Bâtir une communauté coopérative et solidaire

Traduction de Building A Cooperative Solidarity Commonwealth par Jessica Gordon Nembhard, 25 mai 2016. Originalement publié sur www.thenextsystem.org trouvé (en septembre 2026) sur sur popularresistance.org

48 à 61 minutes


Cet article de Jessica Gordon Nembhard, publié aux côtés de trois autres, fait partie des nombreuses propositions d’alternative systémique que nous avons publiées ou que nous publierons ici, au Next System Project1NB: ce site n’est plus en ligne-GB. Nous avons commandé ces articles afin de faciliter une discussion éclairée et exhaustive sur les « nouveaux systèmes », et, dans le cadre de cet effort, nous avons également créé un cadre comparatif qui sert de base à l’évaluation des propositions de systèmes selon un ensemble commun de critères.

Le prochain système dont nous avons besoin, et vers lequel nous espérons nous diriger, est une communauté coopérative au sein d’économies de solidarité locales interdépendantes. Un tel système se construit de bas en haut, en s’appuyant sur de multiples entreprises coopératives de base et sur des pratiques économiques démocratiques ancrées dans la communauté. Ces réseaux collaborent et se fédèrent, du niveau local aux niveaux municipal, régional, national et international.

Qu’est-ce qu’une coopérative?

Avant de définir une communauté coopérative, il est important d’en décrire les principales caractéristiques. Les coopératives sont des entreprises appartenant aux travailleurs ou aux personnes qui utilisent leurs services. Ces membres-propriétaires forment l’entreprise dans un but précis : répondre à un besoin économique ou social, fournir un bien ou un service de qualité (que le marché ne fournit pas de manière adéquate) à un prix abordable, ou créer une structure économique permettant de se lancer dans une production nécessaire ou de faciliter une distribution plus équitable. Les coopératives sont des entreprises à propriété collective et à gestion démocratique, dont la taille varie de très petite à très grande. Une entreprise coopérative repose sur les valeurs d’entraide, de responsabilité individuelle, de démocratie, d’égalité, d’équité et de solidarité, ainsi que sur la reddition de comptes et la transparence. De plus, elle doit fonctionner démocratiquement, conformément à un ensemble de principes — établis par l’Alliance coopérative internationale — qui comprennent l’adhésion ouverte, l’égalité des droits de vote pour chaque membre quelle que soit la somme investie (« une personne, un vote »), des dividendes basés sur l’utilisation, la formation continue et le souci de la communauté.[1] Les coopératives sont classées en trois grandes catégories, selon la relation entre les membres-propriétaires et l’objet de la coopérative : détenues par les consommateurs, par les producteurs ou par les travailleurs (ou une combinaison des trois).

Qu’est-ce qu’un Commonwealth coopératif?

Par « Commonwealth coopératif solidaire », j’entends un système de structures de propriété coopératives imbriquées dans toutes les industries et tous les secteurs de l’économie, où les coopératives et autres entreprises communautaires se soutiennent mutuellement en établissant des chaînes d’approvisionnement interconnectées, en collaborant à des projets et en partageant le financement. Ces interconnexions commencent à l’échelle locale, mais s’étendent en structures imbriquées régionales, nationales et internationales, selon les besoins (et dans la mesure où cela est rationnel) .

Par exemple, dans un Commonwealth coopératif, une coopérative de crédit aide à développer des coopératives de travailleurs, offre des services financiers aux membres des coopératives et accorde des prêts à faible taux d’intérêt aux coopératives de vente (pour acheter un immeuble, par exemple) et aux coopératives d’habitation. La coopérative de vente dépose son argent à la coopérative de crédit, ce qui augmente les réserves de cette dernière et lui permet d’accorder davantage de prêts communautaires. Les membres de la coopérative d’habitation gèrent eux-mêmes leurs services de gestion, de sécurité, et d’entretien sous forme de coopératives détenues par les travailleurs, qui fournissent également des services à la coopérative de crédit et au magasin coopératif, et ont recours à la coopérative de crédit pour leurs services financiers. Les résidents sont également propriétaires d’ateliers de couture coopératifs, d’entreprises de restauration, de garderies et de centres de soins à domicile, qui vendent leurs produits aux autres coopératives et utilisent leurs services. Le modèle peut également englober des coopératives industrielles dans les domaines du recyclage, de la production d’énergie alternative, des services de blanchisserie et de la fabrication. Des liens se créent chaque fois que les membres-propriétaires utilisent les services d’autres coopératives et entreprises communautaires ou s’approvisionnent auprès d’elles. Dans ce système, chacun fait partie de plusieurs coopératives différentes, mais interreliées. Ces coopératives interreliées s’entraident également et collaborent pour répondre aux besoins sociaux. Par exemple, si une coopérative traverse des difficultés financières ou si la communauté a besoin de logements abordables supplémentaires, une partie de l’excédent d’une coopérative rentable peut être affectée à ces besoins. Le troc, le don et les relations de commerce équitable sont tous intégrés à ces activités et à ces échanges (voir ci-dessous sous « système de solidarité »).

Qu’est-ce qu’un système de solidarité?

Le terme « coopérative » peut être défini de manière large pour inclure tout type de coopération économique au sein d’un système de solidarité, mais ma définition privilégie la propriété coopérative et les entreprises coopératives. Par « système de solidarité », j’entends un ensemble non hiérarchique, non exploiteur et équitable de relations et d’activités économiques axées sur la base — c’est-à-dire sur les gens (les gens avant le profit), autochtones, participatives, fondées sur les besoins humains, les valeurs humaines et la durabilité écologique. [2] Dans le système de solidarité, l’excédent, ou profit, est partagé de manière équitable, par le biais d’un processus décisionnel démocratique, et utilisé pour le bien commun. Les risques sont collectivisés, les compétences sont perfectionnées, l’apprentissage est continu et les pratiques économiques sont durables (tant sur le plan écologique que sur le plan commercial), ce qui apporte une prospérité collective. Le capital est démocratisé et largement détenu ou contrôlé par l’ensemble de la population. Dans ce système, le capital est subordonné au travail, au sens où l’entend David Ellerman (c’est le travail qui loue le capital plutôt que le capital qui loue le travail);[3] et les rendements reviennent au travail plutôt qu’au capital.[4] Dans un système de solidarité, nous suivons les principes de la pensée de la septième génération et agissons en tant que gardiens des biens communs, de la Terre-Mère et de notre écologie. [5]

Par « système de solidarité », j’entends un ensemble non hiérarchique, non exploiteur et équitable de relations et d’activités économiques axées sur la base — c’est-à-dire celles du peuple (les gens avant le profit), autochtones, participatives, fondées sur les besoins humains, les valeurs humaines et la durabilité écologique.

C’est également un système où les personnes marginalisées et opprimées mettent à profit leur sens de la solidarité (acquise en subissant des formes similaires de domination et d’exploitation raciales, sociales, politiques, culturelles et/ou économiques) pour se mobiliser économiquement et lutter contre leurs oppressions, leur exclusion économique et leur exploitation. Ce sentiment de solidarité contribue également à maintenir la cohésion du groupe et constitue le fondement de l’établissement de la confiance au sein de celui-ci.

Un système solidaire reconnaît les maux que sont le racisme, le sexisme et le patriarcat, et s’attaque délibérément à l’oppression et à l’exclusion en développant des valeurs, des politiques et des pratiques visant à les atténuer. Il vise à donner une voix et du pouvoir à ceux qui en sont habituellement privés.

