Comment peut-on modérer les excès tout en favorisant la communication dans des réseaux appartenant aux usagers ? Si on veut rejoindre beaucoup de monde est-on condamné à mettre beaucoup d’efforts (et d’argent) à policer, exclure, contrôler, censurer ? Doit-on se satisfaire des limites actuelles des algorithmes des FB, X et autres Youtube qui décident à notre place ce que nous verrons, ou pas ?
Les enjeux entourant le contrôle des plateformes numériques devenues hégémoniques, omniprésentes sont d’actualité : loi fédérale C18 obligeant la négociations de « contributions » des plateformes au financement des média… poursuites aux USA contre les GAFAM pour abus de position dominante…
L’Énoncé économique de l’automne déposé par la ministre Freeland comprenait l’annonce d’une nouvelle loi musclée sur la concurrence, y compris de nouvelles lignes directrices sur les fusions, une nouvelle norme d’« abus de position dominante » et des règles sur le droit à la réparation : https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:7132855021548769282/Une référence de Doctorow.
Il faut suivre ces débats, manifester notre appui et formuler des exigences en termes d’interopérabilité, de facilités d’exit, de transparence des algorithmes…
Il faut aussi soutenir, expérimenter, utiliser et développer des solutions autonomes, indépendantes des GAFAM pour nos besoins de communication, d’échanges de savoirs et d’information. C’est à ça que se consacre Projet collectif avec ses plateformes En communetPraxis. Non seulement sont-ce des solutions indépendantes mais elles sont aussi orientées éthiquement : des valeurs, des vertus dirait Durand Folco, guident le développement de ces plateformes alternatives. Des valeurs autres que le commerce et la publicité.
« En commun est un environnement numérique éthique, gratuit, accessible et collaboratif, permettant de connecter les savoirs et les personnes pour une société plus équitable et écologique. Il vise à soutenir la collaboration intersectorielle et la mobilisation des connaissances des citoyen·nes, gestionnaires, professionnel·les, chercheur·ses, entrepreneur·es et toutes autres personnes travaillant au développement de réponses innovantes aux défis sociaux et environnementaux du Québec»
Cité par Le capital algorithmique.
Culture numérique et culture politique
La littératie numérique de la population en général est toute récente. C’est le téléphone intelligent qui a permis l’élargissement de la base des média sociaux. Internet dans sa forme accessible du Web existait depuis déjà 15 ans quand Facebook et Twitter ont pris leur envol… propulsés par l’arrivée du téléphone intelligent : on pouvait, enfin, visionner des vidéos de chatons et de chars sur son téléphone, en attendant son Big Mac, ou l’autobus! Ou, plus sérieusement, lire ses courriels, réagir aux dernières nouvelles, réagir en temps réel à ce qui se passe devant soi.
Les #mots-clic (#hashtags) tels #BlackLivesMatter ou #MeeToo ont rendu visibles des gestes, des actions, des évènements en en multipliant l’écho, l’impact. La jeune femme courageuse qui a filmé la mort de Georges Floyd n’était pas journaliste, ni photographe. Seulement une passante avec son téléphone.
Qu’est-ce qui a permis la montée en puissance si rapide des GAFAM ?
Un bon produit au départ, sans doute, qui a bénéficié d’un investissement en capitaux gigantesque. Des capitaux de risque pour commencer, puis des capitaux attirés par la position dominante, quasi monopoliste dans un deuxième temps. La protection légale des brevets et des logiciels « propriétaires » a fini de consolider la position dominante des entreprises en permettant l’enfermement des usagers dans des enclos opaques dont les flux d’information et de sollicitations sont contrôlés par des algorithmes propriétaires.
La montée en puissance des plateformes numériques et média sociaux a été tellement fulgurante que les États et gouvernements ont tardé à légiférer, laissant s’installer des situations quasi-monopolistes où les GAFAM raflent maintenant la presque totalité des revenus publicitaires qui autrefois faisaient vivre journaux, télé et radio1Voir le graphique Répartition du marché publicitaire au Québec en 2003, 2012, 2018 et 2021 dans le billet précédent. Un avantage supplémentaire dont bénéficiaient les Google-Facebook disparaitra bientôt : les dépenses publicitaires y étaient déductibles d’impôt pour les annonceurs à un taux supérieur (100%) à celui accordé aux annonceurs dans les média « traditionnels ». Voir Ottawa plans tax reform to drive advertising with Google and Meta back to Canadian media
Mais peut-être que la majorité des gens n’ont rien à reprocher aux GAFAM… On se contente de profiter d’une plate-forme gratuite… en acceptant d’être suivi, ou de se voir offrir des publicités. So What ? On n’est pas obligé d’acheter ! Mais si ce qu’on me propose d’acheter n’est pas le meilleur deal ? Si on ne vous propose que des gros chars et des voyages dans le sud ? Des objets de désir pour ceux qui ont les moyens et aussi pour ceux qui les auront peut-être un jour…
Polarisation et fake news
Les études sur les effets des algorithmes de Youtube (2022) ou plus récemment de Facebook (revues Science et Nature, 2023) tendent à minimiser les effets idéologiques des plateformes : s’il y a un effet de chambre d’écho, il est (très) léger et touche surtout la tendance conservatrice. Mais les conséquences en terme d’action, de changement dans les attitudes ou les valeurs des usagers sont peu visibles. Les usagers sont actifs dans les choix qu’ils font de valoriser ou de rediffuser des unités d’information. Et ils ne sont pas naïfs non plus : ils sont souvent conscients de l’invraisemblance de certains mèmes qu’ils se font un malin plaisir de rediffuser (pour ennuyer les « wokes »?).
OK les GAFAM ont réussi, grâce à leurs machines à siphonner l’info sur leurs milliards d’usagers, et s’accaparer le gros du gâteau des dépenses publicitaires. Une correction des crédits d’impôts inéquitables n’enlèvera pas l’avantage principal de ces plateformes qui se sont insinuées comme espaces publics dominants grâce à leurs algorithmes protégés par des lois du copyright et de la propriété intellectuelle capitalistes monopolistiques.
Le financement des média par la publicité, directement (vente d’espace publicitaire) ou indirectement (subventions de la part des GAFAM qui ont fait main basse sur le marché publicitaire), s’est révélé un piège à long terme : on pouvait supprimer ou réduire grandement le prix de l’abonnement pour l’usager… en accroissant sa diffusion, mais en devenant dépendant de la publicité. Tant qu’on ne considère cette dernière que comme un simple reflet des valeurs (et produits) de la société, il n’y a pas de problème moral…Cependant la publicité n’est pas innocente ou sans conséquence. “La publicité favorise essentiellement les produits et les services les plus néfastes, que ce soit pour l’écologie ou pour la santé humaine.” Comment la publicité empêche la transition écologique et sociale.
Et si, à cause de l’évolution des TIC2Technologies et l’information et de la communication les média perdent le gros de leurs revenus publicitaires, pourquoi faudrait-il continuer de lier le financement des média au volume de publicité diffusée ailleurs ? C’est sur les profits exorbitants et la position dominante des GAFAM qu’il faut miser. Une position qui fut favorisée par les protections extraordinaires en matière de propriété intellectuelles et droits commerciaux qui ont été accordées aux Big Tech.
« Les logiciels ont alors bénéficié d’une protection de leurs droits d’auteur bien supérieure à celle jamais appliqué aux œuvres littéraires, aux compositions musicales, aux enregistrements sonores, aux photos ou aux films.
