L’arrivée de l’administration Trump sur Bluesky met en lumière les difficultés de croissance des réseaux ouverts

Traduction de Trump Administration’s Arrival on Bluesky… par Erin Kissane sur Tech Policy Press le 22 octobre 2025.

Le président Donald Trump s’entretient avec des membres de son cabinet et d’autres personnes au sujet du projet « Victory Arch » dans le Bureau ovale, le mardi 7 octobre 2025. (Photo officielle de la Maison-Blanche prise par Daniel Torok)

La semaine dernière, le ministère américain de la Sécurité intérieure — que l’on a vu pour la dernière fois malmener des journalistes, des enfants et des membres du clergé dans les rues de Chicago — s’est inscrit sur la plateforme sociale Bluesky et a commencé, avec les comptes de la Maison-Blanche et d’autres organismes fédéraux, à harceler et à menacerles adversaires politiques de l’administration Trump.

Ce n’est pas un hasard si, depuis des mois, les stratèges politiques américains ciblent Bluesky comme une cible de contrôle politique et de représailles. La mainmise sur les médias sociaux à grande échelle par la classe des milliardaires favorables à l’autoritarisme est pratiquement achevée : TikTok passe sous le contrôle d’amis milliardaires de l’administration Trump, X est dirigé par le même milliardaire qui a mis à mal des services gouvernementaux essentiels, et Meta est dirigée par un autre milliardaire au bilan désastreux en matière de droits de la personne et de désinformation. Les réseaux sociaux ouverts — comme ceux fonctionnant sur le protocole AT de Bluesky ou le protocole Activity Pub qui alimente Mastodon — constituent la seule brèche restante dans leurs champs de contrôle de l’information.

Avec environ 39 millions de titulaires de comptes, Bluesky reste minuscule comparativement aux méga-plateformes, mais en termes de chiffres, c’est le réseau social ouvert qui connaît le plus grand succès à l’heure actuelle. Grâce à sa relative facilité d’utilisation et à son engagement envers le travail de modération de base que les plateformes à grande échelle refusent de plus en plus d’effectuer, Bluesky est également devenu le réseau alternatif de prédilection pour les milieux universitaires, culturels et les communautés journalistiques de gauche qui ont quitté X ou qui préfèrent simplement ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier.

L’arrivée de l’administration sur Bluesky fait suite à plusieurs mois de commentaires centristes assimilant le réseau à une forme de gauchisme moralisateur propre à Twitter, dans laquelle les commentateurs en ligne se montrent grossiers envers les experts centristes et de droite — une suite prévisible à la couverture médiatique de 2024 présentant Bluesky comme un « paradis bleu ». Les trolls et commentateurs de droite ont attiré l’attention des médias nationaux pour avoir publié des messages transphobes signalés sur Bluesky ou pour avoir été suspendus pour avoir inondé les réponses de mèmes politiques. Plus récemment, les médias de droite ont exagéré le rôle de Bluesky en tant que refuge pour les menaces de violence politique et ont recommandé que le ministère de la Justice « mène une enquête approfondie » sur la plateforme (ainsi que sur cet autre foyer notoire de gauchisme, Reddit) pour des crimes non précisés qui auraient pu y être commis.

Laurens Hof, observateur avisé des réseaux sociaux, fait remarquer que le discours centriste dominant présente Bluesky à la fois comme un acteur mineur que l’on peut facilement ignorer et comme une force entièrement partisane. La diabolisation de la plateforme par la droite s’ajoute à ce cadre et franchit l’étape évidente suivante : si Bluesky est une base d’organisation pour une opposition que la droite qualifie de « terrorisme de gauche », la plateforme constitue alors une menace pour la sécurité publique et doit être réprimée.

Dans ce contexte, l’entrée en scène antagoniste de l’administration sur la plateforme s’explique surtout comme un jeu de poule mouillée : si les comptes de l’administration Trump enfreignent sans ambiguïté les conditions d’utilisation de Bluesky, comme ils semblent presque certains de le faire, l’entreprise devra soit supprimer les publications ou suspendre les comptes et faire face aux représailles de l’administration, soit modifier ses conditions d’utilisation pour s’adapter au trolling trumpiste, soit ignorer ces infractions. Aucune de ces options n’est avantageuse pour l’entreprise, qui devra décider dans quelle mesure elle souhaite être la cible des crises de colère bruyantes d’un pouvoir autoritaire, combien de temps et d’argent elle peut se permettre de consacrer à se défendre contre un régime qui mène ouvertement des poursuites politiques, et jusqu’où elle peut pousser une base d’utilisateurs déjà mal à l’aise après des mois de controverses très animées sur la modération.