L’idée est qu’aucun groupe ni aucune personne ne s’accapare à lui seul tout le « butin ». La richesse et la prospérité circulent véritablement au sein de la communauté. Et ce sont les membres de la communauté, en particulier ceux qui effectuent le travail et ont besoin de ressources pour vivre, qui décident de l’utilisation de ces ressources. Dans un système qui intègre la prospérité partagée, la prise de décision partagée et l’activité économique collective, la démocratie économique rayonne dans d’autres sphères sociales et politiques, et enrichit la société civile, ainsi que le bien-être familial et individuel.

Énergie sociale

Un aspect particulièrement important, mais dont on ne parle pas assez, est le fait que les ressources ne sont pas uniquement financières. Il ne s’agit pas seulement de relations de marché. En fait, nous devrions être en mesure de nous débarrasser du système des prix, comme l’espérait le chercheur afro-américain W.E.B. Du Bois. Dès le début des années 1900, il écrivait que les Afro-Américains devaient être à l’avant-garde de la création d’une coopération intelligente qui démantèlerait le système des prix et mettrait en place une économie fondée sur le bien commun, au service de celui-ci.

Il nous appartient désormais de donner au monde un exemple de coopération intelligente afin que, lorsque la nouvelle communauté industrielle verra le jour, nous puissions y entrer en tant que peuple expérimenté et ne pas être à nouveau laissés à l’écart comme de simples mendiants. … Si, en ouvrant la voie en tant que consommateurs coopératifs et éclairés, nous nous libérons des idées liées au système des prix et devenons des pionniers au service du bien commun, nous pourrons entrer dans la nouvelle cité en tant qu’hommes et non comme des mules.[6]

Ainsi, ce système que je décris ne dépendrait pas autant des forces du marché et d’un système de prix, mais serait davantage axé sur les besoins humains et les relations humaines — une écologie économique coopérative au sein d’une communauté solidaire. Cela tiendrait compte non seulement de l’apport de capital à une entreprise économique, mais aussi des autres ressources et de la capacité d’agir que vous apportez, ainsi que de la manière dont vous collaborez avec les autres (capital social).

L’un de mes collègues, Curtis Haynes, de l’Université d’État de Buffalo, utilise le concept d’« énergie sociale », inspiré par Du Bois.[7] Haynes explique que l’énergie sociale ne se limite pas à la contribution en travail — où l’on acquiert une part grâce au travail fourni, le travail en nature — mais aussi d’autres formes d’énergie, telles que l’enthousiasme, la bienveillance et la persévérance dont on fait preuve pour soutenir l’entreprise et assurer sa pérennité. L’énergie sociale concerne la qualité des interactions sociales que les coopérateurs apportent, ainsi que le soutien qu’ils fournissent pour le bien de l’entreprise et de leurs collègues coopérateurs. Il s’agit d’une forme de capital social, selon Haynes. Une grande partie de la productivité et du succès des coopératives et des relations d’économie solidaire découle de ce type d’énergie et de la qualité des relations sociales, de la confiance et du leadership qui s’y établissent. Il ne s’agit pas seulement de l’argent investi ou des heures travaillées, mais surtout de cette énergie : les liens tissés avec les autres, la façon dont nous travaillons ensemble pour résoudre les problèmes, prendre des décisions, ainsi que la manière et le moment où nous assumons le leadership (capacité d’agir). Comprendre que cette énergie sociale est tout aussi importante que les contributions financières est une autre façon d’envisager « le nouveau système », et une autre façon de réfléchir à la manière dont nous démocratisons le capital. Il s’agit d’enthousiasme, d’attention aux autres, de persévérance et de souci de la communauté. Nous avons besoin d’économies démocratiques, centrées sur les personnes, ancrées dans la communauté, collectives et durables, qui génèrent de la prospérité pour tous et protègent la Terre mère.

Approfondir la réflexion

1. Objectifs fondamentaux

Les objectifs fondamentaux d’une communauté coopérative et solidaire sont les suivants : créer une prospérité économique durable pour tous; éliminer la pauvreté, les milliardaires, les inégalités économiques, le racisme, le sexisme et la discrimination; et accroître le contrôle démocratique local sur l’activité économique, le capital et la richesse collective. Le but est de développer une économie coopérative et solidaire qui intègre les éléments suivants :

  • la démocratie économique;
  • des valeurs sociales et économiques humaines;
  • des relations justes et non exploiteuses;
  • la participation démocratique;
  • la diversité;
  • l’équité;
  • la durabilité écologique;
  • la dignité du travail;
  • la reconnaissance de la productivité invisible (notamment l’éducation des enfants, les soins aux aînés et les tâches ménagères);
  • le contrôle démocratique sur le capital; et
  • la propriété collective des actifs, l’accumulation de la richesse ainsi que la répartition des actifs et de la richesse.

2. Changements majeurs

Pour parvenir à une économie coopérative et solidaire, nous avons besoin d’une propriété coopérative et d’une gouvernance démocratique accrues au sein des entreprises. Nous avons besoin d’une information, d’une éducation et d’une formation largement accessibles sur la façon de diriger une entreprise de manière démocratique et de fonder une coopérative. Nous devons ensuite mettre en place des chaînes d’approvisionnement interdépendantes et des fédérations entre les entreprises coopératives et communautaires, afin de les renforcer et de les stabiliser. D’autres éléments contribueront à la création d’une économie coopérative et solidaire : la solidarité salariale et les salaires de subsistance, le partage des profits, le logement abordable, la criminalisation des prêts à risque et des pratiques de prêt prédatrices, ainsi que l’accès gratuit à l’enseignement supérieur. La solidarité salariale implique des salaires équitables sur le lieu de travail, de sorte qu’il y ait peu de différence entre les employés les mieux rémunérés et les moins bien rémunérés. Un rapport salarial de six pour un, ou moins, est optimal. Tous les salaires et traitements doivent être des salaires de subsistance assortis d’avantages sociaux complets et inclure la participation aux bénéfices, à défaut d’une participation réelle à la propriété. Sans ces caractéristiques, une économie solidaire ne peut exister. De nombreuses coopératives et réseaux de coopératives intègrent ces éléments et, là où cela est déjà une pratique courante, les coopératives seront plus compétitives et le chemin vers l’augmentation du nombre de coopératives sera plus court.

De plus, il devrait être illégal de recourir à des pratiques de prêt à risque ou prédateurs (pour des taux d’intérêt supérieurs de plus de 3 % au taux préférentiel, par exemple) et de se livrer à la servitude pour dettes (comme le métayage). Ces pratiques maintiennent les gens dans la pauvreté en les enfonçant dans l’endettement ou en les empêchant d’accéder au capital. L’endettement et le manque de capital sont deux des principales causes de la faible richesse et de la pauvreté. De plus, nous devons avoir accès à des capitaux non abusifs pour aider les gens à financer leurs projets économiques et à apporter leur contribution en capital à des entreprises coopératives ou à des coopératives d’habitation. Parallèlement à l’interdiction des prêts abusifs, la société devrait privilégier les coopératives de crédit de développement communautaire, les banques coopératives, les institutions financières de développement communautaire non exploiteuses et les banques publiques régionales, en tant qu’institutions financières de choix. Historiquement, ces institutions ont fourni des services financiers abordables, ont fait recirculer le capital au sein des collectivités, ont été organisées avec des conseils d’administration communautaires et ont pratiqué une gouvernance démocratique.