« L’interdiction de contourner la gestion des droits numériques, ou DRM (digital right management), énoncée dans la section 1201 du DMCA, l’article 6 de l’EUCD et des lois similaires dans le monde, font du logiciel la classe d’œuvres la plus protégée par le droit d’auteur au monde. Les auteurs de logiciels (ou plutôt les entreprises qui les emploient) bénéficient de plus de restrictions en matière de droit d’auteur que le compositeur le plus talentueux, le sculpteur le plus brillant ou le plus grand écrivain. » Ma traduction (GB)
Si les GAFAM ont atteint une position dominante non seulement dans le domaine des services numériques, mais bien dans l’économie toute entière, ce n’est pas parce que ces entreprises étaient plus intelligentes, entreprenantes ou généreuses que les autres. C’est qu’elles ont eu les moyens d’acheter la concurrence tout en enfermant leurs clientèles dans des environnements dont elles peuvent difficilement sortir.
Tableau 8.4 Palmarès des entreprises capitalisées en bourse 2006-2021, page 219 in Le capital algorithmique ( aussi 2 autres tableaux dans billet précédent)
Les GAFAM ont su utiliser les TIC de façon innovante et ont ainsi contribué à créer un nouvel espace, un cyberespace où les discours mais aussi les produits s’échangent dorénavant. Les usagers et les concurrents des GAFAM ont eux aussi contribué à créer la culture, expérimenter les possibles, développer la littératie numérique sur laquelle repose le pouvoir des GAFAM.
Faudrait-il diviser ces entreprises devenues quasi-monopoles ? Ou simplement redistribuer une partie des surprofits que cette position privilégiée leur permet ? Plutôt que de les briser certains proposent plutôt d’imposer aux quasi-monopoles une obligation d’interopérabilité avec les acteurs extérieurs, concurrents ou partenaires. Voir Pour l’interopérabilité des réseaux sociaux, par La Quadrature du Net, et The Internet Con: How To Seize the Means of Computation de Cory Doctorow.
Mais cela ne résoudra pas le problème de la disparition des revenus publicitaires qui faisaient vivre les média traditionnels. Si l’interopérabilité favorise l’émergence d’un écosystème numérique plus sain, moins dominé par une oligarchie de quasi-monopoles, il y aura moins de « surprofits »… Mais cela risque de prendre du temps : même en situation de concurrence plus ouverte, le poids de l’habitudes et de la facilité risque de maintenir longtemps la position avantageuse des GAFAM.
Et puis, la taxation sur les multinationales, qui devait s’établir à 15% suivant une entente signée par 136 pays en 2021… ne semble pas encore près de s’appliquer. OCDE 2023 : “Les entreprises multinationales continuent de déclarer des bénéfices faiblement imposés, même dans les juridictions où les taux de l’impôt sur les sociétés sont élevés, ce qui souligne la nécessité d’une réforme fiscale à l’échelle mondiale.”
Aussi les ententes particulières entre GAFAM et gouvernements, ou entre GAFAM et média seront encore nécessaires pendant un temps. Le déverrouillage des environnements numériques pour permettre l’échange d’information entre différents systèmes (on en parle pour les banques dans l’Énoncé économique de l’automne) redonnerait un dynamisme dans l’offre de services. Et les revenus tirés d’une taxation plus équitable, anti-monopoliste des GAFAM pourrait être redistribués suivant certains principes.
Catherine Dorion proposait, dans une annexe minoritaire au Mandat d’initiative sur l’avenir des médias, de taxer les GAFAM de 3% pour redistribuer en fonction de la présence de journalistes « patentés », c’est à dire membres de la Corporation. Je préfère, pour ma part, l’approche de De Grosbois dans La collision des récits :
Postulons qu’une lutte contre l’évasion fiscale des géants du web permette d’amasser des sommes dignes de ce nom pour l’information. [I]maginons qu’on alloue aussi des fonds à d’autres médias issus de la communauté. Les médias d’information pourraient être considérés comme éligibles sur la base de critères tels que ceux établis par Pierre Rimbert dans son «projet pour une presse libre»: être à but non lucratif, ne pas posséder plus d’un titre par type de contenu, ne pas avoir recours à la publicité. À ces critères, on pourrait ajouter l’accès du public aux budgets et aux dons substantiels, la disponibilité des archives numériques et l’adhésion à des normes minimales de validation des faits (renvoi aux sources, correction en cas d’erreurs manifestes, etc.).
Une liste de médias admissibles à l’aide publique serait donc constituée sur ce type de critères non idéologiques. Ensuite, les montants disponibles pourraient être distribués en fonction du choix des citoyen.ne.s: on recevrait une fiche tous les ans sur laquelle on choisirait un ou plusieurs médias que l’on souhaite soutenir. Chaque citoyen.ne disposerait du même montant à octroyer, et des plafonds seraient mis en place pour assurer qu’une diversité de publications reçoive des fonds. Un tel modèle pourrait revitaliser les médias régionaux et locaux.
Au cours des deux derniers mois mes lectures et réflexions ont été orientées, stimulées par la tenue d’un atelier sur la « soutenabilité » du projet En commun-Praxis et par les débats et lectures entourant le financement des média, le pouvoir des Big Tech et GAFAM, la taxation des multinationales.
Dans le billet du 22 octobre je soulevais la possibilité qu’En commun-Praxis « pourrait aussi servir de lieu de dépôt de données publiques sur les services, sur la population et sur l’état de nos milieux de vie ». Une perspective réitérée et élaborée dans un document préparé en vue de l’Atelier sur la soutenabilité tenu le 20 novembre. Mal m’en prit car j’ai l’impression que les autres idées du document (fils RSS, extension WordPress1J’y reviendrai dans un prochain billet) ont été plombées par le rejet définitif de la fonction « dépôt de données » de la mission de ECP.
Je peux comprendre que la question ait été déjà débattue et qu’une décision a été prise. Et puis je me suis sans doute mal exprimé en parlant de « dépôt de données » alors que ce sont les outils de manipulation, analyse et cartographie de ces données qui nous manquent : comme le permettaient le site de l’EMIS et du CMIS de l’Agence régionale de la santé de Montréal. Le réseau de la santé a « flushé » ces outils lors de la nième centralisation-replis sur soi qu’il a subi. Si le secteur communautaire n’a pas à reprendre les fonctions laissées en plan par l’État social, il peut et doit critiquer ces reculs dans le soutien public. Les directions régionales de santé publique étaient proactives dans le développement de cette accessibilité aux données sanitaires et socio-économiques.
La chronique de Philippe de Grosbois, L’après-Facebook des médias d’info parue dans À bâbord! #97, m’a menée vers son livre La collision des récits – Le journalisme face à la désinformation. Ensuite je me suis tapé le pavé des deux Jonathan sur Le Capital algorithmique. Et puis cette autre lecture macro-historique de la place, de l’effet du nouvel environnement numérique : The Gutenberg Parenthesis, de Jeff Jarvis.
J’ai retenu2Et je m’excuse ici: il y a certainement plus que ça à retenir des vingt thèses qui sont élaborées sur 731 pages ! ces trois tableaux du Capital algorithmique qui montrent la fulgurante ascension des GAFAM dans le paysage financier et commercial.
Tableau 8.3 Palmarès des entreprises capitalisées en bourse (2006-2021) p. 220
Tableau 8.4 Palmarès des entreprises en fonction du revenu en 2022 p. 222
Tableau 14.1 Liste des entreprises par capitalisation boursière 2019-2021
Il y a quelque chose d’extraordinaire dans la montée rapide vers la domination totale des Big Tech. Une croissance qui ne s’est pas faite « ex nihilo », mais bien en déplaçant et en s’accaparant les flux publicitaires qui faisaient vivre les média dits traditionnels. Le graphique suivant tiré de la page Publicité du Centre d’étude sur les média de l’U. Laval est assez éloquent.
Graphe 7. Répartition du marché publicitaire au Québec en 2003, 2012, 2018 et 2021
Un tel développement justifie certainement l’intervention publique pour que soient amenuisés les effets néfastes de cette concentration rapide. Les quotidiens sont les grands perdants de cette évolution : ils recevaient 31% des dépenses publicitaires il y a vingt ans et n’en recevaient que 4% en 2021.
