l’imagination et les calculs ne suffiront pas

Nous savons l’état déplorable de la planète et du climat. Les événements climatiques catastrophiques se répètent. Selon le Living Planet Report 2024 de la WWF les populations d’espèces sauvages ont diminué de 73% en 50 ans !

Deux grands rapports viennent d’être publiés qui pourraient nous redonner espoir, du moins c’est ce que les titres nous donnent à penser.

« Nouvelles économies pour l’éradication de la pauvreté (NEEP) est une initiative dirigée par l’ancien rapporteur spécial des Nations Unies sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme, Olivier De Schutter, visant à promouvoir des voies de développement alternatives capables de mettre fin à la pauvreté et aux inégalités sur une planète habitable . »

The Roadmap for Eradicating Poverty Beyond Growth (pdf 182 pages). En anglais seulement, mais le site web est traduit : choisir la langue dans le bloc-menu en haut à droite et les différentes pages seront traduites.

Une feuille de route pour éradiquer la pauvreté autrement que par la croissance. Les perspectives sont ambitieuses, et les moyens sont radicaux organisés autour de six piliers :

  1. Transformer les systèmes économiques
  2. Travail, soins et démocratie économique
  3. Services de base universels et protection sociale
  4. Justice écologique
  5. Transformer l’ordre économique international
  6. Planification et gouvernance démocratiques

Cette feuille de route audacieuse a été adoptée en avril par l’OIT, l’Organisation internationale du travail à Genève. La feuille de route sera présentée à la 62e session du
Conseil des droits de l’homme des Nations Unies le 25 juin 2026 (12h30 – 13h00 CEST).


La troisième Conférence sur les inégalités mondiales 2026 organisée par le World Inequality Lab s’est tenue à Paris du 4 au 6 juin dernier. Le Global Justice Report y fut présenté. Le World Inequality Lab est co-dirigé par Thomas Piketty, Emmanuel Saez et Gabriel Zucman.

Un rapport de 136 pages qui se veut un Plan pour l’égalité et la prospérité dans les limites de la planète.

Ma traduction de quelques paragraphes tirés de l »introduction :

Sa principale conclusion est simple : il est possible de concilier l’habitabilité de la planète et un niveau de bien-être élevé pour tous, mais seulement si la transformation repose simultanément sur trois piliers. Une décarbonisation rapide des systèmes énergétiques est nécessaire. Mais nous avons également besoin d’un virage majeur vers la suffisance – entendue comme une réduction marquée des heures de travail et de l’empreinte matérielle, ainsi que des changements importants dans les modes de consommation, les habitudes alimentaires, l’utilisation des terres et le couvert forestier. De plus, ni la décarbonisation ni la suffisance ne peuvent être financées et maintenues politiquement sans une réduction drastique des inégalités de revenu, de richesse et de pouvoir, tant entre les pays qu’au sein de ceux-ci. La réduction des inégalités mondiales n’est pas seulement compatible avec une décarbonisation en profondeur; c’est une condition nécessaire à une prospérité partagée sur une planète aux ressources limitées.

Le Rapport sur la justice mondiale constitue la première tentative visant à proposer un plan entièrement quantifié allant dans cette direction, combinant quatre dimensions que les débats actuels traitent souvent séparément : la redistribution à l’échelle mondiale, une réforme en profondeur de l’ordre financier et économique international, une transformation radicale des systèmes énergétiques et des changements substantiels dans les modes de consommation. Contrairement à la plupart des scénarios climatiques, y compris ceux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la principale nouveauté réside dans le fait que nous modélisons ces quatre dimensions ensemble et que nous plaçons les inégalités et la suffisance au cœur de l’analyse.

Concrètement : le revenu national mensuel par habitant converge vers 5 000 € dans chaque pays, comblant ainsi un écart de 16 fois. La part de la moitié la plus pauvre de la richesse mondiale passe de 2 % à 30 %, tandis que celle de la classe des milliardaires diminue de 6 % à 0,05 %. Près de 90 % de la population mondiale double son revenu tout en travaillant environ la moitié du nombre d’heures qu’elle effectue aujourd’hui. Le réchauffement atteint 1,8 °C d’ici 2100, au lieu de plus de 4 °C selon les tendances macroéconomiques et politiques de référence.

Les intentions sont, là aussi, radicales : « 90 % de la population mondiale double son revenu tout en travaillant environ la moitié du nombre d’heures qu’elle effectue aujourd’hui » ! Et la part de la richesse des milliardaires passerait de 6% à 0,05% !

On peut se demander comment une telle transformation pourrait être réussie ? Dans sa conclusion le Global Justice Report convient que

Rien ne peut être accompli sans un mouvement citoyen puissant et un réseau dense d’organisations à large assise (notamment les syndicats, les partis politiques, les plateformes civiques et d’autres initiatives collectives) qui soient suffisamment bien organisées et efficaces pour promouvoir des changements institutionnels et politiques de grande envergure.

Il reconnaît que la liaison avec les connaissances et savoirs du terrain est essentielle :

Un objectif encore plus ambitieux consiste à établir un lien entre le langage de la comptabilité macroéconomique aux échelons mondial et national (tant en termes de flux matériels que de valeur monétaire) et l’expérience et les connaissances locales que les citoyens et les travailleurs de tous les pays et de toutes les conditions accumulent en matière de techniques de production, de relations de travail et de propriété, d’engagement communautaire et de préservation de l’environnement. Si ces deux niveaux de connaissances ne sont pas conciliés et articulés entre eux afin d’alimenter la mobilisation collective, il y a peu de chances que des transformations ambitieuses puissent un jour se concrétiser.