Le logement ne devrait pas coûter plus de 20 % du revenu, puisque ceux qui y consacrent plus de 30 % sont considérés comme « surchargés » (dans les années 1940, la politique de logement abordable exigeait que personne ne consacre plus de 20 % de son revenu aux frais de logement).[8] Un logement véritablement abordable est essentiel, et en réalité, le logement ne devrait pas être transformé en marchandise. Le logement ne devrait pas faire partie de la spéculation immobilière. Là encore, cela contribuerait à éliminer la pauvreté et à accroître la stabilité économique, mais permettrait également aux gens de disposer d’une partie de leur revenu pour nourrir leur famille, acheter leur part de capital dans une coopérative d’entreprise, ou investir dans la formation et le développement des coopératives d’entreprise. Si tous les logements représentaient 30 % du revenu ou moins, nous n’aurions pas besoin de coopératives d’habitation à capital limité, mais les gens pourraient tout de même recourir aux coopératives d’habitation comme modèle d’accession à la propriété.

Étant donné l’importance cruciale de l’éducation, un baccalauréat devrait être gratuit et s’accompagner d’une allocation couvrant le coût de la vie pour toute personne inscrite à temps plein. Là encore, si les études collégiales étaient gratuites, non seulement davantage de personnes obtiendraient un baccalauréat, mais la plupart des dettes d’études seraient également éliminées. Avec peu ou pas de dette, les gens auraient les moyens d’acheter leur part dans une coopérative et d’investir dans leur communauté. L’éducation gratuite pourrait être financée par des taxes sur les drogues, l’alcool, le tabac et la marijuana. De plus, nous devons exiger une formation de base en économie coopérative et solidaire, de la maternelle au collège. Il devrait y avoir un programme d’études de base à chaque niveau scolaire, comprenant un contenu approprié et une expérience pratique des principes de l’économie coopérative et solidaire.

Nous devons également réorienter notre approche, passant d’une société de consommation à une société de production — en produisant des biens et des services pour satisfaire des besoins, et non pas pour la simple consommation, ni dans le seul but de réaliser des profits.

Nous devons également réorienter notre approche, passant d’une société de consommation à une société de production — en produisant des biens et des services pour satisfaire des besoins, et non pas pour la simple consommation, ni dans le seul but de réaliser des profits. Cela impliquera de produire et d’acheter des produits localement autant que possible. De plus, la publicité ne sera plus nécessaire, surtout pas la publicité agressive. Le marketing consistera davantage en un partage d’information, afin que les gens puissent s’informer et juger quels produits conviennent le mieux à eux-mêmes, à leur famille ou à leur entreprise, et coordonner le commerce, les échanges et le transport des biens et des services. En mettant l’accent sur l’éducation, le savoir et le bien commun, la superficialité et la déformation de la vérité — qui sont devenues la marque de commerce de la publicité — n’auront plus leur place. Et comme la publicité nous donne (et surtout à nos enfants) l’impression que nous ne voulons pas seulement, mais que nous avons besoin de choses dont nous n’avons pas vraiment besoin et/ou que nous ne pouvons pas nous permettre, l’absence de publicité nous permettra de nous concentrer sur l’enseignement des valeurs d’une économie solidaire et des compétences nécessaires à une participation économique démocratique.

3. Principaux moyens

Des lois coopératives universelles et une législation habilitante, associées à bon nombre des changements de politiques mentionnés ci-dessus, contribueraient grandement à nous aider à élargir la propriété coopérative et à mettre en œuvre une économie solidaire coopérative. Le développement de banques publiques, ainsi que les prêts accordés par les banques publiques et les coopératives de crédit pour le développement coopératif, sont nécessaires. L’impôt sur la fortune et les taxes sur les transactions à l’étranger constituent des moyens de réduire les inégalités de richesse et d’accroître les fonds mis à la disposition des nouvelles banques publiques. Des politiques de taux d’intérêt non prédateurs (comme évoqué plus haut) sont essentielles. Des modèles tels que les coopératives de Mondragón en Espagne ont utilisé la coopérative de crédit non seulement comme principale institution bancaire, mais aussi comme moteur du développement coopératif, tant en matière de stratégies de développement d’entreprise que de financement.[9] Et très tôt, la coopérative de crédit de Mondragón, la Caja Laboral Popular, a financé la recherche et le développement pour les entreprises coopératives.[10]

Comme mentionné plus haut, une éducation généralisée à l’économie coopérative et solidaire, à tous les niveaux scolaires, dans tous les établissements d’enseignement et par l’entremise d’académies coopératives communautaires, est essentielle. Nous devons tous connaître et comprendre les coopératives et l’économie solidaire mieux que nous ne comprenons le capitalisme. Les échanges économiques coopératifs et solidaires doivent être considérés comme la norme régissant nos relations économiques les uns avec les autres.

La stratégie de mise en œuvre de la propriété coopérative devrait commencer par des pratiques économiques solidaires locales, issues de la base, qui s’interconnectent entre elles et avec les entreprises coopératives, les fournisseurs, les acheteurs et les associations régionales. Nous devons également développer et renforcer les associations sectorielles, ainsi que les fédérations régionales, nationales et internationales. Nous aurons de plus en plus besoin de politiques qui soutiennent le développement des entités de l’économie solidaire (sur les plans commercial, financier, des investissements et de l’éducation). Tout cela mènera à la création d’entreprises coopératives plus formelles et de plus grande envergure, qui s’articuleront entre elles et s’approvisionneront mutuellement. Grâce à la pratique de la démocratie économique locale et de la propriété coopérative, nous développerons davantage de telles entreprises et renforcerons la demande de politiques et de lois favorables et de soutien. De plus, la conversion d’entreprises existantes en coopératives de travailleurs constitue une autre stratégie qui ne nécessite pas de repartir de zéro. Des organisations telles que le Democracy at Work Institute se sont attachées à élaborer des modèles et des politiques évolutifs pour soutenir cette pratique. [11] Dans le cas de la conversion d’une entreprise déjà existante en coopérative, les employés savent déjà comment gérer l’entreprise. Ce dont ils ont besoin, c’est d’une meilleure connaissance du modèle, d’une formation à la gestion d’une entreprise démocratique et d’un soutien pour la conversion en une organisation économique détenue par les travailleurs. Cela peut se faire de manière organique, lorsque les propriétaires décident de vendre à leurs employés, ou par le biais d’initiatives éducatives qui encouragent les travailleurs à racheter des entreprises dont les propriétaires sont sur le point de prendre leur retraite.

4. Portée géographique

Ce modèle verra le jour aux États-Unis, notamment auprès des personnes de couleur à faible revenu et de leurs alliés, des progressistes et du milieu syndical. Cependant, de nombreux autres pays sont plus avancés que nous et offrent des stratégies et des modèles dont nous pouvons nous inspirer. Il est donc également important de renforcer les liens avec les économies coopératives et solidaires qui existent déjà. Je me concentre toutefois ici sur la manière dont nous pouvons transformer les États-Unis en une économie coopérative et solidaire, puisqu’ils constituent le cœur même du néocolonialisme, des inégalités économiques, de la discrimination et de l’oppression. Même dans ce contexte, il existe aux États-Unis des poches de pratiques et d’initiatives d’économie solidaire qu’il convient de poursuivre, de renforcer et d’étendre, telles que : le Democracy at Work Institute, le Southern Grassroots Economies Project, l’Union-Coop Initiative avec le syndicat United Steel Workers, l’initiative « One Worker One Vote » et la Cooperative Economics Alliance of New York City. [12] De plus, pour soutenir nos efforts, nous devons forger des alliances et établir des liens commerciaux avec les mouvements mondiaux de l’économie solidaire et coopérative.