Et pour l’écosystème du protocole AT (affectueusement surnommé l’atmosphère) dans son ensemble, les enjeux sont considérables : l’entreprise transfère déjà la gouvernance du protocole lui-même à l’Internet Engineering Task Force (IETF) et a publié un engagement de non-agression en matière de brevets au service de ses objectifs initiaux; ces mesures peuvent protéger l’atmosphère, mais il n’est pas certain que l’écosystème soit suffisamment stable — ou suffisamment décentralisé — pour résister à la perte de l’entreprise Bluesky.

Entre-temps, les 39 millions de titulaires de comptes sur Bluesky évoluent au sein d’un réseau dont les couches de protection technique et culturelle se sont fortement érodées depuis son lancement en 2023 : la barrière initiale à la connexion a depuis longtemps été supprimée et l’obscurité initiale du réseau n’a pas suffi à en faire une cible moins attrayante pour les acteurs étatiques autoritaires et les réseaux de harcèlement. Au-delà de cela, les tensions latentes entre l’entreprise et plusieurs communautés d’utilisateurs de la première heure ont sapé la confiance dans la volonté ou la capacité de l’entreprise à adopter des positions impopulaires pour protéger les groupes pris pour cible par les « guerriers de la culture » au sein du gouvernement fédéral. Bien que Bluesky ait maintenu le cap sur de nombreuses politiques de modération fondamentales contre le harcèlement et l’intolérance, ni le cadre ouvert et public au cœur de la mission de l’entreprise, ni sa préférence structurelle et stratégique pour une modération décentralisée ne répondent aux besoins de bon nombre de ses utilisateurs les plus vulnérables, qui souhaitent — et réclament haut et fort — des fonctionnalités et des politiques que l’entreprise n’est pas disposée ou incapable de fournir.

Comment tant de personnes cherchant à se protéger du harcèlement (principalement) de droite et de la répression étatique se sont-elles retrouvées sur un réseau « verrouillé-ouvert » dédié au réseautage à grande échelle et à la gouvernance décentralisée de la parole?

Comment en sommes-nous arrivés là

Rien ne prouve que la majorité des utilisateurs de Bluesky se soient tournés vers la plateforme en raison d’un intérêt durable pour le réseautage décentralisé ou la modération distribuée. Beaucoup ont peut-être été attirés — vers Bluesky ou vers le fediverse — par la perspective d’un réseau à l’abri des milliardaires, qui ne pourrait être accaparé, « enshittifié » ou transformé en outil politique. La plupart, cependant, semblent s’être tournés vers Bluesky parce que c’était l’option la plus simple et la plus pragmatique pour ceux qui ne pouvaient plus tolérer X.

Une brève chronologie montre clairement à quel point les événements sur Twitter/X — et, dans une certaine mesure, sur les grandes plateformes sociales — ont favorisé la migration des comptes basés aux États-Unis, d’abord vers le fediverse, puis, en plus grand nombre, vers Bluesky :

  • En février 2022, Bluesky a embauché ses trois premiers employés. Huit mois plus tard, Elon Musk a pris le contrôle de Twitter et a commencé à démanteler les politiques et pratiques de modération et de lutte contre la désinformation de la plateforme. Une vague de migrations de comptes de Twitter vers le fediverse (principalement Mastodon) a alors commencé.
  • En février 2023, Bluesky a lancé la bêta fermée de son application de référence, un prototype semblable à Twitter également appelé Bluesky. Le mois suivant, Twitter — devenu entre-temps X — a congédié davantage de modérateurs de contenu, tandis que Meta et YouTube ont eux aussi passé le printemps 2023 à revenir sur leurs engagements antérieurs en faveur d’un discours sain et de la lutte contre la désinformation. Une vague de migrations de X vers l’application Bluesky, encore accessible uniquement sur invitation, a alors commencé. Threads, le concurrent de Twitter développé par Meta (actuellement en version fermée, mais susceptible de s’ouvrir à l’avenir), a également été lancé cet été-là et a enregistré une hausse immédiate du nombre de nouveaux comptes, bien que son intégration étroite avec Instagram ait rendu ses chiffres d’utilisation initiaux et ultérieurs difficiles à interpréter.
  • En février 2024, Bluesky a ouvert l’inscription aux comptes et a permis aux utilisateurs non connectés de consulter la plupart des comptes et des publications. Tout au long de l’année 2024, Elon Musk a utilisé son compte et son rôle de dirigeant de la plateforme pour faire campagne en faveur de la candidature présidentielle de Trump. L’interdiction judiciaire de X au Brésil en septembre 2024 a entraîné un afflux d’utilisateurs brésiliens vers Bluesky, et après la réélection de Trump en novembre de la même année, une vague d’Américains a quitté X — et bon nombre d’entre eux se sont retrouvés sur Bluesky. Les dysfonctionnements et les changements de modération qui ont suivi sur X ont continué à pousser les utilisateurs vers les réseaux ouverts.