Je ne peux m’empêcher de faire le lien avec un article, deux en fait. Le premier est écrit par un néerlandais qui publie la lettre Substack The Minority Report, Kasper Benjamin. Dans A New World Is Not Measured Into Existence (ma traduction : Un nouveau monde ne se crée pas en le mesurant) Benjamin rappelle combien nous avons produit de rapports et de mesures sur les crises qui nous confrontent. « Si une meilleure information modifiait les comportements, la crise climatique serait déjà derrière nous. Nous n’avons jamais été aussi bien informés, et nous n’avons jamais été aussi loin du chemin à suivre. » Il ajoute qu’au delà de l’information, nous avons besoin de confrontation : le pouvoir ne sera pas « incité » à changer de cap, il faudra l’y forcer. Il donne par ailleurs un exemple de mobilisation, au Danemark, qui a fait évoluer les normes de l’architecture et la construction pour les rendre conforme aux objectifs climatiques.

Méfiez-vous donc de la séduction du tableau de bord. (…) Le tableau de bord plus perfectionné finit par absorber l’énergie qui aurait dû être consacrée à la confrontation. L’imagination nous donne la destination. La mesure peut la décrire dans les moindres détails. Aucune des deux ne construit la route. Un nouveau monde ne se crée pas par la mesure. Il se conquiert par la lutte.

Le deuxième article par William E. Rees : The road that cannot be taken que j’ai aussi traduit : La route qu’on ne peut pas emprunter. C’est Rees qui m’a fait connaître le Roadmap for Eradicating Poverty. Il en rapporte les principales orientations, en en soulignant la radicalité :

Dans les conseils d’administration des entreprises et les couloirs du pouvoir des États techno-industriels modernes (MTI) partout dans le monde, elle [la feuille de route] sera perçue comme un boulet de démolition idéologique, une hérésie de « gauche radicale » visant à raser jusqu’aux fondations l’édifice imposant de l’économie néolibérale axée sur la croissance et à partager équitablement la richesse mondiale.

Tout comme Kasper Benjamin, William Rees note la différence essentielle entre la conception d’un plan et sa mise en œuvre.

Concevoir des façons alternatives de mettre en scène une économie humaine et écologiquement viable est une activité assez courante.

Mettre en œuvre une économie de non-croissance socialement juste est une tout autre affaire.

Si l’on en croit l’histoire et la dynamique de la culture [dominante], Roadmap a moins de chances de prendre son envol qu’un papillon collé à une brique de plomb.

De plus, même si sa mise en œuvre ne posait pas problème, la Feuille de route pour éradiquer la pauvreté ne va pas assez loin :

[B]ien qu’il s’agisse d’une réalisation intellectuelle d’envergure, Roadmap ne va pas assez loin. Comme la plupart des autres prescriptions générales en matière de réforme économique, y compris le mouvement de décroissance et la plupart des programmes des partis verts, Roadmap ne traite pas adéquatement le dépassement écologique. Un rationnement limité et la redistribution des avantages et des coûts économiques peuvent honorer l’engagement envers la justice sociale, mais ne font rien pour réduire le flux global d’énergie et de matières de près de 45 % (80 % dans les pays riches) nécessaire pour sauver l’écosphère.

De même, Roadmap élude complètement le tabou de la population. Même des estimations assez prudentes suggèrent que la Terre ne pourrait soutenir de manière durable qu’une population d’environ 2,5 milliards d’individus selon le niveau de vie matériel moyen actuel, contre 8,3 milliards aujourd’hui (soit une baisse de 70 %).

William E. Rees, ce professeur de l’Université de Colombie-Britannique spécialiste de planification communautaire et régionale qui fut à l’origine du concept et de la méthode de « l’empreinte écologique » est plutôt pessimiste : « Une contraction majeure — et, en l’absence d’un plan viable, probablement chaotique et douloureuse — de l’entreprise humaine est presque inévitable. Des rétroactions négatives systémiques vont se déclencher pour dompter les excès orgueilleux de l’humanité. » « Les sociétés humaines à grande échelle sont intrinsèquement sujettes à l’implosion; toutes les civilisations importantes à ce jour se sont effondrées en suivant à peu près la même trajectoire. » 

Il conclut « les feuilles de route humaines et socialement justes qui présentent à la communauté mondiale des alternatives théoriques, aussi brillamment conçues soient-elles, sont vouées à ne faire que révéler des chemins attrayants non empruntés qui ne peuvent être empruntés. »


Je n’ai pas de perspective réjouissante à proposer… Je vais tout de même lire ces deux rapports et mieux comprendre ce qui les différencie. Je note tout de même que le premier a été adopté par l’OIT1(Organisation internationale du travail), ce qui pourrait en faire un argument d’introduction auprès des forces syndicales. Par ailleurs, je vais aussi lire cet autre article de monsieur Rees : ‘Civilization’ and the human maladaptation syndrome que j’ai traduit pour l’occasion : « La civilisation » et le syndrome de l’inadaptation humaine. À défaut d’une clé pour ouvrir une porte sur l’avenir j’y trouverai peut-être quelques pistes pour comprendre le présent.

Allez ! Bon début d’été !

P.S. Timothée Parrique publiait une « réponse » au document Global Justice report dans un billet détaillé : A response to the World Inequality Lab: Degrowth for global justice? Il dit, en introduction (ma traduction) :

Comme l’explique son auteur principal, Lucas Chancel : « 24 mois de travail, 45 chercheurs venus du monde entier, combinant les perspectives de l’économie, de l’histoire et des sciences du climat. » Le résultat est colossal et le niveau d’ambition révolutionnaire.

C’est pourquoi je rédige cette réponse. Je souhaite proposer une critique constructive fondée sur mon expertise particulière (économie écologique et théories critiques de la croissance), en soulignant quelques points à améliorer. J’espère que ces modestes remarques contribueront à rendre ce rapport aussi percutant que possible, à un moment où nous avons un besoin urgent d’idées comme celles-ci. Ma contribution est assez pointue et restreinte. Je souhaite soulever trois points. Premièrement, je souhaite remettre en question leurs définitions de la suffisance et de la décroissance, en montrant que leur utilisation de ces termes pourrait être mieux précisée. Deuxièmement, je souhaite montrer que leur scénario de « décroissance uniforme » n’est pas exactement ce qu’il prétend être. Et enfin, je souhaite soulever plusieurs doutes concernant la viabilité biophysique du scénario de « convergence durable ».