5. Portée temporelle

Une grande partie de ce que je propose est immédiatement applicable, car nous savons comment développer des coopératives; elles existent déjà. Il existe une économie solidaire solide et, du moins à petite échelle, ce modèle peut coexister avec le système actuel. Ce dont nous avons besoin, c’est de plus de visibilité, de plus de capital consacré au développement coopératif et de plus de politiques visant à soutenir la propriété coopérative des entreprises. Nous avons également besoin d’une plus grande exposition à ces modèles et d’une meilleure éducation à leur sujet. Ainsi, bien que nous disposions des moyens, nous n’avons pas nécessairement la volonté, ou du moins pas la prise de conscience nécessaire. Et nous ne sommes pas encore assez forts pour nous engager dans une mise en œuvre à grande échelle. Tout cela reste encore quelque peu idéaliste. De manière réaliste, il nous faudra de vingt à trente ans pour développer progressivement davantage de coopératives, par le biais de conversions et d’un développement ascendant, et pour renforcer et élargir l’économie solidaire. Nous avons besoin de lois favorables aux coopératives. Mais, à mesure que davantage de coopératives verront le jour, nous commencerons à modifier les lois, car les gens comprendront mieux ce dont ils ont besoin pour créer un système plus complet, et exigeront davantage de transparence et de soutien pour l’économie solidaire coopérative.

De manière réaliste, il nous faudra de vingt à trente ans pour développer progressivement davantage de coopératives, par le biais de conversions et d’un développement ascendant, et pour renforcer et élargir l’économie solidaire.

6. Théorie du changement

La théorie du changement qui sous-tend ce modèle de communauté coopérative solidaire est la suivante : plus les gens pratiquent la démocratie économique, la propriété collective et la transparence économique, plus ils s’attendront à voir ces pratiques s’appliquer dans le reste de leur vie. Les gens travailleront à apporter les changements nécessaires pour mettre en place ce système. Il s’agit d’un modèle de changement venant de la base, fondé sur la mise en pratique de la solidarité économique locale et de la propriété collective. Nous passons au moins huit à neuf heures par jour au travail (ce qui représente plus de temps que nous n’en passons nulle part ailleurs chaque jour). Si nous consacrons ce temps à la démocratie économique, nous transformerons nos relations économiques, nous nous engagerons davantage sur le plan civique et nous en saurons davantage sur les choix financiers, la constitution d’actifs et la prise de décision collective. Davantage de personnes acquerront les compétences nécessaires pour évoluer et gérer des milieux de travail démocratiques. Elles s’attendront à une véritable démocratie dans tous les domaines de leur vie et œuvreront en ce sens. Davantage de personnes développeront des compétences en leadership et assumeront des rôles de direction dans les sphères économique, sociale et politique. Elles se présenteront aux élections afin de promouvoir la propriété coopérative et d’adopter des politiques qui soutiendront l’économie solidaire coopérative. Davantage de personnes connaîtront la prospérité, et ce niveau de bien-être se traduira par des retombées sociales et culturelles. Parmi les obstacles, mentionnons : le financement des coopératives, la réduction des inégalités de richesse, ainsi que l’influence et la richesse excessives des grandes sociétés et des riches. Comment réduirons-nous suffisamment leur influence et leur emprise pour permettre à ces autres activités de s’épanouir?

7. Quelques précisions : Économie

(a) Comment les actifs productifs et les entreprises sont-ils détenus? La propriété diffère-t-elle selon les échelles (communauté, nation, etc.)? Les formes de propriété varient-elles selon le secteur économique (banque, fabrication, soins de santé, etc.)?

Certaines de ces questions ont trouvé réponse ci-dessus. Dans l’économie solidaire actuelle, le troc est relativement répandu et, là où cela s’avère approprié, il se poursuivrait. La propriété coopérative et la prise de décision par les résidents de la communauté constitueront la structure privilégiée de propriété et de gouvernance. Comme expliqué plus haut, l’objectif est de mettre en place des coopératives imbriquées, des coopératives de deuxième niveau et des fédérations de coopératives aux niveaux régional et national, mais il n’y aura pas de propriété nationale, à l’exception des banques publiques et des services publics.

(b) Comment les décisions d’investissement publiques et privées sont-elles prises?

Le modèle d’investissement mettra l’accent sur l’investissement collectif et coopératif par l’entremise de clubs et d’associations formés par les résidants et les groupes communautaires. Les banques publiques et les coopératives de crédit en seront les intermédiaires. Le capital sera démocratisé, car les décisions le concernant seront prises par consensus par ceux qui créent et ont besoin de la richesse.

(c) Quel est le rôle du profit privé et de la recherche du profit? Qui détient et contrôle l’excédent économique?

Il s’agit essentiellement d’un système sans but lucratif, où l’activité économique et les décisions seront fondées sur les besoins et le soutien du bien commun. L’utilisation du terme surplus, plutôt que « profit », souligne qu’une entreprise viable générera un surplus, mais que la rentabilité n’est pas l’objectif principal de l’activité économique. Et ce surplus — tout comme la terre, le capital, les machines et les fournitures — sera détenu et contrôlé par les travailleurs et les membres pour le bien commun. C’est un système fondé sur les besoins des gens, et non sur le profit. L’excédent servira à renforcer le bien commun et à assurer la prospérité pour tous. À terme, il sera illégal, dans ce système, d’être milliardaire (de posséder une richesse excessive) et d’imposer des intérêts et des loyers excessifs. Il y aura une solidarité entre les salaires et le capital.

(d) Quel est le rôle du marché des biens et des services? En matière d’emploi? Autres?

Les marchés perdront progressivement de leur influence, et la fixation des prix reposera sur les besoins, l’accessibilité financière et le bien commun. Chacun touchera un salaire de subsistance assorti de tous les avantages sociaux, selon le principe de la solidarité salariale. Et en tant que propriétaires, tous les membres de chaque entreprise collective décideront de l’utilisation des excédents. La prise de décision au niveau de l’entreprise constituera le principal mécanisme d’équilibrage de l’activité économique.

(e) Quel est le rôle de la planification dans votre modèle? Comment est-elle structurée? Comment est-elle démocratisée, le cas échéant?

Une planification démocratique par lieu de travail, avec des assemblées régionales et nationales de représentants par secteur et par région, servira à coordonner la planification de chaque entreprise aux niveaux municipal, régional et national. Il s’agit d’une approche ascendante, et les décisions, tout comme les politiques, découlent autant que possible de la participation, des intérêts et des besoins locaux. Une bonne planification est essentielle, mais l’objectif est une planification décentralisée et coordonnée.

(f) Comment l’économie internationale et l’intégration économique sont-elles gérées?

Les valeurs et les politiques du commerce équitable seront mises en œuvre. Un autre objectif sera l’élimination des sociétés multinationales, qui seront remplacées par des fédérations nationales et internationales de coopératives et d’entreprises solidaires. Il faudra une coopération mondiale et des accords internationaux, en particulier entre les coopératives secondaires et les fédérations nationales, mais aussi dans les domaines de la réglementation des affaires et de l’industrie, des lois et des politiques.

(g) Comment aborde-t-on la localisation économique, la mondialisation, la décentralisation, la « glocalisation » et les enjeux similaires? Où se situe le centre principal de la vie économique?