La crise du financement des média appelle diverses solutions : devrait-on refonder les média d’information en considérant l’information comme un bien public, comme le suggère Alain Saulnier dans Les barbares numériques ? Devrait-on taxer les GAFAM et financer les média en fonction du nombre de journalistes professionnels accrédités qu’ils embauchent, comme suggéré par Catherine Dorion dans son Annexe minoritaire du Mandat d’initiative sur l’avenir des médias ? Ou encore, comme avancé par Philippe de Grosbois dans La collision des récits – Le journalisme face à la désinformation, les citoyens pourraient avoir leur mot à dire sur les média à financer… Des sujets sur lesquels je reviens dans le billet suivant : communication numérique.
J’ai commencé d’écrire ce billet il y a. plusieurs semaines… il n’y avait pas encore la guerre de Gaza. La guerre de l’Ukraine et les tensions sino-américaines étaient bien là mais un nouveau front chaud au Moyen-Orient sous lequel l’Iran montre les dents pourrait-il déstabiliser le fragile équilibre international ? Par l’émergence d’une coalition Chine-Russie-Iran ? Ou bien le poids économique des USA pour la Chine (et vice-versa) comme acheteur de ses produits et fournisseur de biens et services saura-t-il freiner les manifestations guerrières ?
La même journée je recevais un poster de Adbusters et l’annonce du dernier numéro de la revue hexagonale Socialter, dont le thème était On se soulève et on casse ? Le premier pointait un doigt accusateur accompagné d’un impératif Fuck You s’adressant aux décideurs : Vous déclarez une urgence climatique globale avant la fin de l’année sans quoi Nous, le peuple du monde, allons nous soulever et paralyserons votre machine infernale ! Le numéro de Socialter quand à lui reprenait la question du sabotage 1et de la désobéissance civile récemment popularisée par Andreas Malm avec son Comment saboter un pipeline mais aussi, surtout, soulevée par la dureté des manifestations contre certains projets de développement (lignes de transport rapide, projet de « méga-bassines » à Sainte-Soline, dans le département français des Deux-Sèvres).
Il faut passer à l’action… les mots et les promesses qui sont proférés par nos dirigeants sont de plus en plus vides de sens et contredits quotidiennement par les gestes, ou encore par la passivité, le non-geste. Ces deux publications venaient, au même instant, donner du poids, du sens à cette impression diffuse mais persistante qu’il faut aller au-delà des mots, MAINTENANT. Il faut taper là où ça fait mal. Mais où ça, taper ? Sur les propriétaires de SUV, en dégonflant les pneus ? En forçant les participants à une conférence pétrolière à passer une barrière symbolique de reproches ?
J’ai été abonné à la revue Adbusters il y a une vingtaine d’années, du temps où cette petite maison d’édition de Vancouver menait des campagnes d’anti-publicité contre les grandes marques comme Nike, ces chaussures de sport haut-de-gamme fabriquées dans des usines insalubres, ou encore Absolut, cette boisson génératrice d’impotence2Voir image Le dernier numéro de la revue prend la forme d’un manifeste : Manitesfo for World Revolution.
Ce Manifeste pour la révolution mondiale se lit un peu comme les mémoires de Kalle Lasn, initiateur de la revue Adbusters qui fut aussi parmi les animateurs du mouvement Occupy Wall Street. Aujourd’hui agé de plus de 80 ans, il nous raconte ses premières années comme enfant lithuanien vivant dans des camps de réfugiés suite à l’invasion de son pays par l’URSS… ses études en Australie puis en Autriche, sa carrière comme jeune professionnel de la publicité à Tokyo, puis comme documentariste à l’ONF au milieu des années ’80. Comment il a été touché, transformé par les mouvements sociaux… de la Beat generation à Mai 68… à la contre-culture de San Francisco.
Les Beats nous ont donné la permission d’être sauvages et insouciants. Les situationnistes nous ont appris à vivre sans temps mort. Les hippies nous ont repoussés dans la nature. Les punks ont réglé notre radar pour détecter l’hypocrisie et notre volonté de résister. Les « fantassins » d’Occupy Wall Street nous ont fait croire que la révolution mondiale est possible – et ont donné le ton de ce qui est à venir.
Manifesto for World Revolution, p. 196. Ma traduction
En plus d’identifier 7 fronts3 sur lesquels je reviendrai dans un autre billet où mener bataille le manifeste raconte les débuts de la lutte de son groupe pour faire passer de courts messages anti-publicitaires sur les chaines télé au Canada et aux États-Unis. Bataille où toutes les grandes chaines ont refusé de diffuser les messages éducatifs de Adbusters. La contestation juridique s’est arrêtée avant d’atteindre les plus hautes cours, vu les moyens disproportionnés des mass media devant le groupe militant.
Autrement dit ça fait longtemps que la parole publique est muselée, limitée, formatée par les intérêts du commerce, de la finance et de la bienséance. D’ailleurs, la parole sur la place publique n’a-t-elle pas toujours été orientée, colorée politiquement ou culturellement ? La création des média professionnels, rendue possible par les revenus publicitaires, allait contribuer à la grande accélération non seulement en diffusant les messages d’incitation à la consommation mais aussi en refusant les messages qui pouvaient contredire, contrecarrer les effets délétères de notre société de consommation.
Un effet pervers du financement publicitaire des médias : il ne reste plus de place pour un discours alternatif, une remise en question de la mode, des us et des croyances; une recherche sérieuse de la vérité.
Socialter # 60 – La tragédie de la propriété : quand l’accaparement ruine la planète
Pourtant je dis cela (il n’y a plus de place pour un discours alternatif) alors que ce billet porte sur des publications « alternatives » diffusées librement sur le Net qui appellent à la révolution ou au soulèvement. Bon, la question du soulèvement est abordée, discutée dans le Socialter #59. Le débat entre Monbiot et Malm y est intéressant. Mais c’est la « lettre de lecteur » d’un chauffeur d’autobus en introduction du numéro qui m’a le plus « bluffé ».
Et les perspectives « révolutionnaires » de Adbusters-Kalle Lasn sont utopiques et radicales mais il y manque le « ventre de l’économie » pour en faire un programme capable d’ouvrir la poigne de fer, ou d’enfer qui enserre l’économie du monde.
« On voit ici de façon parfaitement nette l’idéologie souvent inavouée des venture capitalists, et même la formulation théorique la plus aboutie du projet politique au cœur du capitalisme algorithmique. » Ainsi Jonathan Durand Folco concluait sa critique virulente du manifeste techno-optimiste publié récemment (16 octobre 2023) par un bonze de la Silicon Valley, Marc Andreessen. Ce dernier s’est fait connaître et a fait ses premiers millions $ avec Netscape, puis il a su investir. « [M]ost of the successful startups in this arena, from Facebook to Groupon to Instagram, have Andreessen as an investor or board member. »1Entrevue dans Wired, 2012.04
Stephen Downes avait publié un assez court billet sur ce manifeste, dès la journée de sortie (16 octobre) dudit Techno-Optimist Manifesto. Dès ce moment Downes est très critique, même s’il se dit lui-même techno… phile, sinon optimiste.