J’ai traduit le texte de Parrique : Une réponse au World Inequality Lab : la décroissance au service de la justice mondiale? qui est une bonne introduction au Global Justice Report.

Notes

  • 1
    (Organisation internationale du travail)

finance et économies alternatives

Des alternatives financières se pointent avec des principes écologiques, on parle d’économie écologique, de bioéconomie ou même de finance biorégionale. Le « développement durable » ou la « croissance verte » sont des concepts à oublier : il faut planifier la décroissance, dans le sens de réduire les flux de matières et d’énergies qui sont engouffrés dans l’actuel système de production/consommation.

Suite au Sommet sur l’économie sociale qui s’est tenu à Montréal les 14 et 15 mai dernier, un post annonçait la déclaration Vers une économie du bien commun, soutenue par différentes organisations : Multitudes, le Front commun pour la transition énergétique, la coalition Ensemble Pour la Suite du Monde, Virage Collectif, la Caisse d’économie solidaire Desjardins et le Chantier de l’économie sociale.

Je connaissais ces organisations, sauf Virage Collectif. Une organisation qui « aspire à une économie durable, qui répond aux besoins des communautés tout en respectant les limites de nos écosystèmes. » Elle se dit un pôle de solutions pour une finance axée sur le bien commun. Je trouve sur leur site web quelques documents, dont By disaster or design. Une sévère critique de l’état actuel de l’économie mondiale, et un appel à la décroissance, au financement « post-croissance » par l’Arketa Institute for post-growth finance. J’ai fait une traduction (avec DeepL) de ce document PDF (Par désastre ou dessein) mais avec un résultat mitigé, en particulier lors des changements de page1comme si le puissant moteur de traduction ne pouvait reconnaître qu’une phrase se poursuit sur la page suivante ! et certains titres de sections. Je vous conseille de garder la version originale en parallèle…

Cette plongée dans la finance « alternative » ou « post-croissance » m’a amené à poursuivre (ou commencer) la lecture de certains livres que j’avais en stock depuis quelques temps. Take Back the Economy – An Ethical Guide for Transforming Our Communities, publié en 2013 par J.K. Gibson-Graham, Jenny Cameron, et Stephen Healy, offrant des outils pédagogiques pour les formateurs et animatrices qui propose une vision élargie de l’économie (voir l’iceberg – en français – popularisé par le même centre Community Economies). L’économie, le marché, le travail, la propriété, la finance sont abordés dans un langage accessible, avec des exemples tirés d’expériences vécues en différents pays.

Building Tomorrow: Averting Environmental Crisis With a New Economic System, publié en 2023 par Paddy Le Flufy, présente en six chapitres (220 pages), les différentes dimensions d’une économie renouvelée. En commençant par le paradigme du beignet (donut). Pour un bon résumé en français de cette théorie des limites planétaires à respecter voir Bonpote : L’économie du donut – définition et analyse critique. Le Flufy décrit dans son deuxième chapitre l’économie circulaire, puis dans son troisième, les « gardiens du futur », comme nouveau modèle de gouvernance visant à servir l’ensemble des parties prenantes plutôt que seulement les actionnaires, s’appuyant sur les exemples d’entreprises comme Patagonia et Fairphone. Le chapitre quatre présente quatre « organisations régénératives » : Fab Labs, Transition Networks, Bendigo Comunity Banks et Open Source Ecology. Le cinquième chapitre (Sovereign Money) présente le système monétaire actuel qui impose la croissance, et introduit l’alternative de la monnaie souveraine, où les banques centrales auraient le contrôle sur la création de monnaie et pourraient orienter celle-ci vers les fins socialement souhaitables. Le dernier chapitre porte sur les monnaies locales et systèmes locaux d’échange…

Un autre livre issu du Community Economies me semble intéressant : The Handbook of Diverse Economies. Plusieurs chapitres sont disponibles sur cette page.

Je n’ai pas encore acheté le livre : à 100$, je vais m’assurer que j’y trouverai mon compte !

Des articles

J’ai rassemblé sur deux pages thématiques les articles qui me semblent intéressants pour alimenter ma plongée économique : Post-croissance, post-growth, décroissance et Finance et économie communautaires, alternatives, biorégionales.

Quelques-uns de ces documents m’ont semblé assez intéressants pour mériter une traduction : 

Si vous avez des suggestions dans la même veine, n’hésitez pas !
gilles.beauchamp [a] gmail.com


Tout ce travail devrait me permettre d’écrire prochainement quelques billets. En attendant, je reste sceptique quand à la capacité des économies alternatives ou communautaires à faire face aux Blackrock, Vanguard et State Street de ce monde… Sans doute faudra-t-il passer par le politique pour avoir quelque rapport de force, comme disait Daniel Schmachtenberger à la fin de sa conférence à Stockholm et dont je parlais il y a un an.

Faire du lobbying auprès des gouvernements, qui, eux, peuvent forcer les corporations et puissances de l’argent, alors que les seules forces d’opposition n’y arriveraient pas.

Notes

  • 1
    comme si le puissant moteur de traduction ne pouvait reconnaître qu’une phrase se poursuit sur la page suivante !

biorégion, habitation, finances…

vendredi en vrac

Bilan démographique des régions du Québec

Le bilan démographique de chacune des 17 régions administratives est détaillé dans la publication Fiches démographiques – Les régions administratives du Québec en 2024 publiée aujourd’hui par l’Institut de la statistique du Québec.

Biorégionalisme

Bioregioning 101

[1h28 sur Youtube] J’ai écouté en activant les sous-titres, et la traduction automatique…

Introduction de la discussion :
Le siècle dernier a été marqué par l’essor de la mondialisation dans tous les sens du terme : production, culture, agriculture, consommation, etc. Cette tendance a apporté beaucoup de richesses et d’opportunités à de nombreuses personnes, mais qu’avons-nous perdu et oublié au cours de ce processus ?

