d'un blog à l'autre

Un commentaire de Enro me fait découvrir son blog, celui d’un ingénieur agronome qui s’intéresse à la sociologie des sciences… et aux rapports science-société… Une belle découverte, qui m’amène à une autre : L’ameublement du cerveau. Un blog sur les sciences, avec une attention particulière aux sciences du cerveau, mais qui ouvre aussi sur un espace créatif original… où vous découvrirez un Petit précis d’économie (document imagé sur l’utilisation des taxes par l’État français), ou bien Ecoland, une petite animation de 7min30 sur le commerce international, ou encore un « cadavre exquis » graphique

l illusion de Dieu

The God Delusion de Richard Dawkins, un réquisitoire à la fois sérieux, scientifique et plein d’humour. Enfin, je suis pas sûr que tous les lecteurs apprécieraient son humour… Mais ceux qui s’irriteraient d’un tel ouvrage seront sans doute les derniers à en ouvrir les pages.

Pendant cette lecture je me rendais compte à quel point on a pu croire, il y a quelques années, que la religion était une question définitivement « réglée » : il s’agissait d’un droit privé. La séparation de l’État et des choix religieux semblait acquise… À voir le charabia créationiste prendre autant de place dans l’espace médiatique américain, à voir à quel point il semble plus facile pour un dirigeant politique dans ce grand pays de s’avouer homosexuel que athée… les talibans ne sont pas tous où l’on pense. Et les acquis sociaux et politiques ne sont pas toujours irréversibles !

Bien que j’aie beaucoup apprécié le texte de Dawkins, et son argumentaire tentant d’expliquer l’avantage évolutionniste qu’a pu représenter la propension à la croyance religieuse (et à l’obéissance aux prescriptions des chefs religieux), ses nombreux exemples, convainquants, des effets néfastes de telles croyances aujourd’hui… je reste un peu sur ma faim.

Quelques questions montent lentement après la lecture : ce discours, s’adressant à la raison, avec de nombreux et solides arguments scientifiques… peut-il s’adresser à tous ? Peut-on vraiment faire disparaître la crédulité au profit du libre arbitre ? Si l’on voulait vraiment rejoindre tout le monde avec cette vision rationnelle, il faudrait faire des « versions légères » des vérités scientifiques… des versions accessibles pour tous. Continuer la lecture de « l illusion de Dieu »

46%

Incroyable mais vrai (à + ou – 3%) ! Près de la moitié des Américains croient que Dieu a créé les humains tels qu’il sont aujourd’hui. Sans évolution… et plus du tiers croient que l’homme a évolué, mais avec l’aide de Dieu. Comme le montrent les graphes sur la page du site de Gallup cité, ces taux sont quasiment stables depuis 25 ans. Ce qui n’a pas été stable, depuis 200 ans à tout le moins,  c’est la séparation de l’État et de la vie religieuse, dans cette belle Amérique. Ce que met en relief avec beaucoup de force et d’humour Richard Dawkins dans The GOD Delusion. Les pères fondateurs de la république américaine étaient beaucoup plus sceptiques que semblent l’être les policiciens d’aujourd’hui. Est-ce la rançon de la démocratie, que l’obligation de faire semblant de croire en ces… fables pour obtenir le vote de la majorité ?

Un article du G&M d’aujourd’hui référait à ce sondage Gallup dans un article commentant la présence de « matériaux imprécis » (inaccurate materials) dans les présentations (exhibits) d’un nouveau musée américain sur la Création.

Leonard Cohen

aquarelle par Cohen

À voir et écouter…

Une belle petite présentation, la voix d’or de Leonard commentant quelques autoportraits, et autres dessins et aquarelles. Quelques mots sur les femmes, la vie… Des photos de Leonard dans sa maison, presqu’ascétique. à Montréal. Un beau moment. Sur le site du Globe and Mail.

conférence de Manuel Castells

Bon, c’est une conférence de 2004, mais c’est un sujet intéressant et un conférencier – auteur très stimulant. ET en plus, c’est une réalisation du CRISES, centre de recherche sur les innovations sociales de l’UQAM. Je me demande bien quel âge il a ce Castells… ou peut-être faut-il poser la question autrement : quel âge avait-il donc quand il a publié en 1972 La question urbaine !

