Dans son billet Le mouvement pour le climat est-il enfin devenu mature ? Renée Lertzman souligne, en s’appuyant sur sa formation clinique, à quel point les hauts cris et attitudes culpabilisantes que certains d’entre nous, aux sensibilités écologistes exacerbées par les retards accumulés, peuvent porter.
La passivité apparente peut se révéler une stratégie défensive essentielle pour ceux et celles qui, bien que préoccupés et anxieux et anxieuses, n’ont que peu ou pas du tout de pouvoir devant les crises qui s’accumulent. Les gens sont sensibles et intelligents et il suffit de les écouter pour le voir… C’est ce que Lertzman réitère dans son billet suivant : Nous n’avons pas besoin de plus d’« influence ». Nous avons besoin d’être à l’écoute.
Il faut savoir répondre aux trois « A » des gens : Anxiétés, Ambivalence et Aspirations. Pour cela une approche PARC (Présence, Accord, Résonance, Confiance) peut conduire à une action qui vient de l’intérieur plutôt que de la pression exercée par la peur, la honte, les pairs…
Oui, je crois qu’une telle approche relationnelle est essentielle pour ancrer des changements profonds et « paradigmatiques ». Les enseignants se posent aussi la question du comment faire plus que transmettre des informations.
Selon Isabelle Arseneau, titulaire de la Chaire de recherche en éducation transformatrice pour l’engagement climatique (UQAR), « il ne suffit plus de transmettre des connaissances : il faut apprendre aux personnes étudiantes à problématiser des situations complexes, […] à développer un rapport émancipé aux savoirs et à s’engager dans des projets concrets qui transforment réellement leur milieu ». Patricia Nourry, enseignante de philosophie au Cégep de Trois-Rivières et chargée de projet en écologisation, a montré, avec sa pédagogie des communs1Voir : https://actualites.uqam.ca/2023/les-communs-un-autre-mode-dorganisation-sociale/, que la transition se joue aussi dans les liens, avec le cœur. Créer des projets interdisciplinaires utiles à la communauté, apprendre à décider ensemble, faire place aux émotions (indignation, joie, sentiment de puissance collective) redonnent du sens à l’apprentissage.
Extrait du Mouton noir : On ne peut plus enseigner comme si de rien n’était.
Mais une approche relationnelle ne sera pas suffisante pour contrer les blocages structurels et les forces qui profitent actuellement du maintien du statut quo. Certains sont même prêt à partir en guerre pour que le pétrole et le gaz continuent de couler dans les veines d’un système qui détruit le fragile équilibre qui nous a permis d’évoluer, nous et autres espèces qui habitons la biosphère.
Est-ce possible de mener à la fois une stratégie apaisante, qui nous permette de rassurer les sans pouvoir et les amener à imaginer (et contribuer à) un avenir différent qui réponde à leurs aspirations tout en développant un rapport de force capable d’imposer la bifurcation nécessaire dans l’organisation et la propriété des infrastructures ?
Un relationnel avec les non-humains ?
En cherchant une illustration pour ce billet, j’ai trouvé ces deux bouquins qui posent la question autrement qu’en termes cliniques-psychologiques. Une écologie des relations, par Philippe Descola est un petit bouquin (52 pages) publié en 2019 par l’anthropologue qui a popularisé une nouvelle conception de la relation nature/culture (Par-delà nature et culture [2005]). Toutes les couleurs de la terre, qui se présente comme « l’écologie relationnelle pour raccomoder les déchirures du monde », paru en 2020 par Damien Deville et Pierre Spielewoy. Une entrevue sur Usbek et Rica, donne une bonne idée du livre et du parcours des auteurs. En fouillant un peu je trouve ce livre plus récent (2026) écrit sous forme de dialogue par Damien Deville avec Augustin Berque : Géographie des mondes à venir, 128 pages aux Éditions de l’Atelier dont je tire ce titre d’un chapitre :
Détruire les murs qui enferment les territoires –
Quand les récits figent les territoires et les empêchent d’évoluer n’est-ce pas le signe qu il nous faut repenser la justice spatiale ?



De quel territoire parle-t-on ?
Pour les urbains que nous sommes presque tous… le territoire se définit par des contours bétonnés, asphaltés. Nous avons perdu contact avec ce qui nous a permis de devenir l’espèce dominante de cette biosphère. Ce que nous rappellent ces auteurs : Désarmer le béton – ré-habiter la terre, de Léa Hobson. Et pour une vue sur l’histoire longue, quelques 4,5 milliards d’années, Andrew H. Knoll et Anne Nédélec qui nous proposent, respectivement Earth and Life, A Four Billion Year Conversation et La terre et la vie, une histoire de 4 milliards d’années.



Notes
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