And here’s where I part ways. Because while I do believe that decentralized governnance is the best governance, I don’t believe this governance is best managed through the single-minded pursuit of wealth and money. And so I see this manifesto as embodying everything that has gone wrong with our society, and making it sound as though techno-optimism entails exploitative capitalism. It does not. This manifesto has nothing to do with technology. (Traduction Google2Et c’est ici que je me sépare. Car même si je crois que la gouvernance décentralisée est la meilleure gouvernance, je ne crois pas que cette gouvernance soit mieux gérée par la poursuite résolue de la richesse et de l’argent. Et donc je vois ce manifeste comme incarnant tout ce qui n’a pas fonctionné dans notre société, et donnant l’impression que le techno-optimisme implique un capitalisme exploiteur. Ce n’est pas le cas. Ce manifeste n’a rien à voir avec la technologie.)
https://www.downes.ca/cgi-bin/page.cgi?post=75685
Ce manifeste n’a rien à voir avec la technologie ! C’est bon ça ! La gouvernance décentralisée à développer ne sera pas orientée vers la « poursuite étroite et simpliste (single-minded) de la richesse et de l’argent ». Dans un deuxième temps, le 18 octobre, Downes réplique en pointant vers un texte intéressant, celui de Dave Karpf :
This is a response to Marc Andreessen’s « techno-optimist manifesto », covered here previously. It quite correctly points out that the techno-optimists have been in charge over the last 30 years. What do we have to show for it? « What we’ve been left with is the largest wealth gap since the 1920s. It turns out that when we stopped taxing the billionaires’ preferred investment vehicles, we ended up with a lot more billionaires…. Economic inequality does not solve itself. Markets are not perfect, self-correcting mechanisms. » The multiple crises we face today, from inequality to war to environmental degradation, represent the failure of this pro-capitalist manifesto.3Il souligne à juste titre que les techno-optimistes ont été aux commandes au cours des 30 dernières années. Qu’avons-nous à montrer pour cela ? « Ce qui nous reste, c’est le plus grand écart de richesse depuis les années 1920. Il s’avère que lorsque nous avons arrêté de taxer les véhicules d’investissement préférés des milliardaires, nous nous sommes retrouvés avec beaucoup plus de milliardaires… Les inégalités économiques ne se résolvent pas d’elles-mêmes. Les marchés ne sont pas des mécanismes parfaits et auto-correcteurs. » Les multiples crises auxquelles nous sommes confrontés aujourd’hui, des inégalités à la guerre en passant par la dégradation de l’environnement, représentent l’échec de ce manifeste procapitaliste. Interestingly, the article also refers back to the old Wired pro-business techno-optimist turn that I criticized at length here in 1998.
https://www.downes.ca/cgi-bin/page.cgi?post=75692 (traduction Google4Il s’agit d’une réponse au « manifeste techno-optimiste » de Marc Andreessen évoqué ici précédemment. Il souligne à juste titre que les techno-optimistes ont été aux commandes au cours des 30 dernières années. Que devons-nous montrer pour cela ? « Nous nous retrouvons avec le plus grand écart de richesse depuis les années 1920. Il s’avère que lorsque nous avons arrêté de taxer les véhicules d’investissement préférés des milliardaires, nous nous sommes retrouvés avec beaucoup plus de milliardaires… Les inégalités économiques ne se résolvent pas d’elles-mêmes. Les marchés ne sont pas des mécanismes parfaits et auto-correcteurs. » Les multiples crises auxquelles nous sommes confrontés aujourd’hui, des inégalités à la guerre en passant par la dégradation de l’environnement, représentent l’échec de ce manifeste pro-capitaliste.3 Il est intéressant de noter que l’article fait également référence au vieux virage techno-optimiste pro-business de Wired que j’ai longuement critiqué. ici en 1998.)
Si ce manifeste n’a « rien à voir avec la technologie » c’est plutôt une déclaration de guerre à situer dans le contexte des poursuites contre les abus de position dominantes (ou pratiques monopolistiques) qui s’accumulent et du débat entourant le développement (trop) rapide de l’IA. Mais il y a plus que cela. C’est une conception du monde qui se dit dans cette défense sans vergogne de l’enrichissement individuel, du culte du héros et du rejet de l’action collective et de l’intérêt public. Voir le texte de Durand Folco.
L’article de Dave Karpf promeut un pragmatisme technologique plutôt qu’une position optimiste ou pessimiste. Il ridiculise la position simpliste d’Andreessen qui conçoit la technologie comme un cadran qu’on pourrait à loisir tourner d’un côté pour accélérer, de l’autre pour décélérer…
J’ai emprunté le titre de ce billet au dernier ouvrage publié par Durand Folco — Le capital algorithmique – Accumulation, pouvoir et résistance à l’ère de l’intelligence artificielle par Jonathan Martineau et Jonathan Durand Folco. Publié chez Écosociété.
Et c’est ici que je me sépare. Car même si je crois que la gouvernance décentralisée est la meilleure gouvernance, je ne crois pas que cette gouvernance soit mieux gérée par la poursuite résolue de la richesse et de l’argent. Et donc je vois ce manifeste comme incarnant tout ce qui n’a pas fonctionné dans notre société, et donnant l’impression que le techno-optimisme implique un capitalisme exploiteur. Ce n’est pas le cas. Ce manifeste n’a rien à voir avec la technologie. ↩︎
3
Il souligne à juste titre que les techno-optimistes ont été aux commandes au cours des 30 dernières années. Qu’avons-nous à montrer pour cela ? « Ce qui nous reste, c’est le plus grand écart de richesse depuis les années 1920. Il s’avère que lorsque nous avons arrêté de taxer les véhicules d’investissement préférés des milliardaires, nous nous sommes retrouvés avec beaucoup plus de milliardaires… Les inégalités économiques ne se résolvent pas d’elles-mêmes. Les marchés ne sont pas des mécanismes parfaits et auto-correcteurs. » Les multiples crises auxquelles nous sommes confrontés aujourd’hui, des inégalités à la guerre en passant par la dégradation de l’environnement, représentent l’échec de ce manifeste procapitaliste. ↩︎
4
Il s’agit d’une réponse au « manifeste techno-optimiste » de Marc Andreessen évoqué ici précédemment. Il souligne à juste titre que les techno-optimistes ont été aux commandes au cours des 30 dernières années. Que devons-nous montrer pour cela ? « Nous nous retrouvons avec le plus grand écart de richesse depuis les années 1920. Il s’avère que lorsque nous avons arrêté de taxer les véhicules d’investissement préférés des milliardaires, nous nous sommes retrouvés avec beaucoup plus de milliardaires… Les inégalités économiques ne se résolvent pas d’elles-mêmes. Les marchés ne sont pas des mécanismes parfaits et auto-correcteurs. » Les multiples crises auxquelles nous sommes confrontés aujourd’hui, des inégalités à la guerre en passant par la dégradation de l’environnement, représentent l’échec de ce manifeste pro-capitaliste.3 Il est intéressant de noter que l’article fait également référence au vieux virage techno-optimiste pro-business de Wired que j’ai longuement critiqué. ici en 1998. ↩︎
Un agrégateur de nouvelles, de parutions, de lancements, de paroles, de photos, d’opinions… ? Un espace d’intérêt public, encore à créer dans un moment (mouvement, geste) instituant.
Par des acteurs de la société civile engagés dans le projet de construire, défendre cet espace public démocratique où les décisions ne sont pas orientées d’abord vers le profit de quelques uns mais plutôt ancrées dans le tissage et le renforcement des communs qui nous font vivre. Qui font le lien, disait le dernier Latour (Mémo sur la nouvelle classe écologique), entre le monde où l’on vit et le monde dont on vit.
Dans sa discussion1Épisode du 21 octobre 2023 avec Fred Savard, sur le balado du même nom, Philippe de Grosbois se posait la question à savoir si les grands médias généraient encore des fils RSS. J’ai commencé à faire le tour des médias en élargissant aux ministères et gouvernements.
Comme on peut le voir, il y a plusieurs sources de nouvelles, mais plusieurs aussi n’en ont pas… Je n’ai pas encore fait le tour des journaux régionaux.
Les ministères sont plus fidèles à promouvoir les liens avec les Facebook, LinkedIn, Instagram ou Twitter que de produire une version publique accessible de leurs contenus sans passer par des réseaux privés fermés.