La raison la plus évidente de ces migrations vers les réseaux ouverts est que les gens souhaitaient ardemment quitter X sans perdre le contact avec leurs communautés. Mastodon, qui présentait davantage d’obstacles à l’adhésion et au rétablissement des liens rompus entre les communautés, s’est avéré difficile à utiliser pour beaucoup de gens. La migration des communautés vers Bluesky s’est avérée plus facile, tant au début en 2023 que, bien davantage encore, en 2024, lorsque les Starter Packs ont été lancés, rendant la récupération des communautés d’un réseau à l’autre en un seul clic bien plus accessible.

En raison des liens étroits entre les changements survenus chez Twitter et la croissance de la base d’utilisateurs de Bluesky, il existe un décalage entre ce que Bluesky semblait être aux yeux de nombreuses personnes — essentiellement, Twitter sans Elon Musk — et ce qu’est réellement la plateforme et ce qu’elle fait. Pour de nombreux utilisateurs, le problème est double : premièrement, les fonctionnalités de conception de la plateforme semblent identiques à celles des réseaux fermés familiers, mais il s’agit en réalité de quelque chose de complètement différent. Deuxièmement, l’engagement de l’entreprise à pratiquer une modération, tout simplement, semble avoir conduit de nombreuses personnes à croire qu’elle exercerait une modération centralisée, fortement contextuelle, résolument progressiste et de type communautaire1Est-ce chose possible ? GB sur cette plateforme mondiale en pleine expansion, ce qui n’est pas le cas.

Ça ressemble à un canard, ça marche comme un yéti

Du point de vue des fonctionnalités de conception, Bluesky ressemble à Twitter/X, mais fonctionne différemment car ses objectifs ne sont pas les mêmes. Bluesky offre de nombreuses fonctionnalités familières : vous pouvez suivre, interagir, bloquer, désactiver les notifications, télécharger des fichiers multimédias, ajouter du texte alternatif aux images et utiliser des listes, tout comme vous le feriez sur Twitter. Mais vous ne pouvez pas (encore) créer de comptes privés, car le protocole est conçu pour un réseautage ouvert et public; vous ne pouvez pas non plus faire passer une publication ou un compte du mode public au mode privé pour la même raison.

Bluesky offre également des fonctionnalités que vous ne trouverez pas sur la plupart des autres services : la modération distribuée facilite le marquage, la mise en sourdine ou le blocage de comptes en fonction des recommandations et des taxonomies d’une source de confiance. Des contrôles d’interaction très précis permettent aux utilisateurs de Bluesky de freiner les cascades d’interactions indésirables. Les flux personnalisés sont faciles à créer et peuvent mettre en avant des publications provenant d’une communauté, d’un sujet ou d’un type de lien donné (comme Paper Skygest pour les publications universitaires et Gift Links pour contourner les barrières d’accès payantes des médias). L’architecture du protocole facilite la création de services qui, par exemple, permettent aux utilisateurs de bloquer ou de mettre en sourdine en masse tous les abonnés d’un compte problématique, ou toutes les personnes ayant aimé une publication qu’ils jugent répugnante. Et ces fonctionnalités innovantes s’accompagnent de risques ou d’inconvénients nouveaux et parfois mal compris.

En fin de compte, Bluesky offre un ensemble de fonctionnalités et d’options différent de celui des plateformes fermées ou des écosystèmes décentralisés antérieurs comme le fediverse. Et — peut-être particulièrement en période de tension sociale généralisée — ces nouvelles options ne correspondent pas forcément à ce que tout le monde souhaite. Mais je pense qu’elles pourraient bien être ce dont nous allons avoir besoin. Ce qui nous amène au deuxième conflit entre l’entreprise Bluesky et plusieurs communautés parmi ses premiers utilisateurs : l’écart entre les attentes et la réalité de sa modération centralisée.

