de nouvelles institutions à créer

Un très bon article tiré de la revue Stanford Social Innovation Review, par Sarah Cone que j’ai traduit en Pourquoi les philanthropes ne créent-ils plus rien ?

Les États-Unis vivent actuellement un deuxième Âge d’or. Mais contrairement aux magnats d’autrefois, les milliardaires d’aujourd’hui préfèrent faire des dons à des organisations existantes. Ils devraient plutôt créer des institutions durables.

En 1891, Leland Stanford avait 61 ans et une fortune qui équivaudrait aujourd’hui à environ 1,9 milliard de dollars. Il aurait pu financer une chaire à l’université Harvard, construire une aile d’hôpital ou faire de généreux dons aux associations caritatives de son époque. Au lieu de cela, lui et sa femme, Jane, ont consacré 8 180 acres de leur domaine équestre de Palo Alto à la fondation d’une université portant le nom de leur fils décédé. Pas un bâtiment ni un programme, mais une université à part entière qui, au cours du siècle suivant, allait devenir le moteur intellectuel de la Silicon Valley et peut-être le plus important incubateur d’innovation technologique de l’histoire de l’humanité. Stanford n’a pas fait de don à une institution. Il en a créé une.

Illustration de Ross MacDonald

Un beau retour historique, critique aussi : pas une célébration nunuche de la générosité. Une critique aussi de la tendance « vider les fonds plutôt que de créer des fondations permanentes ». Mais une chose n’est pas abordée : et si les milliardaires avaient assis leur fortune sur la destruction des institutions publiques ? Demander aux Google et Meta de ce monde de financer le journalisme… c’est un peu comme demander aux compagnies de tabac de soutenir les hôpitaux, non ? Mais ce n’est pas vraiment ce que Cone dit : elle ne parle pas de soutenir financièrement une ou l’autre cause ou institution mais bien de créer des institutions qui répondent aux défis d’aujourd’hui.

Je ne sais pas ce qui pourrait venir en aide aux médias et au journalisme en difficulté. Peut-être le problème vient-il de la dépendance à la publicité qu’avait développée les médias, bien avant la montée du numérique. Philippe de Grosbois dans La collision des récits, dont j’ai parlé ici, proposait une formule de financement public avec participation citoyenne… [Voir aussi casse-tête et médias sociaux; médias, réseaux et données]


Si Amazon a pu, à l’origine, profiter d’une certaine inertie du monde du livre pour monter son affaire, les GAFAM ont certainement bénéficié de protections sans égales imposées par les gouvernements américains à leurs partenaires commerciaux. Cory Doctorow le dénonçait avec verve dans son The Internet Con: How To Seize the Means of Computation (aujourd’hui traduit : Le rapt d’internet mais non disponible en format numérique au Canada !) :

« L’interdiction de contourner la gestion des droits numériques, ou DRM (digital right management), énoncée dans la section 1201 du DMCA, l’article 6 de l’EUCD et des lois similaires dans le monde, font du logiciel la classe d’œuvres la plus protégée par le droit d’auteur au monde. Les auteurs de logiciels (ou plutôt les entreprises qui les emploient) bénéficient de plus de restrictions en matière de droit d’auteur que le compositeur le plus talentueux, le sculpteur le plus brillant ou le plus grand écrivain. » Ma traduction (GB)

Les succès de l’action concertée

Il y a quelques semaines un article du Globe and Mail décrivait le succès du site LesLibraires.ca qui sert les librairies indépendantes du Québec. J’ai traduit cet article : Un réseau de librairies en ligne basé au Québec s’étend à l’ensemble du Canada, offrant ainsi un avantage concurrentiel aux librairies indépendantes.

Je me suis demandé si on ne pouvait pas appliquer cette formule à d’autres secteurs dans cette page intitulée Après les librairies, les quincailleries ?

Je me demande pourquoi les entreprises ne se liguent pas, localement ou par secteur, pour offrir un tel service de livraison, associé à une plateforme commune ? Pour sauver les commerces locaux de la concurrence d’Amazon… 

Ce serait un beau défi d’interopérabilité : unifier les catalogues de Canadian Tire, Rona, Réno-dépot… Si je ne me trompe, c’est sans doute un terrain propice à l’utilisation de l’IA ? Reste à voir s’il y a une volonté. Le contexte me semble encore favorable : désir de souveraineté numérique; sentiment anti-Amazon… 

Qu'en pensez vous ?