quartiers pauvres mais riches ?

Bien dans mon quartier, bien dans ma tête ? Un colloque à l’hôpital Douglas sur les liens entre l’environnement et la santé mentale. Les media ont tôt fait de conclure de manière plutôt déterministe : Quand le quartier est parsemé de bâtiments décrépis ou abandonnés, que les espaces verts y sont inexistants et qu’y pullulent la restauration rapide et les commerces vendant de l’alcool, la vie y est plutôt déprimante et surtout stressante, voire anxiogène. (article du Devoir)

Pourtant les choses ne sont pas aussi simples. Le fait d’habiter un quartier défavorisé donne aussi accès à certains services, à des ressources qui sont distribuées en priorité dans ces quartiers; les organisations de ces quartiers ont parfois développé une approche, une offre qui veut tenir compte de cette concentration de pauvreté. Ce qui correspond en partie à ce que Small appelle les liens sociaux organisationnels. Dans son étude Unanticipated Gains il examine les relations sociales que nouent les utilisatrices des garderies à New-York et les conditions mises en place par ces services de garde pour soutenir les parents. Un adage dans les milieux de garde américains dit qu’on ne peut prendre soin d’un enfant sans prendre soin de sa famille.
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des idiots ?

Ils nous prennent pour des idiots. C’est ce qu’on se dit, en entendant Tony Clement, le ministre responsable (enfin, pour autant que quelqu’un d’autre que Harper puis l’être sous ce gouvernement) de la décision d’abandonner le formulaire long du recensement, exhorter les Canadiens à remplir volontairement le sondage qui le remplacera . Il exhorte, mais en même temps, coupe de moitié les frais de promotion prévus ! Idiots, je vous dit !

Cette décision a détruit l’indépendance d’une institution publique canadienne réputée, une indépendance sans laquelle il lui sera difficile de fournir aux différentes composantes de la société une information crédible se situant au dessus des débats partisans. Comment, en effet, après un tel coup de force, ne pas induire que les données produites dorénavant — qui n’auront plus cette base d’interprétation solide que constituait le recensement — seront non seulement biaisées parce que reflétant une portion seulement de la population… mais biaisées aussi parce que la marge d’interprétation, élargie par la disparition de l’étalon de base, aura été colorée par l’emprise affirmée sans vergogne du gouvernemental sur l’institutionnel. Continuer la lecture de « des idiots ? »

Espace montréalais d’information sur la santé

Ce nouveau site, résultat d’une fusion du site du CMIS (Carrefour montréalais d’information sociosanitaire) et d’une partie du site de la Santé publique de Montréal donnera accès en un seul lieu aux informations sur la santé des montréalais et sur les services du réseau de santé et de servics sociaux de la région.

Une amélioration certaine dans la facilité de navigation par rapport aux deux autres sites.

Mais je m’y perds encore… Je devrai désapprendre la navigation de l’ancien site. Finalement, la petite colonne de gauche où l’on pouvait naviguer sur toutes les dimensions du site du CMIS… c’était pas mal 😉

Et puis j’ai beaucoup de difficulté à gober ou plutôt à accepter que l’entête du site gobe presque la moitié de l’espace visuel utile… Une moitié perdue, une fois qu’on a apprécié le beau petit dessin, où les messieurs et madames se parlent en tartes et graphiques… J’ai bien tenté de soulever la question la première fois que j’ai vu l’esquisse… mais il semble que ce soit devenu la norme, dans le réseau. Je ne suis pas sûr que ceux qui conçoivent ou acceptent ces interfaces soient vraiment conscients de la manière dont ça se voit, sur un écran de 1024 par 768… ce qui se trouve encore assez souvent sur les PC du réseau, qui n’a jamais été à la fine pointe, en technologie. Mais je vais continuer d’explorer avant de critiquer plus avant !

activité physique : mauvaise et bonne nouvelles

L’Enquête canadienne sur les mesures de la santé, dans sa version 2007-2009, permettait de mesurer directement (avec un accéléromètre plutôt que par réponse à un questionnaire) la durée et l’intensité de l’activité physique réalisée. Les premiers résultats publiés dans le dernier Rapport sur la santé, remettent les pendules à l’heure, en terme d’activité physique réelle par rapport à celle qu’on déclarait lors des enquêtes par téléphone (ex. ESCC). Ainsi, quelle surprise, les canadiens semblent faire moins d’exercice qu’ils le disaient !

Le résultat de l’ECMS selon lequel 15 % des adultes respectent la recommandation de 150 minutes d’APMV par semaine diffère de façon marquée des données autodéclarées. Selon l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, plus de la moitié des adultes sont au moins « modérément actifs » durant leurs loisirs. (…) Les données d’accélérométrie de l’ECMS montrent que les Canadiens sont moins actifs que ne le laissent supposer les estimations autodéclarées. Compte tenu des nouvelles possibilités qu’offrent ces données, il faudra réexaminer les liens entre l’activité physique et la santé.

