Alors que les superpuissances se disputent le contrôle de l’Arctique, Gavin John accompagne les Rangers canadiens pour découvrir ce qu’il faut pour sécuriser l’une des régions les plus hostiles au monde
Traduction de Riders on the storm (lien-cadeau). Texte et photos par Gavin John, The Globe and Mail, 2 mai 2026.
Note du traducteur : je ne peux reproduire ici la présentation dynamique, incluant vidéos et textes glissant sur les images ! Aussi je vais insérer quelques photos dans le cours du récit, mais je vous suggère d’aller sur le site du Globe pour voir l’original !
Comment les Rangers ont traversé une étendue arctique dangereuse en motoneige
« C’est un cauchemar. »
La voix de l’adjudant-maître Pat Murphy peinait à percer le mur de neige soufflée alors que son rugissement étouffant se rapprochait du 1er Groupe de patrouille des Rangers canadiens. Le vent balayait la toundra arctique à 100 kilomètres à l’heure. La température, qui continuait de baisser, était inférieure à -70 °C avec le refroidissement éolien.

La tempête que les Rangers espéraient distancer les avait rattrapés. Et trois de leurs motoneiges se trouvaient sur de la glace brisée, après avoir traversé la rivière Babbage gelée.

Sur le papier, le plan était assez simple. Remonter vers le nord à travers la plaine côtière du Yukon, atteindre l’océan Arctique avant la tombée de la nuit et poursuivre une patrouille qui s’annonçait déjà comme l’un des plus longs – et des plus exigeants – déplacements terrestres de l’histoire moderne de l’armée canadienne.
Cet exercice, qui s’inscrivait dans le cadre de l’opération Nanook-Nunalivut 2026, visait à démontrer la capacité des Rangers à parcourir d’immenses distances à travers l’Arctique canadien en motoneige, reliant des zones reculées non desservies par la route. Entre le 18 février et le 12 avril de cette année, une unité de base composée de sept membres devait parcourir environ 5 200 kilomètres, d’Inuvik (Territoires du Nord-Ouest) à Churchill (Manitoba), à travers un paysage hostile fait de rivières gelées, de banquise, de toundra et de cols de montagne.

Mais ce soir-là, la patrouille n’avançait pas. Alors que la visibilité diminuait de minute en minute et que la tempête engloutissait les dernières lueurs du jour, des flaques d’eau se formaient autour des motoneiges.
Le sergent-major Murphy, un vétéran d’Afghanistan et du Mali, a laissé échapper un petit rire – le genre de rire que les soldats aguerris laissent échapper lorsque les épreuves sont devenues une routine. Il s’est penché contre le vent et a posé le pied sur la glace pour aider ses camarades Rangers et le matériel en difficulté à regagner la terre ferme.
Ce n’était qu’un problème de plus à résoudre.
Un Nanook en évolution
Depuis 19 ans, l’armée canadienne mène l’opération Nanook, sa série phare d’exercices annuels dans le Nord, conçue pour tester la souveraineté, l’état de préparation et la capacité à opérer dans l’une des régions les plus hostiles au monde.
Mais alors que les superpuissances se disputent le contrôle du Grand Nord, ce qui était autrefois une opération essentiellement nationale évolue vers quelque chose de plus vaste : la principale contribution militaire du Canada à une architecture alliée émergente dans toute la région. Les responsables décrivent un système de sécurité arctique reposant sur trois piliers : les États-Unis ancrés en Alaska, l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) sur le flanc nord de l’Europe et le Canada couvrant les approches centrales possibles.
Dans ce cadre, l’opération Nanook et l’initiative émergente Arctic Sentry de l’OTAN sont considérées comme des mécanismes de préparation complémentaires. À partir de 2027, l’opération deviendra un exercice multinational biennal, et la présence canadienne dans l’Arctique devrait encore s’accroître. Selon le brigadier-général Daniel Rivière, de la Force opérationnelle interarmées Nord, le plan consiste à étendre considérablement le commandement nordique du Canada en termes de taille, de capacités et de partenariats d’ici 2030.