En anglais mais avec sous-titres (en anglais ou en traduction française). Les trois invités du panel animé par Nate Hagens :

  • Daniel Christian Wahl, auteur de Designing Regenerative Cultures. Décrit comme le « Whole Earth Catalog » du 21e siècle, ce livre pose la question suivante : « Comment pouvons-nous collaborer à la création de diverses cultures régénératives adaptées aux conditions bioculturelles uniques d’un lieu ? Comment pouvons-nous créer des conditions propices à la vie ? »
  • Samantha Power, économiste régénératrice, futurologue et biorégionaliste, cofondatrice et directrice du BioFi Project, un collectif d’experts soutenant les biorégions dans la création de mécanismes de financement de la transition vers des économies régénératrices. Son nouveau livre, Bioregional Financing Facilities : Reimagining Finance to Regenerate Our Planet, explore ce concept.
  • Isabel Carlisle, communicatrice, éducatrice et organisatrice de projets à grande échelle au Bioregional Learning Center. Basé au Royaume-Uni, « nous créons des collaborations pour faire évoluer le sud du Devon vers une résilience climatique à long terme. Nous travaillons à l’intersection de l’économie, de l’écologie, de l’apprentissage, des arts et de la culture, ainsi que dans les zones intermédiaires. »

Une ressource citée par un des panelistes: la Ceinture alimen-terre liégeoise

Quelle est la profondeur des liens historiques et indigènes de l’humanité avec le mode de vie biorégional ? De quelle manière les individus peuvent-ils commencer à s’engager dans leurs biorégions locales et contribuer à un avenir régénérateur ? Enfin, comment un plus grand nombre d’êtres humains connectés et en relation avec la terre peuvent-ils influencer les sociétés et les cultures futures pour qu’elles soient plus en phase avec le bien-être de toutes les formes de vie ?

What is a Bioregion, and why do they matter?

Une vidéo de moins de 5 minutes, introduction au concept de biogégion. (sous-titres en français disponibles)

HABITER

Une autre vision de l’habiter, de la famille, des soins (care).

Une entrevue audio de 44 minutes. Feeling at Home Transforming the Politics of Housing
« Alva Gotby remet en question le mythe de l’accession à la propriété en tant que succès et plaide en faveur d’une politique de transformation qui privilégie la stabilité, la prise en charge et la communauté plutôt que le profit, en faisant valoir qu’un système de logement juste pourrait révolutionner l’existence quotidienne. »

Le livre – Feeling at Home: Transforming the Politics of Housing par Alva Gotby, une écrivaine et une organisatrice.

La construction de logements au « prix du marché » ne résout pas la crise du logement abordable.

« Dans les trois arrondissements montréalais les plus pauvres, soit Montréal-Nord, Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension et Le Sud-Ouest, [les loyers moyens] ont respectivement augmenté de 48 %, 59 % et 92 %. »
L’abordabilité n’a rien de naturel, elle « résulte la plupart du temps de politiques qui ont été adoptées dans le but précis de la préserver. »
L’abordabilité ne coule pas de source en habitation par Louis Gaudreau et Renaud Goyer, Le Devoir.

Le gouvernement du Québec rend disponibles ses terrains

Mesure phare de la Stratégie québécoise en habitation déposée en août dernier, celui-ci vise à rendre disponibles des terrains et bâtiments afin que les offices d’habitation, les organismes à but non lucratif et les coopératives d’habitation développent rapidement des projets d’habitation.

Une méthode qui a fait ses preuves contre le sans-abrisme

La ville de Manchester en Angleterre veut s’inspirer d’un dispositif finlandais qui fonctionne pour aider les sans-abris à relever la tête. Ici, un logement est proposé d’emblée au SDF sans condition préalable ainsi qu’un soutien personnalisé. Cette technique contraste avant les méthodes bureaucratiques culpabilisantes où ces derniers doivent d’abord prouver qu’ils cherchent un emploi.

FINANCE et capitalisme

Finance et planification économique

Un numéro spécial de la revue Competition and Change : Rethinking Economic Planning.

J’ai traduit cet article qui fait un survol riche en références (127) : Finance et planification économique

« La question est de savoir si et comment la planification peut être menée sous une forme plus démocratique et orientée vers les besoins sociaux et écologiques plutôt que vers la seule valeur actionnariale, mais aussi si les appareils de planification financière et leur pouvoir de coordination peuvent être appropriés pour une telle transformation. »

Les six articles de ce dossier sont en accès libre :

Nancy Fraser on alternatives to capitalism

Le podcast de la semaine (selon The Syllabus).
Les alternatives significatives au capitalisme ne dépendent pas seulement de la démocratisation des processus de prise de décision, mais aussi de la réimagination des structures mêmes de la vie économique. Notre podcast de la semaine plaide en faveur d’une priorité donnée aux soins, à la gestion écologique et au bien-être collectif plutôt qu’au profit et à l’extraction incessante.

L’épisode du podcast Future Histories International dure 1h40. En anglais. Mais c’est Nancy Fraser ! Sur la page d’intro de l’épisode, plusieurs publications-sources citées.

Capitalism without growth (audio anglais)

Un épisode du podcast Macrodose. En anglais. Audio seulement.

« La politique est de plus en plus polarisée, mais s’il y a une chose sur laquelle les hommes politiques de tous les grands partis sont d’accord, c’est sur la croissance – que leurs rivaux politiques n’ont pas réussi à produire de la croissance, que nous en avons besoin davantage, et que l’obtention de cette croissance résoudra tous nos problèmes, de l’inégalité et de la pauvreté à l’effondrement des services publics et à l’immobilisation des investissements.

