un réseau électrique pan-canadien ?

Une nouvelle politique « pour un Canada fort » Une stratégie nationale pour une économie canadienne électrifiée. Annoncée par le premier ministre Carney, hier le 14 mai : Stratégie nationale d’électrification, je me demande ce qu’elle reprend du rapport (Powering the Federation: A Blueprint for National Electricity Integration in Canada) publié par le CD Howe Institute en octobre 2025 ? Je vais devoir lire les deux.

Une telle stratégie semble répondre (déjà ! 😉 à des questions que je me posais dans un billet le 9 mai dernier : comment soutenir les échanges d’électricité est-nord-ouest alors que les échanges principaux se font aujourd’hui avec le sud, les États-Unis, comme le montre bien cette carte tirée du document de Ressources naturelles Canada.


Sans avoir lu le détail de la nouvelle Stratégie d’électrification, je me demande si l’approche d’appel aux capitaux privés que privilégie la politique Carney n’ira pas à l’encontre de la propriété collective dans ce domaine, au moins pour le Québec. Incidemment, est-ce que les autres provinces et territoires canadiens ont un attachement aussi fort à la propriété collective en matière d’électricité ? La couleur différente donnée aux provinces sur la carte ci-dessus répond à cette question : seules deux provinces (Ontario et Alberta) ne sont pas à propriété publique.

Ce qui ne veut pas dire que les investissements et la mise à niveau des systèmes ont été fait de manière prospectives. Les compagnies d’électricité, qu’elles soient publiques ou privées1Comme souligné dans l’article du NYT auquel je référais dans électricité, patrimoniale ou autre, ont tendance à n’investir qu’en réponse-réaction à la demande plutôt qu’en prévision d’une demande future, d’autant moins s’il s’agit d’une demande future liée à un changement de paradigme. La gestion concervatrice de ces institutions publiques vise surtout à ne pas augmenter les tarifs, ou diminuer les transferts aux gouvernements…

Comment les nationalistes québécois joueront-ils la carte de l’identité et l’intérêt national du Québec dans ce contexte ? Le Québec est la province qui échange le plus d’électricité avec les EUA : 4 274 MW vendus et 4 169 MW achetés. Mais les nouveaux projets de génération au Labrador et la mise en service de sources solaires et éoliennes (et de nouveaux barrages ? centrales nucléaires ?) devraient inciter à développer les échanges Est-Ouest… Notamment parce que les sources d’énergie éoliennes et solaires suivent le passage du soleil… Comme l’explique Bill McKibben2Militant environnemenal, fondateur de 350.org mieux que moi dans Everyone Knows It’s Windy sur son excellent carnet The Crucial Years :

En fait, [le solaire et l’éolien] c’est un phénomène tout à fait complémentaire. Le long d’une côte, par exemple, comme il faut un certain temps au soleil pour réchauffer les molécules d’air qui produisent la brise, le vent a tendance à gagner en puissance en fin d’après-midi, alors que l’effet photovoltaïque commence à s’atténuer. Et plus on va vers le nord, plus le vent est fort, ce qui est utile puisque la Grèce bénéficie d’un ensoleillement plus important que la Norvège. De plus, les vitesses du vent ont tendance à être plus élevées en hiver qu’en été, grâce à des gradients de température plus marqués.

Pendant que les investissements dans le solaire et l’éolien (et l’électrification en général) semblent bloqués chez nos voisins, une stratégie nationale canadienne pourrait donner une logueur d’avance en matière d’équipements, de savoirs, d’innovation en matière de transport longue distance, etc. Les enjeux sont grands pour la mise à niveau de nos réseaux comme le soulevait le billet Solar Storms sur Lesswrong, que j’ai traduit partiellement : Tempêtes solaires.

Comme le disaient Colleen Giroux-Schmidt et Merran Smith hier dans le Globe and Mail (Ottawa wants to double electricity supply. Provinces will determine whether it happens) [ma traduction d’un extrait] :

Ces ressources ne peuvent être mobilisées du jour au lendemain. Le Canada doit dès maintenant envoyer des signaux clairs au marché pour montrer qu’il s’engage à investir sur 20 à 30 ans dans la construction d’infrastructures électriques. Cela rassurerait les investisseurs, les promoteurs commerciaux, les nations autochtones et l’industrie sur le fait que le Canada est déterminé à maintenir un réseau électrique fiable, peu coûteux et à faibles émissions de carbone face à une demande croissante.

Le gouvernement fédéral peut et doit tracer cette voie, et la stratégie fédérale en matière d’électricité jouera un rôle important. Mais ce sont les provinces qui doivent la mettre en œuvre.

Cela exigera un changement délibéré dans les approches provinciales en matière d’infrastructures électriques – passant d’une construction qui suit (ou qui est légèrement en retard sur) la demande, à une construction qui anticipe celle-ci.

Donc, lecture de la Propulser un Canada fort : Une stratégie nationale pour une économie canadienne électrifiée, et de ma traduction du document de l’institut CD Howe (document ci-après). Aussi, voir le commentaire critique de l’Institut climatique du Canada : Dans la bonne direction mais esquive des enjeux cruciaux.

Notes

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