En particulier, la capacité du 1er Groupe de patrouille des Rangers canadiens à se déplacer sur certains des terrains les plus hostiles de la planète a attiré l’attention des alliés. Recrutés principalement au sein des communautés nordiques et autochtones, les Rangers canadiens constituent l’un des rares moyens terrestres permanents des Forces armées. Ils collaborent avec la Force opérationnelle interarmées (Nord), l’Aviation royale canadienne et des partenaires non militaires tels que la Gendarmerie royale du Canada et Parcs Canada afin de mettre en place une réponse pangouvernementale aux crises et aux menaces dans une région où la présence humaine est clairsemée et où les conditions météorologiques viennent régulièrement à bout des systèmes modernes.
« Dans ce contexte d’absence d’infrastructures, les Rangers constituent l’épine dorsale de ce dispositif », a déclaré le brigadier-général Rivière.
Le Danemark, confronté à ses propres réalités arctiques en mutation, notamment aux menaces de prise de contrôle du Groenland par le président américain Donald Trump, a envoyé une délégation à Yellowknife et à Inuvik pour observer l’opération de cette année – plus précisément, pour voir si le modèle des Rangers canadiens du 1CRPG peut être mis en œuvre sur son propre territoire.
Cet intérêt est significatif. Un pays européen semble rechercher non seulement des systèmes d’armes de pointe ou de grandes bases permanentes, mais aussi un modèle typiquement canadien de sécurité austère dans le Nord : des forces ancrées localement, légèrement équipées, capables de vivre, de se déplacer et d’opérer là où les armées conventionnelles peinent à s’imposer.

Le voyage commence
L’expédition de la patrouille à longue portée des Rangers canadiens a pris le départ d’Inuvik, dans les Territoires du Nord-Ouest, à environ 150 kilomètres au nord du cercle arctique, le 18 février. L’unité a été conçue pour l’endurance, pas pour la vitesse, mais le premier jour, le trajet s’est déroulé sans encombre.
La file de motoneiges a traversé les bras entrelacés et l’étendue gelée du fleuve Mackenzie. Juste à la sortie de la ville, des membres de la patrouille des Rangers de Fort McPherson se sont joints au groupe principal pour le guider vers leur base, un trajet de six heures en motoneige vers le sud à travers un territoire qu’ils connaissaient par cœur plutôt que sur une carte.
De là, la patrouille a bifurqué vers l’ouest en direction des montagnes Richardson du Yukon, à peine visibles à l’horizon. Avant de se rendre au Manitoba, un trajet qui se ferait en grande partie sur la banquise, la patrouille allait faire une boucle à travers le territoire afin de couvrir l’ensemble des types de terrain de l’Arctique et d’impliquer autant de Rangers que possible.
La neige était épaisse dans les cols, ensevelissant des portions de la piste. Les engins avançaient par à-coups sur des descentes raides et des pentes latérales qui mettaient à rude épreuve tant les suspensions que les conducteurs.


La nuit a apporté le premier défi sérieux.
Dans l’Arctique, l’une des ruses de l’hiver est ce qu’on appelle le débordement : l’eau qui circule sous la glace des rivières est poussée vers le haut à travers les fissures jusqu’à ce qu’elle se répande à la surface. La neige masque le danger ; ce qui semble solide peut facilement s’effondrer.
Le soleil s’était déjà couché derrière les Richardson lorsque le Ranger de tête a heurté de l’eau dans une vallée étroite. Des flaques se sont soudainement ouvertes sous les congères. Les motoneigistes ont mis les gaz pour prendre de l’élan. Certains ont réussi à traverser. D’autres, moins chanceux, ont sauté pour se mettre à l’abri sur un sol plus ferme.
C’est alors que le travail a commencé. Des heures à tirer, à utiliser le treuil et à pousser les motoneiges dans une eau qui, par endroits, leur arrivait aux genoux.
Lorsque la patrouille a atteint une cabane isolée, il était près de 4 heures du matin.



