beaucoup moins coûteuses à exploiter. Elle cite également une déclaration qui, je l’espère, mettra fin à l’idée reçue selon laquelle il faudrait du gaz pour réaliser une véritable cuisine au wok.

« Il y a cette dimension théâtrale liée au feu et aux flammes », explique Jeremy Pang, chef chinois de troisième génération à Londres et fondateur de la School of Wok. « Cela semble très traditionnel et captivant. Mais nous avons constaté qu’il est possible d’atteindre des températures tout aussi élevées, et d’obtenir des résultats tout aussi bons, avec l’électricité. »

Le secret de la cuisine chinoise traditionnelle réside dans le « wok hei » – littéralement, le souffle du wok, c’est-à-dire la fumée et la chaleur que le chef doit maîtriser pour donner à tous les ingrédients le bon degré de cuisson et de saveur. Pang craignait que cela soit plus difficile à réaliser avec l’électricité, mais il s’est vite rendu compte qu’il pouvait atteindre des températures de 350 à 400 °C, et ce, de manière facilement contrôlable.

« Nous utilisons de l’acier au carbone avec de l’huile, et on peut toujours obtenir cette fumée et cette saveur authentiques, comme avec le gaz », a-t-il déclaré. « Les cuisinières à gaz sont d’excellents appareils, mais elles dégagent tellement de chaleur que cela pose un énorme problème. »

Entre-temps, l’un des collègues de longue date de Harvey au Guardian, le correspondant environnemental Paul Brown, est décédé après une carrière des plus utiles. Comme il s’en souvenait à propos de ses débuts dans le métier, à l’époque de Thatcher :

« On discutait de ce qui se passerait dans 50 ans. Il fallait toute notre ingéniosité pour en faire un sujet d’actualité, car les gens trouvent ennuyeuses les perspectives aussi lointaines. » Tout scepticisme persistant au sein de la rédaction s’est dissipé lorsqu’un sondage auprès des lecteurs a révélé qu’il s’agissait du deuxième sujet le plus lu après les articles médicaux. « Cela a certainement changé de façon substantielle l’attitude des rédacteurs en chef », a-t-il ajouté.

+Le groupe de réflexion Ember a publié un rapport optimiste sur l’expansion de l’énergie solaire en Afrique, affirmant que celle-ci progresse encore plus rapidement que ne l’indiquent les statistiques officielles :

Les trois quarts de la croissance de l’énergie solaire en Afrique proviennent probablement de l’énergie solaire distribuée – et c’est précisément ce qui est difficile à mesurer

L’énergie solaire distribuée – c’est-à-dire des installations solaires à petite échelle, du côté des consommateurs, principalement sur les toits – représente la majeure partie de la croissance de l’énergie solaire en Afrique, et c’est le type le plus difficile à mesurer. Ember estime que 75 % (20 GW sur 26 GW) de la capacité solaire totale ajoutée entre 2023 et 2025 provient de l’énergie solaire distribuée. En effet, seulement le quart des nouvelles capacités solaires s’explique par les installations à grande échelle et hors réseau : les installations à grande échelle sont assez bien documentées et visibles grâce aux projets d’approvisionnement gouvernementaux, et bien que le solaire hors réseau connaisse une croissance rapide, son ampleur resterait très modeste compte tenu de l’écart à combler.

+Voici un chiffre triste, fourni par Ayesha Tandon. Le changement climatique expose actuellement 580 millions d’enfants à travers le monde à 20 jours supplémentaires par année de « stress thermique ».

Par exemple, l’étude révèle que les habitants de la Côte d’Ivoire subissent actuellement 112 jours de stress thermique chaque année. Elle précise qu’environ la moitié de ces jours sont attribuables au changement climatique d’origine humaine.

En revanche, l’Allemagne ne connaît en moyenne que 0,1 jour de stress thermique par année dans le climat actuel, ce qui est en grande partie attribuable au changement climatique d’origine humaine.

Il se trouve que j’ai moi-même passé quelques nuits étouffantes dans les régions rurales de la Côte-d’Ivoire, et je me souviens très bien d’un homme qui m’avait confié qu’il espérait vivement pouvoir se procurer un panneau solaire afin de le brancher à un ventilateur, ce qui permettrait à sa femme, à sa fille et à lui-même de dormir plus tranquillement. Voilà le monde dans lequel nous vivons.

+Une nouvelle analyse importante de l’Union of Concerned Scientists parvient à attribuer habilement la responsabilité de l’assèchement de l’Ouest aux grandes sociétés pétrolières, à l’aide de données qui intéresseront sans aucun doute les collectivités intentant des poursuites contre les géants du carbone.

