classement thématique des derniers articles traduits

Depuis le 22 août dernier, alors que je faisais une courte synthèse et classais les derniers articles traduits sur mon carnet Praxis, j’ai traduit une trentaine d’articles glanés au cours de mes lectures de newletters, d’abonnements Substacks et de flux RSS. Des traductions que je fais, le plus souvent pour mieux les lire moi-même sur le moment, ou parfois pour les lire plus tard. J’ai commencé en février dernier cette liste évolutive de mes traductions, en les ajoutant de façon antéchronologique (le dernier arrivé en premier). Il y en a plus de 130.

Éventuellement je ferai un classement thématique de l’ensemble, pour l’instant je me contenterai des derniers articles. À l’intérieur des sections j’ai laissé l’ordre antéchronologique. C’est dire qu’ils ne sont pas classés par ordre d’importance stratégique ou ontologique.

La technologie, les GAFAM, le numérique et l’IA

On y discute beaucoup de l’intelligence artificielle (IA), des grands modèles de langage (LLM) et des GAFAM. J’ai inclu un article sur la présence du Canada dans l’espace, par son côté technologie satellitaire. J’aurais pu le placer sous le thème Politique. De même, l’article sur l’apocalypse de l’IA aurait pu être placé sous la rubrique Économie. Les enjeux soulevés par Doctorow dans La capture réglementaire sont d’abord politiques même s’ils s’appliquent au secteur technologique.

L’idéologie texane – La Silicon Valley cherche son « espace vital » dans la Bible Belt, par Fred Turner, octobre 2025
« Aujourd’hui, l’espoir que des ordinateurs interconnectés créent une utopie semble extrêmement naïf. Malgré tous les discours de Mark Zuckerberg sur sa volonté de connecter le monde, Facebook reste un moteur de conflits politiques, aux États-Unis et à l’étranger. La manière dont Facebook gagne de l’argent marque également un changement important par rapport aux années 1990. À l’époque, personne ne savait vraiment comment tirer profit des nouveaux réseaux numériques ; on savait simplement qu’il y avait de l’argent à gagner quelque part. »
Ce que les machines ignorent, par Eryk Salvaggio, 12 Oct 2025
« Pour la même raison qu’un chien peut aller à l’église mais ne peut pas être catholique, un LLM peut avoir une conversation mais ne peut pas participer à la conversation. »
L’histoire complexe et étroitement liée du militantisme pour le climat et les droits numériques, Cory Doctorow, 11 octobre 2025
« j’ai souvent été frappé par les parallèles entre le militantisme climatique et le militantisme technologique. Dans les deux cas, le défi fondamental consiste à sensibiliser les gens aux effets catastrophiques imminents de mauvaises politiques. Dans les deux cas, ces politiques et leurs effets sont très abstraits et techniques, et découlent d’un ensemble énorme, complexe et transversal de contingences et de circonstances, ce qui rend difficile pour quiconque d’en mesurer véritablement l’ampleur. Il ne suffit pas de maîtriser les questions techniques, il faut également comprendre les enjeux économiques, sociaux et politiques. »
Réclamer l’espace, par Alexander Macdonald et Chris Hadfield, G&M, 27 septembre
« Il y a quatre raisons principales pour lesquelles le Canada devrait accorder une priorité importante aux systèmes spatiaux dans le cadre de sa stratégie de défense nationale et d’industrialisation à double usage : l’importance croissante des systèmes spatiaux pour la défense nationale dans son ensemble ; la situation géopolitique et de défense nationale spécifique du Canada ; la valeur économique mondiale croissante des systèmes spatiaux ; et la force actuelle de la base industrielle spatiale canadienne. »
Beaucoup d’espace au bas (de la pile technologique), 29 septembre 2025, Cory Doctorow
« Je pense que c’est une conclusion facile. Il est vrai qu’il faut plus d’étapes pour s’inscrire sur Mastodon que pour rejoindre Instagram, et qu’Instagram dispose d’un système de recommandation qui peut vous aider à démarrer votre réseau et à commencer à remplir votre flux. Mais il est également vrai qu’Instagram compte des milliers d’ingénieurs et de spécialistes UX/UI qui travaillent dessus, tandis que Mastodon fonctionne avec une équipe réduite.
L’idée selon laquelle les imperfections de Mastodon sont dues au fait qu’il est ouvert et fédéré – et non parce qu’il fonctionne avec une fraction infime des ressources d’Instagram – me semble peu plausible. »
La véritable apocalypse (économique) de l’IA est proche, Cory Doctorow, 27 septembre 2025
« La construction de centres de données repose sur des finances véritablement absurdes : certaines entreprises de centres de données garantissent leurs prêts en mettant en gage leurs gigantesques processeurs graphiques Nvidia. C’est fou : il n’y a pratiquement rien (à part le poisson fraîchement pêché) qui perde sa valeur plus rapidement que les puces en silicium. Cela vaut trois fois plus pour les GPU utilisés dans les centres de données IA, où il est normal que des dizaines de milliers de puces brûlent au cours d’une seule session de formation de 54 jours »
Et si la Poste disposait de son propre modèle d’intelligence artificielle ?, par Max Read, 25 septembre 2025
À propos d’une IA publique.
« Et il existe d’autres possibilités ! Ici, à New York, sept universités publiques et privées se sont associées au gouvernement de l’État sous la bannière « Empire AI » afin de mettre en place une infrastructure informatique pouvant être utilisée pour des recherches responsables. Comme l’expliquent Ganesh Sitaraman et Karun Parek, l’approche publique présente des avantages indirects : »
Manger l’avenir : la logique métabolique de la bouillie de l’IA, par Kate Crawford, septembre 2025
Le consensus de la Silicon Valley et les limites d’une « économie de l’IA », par Edward Ongweso Jr, 8 septembre 2025
Comprendre l’IA en tant que technologie sociale, par Henry Farrell, 12 septembre 2025
Un guide pour comprendre l’IA comme technologie normale, par Arvind Narayanan et Sayash Kapoor, 9 septembre 2025. Il s’agit d’un texte en complément du texte suivant L’IA, une technologie normale
L’IA, une technologie normale, par Narayanan et Kapoor, avril 2025 (pdf)
Se passer des technologies américaines : un guide, par Paris Marx, 2025.07.18
La capture réglementaire, par Cory Doctorow, juin 2022
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dernières traductions