De Twitter à X, en passant par FaceBook, Messenger, et iMessage, Instagram… puis Mastodon, Bluesky, auxquels se sont ajoutés En commun–Praxis1version québécoise et militante, ces réseaux sociaux numériques nous permettent de s’informer, de rester en contact, de s’organiser et se souvenir. Mais à quel prix ! Et je n’ai pas parlé des newsletters auxquelles on s’abonne par courriel, ni des agrégateurs de fils RSS pour suivre l’évolution de sites web et de blogues pour lesquels (RSS et newsletters) j’ai commencé à utiliser Readwise. Il y a aussi des groupes de discussion comme celui du RQIIAC que j’administre depuis plus de 20 ans.
Il y a quelques mois je pouvais encore me contenter d’annoncer un billet que je venais d’écrire sur la liste du RQIIAC et puis dans mon compte Twitter (ou FaceBook) et j’avais rejoint la plupart de ceux et celles que je souhaitais rejoindre. L’achat de Twitter par Elon Musk a précipité l’exode des usagers tout en stimulant la croissance d’antennes indépendantes de diffusion. Je suis resté sur X, même si, comme le soulignait un commentateur sur Mastodon (à moins que ce ne soit sur Substack) mes quelques 550 abonnés (followers) sur X ne voient sans doute pas souvent mes publications tellement les algorithmes de la plateforme sont imprévisibles…
Je me suis inscrit sur mastodon.social pour voir ce qu’il en était. Puis sur Bluesky, Instagram et Substack pour les mêmes raisons. Cette dernière plateforme s’est imposée récemment comme manière de gérer des abonnements payants pour les blogueurs qui avaient pour objectif de monétiser leur popularité… En fait, c’est probablement Taras Grescoe qui m’y a conduit lorsqu’il a annoncé qu’il quittait Twitter. J’appréciais ses billets sur les questions de transport et d’urbanisme, tellement que je me suis abonné à sa publication Substack payante 27$ par mois. C’était sans doute autant pour soutenir3 à noter qu’on peut lire certains de ses billets sans avoir à s’abonner un auteur montréalais prolifique que pour avoir accès à quelques pages réservées par mois. C’est d’ailleurs, pour le moment, le seul blogueur sur cette plateforme dont j’achète le fil. Je suis abonné à une dizaine de sources Substack, mais seulement aux versions gratuites de leur production.
interopérabilité : le pouvoir ET la diversité
De multiples tensions, controverses et objectifs traversent l’existence et la concurrence entre ces réseaux et plateformes. Les objectifs et principes des uns peuvent choquer et motiver le développement des autres. Le style et la manière d’Elon Musk ont sans doute beaucoup aidé à la croissance rapide de certaines alternatives. La migration de certains vers Substack pouvait être motivée par le besoin (ou le désir) de monétiser sa notoriété 4Que Twitter (entre autres) avait contribué à développer. Des plateformes dont le l’architecture et l’orientation sont (plus ou moins) entre les mains des usagers répondent à d’autres motivations. Du pouvoir aux usagers selon que les applications utilisées sont « libres » ou encore que les contenus créés ou déposés par les utilisateurs leur appartiennent vraiment : c’est-à-dire qu’ils peuvent être facilement déplacés ailleurs. Ce qu’on appelle l’interopérabilité.
À l’évidence, les grandes plateformes qui font la richesse des Meta, Alphabet et cie, sont basées sur des logiciels propriétaires (non-libres) qui ne favorisent pas l’exportation des données accumulées par les usagers (écrits, opinions, listes de contacts…) vers d’autres services. Dans son dernier bouquin, The Internet Con How to Seize the Means of Computation, Cory Doctorow s’en donne à coeur joie contre la gabegie et la malhonnêteté des GAFAM5Google, Apple, Facebook, Amazon, et Microsoft, tout en promouvant, prêchant l’interopérabilité comme un levier pour reprendre un peu de contrôle sur nos données et sur les réseaux que nous utilisons pour communiquer. Sans interopérabilité il n’y aurait pas eu de téléphone, de radio, de télévision ni d’internet ! Mais depuis plusieurs décennies les grands propriétaires de contenus et de plateformes ont réussi à bloquer l’interopérabilité par des mesures législatives plutôt que par les développements ingénieux de leurs produits et les soins accordés à leur clientèle. Ça coûte moins cher de payer une flopée d’avocats qu’une armée d’ingénieurs afin d’enfermer sa clientèle et rendre plus coûteuse toute velléité de passage vers d’autres réseaux ou plateformes.
J’ai trouvé ce livre (The Internet Con…) à la fois divertissant et utile. Utile pour donner un peu de perspective aux enjeux soulevés actuellement (et continuellement) par les procès contre certains GAFAM pour abus de position dominante. Divertissant comme sait l’être Doctorow par son bagou, son côté terre-à-terre de celui qui a « mangé sa viande à chien » et qui a connu et suivi sur le terrain des services informatiques en grande entreprise les diverses manoeuvres des grandes marques. Mais je ne suis pas sûr que son bouquin permettra de « dismantle Big Tech’s control over our digital lives and devolve control to the people » (nous libérer du contrôle des Big Tech sur nos existences numériques et redonner ce contrôle au peuple – ma traduction).
Imposer ou permettre à nouveau l’interopérabilité des contenus et informations que les utilisateurs accumulent (volontairement ou non) en utilisant les plateformes redonnerait du contrôle aux usagers tout en favorisant l’émergence de compétiteurs, de fournisseurs de services plus agiles et généreux ou simplement mieux adaptés aux besoins et aux projets de leurs clients.
Par ailleurs l’interopérabilité n’est pas pour autant promue ou considérée importante par les réseaux alternatifs. Beaucoup de communautés qui se construisent sur ces réseaux ont d’abord intérêt à se parler entre eux-elles… on peut comprendre. Mais la partie publique de la production de ces communautés virtuelles se veut accessible à tous, diffusée largement. Sur la place publique.
Comment exiger l’interopérabilité des GAFAM sans la pratiquer soi-même ?
Philippe de Grosbois (L’après-Facebook des médias d’info) dans le dernier À bâbord! (#97) souligne à quel point les grands médias semblent surtout intéressés à trouver leur place dans l’écosystème des GAFAM plutôt que de construire, défendre l’information comme un bien public (voir Saulnier, Les barbares numériques).
L’enjeu ne devrait pas être simplement de partager la cagnotte engrangée par quelques monopoles. Peut-on laisser les FB, Y ou TikTok définir tout l’espace public ? Ces « médias d’info pressés d’optimiser leurs contenus pour les algorithmes des géants en ascension » (PdG) devraient aussi investir, partager l’effort collectif de construire, maintenir un espace public favorisant la délibération, la confrontation d’idées, la recherche et la validation des résultats.
Pendant que se négocient les ententes entre médias et les GAFAM, des alternatives devraient être explorées et expérimentées… de Grosbois rappelle qu’une technologie, un standard existe : le RSS, qui pourrait favoriser le partage en dehors des plate-formes monopolistes. Ce standard, connu et stabilisé depuis deux décennies pourrait aussi être utilisé pour imposer aux GAFAM une certaine interopérabilité. Ce que Doctorow appelait percer les silos (les walled garden) des Big Tech.
L’initiative Praxis-en commun serait-elle le lieu d’une telle contribution à un espace public indépendant des GAFAM ? Un espace qui serve non seulement les réseaux alternatifs mais aussi à construire la délibération nécessaire à une contestation solide des privilèges exorbitants qui ont été accordés aux « Big Tech » depuis 40 ans. Un tel espace public fédéré et coopératif pourrait aussi servir de lieu de dépôt de données publiques sur les services, sur la population et sur l’état de nos milieux de vie, données qui sont trop souvent réservées au commerce et peu accessibles pour la recherche et l’analyse critiques.