Mais tout le monde n’est pas d’accord. Pour un mouvement croissant d’économistes de la post-croissance et de la décroissance, la croissance économique n’est ni neutre ni souhaitable. Au contraire, beaucoup appellent de plus en plus à l’abandon de notre modèle économique dépendant de la croissance, au motif que la croissance effrénée conduit notre climat et nos écosystèmes au bord du gouffre.
Notre invité d’aujourd’hui, Hans Stegeman, est une figure inhabituelle dans cette communauté : un banquier qui souhaite que la finance, et plus largement l’économie, dépasse la croissance pour le bien de la planète. Hans est économiste en chef à la Banque Triodos, ainsi que l’un des principaux auteurs et penseurs de l’économie post-croissance. Dans l’épisode d’aujourd’hui, Hans et Adrienne discutent de la décroissance, du mythe de la finance verte et des raisons pour lesquelles la rupture avec les règles de l’économie traditionnelle est la première étape vers un avenir durable. »

Autres articles traduits de l’anglais

Notre avenir est peut-être en grande partie derrière nous

Traduction d’une entrevue avec Ruha Benjamin sur Urbanomnibus : Perhaps a Lot of Our Future Is Behind Us, 2025.01.16 – [Une référence The Syllabus]

L’auteure critique les technologies « intelligentes » et les projets futuristes – comme la colonisation de l’espace ou les « villes intelligentes » à forte surveillance – qui masquent les inégalités structurelles et renforcent les inégalités raciales et sociales. Au lieu de cela, elle plaide pour des formes d’imagination collectives et libératrices, enracinées dans les soins, les réalités vécues et les connaissances communes.

Malm et Mangione (extraits)

Au milieu de la décadence capitaliste, de la violence d’État et de l’effondrement écologique, Andreas Malm critique la violence politique et interroge l’immoralité des profits tirés de la destruction de la planète. Ce texte décrit les espoirs déçus sous Biden, du rétablissement post-pandémie à l’action climatique bloquée par les intérêts des entreprises et des combustibles fossiles, incarnés par Joe Manchin. L’aggravation des problèmes de santé et de la précarité économique ouvre la voie à la protestation dramatique de Luigi Mangione, qui dénonce la mainmise des entreprises sur la survie élémentaire. Mais les actes isolés ne démantèleront pas le pouvoir – seule une action collective soutenue peut le faire.

Le dépassement et l’objectif d’un réchauffement de 1,5 degré Celsius

Traduction de : OVERSHOOT AND THE 1.5-DEGREE CELSIUS WARMING TARGET de David Schwartzman. Il s’agit d’un long commentaire sur le livre Overshoot publié par Andreas Malm et Wim Carton.

Je me demande COMMENT Schwartzman compte s’y prendre pour réaliser ce qu’il nomme, en passant : L’élimination complète du complexe militaro-industriel, y compris de son infrastructure de combustibles fossiles, libérera de vastes quantités de matériaux, en particulier de métaux, pour la création d’une infrastructure mondiale d’énergie éolienne et solaire. On n’a pas l’air parti pour ça !

de la veille

Écrit en prévision d’une rencontre prochaine que la question de la veille.

On peut faire de la veille pour rester dominant dans son marché; pour identifier les occasions d’investissement, d’achats avantageux ou de projets lucratifs; identifier les concurrents et leurs innovations, leurs failles aussi ;
On peut faire de la veille au service d’une organisation d’un produit ou au service d’une pratique, d’une mission – d’une cause.
Les pratiques d’accompagnement de projets collectifs et d’animation de processus de gouvernance partagée… Animation de processus ou gestion de protocoles ?

De la veille pour participer à éclairer l’espace public, la réflexion qui stimule l’opinion publique. Sommes-nous des influenceurs?

De la veille pour suivre des indicateurs, en évaluer la fiabilité, la validité. Pour établir de nouveaux indicateurs permettant d’atteindre de nouveaux objectifs.

Mais des objectifs formulés où? Par qui?

Ce sont des pratiques engageant des populations, des réseaux, des régions. Des pratiques engagées dans des contrats, des prestations, des transactions insérées dans une économie sociale située – géographiquement et historiquement. Mobilisées vers une alternative, plus sobre mais plus heureuse.

Veille pour soutenir la planification et la mesure de nos extractions sur la capacité de régénération des milieux de vie que nous exploitons.

Une veille pour soutenir les appartenances, les identités régionales, les communautés locales — construction de nouvelles identités — les bio régions?

Je faisais une veille professionnelle auprès de mon équipe d’organisation communautaire — j’étais celui qui apportait des articles parus récemment sur l’empowerment… l’économie sociale. Mon travail de veille était informel, volontaire: je devais l’inscrire dans l’esprit du temps, les débats qui traversaient les mouvements sociaux et espaces publics et politiques.

Alors qu’est-ce qui manque? Ah oui, c’est vrai, il manque le cadre de ces initiatives de veille, un cadre permettant à chaque acteur, à chaque organisation de contribuer tout en maintenant sa personnalité, son autonomie.

La question des outils, des applications et environnements… la liberté et l’accessibilité des échanges… la propriété des contenus (repiquages, résumés, extraits, articles et commentaires), des flux.

Intérêt d’une communauté fermée pour la légalité du partage d’articles de revues et journaux sur abonnement: comme des photocopies dans un séminaire (fair use). Les membres de cette communauté amènent en partage leurs abonnements. Échanges systématiques des tables des matières…

Cette communauté de veille produit un flux public de citations classées et commentées.

vents favorables

Gabriel Zucman, dans un document1A blueprint for a coordinated minimum effective taxation standard for ultra-high-net-worth individuals commandité par la présidence brésilienne du prochain G20218 et 19 novembre 2024, à Rio de Janeiro, appelle à l’établissement d’un impôt minimal de 2% par an sur les riches milliardaires. Comme il le dit : « Avec le leadership du Brésil au G20, la victoire du Parti travailliste au Royaume-Uni, la victoire de la gauche en France et la demande croissante partout pour mettre fin à la grande injustice fiscale de notre époque, le moment est venu ! » (ma traduction) Ici le résumé en français.