Comme indiqué plus haut, le centre principal de la vie économique se situera au niveau local, au sein des communautés de base, dont les résidents se fédéreront ensuite à des échelons municipaux, régionaux, nationaux et internationaux plus vastes. Mais nous devons penser à l’échelle mondiale tout en agissant localement. Il faudra à terme mettre en place une coopération mondiale et conclure des accords internationaux afin que le commerce équitable se généralise et que la fuite des capitaux soit réduite (voire éliminée).

(h) Comment la concurrence et la coopération économiques se manifesteront-elles?

Il ne s’agira pas d’un système concurrentiel au sens où on l’entend actuellement. Ce sera un système économique fondé sur la solidarité, l’absence d’exploitation, la coopération et la lutte contre l’oppression. Dans ce système, il y aura une saine concurrence entre collègues, entre travailleurs et entre les secteurs, de sorte que les gens seront encouragés à donner le meilleur d’eux-mêmes, à bien servir leurs collègues coopérateurs et leurs concitoyens, et à résoudre les problèmes de la société. Chacun sera tenu de rendre des comptes au regard du bien public; la concurrence consistera à œuvrer pour le bien commun et à résoudre les problèmes de manière à bénéficier au plus grand nombre et de la meilleure façon possible. La motivation du profit étant atténuée ou orientée vers le bien commun, et en l’absence de publicité et de commercialisation, la concurrence traditionnelle diminuera, voire disparaîtra.

Chacun sera tenu de rendre des comptes au regard du bien public; la concurrence visera à assurer le bien commun et à résoudre les problèmes de manière à profiter au plus grand nombre et de la meilleure façon possible.

(i) La marchandisation, la commercialisation et les biens communs apparaissent-ils dans votre analyse?

Le développement et la gestion des biens communs seront essentiels. Des fiducies foncières communautaires seront nécessaires pour lutter contre la spéculation immobilière. Et, encore une fois, une économie sans but lucratif fondée sur l’usage et l’équité, avec des lois pour soutenir ces principes, sera mise en place. Il n’y a pas de place pour la commercialisation ou la marchandisation; les besoins humains et le souci du bien commun régiront cette économie.

(j) Comment la propriété privée est-elle traitée dans votre analyse?

La propriété collective, les terres communes et les fiducies foncières communautaires constitueront les modèles de propriété privilégiés; la gestion responsable des terres sera la valeur prédominante. L’investissement collectif, comme mentionné plus haut, sera le mode privilégié de gestion des investissements si ceux-ci s’avèrent encore nécessaires. Les fiducies foncières communautaires seront gérées par des conseils communautaires démocratiques à but non lucratif qui détiendront les terres et les droits d’aménagement. Elles contribueront à mettre fin à la spéculation immobilière et à maintenir des prix abordables pour les locataires et les propriétaires, tout en conservant les terres entre les mains de la communauté. Les coopératives d’habitation et les coopératives de travailleurs constitueront également des mécanismes d’accession à la propriété et permettront aux communautés d’accéder à des espaces publics. Certaines coopératives de travailleurs seront propriétaires de maisons de vacances collectives en plus de leurs propres usines et magasins, de sorte que les travailleurs-propriétaires n’auront pas besoin de posséder leurs propres propriétés individuelles. La notion de biens communs et de gestion responsable du territoire, ainsi que la prise de décision démocratique en matière foncière, finiront par prévaloir.

(k) Quelle répartition des tailles d’entreprises envisagez-vous?

Des petites entreprises comptant 1 000 employés ou moins, détenues en coopérative, constitueront le tissu économique. La plupart seront de petite taille, avec 100 à 250 employés, voire moins de 100 employés. Au départ, il y aura encore un mélange de sociétés capitalistes, mais celles-ci diminueront et finiront par devenir indésirables et inutiles (voire illégales), à mesure que les coopératives et l’économie solidaire se développeront et se renforceront.

(l) Comment envisagez-vous l’avenir des grandes sociétés et quelles mesures spécifiques envisagez-vous en matière de gouvernance et de contrôle d’entreprise, tant à l’interne qu’à l’externe?

Les grandes sociétés seront éliminées, car il deviendra illégal pour de petits groupes de personnes de posséder de très grandes sociétés (en particulier celles dont le budget dépasse celui d’une municipalité de taille moyenne ou le budget d’un État). Le ratio employés/conseil d’administration augmentera, à mesure que de nombreuses entreprises se transformeront en coopératives de travailleurs, se décentraliseront et fonctionneront en lien plus étroit avec leurs communautés locales. À la place des grandes entreprises, des fédérations et des associations régionales et nationales représentant des entreprises coopératives et solidaires verront le jour.

(m) Quel rôle attribuez-vous aux formes d’entreprises innovantes, aux coopératives, aux entreprises publiques, aux entreprises sociales et aux structures hybrides public-privé?

Des formes passionnantes et innovantes coexisteront ou feront partie de ce nouveau système. Il y aura de la place pour de nombreuses nouvelles formes d’activité économique et de propriété d’entreprise, mais le système reposera sur les valeurs de l’économie solidaire et sur la propriété coopérative. Toutes les formes fonctionneront selon des valeurs et des principes similaires de propriété démocratique, notamment : la participation à la prise de décision, la prise de décision démocratique, la propriété à la base, la lutte contre l’oppression, l’absence de hiérarchie, la prospérité pour tous et le soutien au travail invisible.

(n) Quelle sera l’évolution de la semaine de travail (nombre d’heures travaillées, par exemple, par année)?

La semaine de travail passera de trente-deux à quarante heures par semaine, puis à vingt heures par semaine, ce qui deviendra la norme à temps plein, assortie d’un salaire de subsistance et de tous les avantages sociaux. Ce système emploiera davantage de personnes et garantira à chacun un revenu décent. Le travail comprendra les travaux publics, l’organisation communautaire et les tâches actuellement invisibles, comme la garde d’enfants et les soins à domicile aux personnes âgées, de sorte qu’il y aura suffisamment de travail pour tous. Et grâce au partage des profits, il y aura suffisamment d’argent pour verser à chacun un salaire de subsistance.

(o) Quel est l’avenir envisagé pour le mouvement syndical?

Le mouvement syndical fonctionnera de concert avec la propriété coopérative (comme ce fut le cas dans les années 1880 avec les Chevaliers du Travail). Le modèle de la coopérative syndicale sera élargi et les syndicats appuieront les travailleurs-propriétaires, en les aidant à se concentrer sur leurs besoins et leurs enjeux en tant que travailleurs, tout en trouvant un équilibre avec leurs besoins en tant que propriétaires.[13]

(p) Quels sont les rôles de la croissance économique et du PIB en tant que mesure de la croissance dans votre système? Quelle est la priorité accordée à la croissance aux niveaux national et de l’entreprise?

La croissance ne sera pas une priorité, mais les besoins le seront. Les entreprises coopératives croîtront et prendront de l’expansion pour répondre à des besoins supplémentaires (et saisir certaines occasions). Toutefois, plutôt que d’accroître la taille d’une entreprise en particulier, il y aura une croissance planifiée qui consistera à augmenter le nombre d’entreprises détenues par les travailleurs et par la collectivité, plutôt que de voir une seule entreprise s’agrandir. Cela permettra de maintenir la solidarité salariale et la gouvernance démocratique au sein des petites unités. La taille n’est pas nécessairement un gage de qualité. Le coefficient de Gini constituera un indicateur plus important.[14] Nous évaluerons si chaque personne et chaque famille jouit de la prospérité, dispose d’un logement, peut subvenir à ses besoins alimentaires, est en bonne santé, bénéficie de temps libre et d’un revenu disponible, et n’est pas victime de discrimination.