En date du 22 août 2025.
La liste exhaustive (évolutive) des traductions.

Une série sur les inégalités par Paul Krugman

J’ai voulu traduire la série de sept articles sur les inégalités de richesse. Parce c’est Paul Krugman et qu’il est pédagogue.

Des articles d’abord publiés sur le newsletter-Substack de Krugman, qu’il a ensuite rassemblés sur le site Stone-Center on Socio-Economic Inequality.


Henry Farrell

Quatre articles de Henry Farrell, auteur de Underground Empire dont j’ai parlé récemment. Une traduction française vient de paraître (L’ Empire souterrain: Comment les États-Unis ont fait des réseaux mondiaux une arme de guerre) chez Odile Jacob.

L’économie mondiale comme arme, ma traduction de l’article publié le 19 août 2025 sous le titre The Weaponized World Economy, dans la revue Foreign Affairs. C’est sans doute une bonne introduction au livre…

Les grands modèles linguistiques sont des technologies culturelles. Qu’est-ce que cela signifie ?, Henry Farrell, 18 août 2025

Marchés, bureaucratie, démocratie… IA ?, Henry Farrell, juin 2025

La cybernétique est la science de la polycrise, Henry Farrell, avril 2024


Démocratie numérique…

Plusieurs de ces articles ont été publiés par des collectifs de Grande-Bretagne : Democracy collaborative, Common-Wealth.

Cecilia Rikap, co-auteure de Reclaiming Digital Sovereignty dont j’ai parlé ici, publiait sur le site Common-Wealth deux articles :

Sur le thème de l’IA et la démocratie :

Et par McKibben, Trump est incroyablement ignorant en matière d’énergie (électrique), 2025.08.18


Autour du concept d’espace public de Habermas

J’en ai parlé dans mes billets notes de lecture et chronique habermassienne.

Deux revues ont publié des numéros spéciaux dont j’ai traduit plusieurs des articles.

Philosophy & Social Criticism (janvier 2024) : Transformation structurelle de la sphère publique

Theory, Culture & Society (sept. 2022) : Une nouvelle transformation structurelle de la sphère publique ?

J’ai pensé trouver dans ces articles des éléments d’orientation pour nourrir mon (nouvel) engagement au conseil d’administration de Projet collectif, l’organisme responsable de En commun et Praxis. Je ne suis pas certain d’y avoir trouvé des pistes très concrètes… mais j’y reviendrai certainement dans de prochains billets.


résister ou périr

Je pastiche avec ce titre le livre de Timothée Parrique Ralentir ou périr. Comme s’il fallait y ajouter un peu de conflictualité, d’urgence. Une urgence que Naomi Klein et Astra Taylor dénoncent avec véhémence dans The rise of end times fascism paru dimanche dernier dans The Guardian. ( La montée du fascisme de la fin des temps, ma traduction )

Deux pistes suggérées par les auteures:

[N]ous entraider pour faire face à la profondeur de la dépravation qui s’est emparée de la droite dure dans tous nos pays. Pour aller de l’avant avec détermination, nous devons d’abord comprendre ce simple fait : nous sommes confrontés à une idéologie qui a renoncé non seulement à la prémisse et à la promesse de la démocratie libérale, mais aussi à la viabilité de notre monde commun, à sa beauté, à ses habitants, à nos enfants et aux autres espèces. Les forces auxquelles nous sommes confrontés ont fait la paix avec la mort de masse. Ils sont traîtres à ce monde et à ses habitants humains et non humains.