En fait je vais plutôt parler d’organisation communautaire, mais comme ce sont les États généraux du TS alors… Et puis, les OC d’aujourd’hui sont majoritairement formés par les écoles et départements de travail social, alors qu’à la fin des années ’80, une minorité (40%) des organisateurs et organisatrices avaient été formés en travail social. Moi-même formé au baccalauréat en Recherche culturelle, dans une approche anthropologique de la culture, je suis venu à l’organisation communautaire un peu par nécessité : je venais d’obtenir un emploi d’organisateur dans un CLSC.
Ma formation universitaire m’avait préparé à ce travail mais aussi, certainement, mon engagement politique dans une organisation marxiste-léniniste de l’époque, qui s’est poursuivi pendant les 5 premières années de ma carrière. Je ne dis pas que l’organisation politique dictait ma conduite professionnelle. Plutôt que les méthodes de planification, discussion collective, analyse matérialiste et dialectique m’ont servi dans mon travail. Oui, sans doute les mots d’ordre et campagnes de propagande typiques de l’image qu’on se fait des groupes « extrémistes » était aussi présents, mais ça concernait plutôt des enjeux syndicaux ou de politiques nationales et internationales. Pas l’orientation et les stratégies d’action dans le domaine des services à domicile aux aînés…
Lorsque notre organisation M-L s’est dissoute, je me suis tourné vers l’université pour remplacer l’espace perdu d’échange et de réflexion. Après une courte propédeutique j’ai suivi le cursus de maîtrise en sociologie, me familiarisant avec les méthodes de recherche, d’enquête et de sondage, les logiciels d’analyse statistique. J’ai aussi pu participer aux débats et réflexions qui avaient cours alors sur les nouveaux mouvements sociaux, la nouvelle économie sociale, la recherche-action, l’intervention de réseau, la privatisation et l’État-Provigo. 1Pour un échantillon de mes réflexions et travaux de cette période: Plaidoyer pour plus de transcendance, 06.1988; 2 problématiques, 4 projets!, .12.1988; Nouveau paradigme ou Éclatement des valeurs, anomie culturelle, néo-libéralisme?01.1988.
Même après avoir déposé mon mémoire en 1991 (Entre l’institution et la communauté, des transactions aux frontières – 1975-1990 : quinze années de pratiques d’organisation communautaire au CLSC Hochelaga-Maisonneuve), les liens noués pendant ces études de second cycle se poursuivront lors de colloques, ou de séminaires… et en suivant les travaux internationaux sur l’économie sociale et solidaire et les services de proximité.
Tout ça pour dire que je n’ai pas suivi de formation en travail social. Ni au baccalauréat ni à la maîtrise. Mais je prétends avoir pratiqué l’organisation communautaire et contribué au développement de cette pratique professionnelle par le biais du RQIIAC2Regroupement québécois des intervenants et intervenantes en action communautaire en CISSS et CIUSSS, de ses colloques et publications. Les liens que cette organisation a maintenu avec les divers départements de travail social des universités québécoises, par le biais du RUFUTSQ3Regroupement des unités de formation en travail social, ont permis l’organisation des colloques bisannuels du RQIIAC qui ont fait peu à peu le tour des différentes facultés (ou départements) de travail social (Québec, Montréal, Hull, Sherbrooke, Trois-Rivières, Chicoutimi, Rimouski, Montréal, Abitibi…). À chaque fois c’était des occasions de collaboration étroite entre praticiens et profs-chercheurs.
L’accompagnement de groupes et de collectivités dans l’identification de besoins et de problématiques puis la recherche et l’expérimentation de solutions, cela se fait souvent à la marge, en dehors des canaux habituels et, donc, le plus souvent sans guide ni manuel. Des champs d’action qui se trouvent souvent à la frontière, jouxtant l’économique et le social, ou l’écologique et le social, le culturel et le social, le politique et le social…
Les nouvelles problématiques socio-communautaires demanderont aussi à être accompagnées et expérimentées. Comme les anciennes, elles mêleront les dimensions sociales à des réalités matérielles et techniques (environnement-écologie; énergie; logement; transport…). Les rôles de traducteur, agente de transfert de connaissance, agent de liaison, facilitatrice et agente de concertation… seront plus que jamais nécessaires pour impulser et soutenir les changements comportementaux et arbitrages entre intérêts sectoriels, individuels et collectifs rendus nécessaires et urgents par les multiples crises qui s’additionnent.
Pour faire face aux défis qui viennent, le travail social devra suivre les enseignements tirés de l’approche de développement communautaire. « [T]o be of assistance in the future, social work will need what the ethos of community development offers more than ever if it intends to remain committed to socially just practice (…) this article discusses some bleak likelihoods that are painful to consider. However, this is an article about hope: not hope that we can avert future environmental and societal catastrophe; but instead hope that as communities face the coming predicaments, they will rediscover collective solidarity and wiser ways of living together and with the planet. Social work, particularly when it draws on community development perspectives, can have a key role in this transition to sanity. »
J’aime bien l’expression utilisée par Kenkel : transition to sanity, qu’on pourrait traduire par la transition vers plus d’équilibre, vers la santé mentale. Plus d’équilibre et de respect envers les autres espèces… envers les générations futures. Comment imaginer qu’on puisse passer d’une société basée sur la consommation et l’accaparement individuel à une culture de partage et de sobriété ? Les communautés locales et régionales, collectivités regroupées par rues, voisinages et villages devront réapprendre à se parler, à délibérer pour imaginer, exiger, négocier, gérer les changements nécessaires dans l’utilisation de l’énergie, de l’espace communs.
Les communautés sont plus larges et riches, plus complexes que les seules familles et aidants entourant les malades et vulnérables…
Les pratiques de développement social, d’organisation communautaire et du travail social collectif ne sont pas d’abord définies par une corporation professionnelle, ni même les écoles universitaires. La pratique sociale déborde et englobe sa portion académique. Ce champ d’action et de recherche a été traversé, structuré par des réformes, des programmes sociaux et de subvention à la recherche et à l’intervention. L’émergence de nouvelles problématiques a donné lieu à de nouveaux réseaux d’action et de services… qui ont exigé et obtenu une part d’autonomie.
La question qui se pose, à mon humble avis, est moins celle de la reconnaissance et la visibilité d’une pratique professionnelle que de trouver moyen d’appuyer les efforts d’auto-développement et de transformation des rapports sociaux vers plus de sobriété et de respect des capacités et équilibres de nos éco-systèmes. Comme si on élargissait l’application des principes d’équité et du « care » aux non-humains. Une sobriété rendue nécessaire et urgente pour contrer les effets cumulatifs de décennies d’excès.
Un engagement sérieux, solide dans, vers la « transition », comme une ancre dans la mouvance; le socle éthique permettant l’expérimentation, la recherche de solutions. Ancrage dans un territoire, une histoire.
Les municipalités joueront (peut-être) le rôle qu’ont joué avant elles d’autres réseaux institutionnels (CLSC-CSS, santé publique, universités, fondations philanthropiques…) dans la définition des enjeux et conditions de développement des collectivités de demain. De nouveaux partenariats (nouvelle ARUC6Alliance de recherche université-communauté) entre milieux de pratique et de recherche permettront-ils de soutenir les expérimentations vers plus de sobriété, plus d’éco-responsabilité, plus de solidarité ?
Le concept de communs, d’agir en commun recèle un potentiel de renouvellement et de transformation des pratiques (Le pouvoir subversif des communs) comme ceux de capital social et d’économie sociale et solidaire ont pu représenter au cours des années 90-2000.
