Chers concitoyens américains : l’ampoule du porche canadien s’est éteinte.

Le coût de Trump.

Traduction de My Fellow Americans: Canadian Porch Light Off par Ross Boulton, 20 août 2026.

L’histoire

Je voudrais vous parler d’une ampoule installée sur la marche arrière d’une maison à Memramcook, au Nouveau-Brunswick.

Ce n’est pas une lampe de sécurité. C’est une ampoule ordinaire dans un luminaire qui a été repeint tant de fois que les vis ont disparu sous les couches de peinture. La tradition qui y est associée est plus ancienne que n’importe quel occupant actuel de cette maison, et elle ne leur a jamais appartenu en propre. Ma grand-mère gardait la même lumière allumée sur une marche arrière en Louisiane, pour la même raison, et pour autant que je sache, les deux maisons n’en ont jamais discuté. Si la lumière est allumée, un lit est fait. On n’appelle pas à l’avance. On ne s’excuse pas pour l’heure. On monte les marches et on tourne la poignée, parce qu’une porte verrouillée sous un porche éclairé serait un mensonge, et on ne raconte pas ce genre de mensonge-là.

La propriétaire de la maison s’appelle Thériault. Je suis une Theriot. C’est le même nom. L’orthographe s’est divisée en 1755, lorsque les Britanniques ont envahi l’Acadie avec leurs navires et leurs listes. Les siens se sont réfugiés dans les bois le long de la Petitcodiac et y sont restés. Les miens ont pris la mer et ont fini par s’installer dans les bayous, où le nom de toute notre tribu déplacée a été simplifié en Cajun par des gens qui ne voulaient pas se donner la peine de dire Acadien.

Deux cent soixante et un ans. Onze générations. Deux pays maintenant, et deux façons complètement différentes de cuisiner une pomme de terre. Et tout au long de ce parcours, quelqu’un là-haut a laissé une lumière allumée pour quelqu’un ici-bas.

J’envoie du miel en décembre, deux quarts emballés dans du journal, provenant de ruches situées dans un champ près de la route de paroisse. Elle m’envoie en retour des cornichons à la moutarde, et chaque année, je lui dis qu’ils sont trop aigus, et chaque année, elle me les envoie quand même.

Elle est aussi venue me rendre visite. En octobre 2009, vers 22 h, après trente et une heures de route avec une glacière sur la banquette arrière et un petit-fils endormi contre la vitre. J’ai entendu la voiture et je me suis précipité vers la porte de la cuisine; elle se tenait déjà sur la marche, levant les yeux vers l’ampoule que la règle de ma grand-mère m’obligeait à laisser allumée.

« Tu l’as laissée allumée », a-t-elle dit. Pas « bonjour ». Pas « merci ». Elle l’a dit comme un homme qui relève un compteur et constate que le chiffre est exact.

Puis elle est entrée, a posé la glacière sur mon comptoir et m’a dit que le miel était bon, mais que l’étiquette était de travers.

Cette année, le potage est arrivé. Une carte l’accompagnait. Trois phrases et une initiale :

« On ne viendra pas. Ce n’est pas à cause de toi. On vous aime tous. — Y. »

Je l’ai lu deux fois, comme on le fait souvent, à la recherche du passage où elle s’explique. Il n’y en a pas. Elle a soixante-quatorze ans et c’est une Thériault, et les Thériault n’expliquent pas, ils cessent simplement de faire la chose, en silence.

Voici ce que je veux que vous compreniez, et c’est la raison pour laquelle j’écris ceci plutôt qu’un texte plus drôle.

Elle ne me boycotte pas.

Un boycott, c’est une prise de position. Un boycott, c’est une étagère dans un magasin d’alcool à Halifax où se trouvait autrefois le bourbon, une affiche dessinée à la main, et quelqu’un qui se sent bien dans sa peau pendant dix secondes. Un boycott, ça fait du bruit, et un boycott, ça prend fin.

Ce que ma cousine a fait, c’était une évaluation des risques.