On imagine que les gouvernements de gauche nouvellement élus en France et au Royaume-Uni pourraient saisir l’occasion de prouver leur bonne foi. À moins que le désir de ne pas effaroucher ces puissances financières qui ont encensé les travaillistes… Ces derniers abandonnaient leurs engagements écologiques à mesure que leur victoire devenait assurée (Majority Without a Mandate, par Richard Seymour, 2024.07.05). Des gouvernements divisés, en proie à des luttes intestines, ou paralysés par la peur de faire « fuir les capitaux »… ce n’est pas tout à fait ce qu’il nous faut pour faire face à la musique. Mais c’est ce qu’on a. Alors comment faire pour sortir de cette situation plus forts qu’avant et plus aptes à faire « face à la musique » ?

D’abord reconnaître le poids de la droite dans certaines régions, certaines catégories sociales… La stratégie de réindustrialisation (relocalisation) prônée par Durand (Comment bifurquer) pourrait-elle répondre à certaines demandes de ces régions ? Un contrôle aux frontières, oui, mais pour mesurer les contenus et la provenance des produits importés et les effets des produits exportés sur les équilibres écologiques et politiques.

Continuer la lecture de « vents favorables »

Notes

  • 1
    A blueprint for a coordinated minimum effective taxation standard for ultra-high-net-worth individuals
  • 2
    18 et 19 novembre 2024, à Rio de Janeiro

information et démocratie

L’introduction du billet précédent (communication numérique) posait des questions auxquelles je n’ai pas vraiment répondu dans le développement de l’article :

Comment peut-on modérer les excès tout en favorisant la communication dans des réseaux appartenant aux usagers ? Si on veut rejoindre beaucoup de monde est-on condamné à mettre beaucoup d’efforts (et d’argent) à policer, exclure, contrôler, censurer ? Doit-on se satisfaire des limites actuelles des algorithmes des FB, X et autres Youtube qui décident à notre place ce que nous verrons, ou pas ?

La première question situe la modération dans le contexte particulier de réseaux appartenant aux usagers (ou sous le contrôle de ces derniers). La seconde question précise l’enjeu pour de grands groupes, de grands réseaux. Autrement dit peut-on imaginer une plateforme rejoignant beaucoup de monde qui ne soit pas infestée de spams, de discours haineux et de désinformation ET dont les règles soient entre les mains des utilisateurs plutôt que de propriétaires intéressés d’abord au profit ?

Certains prétendent que c’est impossible : qu’il y a une contradiction entre le grand nombre des usagers et la pertinence des fils de nouvelles proposés aux individus.

Comme le dit Mike Masnick dans son théorème d’impossibilité de Masnick, « la modération de contenu à grande échelle est impossible à bien faire ». Ironiquement, les mêmes effets de réseau qui augmentent la valeur des utilisateurs supplémentaires à mesure que les systèmes se développent augmentent également (au moins linéairement) la surface et le risque de modération du contenu, contrairement à la diminution des coûts par utilisateur grâce aux économies d’échelle. (…)

La médiation de contenu gérée de manière centralisée, comme la modération de contenu, est impossible à réaliser à grande échelle : il s’agit d’une tâche nuancée qui est hautement contextuelle, et nécessite donc une structure nuancée correspondante de traitement et de contrôle distribués pour être bien exécutée.

Community and Content Moderation in the Digital Public Hypersquare, Reisman et Riley

Reisman et Riley proposent de donner plus de pouvoir et d’outils aux aux individus et communautés/institutions dans le travail de « médiation curatoriale » permettant d’évaluer, de valider les informations qui circulent. Dans une série de quatre articles publiés de février à septembre 2022 ces auteurs développent leur analyse :

Et Reisman proposait en novembre 2023, dans Smartly Intertwingled: A New, Broader, More Fundamental Case for Social Media Agent « Middleware » (Intelligemment entrelacé… traduction Google), un argumentaire en faveur de « middlewares » qui viendraient faire ce travail de gestion, sélection, filtrage au nom, dans l’intérêt des usagers.

Reisman identifie trois piliers pour une gestion collective et intelligente des échanges :

  • L’agentivité et les choix individuels
  • Un écosystème de médiation sociale
  • La réputation et la confiance (des individus et organisations)

Ne pourrait-on imaginer En communPraxis jouant un tel rôle d’intermédiation ? Une façon de collectiviser le travail de découverte et de qualification des sources, d’accélération (ou décélération) des flux, de construction d’un espace de délibération libre du poids de la publicité.

Il faut se défaire de l’idée qu’il y a UN espace public, où devrait s’appliquer UN ensemble de règles pour tous les discours. Existent plutôt un semble d’espaces plus ou moins publics, dont l’accès et les contenus sont plus ou moins réservés ou policés. La démocratie qui serait gérée ou discutée à partir d’un espace commun unique, central… n’a sans doute jamais existé. Les places publiques ont toujours exclu des parties plus ou moins importantes de la population des délibérations : esclaves, femmes, étrangers… et aujourd’hui on pourrait ajouter les autres espèces avec qui nous partageons ce petit joyau de planète bleue.

En ajoutant les « autres espèces », n’est-ce pas ajouter encore au défi, déjà immense, de la délibération démocratique ? À moins que l’inclusion de ces « autres » ne corresponde à la prise en compte des limites écologiques, historiques, technologiques qui déterminent nos choix et nos actions. Et, incidemment, un des enjeux de l’inclusion de tels « partenaires non-verbaux » sera de décider des signes, des indicateurs qui nous informeront des intérêts/intentions de ces dits partenaires muets.