Nos résultats montrent que les changements climatiques d’origine humaine ont réduit le manteau neigeux d’avril d’environ 36 %, diminué le débit des cours d’eau pendant la saison chaude d’environ 13 % et augmenté la demande en irrigation de 4,3 %. Environ la moitié de ces répercussions sont attribuables aux émissions provenant des grands émetteurs de carbone depuis 1950, ce qui se traduit par une réduction de près de 15 % de l’enneigement, une diminution de 6,1 % du débit des cours d’eau et une augmentation de 2,4 % de la demande en irrigation.

+Je suis heureux de découvrir le nouveau Substack de l’ancien gouverneur de Washington, Jay Inslee. Dans son dernier numéro, il plaide en faveur d’une action plus marquée de la part des États.

Les États disposent de leviers majeurs sur leurs propres systèmes énergétiques — de la réglementation des services publics et de l’octroi de permis au développement des infrastructures et au financement. Et l’énergie propre est l’outil le mieux adapté à la situation actuelle. Un rapport publié en juillet par le cabinet de conseil Lazard montre que l’énergie solaire et l’énergie éolienne sont désormais, et de loin, les formes les moins coûteuses de production d’électricité, moins chères que les nouvelles centrales au gaz. Les installations d’énergie propre sont également plus rapides à construire, ce qui revêt une importance considérable compte tenu de la rapidité avec laquelle la demande augmente. L’énergie propre représentait 91 % de la nouvelle capacité du réseau ajoutée au premier trimestre de 2026, et l’énergie solaire a dépassé la production au charbon pour la première fois de l’histoire des États-Unis en mai dernier. Les États qui acceptent cette réalité peuvent apporter un réel soulagement à leurs résidents. Ceux qui ne le font pas se retrouveront à payer plus pour en avoir moins.

Cette année marque également un tournant décisif, au cours duquel les électeurs américains éliront les gouverneurs, les législateurs et les commissaires des services publics qui contribueront à déterminer l’avenir énergétique de notre pays. Trente-six États tiendront des élections au poste de gouverneur en novembre prochain, et au moins 21 nouveaux gouverneurs entreront en fonction l’année prochaine. Les électeurs se prononceront sur la composition et la majorité des assemblées législatives et des commissions des services publics dans des États comme le Michigan, le Wisconsin, l’Arizona et la Géorgie. D’une manière ou d’une autre, l’année 2027 verra l’arrivée d’une nouvelle génération de dirigeants d’État, et avec elle l’occasion de bâtir une économie américaine plus abordable et plus prospère — alimentée par l’énergie propre.

Entre-temps, les administrateurs rétrogrades d’un trop grand nombre de coopératives d’électricité rurales se rallient au gaz naturel comme combustible de l’avenir, selon un nouveau compte rendu de Diana DiGangi. Cela me rend d’autant plus heureux que le Solar Advocates Project de Third Act se concentre sur les coopératives rurales dans le cadre de son travail de mobilisation. Joignez-vous à nous pour un webinaire le 9 septembre afin de découvrir comment vous pouvez contribuer.

+ Coup de chapeau préélectoral à Ed Markey, le sénateur du Massachusetts qui a coparrainé le Green New Deal aux côtés d’AOC. Il fait face mardi à un défi lors des primaires de la part de Seth Moulton, qui semble obsédé par les athlètes transgenres dans le sport, le non-problème par excellence de notre époque.

+ Des scientifiques ont laissé des microphones en marche dans 12 fermes solaires du Midwest… et ont entendu deux fois plus d’oiseaux des prairies que dans les champs de maïs et de soya adjacents. Comme le rapporte Hugo Rojas

La plupart des fermes solaires utilisent des suiveurs à axe unique, c’est-à-dire des panneaux qui s’inclinent tout au long de la journée sur un tube d’acier horizontal s’étendant sur toute la longueur de chaque rangée. Ce tube se trouve à quelques pieds du sol et supporte des supports, des boîtes de jonction et des chemins de câbles tous les quelques verges.

Pour une hirondelle rustique ou un merle, cela ressemble à une paroi rocheuse parsemée de corniches. En dessous, le mélange de semences pousse à travers le réseau de panneaux et s’étend dans les bandes entre les rangées.

Ces deux éléments combinés offrent à un oiseau à la fois un abri et une structure, une combinaison qu’aucun champ de culture ni aucune prairie ordinaire ne propose.

+Alors que tout le monde fait ses adieux les plus chaleureux à Dolly Parton, rappelons-nous que l’une de ses dernières chansons originales était « World on Fire », dont voici les paroles :

Menteur, menteur, le monde est en feu
Qu’est-ce que tu vas faire quand tout aura brûlé?
Le feu, le feu qui fait rage
On a encore le temps de tout changer
Ne me lance pas sur la politique
Comment sommes-nous censés vivre dans un monde comme celui-ci
Des politiciens cupides, d’hier et d’aujourd’hui
Ils ne reconnaîtraient pas la vérité même si elle leur mordait les fesses

La voici en train de l’interpréter aux American Country Music Awards de 2023


Liste évolutive des articles traduits par Gilles en vrac
Les caractères gras dans le texte sont de l’auteur.e