Le temps des fléaux

Traduction de The Time of Plagues par Charlie Angus / La Résistance, le 15 juin 2026.


La semaine dernière, Elon Musk est devenu le premier « billionnaire » au monde. La somme d’argent qu’il contrôle dépasse l’imagination. La nouvelle de sa nouvelle fortune a été rendue publique alors même que l’on en apprenait davantage sur son règne désastreux en tant que « roi du DOGE ».

Musk avait promis de passer la tronçonneuse sur les programmes gouvernementaux. Il avait été acclamé par Trump et les fidèles du mouvement MAGA.

Aujourd’hui, un peu plus d’un an plus tard, l’heure est venue de payer la facture.

Et ce sont les éleveurs de bétail du Texas qui en font les frais.

Pour la première fois depuis des décennies, l’industrie américaine du bœuf se démène pour endiguer une épidémie de la mouche à vis. On s’attend à ce que cela coûte deux milliards de dollars de pertes à l’industrie bovine américaine cette année.

Le Canada a fermé sa frontière pour empêcher la propagation.

Cette mesure a provoqué la fureur du gouverneur « MAGA » Greg Abbott, qui affirme que nous réagissons de manière excessive. Cela survient après qu’Abbott eut fermé sa frontière au bétail mexicain, mais le mal est déjà fait.

La mouche à vis est une larve transportée par une espèce particulière de mouche. Elle s’enfouit dans les animaux à sang chaud comme les bovins, les chevaux et les cerfs. Les conséquences sont dévastatrices.

Dans les années 1970, le gouvernement américain a mis en place des programmes visant à surveiller et à éradiquer la mouche à vis. L’une des stratégies consistait à élever des mouches mâles stériles pour éliminer les infestations. Ce programme, relativement peu coûteux (15 millions de dollars par année), a permis d’éradiquer le parasite qui coûtait des centaines de millions de dollars à l’industrie.

Mais, comme c’est souvent le cas avec les programmes de vaccination, une fois le prédateur éliminé, il est devenu facile d’oublier pourquoi ces programmes avaient été mis en place au départ.

Les podcasteurs de droite adoraient ressasser l’histoire des « têtes d’œuf » du gouvernement qui dépensaient l’argent des contribuables pour étudier la « vie sexuelle » des mouches. Cela alimentait la haine des ondes MAGA, qui à son tour attisait la haine des podcasteurs de droite.

Peu importe que ce programme surveillait 180 éclosions dans 22 pays et disposait de 160 laboratoires pour faire face à toute menace.

Trump a surfé sur cette rage simpliste jusqu’à la Maison-Blanche, et Elon Musk a été son enthousiaste boulet de démolition. Musk a ridiculisé le programme, le qualifiant de « gaspillage d’argent insensé » et d’« opération psychologique de la gauche radicale ».

Le programme de prévention contre la mouche à vis n’est qu’un des 5 300 programmes de surveillance qui ont été sabrés par DOGE en l’espace d’un seul mois.

Aujourd’hui, moins d’un an plus tard, la mouche à vis est de retour en force. C’est le dernier signe avant-coureur de ce qui arrive lorsque la science médicale est sacrifiée au nom de l’idéologie.

J’ai déjà écrit au sujet de l’épidémie d’hantavirus sur le navire de croisière le HV Holdius. Normalement, une telle épidémie aurait dû constituer un signal d’alarme pour les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC), mais ceux-ci n’étaient pas prêts à y faire face, car ils avaient été dévastés par ce qu’on a appelé le « massacre du vendredi soir », au cours duquel Robert Kennedy Jr. a congédié d’un seul coup des milliers de chercheurs et de scientifiques.

Parmi les personnes congédiées figuraient les inspecteurs chargés de surveiller la santé à bord des navires de croisière.

Pour tenter de limiter les dégâts, le président Trump a nommé l’amiral Brian Christine, un fidèle partisan du mouvement MAGA, pour superviser la crise. Christine n’a aucune expérience réelle en santé publique. Il anime un balado intitulé « The Erection Connection » destiné aux hommes souffrant de dysfonction érectile.

L’épidémie d’hantavirus a frappé alors qu’une épidémie mortelle d’Ebola commençait à se propager. Les États-Unis avaient démantelé les CDC et étaient engagés dans une lutte idéologique avec l’autre ligne de défense de premier plan : l’Organisation mondiale de la santé.

La mouche à vis, l’hantavirus et Ebola ne sont que des signes avant-coureurs annonçant des menaces bien plus graves à l’horizon. Les attaques de RFK Jr. contre les vaccins, la surveillance et la recherche ont préparé le terrain pour ce qui pourrait devenir une crise en cascade dans le domaine de la santé publique.

Sa propre cousine, Caroline Kennedy, avait averti que c’était une erreur dangereuse de confier à RFK Jr. un poste de pouvoir, car il était, selon ses propres mots, « un prédateur ».

Ses positions anti-vaccins sont si extrêmes que, lorsqu’on l’a poussé à donner son avis sur le vaccin contre la polio, RFK Jr. a faussement affirmé que ce vaccin « avait tué beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup plus de gens que la polio ne l’a jamais fait ».

C’est une invention. Un mensonge. Un mépris dangereux de la part de l’homme chargé d’assurer la sécurité des Américains.

La poliomyélite a été complètement éradiquée en 1998. Aujourd’hui, des rapports indiquent que cette maladie cauchemardesque a recommencé à sévir. Un médecin s’exprimant sur X a déclaré que le véritable fléau auquel nous sommes confrontés est le « cauchemar de la stupidité ».

Cela nous ramène à Albert Camus, qui a écrit sur le mépris que les gens de son époque avaient pour la réalité du retour d’épidémies dangereuses. Ses mots auraient pu être écrits pour aujourd’hui :

« Nous nous disons que la peste n’est qu’un simple épouvantail, un mauvais rêve qui passera. Mais elle ne passe pas toujours et, d’un mauvais rêve à l’autre, ce sont les hommes qui disparaissent. »


Fichier Excel des traductions par Gilles en vrac
Fiches avec les premières phrases (et non seulement les titres)
Les caractères gras dans le texte sont de Gilles.