Modération de la plateforme contre gestion communautaire

Malgré son engagement à modérer la violence fondée sur l’identité et les campagnes de haine, Bluesky n’offre pas le type de gouvernance centralisée de la parole, riche en contexte et dirigée par la communauté, que de nombreux utilisateurs souhaitent. Plutôt que de passer en revue toutes les controverses depuis la création de l’entreprise, je me limiterai à deux des plus anciennes : la présence continue de Jesse Singal sur le réseau, et la suppression de comptes de collecte de fonds associés aux Palestiniens de Gaza. En bref, l’entreprise modérera les insultes anti-trans sur la plateforme, mais elle n’exclura pas un journaliste connu pour diffuser de la désinformation et entraver l’accès aux soins de santé affirmant le genre — car, selon Bluesky, il n’a pas enfreint ses conditions d’utilisation et l’entreprise n’exclut pas les utilisateurs en fonction de leur comportement à l’extérieur de la plateforme. Et malgré les réactions négatives des utilisateurs et l’attention des médias, Bluesky n’a pas collaboré avec des organismes qui auraient pu l’aider à mettre en place une validation et une modération tenant compte du contexte pour les comptes prétendant représenter les Palestiniens de Gaza — ou du moins, l’entreprise n’a donné aucun signe public de telles mesures.

Dans l’étude sur la gouvernance du Fediverse financée par le Digital Infrastructure Insights Fund que j’ai menée avec Darius Kazemi en 2023, nous avons utilisé le terme « modération à haut contexte » pour décrire le type de gouvernance que de nombreux utilisateurs souhaitent voir Bluesky mettre en œuvre, en écrivant que :

… les serveurs du Fediverse de taille moyenne, gérés de manière réfléchie, sont particulièrement bien placés pour offrir un modèle de communauté en ligne à haut contexte et sensible aux différences culturelles qui surpasse la plupart des interactions avec la gouvernance des plateformes centralisées.

Le travail de modération à contexte élevé s’intègre pleinement aux communautés spécifiques afin de comprendre leurs besoins et leurs aspirations. Selon les besoins de la communauté, il peut prendre en compte les comportements hors de la plateforme et recourir à l’analyse des rapports de force au service de la sécurité et de la justice communautaires. C’est le genre de modération adaptée à la culture que le modèle du fediverse peut permettre – et permet parfois. C’est également le type de modération qu’Blacksky Algorithms met en œuvre et que Northsky Social s’efforce de mettre en place au sein d’ATmosphere — et que le protocole AT a été, en théorie, conçu pour soutenir.

Ce type de modération est structurellement incompatible avec une gouvernance d’entreprise mondiale uniformisée, avant même que les acteurs étatiques ne commencent à manipuler et à censurer les réseaux à leurs propres fins. Bluesky a pris de nombreuses bonnes décisions en matière de modération — notamment celle de mettre en place une modération, ce qui lui a immédiatement fait perdre l’appui de son premier défenseur, le cofondateur et ancien chef de la direction de Twitter, Jack Dorsey. L’entreprise a également pris plusieurs décisions désagréables qui s’inscrivent néanmoins dans la ligne de ce qu’elle a toujours prétendu être, ainsi que quelques décisions chaotiques et malavisées. Mais je ne pense pas que les entreprises de plateformes devraient — ou puissent — agir comme la couche de gouvernance de nos vies en ligne. À cet égard, je partage la conviction éclairée de Mike Masnick, journaliste spécialisé dans les technologies et membre du conseil d’administration de Bluesky, selon laquelle la modération centralisée à l’échelle mondiale est une impasse. Et si la modération centralisée n’est pas une voie plausible pour l’avenir, alors il est nécessaire d’expérimenter une gouvernance véritablement dirigée par la communauté pour les réseaux décentralisés.

Mon espoir pour Bluesky n’a jamais été que Bluesky soit en soi un refuge durable pour les personnes vulnérables, mais qu’il puisse — aux côtés du nouveau conseil d’administration de Mastodon et de nombreuses initiatives naissantes — jeter les bases nécessaires à l’autogouvernance par des communautés qui possèdent les compétences et le dévouement requis pour prendre soin de leurs membres sur l’Internet social ouvert. Les gens n’ont pas tort de vouloir se protéger de la surveillance et du harcèlement, ni de rechercher une modération riche en contexte et centrée sur la communauté; malgré toutes les opinions d’experts exprimées dans des chambres d’écho, ce sont là des conditions nécessaires lorsque la vie en ligne a des effets aussi directs et dramatiques sur la nature de nos sociétés hors ligne.

