renaissance et reconnaissance

Pâque et Pâques, deux fêtes religieuses, l’une rappelant la fin de l’esclavage et la « sortie d’Égypte » dans la religion juive et l’autre célébrant la résurrection de Jésus pour les chrétiens.

Deux fêtes du printemps, de la renaissance.


Le débat encore « chaud » entourant la loi québécoise sur la laïcité, qui est réactivé par sa mise en examen devant la Cours suprême du Canada, m’incite à lire ce texte de Habermas que j’ai traduit récemment : Une société « post-séculière » : qu’est-ce que cela signifie ? (6800 mots).

Le philosophe confronte à la fois le multiculturalisme et le laïcisme, les invitant à un apprentissage mutuel.

Nous n’avons besoin de tolérance qu’à l’égard des visions du monde que nous considérons comme erronées et des habitudes que nous n’apprécions pas. Par conséquent, le fondement de la reconnaissance n’est pas l’estime pour telle ou telle propriété ou réalisation, mais la prise de conscience du fait que l’autre est membre d’une communauté inclusive de citoyens jouissant de droits égaux, au sein de laquelle chacun est responsable devant tous les autres de ses contributions politiques. (…)

Sans l’inclusion des minorités dans la société civile, les deux processus complémentaires ne pourront pas se développer de concert, à savoir, d’une part, l’ouverture de la communauté politique à une inclusion sensible aux différences des cultures minoritaires étrangères et, d’autre part, l’ouverture réciproque de ces sous-cultures à un état où elles encouragent leurs membres individuels à participer à la vie politique au sens large.

[L]es personnes qui ne sont ni disposées ni capables de diviser leurs convictions morales et leur vocabulaire en volets profanes et religieux doivent être autorisées à prendre part à la formation de la volonté politique, même si elles utilisent un langage religieux. (…) On attend des citoyens laïques qu’ils n’excluent pas a fortiori la possibilité de découvrir, même dans des discours religieux, des contenus sémantiques et des intuitions personnelles cachées qui peuvent être traduits et introduits dans un discours laïque. (…)

[L]’État constitutionnel confronte ses citoyens aux attentes exigeantes d’une éthique de la citoyenneté qui va au-delà de la simple obéissance à la loi. Les citoyens et les communautés religieuses ne doivent pas seulement s’adapter superficiellement à l’ordre constitutionnel. On attend d’eux qu’ils s’approprient la légitimation laïque des principes constitutionnels au regard même des prémisses de leur propre foi. (…) Mais un changement de mentalité ne peut être prescrit, ni manipulé politiquement, ni imposé par la loi ; il est, au mieux, le résultat d’un processus d’apprentissage. (…) Les processus d’apprentissage peuvent être favorisés, mais pas imposés moralement ou légalement.

Un processus d’apprentissage est-il nécessaire uniquement du côté du traditionalisme religieux et non aussi du côté de la laïcité ? Les mêmes attentes normatives qui régissent une société civile inclusive n’interdisent-elles pas une dévalorisation laïciste de la religion tout autant qu’elles interdisent, par exemple, le rejet religieux de l’égalité des droits entre hommes et femmes ?

Encore Habermas…

Plusieurs articles ont été publiés depuis la mort récente du philosophe. J’en ai parlé ici (Habermas, garçon de café ?) et là (Habermas, R.I.P.). Le Devoir publiait hier l’opinion d’un prof, André Baril : Habermas, ou l’agir communicationnel.

J’ai aussi découvert ces articles récents, que j’ai traduits : Le Habermas de Martin Jay par Martin Jay (4450 mots) qui souligne avec affection la qualité d’écoute de Habermas; Après Habermas (1271 mots), par Nancy Fraser, qui conclut « Certains d’entre nous ne sont peut-être plus des habermassiens, mais nous avons appris de lui, avec lui et contre lui. »

Et ce vieil article (2014) traduit de l’italien que je n’ai pas encore lu : Je vais vous expliquer pourquoi la gauche anti-européenne a tort (6000 mots).

Qu'en pensez vous ?