organisation communautaire et organisation syndicale
J’ai pris plaisir à lire ce dramatique compte-rendu (Travail préparatoire) d’une lutte pour la syndicalisation dans le monde universitaire par Alyssa Battistoni, sur N+1 (ma traduction). Un article que j’ai tellement apprécié que j’ai acheté le dernier livre de l’auteure (devenue entretemps professeure) : Free Gifts, Capitalism and the Politics of Nature.

J’ai trouvé intéressant de lire cet article (Travail préparatoire) en parallèle avec le livre de Hahrie Han (et al.) Prisms of the People: Power & Organizing in Twenty-First-Century America qui propose une ambitieuse analyse des mécanismes de transfert de pouvoir dans les luttes menées par différentes organisations communautaires (et organisatrices-organisateurs) dans six états américains. Une étude fascinante à la fois pour les leaders qu’elle présente, les stratégies qu’ils ont déployé à long terme, et pour la méthodologie que les chercheurs ont mis en oeuvre pour saisir ce qu’il est difficile de mesurer : le pouvoir.

J’avais déjà remarqué Hahrie Han avec son livre How Organizations Develop Activists: Civic Associations and Leadership in the 21st Century, que je m’apprêtais à lire… quand j’ai remarqué qu’il datait de 2014. Alors j’ai préféré lire celui de 2021 (Prisms), écrit après la première arrivée de Trump au pouvoir. Incidemment, une des organisations (ISAIAH) et un des États (Minnesota) analysés par les auteurs impliquent le candidat à la vice-présidence (Tim Waltz) qui vient d’annoncer (article La Presse) qu’il ne briguera pas de troisième mandat afin de se consacrer à la défense de ce qu’on peut considérer comme son héritage en terme de politiques progressistes, suivant cet article relatant les gains réalisés Our Power is Organized People :
En 2023, le « Minnesota Miracle » a permis aux familles du Minnesota de bénéficier de l’un des filets de sécurité sociale les plus solides du pays, grâce à une série de mesures ambitieuses adoptées pendant le mandat de Tim Walz en tant que gouverneur.
Cet article fut co-écrit par Hahrie Han à l’automne 2024. J’en propose une traduction : Notre pouvoir c’est le peuple organisé.
Ça me convainc de poursuivre ma lecture de Prisms… Est-ce que la fraude, dénoncée par les Démocrates et les Républicains, mais instrumentalisée par ces derniers, a été induite ou facilitée par des politiques plus « généreuses » ? Le fait que les personnes arrêtées soient membres de la communauté Somalienne locale servira certainement aux visées réactionnaires trumpistes.
Ajouté le 8 janvier : j’ai écrit cet article avant de connaître la tragédie qui se passait au même moment à Minneapolis, à savoir le meurtre par un agent ICE de Renee Nicole Good)
Pour ce qui est de la comparaison entre organisation syndicale et organisation communautaire, je ne suis pas sûr de pouvoir aller bien loin, tellement les conditions d’organisation syndicale auprès des graduate students dans le monde universitaire sont différentes des conditions dans le monde du travail « ordinaire ». Mais je dis ça, et la dimension passagère du statut étudiant ne me semble plus si différente des conditions dans beaucoup de secteurs : emplois précaires (entrepôts Amazon, commerces fast-food), avec des conditions si affreuses que les taux de roulement approchent ceux du monde étudiant !
J’aimerais bien pousser un peu plus loin la réflexion amorcée dans une discussion dans un groupe Passerelles (En commun – soutien et développement) – de savoirs et d’actions – où je notais :
J’ai bien aimé la page sur l’Enquête conscientisante et ses références à l’éducation populaire. Le retour à l’enquête de Marx… oui mais John Dewey aussi aurait pu être inspirant. Mais le contexte syndical…
Entre la position syndicale de négociation sur un terrain délimité par le travail produit, l’activité rémunérée et la position du « public » (celle de Dewey) qui peut évaluer le produit, définir ses attentes, ses besoins… Et l’action militante, communautaire ou civique, souvent liée, ancrée dans un territoire, à une communauté, cette dernière action se situe à mi-chemin entre le public et le syndicat.
Quantophrénie : (Péjoratif) Tendance excessive à appliquer des méthodes mathématiques pour analyser les phénomènes sociaux et humains, souvent perçue comme une pathologie intellectuelle.
Je retiens ce mot d’une étude française Une analyse institutionnelle du lien inégalité-environnement : Quelles politiques sociales et industrielles pour une transition juste ? qui me semble (TL;DR) bien construite sur un sujet d’importance : comment les politiques sociales peuvent-elles être transformées sans échapper ni la justice sociale, ni l’économie, ni l’écologie.
Un mot qui s’applique très bien à cet autre article Heterogeneity and global climate action, qui analyse les différences de politiques entre les pays, avec des formules mathématiques de haut vol ! Pourtant j’avais bien apprécié le premier auteur de ce dernier article (Giorgos Galanis) dans son L’humanité a besoin d’un contrôle démocratique de l’IA.
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Le fichier Excel, mis à jour régulièrement : traductions-2026
P.S. J’oubliais l’IA !
Ce livre, suggéré par Bruno Dubuc, sur son blogue, et que j’ai dévoré en quelques jours.

L’IA et après ?, de Jean-Michel Truong. Une puissante synthèse de l’évolution des théories de l’IA, en parallèle d’une compréhension qui se développait du fonctionnement du cerveau, des neurones biologiques associées. Passage d’une théorie évolutionniste portée par les pionniers (Turing, von Neumann, Barricelli) à l’approche cognitiviste des systèmes experts puis à la voie connexionniste aujourd’hui dominante. Selon Truong nous assistons à la résurgence de la théorie évolutionniste qui pousserait infiniment plus loin les premiers essais de « biologie synthétique » de Barricelli.
Si j’ai bien suivi et accepté le récit et les trois voies de conception et développement de l’IA, je décroche un peu quand il fait la promotion de laisser les êtres synthétiques-vivants se reproduire librement, créer…
Contrairement aux approches cognitivistes et connexionnistes, l’approche évolutionniste met en œuvre une méthode d’apprentissage dynamique de conduites adaptées dans des situations totalement nouvelles.
Le risque de dérive d’organismes évolutifs s’éloignant des valeurs ou des intentions initiales de leurs concepteurs est sans doute l’obstacle principal à la généralisation du paradigme évolutionniste.
Truong, Jean-Michel. L’IA, et après ?: Imiter la raison, former un cerveau, laisser germer la vie (p. 218, et 224).
Malgré le risque de dérive, Truong rêve quand même…
L’évolution artificielle nous invite à imaginer une nouvelle forme de relation avec les machines, dans laquelle nous serions davantage Déméter que Zeus : plutôt que de contrôler chaque détail de leur développement, nous pourrions guider et encadrer l’évolution des systèmes, un peu comme nous le faisons avec les écosystèmes naturels ou les cultures biologiques.
Je ne sais pas pour les cultures biologiques mais pour les écosystèmes naturels, on ne guide pas très souvent dans le bon sens…
Les impératifs économiques et les stratégies géopolitiques déterminent trop souvent les limites et orientations de nos encadrement (et notre compréhension) des systèmes naturels. « Imaginer une autre forme de relation avec les machines » exigerait d’abord d’en avoir un plus grand contrôle et d’être moins soumis aux fins et rythmes imposés par les actuels propriétaires de ces machines, dans la forme de relation actuelle.