Ce qui semble être une mauvaise nouvelle — les canadiens font moins d’exercice qu’ils le prétendaient — pourrait en contenir une bonne : comme les normes étaient essentiellement basées sur des sources autodéclarées, il est probable que les exigences d’intensité et de fréquence pour avoir un impact sur la santé aient été, elles aussi, surestimées.

À l’heure actuelle, la quantité appropriée d’activité physique requise pour en ressentir des bienfaits sur le plan de la santé est fondée sur les données épidémiologiques d’enquêtes par autodéclaration. [source: Rapport sur la santé]

On arrive, enfin, à des exigences qui seront basées sur des faits plutôt que des vues de l’esprit (wishful thinking). Ça deviendra peut-être un peu plus facile de faire bouger le monde ! À noter que le même Rapport sur la santé compte aussi un article sur l’activité physique des enfants et des jeunes, avec des données tirées de la même ECMS.

statistiques par CLSC ou CSSS ?

J’ai changé d’avis… et retiré les deux billets écrits en fin de semaine. En fait je ne les ai pas jetés très loin, seulement déplacés ici, sur une page avec une petite introduction où je reconnais avoir porté un jugement précipité, à partir d’une information incomplète.

Oui, en effet, les statistiques transmises au ministère ne comporteront plus de « variable » CLSC, mais cela ne veut pas dire que les interventions et clientèles ne pourront pas être agrégées par territoires de CLSC, à partir des adresses des clients. Comme on le fait déjà dans certains tableaux tirés de iCLSC (ici Les usagers par centres d’activité et profils) , où l’on peut avoir les clientèles par CLSC « producteur » de services, mais aussi par « CLSC de résidence du patient ». Cette distinction étant parfois utile et nécessaire lorsque des portions importantes de clientèles viennent d’un autre territoire que celui du CLSC offrant le service. Comme on le fait aussi depuis longtemps avec les statistiques des hôpitaux.

Je n’ai pas l’habitude de réécrire mes billets ainsi, et je m’en excuse auprès de vous, chers lecteurs. J’espère sincèrement m’être trompé et avoir imaginé une mauvaise foi où il n’y en avait pas. On me dit que le nouveau fonctionnement « par CSSS » posera, cependant, plus de problèmes pour certains programmes de santé publique, ou d’intervention communautaire, où les interventions ne sont pas associées à des adresses de clientèles, mais à des organisations, des événements… Mais ce problème se posait déjà dans l’ancienne façon de faire : les statistiques d’interventions collectives ou communautaires n’ont jamais été vraiment satisfaisantes. Et ici je ne crois pas que les statistiques administratives nous donneront des choses vraiment utiles ou comparables, alors que nous avons peine à comparer et faire sens des interventions déjà très codifiées des professions médicales ou de nursing.

Les études de cas, bilans de projets ou analyses de réseaux seraient sans doute plus intéressantes dans ces domaines que les statistiques d’intervention.

Encore une fois, mes excuses pour ce faux pas… Mon intention, vous l’aurez compris, était de défendre le maintien d’une approche par territoires historiques et communautés distinctes où les solidarités et alliances construites depuis des décennies sont à cultiver précieusement.

revues de littérature et espaces verts

Je terminais avec difficulté la lecture des revues de littérature publiées récemment à propos de l‘efficacité des méthodes, la rétention des clientèles et la valeur des outils de mesure du développement des enfants dans le cadre de programmes tels SIPPE. Avec difficulté car la manière dont on additionne les résultats (deux recherches disent oui, et deux non, ça s’annule…), ça passe mal. Je n’arrivais pas à mettre des mots sur ce malaise quand celui-ci s’est accru, grandement, à la lecture de ce que j’appellerais « un exercice de géomatique » réalisé à partir d’une autre revue de littérature, celle-ci portant sur les indicateurs géographiques de l’environnement bâti et de l’environnement des services influant sur l’activité physique, l’alimentation et le poids corporel. J’avais lu avec intérêt cette dernière revue, et j’en ai même parlé ici, en avril dernier. Mais je ne m’attendais pas qu’on utilise de cette manière les paramètres de certaines études recensées pour établir que l’accessibilité des parcs était comblée à 99 ou 100% dans les 8 arrondissements de Montréal examinés. L’accessibilité aux parcs et aux installations sportives pour les familles montréalaises arrivait à cette conclusion après avoir mesuré la distance entre les aires de diffusion et les parcs, en utilisant la norme de 800m de distance, tirée de certaines enquêtes recensées dans le document sur les indicateurs. Comme je venais justement de consulter, pour comparer la superficie des parcs dans les quartiers de notre arrondissement, le plan d’aménagement urbain de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, j’avais sous les yeux une carte (page 15) réalisée par la Ville au moment de la rédaction du Plan (2004) où l’on traçait un cercle de rayon de 300 mètres autour de chaque parc, pour conclure que plusieurs endroits dans l’arrondissement n’avaient pas une accessibilité optimale et qu’il faudrait y travailler.