[N]ous opposons à leurs récits apocalyptiques une bien meilleure histoire sur la façon de survivre aux temps difficiles à venir sans laisser personne derrière nous. Une histoire capable de vider le fascisme de la fin des temps de son pouvoir gothique et de galvaniser un mouvement prêt à tout risquer pour notre survie collective. Une histoire non pas de la fin des temps, mais de temps meilleurs ; non pas de séparation et de suprématie, mais d’interdépendance et d’appartenance ; non pas d’évasion, mais de rester sur place et de rester fidèle à la réalité terrestre troublée dans laquelle nous sommes empêtrés et liés.

Lire l’article de Klein à la suite de celui, presqu’aussi virulent et tout aussi effrayant, de Peter St. Clair paru sur The Brooklyn Rail : The Overshoot Scam (ma traduction L’arnaque du dépassement) ça donne de la consistance à l’hypothèse d’une malfaisance, d’une « mafia » qui serait au pouvoir… mais ce n’est pas vraiment une mafia, car elle ne se cache pas (ou de moins en moins) pour agir, et elle le fait légalement ! Mais, ce que Malm et Carton démontrent, dans leur livre Overshoot1que l’article de St. Clair résume assez bien, c’est que ce sont les règles, le système économique qui sont la source de cette malfaisance. Les hommes ne font qu’obéir aux règles… qui conduisent au dépassement.

Il faut changer les règles, en commençant par l’information sur la provenance des matériaux et produits échangés. Henri-Paul Rousseau, ancien PDG de la Caisse de dépôts, propose une Alliance pour le commerce intelligent (original, publié dans le Globe and Mail du 11 avril : Technology will play a vital role in this brave new world of international trade).

Il faudra aussi se résoudre à étatiser les sources d’énergies, afin de freiner puis renverser (démanteler) les investissements dans l’exploitation fossile pour soutenir le développement des nouvelles énergies aujourd’hui bloqué, freiné par la domination des énergies fossiles qui procurent des retours plus juteux.

Il faudrait que les investisseurs subissent le coup qu’ils redoutent le plus : les installations qui viennent d’être financées, ou qui viennent d’être finalisées, ou qui viennent d’être inaugurées, ou qui sont sur le point d’atteindre le seuil de rentabilité ou de commencer à générer des profits, devraient être scellées et fermées à clé pour de bon. » En d’autres termes, des actifs échoués.

Cet abandon des énergies fossiles sera un geste politique et non la résultante de quelque manoeuvre économique.

la transition vers un système énergétique sans énergie fossile ne sera pas suffisamment rentable pour attirer des investissements suffisants, tandis que les investissements dans les énergies fossiles continueront à générer d’énormes profits et à attirer des investissements croissants, tout en garantissant l’aggravation de la crise climatique. (…)

par conséquent, pour que la transition ait lieu, elle doit être impulsée par l’État dans le cadre d’une initiative politique visant à faire de la production d’énergie un bien public. En d’autres termes, dans un système régulé par le marché, la transition vers un système énergétique non destructeur ne sera pas possible sans une forme d’expropriation de l’industrie des combustibles fossiles et son remplacement par la propriété commune.

John Maynard Keynes disait Tout ce que nous pouvons réellement faire, nous pouvons nous le permettre. N’est-ce pas aussi ce que dit la nouvelle théorie monétariste : S’il existe des capacités inutilisées dans l’économie, le gouvernement peut créer de la dette pour que ces capacités soient à nouveau utilisées. Mais s’il n’y a pas de ces capacités inutilisées ? C’est pour ça qu’il faut freiner certains investissements, certains types de développement, pour libérer les capacités d’agir.


Sur un autre plan, celui de la critique de la politique erratique de T., j’ai apprécié cet article de Noah Smith, économiste, qui décrit clairement À quoi ressemblerait une véritable stratégie commerciale anti-Chine ?

Notes

  • 1
    que l’article de St. Clair résume assez bien ↩︎

une autre vision du vivre ensemble

Impact des voitures sur la psychologie humaine

Traduction DeepL, révisée par GB. Un article tiré d’une revue (Zagdaily – « The business of sustainable mobility ») que je ne connaissais pas, ni cette autrice d’ailleurs : Author Melissa Bruntlett on the impact of cars on human psychology. Mais j’ai trouvé ce parcours inspirant d’une canadienne de Vancouver qui s’expatrie avec sa famille vers la Hollande pour y trouver un milieu plus sain pour vivre et élever ses enfants. Deux livres publiés jusqu’ici, un troisième à venir sur la direction féministe vers des villes « soutenables ».


