pouvoir, lois et capitaux

En terminant une relecture du texte de Farrell (Comment les sciences sociales devraient-elles aborder l’IA?) où, s’appuyant sur Charles Tilly et Alondra Nelson, il résume les leçons à en tirer (c’est moi qui souligne) :

Premièrement, les spécialistes en sciences sociales ne devraient pas se laisser piéger par des récits simplistes. [Comme] les suggestions rassurantes des modernisateurs, selon lesquelles notre histoire serait un chemin inéluctable menant du chaos passé à l’ordre futur.

Deuxièmement, les chercheurs en sciences sociales devraient accorder beaucoup d’attention aux luttes et au pouvoir. (…)

Nous devrions comprendre non seulement comment la technologie détermine qui détient le pouvoir de négociation, mais aussi ce qui semble socialement possible.

Je me suis dit : Pouvoir, pouvoir… de quoi parle-t-on ? Il me semblait avoir déjà travaillé cette question ici. J’ai cherché le terme « pouvoir » sur Gilles en vrac :

Le pouvoir de résister au pouvoir, par Kasper Benjamin. Une vision plutôt idéaliste où les tiers lieux deviennent des leviers pour résister à la domination… mais pas aussi « fleur-bleue » que Le pouvoir guérisseur des frictions sociales, où Lisa Bubert vente les mérites du karaoké pour contrer le fractionnement social.

Dans Le pouvoir sans idéologie, Daniel Bessner décrit le déclin du pouvoir américain, et rappelle la vision de Roosevelt avant et pendant la deuxième guerre. Ici je ne peux m’empêcher de faire un lien avec le film vu récemment : La bataille de Gaule, où j’ai été surpris de voir les américains jouer si durement contre l’autonomie française. De Gaule venait contrecarrer l’idée des zones d’influence entre grandes puissances qui était visée par Roosevelt (et Staline). De là le titre « sans idéologie »: plutôt que de poursuivre un prosélytisme des valeurs libérales (et capitalistes) il est préférable d’accepter la consolidation de zones d’influence autour de pôles puissants qui ne partagent pas les mêmes valeurs mais se respectent mutuellement.

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recherche sociale sous influence

Juste ce court billet pour signaler les articles traduits récemment qui portent sur la transformation des conditions et du financement de la recherche sociale.

Dans un article publié dans le New York Times le 6 septembre dernier, Henry Farrell, Alison Gopnik et James Evans dénoncent les coupures drastiques faites par la National Science Foundation dans le financement de la recherche en sciences sociales. J’ai traduit cet article : La recherche dont nous avons besoin pour comprendre l’intelligence artificielle est en train de s’effondrer. Dans le même temps les entreprises dominantes du domaine de l’IA ont versé le double du financement perdu.

Sous l’administration Trump, la National Science Foundation, qui finance la plupart des recherches en sciences sociales aux États-Unis, n’accorde aucune subvention aux recherches traditionnelles en sociologie, en économie ou en sciences politiques, dans le cadre d’un effort plus large visant à démanteler complètement les activités de l’agence dans ces domaines.

Parallèlement, OpenAI et Anthropic souhaitent tous deux que les spécialistes en sciences sociales fournissent des orientations sur la manière dont la société peut aider les travailleurs déplacés, refondre les systèmes fiscaux, moderniser les aides au revenu et peut-être même commencer à envisager une certaine forme de propriété publique de l’IA. La Fondation OpenAI, qui détient une participation de 26 % dans OpenAI, a engagé 250 millions de dollars dans des projets visant à comprendre et à soutenir la transition vers une économie centrée sur l’IA, ainsi qu’à en partager les bénéfices. Anthropic consacre 200 millions de dollars à « une recherche externe ambitieuse sur les interventions visant à préparer la société aux impacts économiques de l’IA ». Au total, cela représente plus du double des 216 millions de dollars que la NSF avait budgétisés pour les sciences sociales en 2024, avant tout changement administratif.