(q) Comment l’argent est-il créé et réparti?

L’argent sera créé et réparti par les coopératives de crédit, les banques coopératives et les banques publiques — ces institutions financières utiliseront les recettes fiscales pour financer le développement de l’économie solidaire coopérative et ainsi élargir le système monétaire en favorisant et en développant l’activité économique. Elles pratiqueront le crédit non extractif. Elles factureront des frais généraux ou des frais fixes sur les prêts plutôt que des intérêts purs et simples, et/ou s’engageront dans un partage des profits avec le prêteur, ce qui augmentera les rendements et créera ainsi de la nouvelle monnaie, plutôt que de suivre le modèle traditionnel consistant à percevoir des intérêts sur les prêts pour créer de la nouvelle monnaie. [15] Des conseils communautaires régiront ces institutions financières et étudieront les moyens de mettre en œuvre efficacement le crédit non extractif.

8. Quelques détails : la société

(a) Comment envisagez-vous l’évolution future des inégalités de revenu et de richesse? Quels facteurs influencent ces résultats? Comment envisagez-vous l’évolution future de la pauvreté économique? Quels facteurs influencent ces résultats?

Comme mentionné ci-dessus, grâce à des salaires décents, à la propriété conjointe, à la solidarité salariale et à de solides pratiques de lutte contre l’oppression, la pauvreté et les inégalités seront éliminées.

(b) Des mesures spéciales sont-elles envisagées pour protéger et soutenir les enfants et les familles? Pour favoriser l’avancement des personnes défavorisées? Pour promouvoir les soins et la responsabilité mutuelle?

Oui, ces éléments sont inclus dans les principes évoqués plus haut. Les coopératives sociales s’attaqueront également à ces enjeux.

(c) Quelle place occupent la justice raciale, ethnique et religieuse dans votre travail?

Des actions et des politiques affirmatives de lutte contre l’oppression et le racisme, ainsi que des pratiques non hiérarchiques, comme mentionné dans la description au début de cet article, seront essentielles. On ne peut pas avoir de démocratie économique dans une société raciste et sexiste. Il sera donc impératif de s’attaquer à l’oppression, à la discrimination et à la hiérarchie dans le cadre de la démocratie économique. L’élimination de l’oppression, du racisme, du sexisme et de la hiérarchie fera également partie des principes et de la mission de l’économie coopérative solidaire.

On ne peut pas avoir de démocratie économique dans une société raciste et sexiste.

(d) Quel rôle jouent le genre et les enjeux liés au genre dans votre travail?

Les inégalités entre les sexes, le sexisme, le patriarcat et la privilégiation de certaines orientations sexuelles constituent également des formes d’oppression que ce modèle aborde et qu’il éliminera. Nous ne parviendrons pas à instaurer la démocratie économique si nous ne nous attaquons pas à ces oppressions et à ces discriminations — et si nous ne les éliminons pas. Je me considère comme une « womanist », m’inscrivant dans une perspective des droits de la personne pour lutter contre le sexisme, le patriarcat et les inégalités entre les sexes.

(e) Quel est, précisément, le rôle de la collectivité dans votre modèle? Quelles mesures et quels facteurs influent sur la santé, la richesse (« capital social ») et la solidarité de la collectivité, et quelle place centrale occupent la vie locale, les quartiers, les villes et les municipalités?

La collectivité occupera une place centrale. Il s’agit d’un modèle centré sur la collectivité, fondé sur l’organisation économique à la base, l’autonomie des communautés de base et la prise de pouvoir par les membres de ces communautés, en particulier ceux qui ont généralement été marginalisés, privés de voix et appauvris. Toutes les actions et pratiques partiront de la base, selon une approche ascendante. Leur objectif sera de créer, au niveau communautaire, une prospérité et une richesse contrôlées et réparties démocratiquement.

(f) Considérez-vous qu’un changement des valeurs, de la culture et des mentalités est important pour l’évolution d’un nouveau système? Si oui, comment ces changements se produisent-ils?

Oui. Un changement dans les valeurs des élites au pouvoir sera impératif, mais il est aussi, et surtout, essentiel de changer les valeurs des membres des communautés de base qui ne connaissent pas, ne comprennent pas ou ne mettent pas en pratique les valeurs de l’économie solidaire. Nous devons rendre ces connaissances, ces valeurs et ces pratiques plus universelles. Avec le nouveau modèle, l’aspiration ne sera plus d’appartenir à une élite. Ainsi, dans la version finale de ce modèle, il n’y a pas d’élites dirigeantes. Nous apprendrons et montrerons par l’action — en mettant en pratique la démocratie et la justice économique. Nous aurons besoin d’une éducation publique accrue pour faire connaître ce modèle et ces valeurs aux gens, et pour leur enseigner une nouvelle façon de penser et d’agir. Le changement des valeurs, de la culture et des mentalités se produira surtout, et au mieux, par la pratique de la démocratie économique.

(g) Quels sont les rôles du consommateur, du consumérisme et de la publicité dans le système que vous envisagez? L’autosuffisance? Le partage, la location et le troc?

Une éducation publique sur la communauté bienveillante, la coopération et la solidarité sera nécessaire. L’économie solidaire inclut le troc, le don et le partage sans exploitation. Le système fonctionnera pour le bien commun, afin de répondre à tous les besoins. Ainsi, le consumérisme et la publicité ne seront pas nécessaires et constitueront un gaspillage de ressources. Le contrôle local, les biens, les services et les entreprises axés sur les personnes et détenus par la collectivité répondront aux besoins des consommateurs. Les consommateurs sont à la fois propriétaires, travailleurs et décideurs communautaires. Il n’y aura pas de différence ni de distinction majeure entre ces groupes et, par conséquent, aucun besoin d’attirer ou de mobiliser les consommateurs en tant que classe distincte, destinée à être dupée.

(h) Comment les activités de « loisirs » — notamment le bénévolat, les soins prodigués aux autres et l’apprentissage continu — s’inscrivent-elles dans votre projet?

Le but de ce projet sera justement de disposer de temps pour prodiguer des soins, faire du bénévolat et poursuivre son apprentissage. Et la participation à un système démocratique et solidaire exigera un apprentissage continu. La communauté coopérative et solidaire reposera sur le bénévolat, l’énergie sociale, les soins prodigués aux autres et l’apprentissage continu; ce système ne pourra prospérer sans ces valeurs et ces activités. Il s’appuiera sur elles pour assurer le bien commun d’une manière qui génère également des résultats économiques. En d’autres termes, pour créer de l’activité économique en répondant au bien commun et aux besoins communs. Ainsi, le système visera à créer une société qui redonne à la communauté, tout en apprenant continuellement afin de mieux faire les choses, et qui subvient aux besoins de tous ses membres. La réduction de la journée de travail (vingt heures par semaine), ainsi que la propriété et la prise de décision démocratiques, augmenteront également le temps disponible pour les loisirs, les loisirs productifs et les activités communautaires.

9. Quelques précisions : l’environnement

Dans votre travail : (a) Si votre système aborde les préoccupations environnementales, comment conceptualisez-vous « l’environnement »? Envisagez-vous l’économie comme étant intégrée au monde de la nature et à ses systèmes de vie, et en dépendant?

