Traduction de Will the U.S. 10-year Treasury yield keep rising if the Fed starts hiking? par Jamie McGeever dans The Globe and Mail , le 16 septembre 2026.
Les cycles de hausse des taux d’intérêt américains s’accompagnent presque toujours d’une hausse du rendement des bons du Trésor à 10 ans. Alors que ce rendement de référence vient franchir le seuil psychologique important des 5 %, les investisseurs se demandent jusqu’où il pourrait grimper.
Selon les marchés à terme sur taux d’intérêt, la probabilité que la Réserve fédérale relève ses taux d’intérêt mercredi – ce qui constituerait la première hausse depuis plus de trois ans – est d’environ 90 %. Les cours des contrats à terme indiquent également qu’il y aura trois nouvelles hausses de 25 points de base au cours de l’année prochaine, ce qui se traduira par un taux terminal – le pic attendu du cycle de resserrement monétaire – d’environ 4,60 %. Cela représente essentiellement 100 points de base au-dessus du point médian de la fourchette cible actuelle de la Fed, comprise entre 3,50 % et 3,75 %.
Si ce scénario se concrétise, il s’agira du cycle de resserrement le plus modéré depuis des décennies. Il y a bien eu quelques rares hausses « ponctuelles » par le passé, mais en général, lorsque la Fed relève ses taux, elle entame un cycle plus long. Logiquement, cela fait presque toujours grimper le rendement des bons du Trésor à 10 ans, la référence mondiale en matière de coût d’emprunt à laquelle se rapportent des milliers de milliards de dollars de prêts hypothécaires, de dettes d’entreprises et d’autres prêts.
L’histoire suggère que le rendement à 10 ans devrait s’orienter à la hausse. Pourtant, depuis la pandémie, les investisseurs sont confrontés à une nouvelle convergence de dynamiques économiques, boursières et politiques qui a rendu obsolètes de nombreuses règles empiriques. Le passé pourrait s’avérer encore moins révélateur de l’avenir qu’on ne le pensait auparavant.
Si la décision de politique monétaire de la Fed mercredi peut sembler sans équivoque, ce qui se passera ensuite est tout sauf évident.
Cela dit, il reste utile de passer en revue les cycles de resserrement passés pour y trouver des indices sur ce qui pourrait nous attendre.
Les analystes de la Deutsche Bank ont examiné ce qu’ils considèrent comme les 12 derniers cycles de hausse des taux à part entière depuis le début des années 1960. Ils constatent que le rendement à 10 ans a augmenté, en moyenne, d’environ 114 points de base au cours de l’année suivant le début d’un cycle. Un seul cycle, celui mené par Alan Greenspan entre 2004 et 2006 selon un « rythme mesuré », a vu le rendement à 10 ans baisser au cours de la première année.
Warren Pies, fondateur de 3Fourteen Research, a analysé les sept cycles de hausse précédents remontant à 1986-1987, et ses conclusions sont remarquablement similaires. D’après ses chiffres, le rendement des bons du Trésor à 10 ans a augmenté en moyenne d’environ 115 points de base au cours de chaque cycle.
Curieusement, le nombre ou l’ampleur des hausses de taux ne constituent pas un indicateur particulièrement fiable de la réaction du marché obligataire. Selon M. Pies, c’est lors de la campagne de hausse des taux la moins intense que le rendement à 10 ans a le plus augmenté, s’envolant de 217 points de base au cours de cinq hausses en 1986-1987 (la Deutsche Bank soutient qu’il n’y a eu que quatre hausses au cours de ce mini-cycle).
À l’inverse, le cycle de hausse le plus long des 40 dernières années, qui a compté 17 hausses consécutives entre 2004 et 2006, n’a vu le rendement à 10 ans augmenter que de 62 points de base, soit la deuxième plus faible hausse parmi les sept cycles analysés par M. Pies.
Bien sûr, il n’y a pas deux cycles identiques, et les circonstances qui ont conduit à celui-ci, à supposer qu’il se concrétise, sont uniques. Le rendement à 10 ans a déjà augmenté d’environ 100 points de base au cours de l’année dernière, ce qui est nettement supérieur à la hausse moyenne observée avant une campagne de resserrement de la Fed. À 5,00 %, il se situe désormais à un niveau que de nombreux investisseurs sont susceptibles de trouver séduisant.
Les obligations semblent également extrêmement attractives lorsqu’on tient compte de l’inflation. Les rendements des titres du Trésor protégés contre l’inflation (TIPS) à 10 et 30 ans s’élèvent respectivement à 2,60 % et 3,10 %, soit leurs plus hauts niveaux depuis 2008. La forte demande à ces niveaux signifie que les rendements pourraient ne pas augmenter autant qu’au cours des cycles précédents.
D’un autre côté, les bons du Trésor pourraient encore baisser. Les facteurs qui ont poussé les rendements à ces sommets – les inquiétudes concernant la dette et les déficits, les emprunts et les investissements liés à l’IA, l’inflation tirée par les prix de l’énergie et la crédibilité de la politique monétaire – n’ont pas disparu. Si l’on se fie à l’histoire, le resserrement monétaire de la Fed pourrait faire grimper le rendement à 10 ans de plus de 100 points de base.
L’économie américaine – et le monde entier – est-elle prête à affronter un taux des bons du Trésor à 10 ans de 6 % ou plus ? Nous sommes peut-être sur le point de le découvrir.
Fichier Excel des traductions par Gilles en vrac
Fiches avec les premières phrases (et non seulement les titres)
Les caractères gras dans le texte sont de Gilles.