Farrell poursuivait sa réflexion dans un billet Substack publié le 12 septembre (ma traduction) : Comment les sciences sociales devraient-elles aborder l’IA? Il y dévoile le type de « collaboration » entre les grands de l’IA et certains chercheurs, notamment en mathématiques. J’y (re)découvre cet article publié dans la revue Science en mars 2025 par Farrell et al. qui m’apparaît plus abordable (et plus court) que d’autres publiés depuis. Aussi je l’ai traduit : Les grands modèles d’IA sont des technologies culturelles et sociales.

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La nouvelle question nationale

Un long article, The New National Question, 18000 mots soit plus d’une heure trente de lecture, par Benjamin Kunkel dans le dernier numéro de New Left Review. La question est pertinente, et les références sont solides, notamment le Taking Back Control? de Wolfgang Streeck que j’ai lu aussitôt sorti1Voir aussi l’entrevue avec l’auteur La « gouvernance mondiale » est une chimère car j’avais beaucoup apprécié en 2015 son Du temps acheté La crise sans cesse ajournée du capitalisme démocratique (2014).

Le questionnement de la « mondialisation » et l’affirmation des intérêts nationaux a été surtout le fait de la droite au cours des dernières décennies. Kunkel fait l’histoire de cette critique du néolibéralisme triomphant, et la remontée d’un nationalisme économique, tant à droite qu’à gauche. En s’appuyant sur plusieurs études récentes…

Il conclut sur une note souhaitant que la gauche se saisisse de l’opportunité pour construire un bloc d’États-nations, « un réseau d’accords bilatéraux ou multilatéraux entre — idéalement, des États écosocialistes — qui limiteraient leur propre consommation de ressources et leur pollution environnementale à des niveaux compatibles avec la viabilité de sociétés complexes ».

J’ai donc traduit l’article de Kunkel : La nouvelle question nationale (18 470 mots, 98 minutes de lecture) et j’ai même demandé à Claude de produire un résumé (477 mots) qui me semble, après lecture de l’original, assez fidèle. Un résumé qui, je crois bien, vous incitera à plonger dans le texte complet.

Notes

santé publique, municipalités et fédéralisme

Une série de fiches ont été créées. Je reprend ici le libellé du site.

Gouvernance municipale et santé publique au Canada
Les municipalités agissent sur de nombreux facteurs qui influencent la santé et le bien-être, ce qui en fait des partenaires importantes pour la santé publique. Mais comment mieux comprendre les dynamiques et processus municipaux pour se positionner efficacement? Le Centre de collaboration nationale sur les politiques publiques et la santé propose une collection de fiches sur la gouvernance municipale. Les trois premières fiches portent sur le rôle du conseil municipal, sur celui de l’administration municipale et sur le déroulement du processus décisionnel dans les municipalités. Elles proposent aux équipes de santé publique des repères sur quand, comment et auprès de qui intervenir dans leurs démarches de collaboration avec des municipalités.   

L’INSPQ disparait !

J’ai appris dans l’article de l’Actualité Les Québécois, champions de la longévité, que l’INSPQ sera aboli en avril 2027.

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Conférence de Ben Recht

Après avoir traduit la transcription de cette conférence de Ben Recht, auteur de The Irrational Decision: How We Gave Computer the Power to Choose for Us, j’ai voulu voir comment je pourrais regarder la vidéo en même temps que lire la transcription. Notamment parce qu’il y a dans la vidéo des illustrations que je ne voulais pas avoir à recopier (par saisies d’écran). J’ai d’abord pensé fonctionner en deux fenêtres en parallèle puis je me suis rendu compte qu’en cliquant sur l’icône de « plein écran » en bas à droite, cela faisait se dérouler la vidéo dans une fenêtre « flottante » qui restait au dessus de la page alors que je pouvais dérouler le texte de la transcription. Cool. Mais pas autant que cette conférence de cet auteur-professeur que je lis régulièrement sur Substack.

La vidéo ci-contre ne fait qu’illustrer ce que je viens de dire… pour voir la transcription française et la conférence c’est sur cette page.

Correction : ce n’est pas sur l’icône « plein écran » qu’il faut cliquer mais plutôt sur l’icône « incrustation »(pour lecture d’une vidéo en mode incrustation). Il y avait confusion car les deux icônes étaient superposés. L’icône apparaît lorsque la vidéo est lancée.