Les membres de la patrouille









Old Crow
Sur les rives de la rivière Porcupine, au Yukon, se trouve Old Crow, l’une des communautés les plus isolées du pays. Abritant environ 250 habitants et constituant le territoire traditionnel de la Première Nation Vuntut Gwitchin, elle ne dispose d’aucune liaison routière permanente avec le reste du Canada. En hiver, lorsque les conditions le permettent, les routes et les sentiers de glace constituent une bouée de sauvetage.
C’est là, le 21 février, que l’unité de patrouille à longue portée a reçu l’un de ses renforts les plus importants.
La veille, six membres de la patrouille des Rangers canadiens d’Old Crow, dirigés par le sergent Jeremy Brammer, avaient rejoint le groupe dans une cabane des montagnes Richardson et les avaient guidés jusqu’à la communauté. La colonne allait désormais poursuivre sa route vers le nord, en direction de l’océan Arctique.
Leur objectif était Shingle Point, un camp de pêche saisonnier et un site radar du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord situé sur la côte de la mer de Beaufort. La route qui les attendait, d’environ 250 kilomètres, était depuis des générations un corridor de circulation reliant les familles de l’intérieur aux eaux.
Le ranger Tyler Lord a décrit un itinéraire autrefois parcouru à pied en été et en traîneau à chiens en hiver. « À l’époque, ils se rendaient à l’île Herschel pour s’approvisionner en café, en thé et en cigarettes, puis ils revenaient à pied », a-t-il expliqué.
Mais comme beaucoup de routes nordiques, son utilisation s’était raréfiée avec le temps. Personne dans la communauté n’avait tenté le trajet jusqu’à l’océan en plein hiver depuis plus de 15 ans.
Pourtant, le savoir n’avait pas disparu. Il était resté là où ce genre de sagesse se trouve souvent : chez les gens.
C’est ce savoir qui allait ouvrir la voie vers la mer.


Le col de la montagne
Le 25 février, la patrouille a levé le camp au bord d’un petit lac avant le lever du soleil. Les tentes ont été démontées dans l’obscurité bleutée. Les réchauds ont été rangés ; le carburant a été arrimé. L’un après l’autre, les engins et les Rangers se sont mis en marche. Le moral était au beau fixe, alimenté par le genre d’optimisme qui vient facilement par beau temps, et on parlait d’atteindre l’océan Arctique ce jour-là.
Il y avait aussi de l’impatience.
Ils avaient déjà perdu la journée précédente à attendre que passe une tempête au nord. Au-delà des lacs et des marécages des Old Crow Flats, le terrain s’élevait vers les montagnes British, dernière barrière entre la patrouille et la mer. Traverser par mauvais temps aurait été imprudent. Le commandant du 1CRPG, le lieutenant-colonel Travis Hanes, avait ordonné une pause.
À présent, après une dernière vérification des prévisions et des cartes des vents, la patrouille se dirigea vers le nord.
Peu à peu, les arbres se raréfiaient. Les grands épicéas cédèrent la place aux saules. Puis les saules se transformèrent en broussailles ne dépassant pas la hauteur d’une botte. À midi, il ne restait plus rien pour briser le vent.

Au début, le changement d’atmosphère était à peine perceptible. Un peu plus de neige dans l’air. Une légère brume à l’horizon. Puis, presque sans avertissement, le blanc a tout englouti.
Même avec une visibilité quasi nulle, il était clair qu’ils avaient atteint le col ; le terrain montait depuis des heures. La progression ralentissait. Les Rangers gardaient un écart délibéré, afin qu’aucune machine ne disparaisse complètement dans la neige soufflée. Bientôt, ils avançaient à peine plus vite qu’à 10 kilomètres à l’heure. Puis encore plus lentement.
La colonne s’est brisée à plusieurs reprises. Des motoneigistes ont fait demi-tour pour aller chercher ceux qui étaient à la traîne. Les moteurs tournaient au ralenti pendant que d’autres rattrapaient leur retard. Les Rangers sont descendus de leurs motoneiges et ont cherché des traces déjà effacées par le vent. Un collègue situé 20 mètres plus loin pouvait disparaître entre deux rafales.