Une conférence en ligne de Manuel Castells, portant sur ‘Globalisation et identité’. A déguster sans modération. J’ai particulièrement aimé le passage sur les trois sortes d’identités collectives :

  • ‘identité légitimatrice’ (qui part des institutions et légitime notre place dans la société, et qui n’est pas assimilable à l’identité nationale. Ni à son ministère :-((
  • ‘identité résistance’ : générée par les acteurs qui sont dans une position dominée, stigmatisée par ceux dans une position dominante. C’est la base des politiques identitaires qui émergent sur un mode de résistance, d’affrontement, de revendication (ex du pays basque)
  • ‘identités projets’ : dans laquelle les acteurs sociaux partent de leur identité sur la base des matériaux culturels avec lesquels ils travaillent et essaient de développer cette identité dans des projets qui donnent un nouveau sens aux acteurs eux-mêmes mais aussi à la société dans son ensemble (ex : le mouvement féministe)

[Via affordance.info]

Une autre conférence qui semble intéressante : de Joseph-Yvon Thériault, Place de l’américanité dans l’identité québécoise.

contrer le Dilemme du prisonnier ?

Collective behaviour and climate change: why would anybody bother?: « And now I’m just catching up with a recent study by CDX and the Centre for Sustainable Energy
on Mobilising individual behavioural change through community initiatives. The study investigated ‘what kinds of local and community initiatives are most effective at influencing changes in behaviour and at what levels, and whether any lessons learned from these are transferable to the issue of climate change.’The report provokes thinking about important issues. The key message seems to be that what is lacking is ‘a realistic sense of agency,’ and this is the problem to be solved. Part of the argument is that people are not motivated to take action (jointly or individually) on an issue which is not local, where their action has no immediate impact (or indeed any significant impact), and where the scale of any action taken is dwarfed by the impact of the inaction of others. »(Via Neighbourhoods.)

Pour ceux qui ne connaissent pas, le Dilemme du prisonnier est cet exemple de la théorie des jeux qui fait que deux participants (prisonniers) sont conduits à accepter des peines non négligeables pour éviter le risque d’une peine très longue, même si la collaboration entre les deux leur assurerait pratiquement la liberté…

Je ne sais si cet exemple s’applique vraiment à notre situation actuelle devant la menace de catastrophe écologique ? Ne pas agir maintenant garantie des lendemains plus douloureux… mais agir seul, sans impact suffisamment massif pour avoir quelque chance de changer les choses, c’est non seulement avoir des lendemains douloureux mais un présent aussi ! En effet, s’imposer des restrictions environnementales coûteuses dans une économie de marché ouverte… c’est s’exposer à perdre son marché… à moins que… celui-ci évolue vers plus d’éthique ?

Tout seul ?! Faudra-t-il attendre que la situation nous chauffe vraiment les fesses pour que démocratiquement les décisions soient prises ? J’ai l’impression qu’on n’est pas tellement loin de ça… mais encore, les décisions contraignantes à l’échelle internationale, qui les prendra ? Y a-t-il des précédents qui nous permettraient d’espérer ? L’interdiction de certains produits chimiques ? L’exemple de notre incapacité collective à gérer les ressources halieutiques… n’est pas rassurant.

À creuser : gène égoïste (Richard Dawkins), animaux altruistes; Éthologie et écologie comportementale (un cours d’Alain Lenoir, Université de Tours)… finalement, les animaux ont peut-être plus à nous apprendre, en matière de survie ?!

darwinisme neuronal

Telle est le nom donné par Gerald Edelman à sa théorie du fonctionnement du cerveau. J’ai tenté d’expliquer rapidement à quelqu’un ce que j’en comprenais… et j’ai finalement compris (enfin, un petit bout). C’est drôle comment de redire quelque chose dans ses mots, d’enseigner est la seule façon d’apprendre !