Il est extrêmement improbable que l’entreprise Bluesky offre ces éléments — ni directement, ni à toutes les communautés, ni de la manière dont beaucoup de gens en ont besoin. Mais les projets de réseaux axés sur les communautés, bâtis sur le protocole AT — ainsi que sur Activity Pub et les protocoles ouverts qui verront le jour dans cinq, dix ou quinze ans — demeurent notre meilleure issue au cauchemar sociétal manipulateur (et parfois tout à fait littéral) que représente désormais une grande partie de l’Internet social.

Mais qu’en est-il aujourd’hui?

Il aurait été préférable que le secteur des réseaux ouverts dispose de plus de temps pour se développer — ne serait-ce qu’une ou deux années de plus avant l’acquisition de Twitter par Musk ou avant l’accélération de la dérive autoritaire mondiale. Mais les écosystèmes dont nous disposons aujourd’hui offrent de nombreuses façons aux personnes soucieuses de l’autogouvernance communautaire de soutenir le travail de mise en place de systèmes viables pour une gouvernance à haut contexte et de les relier entre eux, en appuyant des initiatives telles que Blacksky Algorithms et Northsky Social, qui développent des piles de réseaux sociaux basées sur le protocole AT et centrées sur les communautés noires et 2SLGBTQIA+, Bonfire Networks, qui développe des réseaux d’intérêt public de nouvelle génération sur le protocole Activity Pub, et A New Social, qui met en place des passerelles et des services de migration reliant les personnes et les communautés à travers des réseaux ouverts.

Pour les utilisateurs actuels de Bluesky, l’arrivée de l’administration Trump devrait servir de rappel utile que le protocole AT est conçu pour des réseaux entièrement ouverts et entièrement publics. À l’exception des messages privés et des dossiers internes relatifs aux décisions de modération et à la stratégie de l’entreprise (des exceptions importantes), l’entreprise Bluesky détient très peu de données qui ne soient pas déjà publiques et accessibles par l’intermédiaire de services tiers, ce qui signifie qu’elle ne peut pas être contrainte de divulguer, par exemple, des messages provenant de comptes privés, car ceux-ci n’existent pas. Les risques de surveillance pour les utilisateurs de Bluesky ne sont probablement pas, en réalité, plus élevés cette semaine qu’ils ne l’étaient auparavant, mais il n’est pas certain que la majorité des utilisateurs de Bluesky aient compris ces risques dès le départ. Et le risque d’être harcelé et menacé par des comptes du gouvernement américain et par les abonnés qu’ils ont amenés de X pour troller les utilisateurs de Bluesky s’est certainement accru.

La société civile a un rôle à jouer pour aider les utilisateurs de ces nouveaux réseaux à comprendre les nouveaux risques auxquels ils sont exposés lorsqu’ils fuient les mégaplateformes fermées et de plus en plus invivables. Les conseils de sécurité conçus pour les utilisateurs vulnérables sur les plateformes X ou Meta ne s’appliquent pas à l’identique à Bluesky — ni à Mastodon et aux autres plateformes du fediverse. Les institutions et les communautés visées par ces attaques devraient publier à l’intention de leurs membres des conseils éclairés sur les risques liés aux réseaux ouverts, ainsi que sur la meilleure façon d’utiliser les fonctionnalités de sécurité existantes de ces réseaux pour réduire leur vulnérabilité face aux attaques menées par des acteurs étatiques, des agents secrets et des harceleurs indépendants.

Sur le plan individuel, les personnes à la recherche de réseaux sociaux privés auraient peut-être intérêt, pour l’instant, à trouver un serveur Mastodon digne de confiance et à maintenir leurs liens avec leurs comptes sur Bluesky via des ponts de réseau. Sur ATmosphere, les personnes à la recherche d’une approche de gouvernance fermement ancrée dans l’entraide et l’autodétermination communautaire peuvent rejoindre Blacksky dès maintenant et/ou appuyer financièrement le projet.

En attendant, ne mettez rien dans vos messages privés sur Bluesky (ou Mastodon, X, Facebook, Instagram ou TikTok) que vous ne voudriez pas voir remis au gouvernement fédéral américain.


Fichier Excel des traductions par Gilles en vrac
Fiches avec les premières phrases (et non seulement les titres)
Les caractères gras dans le texte sont de Gilles.

Notes

  • 1
    Est-ce chose possible ? GB ↩︎