La température a chuté, brutalement.
De la glace s’est formée autour des capuches et des cols en fourrure. Les lunettes se sont embuées, puis gelées. Plusieurs gardes forestiers les ont retirés, préférant un inconfort intense à la cécité. Les larmes gelaient sur les cils et devaient être essuyées souvent.
Les motoneiges ont grimpé tant bien que mal jusqu’à s’enliser. Finalement, tout le monde est descendu.
Un par un, ils ont tiré les engins en montée sur la neige tassée. Libérer l’un. Marcher jusqu’au suivant. Tirer à nouveau. Retourner au sien. Conduire jusqu’à ce qu’il cale. Tirer une fois de plus.
Les heures s’écoulèrent ainsi.
Le col de montagne devint moins une route qu’une démonstration de résilience.
« Si vous abandonnez, vous périrez », réfléchit plus tard le garde forestier Lord. « Il faut continuer à avancer. On ne peut pas rester là sans rien faire. »
Peu à peu, la montée interminable s’aplanit. Puis le sol s’inclina vers le bas. Ils avaient réussi à passer.
L’épuisement, et le refus de la tempête de s’apaiser, rendirent la décision de s’arrêter facile. La patrouille s’engagea dans une vallée étroite et abritée, monta le camp et attendit de voir ce que le lendemain leur réservait.


Engelures et évacuation par les airs
La tache violette s’était glissée sur le bout du gros orteil du sergent Brad Brennae et s’était étendue jusqu’à la première articulation. Aucune explication n’était nécessaire. Les combats de la veille dans le col de montagne avaient laissé des traces
C’était en fin de matinée. Il venait de rentrer au camp avec l’adjudant-major Murphy après un nouvel espoir déçu : une zone d’atterrissage tracée dans la neige pour un hélicoptère Griffin de l’Aviation royale canadienne, appelé pour l’évacuer.
L’appareil n’était qu’à 130 km de là, à Old Crow, mais le temps évoluait plus vite que lui. Le vent s’est levé ; la visibilité s’est effondrée. La mission a été annulée.
À présent, les chefs de la patrouille se tenaient en cercle sur le sol découvert d’une des tentes de couchage, un poêle à proximité créant une fine couche de glace.
L’engelure avait été remarquée la nuit précédente lors des contrôles de routine. Le sergent Brennae l’avait à peine sentie.
Le ranger Pat Lafleche, le médecin de l’équipe, examina le pied à la lumière d’une lampe frontale. Il jeta un regard vers le lieutenant-colonel Hanes.
« Il ne va pas le perdre », a déclaré le Dr Lafleche. « Mais à condition que nous puissions le sortir d’ici. »
Il a insisté sur le mot « si ».

Une nouvelle tempête était prévue pour le lendemain. Rester où ils étaient, dans une vallée peu profonde offrant une certaine protection contre le vent, signifiait un abri, mais aussi un retard supplémentaire. Le carburant et les rations étaient limités. Et l’orteil du sergent Brennae ne s’améliorerait pas dans une tente.
Se diriger vers le nord représentait un autre type de pari. Shingle Point se trouvait à plus de 100 kilomètres de là, au bord de l’océan Arctique. Cet endroit offrait un abri solide, de la chaleur et de l’espace pour se remettre. Mais entre la patrouille et la côte s’étendaient des terres désolées et ouvertes, offrant peu de couverture. Si le mauvais temps les piégeait là-bas, les conséquences seraient plus dures que dans la vallée.
Rester, et la blessure s’aggraverait. Partir, et tout le reste pourrait l’être aussi.
La discussion fut pragmatique et équitable ; chacun eut son mot à dire. Les préoccupations furent exprimées sans détours. Les risques furent remis en question ; les hypothèses furent testées. Il y eut des hésitations, des désaccords et des compromis. Personne ne se vit proposer une option sûre, car il n’en existait aucune.
Au bout d’une heure, la décision fut prise : le danger de rester était plus grand que le risque de partir.
Les Rangers partiraient avant le lever du soleil, lorsque les vents arctiques sont souvent les plus faibles, et avanceraient aussi loin que les conditions le permettraient. Si le temps s’améliorait, ils identifieraient une zone d’atterrissage, rappelleraient l’armée de l’air et évacueraient le sergent Brennae. Puis ils continueraient. À 5 h du matin, ils étaient déjà en route. Un hélicoptère de recherche et sauvetage les a rejoints plus tard dans la matinée et le sergent Brennae a été évacué par les airs.
Il a toujours son orteil.