Le cerveau ne peut savoir d’avance à quoi serviront les souvenirs qu’il enregistre… le sens même de l’expérience qu’il engrange pourra être interprété sous différents angles, en fonction des savoirs à venir. Un peu comme les mécanismes de l’évolution s’expriment (entre autre) par la variance des différents individus d’une espèce, permettant ainsi de tenir compte de l’imprévisibilité de l’environnement qui confrontera ces individus et de donner à quelques uns la chance de mieux s’en tirer…et donc de mieux se reproduire… le darwinisme neuronal serait la façon dont le cerveau procède pour stocker plus de liens que nécessaire, plus qu’il ne sera possible d’en développer, mais permettant ainsi de nourrir le hasard, l’avenir que l’on ne peut prédire mais qui pourra ainsi renforcer l’un ou l’autre, plusieurs sans doute, des ensembles de neurones qui ont été mis en lien lors de l’expérience précédente.

Ce qui rend la comparaison du cerveau avec un ordinateur pauvre et bancale c’est vraiment cette absence de programmation logique, binaire, ou numérique laissant plutôt place à un maximum d’indétermination, de sens à venir… tout en enrichissant le sens passé déjà accumulé, mais qui est lui-même tellement multiforme, foisonnant, lié aux multiples sources sensorielles, multiples niveaux sémantiques, espaces temporels et physiques… que l’interprétation de ce passé récent ou lointain n’est pas univoque mais plutôt toujours diversifiée, contradictoire, en mouvement.

La conscience rendue possible par un ensemble de mécanismes (cartes) réentrants, permettant de… réfléchir (!) les informations immédiates… de créer une distance entre les infos transportées par les sens et la réaction qu’elles appellent. Une distance permettant de sonder le passé, de faire des liens entre les sources parallèles (ou synchroniques) de stimulations… Des circuits réentrants qui se multiplient, s’additionnent pour devenir plus abstraits, portant sur des stimulations, excitations de plus en plus éloignées des sens et de plus en plus liées à la mémoire, aux concepts, aux projections conceptuelles…

Enfin… je vais aller souper, parlant de stimulations éloignées des sens ! Me semble que c’était plus clair ce midi…

Articles sur, à propos de Edelman, du darwinisme neuronal…

et autres découvertes :

Lakoff et le "framing"

En terminant la lecture de Gerald Edelman je n’ai pu m’empêcher de googler George Lakoff tellement Edelman était enthousiaste à son égard. Linguiste de la métaphore, voir aussi Metaphor, Morality, and Politic , ses écrits récents sont clairement orientés vers l’action politique : Thinking Points (livre au format PDF téléchargeable paru en novembre 2006), George Lakoff Manifesto. Ses concepts de framing et reframing sont appliqués, applicables à des questions diverses : l’immigration, l’environnement, Katrina… Une liste d’articles impressionnante où il appelle à recadrer les débats dominés par la droite. Un de ses textes les plus connus : Don’t Think of an Elephant: Know Your Values and Frame the Debate.

Ce furetage m’aura permis de découvrir le site « ChangeThis » où sont publiés de nombreux manifestes… Un assemblage assez hétéroclite : textes de Tom Peters, mais aussi le fameux The Long Trail, de Chris Anderson, éditeur en chef de la revue Wired, du Digital Rights Management de Cory Doctorow, Made in USA de Paul Graham, et autres The Paradox of Choice de Barry Schwartz, …

paix et sérénité

C’est ce que je vous souhaite pour la nouvelle année. Dans ce monde happé dans un tourbillon frénétique de luttes pour la survie, pour le succès, pour la gloire… ou simplement la dignité… peut-on espérer atteindre quelque havre de paix ? Peut-être que si. Toute relative, certainement, mais une sérénité construite comme un château de sable dont on sait qu’il faudra le reconstruire après la marée… comme le chemin parcouru, le voyage qui est plus important que la destination.

Paix aux hommes de bonne volonté, c’est la formule je crois. Oui, il faut croire en la volonté possible des hommes, et agir en conséquence. Ce n’est pas parce que TOUT n’est pas possible qu’il faut prendre prétexte pour ne RIEN faire. Un petit rien, presque rien dans le grand tout mais c’est là que ça commence, comme un mouvement imperceptible… la goutte d’eau qui deviendra rivière. Bon, c’est peut-être pas la bonne image avec la fonte des glaciers et tout… Un grain de sable dans le désert ? Non, là non plus, ça ne va pas. La molécule, la protéine dans la grande chaine…

Mais la question n’est-elle pas là, justement : le pouvoir, la volonté de l’homme saura-t-elle infléchir à temps les forces du marché et s’en servir pour corriger le cours des choses ?