Elle s’est assise à la table de la cuisine et elle a réfléchi à la frontière, et à la question de savoir si une femme de soixante-quatorze ans, dotée d’un passeport canadien, d’opinions bien arrêtées et d’un cellulaire rempli de textos, avait envie de faire la file pour une inspection secondaire dans un pays qui parle depuis dix-huit mois de faire de son pays un État. Elle a réfléchi au temps qu’il faudrait pour obtenir une réponse si les choses tournaient mal. Elle a réfléchi à qui elle appellerait.

Et elle a décidé que le miel n’en valait pas la peine.

Ces deux choses — le boycott et l’évaluation des risques — ne sont pas du tout la même chose, et la seconde est pire. Un boycott signifie que quelqu’un est en colère contre vous. Une évaluation des risques signifie que quelqu’un vous a discrètement reclassé. Cela signifie que, dans son esprit, vous êtes passé de la colonne intitulée famille à celle intitulée conditions. Personne n’annonce ce changement. Il n’y a pas de communiqué de presse. Il n’y a qu’une carte dans une boîte contenant un pot de cornichons, et une lumière qui ne s’allume plus.

Nous allons passer cette semaine à débattre des droits de douane. Cinquante pour cent, en vertu d’une disposition de la Loi sur les droits de douane de 1930 à laquelle aucun président n’avait eu recours en quatre-vingt-seize ans — annoncée, puis suspendue, puis reprogrammée, et au moment où vous lirez ces lignes, elle sera soit entrée en vigueur, soit non. Il y aura un chiffre. Ce chiffre fera l’objet de discussions.

J’ai lu les annexes. Tout le monde parle des autos, des produits laitiers et du whisky, parce que ce sont les secteurs qui ont des lobbyistes. Regardez plus loin. Le contreplaqué. Le ciment. Les cannes à pêche. Les semences. Les piscines. Les perruques.

Les bâtons de hockey.

Le petit-fils d’Yvette — le garçon qui dormait la tête contre la fenêtre — aiguise maintenant des patins et vend des bâtons dans un magasin à l’extérieur de Moncton. Il s’en sort bien. Il n’a jamais, de toute sa vie, pensé à Washington.

Quelqu’un, dans un bureau là-bas, a inscrit les bâtons de hockey sur une liste. Quelqu’un a tapé le code. Quelqu’un l’a paraphé et a transmis le dossier au bureau suivant, et chacun d’entre eux a fait son travail correctement. Aucun d’entre eux ne connaîtra jamais son nom. N’importe lequel d’entre eux le regretterait s’il le connaissait.

Les droits de douane feront l’objet de négociations. C’est toujours le cas. Quelqu’un annoncera un accord-cadre, les marchés réagiront, le montant baissera, et on verra une photo de deux hommes se serrant la main.

La lumière sur la marche arrière ne se rallumera pas à cause d’une photo.

Nous traitons cela comme un différend économique, alors qu’il ne s’agit pas avant tout d’un différend économique. Le commerce est ce que l’on peut mesurer; c’est donc ce dont nous discutons. Ce qui a réellement été dépensé, c’est quelque chose qui n’apparaît sur aucun formulaire douanier : l’hypothèse de travail, entretenue depuis des générations par quarante millions de personnes qui vivent juste au-dessus de nous, selon laquelle nous sommes des voisins sûrs.

Onze générations de ma famille ont bâti cette confiance, et une saison et demie l’a fait disparaître; elle ne reviendra que si on la reconstruit comme elle a été bâtie, ou elle ne reviendra pas du tout — lentement, par de petits gestes, grâce à des gens qui ne vivront pas assez longtemps pour voir le résultat.

Maintenant, la partie que j’ai évitée.

Je n’ai pas inscrit les bâtons de hockey sur une liste. Toi non plus. Mais j’ai eu dix-huit mois pour dire que le discours sur l’annexion n’était pas une blague, et pendant une grande partie de cette période, j’ai dit que c’était une blague, parce que dire que c’était une blague était plus facile que ce qui allait suivre. J’ai ri de la frontière du cinquante et unième État les premières fois. Je me suis dit que c’était du théâtre. Le théâtre ne t’exige rien. Le théâtre, tu peux le regarder.