Pour contrer les effets délétères produits par Les ingénieurs du chaos, qui excitent et exacerbent l’individualisme, la peur de l’étranger et du différent… nous avons besoin d’ingénieurs de synergies et d’architectes de communs qui travaillent avec les populations pour expérimenter des solutions viables et satisfaisantes aux différentes crises : logement, transport urbain et interurbain, aménagement des villes, services de proximité, énergies propres…
Une question demeure, d’autant plus lancinante qu’elle n’a pas été posée directement par les documents soumis à la réflexion pour les États généraux : la formation en organisation communautaire ne devrait-elle pas être distincte, séparée de la formation en travail social individuel ? Une pratique qui s’approche autant de la science politique, la sociologie, l’anthropologie que du travail social. Il me semble que le profil des praticiens et praticiennes en action collective n’est pas le même que celui de thérapeute familial ou individuel.
Quelques billets parus sur ce carnet à propos des pratiques d’organisation communautaire
En relisant la première version de ce billet, je me suis posé la question : Pourquoi ne suis-je pas allé vers le travail social quand il s’est agi de retourner à l’université ?
On est en 1983-84, l’époque des Thatcher-Reagan, puis Mulroney. Le chômage est devenu endémique pour les jeunes et les travailleurs plus âgés qui sont victimes des délocalisations d’usines vers le Sud. C’est le virage des programmes fédéraux de création d’emploi vers l’employabilité. C’est à cette époque que des projets tels le Resto Pop se développeront : plutôt que de simplement exiger la parité à l’aide sociale pour les jeunes de 18-30 ans, les jeunes s’organisent pour faire quelque chose d’utile.
Les enjeux ne sont pas simples : les gouvernements sont tentés par le « workfare » en remplacement (ou complément) des programmes de welfare. Les services rendus par les groupes communautaires trouvent plus difficilement leur financement alors que les réseaux publics (notamment les CLSC) se voient freinés dans leur développement. Des trois stratégies d’organisation communautaire7Voir page 112 du mémoire de 1991 de Rothman (action sociale, planning social et développement local) la seule qui semble retenue par les écoles de travail social est celle de l’action sociale. Les deux autres étant entachées par, soit la récupération par l’État (un anathème encore fréquemment lancé aux CLSC) ou encore par l’économisme et la récupération par le marché.
Je me souviens avoir pesté contre le discours universitaire qui se demandait encore si on pouvait « vraiment » faire de l’organisation communautaire dans une institution publique… du haut de leur tour d’ivoire. Alors que sur le terrain, les services à domicile aux aînés venaient à peine d’être reconnus (première politique en 1979), les communautés se mobilisaient pour l’aménagement du territoire, les projets de logement, de promotion de la « culture populaire » (Salon de la culture populaire, 1984) et du développement local. Le PEP de Pointe-St-Charles allait bientôt naître, et d’autres initiatives semblables… qui conduiront dix ans plus tard à la création du Chantier sur l’économie sociale. De telles initiatives étaient plutôt mal vues par les écoles de travail social de l’époque.
Des auteurs et professeurs comme Benoît Lévesque, Paul R. Bélanger, Omer Chouinard, Jean-Louis Laville, Jocelyne Lamoureux, Yves Vaillancourt ont été mes mentors dans le labyrinthe des expérimentations et nouvelles politiques à développer.
[Contribution humblement soumise à la réflexion des commissaires qui président aux activités de consultations et à l’événement des États généraux du travail social]
Si vous n’avez pas vu passer la consultation menée par le gouvernement du Québec sur l’encadrement et le développement des énergies propres au Québecc’est normal : elle se sera tenue du 1er juin au 2 août, sans tambour ni trompette. C’est un article du Devoir, signé Alexis Riopel, qui m’a mis la puce à l’oreille : Ode à la sobriété énergétique. Une entrevue avec Bruno Detuncq, professeur de génie mécanique à Polytechnique Montréal, à la retraite depuis 2017.
Cette incursion dans le monde de la planification énergétique m’a obligé à me familiariser avec des termes tels le bloc d’électricité patrimonial, accumulateurs de chaleur, tarification dynamique et autres. Mais les enjeux entourant la fourniture d’électricité « propre » pour l’avenir sont très liés à l’atteinte de nos cibles de décarbonation. À l’évidence, il faudra ajouter des capacités de production d’électricité pour remplacer les sources d’énergie fossile dont il nous faut sortir au plus tôt.
De l’énergie à revendre !
Faut-il pour autant continuer de promouvoir le Québec comme terre d’accueil de tous les projets énergivores ? Des batteries pour Hummer, vraiment ? Des parcs de cryptomonnaie ? Plusieurs mémoires présentés lors de cette consultation s’inquiètent de l’orientation productiviste des documents déposés et des questions posées par ce gouvernement.
[L]a lecture des documents fournis en appui à cette consultation et le contenu du questionnaire que vous proposez à la population, auquel nous avons choisi de ne pas répondre, nous font craindre que la cible de décarbonation d’ici 2050 soit un prétexte et non l’objectif réellement visé, qui serait en fait une vigoureuse relance du développement industriel et son cortège de mesures corrosives pour la nature et la société.
Alors que des gouvernements d’autres pays adoptent l’approche sobriété-efficacité-renouvelables, le gouvernement du Québec mise sur la croissance de la production et n’offre qu’un simulacre de consultation sur l’encadrement et le développement des énergies propres au Québec. Nous remettons en question l’idée selon laquelle la demande et la production d’énergie au Québec doivent augmenter de façon « naturelle », continue et apparemment sans limite.
La sobriété, qui devrait être au premier rang d’un plan de développement d’énergie propre (les kWh évités sont les plus propres !), semble la dernière des préoccupations gouvernementales. C’est vrai que ce gouvernement semble plus intéressé à flatter les désirs d’enrichissement à court terme de ses électeurs (étalement urbain et autoroutes plutôt que transport collectif et densification) que de faire face à la « réelle révolution énergétique, écologique, économique et sociale » (mémoire FTQ) qui est devenue nécessaire.
Parler sérieusement de sobriété, ça veut dire (tous les acteurs s’accordent là dessus) adapter le code du bâtiment afin que tous les nouveaux bâtiments soient d’une efficacité énergétique croissante, allant vers la carboneutralité (2040 ?). Pour le stock de logements déjà construits des interventions plus ou moins lourdes et coûteuses devront être faites. Des interventions difficiles à justifier économiquement considérant que le retour sur investissement est minimisé par la tarification actuelle à bas prix du secteur résidentiel bénéficiant d’un interfinancement des secteurs industriel et commercial. 1Un accroissement graduel du prix de l’électricité résidentielle permettrait de financer un crédit remboursable pour les ménages à bas revenu en plus de rendre justifiables économiquement les investissements collectifs en énergie propre, et en bi-directionalité pour un réseau plus résilient et productif.
La sobriété énergétique d’ici 2050, c’est dans 27 ans, et cela devrait se traduire par une diminution du nombre de voitures automobiles sur les routes. Ce n’est pas juste le ministre Fitzgibbon qui le dit… Ce à quoi le chef s’est empressé de rétorquer que son gouvernement n’avait pas l’intention d’empêcher quiconque de s’acheter une deuxième voiture (« notre approche, c’est vraiment de dire qu’il faut aller vers l’auto électrique »). Ce gouvernement se veut celui de la carotte, et non du bâton ! Mais quand il n’y a pas de carotte où il devrait y en avoir, que se passe-t-il ? Le Québec investi trois fois moins par habitant que son voisin ontarien en transport collectif (1548$ VS plus de 4000$ en Ontario, mémoire du RVHQ).
Les pays européens comme la France et l’Allemagne planifient une réduction importante (40%) de leur consommation d’électricité. Ici, on dirait qu’on favorise une augmentation de la consommation : à chacun sa voiture électrique, son bungalow en banlieue et son chalet à la campagne (ou son voyage annuel dans le sud).