L’auteur Melissa Bruntlett parle de l’impact des voitures sur la psychologie humaine

Le parcours de Melissa Bruntlett pour devenir une promotrice de la mobilité urbaine a commencé il y a 14 ans avec la décision de vendre sa voiture familiale.

Vivant à Vancouver à l’époque, on lui demandait sans cesse comment elle faisait pour que le vélo soit son principal mode de transport avec des enfants âgés d’un et trois ans.

Plus de dix ans plus tard, Melissa vit avec sa famille dans le paradis mondial du vélo, les Pays-Bas. Avec son mari Chris Bruntlett, ils ont publié deux livres qui montrent comment des villes plus saines, plus heureuses et à taille humaine peuvent être le fruit de transports durables.

Zag Daily : Vous avez écrit votre premier livre, « Building the Cycling City : The Dutch Blueprint for Urban Vitality », avant de vous installer aux Pays-Bas. Quelle a été votre inspiration ?

Melissa : « Nous avons fait un voyage en famille aux Pays-Bas en 2016. En tant que défenseurs du vélo en Amérique du Nord, nous parlions souvent de ces exemples étonnants de villes cyclables et j’avais besoin d’en faire l’expérience par moi-même. Nous avons visité cinq villes néerlandaises au cours d’un voyage de cinq semaines et l’avons en partie financé en écrivant des articles pour des journaux locaux à Vancouver. Mais nous nous sommes rendu compte que nous ne pouvions pas raconter l’histoire en 1 500 mots. Nous avons donc lancé l’idée d’un livre qui examinerait comment le paysage cycliste néerlandais a vu le jour et comment il est appliqué dans les villes nord-américaines. Il y a toujours cet argument du « c’est Amsterdam, c’est les Pays-Bas, c’est Copenhague » pour dire qu’on ne peut pas faire la même chose en Amérique du Nord, mais nous voulions montrer que oui, c’est possible. Il ne s’agira pas d’une solution copiée-collée des Pays-Bas, mais on peut s’inspirer de leur processus de réflexion et l’appliquer à New York, Vancouver ou ailleurs.

Zag Daily : Quelle est l’action clé que vous avez trouvée aux Pays-Bas pour en faire un tel paradis pour les cyclistes ?

Melissa : « Il n’y a pas qu’une seule action. Quand on regarde les Pays-Bas dans les années 50 et 60, comme partout ailleurs, on constate un investissement rapide dans la mobilité de l’avenir – les voitures. Les villes élargissaient les routes, Utrecht par exemple enterrait un canal pour construire une autoroute, Amsterdam prévoyait de démolir un quartier juif pour construire une autoroute vers le nord. L’objectif était de créer des villes centrées sur la voiture, mais la confluence de deux événements a fait évoluer les mentalités. Le premier était que les voitures étaient perçues comme envahissant les rues néerlandaises et le second était la crise de l’OPEP. »

Zag Daily : Comment ces deux événements ont-ils fait évoluer la réflexion néerlandaise sur les transports ?

Melissa : « Avec de plus en plus de voitures dans les rues, une énorme crise de la sécurité routière a commencé à se produire aux Pays-Bas. Plus de 3 000 personnes mouraient chaque année dans des accidents de voiture et 450 d’entre elles étaient des enfants. Des parents, des enseignants et des personnes sincèrement désireuses de sauver des vies ont lancé le mouvement « Stop de Kindermoord », qui se traduit par « Arrêtez le meurtre des enfants ». Des gens ont manifesté dans les rues et d’autres ont sorti leur vélo pour faire une déclaration en faveur de l’amélioration de la sécurité routière pour les piétons et les cyclistes.

« Puis la crise de l’OPEP a frappé en 1973 et, pour gérer la pénurie de carburant, le gouvernement national a instauré les dimanches sans voiture. Cela signifiait qu’il était interdit de conduire le dimanche aux Pays-Bas afin de préserver le carburant disponible. Soudain, les gens ont envahi les rues à vélo et en patins à roulettes et ont pique-niqué au milieu des autoroutes. Cela a éveillé l’imagination des Néerlandais, qui se sont souvenus de l’usage qui était fait de l’espace public. Les dirigeants sont devenus plus enclins à utiliser leur volonté politique pour passer d’une planification des transports axée sur la voiture à une planification inclusive qui tient compte de toutes les façons dont les gens se déplacent. »

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