Oui, la communauté coopérative et solidaire nécessitera un environnement naturel sain et part du principe que l’économie s’inscrit dans le monde naturel et ses systèmes de vie, et en dépend. La démocratie économique, telle qu’expliquée ici, sera durable pour l’humanité et l’écologie. Le système repose sur la conviction que la durabilité doit inclure la Terre Mère et toutes les dimensions de la communauté. La durabilité environnementale fait partie intégrante de la définition et des principes d’une économie solidaire, comme décrit précédemment.

(b) Abordez-vous l’écologisme fondé sur les droits (p. ex. le droit à l’eau potable) et l’idée que la nature possède des droits juridiques? Avons-nous des devoirs envers les autres espèces et les systèmes vivants? Certains de vos objectifs sont-ils non anthropocentriques?

Ce modèle n’aborde pas spécifiquement l’écologisme fondé sur les droits, mais celui-ci est sous-entendu dans les objectifs du triple résultat des économies solidaires et dans ma conception d’une communauté coopérative et solidaire.

(c) Envisagez-vous d’aborder les enjeux environnementaux en dehors du cadre actuel des approches et des politiques environnementales (p. ex. en remettant en question le consumérisme, la croissance du PIB, etc.)?

La santé de la Terre-Mère est implicitement nécessaire à ce modèle, et l’orientation de l’activité économique vers la communauté locale vise en partie à contribuer à la santé environnementale et à la durabilité écologique, ainsi qu’à les garantir.

(d) Comment gérez-vous les interactions, les compromis et les interdépendances entre l’environnement et l’économie?

Il n’y aura pas besoin de compromis une fois que le système fonctionnera à plein régime. Les deux objectifs seront poursuivis de concert. Si l’économie est axée sur les personnes et les communautés, elle dépendra alors des meilleurs intérêts de la communauté, et par conséquent de la Terre dont dépendent ces communautés.

10. Quelques précisions : le système politique

(c) Comment votre modèle aborde-t-il les questions de pouvoir politique et institutionnel?

Le pouvoir sera entre les mains des résidents des communautés de base; l’équité exige de veiller à ce que la parole et le pouvoir soient accordés aux personnes marginalisées. La démocratie économique est le fondement de ce modèle et la participation économique démocratique sera essentielle. La démocratie et la démocratie économique ne sont pas possibles sans prêter attention au privilège blanc, au racisme, au sexisme et à toutes les formes d’exploitation.

(d) Comment votre modèle aborde-t-il les problèmes d’échelle? Quel degré de décentralisation prévoit-il pour les grands systèmes? Comment la décentralisation serait-elle structurée?

La décentralisation sera importante et encouragée, mais elle s’accompagnera d’une planification démocratique à la base et d’une fédération (organisant des organismes représentatifs municipaux et régionaux). La taille ne sera pas considérée comme un critère de qualité en soi, sauf lorsque cela s’impose naturellement. L’accent sera mis sur l’imbrication de petits systèmes locaux, qui se fédèrent et collaborent pour atteindre (ou tirer profit de) l’échelle.

(f) Aux différents niveaux politiques, quels sont les systèmes politiques et les conditions politiques, implicites ou explicites, nécessaires à la réussite?

Une démocratie plus pure et la recherche du consensus constituent les conditions politiques nécessaires à ce modèle. Elles découlent de la démocratie économique et de la justice au niveau communautaire.

(g) On observe actuellement une critique du gouvernement représentatif et une exploration de la démocratie directe, « forte » et délibérative. Est-ce que l’un ou l’autre de ces aspects figure dans votre cadre? Si oui, comment?

Oui. Mais dans ce modèle, la démocratie commencera dans la sphère économique. Nous ne pouvons pas parvenir à la démocratie politique sans démocratie économique. Ce système mettra l’accent sur l’établissement et l’institutionnalisation de la participation économique à la base, de la gouvernance démocratique et de relations non hiérarchiques et non exploiteuses, qui se répercuteront ensuite vers d’autres niveaux et d’autres systèmes.

(i) Quelle place occupe le gouvernement dans l’avenir que vous envisagez, tant pour y parvenir que pour le maintenir?

Le gouvernement suivra l’exemple des communautés et des milieux de travail démocratiques. À terme, il sera contrôlé par les membres des coopératives locales, qui affirmeront leur leadership en s’engageant dans l’activité législative aux niveaux municipal, provincial, régional et national, après avoir appris la démocratie par la pratique au sein des coopératives et de l’économie solidaire.

(j) Dans le système dont vous parlez, quels sont les niveaux appropriés de dépenses publiques ou de la part de l’État dans l’économie, et comment ces niveaux sont-ils atteints?

Les ressources et les recettes publiques auront un rôle à jouer pour soutenir le développement coopératif. L’éducation (l’éducation publique en particulier) à la solidarité et à l’économie coopérative, ainsi que des politiques fermes visant à promouvoir ce modèle, seront nécessaires pour encourager les gens à adopter et à pérenniser ce nouveau système. De plus, les banques publiques auront pour rôle de conserver les recettes publiques et de les utiliser pour le bien commun, ainsi que de soutenir la communauté coopérative et solidaire.

Il n’y a pas de véritable démocratie sans démocratie économique, et la lutte pour les droits économiques va de pair avec la lutte pour les droits politiques et civils.

(k) Considérez-vous que les mouvements sociaux jouent un rôle important dans la promotion du changement et de l’action politiques? Si oui, pouvez-vous expliquer plus en détail comment cela se produit?

Les mouvements sociaux devront orienter le changement, mais les pratiques économiques démocratiques formeront et mobiliseront les gens afin qu’ils s’engagent de manière constructive et agissent en faveur du changement social. La démocratie économique fera partie intégrante du maintien, du soutien et, parfois, du lancement des mouvements sociaux. Dans mon livre Collective Courage, par exemple, je constate que le mouvement économique coopératif afro-américain a joué un rôle essentiel dans le long mouvement des droits civiques. De nombreux Afro-Américains ont compris que lutter pour les droits politiques ne suffisait pas; ils devaient également mettre en pratique la solidarité et l’économie coopérative pour assurer leur survie, leur stabilité économique et leur pleine libération. De plus, souvent, en l’absence de démocratie économique et d’indépendance économique, ceux qui luttaient pour les droits civils et politiques étaient pris pour cible, sapés et soumis à des représailles de manière plus efficace. Il n’y a donc pas de véritable démocratie sans démocratie économique, et la lutte pour les droits économiques va de pair avec la lutte pour les droits politiques et civils. De plus, je constate également dans Collective Courage que de nombreux leaders afro-américains des droits civiques ont d’abord été formés au sein du mouvement coopératif et/ou ont pratiqué ou défendu l’économie coopérative. Ainsi, leur travail en faveur des droits civiques, leur organisation et leur leadership (construction de mouvements sociaux) ont souvent été forgés au sein du mouvement coopératif ou se sont développés, au moins en partie, à partir de la pratique d’une économie coopérative solidaire.

11. Exemples concrets, expériences et modèles

(a) Y a-t-il des exemples concrets ou des expériences spécifiques que vous pouvez citer et qui incarnent votre modèle ou votre système, ou qui illustrent des éléments importants de votre approche?

Il existe certains exemples qui intègrent de nombreux éléments de la communauté coopérative solidaire que je décris. La Corporation coopérative de Mondragón, dans le nord de l’Espagne, la région d’Émilie-Romagne, dans le nord de l’Italie, et l’État du Kerala, en Inde, sont tous des exemples qui comprennent bon nombre des éléments du modèle que j’ai décrit : de petites coopératives de travailleurs locales, des systèmes imbriqués et des réseaux de coopératives se soutenant mutuellement grâce à des systèmes financiers solides et à des politiques favorables.