Je ne sais pas si vous vous êtes déjà promené avec deux jeunes enfants, Continuer la lecture de « revues de littérature et espaces verts »

avancées en sociologie

Posée y il a quelques jours sur ce carnet, j’ai eu l’audace de relancer cette question (Quels ont été les avancées les plus marquantes de la décennie qui s’achève pour la sociologie ?) auprès de sociologues que je connaissais, ou encore ceux qui animent des blogues.

Et j’ai déjà (malgré le temps des fêtes, qui en a sans doute amené plusieurs à s’éloigner de leur clavier-courriel) reçu plusieurs réponses intéressantes ! La plus rapide, et humoristique, venant d’un sociologue professeur à l’UQAM, et co-directeur du Réseau québécois de recherche partenariale, Jean-Marc Fontan. Je me permet de citer ici l’essentiel de sa réponse (les liens hypertextes sont de moi):

Dans Changer de société, refaire de la sociologie, Bruno Latour (2006) annonce une fin de la “société d’hier et de sa sociologie” au profit de la “société de demain et d’une nouvelle sociologie”, latourienne, il va sans dire. Touraine en fait autant dans “Après la Crise” (2010), où il annonce aussi la mort de la société actuelle. Elle serait arrivée à un point d’aboutissement; prête à être renouvelée par une renaissance de la question sociale, libérée des contraintes… bien évidemment économiques… Plus prêt de nous Jacques Hamel (Woody Allen, au secours de la sociologie, 2010) en fait autant en se questionnant sur la décadence actuelle de la sociologie et son incapacité de réaliser sa pleine potentialité…

Alors, de façon contre productive nous pourrions dire qu’une des révélations des dix dernières années serait l’annonce de la mort de la société (après la fin de l’histoire !) et celle de l’entrée de la sociologie dans une zone de grande perturbation, pour ne pas dire une crise aigüe de confiance…

À contrario, il n’y a jamais eu autant de sociologues que maintenant, autant de diploméEs de sociologie que maintenant, autant de livres, articles, publications produites par des sociologues que maintenant…

Un autre professeur de socio, à l’Université d’Ottawa cette fois, Maurice Lévesque, directeur du département de sociologie, m’aura orienté vers des auteurs et une branche de la sociologie que je connaissais peu : sociologie des réseaux, avec Harrison White Continuer la lecture de « avancées en sociologie »

Joyeux Noël !

Les cadeaux sont achetés, emballés… même si j’ai bien peur que le vêtement pour le petit dernier soit un peu trop… petit !

Je m’étais pourtant promis, la dernière fois, de ne pas retomber dans cette course aux achats de dernière minute. Comme si on se mettait à mesurer, quantifier l’affection portée aux proches…

Tout de même, la frénésie consommatrice n’aura pas été au point de gêner mes récipiendaires : je n’en ai pas les moyens ! Le principal reste encore de goûter un bon repas en bonne compagnie. Un verre de bon vin pour animer la discussion, n’est-ce pas là l’essentiel ? (la discussion !)

S’il est vrai que dans nos sociétés d’abondance il devient difficile de faire bombance – plus que d’habitude ! – le rythme effréné du quotidien donne encore à ces rencontres familiales un caractère exceptionnel.

Je vous souhaite d’heureuses fêtes à tous !

les 5 avancées de la décennie en sociologie

En lisant le dernier numéro de l’année, de la décennie en fait, de la revue Science (qui incidemment est d’accès libre, si vous vous donnez la peine de vous enregistrer) qui fait le bilan des 10 plus importantes découvertes (ou avancées) de la période, je me demandais – car on parle très peu, pour ne pas dire pas du tout de sociologie dans cette revue – quelles seraient les 5 plus grandes avancées dans ce domaine pour la décennie qui s’achève ?

Je lance la question… le temps de me faire une tête…

Parmi les premiers suspects crédibles :

– le rapport de 2008 de l’OMS sur les déterminants sociaux de la santé…

– le développement des réseaux sociaux (et de l’analyse s’y rattachant) ? Je sais que le phénomène Facebook est bien différent de l’analyse sociologique, mais, bon…

– et j’ai aussi un candidat pour LE grand recul sociologique de la décennie : l’arrêt du recensement long par le gouvernement canadien !