Arrivée à l’océan arctique
Le soulagement qui a accompagné l’évacuation du sergent Brennae a été de courte durée. Ce soir-là, le cauchemar a commencé sur la rivière Babbage.
Après avoir déblayé le campement de secours, les Rangers ont effectué le calcul qui détermine tout déplacement dans le Nord : une estimation tenant compte du carburant, de la nourriture, de la météo et de la distance.
Les résultats ne leur étaient pas favorables.
Shingle Point était encore à près de 40 kilomètres. Ce n’est pas loin sur une carte, mais après des jours de pannes et d’épuisement, le trajet peut sembler une éternité.
Pour l’instant, le temps était calme. Mais des tempêtes arrivaient de la côte avec une fréquence croissante. En pleine toundra, il n’y aurait aucune protection comme il y en avait eu dans les forêts et les montagnes – pas même une élévation du terrain pour briser le vent.
Chaque Ranger était parti avec huit jours de rations. Beaucoup n’en avaient plus que pour deux. Les Rangers d’Old Crow n’avaient plus qu’une journée de bois de chauffage, les radiateurs au propane étaient à court de combustible depuis la nuit précédente et les petits réchauds au butane que le reste de la patrouille transportait étaient dangereusement à court de gaz.
Une demande de largage de ravitaillement adressée à l’Aviation royale canadienne avait été refusée compte tenu des conditions. Le lieutenant-colonel Hanes n’avait d’autre choix que de poursuivre sa route, et vite.

Les Rangers firent rapidement leurs bagages.
La patrouille s’engagea dans la toundra et se dirigea vers le nord à un rythme soutenu, espérant, pour une fois, distancer ce qui les poursuivait. Le trajet éprouvant sur les monticules gelés et autres terrains accidentés réduisit les heures à rien d’autre qu’un bruit de moteur et des jambes engourdies.
La nuit était tombée lorsqu’ils atteignirent l’océan Arctique. Étant donné que la côte était un objectif maintes fois évoqué, son atteinte ne suscita guère de réjouissances.
La fatigue avait engourdi tout le monde.
Julia Elanik, Ranger d’Aklavik, regarda l’étendue de glace marine et dit, d’un ton presque désinvolte : « Oh. Le voilà. »
Pour la première fois depuis des jours, la route devint facile. Devant eux s’étendait une plaine blanche jusqu’à l’horizon, lisse et parsemée de points scintillants sous une pleine lune et une nuit sans nuages.
Les motoneiges glissaient le long de la côte à travers des plaques de glace de mer déformées et brisées, certaines aussi grandes que des voitures. Le bois flotté éparpillé sur le rivage projetait de longues ombres anguleuses dans les faisceaux lumineux. Derrière eux, la toundra disparaissait dans l’obscurité.



Des cabanes émergèrent de l’obscurité, suivies de fumée et de braises s’élevant des cheminées. À l’extérieur, les membres de la patrouille des rangers d’Inuvik les attendaient en les acclamant. À l’intérieur, il y avait du ragoût de caribou. De la chaleur. Des vêtements secs. Des lits.
La plupart des membres de la patrouille dormaient déjà lorsque la plus violente tempête de neige du voyage s’abattit sur eux. Ils avaient parcouru environ 1 000 kilomètres, mais ce n’était que le début. Plus d’un mois de voyage les attendait encore. Encore de la banquise, des tempêtes de neige, des pannes mécaniques, des conditions météorologiques changeantes, des pénuries logistiques et une fatigue écrasante. Malgré tout cela, les Rangers continueraient, de communauté en communauté, de côte en côte, jusqu’à atteindre Churchill le 12 avril.
Mais pour l’instant, pour une fois, ils avaient vaincu la tempête.

Fichier Excel des traductions par Gilles en vrac
Fiches avec les premières phrases (et non seulement les titres)
Les caractères gras dans le texte sont de Gilles.