Il s’agit de plus que des discours et des savoirs dont nous devons aménager la libre circulation. La culture, le langage, les technologies sont utilisés pour dire, fabriquer les identités, réaliser les désirs ou simplement vivre. Les produits, les marchandises sont aussi des marqueurs forts des identités. Les métiers, les entreprises, les professions…

On ne peut développer une saine conception des espaces publics démocratiques sans situer cette discussion dans le contexte des avoirs, privilèges, pouvoirs qui structurent, façonnent les échanges et délibérations dans nos démocraties.

Si nous voulons parler des « vraies affaires » dans le contexte actuel de crises multiples, de perte de confiance dans les institutions traditionnelles (dont les médias) il faudra avoir des entrées (et des traductreurices) partout, afin de mobiliser (ou neutraliser) le pouvoir d’agir nécessaire. Ce que Durand Folco et Martineau nomment la coordination sociale algorithmique.

Jonathan Durand Folco et Jonathan Martineau, dans Le capital algorithmique, citent Morozov qui propose en matière de coordination sociale algorithmique non marchande et non autoritaire trois pistes : 1) la solidarité comme procédure de découverte; 2) le design de mécanismes non marchands; 3) la planification automatisée.

La solidarité comme procédure de découverte

 » Des plateformes favorisant la communication et la délibération représente l’un des exemples de cette coordination non marchande, [tel le réseau social En commun.] (…) Des «infrastructures numériques de rétroaction» pourraient favoriser ce genre de processus d’apprentissage individuels et collectifs, sans passer par la médiation des prix ou du marché. »

Durand Folco, Jonathan; Martineau, Jonathan. Le capital algorithmique (p. 596). Écosociété.

Le design de mécanismes non marchands

L’idée générale est que les mécanismes de coordination sociale ne doivent pas être conçus de façon rigide, par la simple opposition entre bureaucratie uniformisante et liberté marchande, car il y a une pluralité de moyens institutionnels permettant d’assurer la coordination sociale.

Durand Folco, Jonathan; Martineau, Jonathan. Le capital algorithmique (p. 597). Écosociété.

La planification algorithmique

Selon Morozov, ces innovations technologiques rendent caduque la nécessité de recourir à une planification centralisée de l’économie, et laissent plutôt présager une transition vers un «socialisme de guilde», comme le suggère aussi Daniel Saros. (…)

L’enjeu d’une planification algorithmique socialiste serait donc de favoriser une réappropriation démocratique de ces technologies algorithmiques, visant à les insérer dans un nouveau système économique qui ne serait plus axé sur la croissance infinie et la maximisation des profits, mais sur la satisfaction optimale des besoins humains avec un minimum de travail possible.

Durand Folco, Jonathan; Martineau, Jonathan. Le capital algorithmique (p. 598 et 599). Écosociété.

La planification algorithmique dans l’intérêt collectif, c’est le retour du débat d’il y a cent ans à propos de la théorie économique du socialisme. Mais avec des moyens qui n’existaient pas : pouvoir répondre en « temps réel » aux contraintes et signaux du terrain, du local. Dans un article de juin 2019, publié par la New Left Review, Digital Socialism, Morozov relate les débats des années 30-40 entre Hayek et les tenants de la planification socialiste et met ainsi en lumière les possibilités des technologies pour une planification démocratique et décentralisée, chose qui n’était pas possible à l’époque. 

Plus récemment le même Morozov a réalisé un important travail d’enquête et d’historien autour de l’expérience de planification menée par Stafford Beer et son équipe, avec les technologies « cybernétiques » primaires de l’époque, au service du gouvernement d’Allende au Chili. Il en a résulté une série d’entrevues (podcasts) mais aussi une somme impressionnante de documents afférents déposés sur le site dédié des Santiago Boys.

La finitude enfin reconnue des ressources de la planète et le poids accumulé des « externalités » générées par le développement accéléré des dernières décennies nous oblige à revenir à un État pour la planification écologique. Nous avons la chance que cette nouvelle planification puisse se faire de manière plus décentralisée, flexible. Nous n’avons plus les moyens, la planète ne peut plus supporter le développement aveugle du capital pour le capital.

travail social et utopies

Social Work Futures

Je découvre Social Work Futures de Laura Burney Nissen par le numéro 219 du bulletin Sentiers de Patrick Tanguay. Ce dernier pointait vers un billet de Burney Nissen intitulé 10 Things — Dispatches from the Future, qui nous présente plusieurs textes qui valent le détour :

  • Social work in the face of collapse, tiré de la revue Critical and Radical Social Work;
    • Pour faire face aux défis qui viennent, le travail social devra suivre les enseignements tirés de l’approche de développement communautaire. « [T]o be of assistance in the future, social work will need what the ethos of community development offers more than ever if it intends to remain committed to socially just practice (…) this article discusses some bleak likelihoods that are painful to consider. However, this is an article about hope: not hope that we can avert future environmental and societal catastrophe; but instead hope that as communities face the coming predicaments, they will rediscover collective solidarity and wiser ways of living together and with the planet. Social work, particularly when it draws on community development perspectives, can have a key role in this transition to sanity. »
  • Social collapse and climate breakdown, de la revue The Ecologist. Un texte de 2019 mais qui fait une bonne synthèse des conséquences sociales de la crise climatique,
  • We’re not yet ready for what’s already happened. La société est déjà engagée dans des processus qui impliqueront de profondes discontinuités. Même si nous pouvions, par miracle, résoudre le « problème » climatique. »We are surrounded by ubiquitous mismatches between the value of systems, enterprises and places given their suitability to the world we now live in, and the way those things are priced by markets. We are surrounded, in short, by bubbles.  » Mais ces discontinuités peuvent être vues comme des opportunités : possibilités de prises de conscience radicales et de changements rapides.

Les articles suivants mettent en valeur l’importance de l’imagination, de la formulation d’utopies, de visions de l’avenir sans lesquelles il est impossible de mobiliser.