De plus, le plan quinquennal de la Ligue coopérative des jeunes Noirs (YNCL) de 1930 (au plus fort de la Grande Dépression) constitue un autre exemple des prémices d’une communauté coopérative solidaire — mais il n’a jamais été concrétisé.

La brochure de la YNCL décrivait ce plan quinquennal :

  • Cinq mille membres fondateurs, versant des frais d’adhésion de 1 $, d’ici le 15 mars 1931.
  • Un conseil dans chaque collectivité comptant au moins cinq membres, qui mettrait ensuite en place un forum hebdomadaire pour discuter des problèmes économiques des Noirs et étudier la coopération des consommateurs.
  • Une entreprise coopérative dans chaque collectivité où un conseil existe, d’ici le 15 mars 1932.
  • Un établissement coopératif de vente en gros dans chaque État, d’ici le 15 mars 1933.
  • Une banque coopérative dans chaque collectivité où un conseil existe, d’ici le 15 mars 1934.
  • Des usines destinées à produire des biens de première nécessité tels que des vêtements, de la nourriture et des logements d’ici le 15 mars 1935.[16]

(b) Existe-t-il d’autres modèles avec lesquels vous vous sentez en phase ou qui se rapprochent du vôtre?

Les modèles d’économie solidaire du Forum social mondial sont similaires, car ils mettent l’accent sur des relations et des activités économiques de base, informelles et non exploiteuses. D’autres conceptions d’une « communauté coopérative » sont similaires, car elles traitent de coopératives interconnectées et en réseau. Cependant, elles ne s’inscrivent pas aussi directement dans les valeurs de l’économie solidaire et n’abordent pas nécessairement les questions raciales ni d’autres formes d’exploitation.[17] Le Southern Grassroots Economies Project commence à élaborer une vision globale visant à créer des coopératives, en particulier des coopératives de travailleurs, dans le Sud, fondées sur l’équité raciale et les valeurs de l’économie solidaire.[18]

Février 2016

Notes :

[1] Voir l’Alliance coopérative internationale, « Identité, valeurs et principes coopératifs ».

[2] Voir le Réseau américain de l’économie solidaire.

[3] David P. Ellerman. The Democratic Worker-Owned Firm (Boston, MA : Unwin Hyman Inc., 1990), p. 206-207. Les « nouveaux actifs et passifs créés lors de la production » dans une coopérative de travailleurs reviennent aux ayants droit résiduels (les travailleurs) (p. 207). « La relation entre le travailleur et l’entreprise est celle d’une adhésion, une version économique de la “citoyenneté”, et non celle d’un emploi » – la relation d’emploi est abolie (p. 206).

[4] La Corporation coopérative de Mondragon applique des principes coopératifs légèrement révisés, notamment : la souveraineté du travail, la nature instrumentale et subordonnée du capital, la gestion participative, la solidarité salariale et la transformation sociale. « Le travail est le principal facteur de transformation de la nature, de la société et des êtres humains eux-mêmes. » « Le capital est considéré comme un instrument subordonné au travail, nécessaire au développement de l’entreprise. » « La volonté d’assurer une transformation sociale équitable avec d’autres peuples en s’impliquant dans un processus d’expansion qui contribue à leur reconstruction économique et sociale ainsi qu’à l’édification d’une société basque plus libre, plus juste et plus solidaire. » Voir la Corporation Mondragon, « Nos principes. »

[5] La pensée de la septième génération suggère que les gens vivent, travaillent et prennent des décisions dans l’intérêt des générations à venir, jusqu’à la septième génération. Elle est considérée comme un mode de vie axé sur la gestion responsable de la planète et mettant l’accent sur les préoccupations écologiques et environnementales. Pour en savoir plus sur ce concept et ses origines au sein de la tribu iroquoise, voir : La pensée de la septième génération, « Une perspective iroquoise », American Indian Environments: Ecological Issues in Native American History, sous la direction de Christopher Vecsey et Robert Venables (New York : Syracuse University Press, 1994).

[6] William E.B. Du Bois, « Where do we go from Here? (A Lecture on Negroes’ Economic Plight) ». Discours prononcé lors de la Conférence économique Rosenwald, à Washington, D.C., en mai 1933. Publié pour la première fois dans The Baltimore Afro-American, le 20 mai 1933. Réimprimé dans Andrew G. Paschal, éd., A W.E.B. Du Bois Reader (New York : Collier Books, 1971), p. 162-163.

[7] Voir Curtis Haynes, Jr., « Du Bois and Economic Cooperation », mimeo, document de travail non publié (Buffalo, NY : Buffalo State College, 1999); et Curtis Haynes, Jr., « An Essay in the Art of Economic Cooperation: Cooperative Enterprise and Economic Development in Black America », thèse de doctorat non publiée (Amherst, MA : Université du Massachusetts, 1993).

[8] Le fait de consacrer plus de 30 % de son revenu au logement était défini dans la Loi sur le logement de 1937 comme un « fardeau lié au logement ». Cependant, la « norme de loyer maximal » des années 1940 exigeait que personne ne consacre plus de 20 % de son revenu au logement. Voir Mary Schwartz et Ellen Wilson, « Qui a les moyens de vivre dans une maison? : un regard sur les données de l’American Community Survey de 2006 », Bureau du recensement des États-Unis.

[9] Par exemple, Race Mathews explique ce rôle joué par la première coopérative de crédit de Mondragon (Caja Laboral Popular) dans « Mondragon : bilan passé et potentiel futur ». Article en l’honneur du regretté professeur William Foote Whyte, qui sera présenté lors de la conférence du Capital Ownership Group de l’Université d’État de Kent, à Washington, D.C., en octobre 2002.

[10] Karen Thomas, « Lessons of Mondragon’s Employee-Owned Network », Owners at Work 12, 1 (été 2000) : 5-9.

[11] Voir Democracy at Work Institute, « Workers to Owners ».

[12] Voir Democracy at Work Institute, www.institute.coop; The Southern Grassroots Economies Project, www.sgeproject.org; The Union-Coop Initiative, www.cincinnatiunioncoop.org; 1worker1vote; Cooperative Economics Alliance of New York City.

[13] Voir 1worker1vote.

[14] Coefficient de Gini : « Mesure de l’écart entre la répartition des revenus entre les individus ou les ménages d’un pays et une répartition parfaitement égale. Une valeur de 0 représente l’égalité absolue, une valeur de 100 l’inégalité absolue. » Banque mondiale, « Indicateurs du développement mondial 2013 », Washington, D.C. : Banque mondiale.

[15] Pour en savoir plus sur la finance non extractive, voir The Working World; pour en savoir plus sur le modèle bancaire islamique des prêts sans intérêt, voir Ahmad Ziauddin, Islamic Banking: State of the Art(Djeddah : Institut islamique de recherche et de formation, Banque islamique de développement, 1994).

[16] Voir Jessica Gordon Nembhard, Collective Courage: A History of Cooperative Economic Thought and Practice (University Park, PA : The Pennsylvania State University Press, 2014), p. 113-114.

[17] Voir Grassroots Economic Organizing, « The Cooperative Commonwealth ».

[18] Voir Southern Grassroots Economies Project.


Liste évolutive des traductions par Gilles en vrac
Les caractères gras dans le texte sont de Gilles.

Notes

  • 1
    NB: ce site n’est plus en ligne-GB ↩︎