En mettant l’accent sur l’accroissement nécessaire de la production électrique plutôt que sur la transition vers un mode de vie plus sobre et propre… on évite les débats difficiles et les arbitrages nécessaires. On reporte à plus tard ? On laisse à d’autres (aux mécanismes du marché ?) le soin de décider ? C’est ce qui se dessine quand on affirme que la libéralisation du marché de la production est nécessaire pour rencontrer les besoins de demain.
Recommandation 1 : Ouvrir rapidement le marché de la fourniture d’électricité aux consommateurs industriels à tous les producteurs.
La grande majorité des autres mémoires déposés s’oppose à une telle libéralisation (privatisation) même si plusieurs promeuvent l’autoproduction et l’engagement des municipalités, coopératives et communautés autochtones dans la production d’électricité.
On s’oppose pour s’assurer collectivement du contrôle dans un secteur jugé stratégique… et pour maintenir l’accessibilité (les bas prix) de l’énergie, en pensant particulièrement aux populations pauvres et peu fortunées qui pâtiraient grandement d’une « mise à niveau » du prix de l’électricité vers les coûts réels actuels de développement.
[C]es bas prix contribuent grandement à la très forte consommation des Québécois. Pour réussir la transition énergétique, le gouvernement devra revoir son approche à la communication des prix de l’énergie de manière à conditionner les attentes et comportements des consommateurs.
Mémoire Chaire de gestion de l’énergie
Le Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec (RNCREQ) est aussi d’avis qu’il faut une tarification reflétant les coûts actuels de développement pour inciter à la sobriété et l’efficacité.
Recommandation 19 Le RNCREQ est d’avis que les tarifs de l’électricité devraient refléter son vrai coût et inciter à la sobriété et l’efficacité énergétiques. Ainsi, le RNCREQ recommande d’étudier et de faire évoluer les tarifications et les autres mesures fiscales en ce sens, tout en développant des mesures de compensation pour ne pas impacter les ménages à faible revenu.
Comme le soulignait la Chaire dans son mémoire, citant une recherche récente : l’annonce d’une augmentation à venir accroit l’impact en terme de changements comportementaux. Adopter un plan annonçant d’avance les changements tarifaires stimulerait d’autant les investissements en sobriété et efficacité que les économies seraient substantielles.
Comment se fait-il que les grands projets de développement immobiliers n’ont pas encore adopté la géothermie (associée à des mesures de stockage local) comme source écologique d’énergie ? Parce que les tarifs résidentiels pratiqués actuellement ne justifient pas de tels investissements. Ni pour Hydro-Québec, ni pour les constructeurs. Pourtant, comme plusieurs le suggèrent, si la production décentralisée (municipalités, coopératives) était favorisée, avec des mesures de stockage et d’échange bi-directionnel permettant de diminuer la pression de pointe sur le système (par exemple en permettant d’utiliser la batterie des autos électriques ou les accumulateurs d’ensembles résidentiels) c’est la productivité de l’ensemble qui y gagnerait.
Il ne faut pas s’attendre à ce que la CAQ se fasse chantre de la sobriété ! Ce gouvernement semble plutôt orienté vers la vente à bon marché des ressources énergétiques et environnementales de ce pays ! Et quand il y aura de l’opposition à transformer chaque vallon et chaque rivière en source d’énergie… on se tournera vers l’énergie atomique ?
Un accroissement graduel du prix de l’électricité résidentielle permettrait de financer un crédit remboursable pour les ménages à bas revenu en plus de rendre justifiables économiquement les investissements collectifs en énergie propre, et en bi-directionalité pour un réseau plus résilient et productif. ↩︎
Pour une (courte) description du parcours et quelques dizaines de photos et courtes vidéos présentées sur carte interactive, voir la page À vélo dans les Cantons.
Je ne voulais pas simplement reproduire ici la page du voyage, mais plutôt annoncer sa parution pour les abonnés à ce blog (par fil RSS ou par courriel) tout en tirant quelques leçons de mon utilisation des technologies (GPS, photo, e-vélo) durant le voyage.
Les parcours proposés par Strava, que j’ai utilisé pour planifier les deux premiers jours n’était pas toujours adapté au style de randonnée à vélo que je voulais : les propositions privilégiant les voies pavées aux pistes de terre, pour les cyclistes préférant la vitesse (exemple du canal de Chambly);
Par contre l’enregistrement de mon retour vers Montréal s’est fait sans faute, les périodes de pause, d’arrêt et de redémarrage de l’enregistrement se faisant automatiquement sans que j’aie à intervenir (contrairement à d’autres logiciels). J’ai pu facilement exporter les données au format GPX, pour ensuite les importer dans mymaps.google.com que j’ai utilisé pour y inscrire photos et vidéos. J’ai pu exporter le plan de voyage des deux premiers jours au même format, mais comme je me suis écarté assez souvent du plan, j’aurais dû enregistrer aussi mon parcours. Est-ce possible, je ne sais, d’enregistrer un parcours en même temps que de suivre (ou ne pas suivre) les indications d’un plan enregistré par le même logiciel ? Je devrais tester.
Je n’avais pas enregistré mon parcours Bromont-Lac Brome avec Strava, aussi, pour me souvenir du chemin parcouru j’ai dû recourir à l’enregistrement « automatique » de Google Maps, qui assure un suivi plus approximatif de mes déplacements. (Voir Vers La Brome, dans la page À vélo…) Le caractère approximatif est particulièrement évident lorsqu’on s’éloigne des circuits automobiles (vers les pistes cyclables dédiées), comme je m’en suis rendu compte au cours des randonnées des dernières années.
C’est un voyage que nous avions pensé faire l’an dernier, mais à la dernière minute… nous avons choisi l’automobile. Choix judicieux considérant que nous souhaitions aller jusqu’à Magog et Compton… ce que je considère aujourd’hui comme audacieux pour un premier voyage de cette ampleur. Mais ce qui nous avait surtout retenu, c’est l’hypothèse d’un bris mécanique : que faire dans ce cas ? Aussi je me suis abonné à CAA-Qc avant de partir. Un service de dépannage est disponible pour les membres en excursion à vélo… à condition de n’être pas trop loin des circuits automobile afin que le dépanneur puisse s’y rendre. Cela a suffit à nous, me rassurer avant de partir. En fin de compte le problème que j’appréhendais (une crevaison) s’est présenté pendant que nous séjournions chez nos amis (dégonflement durant la nuit) et qu’il y avait pas loin un réparateur disponible. Nous n’avons pas eu besoin du dépannage CAA. Il reste que je trouve ça un peu gonflé de demander le même tarif aux propriétaires de véhicule automobile qu’aux propriétaires de vélo seulement comme moi !
J’ai eu un peu de mal à situer géographiquement certaines photos prises avec mon appareil Sony, qui n’a pas de capteur GPS, contrairement à mon iPhone qui enregistre ces données de géolocalisation en même temps que la photo ou le vidéo. Je devrais donc, systématiquement, prendre une photo-témoin avec le téléphone à toutes les fois que j’utilise le Sony. Ce qui pose inévitablement la question de l’utilité de l’appareil photo : oui, il y adeux fois plus de pixels dans une photo Sony (4000X6000px VS 3024X4032px) mais pour une utilisation-publication en ligne… les différences sont… imperceptibles ?
L’utilisation de mymaps.google.com s’est avérée assez simple et conviviale pour placer les photos sur la carte de notre parcours. À retenir : pour y inscrire des vidéos, j’ai dû d’abord les déposer sur Youtube et y référer dans la carte.
Petit détail : j’avais non seulement épuisé ma batterie de vélo en arrivant à Longueuil le jour du retour, mais aussi la batterie de mon téléphone. La batterie externe pour ce dernier aurait été utile. Je l’avais laissée à la maison pour ne pas m’embarrasser de l’équivalent d’un deuxième téléphone.