Il existe une version de cette lettre où j’écris à propos d’eux — les fonctionnaires, les initiales, les proclamations. Cette version est plus confortable, et elle irait plus loin. Mais ma cousine n’a pas reclassé une proclamation. Elle a reclassé un pays, et elle a écrit ce n’est pas toi sur la carte parce qu’elle est gentille, et parce que, vue de sa table de cuisine, ce n’est pas le cas. De la mienne, je n’arrive pas à comprendre comment je peux me démarquer de ce pays dont elle refuse de franchir la frontière. Moi, toi et tous ceux que nous connaissons, nous tous ensemble, parce que de Memramcook, nous ne venons pas en morceaux. De là-haut, nous formons un seul pays et nous ressemblons à une seule et même chose, et ce à quoi nous ressemblons en ce moment, c’est une maison où quelque chose a changé et où personne à l’intérieur ne dira quoi.

Et voici ce que je n’ai cessé de compter depuis l’arrivée de la carte. C’est elle qui conduisait. À chaque fois, pendant trente ans, c’était sa voiture, ses trente et une heures de route et sa glacière sur mon comptoir. Je n’ai jamais, pas une seule fois, fait ce trajet vers le nord. Il ne m’est jamais venu à l’esprit que je devrais le faire, parce que la lumière était toujours allumée là-haut, et qu’une lumière qui reste toujours allumée, on finit par ne plus la remarquer.

Tu sais comment les familles gèrent ce genre de situation. Pas en se disputant. Par un appel téléphonique qui s’écourte. En célébrant l’Action de grâce chez quelqu’un d’autre cette année. En voyant la lumière du porche s’éteindre, ce qui n’est pas la même chose que de verrouiller la porte — la porte n’est pas verrouillée, ce n’est pas comme ça que ces gens font les choses — mais on ne voit plus les marches, et au bout d’un certain temps, on cesse de faire le trajet en auto pour aller voir ce qu’il en est.

Je suis sorti hier soir et j’ai mis une ampoule dans le luminaire de ma propre marche arrière. Soixante watts. Personne ne montera ces marches depuis New Brunswick, ni cette année, ni probablement l’année prochaine.

Je l’ai allumée quand même.

L’ampoule m’a coûté un dollar et quelques centimes à la quincaillerie de la rue Government. L’électricité coûte quelques centimes par nuit. C’est là tout le coût de garder un endroit prêt pour quelqu’un qui ne viendra pas — un dollar, et la volonté de passer pour un idiot sur son propre perron.

Je le recommande. Non pas parce que ça règle quoi que ce soit.

Parce que le jour où elle décidera finalement de faire le trajet, je ne veux pas qu’elle se retrouve assise au bout de ma rue dans le noir, à se demander si ça vaut la peine de s’arrêter.

— Baton Rouge, août 2026


Avertissement

Il s’agit d’une œuvre de fiction/satire. Les passages concernant des personnalités publiques et des institutions relèvent de l’opinion et du commentaire — ce ne sont ni des faits, ni des allégations, mais simplement le point de vue d’un citoyen, présenté de manière convenable. Tout lecteur assez perspicace pour trouver cette page l’est également pour distinguer la fiction d’une déclaration sous serment, et je vous fais confiance à cet égard. Les particuliers sont fictifs. Si l’un d’entre eux vous ressemble, c’est une coïncidence, et entre nous, c’est un peu vaniteux de votre part de le supposer. Rien ici ne constitue un conseil — financier, juridique, spirituel ou romantique. J’invente des histoires sur les puissants pour gagner ma vie. Je ne vais pas m’attaquer à la vôtre.

Une petite note d’ordre pratique. Cette publication est un discours sur des questions d’intérêt public, rédigé en Louisiane, où l’article 971 du Code de procédure civile permet à un auteur de répondre à une poursuite pour nuisance par une requête préliminaire et de renvoyer le plaignant chez lui avec les frais juridiques des deux parties à sa charge. Je mentionne cela de la même façon qu’une maison mentionne son chien — non pas comme une menace, mais simplement pour que personne ne soit surpris.

Fichier Excel des traductions par Gilles en vrac
Fiches avec les premières phrases (et non seulement les titres)
Les caractères gras dans le texte sont de Gilles.