Retour de la planification

Ce même numéro de Sentiers commençait en citant longuement The Whole Field, de Max Krahé. un texte intéressant par son rappel précis des conditions de réalisation des efforts de planification qui ont marqué la période d’après-guerre en Europe et en France. Après coup, je note que cet article est d’abord paru en français (!) dans la revue Grand Continent sous le titre Un État pour la planification écologique. Tant mieux pour vous qui n’aurez pas à vous taper la version anglaise !

On ne parle plus vraiment de travail social mais pour imaginer des futurs possibles, en s’inspirant d’une période qui fut, elle aussi, marquée par les grands défis à relever… ce texte me semble inspirant.

Quelle ville, demain ?

Je souhaiterais discuter avec quelques lecteurs intéressés les enjeux soulevés par le prochain plan d’urbanisme de Montréal. À cette fin, et pour plus de facilité de consultation, j’ai réuni ici des liens vers les principaux documents déjà publiés . J’ai aussi rassemblé ces documents dans un « Bloc-notes » de l’application (gratuite) OneNote de Microsoft. Pour ceux et celles qui seraient intéressés d’expérimenter ce mode de discussion et de travail, et qui ont déjà installé cette application, je pourrais vous transmettre le lien vers ce Bloc-Note. Il vous suffit de me communiquer votre intérêt (gilles.beauchamp[at]gmail.com).

Vers le Plan d’urbanisme et de mobilité 2050

Le processus de préparation du prochain plan d’urbanisme de la Ville de Montréal est déjà enclenché depuis 2019, avec des diagnostics en matière de mobilité, des groupes de discussion citoyens… Voir : Créer ensemble le prochain plan…

La ville déposait en juin dernier sa vision : Projet de ville (73 pages). Aperçu des propositions (19 pages)


Les travaux préparatoires à la rédaction de ce Projet de ville ont été nombreux et ont donné lieu à plusieurs rapports

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voyager avec Grescoe

Je termine la lecture de Straphanger, de Taras Grescoe. Tout un voyage ! Treize villes visitées, dont onze en présentant l’histoire du développement de leur système de transport en commun, en relation avec les enjeux politiques, technologiques et environnementaux soulevés : étalement urbain favorisé ou non; coeurs des villes dynamisés… 

Grescoe est un auteur canadien né à Toronto, ayant vécu à Vancouver et qui s’est installé à Montréal depuis… 20-25 ans ? Il en est à son 7e livre, avec Possess the air, paru en 2019, qui raconte de manière romancée la bataille pour le coeur des Romains et contre la Rome de Mussolini. Son 6e livre était aussi un essai romancé, racontant la ville de Shanghai durant les années 30. Je dis « romancé » mais ce n’est sans doute pas le mot juste pour dire de tels ouvrages appuyés sur d’amples recherches historiques et un grand travail terrain qui lui ont valu plusieurs prix dans la catégorie « non-fiction » utilisée dans le monde anglophone. Il se méritait d’ailleurs récemment (novembre 2020) le prix Mavis Galant pour le meilleur livre de non-fiction (essai) accordé par la Quebec Writers Federation. 

Ses livres racontent ses voyages, pour décrire le Québec (Sacré Blues), ou parler des nouveaux circuits touristiques (The End of Elsewhere: Travels Among the Tourists —  traduit chez VLB en Un voyage parmi les touristes) ou d’une tournée des produits interdits en racontant l’histoire des prohibitions (The Devil’s Picnic: Around the World in Pursuit of Forbidden Fruit — chez VLB : Le pique-nique du diable ) ou encore en racontant et goûtant les produits de la mer et les conditions de vie des pêcheurs qui subissent les contrecoups de la destruction rapide des ressources halieutiques (Bottomfeeder – How to eat ethically in a world of vanishing seafood — chez VLB : Notre mer nourricière). 

Straphanger, publié en 2012 chez HarperCollins, ne semble pas avoir été traduit malheureusement. Chaque ville visitée lui permet d’argumenter l’importance des choix structurels en matière de transport collectifs urbains en regard des effets qu’ils ont, ou pas, sur la qualité du vivre en ville ou en terme de freinage de l’étalement urbain : New York, Moscou, Paris, Copenhague, Tokyo, Bogotá, Phoenix, Portland, Vancouver, Toronto et Philadelphie. Bientôt dix ans depuis sa publication j’en terminais la lecture en me demandant ce que ce montréalais pouvait penser de cette intervention structurante (ou déstructurante) de la Caisse de dépôt avec son REM ? S’il exprime à plusieurs reprises de bons mots pour les formules « sans conducteurs » telle le Skytrain de Vancouver, par ailleurs l’importance de bien intégrer régionalement de telles interventions majeures, qui est une condition de réussite soulignée à plusieurs reprises dans son livre, n’est pas vraiment présente dans l’approche déployée par le REM. 

Et puis, comme les multiples exemples de son livre le montrent, il n’y a pas une seule formule gagnante : métro, train, tramway… SRB… l’important est l’articulation et la hiérarchisation (les formules légères alimentant les formes plus lourdes) et la fréquence-régularité-prévisibilité. Il n’y a aucune loi d’airin qui dit qu’il faut utiliser la forme la plus coûteuse (après le métro) pour desservir la banlieue est de Montréal. Ni celle de l’ouest d’ailleurs, mais là il est un peu tard. Pourquoi pas un tramway ? Ce serait bien un tramway, surtout qu’avec un peu de programmation intelligente des feux de circulation on pourrait assurer un débit élevé, sans pour autant gâcher l’environnement et créer des enclaves regrettables

Je suis un peu surpris de ne découvrir que maintenant les livres de cet auteur. Bon, les traductions françaises sont pratiquement toutes épuisées, sauf celle de son avant-dernier livre : Shanghai la magnifique, publié aux éditions Noir sur Blanc. Ça me donnera l’occasion de fouiner un peu chez les bouquinistes ! Un bon point cependant : le paquet de 3 de ses livres en langue originale en format numérique (The Devil’s Picnic, Bottomfeeder et Straphanger) se vend 14$ seulement (sur Amazon.ca) !